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Alerte sur l’or : « quo non ascendet ? » |
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L’économie mondiale, nous dit-on, repart. L’or aussi, dont les cours volent de record en record : 1000, puis 1100, puis 1200 dollars l’once, tout cela en quelques semaines. Cherchez l’erreur !
D’ordinaire l’or sert de valeur refuge face à l’aversion au risque – or la confiance des agents devrait revenir avec la reprise économique… – ou encore face à l’inflation – qui, pour l’heure, reste nulle, faible ou modérée dans les principaux pays. Dans le « boom » économique qui a précédé la crise jusqu’en 2007, l’or montait, de concert avec toutes les autres « commodities », pétrole en tête ; durant la crise 2007-2009, il a bien résisté, alors que les cours du pétrole s’effondraient ; et en cette fin 2009 ses cours repartent de plus belle, alors que ceux du pétrole restent très en deçà des sommets atteints l’été 2008 avant la chute de la maison Lehman Brothers. Le paradoxe n’est qu’apparent et l’explication n’est pas tant à chercher du côté de l’or proprement dit que du côté du dollar, dont la faiblesse inquiète les détenteurs. Sinon, pourquoi l’Inde se porterait-elle acquéreur du tiers du stock d’or récemment vendu par le FMI, vente qui, fait notable, s’est effectuée hors marché et n’a pas eu le moindre effet dépressif attendu sur les cours de ce métal ? Sinon, pourquoi la Chine et le Brésil passeraient-ils des accords commerciaux bilatéraux qui prévoient des règlements dans leurs propres devises ? Sinon, pourquoi les pays de l’OPEP se poseraient-ils la question d’une facturation de leurs exportations de pétrole en une autre devise comme l’euro ? Sinon, pourquoi la Chine juste avant le G20 de Londres au printemps dernier aurait-elle posé crûment la question d’une nouvelle monnaie de réserve comme substitut au dollar ? Mis bout à bout, tous ces faits disparates en disent long sur la défiance qui entoure désormais le dollar dont l’abondance a encore été démultipliée par les politiques monétaires et budgétaires ultra-accommodantes anti-dépression menées aux Etats-Unis, et sans doute long aussi sur les incertitudes structurelles d’un monde globalisé « en transition », dont le centre de gravité paraît basculer sous nos yeux de l’Occident vers l’Orient, mais dont le nouvel ordre monétaire international qu’il appelle tarde à se dessiner. Reprise économique ou pas, la question n’est pas de savoir si l’or continuera à monter mais combien de temps encore et jusqu’où. « Quo non ascendet ? », comme la célèbre devise du Surintendant Fouquet qui, comme l’on sait, lui fut si funeste !
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Premier empereur d’une nouvelle dynastie |
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La mondialisation d’aujourd’hui ne ressemble pas aux précédentes. Avant la Révolution Industrielle, les puissances dominantes voulaient simplement piller les puissances dominées. Après, elles ont assis leur suprématie en achetant bon marché des matières premières et en vendant cher des produits manufacturés.
Le bénéfice était d’autant plus grand que, sur la longue durée, les gains de productivité abaissaient fortement les prix de revient industriels. La nouvelle mondialisation est née du ralentissement des gains de productivité. Les entreprises multinationales ont cherché à obtenir une baisse de leurs coûts en externalisant la production dans des pays à bas salaires. Derrière ce calcul se cachait la présomption que, grâce à leur avance technologique, les pays riches conserveraient l’essentiel de la valeur ajoutée. C’était oublier que la Chine, l’Inde, et quelques autres sont des pays de haute culture et qu’en matière scientifique, les meilleurs étudiants sont asiatiques. Croire que l’innovation pourra durablement rester une spécialité occidentale est un péché d’orgueil. Pour ne citer que la Chine, rappelons que l’« Empire du Milieu » a été, pendant deux millénaires, la première puissance mondiale. Pendant un siècle - mais qu’est-ce qu’un siècle ? - elle a été humiliée par l’Occident. Cette année, elle fête le soixantième anniversaire du rétablissement de sa souveraineté. En ce sens, Mao, malgré ses horreurs et ses erreurs, ne peut être considéré comme un marxiste qui a échoué : il a été le premier empereur d’une nouvelle dynastie.
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Le monde vu de … |
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L’avion puis Internet ont aboli les distances mais seulement entamé les frontières mentales. Selon que vous habitez Paris, Pékin, Johannesburg ou Téhéran, votre vision du monde est forcément différente. L’Histoire a laissé son empreinte. La géographie est ce qu’elle est.
Plus les relations touristiques, commerciales, financières et politiques s’intensifient, plus le décalage intellectuel et affectif devient dangereux. Les difficultés économiques, la poussée démographique (prévue jusqu’en 2050) et les périls écologiques vont multiplier les sources de conflits ; si l’on ne se comprend pas, ce sera terrible. Pour mieux se comprendre, il faudrait, d’abord – c’est un minimum – disposer de plusieurs planisphères dont les centres seraient situés en différents points du globe. Ils seraient distribués dans les avions, les navires et les trains internationaux en fonction de leur destination. Ils figureraient en tête de tous les guides touristiques. Peut-être même y aurait-il place pour une nouvelle collection qui s’intitulerait « Le monde vu de … » : elle permettrait de voyager, non seulement sur des routes et à travers des rues mais dans les mentalités et les comportements. Les médias, tous les médias, ont un rôle à jouer encore plus important. Prenons la télévision. Une première approche consisterait à assortir, plus systématiquement qu’aujourd’hui, les reportages de cartes adéquates, c’est-à-dire de cartes dont le centre serait situé là où se déroule l’évènement dont on parle. Au-delà de ce minimum, plusieurs démarches complémentaires pourraient nourrir des émissions. Exemple : suivre l’actualité (d’une semaine ?) avec les yeux d’autrui : les images et les commentaires seraient trouvés, au moins en grande partie, dans les télévisions locales. Autre exemple : traiter un évènement particulièrement important sur le plan mondial en montrant ce qu’en disent différentes télés sur différents points du globe. Plus généralement, comment se faire une idée de l’évolution de la crise économique mondiale si l’on n’entend pas divers sons de cloche venant de Hong-Kong, de New York, de Francfort, de Sao Polo, etc. ? « Le poids des mots et le choc des photos » ne sont pas les mêmes partout. Montrer les différences comblerait un vide. Un vide qui, bientôt, pourrait donner le vertige.
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Oiseaux de bon augure |
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Début avril, des oiseaux de bon augure ont chanté de plus en plus gaiement : le grand ajustement, disaient-ils, est déjà amorcé. Fin avril, le FMI a fait déchanter : la reprise, estimait-il, n’est pas pour demain. Mais après-demain ?
Resteront des problèmes de fond. Ils sont antérieurs à la crise et peu susceptibles d’être résolus rapidement : Ø La croissance mondiale a été longtemps tirée par l’endettement des ménages américains. Or, ceux-ci ne peuvent plus jouer le rôle de « consommateurs de dernier ressort ». Il faudra du temps avant que la Chine, même si elle entraîne tout le sud-est asiatique, puisse vraiment prendre le relais. Ø Les nuisances environnementales sont devenues telles qu’une croissance « à l’ancienne » ne peut être durable. Des innovations de grande ampleur seront nécessaires pour qu’une croissance « verte » puisse advenir. Cela prendra des années. Dans de telles circonstances, le pire serait de croire que l’avenir est bouché. Grâce aux oiseaux de bon augure, la confiance peut renaître et durer. Ce n’est pas seulement utile, c’est indispensable.
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Naissance du « Mondio » |
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En préalable au G20, le président de la banque centrale de Chine a fait une suggestion qui peut être considérée comme le prélude de l’avènement d’une monnaie mondiale. La Chine propose la création d’un panier des monnaies mondiales, à taux de change invariables, pour assurer les échanges et les prêts entre états.
La Russie a aussitôt salué cette proposition ; Dominique Strauss Kahn l’a qualifiée de piste à étudier sans tarder. Le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz, ancien conseiller de Clinton, a marqué son accord. Les Européens ne se sont pas prononcés à 27, mais plusieurs d’entre eux déclarent souhaiter une telle réforme. Barack Obama, peut être surpris par cette annonce, a rejeté cette idée et confirme la volonté des USA de garder le rôle actuel du dollar. Prisonnier de son administration, ou Hérault de la domination monétaire de l’Amérique ? Certes Barack Obama ne peut pas désavouer à répétition son administration ; il l’a déjà fait sur la question des paradis fiscaux au cours du G20. Barack Obama ne peut pas non plus choquer son opinion publique en abandonnant d’un seul coup une hégémonie conquise de fait à Bretton Woods en 1945. Mais Barack Obama a déjà démontré qu’il est un véritable homme d’Etat. Comme Lincoln en 1961, comme Roosevelt en 1929. Gageons qu’il saura prendre le recul nécessaire et permettre la mise en place d’une réforme essentielle, qui est aussi bien dans l’intérêt des américains que dans celui du reste du monde.
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Un pont entre Londres et Prague |
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Quand le G20 se réunira à Londres le 2 avril, définir une politique financière commune pour répondre à la crise sera en tête des préoccupations. Mais les appels deviennent de plus en plus nombreux pour que ces 20 pays avancés et émergeants évoquent aussi le commerce international et en particulier la nécessité de faire tout pour éviter une grande dépression version 2.0.
Or, selon la Banque mondiale, pas moins de 17 des membres du G20 ont déjà violé leur engagement solennel, pris en novembre dernier à Washington, de ne pas "élever de nouveaux obstacles à l'investissement ou le commerce de biens et de services, en imposant de nouvelles restrictions à l'exportation, ou la mise en place de mesures contraires à l’Organisation mondiale du commerce visant à stimuler les exportations." Malgré la crise – ou à cause d’elle - tarifs douaniers, mesures anti-dumping, subventions et autres actions destinées à fermer les marchés restent à la mode.
Les Américains et les Européens ne sont pas innocents à cet égard (voir fromage de Roquefort ou biodiesel). On peut néanmoins estimer que sans leadership transatlantique le G20 et autres pays ne pourront pas résister à la tentation protectionniste. Or, malgré les nouveaux centres de pouvoir économiques tels la Chine ou l’Inde, les États-Unis et l'Union européenne restent l'épine dorsale du système commercial mondial. Ils maintiennent la plus importante relation commerciale du monde, et c'est leur poids combiné qui a permis le succès des négociations au sein de l'OMC.
Le sommet entre Barack Obama et ses 27 homologues européens à Prague le 5 avril offre une occasion unique. Ils devraient proclamer un refus catégorique d’imposer toutes nouvelles mesures protectionnistes et initier deux actions supplémentaires : redoubler d’efforts pour réconcilier leurs positions respectives dans les actuelles négociations de Doha au sein de l’OMC (qui sont dans le marasme) ; et, en cas d’échec de Doha, annoncer le lancement d’une zone de libre échange transatlantique à laquelle d’autres pays du G20 pourraient se joindre au moment opportun.
Tout cela ne serait ni le Printemps de Prague ni la Révolution de Velours, mais, en temps de crise, un "Pacte de Prague" transatlantique pour favoriser le commerce international serait le bienvenu.
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Euro : le frein statutaire |
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Les Etats-Unis, après l’adoption d’un plan de sauvetage massif de leurs banques et d’un plan de relance non moins massif de leur économie par la dépense publique, n’ont-ils plus désormais qu’à « attendre et voir », espérer, la sortie de crise, ayant épuisé tous remèdes ? Que non. Il est de plus en plus question Outre-Atlantique de solutions pudiquement dites "non-conventionnelles", si les précédentes ne suffisaient pas !
Ainsi, en matière monétaire, les Etats-Unis pourraient décider – comme la Fed, après avoir ramené à presque zéro ses taux courts, y a fait allusion en indiquant qu’elle pourrait acheter des titres du Trésor US pour abaisser aussi les taux longs – de relancer la "planche à billets". Certes ils en paieraient sans doute tôt ou tard le prix par une défiance internationale à l’égard de leur monnaie. La Chine ne s’y est pas trompée. Récemment devenue, devant même le Japon – l’a-t-on assez relevé… ? – premier détenteur mondial de titres du Trésor US, elle aurait fait savoir à la nouvelle Administration américaine qu’elle riposterait à toute politique de relance ayant pour effet de dévaloriser son portefeuille dollars. Cependant, à la fin des fins, les Etats-Unis peuvent retrouver leur attitude classique d’indifférence ("benign neglect") quant à la valeur externe de leur devise. Ils pallieraient ainsi une insuffisance de la demande internationale de dollars par une demande… de leur propre banque centrale, choisissant alors entre deux maux le moindre, le risque d’inflation, future, plutôt que de déflation durable. L’Europe, elle, n’a pas a priori ce luxe, faute d’une souplesse analogue dans la zone euro. Au sein même de cette zone, et entre partenaires très proches, la "dépensière" France doit payer environ 50 points de base (0,5%) de plus que la "vertueuse" Allemagne sur ses emprunts publics, l’Italie 100 de plus, l’Irlande 300 (sans parler de la Grèce, pour qui le "robinet" s’est quasiment fermé). Ces écarts pourraient s’accentuer. Il est à craindre que les Etats, confrontés à une même crise, mais partant de situations financières très différentes faute de convergence préalable de leurs politiques économiques, n’en sortent de manière très asymétrique. Des pays, comme l’Islande ou la Hongrie - déjà en cessation de paiements hors zone euro -, totalement dépendants de l’aide étrangère risqueraient de plonger encore plus bas. L’Allemagne, de son côté, dont la Chancelière et le Ministre des Finances s’inquiètent de la « course aux milliards » dans les dépenses de relance… des autres, apparaîtrait comme une valeur refuge. Si l’on s’en tient à la lettre des textes, les statuts de la zone euro ne permettent pas à la BCE de se substituer au marché en se portant acquéreur des titres de dette de tel ou tel de ses Etats membres. De sorte que certains économistes évoquent déjà des tensions centrifuges au sein du club euro, par manque de solidarité et de mutualisation, avec à terme un risque de sortie de tel ou tel membre, voire par effet domino, d’éclatement de la zone. Le seul fait que le Président de la BCE ait dû à diverses reprises contester l’existence d’un tel risque montre bien… qu’il existe ! Et, crise ou pas, les arbitragistes sont déjà à l’œuvre dans les salles des marchés pour jouer telle signature souveraine contre telle autre dans le même euro. Reste une échappatoire, qui émanerait d’une volonté politique commune : contourner les statuts de la zone euro pour pouvoir agir comme les Etats-Unis. Est-ce impossible ? Après tout, face à la crise, les critères supposés intangibles de Maastricht viennent bien d’être mis aux oubliettes ! Mais en pratique, là comme ici, c’est essentiellement la puissante Allemagne qui détient la clé de la décision. Jouera-t-elle l’euro… ou solo ?
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Quand Internet s’écroulera… |
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La crise financière a mis en avant les risques encourus en cas de régulation insuffisante. Les politiques se trouvent confrontés aux limites de l’« autorégulation » du marché et ont (re)découvert les bienfaits d’un encadrement de la finance.
Il est aussi un domaine totalement dérégulé, sur lequel les politiques ne se sont posé que très peu de questions et qui pourrait provoquer un séisme bien plus grand encore s’il venait à s’écrouler : il s’agit de l’informatique en général et d’Internet en particulier. Que font les États pour s’assurer que le réseau Internet, par exemple, restera disponible en toute occasion, que les données transmises sont fiables et que leur confidentialité est assurée ? En vérité, peu de choses, et un sentiment d'impuissance règne face à la nébuleuse. L'informatique mondiale est contrôlée par des sociétés privées, américaines pour la plupart, dont le seul objectif est la rentabilité, parfois au détriment du bon sens. L’absence de règlementation mondiale donne ipso facto la prééminence à leurs propres règles. Et lorsqu’elles établissent des règles « éthiques », elles sont souvent à géométrie variable. Nous faisons désormais aveuglément confiance en la fée informatique — puisque les autres le font également —, mais nous ferions bien de nous poser les bonnes questions : le bel édifice est-il si solide qu'on le prétend ? Repose-t-il sur des bases saines ? Nombreux sont les exemples démontrant que l'on croit maîtriser le tout, alors qu'il n'en est rien.
