Changer les pratiques plutôt que les structures et les lois

Agir sur le réel La campagne électorale indique clairement que la droite et la gauche n’ont pas renoncé ? un mode d’action qui, depuis des décennies, n’a qu’un effet marginal sur le réel. Or il n’est pas raisonnable de continuer ? traiter les difficultés du pays avec des outils aussi peu efficaces. Ce mode d’action, universellement admis, quel est-il ? Il repose sur la croyance qu’en agissant sur l’univers juridique – les lois – et les structures publiques, l’Etat finira par venir en aide ? la population. Cette idée présente plusieurs avantages : elle offre une apparence de logique indéniable, elle permet aux élus de faire de grands effets d’annonce qui entretiennent la fiction sympathique d’une action, et puis elle correspond ? la culture de nos élites. Nous sommes clairement au début des années trente, avec des élites intelligentes qui croyaient paisiblement ? l’infanterie et ? la ligne Maginot.

En réalité, que se passe-t-il ? Toute réforme de structure est bloquée par les corporatismes. Les lois sont soit retoquées par des mouvements sociaux, soit freinées dans leur application par les forces qui leur sont hostiles. En tout cas, elles ne donnent pas d’énergie. Or sans énergie, il ne se passe rien de positif. Jamais. Quand on touche aux structures et aux lois, on divise donc les Français, on provoque les conservatismes ; alors que changer les pratiques pourrait les fédérer. Pourtant, la société française est, elle, en demande de nouvelles pratiques et de fonctionner autrement. L’écho du « tous les mêmes », la difficulté qu’ont les candidats des partis politiques ? faire comprendre les différences de leurs programmes - qui semblent aux électeurs autant de clones auxquels on ne veut plus croire - montre ? quel point la voie sur laquelle ils sont engagés est sans issue. Une magistrate chargée du contrôle des comptes de campagne des partis politiques nous faisait part récemment de sa stupéfaction de n’avoir jamais vu pour aucun parti des dépenses de «recherche et développement». Comment alors les programmes pourraient-ils être plus que des élucubrations forcément irréalistes car aussi éloignées de la réalité que la planète du Petit Prince de la Terre ? Aucun SDF dans les rues en 2007. Mais comment ? En ouvrant plus de centres d’hébergements qui s’avéreront vite incapables d’accueillir aussi bien les clochards réfractaires ? toute normalité que les nouveaux SDF qui se présenteraient volontairement ? leurs portes ? C’est la logique des tuyaux mais pas celle des contenus. Si les policiers se font caillasser lors de leurs interventions dans certaines banlieues dites difficiles, le seront-ils moins s’ils sont deux fois plus nombreux ? Il faut se poser la question des pratiques et du comment faire pour rétablir des relations normales entre la police et la population. Mais ne battons pas uniquement notre coulpe, car il ne faut pas penser que le défi qui se présente ? nous soit une spécificité nationale. En France comme ailleurs on assiste ? une accélération de l’évolution de la société. Tous les gouvernements sont confrontés ? des problèmes similaires et dans de nombreux endroits la société civile fait preuve d’une inventivité qui réussit ? triompher de bien des difficultés. C’est l? aussi l’un des enjeux de cette révolution des pratiques. Être capable de détecter ce qui a fonctionné quelque part et va pouvoir s’adapter dans un tout autre contexte. Cette réalité nouvelle, nous l’avons rencontrée avec Lire et faire lire. Car notre modeste proposition, amener un retraité dans une école pour lire des histoires aux enfants, est en train d’être reprise dans plusieurs pays, confrontés ? des difficultés similaires autour de la lecture et de la transmission intergénérationnelle. Dans les faits, le besoin est celui d’un nouveau pacte entre des vieilles structures, des lois mal adaptées et une société civile qui chaque jour innove et trouve de nouvelles solutions grâce ? sa formidable capacité d’adaptation. Ce pacte, c’est autour des pratiques qu’il doit être conclu. Co-écrit avec Pascal Guénée

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