Rétablir la confiance dans l’économie libérale : la conversion de l’OCDE.

Le monde développé occidental est heureusement conscient des dérives de son mode de développement, ce qui peut donner l’espoir qu’il arrivera à les corriger. La conversion au fil des ans d’une organisation économique comme l’OCDE  à de nouveaux thèmes est particulièrement significative. Elle vient par exemple de sortir un rapport sur le Revenu de base en encouragent les expérimentations. Son secrétaire général, Angel Gurria, économiste mexicain, était l’orateur le 20 février du cycle "Ethique et économie", organisé à l’Institut par Bernard Esambert, ancien président du Club des vigilants.

Née pour administrer le plan Marshall, l’OCDE de la fin du XXe siècle était le club des pays développés, où ceux-ci se concertaient sur la gestion de leurs économies et de leurs monnaies et prenaient des positions essentiellement favorables à ce qu’on appellera la mondialisation sans trop s’interroger sur ses effets secondaires. Depuis sa création, d’autres pays ont intégré l’organisation, qui compte aujourd’hui 34 pays membres, dont le Mexique, la Corée du Sud, la Turquie…  Et surtout l’organisation s’est mise à travailler sur les dysfonctionnements de l’économie libérale mondialisée. Angel Gurria n’y va pas par quatre chemins.

Les temps sont difficiles et l’heure est grave, dit-il en substance : crise économique, croissance, salaires et productivité faibles. Dans l’OCDE, 38.5 millions de personnes sont sans emploi (6 millions de plus qu’en 2007). Les jeunes sont les plus touchés, avec des taux de chômage de 25% en France, 40% en Italie et 45% en Espagne et Grèce. Le creusement des inégalités s’est fortement aggravé, minant la confiance entre citoyens et gouvernements, ce qui entraîne le rejet de la mondialisation, la résurgence du protectionnisme et du populisme. Nombreux sont ceux qui pensent que le système de la mondialisation profite pour l’essentiel à quelques privilégiés qui, malgré leur richesse, n’investissent pas ou peu, excepté certaines fondations.

Nous devons rétablir la confiance, dit Angel Gurria ! Reconnaissons que nombre de nos concitoyens n’ont pas bénéficié des nouveaux systèmes mis en place, que leur revenu réel n’a pas augmenté pendant une vingtaine d’années, et qu’ils n’ont pas bénéficié de formation en rapport avec les nouvelles technologies. L’humain et l’éthique doivent être replacés au centre de l’économie, ouvrant de nouvelles opportunités et compétences à tous.                                

Ayant osé ces diagnostics, l’OCDE mène ses travaux sur plusieurs fronts. « La croissance inclusive » qu’elle promeut est plus large que la croissance du PIB et accorde une place centrale au bien-être et aux opportunités, ainsi qu’aux critères de qualité de l’emploi. L’OCDE propose aussi un indicateur multidimensionnel du niveau de vie. Le projet sur l’articulation « productivité-inclusivité » (juin 2016) a pour but d’accroître le nombre des actifs productifs en réduisant les inégalités, et de favoriser l’équité des règles du jeu des entreprises. La reconversion professionnelle doit se faire en s’appuyant sur des stratégies nationales de compétences afin de mettre en adéquation les systèmes éducatifs actuels et les besoins de l’économie du savoir du XXIe siècle. La transformation numérique, qui peut permettre de traiter les politiques sociales, d’éducation et de formation, intégrant les immigrés, doit être un moteur de la croissance inclusive.

L’OCDE a aussi fait en sorte que de nombreux pays (90) se sont engagés contre l’érosion de leur base d’imposition par les systèmes de transfert de bénéfices des multinationales, accompagnant ainsi l’évolution des opinions publiques. Une centaine de pays se sont ainsi engagés à utiliser l’EDI (Echange de Données Informatisées) à des fins fiscales, permettant potentiellement d’augmenter les recettes fiscales de 80 milliards d’euros. Les principes de gouvernance d’entreprise revisités du G20 et de l’OCDE énoncent désormais des normes reconnues mondialement sur la transparence, la responsabilité et l’intégrité dans les affaires. La Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, un domaine dans lequel l’organisation a joué un grand rôle, met l’accent sur l’« offre » de corruption. Citons les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales qui concernent l’éthique des entreprises, ainsi que la protection des lanceurs d’alerte. En outre, de nouveaux outils statistiques expérimentaux sont en cours de développement, tels que des mesures effectives et comparables de la confiance.

Dans la discussion qui suit, Bertrand Collomb, ancien président de Lafarge, qui préside la séance, évoque la globalisation des échanges financiers. Une régulation financière a été conçue et mise en œuvre valablement après la crise des subprimes. Cependant, depuis peu, de nombreux pays ont tendance à l’oublier, privilégiant la « bonne santé » apparente des marchés financiers sans prendre en compte les dangers de la dérégulation.

Il reste évidemment quantité de domaines à explorer. Bernard Esambert évoque le fait que les enfants sont les grands perdants de la situation actuelle, malgré les règles déjà été édictées à ce sujet. Il en est de même en ce qui concerne les femmes.

Angel Gurria, de son côté, termine en marquant les limites des règles et des organisations internationales et l’importance des hommes. Il cite Albert Camus : «l’intégrité n’a pas besoin de règles».

 

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