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Et si ! |
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Et si la déflagration financière était derrière nous : environ 1.000 milliards de pertes sur les subprimes, les crédits personnels, certains prêts au PME américaines ; 900 milliards de dollars provisionnés, à ce jour, par le secteur bancaire et financier au niveau mondial.
Et si les difficultés des banques avaient été largement anticipées : entre 1.200 et 1.500 milliards de dollars de garantie des Etats pour faire refonctionner le marché interbancaire, plusieurs centaines de milliards de dollars pour alimenter en fonds propres les banques à secourir. Et si la déprime économique provoquée par la crise financière devait être conjurée par les plans de relance mis en place par les principaux Etats touchés (y compris la Chine) : 100 à 150 milliards de dollars d’aides de toutes natures (Chine non comprise). Et si, en conséquence de tout cela, la confiance renaissait et comblait le trop plein de mauvaises nouvelles qui nous ont assaillis. Et si la remontée de la courbe en « V » s’avérait symétrique de la chute, c’est-à-dire rapide grâce à la très forte et permanente mobilisation des Etats, des Banques centrales, de la Banque Mondiale et du FMI. Et si cette crise n’était qu’un banal avatar de toutes celles que la brutalité du libéralisme engendre régulièrement avec, en moyenne, une explosion tous les dix ans et une détonation tous les cinq ans. Et si la récession actuelle s’avérait moins profonde que celles causées par les crises pétrolières de 1973 et 1980 qui ont entraîné deux années de croissance significativement négative. Et si l’humanité avait fait quelques progrès depuis 1929, 1973, 1980, 1990, 1993 et 2001. Et si nous avions joué à nous faire peur avec la complicité de médias simultanément observateurs et acteurs. Et si Barack Obama, conscient de ses immenses responsabilités, parvenait à faire redémarrer la machine économique américaine. En premier comme d’habitude ! Et si notre pays en profitait pour se positionner sur les métiers en forte croissance sur le long terme pour gagner un point de productivité supplémentaire. Cela lui permettrait de sortir de la croissance médiocre de 2% qu’il a connu au cours de ces vingt dernières années. Et si le vrai problème allait être, une fois de plus, éludé : le libéralisme est un formidable moyen qui doit être doté de solides gardes fous. Seul un code éthique universellement accepté serait capable de l’humaniser, d’en réduire la brutalité et d’éviter les courts-circuits qu’il déclenche.
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Défis d’après crise |
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La crise financière est comme un accès de fièvre symptomatique d’une évolution pernicieuse qui affecte l’économie réelle depuis de longues années.
Plusieurs auteurs (1) ont établi un constat dont l’essentiel peut être résumé en quelques lignes : Ø Les gains de productivité ont permis de produire puis de distribuer un surcroît de richesses. Ø Malgré les progrès de l’informatique, la productivité des services augmente moins vite que celle de l’industrie. Ø La part des services dans l’économie augmente régulièrement. Ø Au-delà d’un certain seuil, l’accroissement du niveau de vie devient problématique. De ce constat découlait un processus qui, logiquement, devait conduire à la crise : Ø Acte I : Pour conserver leur train de vie, les Etats et les particuliers (des pays riches) prennent l’habitude de s’endetter. Ø Acte II : Pour trouver de nouvelles marges, les entreprises (des pays riches) partent à la conquête de « nouvelles frontières » nationales (déréglementations) et internationales (délocalisations). Le capitalisme financier triomphe. Les inégalités se creusent. Ø Acte III : Faute de « mondialisation heureuse » pour tout un chacun, les consommateurs, et tout spécialement les consommateurs américains, se montrent avides de crédits. Pour déclencher la crise actuelle, il a suffi qu’au cœur même du capitalisme, des financiers imaginatifs (et cupides ?) trouvent des ruses pour consentir des prêts à des clients insolvables, puis pour camoufler et propager les risques encourus. Une débâcle financière s’en est suivie. Elle a des répercussions lourdes en termes d’activité et d’emplois. Plusieurs milliers de milliards de dépenses publiques finiront par faire baisser la fièvre mais les causes profondes de la maladie seront toujours là. C’est d’elles que naîtront les défis d’après crise : Ø Premier défi : Augmenter la productivité dans les services, notamment au sein des entreprises. La marge actuelle est un peu plus grande en Europe qu’aux Etats-Unis qui ont réagi les premiers, mais les limites sont étroites. Ø Deuxième défi : Orienter l’affectation du capital vers la création d’industries nouvelles qui génèreront progressivement des gains de productivité pour satisfaire des besoins essentiels. Le secteur de l’environnement est tout indiqué, mais il coûtera avant de rapporter. Ø Troisième défi : Faire émerger des contre-pouvoirs susceptibles de déboucher sur une forme rénovée du capitalisme et sur un renforcement de la cohésion sociale (2). Moins de biens, plus de liens : c’est facile à dire mais difficile à faire. (1) Voir notamment “Productivité et équité. La fin d’un rêve ? » Jacques Villiers in « « La Jaune et la Rouge », Revue des anciens élèves de l’Ecole polytechnique, janvier 2002. (2) Un groupe de travail piloté par Alain de Vulpian explore les différentes façons dont le Club pourrait contribuer à cette évolution.
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L'Empire du Milieu déclare la guerre des changes ! |
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La Chine a engagé un processus de baisse du yuan. Alors que depuis des mois les économies internationales insistent sur le niveau jugé sous-évalué du yuan ...
Voilà que la Chine est tentée par une dévaluation de sa monnaie afin de favoriser sa propre croissance. Déjà qu'elle possédait un avantage redoutable sur le marché de l'export, la voilà qui laisse filer sa devise par rapport au dollar. Est-ce une provocation vis-à-vis du nouveau président Obama, signal d’un combat annoncé pour le leadership du monde ou un bien un test de ses concurrents et fournisseurs mondiaux vis-à-vis d'une éventuelle envie de protectionnisme ?
Nous le saurons rapidement… Rappelons nous le vieil adage chinois : « Faire du bruit à l’Est mais attaquer à l’Ouest ! » ( Ancien traité chinois de stratégie militaire )
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Autorégulation d’Internet |
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L'Ambassadeur Michel Peissik a été représentant de la France au sommet mondial sur la "Société de l'Information" qui cherche à faire avancer la réglementation mondiale d’Internet. Maintenant à la retraite, il continue à en suivre les travaux et note une évolution intéressante vers ce qui semble être une forme très moderne d’autorégulation, il en est le premier étonné et peut-être agréablement surpris.
Le problème est évidemment immense. Les participants sont partis sur l’idée qu’ayant identifié des domaines où une régulation devrait être trouvée (par exemple pornographie, trafic de médicaments, etc.), il fallait réunir une variété d’experts particulièrement au courant des problèmes, tenter de les faire parvenir à un consensus et voir dans quelle mesure ce consensus pourrait être élargi et formalisé. Mais, progressivement, de proche en proche, c’est un autre modèle qui semble s’installer, beaucoup plus bottom up : des participants en relation réelle ébauchent un modus vivendi ; ils regardent si et où celui-ci suscite des oppositions virulentes ; on cherche à le faire évoluer ; peut-être un jour cela pourrait-il déboucher sur une formalisation.
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Oui mais quand ? |
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Suite au post précédent... Tout le monde n’a pas le cran de Warren Buffett … ni sa patience … ni sa fortune. Des millions de gens n’ont donc pas envie de jouer la hausse tant que la baisse continue ou risque de reprendre d’un jour à l’autre. La question du quand est cruciale. Deux raisonnements s’affrontent.
Pour les uns, une hausse durable interviendrait sûrement si la confiance revenait. Comme cette approche est de nature psychologique, l’action (et le verbe) politique pourrait être efficace. Pour les autres, le problème n’est pas psychologique mais statistique. Les institutions surendettées sont prêtes à vendre n’importe quoi à n’importe quel prix. Tant que l’ardoise ne sera pas complètement épongée, le pessimisme restera justifié.
Comme il y a sans doute du vrai dans les deux raisonnements des accès de confiance provoquant des hausses et des accès de désendettement provoquant des baisses risquent d’alterner pendant assez longtemps. Conclusion : les placements à court terme restent dangereux mais le « Buy European » (voir ci-dessous) est valable pour quiconque est raisonnablement sûr que son placement peut rester immobilisé pendant plusieurs années.
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La valeur de l'euro |
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Peu importe si l'euro monte ou baisse vis-à-vis du dollar, il y a toujours ceux qui y voient un inconvénient. Euro faible - signe d'une Europe impuissante. Euro fort - perte de compétitivité des industries européennes.
Dans le contexte de la crise financière actuelle, le moment est venu de prendre un peu de distance et enfin de saluer la monnaie unique si peu aimée. Car sans l'euro, le monde ferait face non seulement à une crise bancaire, mais au chaos monétaire à l'échelle continentale. Il suffit de regarder la situation en Hongrie pour se convaincre de l'utilité de l'euro. Le déficit croissant du compte courant, un défi gérable en temps normal, se transformait en véritable crise monétaire à cause des événements dans les marchés des crédits. Résultat : la banque centrale hongroise a du relever en urgence les taux d'intérêt de 3 pourcent pour endiguer la chute du Forint, la monnaie nationale. Or, dans la zone euro, le calme règne. Portugal, Italie, Grèce maintiennent un taux d'endettement élevé, mais leur statut de membre de l'euro les met à l'abri de la tempête qui touche la Hongrie. Déjà occupés à trouver une solution à la crise financière, les gouvernements et banques centrales n'ont pas besoin d'ajouter une crise monétaire à travers l'Europe à leur calendrier de travail. Alors, bravo l'euro ou... presque. Quand l'Irlande a décidé de garantir les dépôts bancaires sans coordination avec ses partenaires européens, les autres pays ont craint que leurs clients déplacent leur argent vers l’Irlande. Le message est clair : l'unité dans le domaine monétaire a besoin d'un complément dans le domaine de la politique financière. Cela aurait aussi le mérite de faciliter la coopération internationale de la zone euro - par exemple pour éviter une future crise financière.
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Mieux comprendre pour mieux agir |
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Face à la crise actuelle, le moment est venu d’un examen de conscience. Nous devons mesurer notre « vigilance », voir si nous pouvons nous flatter de quelques bons jugements et surtout réfléchir à comment corriger certaines insuffisances.
Notre approche, systématiquement pluridisciplinaire, a, au total, été positive. Elle nous a évité les ornières où s’embourbent souvent les spécialistes de tel ou tel domaine et les gens issus de tel ou tel milieu. Les intervenants à nos petits déjeuners ont apporté chacun un éclairage spécifique et nos groupes de travail ont examiné les choses dans leur complexité. Ainsi, Jacques Blamont a-t-il piloté une recherche sur le cumul et l’interaction des menaces. Ainsi, Jacques Andréani a-t-il mobilisé des compétences diverses sur le Moyen Orient. Ainsi, Alain de Vulpian a-t-il conduit une enquête pour tenter de dessiner les contours d’une « Société rêvée ». Une telle société implique, de toute évidence, une mutation ou, à tout le moins, un infléchissement du capitalisme tel que nous le connaissons. D’où la constitution d’un autre groupe de travail dont le périmètre a été défini avec Bernard Esambert et qui planche actuellement sur les voies et moyens d’un « Capitalisme durable ». En ce qui concerne la crise financière proprement dite, nous avons tiré plusieurs sonnettes d’alarme sans toutefois prévoir son ampleur, ce qui, disons-le franchement, est une grave lacune. Parmi les prémonitions judicieuses, citons celle de Louis Schweitzer qui, dès 2002, stigmatisait, dans son intervention, le manque de régulations adéquates : « … les athlètes ne fixent pas eux-mêmes les règles du jeu. Il y va de leur intérêt bien compris ». De même, Michel Pébereau tempérait en 2005 son libéralisme de principe en mettant l’accent sur les risques de spéculation et en soulignant les possibles emballements des marchés financiers « qui ont des cycles d’amplitude beaucoup plus forte que les marchés des biens et services ». Citons aussi plusieurs avertissements lancés par Bernard Esambert sur les dérèglements du système monétaire puis sur les dangers inhérents au court termisme des entreprises. J’ajouterai que, dans des « avis de tempête » répétés, j’ai personnellement souligné que « parmi la profusion d’indices de toutes natures, nous devrions avoir l’œil braqué sur un paramètre essentiel : le prix de l’immobilier aux Etats-Unis ». Cette référence à mon propre jugement ne me pousse nullement à l’autosatisfaction. Bien au contraire. En prévoyant les effets macro économiques éventuels de l’éclatement de la bulle immobilière américaine (retournement de « l’effet richesse », baisse de la consommation aux Etats-Unis, conséquences pour le reste du monde), j’ai négligé l’effet multiplicateur des titrisations abusives dont j’ignorais les excès. Ainsi m’a-t-il fallu du temps pour comprendre que l’amoncellement de produits dérivés bâtis les uns sur les autres à partir de créances partiellement douteuses propageaient des risques de plus en plus conséquents et de mieux en mieux dissimulés. De ce constat, j’ai déduit que le système financier mondial prenait l’allure d’un éléphant en équilibre sur une aiguille. Après quoi, j’ai découvert – tardivement ! – la perversité de certains mécanismes annexes comme, par exemple, celui des « CDS » (Credit-Default Swaps). A mes yeux de Candide, il était normal et salutaire que des entreprises puissent s’assurer contre d’éventuels défauts de payement. Je pouvais même comprendre que si telle entreprise voyait ses risques concentrés sur tel pays ou sur tel secteur, elle pouvait avoir intérêt à en échanger une partie contre d’autres risques encourus par d’autres entreprises dans d’autres pays ou d’autres secteurs (c’était, à l’origine, l’idée - et la justification - des « Swaps »). Hélas, l’inventivité de pseudo génies de la finance a conduit à une dérive majeure que seuls les praticiens connaissaient alors même qu’ils n’en mesuraient pas le danger. Des spéculateurs, de plus en plus nombreux, ont choisi de s’assurer contre des risques qu’ils ne couraient en aucune manière et ont cru bon de parier sur la faillite d’autrui. Il en est résulté un écheveau de soupçons qui, quand la brise s’est mise à souffler, a provoqué une flambée de méfiance. C’est une des causes de l’assèchement actuel du crédit interbancaire lequel est d’autant plus menacé que nombre d’établissements ont eu l’imprudence d’abuser de l’« effet levier » leur permettant de travailler essentiellement sur des fonds empruntés représentant, dans certains cas, près de 40 fois leurs fonds propres. Si je me suis étendu sur ce point particulier, ce n’est pas pour le plaisir de faire mon mea culpa mais pour illustrer la double difficulté de l’anticipation des menaces : les spécialistes qui ont le nez sur le guidon ne voient pas les virages ; et les non spécialistes manquent de connaissances suffisantes pour mesurer l’étendue des dangers. C’est le « trou noir » de la connaissance. Pour combler cette faille, il ne suffit pas de croiser les expertises comme le font, en général, les think-tanks (dont le Club). Il faudrait aussi que les différents spécialistes soient tenus de justifier les vérités qu’ils considèrent comme acquises. Cette leçon, valable pour une modeste association comme la nôtre, l’est, à fortiori, pour les « responsables » que des fonctions élevées amènent à prendre des décisions importantes. Ces personnalités, pour la plupart, ont un emploi du temps tellement surchargé qu’elles vivent sur des idées qu’elles ont mises en stock quand elles avaient davantage de loisirs. Ces personnalités sont, d’ailleurs, entourées de conseillers qui eux-mêmes sont débordés et qui, de surcroît, ont rarement le courage de « déconseiller ». D’où l’importance de repérer des esprits libres qui s’efforcent de mettre en cause certaines idées reçues ou prévisions courantes. Dans cet esprit et afin de susciter un débat, j’ai tenté d’établir un « diagnostic prospectif » de la crise financière. C’est une première étape. La crise n’est pas finie. De nombreux facteurs, à commencer par l’élection présidentielle américaine, façonneront l’avenir. C’est le moment ou jamais de se montrer vigilants. Le Club y parviendra d’autant mieux que nous saurons mettre à profit la diversité de nos expériences, de nos compétences et de nos talents.
