Reconstruction

La gestion économique et financière de la France (comme de la plupart des pays occidentaux) se heurte à ses limites. Nous tendons vers une situation d’insolvabilité qui peut nous amener, à moins de changer profondément de modèle, non seulement à rogner largement sur les prestations sociales, mais aussi à entraver dangereusement le bon fonctionnement des services de l’Etat et des collectivités locales.

Si nous ne prenons pas l’initiative du changement, il s’imposera à nous probablement très vite, à savoir le jour où les marchés financiers ne prêteront plus à la Grèce, l’Italie, etc., y compris la France. Qu’est-ce qui se substituera à la source de financement que constituent les marchés ? Les autres pays de la zone euro (mais lesquels) ? Les Etats-Unis (qui eux-mêmes ont dépassé tous les ratios raisonnables d’effet de levier) ? D’autres pays hors zone euro (Brésil, Chine, mais qui font face à leurs propres défis) ? La perte de valeur des actifs (et donc la faillite des banques, etc.) ? La destruction des actifs (la guerre) ? L’inflation ?

Le scénario qui émergera sera sans doute différent des exemples ci-dessus, mais, quel qu’il soit, il ne comprendra pas la poursuite pure et simple de  notre modèle économique et social actuel.

Or, les besoins sont considérables : santé, précarité, logement, sécurité, etc. La France est capable de se reconstruire, elle l’a démontré à la suite de la seconde guerre mondiale. Mais, pour cela, il nous faudra d’abord admettre que nous sommes dans une situation qui exige une reconstruction ou, pour dire la même chose autrement, que les actifs/acquis sur lesquels a reposé, jusqu’à présent, notre mode de vie, sont détruits.

Il est donc urgent de dire aux Français que nous sommes au pied du mur. Jacques Attali a très bien exprimé cette nécessité, dans sa rubrique « Perspectives » de l’Express  (Faisons un rêve, L’Express n° 3142 du 21/9/2011, p.170).

C’est à ce prix que les Français accepteront de regarder vers l’avenir au lieu de s’accrocher au passé, tolérerons les difficultés au lieu de revendiquer un soulagement immédiat, déploieront leur énergie pour produire au bénéfice de tous au lieu de jouer un jeu socio-économique à somme nulle (dans lequel les uns n’envisagent une amélioration de leur situation qu’au prix d’un transfert en provenance des autres). Voir Yann Algan et Pierre Cahuc, 2007, La Société de Défiance, Comment le modèle social français s’autodétruit, analysé notamment par Nicolas Moinet dans le blog de l’Académie de l’Intelligence Economique (et inspiré d’Alain Peyrefitte, La Société de Confiance, 1995)  :

L'IE face à la société de défiance

La transformation du Commissariat Général du Plan, créé en 1946, en Centre d’Analyse Stratégique, créé en 2006, est symptomatique d’une société dans laquelle on croyait pouvoir consacrer son énergie à conceptualiser au lieu de planifier, de travailler ensemble dans la même direction avec une vision de long terme. Sans doute faudrait-il, de ce point de vue, retrouver l’état d’esprit de reconstruction du pays qui a permis tant de progrès dans l’Europe laminée mais volontariste, réaliste et courageuse de 1946.

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