Pour Aquilino Morelle la future opposition doit être celle du non à l’Europe.

Date de la venue de l'invité: 
Mardi, 23 mai, 2017

L’enjeu principal pour l’avenir des oppositions en France n’est pas de savoir qui peut dominer la gauche ou la droite mais comment regrouper le camp des « anti-européistes » en vidant le Front National de ses électeurs. Tel est le schéma qu’esquisse Aquilino Morelle. L’ancien conseiller politique de François Hollande pendant les deux premières années du dernier quinquennat était l’invité du Club des Vigilants mardi 23 mai.

Directeur de campagne de Arnaud Montebourg pour les primaires de 2012, il était déjà très critique à l’égard de la mondialisation et de l’Europe telle qu’elle fonctionne et son éviction de l’Elysée a été la suite logique de celle de Montebourg du gouvernement, analyse-t-il dans le livre, très intéressant, qu’il a consacré à son expérience. Il se définit comme « patriote, républicain et socialiste, dans cet ordre ».

La victoire du « non » au référendum de 2005 sur la ratification de la nouvelle constitution européenne, mal escamotée par le traité corrigé adopté fin 2007 à Lisbonne, pèse toujours sur la politique française, analyse-t-il. Il parle d’ailleurs souvent du « camp du non » ou même des « nonistes ». Le nouveau Président - qu’il connaît très bien puisqu’ils ont travaillé ensemble à l’Elysée pour conseiller Hollande - n’arrivera pas plus que son prédécesseur à infléchir vraiment l’Europe telle qu’elle est, estime-t-il. Ce pronostic est d’autant plus frappant qu'Aquilino Morelle porte par ailleurs un regard très positif sur Emmanuel Macron, sa percée politique et son installation au pouvoir et n’exclut pas du tout qu’il soit là pour dix ans.

Ce qui ne lui convient pas chez lui n’est pas qu’il soit « européen », mais qu’il soit « européiste », explique-t-il. C’est à dire prêt à tous les sacrifices pour l’Europe qui est, pour lui, une priorité.

La future opposition il ne la voit pas comme un parti du Frexit, mais plutôt comme un regroupement de ceux qui veulent une refondation de l’Europe. Le « plan » d'Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, lui conviendrait bien : une grande conférence pour remettre à plat et reconstruire l’Europe sur des bases nouvelles (voir son livre, Sauver l’Europe, publié en novembre 2016 chez Liana Levi). Le système actuel est trop fédéraliste et empêche les coopérations intergouvernementales.

Qui est susceptible de fédérer un tel mouvement « anti-européiste » ? Le Parti Socialiste ne tient manifestement pas dans son état actuel une grande place dans ce schéma. Aquilino Morelle ne croit pas à la possibilité pour Jean-Luc Mélenchon de capitaliser sur son succès aux présidentielles : il y a chez lui une part de violence qui inquiète les électeurs et il n’attire pas vraiment l’électorat populaire.

La force politique du FN constitue évidemment un problème majeur. 35% au second tour c’est considérable. Mais « il n’y a pas 35% de fascistes en France ».  Ce qui manque c’est une autre force politique qui s’adresse à la « classe ouvrière », concept qui garde une place importante dans les analyses d'Aquilino Morelle. Concernant l’immigration, sur laquelle le FN a le discours que l’on sait, il pense qu’il faut s’en tenir à la position de Michel Rocard (la France ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit en prendre sa part). Encore faut-il regarder les réalités en face et les nommer. « Ce sont les pauvres et les enfants de pauvres qui supportent toute la charge d’intégration des immigrés ». Reste enfin, pour que cette nouvelle opposition se concrétise, à ce qu’émerge un leader. Emmanuel Macron vient de montrer, qu’avec de l’audace, cela peut aller vite.

 

Share

Commentaires

Face a la migration des pauvres des pays peu développés vers les pays plus développés, la réponse de "ceux qui ne sont pas pauvres" serait-elle de suggérer et de faciliter (sinon provoquer) "la guerre des pauvres entre eux" ?

Ajouter un commentaire