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De Kerviel à Lehman Brothers… |
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La présente crise financière a son origine immédiate aux Etats-Unis, plus spécifiquement dans le scandale des « subprimes ». Au mépris de toute règle morale et éthique, des établissements financiers avaient prêté des sommes faramineuses à des acquéreurs immobiliers qui devaient se révéler insolvables au moindre retournement de conjoncture.
Que ces organismes subissent les conséquences de leur esprit de lucre ne saurait provoquer nos larmes ; il n’en n’est pas de même pour les malheureuses victimes qui se retrouvent à la rue. Comment ce problème strictement américain est-il devenu une crise mondiale ? La réponse à cette question est fondamentale pour éviter toute récidive. Les plans de sauvetage, les « bailouts », de centaines de milliards de Dollars et d’Euros ne font que soigner les symptômes, sinon conforter le système, sans s’attaquer au mécanisme de propagation de la pandémie. En dehors des Etats-Unis peu de monde s’est penché sur ce phénomène ; aucun responsable politique ou économique n’a vraiment identifié publiquement les causes du mal (hormis les financements immobiliers acrobatiques). Seul Jacques Attali en a fait clairement mention mais fort discrètement. Le sujet est en effet aride, technique et fort complexe. Les établissements financiers américains à l’origine des « subprimes » ont repassé une grande partie des risques (il y a là véritablement escroquerie) en utilisant tout un panel d’outils financiers sophistiqués : titrisation et produits dits dérivés. Ces produits sont basés sur des modèles mathématiques de simulation de transactions à terme. Les marchés à terme ne sont pas une invention récente puisque les premiers virent le jour aux Etats-Unis et en Angleterre à la fin du XIXeme siècle. Leur but, louable, était de protéger contre les fluctuations de cours des matières premières, à l’origine agricoles (pommes de terre, blé) ou minières (cuivre, zinc), commerçants et industriels soumis aux aléas de variations de prix. Le pétrole devint un des marchés à terme les plus importants. Entre le moment où un raffineur achète une cargaison de brut et la vente des produits raffinés il peut s’écouler de nombreuses semaines (transport, raffinage, stockage) pendant lesquelles les cours des produits peuvent varier. Les marchés à terme permettent de bloquer la marge économique au moment de la prise de décision. Tout cela fonctionnait bien (mis à part quelques scandales provoqués par de purs spéculateurs) jusqu’au jour (années 80) où des banques devinrent des intervenants majeurs sur ces marchés, à la grande perplexité des professionnels des matières premières. De « market makers » sur le pétrole ou l’aluminium, les banques se lancèrent dans des transactions à terme sur des produits strictement financiers, non adossés à un produit physique, de plus en plus complexes sinon inintelligibles par les non mathématiciens. Ce fut l’âge d’or des « golden boys » et les salles de marchés se remplirent de polytechniciens et de centraliens (du moins en France…). Des voix s’élevèrent dans les années 90 aux Etats-Unis contre ces dérives, les « derivatives » échappant à tout contrôle. Warren Buffett déclara, dans l’indifférence générale, que les « quants » (pour : quantitatives - concepteurs de produits dérivés) avaient entre leurs mains des armes de destruction massive (à quand un T.N.P. dans la finance ?). Ne dit-on pas qu’il n’y a que 20 personnes au Monde capables de comprendre et maîtriser certains produits dérivés qui véhiculent des milliards de dollars ? Avec le soutien actif d’Alan Greenspan, l’administration Bush torpilla tous les projets de régulation élaborés par certains membres du Congrès. Georges W. Bush ira même jusqu’à signer une loi exonérant les produits dérivés du règlement de la Commodity Futures Trading Commission. On sait malheureusement ce qu’il en advint. Les « quants », à l’admiration béate de leurs directions générales, mirent au point des outils de plus en plus complexes et empochèrent des bonus indécents. Le cours de mathématiques financières de Mme Karoui devint un must (voir le site : www.maths-fi.com/devenirquant.asp). Les rares commentaires, embarrassés, de madame le professeur à l’Ecole Polytechnique sur la crise actuelle sont fort intéressants. Des banques, aveuglées par les « performances » de leurs traders), ne mirent même pas en place les instruments habituels de contrôle des salles de marché. Seul comptait le : Toujours plus ! D’où l’affaire Kerviel, traité par Bouton de « terroriste » (sic). Des produits dérivés, qualifiés aujourd’hui de toxiques, fondamentalement de même nature que ceux manipulés par Kerviel, propagèrent de part le monde les risques inhérents des subprimes. Au début il y a un problème de morale : prêter sciemment de l’argent à des gens potentiellement insolvables, suivi par une absence totale d’éthique et de prudence. Eviter le renouvellement des catastrophes financières que nous vivons nécessite un changement profond de comportement des décideurs, dont le profil, pour nombre d’entre eux, doit être modifié. La financiarisation à outrance ne peut qu’être abandonnée pour revenir à une économie industrielle et commerciale. La finance est un outil et ne doit rester qu’un outil. Ce n’est pas la fin du libéralisme, martelée par certains, qui s’annonce mais le retour au bon sens. Comme Warren Buffett, il ne faut investir que dans ce que l’on comprend. C’est la sagesse. En est-on capable ?
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Tout va se jouer en quelques mots |
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La journée d’aujourd’hui est décisive. Si la peur ne se transforme pas en espoir, les dégringolades boursières vont s’accélérer, les économies s’effondreront et la paix mondiale finira par être menacée.
Tel sera le cas si les mesures que les gouvernements européens annonceront dès cet après-midi sont interprétées comme des cadeaux faits aux banques avec l’argent des contribuables. Gordon Brown, le Premier Ministre britannique, a montré le chemin : l’Etat ne rachète plus des créances pourries, il entre au capital des banques : c’est un investissement et non plus une dépense. Encore faut-il qu’un choc psychologique se produise c’est-à-dire que le public croie que cet investissement pourra être rentable et qu’en bout de course les contribuables feront une bonne affaire. Au prix où sont tombées les actions bancaires, c’est possible... si la machine se remet à tourner. Pour cela il faut que la confiance revienne et, pour qu’elle revienne, il ne suffira pas que les gouvernements européens prennent la bonne décision. Il ne suffira pas même pas que les autorités américaines fassent de même. Il faudra que les hommes politiques parviennent à persuader les contribuables que l’argent public ne sera dilapidé mais au contraire utilisé pour un placement d’avenir. Le poids des mots peut faire pencher la balance de la crise.
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Une crise singulière |
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La crise à laquelle nous assistons, impuissants ne ressemble pas à celle de 1929. En effet, conséquence d'une absence quasi totale de réglementation, d'une abondance d'argent à bon marché et du laxisme pharamineux de beaucoup d institutions américaines, qui ne se sont pas privés de se défausser partiellement sur des institutions hors des Etats Unis, l'on assiste à un double phénomène :
1) Perte importante et réelle de substance par les organismes prêteurs ; 2) Le point 1 entraîne mécaniquement une perte de confiance des autres banques et des instituts financiers entre eux qui se traduit par une crise extrêmement grave de liquidité. Un des problèmes, hélas pas le seul, est que cette absence de liquidité engendre des conséquences aussi énormes que dramatiques, parfois totalement injustifiées. Imaginons que quelqu’un sorte sans cash et sans carte de crédit mais qu’il ait de l’argent liquide dans son appartement. S’il désire manger par exemple, il ne le pourra pas, non par absence de solvabilité mais par manque de liquidité, tout simplement ! La bourse américaine, exprimée par le Dow Jones a perdu 7 % hier en quelques heures. Cette perte correspond AU DOUBLE des 700 milliards de dollars demandés par le gouvernement US et refusé, dans un premier temps, par la chambre ??? Depuis, le Sénat et la Chambre des représentants ont accepté un plan B, qui ressemble furieusement au premier. En effet un refus, même s'il était moral aux yeux de certains, aurait entraîné pour des décennies, et dans le monde entier, des conséquences auprès desquelles la crise de 1929 apparaitrait comme une multitude de pétales de roses ! L'heure n'est pas au calvinisme effréné et à la juste punition des coupables, mais aux grands maux, les grands remèdes. Les gesticulations de Sarko passé en 24 heures du libéralisme le plus extraordinaire à une posture quasi stalinienne seraient pitoyables à mes yeux..................si je n'avais pas voté pour lui faute d'un meilleur choix.
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Crise : vers une troisième phase |
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Les actions menées cette année par les banques centrales eussent largement suffi à maîtriser la crise de 1929. L’effet multiplicateur des titrisations abusives a changé la donne.
La première ligne de défense a été monétaire. Des liquidités ont été mises à disposition. Cela n’a pas suffi. La deuxième ligne de défense est fiscale. Le gouvernement américain rachète des mauvaises créances. Cela risque de ne pas suffire. Que restera-t-il à négocier sinon la souveraineté ? Nous ne sommes plus en 1945. Le Dollar a perdu sa puissance. L’Asie et le Moyen Orient détiennent les clés du coffre. Le pouvoir devra être partagé. Un système mondial sera, finalement, mis en place. L’Europe jouera un grand rôle dans cette "perestroïka" du capitalisme. Ce sera son heure de vérité.
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Court et long terme des entreprises |
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La vie des entreprises traverse une mue significative tant elle est désormais influencée par les fonds d’investissements anciens (Pensions Funds, Mutual Funds, …) et nouveaux (innombrables fonds qui se sont créés au cours de ces dernières années en raison de l’afflux de liquidités, fonds souverains …). Les managers, de plus en plus soumis à ces actionnaires inédits et prédominants se focalisent sur le serrage de boulons et la profitabilité à court terme. Certains dirigeants d’entreprises du CAC 40 ont toute la journée les yeux fixés sur un écran qui leur donne l’écume de leur cours de bourse.
Les opérations financières susceptibles de donner de plus belles couleurs à leurs titres (rachat d’actions, effets d’annonce, etc.) deviennent coutumières. La sphère financière, que plus personne ne contrôle réellement, s’emballe périodiquement au rythme de bulles et de crises de plus en plus fréquentes. Celle des subprimes n’est probablement pas la dernière. Parallèlement de nouvelles préoccupations apparaissent au travers de vagues d’intelligence collective, la plus structurante étant, bien entendu, la déferlante écologique et climatique. Les recherches de terrain, menées notamment par Alain de Vulpian, indiquent aussi un changement d’orientation de certaines entreprises vers une gouvernance plus participative et vivante, utilisant mieux les énergies latentes. Enfin, le besoin d’une moralisation du libéralisme économique, formidable moyen qui ne peut s’affranchir de garde-fous, se fait sentir un peu partout dans le monde avec un sursaut moral à l’encontre des enrichissements indus et des écarts de connaissance et de richesse. Rien de nouveau sous le soleil si l’on se souvient que l’Eglise, avec le recul d’un siècle de pensée sociale, reconnaît le profit à condition qu’il soit la récompense d’un service rendu aux travailleurs ainsi qu’à la communauté dont l’entreprise satisfait les besoins. L’Ancien Testament, se démarquant de l’Egypte ancienne, nous dit également que si la volonté de Dieu permet aux hommes d’asservir la nature, c’est à condition de ne pas traiter leurs semblables comme de simples outils, comme des esclaves. Chaque être humain doit pouvoir acquérir tout le savoir dont il est capable, sans domaine réservé à des élites. Bref, responsabilité et dignité sont les compagnons plus ou moins virtuels de l’Homme depuis près de trois millénaires. Aujourd’hui, on oublie trop souvent que, derrière les objectifs économiques et financiers des entreprises, il y a des êtres humains avec leurs ambitions, leurs rêves et leurs problèmes. Comment donc faire en sorte qu’un capitalisme plus humain et une gouvernance plus avisée se mettent en place par confrontation positive des forces et des impératifs en présence ? La réponse est simple : il faut impérativement changer d’horizon et passer du court au long terme. C’est à cette condition que la Recherche-développement et l’innovation, essentielles au développement des affaires, retrouveront leurs lettres de noblesse ; que l’on pourra réserver des espaces de liberté au talent et à l’imagination, alimenter la réflexion sur des pilotages plus subtils, créer de la flexibilité et du ressort collectif. Le Club des Vigilants est prêt à ouvrir un chantier sur ce thème. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous partagez, au moins partiellement, ce schéma de pensée et aidez-nous à faire en sorte qu’un jour les personnes morales que sont les entreprises méritent davantage ce titre.
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Liquidités en embuscade |
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Il ne fallait pas être sorcier pour savoir qu’une crise en Amérique serait plus dangereuse pour le monde qu’une crise dans un petit pays. Il ne fallait pas non plus être sorcier pour savoir que la spéculation immobilière, alimentée par un endettement excessif, finirait par une bulle et que cette bulle finirait par éclater. Le tout était de savoir quand. Ceux qui ont vu juste trop tôt ont perdu l’occasion de gagner de l’argent. Mais que pensent-ils maintenant ?
Pour simplifier, comparons les produits dérivés complexes à des cageots de fruits. Dans ces cageots, des petits malins avaient placé quelques poires pourries et des gros naïfs avaient acheté les cageots sans être trop regardants. Un jour la panique vint. Tous les cageots, d’un coup, sont devenus suspects. Personne ne voulait plus acheter. Il n’empêche qu’il y a encore de bons fruits. Tôt ou tard, le « marché » estimera que le prix de certains cageots a trop baissé et que c’est le moment pour se remettre à acheter. Resteront à la traîne et à la charge des contribuables les cageots les plus « immangeables ». Il faudra du temps pour les réintroduire dans le circuit. Les pertes accumulées seront considérables mais le capitalisme en a vu d’autres. Des liquidités sont en embuscade. Le bout du tunnel n’est pas proche mais, sauf évènement géopolitique grave, on peut parier qu’il est en vue.
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Vaincre la faim |
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A considérer le monde dans son ensemble, une réalité tragique apparaît en plein relief : c’est la réalité de la faim. Faute d’une nourriture suffisante, des millions d’hommes meurent ou mènent une vie diminuée.
Sans même tenir compte des guerres et des famines provoquées par les belligérants, on peut estimer à 15 ou 20 % de la population mondiale le nombre de ceux qui souffrent de sous-nutrition. Si, par ailleurs, on évalue cette sous-nutrition à 20 ou 25 % du nécessaire, c’est une insuffisance totale de 3 à 5 % des produits de base qu’il s’agirait de combler. Or : - La superficie des terres arables diminue à mesure que des pays comme la Chine étendent des villes et construisent des routes. - L’utilisation des terres arables pour la production de denrées essentielles se réduit à mesure que la production de biocarburants (absurdement subventionnée) augmente. - La disponibilité de protéines végétales pour nourrir les plus nécessiteux est mise à mal par la consommation croissante de viande (il faut 7 protéines végétales pour produire une protéine carnée). L’ascension de classes moyennes de plus en plus nombreuses dans les pays émergents est évidemment salutaire. Leur pouvoir d’achat contribue, cependant, à faire bondir les prix des produits agricoles, à commencer par le riz, le blé, le maïs et le soja. Pour les populations qui, avant la hausse, consacraient déjà les ¾ de leurs ressources au poste des dépenses alimentaires, c’est insupportable. D’où la multiplication des révoltes. Selon la Banque Mondiale, 33 pays sont, de ce simple fait, en proie à des troubles sociaux. Le problème est aggravé par la spéculation et les bonnes volontés suffisent d’autant moins que l’aide alimentaire est généralement distribuée en nature, que le choix des biens distribués ne correspond pas forcément aux habitudes alimentaires des populations et que ces distributions contribuent à freiner la mise en œuvre d’une production vivrière locale. Pour sortir de cet enchaînement maléfique, il faudrait, comme l’aurait dit Monsieur de la Palisse, que les pauvres aient de l’argent. Les mécanismes du marché pourraient alors s’adapter à une demande rendue solvable. Est-ce possible ? Peut-être si, au-delà de l’urgence, l’ensemble des politiques d’aide était repensé dans cette optique. Les aides, telles qu’elles sont conçues actuellement coûtent cher et il y a, comme on dit, beaucoup de « perte en ligne ». Les plus pauvres ne reçoivent que des miettes. Et ces miettes, le plus souvent, ne correspondent pas à leurs besoins les plus pressants. A court terme de graves accidents sont prévisibles car la correction, même si elle a lieu, prendra du temps. Elle eut été plus facile si, à l’époque de la surproduction agricole dans les pays riches, on avait essayé d’adapter l’offre au lieu de distribuer des « excédents ». Maintenant, c’est plus ardu mais, au fond, le problème est le même. Il s’agit de transformer les besoins réels en demande suffisamment explicite pour que les affamés puissent être vraiment entendus des donateurs. Les femmes africaines savent mieux que les technocrates occidentaux comment elles aimeraient nourrir leur famille. Et elles sont moins gourmandes que leurs gouvernements.
