Doit-on avoir peur de la Chine ?

Date de la venue de l'invité: 
Vendredi, 3 juin, 2022
Faut-il avoir peur de la Chine ? (extraits)

Jean-Luc Buchalet[1], fin connaisseur de la Chine (sa femme est chinoise de Shanghai et lui-même y a séjourné), apporte un témoignage extrêmement fort et inquiétant sur ce pays. S’il a choisi la forme romanesque dans son dernier opus, « Équation chinoise » (publié chez Plume Libre), c’est afin de traduire librement sa pensée en mettant en scène des personnages très variés, lui permettant d’illustrer les différentes facettes de la Chine actuelle et des mentalités de ses habitants ainsi que la variété de leurs points de vue.

Sont convoqués dans cette épopée des acteurs majeurs de la Chine comme le président Mao Tsé-Toung, la « bande des Quatre », Deng Xiaoping l’ancien « droitiste » faisant opérer un virage idéologique à 180 degrés au pays avec le programme des « Quatre Modernisations » au service d’une croissance échevelée pendant quarante ans, Xi Jinping avec « la stratégie du loup guerrier », sans omettre de mettre en lumière les « Mingongs », ces travailleurs migrants qui ont fait la prospérité du pays.

C’est à Shanghai, barycentre de la modernité de la Chine et point de rencontre avec l’Occident, que se situe la clé de cette incroyable mutation chinoise.
La règle du jeu est affichée et acceptée : « gagner de l’argent » quels qu’en soient les moyens !
Cette dynamique, arrimée à un pouvoir central fort et uniforme, se projette dans un temps long où la priorité absolue a toujours été le développement économique.

Jean-Luc Buchalet le répétera à plusieurs reprises lors de cette Matinale : la Chine est une « dictature fasciste » qui a l’Occident en détestation ; le « miracle économique » chinois est un trompe-l’œil, dopé par une politique d’investissements faramineux, notamment dans le foncier. Mais la Chine est un pays puissant et son régime politique est très solide.

Face à cela, les Occidentaux ont fait preuve de complaisance, fournissant tout à la fois des capitaux, des technologies, leurs armées de consommateurs et, finalement, « la corde pour se faire pendre ».
Dans ce panorama, la pauvre Europe est reléguée en deuxième division des puissances économiques avec le rôle peu enviable de variable d’ajustement, coincée dans les mâchoires de l’étau de la Chine et des États-Unis.

S’agissant de la domination de la Chine sur le monde, se posent les questions de la compatibilité du « modèle » chinois avec la réduction des gaz à effets de serre, de la bulle immobilière, de la situation des Ouïghours, du taux de mortalité dû à la Covid, de la répression à Hong Kong...

L’effondrement en 2022 de la croissance chinoise, longtemps locomotive de la croissance mondiale, a déjà et aura des conséquences sur le reste du monde. Selon Jean-Luc Buchalet, « le monde est en train de se refermer ». Nous assistons à une démondialisation de fait.

« Grâce » à Vladimir Poutine, il n’y aura probablement pas de guerre à Taïwan avec la Chine. En effet, cette île au cœur de cette nouvelle guerre froide, leader mondial des puces les plus avancées, avec 85% de part de marché, risquerait en cas d’invasion de provoquer une colossale et tragique pénurie à toute la chaîne de valeur de l’industrie mondiale.
Cette clé de voûte de la quatrième révolution industrielle impacterait la numérisation du monde, la transition énergétique, les développements de l’intelligence artificielle.
Le plus grand risque est que l’on pourrait s’installer dans une guerre froide perpétuelle.

Il convient de retenir, selon Jean-Luc Buchalet, que la Chine, comme Poutine, réactualise les concepts millénaires du « droit du plus fort ». Mais, à l’inverse de la fédération de Russie, elle a les moyens économiques de son ambition belliciste.

Pour lui, la Chine est un pays aux pratiques violentes, qui mettent en péril la vie démocratique et préfigurent peut-être un recul civilisationnel d’une ampleur comparable celle de l’effondrement de l’Empire romain.

Citant au passage cette maxime de Lao-Tseu : « On gouverne un grand État comme on fait frire de petits poissons », Jean-Luc Buchalet livre là une vision très pessimiste de l’avenir avec peu de raisons d’espérer. L’absence d’initiative de l’Occident pourrait lui réserver un sort funeste. L’Europe n’a pas d’autre choix que celui de la puissance.

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Les vidéos de cette Matinale (intégrale et extraits) seront bientôt disponibles sur notre chaîne YouTube

 


[1] Jean-Luc Buchalet, ingénieur agronome et économiste, a cofondé et dirige la société de conseil Pythagore Consult.. Enseignant à la Sorbonne et à l’IAE de Paris en 3e cycle, il est l’auteur de nombreux livres d’économie et coauteur de « La Chine, une bombe à retardement » (lauréat du prix Turgot du meilleur livre d’économie financière en 2013).

 

Faut-il avoir peur de la Chine ? (version intégrale)
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