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Esprit d’œuvre |
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La vulnérabilité d’un capitalisme centré sur la finance et le court terme éclate au grand jour. La crise risque d’être grave mais aura du bon si, dans le cadre de l’économie de marché, elle incite à repenser la notion d’entreprise, à réhabiliter le concept de « communauté de personnes ». Il s’agit de transformer une « main d’œuvre » démotivée en équipes animées d’esprit d’œuvre. Dans la mesure de ses moyens, le Club s’efforcera de contribuer au nécessaire débat.
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Devoir de prévention |
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Les « responsables » tant politiques qu’économiques sont peu enclins à la prévention puisqu’il est difficile de prouver que l’on a évité une crise alors que le public est, en général, reconnaissant si l’on en a résolu une. Et pourtant ! Des millions de vies humaines auraient pu être sauvées et des centaines de milliards d’euros économisés si certains conflits, évitables, avaient effectivement été évités.
La toute récente création d’un Kosovo indépendant fournit une démonstration éclatante. Dans les circonstances actuelles, cette indépendance semble « juste » dans la mesure où la majeure partie de la population a été longtemps martyrisée. Il n’en reste pas moins que cette indépendance, fondée sur une base ethnique, crée un précédent dangereux et que le minuscule territoire, dépourvu de ressources économiques, est difficilement viable. Le Club compte élaborer prochainement un document sur la tragédie yougoslave qui a débuté en 1986, précisément au Kosovo, et sur l’inconséquence de l’Union Européenne qui, de 1980 (année de la mort de Tito) à 1986, aurait eu tout le temps de prévenir une crise qui a dégénéré en massacres et autres atrocités. De ces six ans d’inaction, l’Europe n’a pas fini de payer le prix.
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Du pétrole en général et de l’Iran en particulier |
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La flambée actuelle, en particulier, des cours du pétrole se distingue nettement des hausses que l'on a connues lors des deux chocs pétroliers précédents. L'augmentation continue, depuis 2001, du prix du pétrole marque la fin du pétrole bon marché. Des raisons structurelles sont à l'oeuvre et la soif pour l'or noir est loin de se tarir. L'Iran reste, dans ces conditions, un acteur majeur de la scène énergétique mondiale.
Le monde a connu, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de nombreuses crises pétrolières. Certaines ont fait suite à des tentatives de nationalisation des ressources pétrolières. On peut citer la nationalisation de Mossadegh en Iran dans les années 50 ou celle de Boumediène en Algérie en 1971. D’autres étaient provoquées par une réduction, volontaire ou involontaire, de l’offre. Dans la plupart des cas, des raisons politiques ont généré, ici ou là, une raréfaction de l’offre. On parlait alors de l’arme du pétrole. La première, en 1973-1974, fait suite à la guerre d’octobre 1973. Les pays arabes annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les pays soutenant Israël et décident d’une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu’à l’évacuation complète des territoires occupés et la reconnaissance des droits des Palestiniens. La pénurie suscite une forme de panique ; les prix connaissent une ascension vertigineuse. En outre, l’OPEP augmente les prix officiels : ils quadruplent entre octobre et décembre 1973. C’est le premier choc pétrolier. La seconde, en 1979, fait suite à la chute du Shah en Iran, l’arrivée de Khomeini au pouvoir et la longue crise de l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran. L’interruption, pendant quatre mois, des exportations iraniennes de pétrole débouche sur le doublement immédiat du prix du baril. Mais à l’inverse du premier choc pétrolier dont les effets se feront sentir jusqu’en 1978, ce second choc pétrolier fut rapide et sans lendemain. En 1986, c’est le retour de balancier. La chute des cours de pétrole est telle que l’on parle de contre-choc pétrolier. Au regard de l’histoire, les crises de 1973 et de 1979 avaient des causes assez simples et facilement identifiables. La situation pétrolière actuelle est tout à fait différente. Le pétrole, qui a connu une hausse continue depuis 2001, passe la barre symbolique de 100 $ le baril. Certains spécialistes anticipent la poursuite de la hausse. D’aucuns annoncent un baril à 150 sinon 200 $. Mais pour tous, ce qui est certain, c’est la fin du pétrole bon marché. Quatre raisons majeures, toutes plus complexes les unes que les autres, sont à l’oeuvre. La première tient à l’explosion de la demande. La croissance mondiale soutenue, l’émergence de nouveaux pays "énergétivores", notamment la Chine et l’Inde, et la demande américaine alimentent cette soif pour l’or noir. La deuxième est la conséquence d’une diminution relative de l’offre. La guerre, en Irak, le terrorisme au Nigeria, les sanctions contre l’Iran, l’obsolescence des infrastructures pétrolières par manque d’investissement ou de personnel qualifié, comme au Vénézuela réduisent les capacités de production potentielles. La montée des coûts de production et de raffinage en est une troisième. Plus des 3/4 des hausses des investissements des sociétés pétrolières sont absorbés par ces hausses de coûts. Enfin, la quatrième et dernière tient à la financiarisation des marchés pétroliers. A titre d’exemple, sur la plus grande Bourse pétrolière du monde, l’ICE, en 2003, 75 % des volumes de gré à gré étaient échangés électroniquement par les pétroliers eux-mêmes, 22 % par les banques et seulement 0,3 % par les Hedge Funds. En 2006, la part de ces derniers était passée à 33 % ! Peut-on, dans ces conditions, se passer du pétrole et du gaz iraniens ? La réponse est non. Avec respectivement les 3èmes et 2èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz, l’Iran reste un acteur incontournable de la scène énergétique. D’autant que la soif mondiale pour l’or noir est loin de se tarir. Télécharger le PDF Dossier réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye
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Gordon Brown et la Bombe |
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Gordon Brown, Premier Ministre britannique, a déclaré le 21 janvier à New Delhi que la Grande-Bretagne était prête à prendre la tête d'un processus de vérification et de démantèlement des arsenaux nucléaires destiné à aboutir à un monde sans armes atomiques.
Les propos qui suivent peuvent être retrouvés à l'adresse : « Laissez-moi vous dire que la Grande-Bretagne est prête à mettre en oeuvre son expertise en vue d'aider à déterminer les moyens nécessaires pour éliminer de façon vérifiable les ogives nucléaires. Et je m'engage à ce que dans le processus de préparation de la conférence d'examen du Traité de non-prolifération de 2010, nous soyons en première ligne de la campagne internationale visant à accélérer le désarmement parmi les Etats possesseurs de l'arme nucléaire, à prévenir la prolifération de la part de nouveaux Etats, et à atteindre en définitive un monde débarrassé d'armes nucléaires ».
Déjà, une semaine auparavant, un groupe d'anciens dirigeants américains, conduits par Henry Kissinger et Georges Schultz, avait pris position dans le Wall Street Journal en faveur de la disparition programmée des arsenaux atomiques. Leur analyse se fondait sur la constatation pragmatique que la présence et le risque de dissémination d'arsenaux nucléaires conduiraient tôt ou tard à un monde finalement moins contrôlable et plus dangereux qu'un monde sans armes atomiques. La perspective de disparition des arsenaux nucléaires, si lointaine qu'elle paraisse encore, voit donc s'ouvrir une chance de quitter le monde de l'utopie. L'engagement d'un chef de gouvernement en exercice, à la tête d'un Etat doté de l'arme nucléaire, est évidemment décisif à cet égard. Il serait important que la France ne soit pas absente du mouvement : pour la simple raison que s'il était lancé et commençait à prendre corps, nous n'aurions pas d'autre choix que de le rejoindre. Autant donc nous y associer le plus en amont possible.
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Vers une nouvelle pensée économique |
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Les théories économiques évoluent en fonction des réalités et les réalités les plus prégnantes viennent des pays les plus puissants. Le fait que de plus en plus d’Américains mettent en doute les bienfaits de la mondialisation va faire réfléchir les économistes. C’est le signe précurseur d’une évolution de la pensée dominante.
En 2002, 78 % des Américains pensaient que les Etats-Unis bénéficiaient du libre-échange. En 2007, le pourcentage était de 59 % et, si l’on en juge par la tonalité des débats électoraux actuels, il est sans doute inférieur à 50 % aujourd’hui. D’où le risque d’un retour au protectionnisme et la nécessité d’un ajustement, c’est-à-dire d’un dérapage contrôlé pour éviter la sortie de route. La mondialisation, il ne faut pas l’oublier, a sorti de la misère des centaines de millions de gens et a contribué à la croissance dans les pays développés. Le drame est que dans ces pays « riches » il y a de plus en plus de pauvres. Les perdants ne sont plus seulement les chômeurs ni même les ouvriers de l’industrie mais tous ceux qui doivent se contenter de bas salaires parce que leur activité pourrait être externalisée. La classe moyenne toute entière est tirée vers le bas. Améliorer la formation professionnelle et encourager financièrement la mobilité est unanimement jugé nécessaire mais de plus en plus considéré comme insuffisant. Des économistes américains se mettent à rechercher la légitimation théorique d’un protectionnisme modéré. Certains font ainsi appel à des notions voisines de celle de subsidiarité dont on se sert généralement pour justifier la répartition des responsabilités entre différents échelons institutionnels ou territoriaux. Le principe est simple : ce qui peut être réalisé efficacement dans la proximité ne doit pas être traité au loin. Dans la pratique économique, cela peut mener à quelques conclusions. Exemples : - Les cultures vivrières en Afrique (et autres régions où l’afflux dans les mégalopoles a des effets désastreux) ne devraient pas être sacrifiées sur l’autel de la libération des échanges agricoles. Concrètement, cela se traduirait par une réhabilitation limitée de la technique des quotas. Il en irait de même pour certaines activités industrielles ou artisanales dont la valeur est localement appréciée dans certains pays riches. - Quelques entreprises, considérées comme stratégiques, ne pourraient pas tomber entièrement dans des mains étrangères. Concrètement, cela signifierait l’extension de la pratique des « golden shares ». De telles entorses au libéralisme seraient conçues comme une sauvegarde de ce que le libéralisme comporte d’essentiel. Elles se présenteraient comme un mode d’emploi pour ne pas glisser sur le funeste toboggan qui conduit du protectionnisme au nationalisme et du nationalisme à la peur des autres, c'est-à-dire au racisme et à la guerre.
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Haro sur les matheux |
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Dans les banques, les matheux s’en sont donnés à cœur joie. Des années durant, ils ont conçu des produits dérivés de plus en plus complexes où les risques étaient si bien entremêlés que seuls des investisseurs très avertis pouvaient voir quels étaient les mauvais fruits disséminés dans le cageot.
La crise des Subprimes a causé tellement de dégâts collatéraux que la titrisation de produits dérivés est maintenant difficile. Back to basics est devenu la règle. Aux algorithmes compliqués doivent succéder des équations simples, compréhensibles au premier degré.
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« Gaïa » et la planète finance |
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En 2000, lors de la crise boursière, les pessimistes avaient les yeux braqués sur le prix de l’immobilier. Ils craignaient que ceux qui avaient le plus perdu en bourse se mettent à vendre leurs biens et que le cumul des deux baisses déclenche une crise globale.
Symétriquement, les pessimistes redoutent aujourd’hui que la chute de l’immobilier entraîne celle de la bourse. Jusqu’à maintenant tel n’a pas été le cas. On en arrive à se demander si le système financier mondial n’a pas atteint un tel niveau de sophistication qu’il finit par s’autoréguler. Le nombre des transactions est si élevé, l’arbitrage entre les monnaies si performant que la planète finance trouve à chaque instant des équilibres nouveaux. Elle va de choc en choc mais, comme Gaïa, elle continue de tourner. Jusqu’à quand ?
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Le capitalisme à l’épreuve |
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A la fin des années 60, le philosophe Raymond Ruyer a écrit un « éloge de la société de consommation ». Selon lui, une fracture nouvelle avait remplacé la traditionnelle lutte des classes. D’un côté, disait-il, sont rassemblés tous ceux qui, par leur travail, sont liés aux processus de fabrication et de vente : ouvriers, patrons et employés sont ici du même bord. De l’autre, il y a ceux, fonctionnaires, professeurs, juges, journalistes et observateurs en tout genre dont les activités se déploient dans un secteur que Ruyer qualifiait de « tertiaire non économique ».
L’énoncé de cette dichotomie séparant les « productifs » des « critiques » ne manquait pas de pertinence puisqu’à l’époque des « majorités silencieuses » on rejetait les valeurs de la « contre-culture ». Richard Nixon, aux Etats-Unis, a été porté par cette vague et tous les candidats aux législatives américaines de 1970 ont eu l’œil rivé sur la fameuse « Dame de Dayton » dont l’avantage était d’être moyenne en tout. Connaître la Dame de Dayton (Ohio) équivalait à un certificat de sagesse politique permettant de ne pas glisser sur la pente des idées brillantes mais électoralement vouées à l’échec. Que disait donc l’oracle ? Elle disait simplement qu’elle en avait assez de voir les intellectuels cracher sur ce qu’elle affectionnait. Pour reprendre le langage de Ruyer, elle assimilait les gens du « Tertiaire non économique » à ceux que Proudhon décrivait comme occupant les « charges et sinécures ». Les entrepreneurs, selon Proudhon, contribuaient à la création de richesses alors que la bourgeoisie de robe se contentait d’en vivre. Un tiers de siècle est passé et la « majorité silencieuse » ne voit plus les entrepreneurs d’un œil aussi bienveillant. La financiarisation de l’économie, la rapidité des bouleversements technologiques, la peur des délocalisations, le spectre des OPA, l’individualisation des carrières, le stress du travail contraint ont brisé ce qui pouvait faire l’unité des « productifs ». En France, près des trois quarts des salariés pensent que leur intérêt propre et celui de l’entreprise divergent. Aux Etats-Unis, des enquêtes sur l’ « Involvement » des salariés dans un certain nombre de grandes entreprises aboutissent à des résultats moins désastreux mais néanmoins alarmants. Dans les circonstances actuelles, est-il possible de recoudre le tissu social ? Les optimistes diront que la montée en puissance des préoccupations écologiques remet à la mode certaines valeurs prônées jadis par les tenants de la « contre-culture » dont les dirigeants d’entreprise devront tôt ou tard tenir compte. Les pessimistes répliqueront que l’hyper concurrence mondialisée ne permet pas aux dirigeants d’entreprise d’accomplir des efforts suffisants pour tirer parti des réservoirs d’énergie de leur personnel. Pourtant, faute d’esprit d’équipe et d’objectifs partagés, les grandes entreprises risquent de perdre toute légitimité. Le défi est grand pour le capitalisme. Sa capacité d’adaptation va être mise à l’épreuve.
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Mutations et crises des marchés financiers |
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La maîtrise de la globalisation et la recherche d'une gouvernance mondiale sont des sujets brûlants. Michel Prada, président de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), est intervenu mercredi 21 novembre, sur le thème : « Mutations et crises des marchés financiers » tentera d’ouvrir des perspectives.
Diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Bordeaux, énarque et Inspecteur Général des Finances, Michel Prada a le profil du parfait haut fonctionnaire. Diplômé de l’ENA (promotion Montesquieu), il gravit tous les échelons. Inspecteur adjoint des Finances (1966), il est nommé Chargé de mission au Service de l'Inspection Générale des Finances (1968), puis chargé de mission à la Direction de la Comptabilité Publique (Service des Etudes et de la Coordination (1970) et Chef de Service, adjoint au Directeur de la Comptabilité Publique (1978). La même année, il en prend la direction. En 1985, il est nommé Directeur du Budget puis, en 1988, Président du Crédit d'Equipement des Petites et Moyennes Entreprises. Membre du Conseil Economique et Social et du Conseil National du Crédit (1994-1995), Michel Prada devient, en 1995, président de la Commission des Opérations de Bourse (COB). En novembre 2003, il prend les rênes de la toute nouvelle Autorité des marchés financiers qui a remplacé la COB. Président du Conseil d'Administration de l'Orchestre de Paris (1989 - 2001) et du Comité Exécutif de l'Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV) (1996 - 1998), Michel Prada a aussi présidé le Comité Technique de l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV). D’abord de 1998 à 2000 et, de nouveau, depuis le 2 octobre 2005. Michel Prada a reçu diverses décorations dont celles de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (20 avril 1995), de Commandeur de la Légion d'Honneur (29 mars 2002) et de Grand Officier de l’Ordre National du Mérite (14 novembre 2005).
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Immigration sans tabous |
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Depuis plus de 40 ans, le discours sur l’immigration en France n’a pas varié d’un iota. Le flou maintenu entre immigration légale et illégale non plus. Une loi chasse l’autre – on en est à la 72ème depuis 1945. Et depuis la fin des années 70, elles vont toujours dans le même sens : durcissement, verrouillage, exclusion.
Depuis près de 20 ans, le discours dominant sur la mondialisation "heureuse" prône toujours plus d’ouverture, de concurrence, de dérégulation. Les capitaux, les marchandises et même les usines jouent à saute-frontière sans freins, ni limites. Un jour en Savoie, le lendemain à Timisoara et le surlendemain à Chengdu. Les hommes, quant à eux, sont sommés de "pourrir sur pied". Mais les humains ne sont pas des plantes. Ils ont des jambes. Ils marcheront toujours vers un ailleurs qu’ils espèrent meilleur.
C’est le cas de tous les "illégaux" du monde. En France, ils seraient entre 300 000 et 500 000. Le 20 août dernier le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale s’inquiétait de ne pas atteindre les 25 000 reconduites prévues pour 2007. Rythme qui, s’il était tenu et à condition que le stock de sans papiers n’augmente pas, permettrait à la France d’être "libérée" de ses illégaux au mieux en 2020, sinon en 2028. Pendant ce temps, la plupart travaille, consomme, aime, fait des enfants... N’est-il pas temps de remettre tout à plat sans a priori ni démagogie ? Des secteurs entiers – BTP, hôtellerie-restauration, agriculture... – souffrent de pénurie de main d’œuvre. Le vieillissement de la population ne va pas arranger les choses. Régulariser tous ceux qui peuvent bénéficier d’un contrat de travail, quitte à définir une période plancher (par exemple 5 ans) de travail effectif avant l’octroi d’une carte de 10 ans, serait un gage d’efficacité économique – des impôts et des cotisations sociales en hausse – et de cohésion sociale par une meilleure intégration.
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Naissance d'un métier du futur ? |
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Les dirigeants politiques de nos vieilles sociétés occidentales sont à la recherche d'idées pour utiliser la main d'œuvre dite "peu qualifiée" dans nos économies du futur à "haute valeur ajoutée". En France, par exemple, les experts du C.E.S. ont identifié que l'avenir appartiendra aux emplois de "totale proximité" car peu intéressants à délocaliser.
Nos économies développées n'ont plus besoin, en réalité, de l'énorme quantité de main-d'œuvre dont disposent nos sociétés post-industrielles. Les emplois à forte valeur ajoutée, à l'instar des emplois de pure production, sont eux aussi entrés dans une ère d'industrialisation et de mondialisation…
L'avenir, nous dit-on, est à s'occuper des gens, de leur bien-être, de leur petit bonheur et de leur petite santé ou de leurs vastes périodes de temps disponible, de leurs "distractions". Ce n'est pas vraiment le retour du "personnel de maison" mais plutôt l'arrivée du "service sur mesure à la personne".
Pourtant, la mondialisation actuelle a fait naître depuis quelques dizaines d'années, un nouveau secteur économique profitable et déjà largement investi par des entreprises multinationales. Ce secteur bénéficie largement de l'ouverture des frontières et de cette libéralisation des services qui a fait couler beaucoup d'encre en Europe, grâce aux propositions de Monsieur Bolkenstein.
Le "business model" de ce secteur est parfaitement au point et le savoir-faire requis est vieux comme le monde… Ce qui est favorable à son essor c'est précisément ce qui fait la spécificité de la mondialisation libérale actuelle : la suppression de l'éthique du champ de l'économie marchande, la liberté totale de penser et de faire au mépris de toute forme de règle commune, la résurgence d'un très ancien principe de réalité du monde qui sépare les humains entre les "loups" et les "agneaux", l'existence de moyens techniques incroyables aux yeux de nos pères qui font que nous ne sommes pas loin d'atteindre à l'ubiquité, du fait de la facilité et de la modicité du coût des transports ainsi que de l'explosion des moyens audiovisuels et de télécommunications à notre disposition.
Le secteur d'avenir qui pourra employer beaucoup de personnes, femmes, hommes et enfants indifféremment, et pour lequel le "marché potentiel" est immense et loin d'être saturé ?
C'est celui de la "traite des êtres humains" !
Nous croyons tous que l'esclavage est mort, aboli depuis longtemps. De temps en temps l'actualité nous plonge dans des faits divers que notre vieille morale occidentale, encore imprégnée de respect de l'être humain, a tendance, pour quelques temps encore, à réprouver.
Nos sociétés, qui se disent évoluées en terme de civilisation, ont mis des freins à l'avidité et à la cupidité naturelle des hommes en introduisant de "beaux concepts" comme le principe de l'existence de droits naturels de la personne humaine ou le mécanisme d'encadrement des relations du travail qui est un contrat entre un employeur (celui qui propose quelque chose à faire) et un employé (celui qui est prêt à faire et, souvent, sait faire)….
Asseyons-nous par la pensée et par commodité sur ces deux "beaux concepts" et pensons uniquement à gagner de l'argent. Il suffira de monter une "affaire" dans le secteur de la traite des êtres humains, le must étant le marché du sexe !
Ce secteur économique, dont les mécanismes assez secrets ne sont pas très connus du grand public ni des politiques, est en pleine expansion et utilise déjà toutes les ficelles que rend possibles l'économie mondialisée, libérale et "débridée".
Le processus international d'acceptation et de normalisation de cette activité est bien décrit dans l'ouvrage de Claudine Legardinier (Les trafics du sexe - Femmes et enfants marchandises) :
- 1995 : La conférence de Pékin sur les femmes introduit dans un texte international la notion acceptée de "prostitution forcée". Elle ouvre la voie à la libéralisation du système prostitutionnel, légitime le proxénétisme qui devient l'expression du "droit de vivre de ce commerce".
- 1998 : L'Organisation Internationale du Travail (O.I.T. ), instance de l'O.N.U., appelle à la reconnaissance de" l'industrie du sexe" et à l'élargissement du "bouclier fiscal" de cette activité au nom de la création d'emplois, du fait que ce "métier" est des plus lucratifs pour ceux qui le pratiquent ainsi que pour les gouvernements qui y trouvent un moyen facile d'accroître leur P.N.B. et de faciliter le respect de leurs engagements F.M.I. et Banque Mondiale,
- 2000 : La Commission des Droits de l'Homme de l'O.N.U. à Genève précise que la définition internationale du trafic des êtres humains doit exclure les "femmes professionnelles du sexe migrantes illégales", les mettant ainsi hors du champ d'application de tout droit international possible,
- 2001 : La Cour européenne de Justice accorde aux femmes originaires de l'Europe de l'Est le droit de "migrer pour travailler aux Pays-Bas dans "le métier de la prostitution" pour rejoindre "le secteur économique du sexe".
- 2002 : Une Chambre de Commerce en Allemagne autorise l'immigration d'une prostituée colombienne pour la seule raison de la "pénurie de main d'œuvre" dans ce secteur, instaurant une forme nouvelle d'immigration choisie.
Les institutions internationales ont fait ainsi le nid de ce business plein d'avenir.
Il existe d'ailleurs des preuves incontestables du succès financier des entreprises qui investissent dans ce secteur :
- En 2003, le Daily Planet, société de bordel de Melbourne en Australie, entre en bourse de manière éclatante.
- En 2005, l'Artémis, complexe commercial en grande surface équipé d'un bordel à "prix cassés", ouvre à Berlin. Nouvelle forme de "Mac Do" où les femmes sont les nouvelles marchandises en rayon acquises par des acheteurs spécialisés,
- Etc.…
Dans ce contexte, on peut penser que la Convention de 1949 pour " la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation commerciale de la prostitution d'autrui " qui considérait que " la traite organisée des êtres humains en vue de leur prostitution est incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine " est passée aux oubliettes !
La France, dont la position officielle est clairement abolitionniste ne cherche pas vraiment à se faire entendre au niveau international. Les efforts "à la base" sont pourtant là mais les politiques pensent sans doute qu'il faut "laisser faire, laisser aller", qu'il faut être libéral, donc large d'esprit, et que, puisque cela est bon pour l'économie, cela est bon pour la société des gens.
Pourtant, un couple d'industriels français a voulu semer une graine de réflexion en créant la Fondation Scelles qui cherche à initier et piloter un processus européen et mondial de prise de conscience en nouant, en France, des liens avec les responsables de la Justice, de la Police, de l'Action Sociale et de l'Office des Migrations.
Le plus vieux métier du monde, passé de l'artisanat traditionnel à l'industrie capitaliste, deviendra-t-il l'un des métiers du futur et sera-t-il l'un de ceux qui auront un avenir florissant dans nos sociétés post-industrielles ?
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Jusqu’au ciel ? |
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Quand tous les spécialistes, tant en Europe qu’au Etats-Unis, estiment que la Bourse va continuer à monter en 2007, il faut peut-être commencer à se méfier.
Pour l’instant, les banquiers et autres gestionnaires de fortunes « surpondèrent » les actions dans l’éventail des placements. Leurs arguments ne manquent pas de poids : la croissance mondiale est au rendez-vous, les liquidités sont abondantes et les profits des entreprises n’ont jamais été aussi élevés. Dans de nombreux secteurs, les carnets de commandes sont pleins et, à en croire un sondage réalisé dans 50 pays, 93 % des responsables de grandes entreprises tablent sur un accroissement du chiffre d’affaires.
L’opinion des experts résiste à la plupart des objections. La crise de l’immobilier américain ? Elle semble maîtrisable puisque les taux d’intérêt devraient rester relativement bas en raison des gains de productivité qui limitent l’inflation. Le déficit extérieur américain ? Ce n’est pas demain que les Asiatiques voudront pousser les Etats-Unis à devenir protectionnistes. Et puis, si le dollar baisse ce ne sera pas un drame pour les Américains vu que leurs actifs à l’étranger sont exprimés dans d’autres monnaies. La possibilité d’un embrasement au Moyen Orient ? La résilience de l’économie mondiale a fait ses preuves en ce qui concerne le prix du pétrole. Quant aux attentats terroristes, ils n’ont eu sur les Bourses aucun effet durable.
Tout cela est vrai mais nous vivons à une époque où l’émotivité publique peut se retourner brusquement. Bien malin celui qui peut prétendre savoir quand une peur en déclenchera d’autres.
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Il reste d'importantes réserves de profitabilité… |
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En France, depuis la seconde guerre mondiale, l'effort des entreprises a tout d'abord été axé sur la rationalisation des activités et sur la professionnalisation des employés. C'était l'époque où l'accent a été mis sur la manière de travailler et sur la manière de faire monter en compétences tous les acteurs. Des associations loi 1901, comme la Cégos, par exemple, on participé à cet effort national.
C'était l'époque triomphante des directions de l'organisation toutes puissantes.
Puis l'accent a été mis, sur l'apport de l'informatisation de ces nouvelles organisations optimisées en particulier pour toutes les tâches répétitives demandant un personnel affecté nombreux. Cela a nécessité de forts investissements en capital pour développer les grands systèmes informatiques comprenant une partie dure (le hardware ou matériel) et une partie molle (le software ou logiciel). Le R.O. I. ou taux de rentabilité interne de ces investissements était assez peu souvent calculé dans les faits étant donné l'évidence de l'économie de frais généraux que ces investissements apportaient.
Ce fut aussi l'époque du début de ce que les statisticiens appellent le chômage touchant des employés organisationellement optimisés mais structurellement trop nombreux. La vérité oblige à dire que l'efficacité en terme de dégraissage pour cette époque n'a pas été aussi grande que prévu car bien souvent les postes analysés comme étant à supprimer ne l'ont pas été en réalité, du fait de convenances particulières et de résistances syndicales voire politiques. Les entreprises, encore en période de croissance structurelle assez forte, pouvaient alors dégager des marges d'exploitation suffisamment confortables pour supporter cette "surcharge pondérale" dont l'automatisation leur auraient normalement permis de s'affranchir. Ceci est, par exemple, précisément le cas des administrations centrales de l'Etat dans lesquelles les investissements de rationalisation et de productivité réalisés depuis de nombreuses années n'ont pas encore permis une diminution observée du nombre réel des fonctionnaires.
C'était l'époque triomphante des directions de l'informatique toutes puissantes.
Depuis cette époque, l'accent a été mis, en particulier par l'ascension du pouvoir des bourses de valeur, sur la capacité des entreprises, en période de croissance molle et donc de faible évolution positive et naturelle de leur valorisation, à augmenter leur bénéfice net par unité de chiffre d'affaires réalisé. On constatait pour la première fois, en l'absence de période de crise économique avérée, la recherche de gisements de productivité dans les très grandes entreprises en impulsant des "cures d'amaigrissement" rendues possibles par les investissements de rationalisation effectués les années précédentes. Le deuxième levier de la montée du chômage s'est donc enclenché sur fond de saturation des marchés domestiques. La limite trouvée à cet exercice dans un pays à tradition sociale forte a été l'importance de la réglementation du droit du travail et des licenciements car le coût direct de ceux-ci étaient bien trop élevé par rapport à l'augmentation attendue de la profitabilité.
C'était l'époque triomphante des directions financières toutes puissantes.
Enfin, la mondialisation, non pas seulement des flux ou échanges marchands mais bien des "fonctions internes" des entreprises ainsi que le développement de la pratique des externalisations de certaines d'entre elles, a introduit la nécessité, pour continuer à faire progresser la profitabilité des entreprises cotées, de s'attaquer au socle de leurs fournisseurs traditionnels : les fournisseurs de biens et services et les salariés.
C'est l'époque triomphante, actuelle, des directions des achats toutes puissantes.
Leur action consiste maintenant à considérer que la part de valeur ajoutée qui est encore accordée aux ressources et aux produits ou services acquis définitivement ou momentanément par les entreprises doit diminuer pour se transformer en bénéfice net ou "bottom line". Pour atteindre cet objectif, le levier puissant d'une mise en concurrence nouvelle et agressive de tous les fournisseurs et sous-traitants des grandes entreprises a été actionné :
• définition d'un nouveau rapport de force affiché entre la grande entreprise donneuse d'ordre et ses sous-traitants habituels,
• diminution drastique du nombre des fournisseurs petits et moyens, parfois dans un rapport de un à cent,
• standardisation et banalisation des achats cherchant à éliminer toute originalité des offres naturelles des fournisseurs au profit d'un gabarit commun obligatoire plus propice à faire jouer une concurrence dure uniquement basée sur les coûts,
• protocoles de consultation par appel d'offres, des seuls fournisseurs agréés par les acheteurs, rédigés à la manière de la grande distribution,
• volonté de pratiquer à large échelle la technique dite des "enchères inversées " dont l'usage était historiquement limité, en France, à la seule vente des produits maraîchers de base dans le monde agricole…
On ne peut que remarquer, à cette occasion, que le tissu historique des P.M.E. françaises, jadis si abondant et varié, a commencé à se flétrir par diminution mécanique du nombre des acteurs. Quant aux acteurs restants, la diminution drastique de leurs marges disponibles qui est la conséquence obligée de ces nouvelles pratiques d'achat, ne peut les conduire qu'à un appauvrissement de leurs offres, à terme, par disparition lente mais inexorable de leur capacité à affecter une part significative de ces marges au budget de Recherche-Développement.
Au-delà de toutes ces actions déjà engagées dans les faits, il reste encore d'importantes réserves de profitabilité pour les entreprises qui sont liées aux statuts et contrats des personnels. Comme cette contrainte ne peut être levée que par une décision politique acceptée sans tumulte par les populations, en attendant, les entreprises se tournent vers" l'achat de salariés" à l'extérieur des territoires des pays historiquement développés sous forme de délocalisation dans des zones à très bas salaires. Même si le "coût complet" d'utilisation de telles externalisations reste parfois élevé, leur "coût direct" est si bas qu'il constitue un excellent moyen pour un acheteur de négocier non plus un contrat de travail avec une personne mais un achat de prestation de service avec un fournisseur, ce qui entre non plus dans la sphère de responsabilités des directions de ressources humaines mais dans celle des directions des achats. De plus en plus, le nombre des entreprises constituées d'une seule personne (EURL) qui vend ainsi son travail à une direction des achats dans un cadre contractuel qui relève du Code de Commerce et non plus du Code du Travail, augmente régulièrement. Ce phénomène donne souvent l'illusion statistique que l'économie crée beaucoup d'entreprises nouvelles alors que la réalité, les spécialistes de l'aide et du financement des entreprises nouvelles (Anvar, Venture Capital, etc.) se désespèrent toujours de trouver "de vrais dossiers d'entreprises nouvelles" à financer et ne savent que faire de sérieux avec les fonds qui leurs sont confiés, par exemple au titre des FCPI de défiscalisation.
Malgré ce panorama de situation, il est dans l'ordre des choses et du progrès des pratiques de l'économie moderne que, dès que ces contraintes réglementaires auront été levées ou fortement assouplies, on assiste à un nouvel essor de la profitabilité des grandes entreprises.
Les investissements passés et les nouvelles pratiques de productivité n'ont pas encore donné tout leur jus.
On peut parier que les bourses d'actions ne manqueront pas de saluer d'un coup de chapeau exceptionnel ces nouvelles opportunités.
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Chérir l’OMC |
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Connaissez-vous un seul chef d’entreprise qui ait changé son « business plan » parce que le « cycle de Doha » peut tourner court ? Probablement pas. Les négociations qui se déroulent à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) semblent lointaines, mystérieuses, réservées à des experts. Quel dommage ! Si le commerce international n’est pas régulé, la mondialisation ne sera pas maîtrisée et les disparités s’accroîtront entre zones gagnantes et zones perdantes. D’où, dans de nombreux pays, le risque d’un choc en retour qui d’abord protectionniste pourrait rapidement prendre la forme du nationalisme. Du même coup, les structures politiques de plusieurs démocraties pourraient être menacées.
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Pour une Communauté Mondiale de l’Eau |
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Dans ma jeunesse, j’ai travaillé à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier et me souviens de la genèse de cette première institution européenne. Jean Monnet est parti de la conviction que l’Europe ne se ferait pas d’un coup mais pas à pas.
Voulant commencer par créer une « solidarité de fait », il a pensé que le charbon et l’acier, qui avaient été utilisés pour faire la guerre, pouvaient être un symbole de reconstruction pacifique et servir de base tant à la réconciliation franco-allemande qu’à l’unité de l’Europe. Il a persuadé Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, de lancer l’idée et s’est assuré qu’elle serait bien reçue par Konrad Adenauer, le chancelier allemand, et fortement appuyée par l’Administration américaine.
L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle dont rêvait Monnet mais la CECA a néanmoins servi de socle à une prise de conscience européenne. Maintenant, les menaces visent l’humanité entière et il s’agit de faire émerger une conscience planétaire. D’où la question : existe-t-il un domaine qui aiderait à cristalliser une « solidarité de fait » à l’échelle mondiale, un domaine où l’urgence et la gravité des problèmes justifieraient la mise en commun de certains pouvoirs et de certaines ressources ?
Après avoir beaucoup consulté et beaucoup réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que la création d’une Communauté Mondiale de l’eau (CME) serait la plus prometteuse des initiatives possibles. Les hommes, après tout, peuvent vivre sans pétrole, ils ne peuvent pas vivre sans eau. Des guerres peuvent éclater pour le contrôle des ressources. Des populations peuvent migrer pour fuir la sécheresse. L’insalubrité peut provoquer des épidémies. Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. De plus, le problème de l’eau est au cœur des préoccupations mondiales. Le forum qui a réuni récemment à Mexico près de 5.000 représentants d’Etats, d’institutions internationales, d’experts et de professionnels l’a amplement démontré : guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.
Le chemin à parcourir avant qu’une CME fonctionne est si périlleux, les problèmes à traiter sont si complexes et les parties prenantes si nombreuses, que l’initiative ne peut être lancée dans le cadre modeste du Club des Vigilants. Nous pouvons seulement réfléchir aux processus qu’il conviendrait d’enclencher. Concrètement, il s’agirait surtout de :
- trouver la ou les personnalités les plus aptes à prendre l’initiative et chercher les moyens de les convaincre ;
- dresser la liste des pays qui accepteraient de se placer sur la ligne de départ et négocieraient un éventuel traité ;
- définir les points qui, dans cet éventuel futur traité, devraient être considérés comme primordiaux.
Une réflexion préliminaire est en route sur ces trois points. Ceux qui voudraient contribuer à cette étude de faisabilité seraient les bienvenus.
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Service public versus entreprises privées |
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Selon toute vraisemblance, M. de Villepin va devoir repousser aux calendes grecques, c'est à dire enterrer, le projet de privatisation de Gaz de France, première étape indispensable avant la fusion avec Suez. Ce n'est pas l'opposition parlementaire (le PS est bien trop occupé à contrer Ségolène) qui a mis notre Premier ministre dans cette position inconfortable mais son propre parti.
Le député UMP "de base" est terrorisé par les futures élections et est convaincu que le refus de tout changement, de toute réforme, lui vaudra sa réélection. Tout d'abord cette conduite est bien la preuve que dans le monde politique français l'intérêt individuel passe avant l'intérêt général. Que peut-on alors reprocher à Zaccharias ? Ce qui est encore plus grave est que par pure soi-disant idéologie pro-service public, on apporte Suez sur un plateau d'argent à l'ENEL qui la démantèlera pour ne conserver qu'Electrabel. Le pôle Environnement finira selon toute probabilité entre des mains anglo-saxonnes. Nous allons donc assister au maintien du "service public GDF" et à la disparition d'un des fleurons de notre industrie. Bravo pour le patriotisme économique !
Il n'est pas inutile de rappeler, en outre, qu'Electrabel, filiale de Suez, est propriétaire de plusieurs centrales électriques nucléaires en Belgique qu'elle opère dans les meilleures conditions et sur lesquelles lorgne ENEL. Certains nous expliquent qu'en France les centrales nucléaires ne peuvent être opérées, pour des raisons de sécurité et de sûreté, que par le secteur public et prônent donc le retour à 100% d’EDF dans le giron de l'Etat. En Belgique, en Suède, en Finlande, en Allemagne, en Suisse, au Japon, la majorité des centrales nucléaires est propriété de sociétés privées. Le record du Monde de fiabilité des réacteurs nucléaires est détenu par une centrale finlandaise, propriété privée, de concept soviétique…Qui a rappelé ces faits lord du débat sur l'ouverture du capital d'EDF ? Ni les politiques, ni les medias.
Aujourd'hui M.Chérèque, malgré les fortes turbulences qu'il a traversées, tient des propos autrement plus courageux et modernes que ceux de nos hommes et femmes politiques dont le maître mot semble être : démagogie.
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Filières atomiques |
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Un procès qui se déroule actuellement à Mannheim met en lumière la complexité des circuits utilisés pour la prolifération nucléaire. Un ingénieur, Gotthard Lerch, est accusé d’avoir facilité, entre 1999 et 2003, l’exportation en Libye de composants utilisés pour l’enrichissement de l’uranium. Le trafic a été découvert lorsque Kadhafi, pour se réconcilier avec l’Occident, a démantelé des installations dont, jusqu’alors, il avait nié l’existence.
L’examen du dossier libyen a permis de remonter une filière conduisant à Abdul Khan, ce savant pakistanais qui a vendu de nombreux secrets non seulement en Libye mais aussi en Iran, en Corée du Nord et ailleurs. Les filières étaient tellement foisonnantes que Mohamed El Baradei, Directeur Général de l’Agence Internationales pour l’Energie Atomique a lui-même été surpris : « Quand vous voyez, a-t-il dit, des instruments conçus dans un pays, fabriqués dans deux ou trois autres, expédiés dans un quatrième puis détournés vers un cinquième, vous ne pouvez ignorer l’existence d’un réseau mondial ».
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L’Europe vue d’ailleurs |
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Les artistes se plaisent à ressembler à la photo d’eux-mêmes que le public préfère. De même les hommes politiques se regardent dans le miroir électoral. Dommage que les étrangers ne votent pas. Si les dirigeants des pays européens se voyaient avec les yeux des Chinois, des Japonais ou des Brésiliens, ils auraient pour principal objectif de renforcer l’Union.
Pour les habitants de Shanghai, d’Osaka ou de Sao Paolo, la force de l’Europe réside dans les rares domaines où elle fait preuve d’unité. Le plus important est celui des normes qui, chez nous, passe presque inaperçu. L’Union Européenne est le plus grand marché du monde et quiconque veut y exporter doit se conformer aux prescriptions imposées. Or, celles-ci, du fait même qu’elles sont valables sur tout le territoire de l’U.E, acquièrent une réputation de standard quasiment universel.
Le second facteur de respect tient à l’euro. Environ 25 % des réserves de change détenues par les banques centrales asiatiques le sont, aujourd’hui, en monnaie européenne. Ce n’est pas énorme mais quand même beaucoup plus que ce qui était détenu en monnaies nationales (essentiellement en marks avant la création de l’euro). Moralité : il ne faut pas s’obstiner à vouloir faire tout seul ce que l’on peut faire mieux quand on est plusieurs.
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Trop parler nuit |
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Il n’est pas interdit d’agir intelligemment mais il n’est pas intelligent de s’en vanter. Dans un pays où la plupart des grandes entreprises sont à la merci d’un actionnariat international, volatile et infidèle, il est compréhensible que le gouvernement essaye de contrecarrer certaines OPA jugées intempestives. Mais pourquoi brandir l’étendard du « patriotisme économique » ? Si c’est pour séduire l’opinion française, c’est un mauvais calcul puéril. Si c’est pour se faire respecter à l’étranger, c’est un mauvais calcul arrogant.
Depuis juillet 2005, plusieurs mesures défensives ont été concoctées. A l’exception de l’opération « Suez/GDF », toutes auraient pu être étudiées puis mises en oeuvre dans la discrétion. Aucune n’avait besoin d’être assortie de postures de bravade susceptibles de provoquer des chocs en retour. D’ores et déjà, certaines entreprises françaises, désireuses de s’agrandir à l’étranger, risquent d’être mal reçues.
Dominique de Villepin est évidemment sincère lorsqu’il établit une distinction entre patriotisme et nationalisme. L’expérience montre, hélas !, que le patriotisme de l’un peut être considéré par l’autre comme du nationalisme … et que le nationalisme est une maladie contagieuse.
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Pour un vrai Système Monétaire Mondial |
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La relative et très probablement précaire stabilité de la parité euro/dollar nous permet de réfléchir à une re-stabilisation du système (sic) monétaire international. Pourquoi, en effet, ne pas imaginer des marges de fluctuation entre les principales monnaies (dollar américain, euro, yen, livre sterling pour commencer puisque la monnaie chinoise est encore amarrée au dollar) qui se réduiraient, grâce aux convergences des grandes économies sous jacentes (Chine et Inde exclues dans un premier temps).
L’on aurait ainsi reconstitué au niveau mondial le serpent (devenu plus tard le système monétaire européen, SME) c'est-à-dire un système monétaire mondial, SMM, en quelque sorte.
En fantasmant davantage, on pourrait imaginer, lorsque les évolutions entre ces monnaies se seraient encore sensiblement réduites, une cristallisation du système conduisant à des parités fixes qu’il faudrait encadrer par des règles du jeu évolutives pour éviter que ce nouveau Breton Woods n’explose à la première tempête économique venue (possibilité pour une monnaie de se mettre, pour une durée très limitée, en congés du SMM, création d’un directoire monétaire planétaire…).
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Une France sans industrie |
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Un billet paru sur le blog du journal Les Echos, m'a paru digne d'intérêt,en particulier parce qu'il pose la question de la "collaboration entre les pays les plus riches et les pays les moins riches" au sein de la Nouvelle Europe. Mais pourquoi limiter cette idée "volontariste et constructive" à la seule Europe ?
Extrait du site Les Echos (Blog Erik Israelewicz ) La démarche d’Intelligence Economique conduit à être attentifs à ce qui se passe dans son environnement proche et lointain. Par exemple, très récemment un correspondant en Amérique du Sud nous informait que des tractations avancées ont lieu entre le gouvernement chinois et certains gouvernements d’Amérique du Sud en vue de "racheter leur dette". Voilà une bonne manière de s’attacher et de fidéliser des marchés de demain qui sont, évidemment, riches de croissance potentielle "par nature" donc intéressants pour les produits chinois produits en Chine avec les travailleurs chinois. Voilà une autre manière d’avoir un "facteur différenciant" qui ne soit pas seulement sur le produit ou sur le prix... Un exemple parmi d’autre d’une approche de "partenariat bilatéral" gagnant-gagnant entre deux pays qui ont tout à gagner d’une "collaboration renforcée et préférentielle". Une autre manière d’engranger rapidement de gros volume de devises de référence telles que le Dollar, utilisable encore pour financer le déficit américain du Nord... ou pour racheter de l’Euro demain matin ! A méditer, non ? On peut se demander pourquoi notre gouvernement français, qui se veut si original et en avance sur son temps, n’a pas encore pris de telles initiatives, au sein de l’Europe par exemple. Feu le T.C.E. conservait la notion de telles collaborations renforcées qui n’ont pas à se limiter à des domaines fiscaux, monétaires ou juridiques. Faire l'Europe par l'exemple et entraîner les autres pays européens par mimétisme naturel ou, comme le dit Marc Ullmann du Club des Vigilants, par "la douce contagion de l’exemple"... GM Rédigé par GILMAS | mercredi 11 janvier 2006
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Bulle(s) |
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L’économie mondiale se développe sous une bulle (protectrice). C’est peut-être pour cela qu’elle n’éclate pas comme une bulle (de savon) ! La globalisation agit comme un fusible puisqu’elle réduit l’impact de la plupart des catastrophes considérées comme « locales ». Pour ne prendre qu’un seul exemple, l’attentat à la gare de Madrid a fait beaucoup de victimes mais n’a eu aucun effet sur la Bourse. Plus généralement, le contraste est frappant entre la géopolitique menaçante et le marché des actions qui continue de grimper. En un sens, c’est logique, puisque les profits des entreprises sont conséquents et qu’il faut bien placer quelque part les « liquidités » qui abondent sur le marché. Logique mais quand même fragile !
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Par-delà Arcelor |
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La liste des « Banques Conseil », recrutées par Arcelor d’un côté et par Mittal de l’autre, est impressionnante. Quelle que soit l’issue du combat, leurs honoraires seront faramineux. Mais qui, au bout du compte, vaincra ? Selon plusieurs experts indépendants interrogés par le Club, la balance qui, au départ, penchait du côté de Mittal, semble maintenant pencher du côté d’Arcelor.
Les analystes des « Fonds » (essentiellement américains) qui détiennent la majorité des actions Arcelor ont étudié la valeur des actions Mittal (proposées en échange) et n’ont pas été éblouis : le conglomérat indien a beaucoup de dettes ; ses profits sont en baisse ; et sa structure capitalistique, caractérisée par une cascade de holdings, laisse peu de pouvoir aux actionnaires qui ne sont pas de la famille. L’OPA lancée Mittal peut donc échouer. Cependant, même dans cette hypothèse, une double leçon devra être retenue.
Primo : le « patriotisme économique » n’aura guère contribué aux prises de décision.
Secundo : la plupart des grandes sociétés, dites françaises, sont vulnérables et le resteront longtemps. En effet, même si des fonds de pension (« à la française ») étaient vraiment créés, il leur faudrait beaucoup de temps avant d’avoir une capitalisation suffisante pour que leur volonté ait une influence réelle sur le Marché.
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Mondialisation : risque de choc en retour |
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La libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux permet à de nombreux pays d’accélérer leur développement et soutient la croissance mondiale. Tant mieux. Le rythme du changement peut, cependant, dépasser certaines capacités d’adaptation. D’où le risque d’un choc en retour qui, d’abord protectionniste, pourrait rapidement prendre la forme du nationalisme.
Prenons un exemple précis : le PIB chinois a triplé en dix ans mais les salaires en Chine n’ont pas augmenté d’un Yuan. C’est normal, vu que « l’armée de réserve » se compte par centaines de millions. Mais faudra-t-il attendre un quart de siècle pour que l’effet combiné du développement chinois et du vieillissement de la population crée une pénurie de main d’œuvre ? Si tel était le cas, le choc en retour se produirait inévitablement.
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Le micmac de la Société Générale |
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L’affaire Arcelor/Mittal appelle de ma part un certain nombre de commentaires, tant sur cette OPE/OPA proprement dite que sur le rôle joué par la Société Générale :
1° Le président de la société cible a évoqué à maintes reprises " l’Indien Mittal" : c'est une qualification inacceptable, à la limite du racisme. Il se trouve que monsieur Mittal est sujet britannique d'origine indienne. Viendrait-il à l'idée de qui que ce soit de parler du Polonais Maarek Halter ????
2° Le même président a mentionné le fait de refuser d'être payé en monnaie de singe : sans commentaires.
3° L'on tente de faire croire qu'une société "indienne" chercherait à acquérir une société française : en réalité, une société de droit néerlandais, '"l’assaillante», essaie d’acheter une société de droit Luxembourgeoise.
4° D'un ton aussi suffisant que méprisant, le président Arcelor, monsieur Dollé, a déclaré que lui fabriquait du parfum alors que Mittal fabriquait de l'eau de Cologne : il est vrai que les deux sociétés manufacturent de l’acier haut de gamme pour l'une et plus ordinaire pour l'autre.
C'est la justification du projet industriel qui consiste à faire produire sous une seule enseigne l'ensemble de tous les produits.
5° La Société Générale a récemment été la banque conseil d'Arcelor pour l'une de ses acquisitions.
N'étant pas juriste je ne sais pas s'il est illégal pour elle de conseiller désormais monsieur Mittal.
En revanche je sais qu'il y a là un conflit d'intérêt au moins moral qui aurait dû inciter la Société Générale à refuser le mandat de monsieur Mittal.
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GDF/Suez le fond et la forme |
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Le projet de fusion en GDF et Suez se justifie parfaitement sur le fond, les deux entités étant très complémentaires. Par contre la forme de l'annonce de cette fusion a été catastrophique. Les états-majors des deux groupes discutaient déjà depuis plusieurs mois de leur rapprochement. ENEL a tout précipité.
L'annonce de la solution GDF/Suez par le Premier Ministre en personne, avec le drapeau français en arrière plan a été pour le moins maladroite et a braqué l'Italie, la Belgique (qui voit la nationalisation de Suez donc le passage d'Electrabel sous contrôle du gouvernement français) et les syndicats (qui voient eux la privatisation de GDF).
Il aurait mieux valu laisser les présidents des deux groupes annoncer l'opération. Que le gouvernement s'intéresse de près à une telle affaire est la moindre des choses et se justifie mais pour employer une métaphore informatique, il serait préférable que ces discussions (négociations) se déroulent comme des programmes qui tournent en arrière plan. Malheureusement l'humilité et la simplicité ne sont pas des vertus que l'on a enseignées à nos élites politiques et administratives.
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Combien valent vraiment les actions Mittal ? |
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De qui dépend le sort d’Arcelor ? D’une poignée d’analystes financiers. Pourquoi ? Parce que l’actionnariat est très dispersé, que les actions détenues par des particuliers sont, pour l’essentiel, gérées par des fonds (et autres Sicav) et que les responsables de ces fonds ont tendance à suivre les conseils prodigués par des analystes financiers.
Ces analystes ne baseront leur jugement ni sur les discours des gouvernements belge, espagnol, français et luxembourgeois, ni sur les promesses verbales de M. Mittal. Ils se baseront uniquement sur l’idée qu’ils se feront de la valeur réelle des actions Mittal. Le problème se pose ainsi parce que la famille Mittal ne propose pas de payer entièrement an cash les actions Arcelor. Elle veut, au contraire, procéder essentiellement par échange d’actions. Or, qui dit échange dit évaluation et qui dit évaluation incite à des manœuvres en Bourse. Il est donc vain de parler de « patriotisme » si les sous ne suivent pas.
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Mondialisation schizophrène |
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Les actionnaires bénéficient de la mondialisation puisque les profits des grandes entreprises s’accroissent. Les consommateurs profitent de la mondialisation puisqu’ils achètent bon marché des produits importés. En revanche, les salariés (à l’exception de ceux dont l’expertise est internationalement valable) pâtissent de la mondialisation puisque la concurrence devient féroce sur le marché du travail. L’équation est difficile à résoudre puisque la plupart des gens sont à la fois consommateurs et salariés.
Dans un monde idéal, le consommateur ne devrait pas se ruer sur les produits les moins chers afin de privilégier les productions locales. Mais, pourquoi le ferait-il puisque son emploi à lui ne serait pas directement sauvé par cette démarche altruiste ? Ainsi, s’engage-t-on dans une impasse. La mondialisation, malgré ses avantages, sera en danger si le risque de schizophrénie n’est pas pris en compte. Tôt ou tard, les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce devront être amendées. Peut-être s’orientera-t-on vers une formule à deux vitesses : mondialisation pour tout ce qui relève des grandes entreprises ; subsidiarité pour quelques productions et services locaux qu’il faudrait préserver. 90 % d’un côté et 10 % de l’autre ? Quotas plutôt que droits de douane ? Les discussions seront âpres mais elles seront.
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Le marché de l’émotion |
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Le Pakistan n’est pas « sexy ». L’image que les Occidentaux s’en font est celle d’un pays crasseux où la misère s’étale, où l’islamisme radical fleurit, où les services secrets vendent des secrets atomiques. Qui pâtit de cette image ? Pas Musharaf et ses ministres qui, géopolitique oblige, sont soutenus par les Américains.
Les perdants sont les 3 millions de sans abri et les dizaines de milliers de blessés sur le point de mourir de faim, de froid et d’absence de soins après les tremblements de terre dans les montagnes du Cachemire. Ces malheureux n’ont pas vraiment ému nos opinions publiques. Et nos gouvernements, toujours ? la remorque des émotions télévisuelles, se contentent d’accomplir un service minimum. Comment s’étonner, après cela, que Ben Laden fasse des recrues.
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Patriotisme(s) économiques(s) |
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Le gouvernement anglais est-il économiquement moins « patriote » que le gouvernement français ? On peut le croire puisque, les unes après les autres, les grandes entreprises britanniques sont absorbées par des entreprises étrangères sans que Tony Blair s’en offusque. Etrange contraste avec l’émoi suscité en France par la simple rumeur d’une OPA sur Danone dont les yaourts faisaient alors quasiment figure de matériel stratégique. Y a-t-il de la naïveté de la part des Anglais et du cocorico de la part des Français ?
Pas seulement car, en caricaturant ? peine, on peut soutenir que les situations sont très différentes. En France, on craint que, compte tenu des impôts, des charges et des lourdeurs administratives, une mainmise étrangère finisse par se traduire par des délocalisations non seulement de telle ou telle usine mais même, in fine, du siège social et des centres de recherche. En Angleterre, de telles craintes sont peu répandues et l’opinion prévaut que les entreprises étrangères apportent du savoir-faire qui, tous comptes faits, enrichit le pays. Vivement que l’Europe harmonise les points de vue. Vivement qu’elle permette de faire le tri entre les bons et les mauvais aspects de la mondialisation.
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CMM=5 |
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Connaissez-vous le Capacity Maturity Model ? Il s’agit d’un modèle de notation définissant les meilleures pratiques en matière de développement et d’intégration informatique. L’échelle va de 1 (état proche du chaos) ? 5 (garantissant moins de 1 bug pour 100.000 lignes de code).
Seules 3 entreprises au monde atteignent le niveau d’excellence, le fameux CMM5. Toutes sont d’origine… indienne.
Voil? qui bouleverse notre vision de la mondialisation. Car, il ne s’agit plus seulement de délocaliser, au détriment de la qualité souvent, des services jugés trop coûteux ou non stratégiques mais bel et bien de rechercher qui est capable de produire des développements complexes. Et ? ce petit jeu, seule l’Inde aujourd’hui sait réaliser des programmes structurés dans des langages aussi courant que Java (un des standards utilisés notamment sur Internet).
Une des raisons est le niveau de formation des développeurs : de niveau Bac+3 ou 4 en Occident contre un niveau Bac+8 en Inde ! Le développement n’est quasiment plus assuré en Europe ou aux USA par des ingénieurs, ceux-ci considérant cette tâche comme dévalorisante par rapport ? une fonction de chef de projet.
Reste qu’? force de confier tout le savoir-faire aux pays émergents, on perd peu ? peu la maîtrise de son environnement.
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Et si la Roue du Progrès se mettait ? tourner en sens inverse… |
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Dans une économie globalisée, la spécialisation d’un sous-traitant dans les secteurs ? haute valeur ajoutée et d’innovation technologique devait, jusqu’ici, garantir sa compétitivité comme celle des entreprises qui sont ses clients et lui permettre de se mettre ainsi ? l’abri de la concurrence des pays ? faibles coûts de main d’œuvre comme la Chine ou l’Inde. L’activité de ces sous-traitants ? forte composante de matière grise, en particulier celle des services et des logiciels informatiques, procurait jusqu’? présent aux entreprises clientes des gains de productivité importants et suffisants.
Les entreprises du secteur français du service informatique par exemple ont, un moment, cru que cela allait leur profiter sur le long terme et accroître leur business en cherchant ? utiliser le vieux principe industriel de la spécialisation qui rend compétitif et assure les grands volumes de production. Cela a été un moment le cas. Cela risque de ne plus l’être longtemps car ce principe industriel traditionnel ne se vérifie que très partiellement dans des domaines où la composante salariale est très importante et dont la seule manière de l'optimiser est d'en réduire la valeur.
Aujourd’hui, sous la pression d’une mondialisation encore mal régulée, leur modèle basé sur la compétence et le savoir-faire semble un peu remis en cause. De très grandes entreprises, clientes de ce secteur, se tournent avec une énergie redoublée vers la chasse systématique au prix d'achat le plus bas possible au mépris parfois de risques fondamentaux pour leur exploitation et leur avenir : l’innovation et la compétence distinctive ne leur semblent plus assez rapidement fournir les marges de manœuvre suffisantes. Seule solution rapide et efficace selon elles : casser les coûts.
France Telecom, Equant, Hewlett Packard, l’ANPE ou Schneider, parmi d’autres, ont ainsi décidé que leurs sous-traitants en matière de conseil et de service informatique ne pourront plus, progressivement, accéder ? leur clientèle en France, sauf ? réduire drastiquement leurs prix. Les décisions opérationnelles sont toutes sous l'emprise d'un filtrage des services "achats" qui tendent ? ne ramener tous les produits services, jugés a priori tous équivalents, qu'? une variable unique et réductrice : le prix. Même l'Analyse de la Valeur qui peut ? juste titre servir de guide ? une politique d'achat n'est plus ? la mode… Elles leur conseillent donc clairement de se mettre en situation d'utiliser de plus en plus des salariés situés hors du territoire national et dans certains cas précisément des salariés situés en Inde. La recherche généralisée du sous-traitant le moins disant devient, ? leurs yeux, le seul garant du maintien de leur compétitivité au plan international. Cette demande est renforcée par l’irruption, sur le marché français, d’entreprises étrangères qui utilisent déj? une telle filière de production.
Délocaliser ou périr ?
C’est le dilemme auquel sont, de plus en plus, confrontées les entreprises dont le métier est le logiciel et le service informatique. On peut d'ailleurs se demander ? quoi serviront alors les écoles d'informatique que depuis 30 ans nos dirigeants se sont évertués ? développer pour lutter contre l'enseignement routinier d'antiques formations dites "? faible valeur économico-intellectuelle " ? Que deviendront, dans ces conditions, les rêves de certains informaticiens de participer, un peu, encore, ? la richesse nationale par l’exercice d’un métier censé être depuis quelques années "? haute valeur ajoutée" ?
Valeur ajoutée aujourd'hui, valeur perdue demain…
Que restera-t-il ? leurs enfants ? A exercer l’un des métiers nouveaux promus par nos hommes politiques tel celui de personnel de maison ! Ou bien ? s'expatrier, vers les zones du monde dont le retard de développement en fera, précisément et pour cette unique raison, de nouveaux " eldorados".
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Illusions sur la chaîne d’Information Internationale |
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La composition du capital, comme la répartition du pouvoir au sein du Conseil de surveillance de la Chaîne d’Information Internationale (CII) sont discutées au plus haut niveau de l’Etat. Pourtant elles ne sont pas, et de loin, les question essentielles que posent cette chaîne. L’ensemble l’audiovisuel français souffre d’un sous financement qui est, désormais, reconnu par tous.
Si le Président de la République estime que la création de cette chaîne d’information est prioritaire, pourquoi créer une nouvelle chaîne, alors qu’existent déj? deux chaînes publiques internationales, Euronews et TV5 ? La première a le format idéal, tout en image, pour être diffusée dans toutes les langues (il n’y a que le commentaire et les sous-titres ? adapter) partout dans le monde. La seconde véhicule, en plus de l’information, des contenus diversifiés (fictions, documentaires, magazines, etc.) produits dans la francophonie. Une fraction du budget prévu par la CII aurait pu améliorer sensiblement les performances et la pénétration de ces deux chaînes.
Or, l’une et l’autre sont dirigées par des équipes françaises, sont installées et fabriquées en France, et, de ce fait, véhiculent un point de vue français, ce qui est justement l’objectif proclamé de la CII. Certes : ni l’une ni l’autre, de par leur format même, ne peut être instantanément sur le coup ? chaque événement qui a lieu dans le monde. Mais, face ? BBC world version anglaise et version arabe, face ? CNN ou même Al-Jazirah, que pourra faire la CII avec son budget ? Rappelons que l’on propose au Parlement de voter 60 millions E, auxquels s’ajouteront éventuellement les 30 millions E votés par le budget précédent et non utilisés.
Pourtant les professionnels de l’information télévisuels estiment que le budget minimum pour une chaîne de cette nature est 100 millions E. Un chiffre ? comparer aux 500 millions de BBC world et aux 360 millions E dégagés pour la nouvelle chaîne de BBC World en arabe. Les Britanniques savent que, pour avoir une chance d’être regardée, une chaîne « étrangère » doit avoir un correspondant et des images dans les minutes qui suivent n’importe quel événement qui se passe sur la planète. Donc un réseau de journalistes et de techniciens très coûteux ? entretenir, bien au-del? des moyens prévus pour la CII. Si le volume de notre fiction est le tiers de celui du Royaume-Uni, les moyens de la CII seront le sixième de ceux de BBC World. Qui donc aura le réflexe de regarder la CII ?
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L’Evangile selon Chavez |
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Ne nous moquons pas trop vite d’Hugo Chavez. C’est un incorrigible bavard capable de parler pendant des heures sans interruption et d’accumuler les gaffes. Mais il est sincère, adoré par tous les pauvres du Venezuela et persuadé que l’argent du pétrole peut lui permettre d’instaurer un socialisme d’inspiration chrétienne. Selon ce catholique convaincu, Jésus Christ a été le premier socialiste et son enseignement tient beaucoup mieux la route que celui de Karl Marx. Chavez est l’ami de Castro, pas son disciple.
Son expérience est sans précédent. Elle n’a rien de comparable, par exemple, avec celle de Tito qui, dans les années 50, essaya sans succès de fonder l’économie yougoslave sur la cogestion. Rien de comparable non plus avec la malheureuse tentative d’Allende qui voulait introduire de la justice sociale dans le capitalisme chilien. A l’époque d’Allende, au début des années 70, le cours du cuivre était au plus bas et les Etats-Unis n’ont eu aucun mal ? armer le bras de Pinochet pour donner le coup de grâce ? une économie exsangue. Par contraste, le Venezuela d’aujourd’hui regorge de dollars car son pétrole vaut cher. Chavez peut donc se payer le luxe de recycler les bénéfices pour promouvoir l’économie de ses rêves. Le gouvernement américain le considère comme un ennemi dangereux mais les compagnies pétrolières installées au Venezuela (Chevron, Exxon Mobil, Conoco Phillips, etc.) incitent ? le ménager pour préserver leurs contrats. Du coup, les subventions pleuvent sur les coopératives et les banques (qui font l’essentiel de leurs profits en marge du commerce pétrolier) peuvent se permettre de consacrer un tiers de leurs prêts ? des projets dans l’agriculture, la construction, le tourisme, le micro crédit et les petites start-up.
Il n’est pas du tout évident que ces jeunes pousses se révèleront rentables et tiendront le coup dans une économie concurrentielle. Si Chavez est obligé de se réfugier dans le protectionnisme, son expérience ne pourra être un modèle pour l’Amérique latine. Si, au contraire, le « social christianique » débouche sur un vrai développement, le retentissement sera énorme. Il serait bon que des Vigilants aillent voir sur place.
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L’Empire contre attaque |
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Dans le premier numéro de sa nouvelle formule, le 08 novembre 2005, « Le Monde » a publié un article écrit par Ivan Krastev, un politologue bulgare. Intitulé "les néoconservateurs de Poutine", cet article, qui est disponible sur le site du Monde, mérite d’être lu intégralement. Voici, en attendant, un extrait concernant l’Ukraine et la nouvelle Europe :
« La révolution orange en Ukraine a constitué une sorte de 11 septembre pour la Russie. Elle a révolutionné sa façon de penser la politique étrangère. Jusque l? , la Russie avait tendance ? considérer l’U.E comme un concurrent bienveillant et un allié stratégique désireux de voir émerger un monde multipolaire. Dans la réalité « post-orange », l’U.E est devenue son principal rival. Ce brusque revirement est aisé ? expliquer : l’U.E est la seule grande puissance dont les frontières ne soient pas figées. Plus important encore, l’U.E, auparavant considérée par Moscou comme un instrument de politique étrangère de Paris et Berlin – et donc comme un obstacle ? la présence hégémonique des Etats-Unis sur le continent – est ? présent vu comme un instrument au service des ambitions de Washington et de Varsovie ».
Ivan Krastev en déduit que Poutine essayera de marginaliser la nouvelle Europe en privilégiant les relations bilatérales avec Paris, Berlin, Londres, etc. Surtout, il cherchera ? peser sur le cours de la politique des anciennes républiques soviétiques, tout particulièrement de l’Ukraine. Pour cela, il se servira de l’arme pétro gazière et s’efforcera de mobiliser les populations russes des différents pays. Rappelons que 20 % des Ukrainiens sont russes et que 60 % des habitants de la Crimée sont russophones. Comme nous l’écrivions dans Vigilances 28 (décembre 2004): « Ce serait une illusion de croire que l’Ukraine pourrait rejoindre l’Union Européenne en faisant un pied de nez ? la Russie Il ne pourra y avoir de solution durable que si l’Ukraine sert de pont. Faute de pont, il y aura des murs, des sécessions, des conflits ».
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Les Français ont peur |
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"Les Français ont peur. Peur de tout. Il suffit de mesurer la surréaction concernant la menace de grippe aviaire pour en apprécier l'étendue... Dans le contexte de la mondialisation, cette peur s'apparente ? celle d'enfants dans une plaine par nuit noire : on n'en maîtrise ni les contours ni les limites, donc on n'en perçoit que l'hostilité. Comme la peur de l'enfant, celle du citoyen doit être dominée. Avec un premier principe : notre avenir dépend d'abord de nous. Etre antimondialisation, c'est comme être contre le fait que l'océan soit salé. Vouloir retourner derrière la protection des Etats-nations, c'est pur archaïsme. En revanche, on doit pouvoir mieux contrôler cette mondialisation.".
Dixit Claude Allègre. (sa chronique de L'Express, 27/10/05)
Via Pépites.
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Simplification : paroles, paroles |
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13 ministres délégués ou secrétaires d’Etat pour le développement des PME se sont succédés depuis l’accession de Georges Pompidou ? la présidence de la République en 1969. Chacun d’entre eux a promis de diviser par deux la paperasserie administrative. En 2005, soit 36 ans après, cette paperasserie, en réalité, a été multipliée par deux. Ce qui donne un absurde : ½ puissance 13 = 2 ou, si l’on préfère, ½ V puissance 13 = 2, V étant le coefficient de velléité des ministres.
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Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ? |
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Il y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.
Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?
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Kofi Annan de plus en plus pessimiste |
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Via notre correspondant ? New York : "Le secrétaire général de l’ONU n’est pas la personne au monde la plus mal placée pour percevoir les dangers qui pèsent sur le monde. Il est donc inquiétant de constater que plusieurs de ses interlocuteurs aient récemment été frappés par l’épaisseur de son pessimisme. Selon l’un d’entre eux, « Kofy croit que tout peut péter ? tout moment » ! Le tableau brossé par le secrétaire général est particulièrement sombre.
Non seulement le chaos irakien risque de faire contagion mais de nombreux pays sont au bord de l’explosion.
La stabilité toute relative du Pakistan dépend d’un Président qui a survécu ? 4 attentats et peut succomber ? un 5ème ou ? un 6ème.
L’Arabie Saoudite, pour sa part, repose sur un réseau de 8.000 princes qui, en moyenne, dépensent par an 8 millions de dollars chacun. Cela fait, en tout, 50 milliards dans un pays où la population travailleuse (notamment immigrée) s’appauvrit constamment. Et la litanie de continuer.
Le Caucase, avec sa mosaïque de peuples, de races et de langues est une poudrière en comparaison de laquelle l’ex Yougoslavie pouvait paraître homogène.
Quant ? l’Afrique, elle n’est même plus au bord du gouffre mais en plein dedans. Les massacres s’y succèdent et le Sida tue davantage d’enseignants qu’il est humainement possible d’en former.
Avec ses interlocuteurs européens, le secrétaire général n’a guère voulu évoquer l’avenir de notre continent. Il s’est contenté « d’espérer » que l’Europe ne servira pas de « champ de bataille » dans la guerre entre l’islamisme radical et la volonté de puissance américaine."
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L’Europe levier |
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Nul besoin d’être un esprit puissant pour comprendre que si le Lichtenstein voulait introduire des normes spéciales pour que les moteurs des voitures soient moins polluants, les constructeurs n’hésiteraient pas ? renoncer ? ce minuscule marché. Il n’est pas non plus besoin d’être particulièrement perspicace pour savoir que si l’Union Européenne toute entière imposait des normes, tous les constructeurs du monde s’y conformeraient afin de ne pas s’exclure d’un immense marché.
L’Europe peut, non seulement, être un levier mais tout indique qu’elle va l’être. Tôt ou tard, les Européens voudront peser sur la structure de l’économie mondiale. Sans rejeter la mondialisation, ils auront ? cœur d’en corriger quelques excès. Alors, les gouvernements, conscients de ne pouvoir agir seuls, se tourneront vers L’U.E qui, du coup, incarnera l’espoir.
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Risque terroriste |
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Une menace mondiale
Les attentats du 11 septembre marquent un tournant dans l’histoire du terrorisme islamiste dont on peut faire remonter les origines ? la victoire, en 1994, du « salafisme » en Algérie. La violence terroriste prend alors un nouveau visage. Nul ne conteste aujourd’hui que le terrorisme islamiste est devenu l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Les attentats antioccidentaux en 2002 se multiplient : le 11 avril ? la synagogue Ghriba ? Djerba, le 8 mai ? Karachi (Pakistan) contre un bus transportant des ingénieurs et ouvriers français, le 14 juin contre le consulat américain toujours ? Karachi, le 6 octobre contre le pétrolier français Limburg, le 26 octobre la prise d’otages dans un théâtre ? Moscou ou encore le 28 novembre contre un hôtel ? Mombassa (Kenya). Avec ces opérations, Al Qaeda (la base) et ses affidés indiquent qu’ils sont capables de frapper partout dans le monde. On assiste donc ? l’émergence d’une menace planétaire, protéiforme, où l’adversaire est particulièrement diffus mais déterminé face ? des démocraties qui sont pour la plupart mal préparées ? ce type de combat.
Les tenants de ce radicalisme idéologique de nature nihiliste, avec les responsables d’Al Qaeda au sommet, prônent le djihad – la « guerre sainte » - contre « les juifs et les croisés », mais également contre « les mécréants et les apostats », c’est-? -dire tous les dirigeants des Etats arabes et musulmans qui, ? leurs yeux, ont renié la « vraie foi ». Adeptes de l’adage « celui qui n’est pas avec moi est contre moi », et l’exemple algérien est l? pour le rappeler, ils ne manquent pas de s’attaquer aux populations civiles coupables de ne pas rejoindre le djihad. Ils n’auront de cesse de créer les conditions propices au « choc des civilisations » annoncée par Samuel Huntington. Ainsi en est-il de l’instrumentalisation et de la récupération du problème israélo-palestinien, du conflit au Cachemire indien ou encore de la situation en Tchétchénie. Actuellement, ils essayent de « capitaliser » sur le problème de l’Irak.
La stratégie opérationnelle d’Al Qaeda est complexe et très souple ? la fois. D’un côté, un noyau dur constitué par Al Qaeda et les organisations qui l’ont rejoint. Cantonnées dans la zone arabo-persique, on peut leur imputer les attentats majeurs de 2002, exclusion faite de celui de Bali. D’un autre côté, une vaste mouvance islamiste aux contours flous constituée de multiples cellules et réseaux sans structure définie, polymorphe et mutante, se développant d’une manière anarchique ? l’échelle planétaire. Ces microstructures, qui ne sont pas directement liées les unes aux autres et qui ne dépendent d’aucun commandement central, partagent la même idéologie, les mêmes objectifs et ont recours aux mêmes méthodes.
On assiste actuellement sur le terrain ? une évolution alarmante tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Sur le plan quantitatif d’abord. La recrudescence du recrutement djihadiste est en évolution constante aux marges des métropoles européennes, dans ces « zones grises » où vivent des populations marginalisées et pour certaines en situation irrégulière. Et la guerre en Irak n'a rien arrangé. Sur le plan qualitatif ensuite. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute qu’Al Qaeda et ses affidés tentent d’utiliser des armes de destruction massive (ADM). Ce phénomène illustre une évolution récente ? savoir l’intrusion du Caucase dans ce jeu de la mort. La prise d’otages dans un théâtre ? Moscou a été en quelque sorte le 11 septembre des Russes. En Tchétchénie, le gouvernement élu n’a plus aucune marge de manœuvre dans son combat contre les Russes. La tendance Bassaïev qui a rejoint le mouvement djihadiste mondial l’a emporté et tente de créer un nouvel Afghanistan. Or, certains Tchétchènes, ne l’oublions pas, faisaient partie de l’Armée Rouge. Ce sont des techniciens de haut niveau dont le savoir-faire peut être efficacement mis au service de la « guerre sainte » et donc du « choc des civilisations ».
Face ? la mondialisation de la menace, seule une réelle mobilisation internationale est susceptible de les contrer et surtout de les démentir.
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Nouveaux dangers, vieilles doctrines |
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Plaidoyer pour une défense civile.
Tout le monde le sait bien : aujourd’hui nous risquons beaucoup plus de subir des attaques terroristes de grande ampleur que des déferlements de divisions blindées ou des bordées de missiles venant de l’Est. Et que fait-on face ? cette menace d’un nouveau type ? L’on continue ? se gargariser de vieilles doctrines et ? agiter de vieilles recettes. Dans notre monde ultra médiatisé, le terroriste veut marquer les esprits. D’où les attaques ciblées dans les grandes villes : Paris en 1995, New York en 2001 ou plus récemment Madrid en 2004. Mais au del? , l’objectif du terroriste est d’instiller la peur, de paralyser, de désorganiser... Une rupture de barrage et les victimes se compteront par milliers, sinon par dizaine de milliers. Un attentat contre certains dépôts de produits chimiques et c’est un nouveau « Bhopal » assuré. Dans ce contexte, une vingtaine de sites sont en France particulièrement vulnérables. Ce sont quelques barrages, la seule centrale nucléaire sans enceinte de confinement sérieuse..., de nombreux dépôts de produits chimiques qui dispensent les terroristes d’apporter leurs produits mortels puisqu’ils sont disponibles, massivement, sur place ! Il suffit alors d’une poignée de terroristes déterminés... pour des conséquences humaines et économiques catastrophiques.
Mon rôle consiste ? analyser et ? définir ce que les Ben Laden et tous ceux qui sont proches de son univers mental pensent faire, peuvent faire. En un mot : prévenir autant que faire se peut les risques terroristes. Et ? défaut de pouvoir les en empêcher, en réduire l’impact.
Car, les Ben Laden et consorts savent que l’on ne peut détruire le World Trade Center qu’une fois. En revanche, comme ils ne sont pas idiots, la résultante de la facilité et l’efficacité peut les inciter ? choisir des cibles moins centrales mais plus meurtrières. Des cibles qui ne demandent pas des moyens très complexes mais où les morts pourront se compter par milliers, sinon dizaine de milliers. Mon souci est donc d’empêcher que ce scénario noir ne se réalise.
Certains s’inquiètent ? cet égard d’attentats d’origine nucléaire ou d’attaques bioterroristes, capables de laisser des milliers ou des dizaines de milliers de victimes sur le carreau. Pour ma part, je n’y crois pas beaucoup. Le premier est trop difficile. Trouver ou produire assez de matière fissile pour fabriquer une bombe capable de créer une hécatombe me semble extrêmement difficile. La « miniaturiser » pour qu’elle tienne dans une mallette afin qu’elle passe inaperçue demande des moyens impossibles ? mobiliser par des terroristes voués ? la clandestinité. Et la bombe « sale », quoiqu’on dise, est une nuisance limitée.
Quant au danger bioterroriste il ne faut pas non plus dramatiser grâce aux antibiotiques et aux vaccins. Ils sont efficaces même contre l’anthrax, la variole ... La toxine botulique elle-même, dont on parle tant, ne résiste pas ? un bon traitement de l’eau, ? base de chlore.
Il ne faut bien évidemment pas rêver : on ne pourra certainement pas éviter tous les attentats terroristes. Mais c’est en sortant du cadre des vieilles doctrines et des pensées routinières que l’on pourra prévenir ces grandes catastrophes et protéger, au mieux, la population. Alors que les attaques terroristes sont devenues la principale menace mondiale sur la sécurité des populations civiles, une défense civile forte s’avère incontestablement primordiale.
Il s’agit notamment d’établir une carte, la plus exhaustive possible, de tous les sites qui constitueraient de trop belles cibles pour les terroristes et de les sécuriser. Il s’agit également, ? rebours du principe paralysant de la « peur de faire peur », de mettre en place des moyens d’alerte et d’information du public plus complets, plus simples et plus clairs sur les risques encourus et des meilleurs moyens de s’en protéger.
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