Le revenu de base universel, une solution d’avenir ?

Date de la venue de l'invité: 
Mardi, 12 avril, 2016

Oui, c’en est peut-être bien une, mais ce dispositif, simple dans son principe, est, comme souvent, compliqué à mettre en œuvre. En tout cas cette grande et vieille utopie est désormais à prendre au sérieux. Voilà à peu près ce qu’on serait tenté de répondre à la question posée après avoir entendu, le 12 avril 2016 au Club des Vigilants, Marc de Basquiat et Wolfgang Michalski. L’invité est Président de l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence, elle-même membre du Mouvement Français pour un Revenu de Base. Ingénieur de formation et de métier, il a fait une thèse d’économie sur les questions de redistribution sociale. Notre ami Wolfgang est administrateur et membre fondateur du Club des Vigilants. Il est surtout économiste et avait étudié la question quand il était Directeur du Programme de l’OCDE sur l’Avenir (1990-2005). Il a accepté de se replonger dans le dossier pour les Vigilants.

Rappel de la définition par le Mouvement Français pour un Revenu de Base : « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement ». Marc de Basquiat , qui cosigne, avec Gaspard Koenig, "LIBER, un revenu de liberté pour tous" (Editions de l’Onde), met beaucoup l’accent sur l’aspect libérateur qu’aurait pour les bénéficiaires un tel revenu distribué sans condition, ni contrôle, ni exigence et librement cumulable avec un revenu d’activité pour ceux qui veulent et peuvent travailler. Il l’oppose aux mille questions que doit subir aujourd’hui, sur sa vie conjugale par exemple, un demandeur du RSA.

Wolfgang Michalski souligne à quel point ces principes sont, pour le moment, peu compatibles avec le système de valeur de nos sociétés capitalistes occidentales. L’idée qu’on reçoive quelque chose en échange de rien et sans condition reste assez inacceptable. On ne sait pas, pour le moment, jusqu’à quel point un tel système encouragerait les bénéficiaires à ne pas travailler. C’est tout l’intérêt des expériences. Une est en cours à Utrecht, aux Pays-Bas ; une autre en Finlande.
 Parmi les bénéfices attendus, Wolfgang insiste beaucoup sur la simplification et la réduction de la bureaucratie, donc des coûts. Le revenu de base a en effet vocation à se substituer aux autres aides, à commencer par le RSA. Du coup, il reprocherait presque à Marc de Basquiat de ne pas aller assez loin dans ses propositions. Marc maintiendrait en effet, à coté du revenu de base, l’APL (Aide personnalisée au logement) et autres aides au logement, les aides aux handicapés, les allocations chômage et ne prévoit pas de toucher aux multiples aides dépendantes que déclenche le fait d’être bénéficiaire du RSA ou d’avoir des revenus inférieurs à certains plafonds.

In fine, les deux orateurs sont plutôt d’accord sur le fait que l’important serait de « mettre le pied dans la porte » et d’y aller progressivement, un peu comme pour la CSG. De cette expérience, Michel Rocard a tiré la leçon qu’il ne faut pas bouger plus de 0,5% du PIB dans un premier temps, a-t-il dit à Marc de Basquiat. Celui-ci imagine donc un processus englobant plus d’un quinquennat. Les principes sont une chose, les euros une autre. De combien
 parle-t-on ? Marc de Basquiat propose 470 euros par adulte, le
 double pour un couple, 1410 euros pour un couple avec un jeune 
enfant. Si les adultes ne travaillent pas, une telle famille 
resterait un peu en dessous du seuil de pauvreté, même en
 ajoutant l’APL. Wolfgang note que, si on essaye d’actualiser les
 propositions de Thomas Paine (1737-1805), on tombe sur 
une somme comprise entre 10 et 15 000 euros par an, que Milton Friedman parlait de maximum de 1 500 dollar par mois pour son impôt négatif et que beaucoup d’expériences évoquées ou en cours tournent autour des mêmes ordres de grandeur. Comment financer tout cela ? Quel serait l’ordre de grandeur des transferts ? Les simulations de Marc de Basquiat proposent un prélèvement de 25%, non progressif, au premier euro, sur tous les revenus y compris le revenu de base que tous percevraient, même les riches. Reste à financer le reste : assurance maladie, retraites et responsabilités diverses de l’Etat (enseignement, éducation, etc.). Si le sujet est d’actualité, si les politiques de tous bords s’y intéressent c’est que « le système social existant apparaît de moins en moins adapté au XXIème siècle » et que les risques de disparition massive d’emploi semblent sérieux, dit Wolfgang. Marc de Basquiat évoque également le fait que « les gens ne croient pas au retour au plein emploi ».

Ce sont toutes ces raisons qui ont poussé le groupe de travail du Club des Vigilants qui travaille sur les conséquences d’une croissance durablement faible à souhaiter cette rencontre autour de ce sujet.

Share

Commentaires

Nous allons devoir changer notre regard sur l’« assistanat » que notre système de protection sociale serait censé encourager.
L’une des conséquences du revenu universel est que l’« assistanat » disparaît puisque tout le monde le touche. Le débat change donc d’objet.
Il se reporte sur le véritable enjeu : éviter le délitement du lien social conséquence de l’extrême précarisation d’une partie de la société.

Car, si l'on en croit le WEF (World Economic Forum), la robotique, l'impression 3D, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, etc. vont détruire 5 millions d'emplois nets d'ici 2020 dans le monde. Alors qu’il faudrait en créer… 600 millions. Par conséquent, le chômage va inexorablement augmenter dans le même temps. Il se peut (mais ce n’est pas sûr) que Joseph Schumpeter ait encore une fois raison et que cette « destruction » soit « créatrice » d’emplois futurs, mais, dans le court-moyen terme, il va falloir surmonter ce tsunami du chômage.

Le revenu universel sera-t-il un rempart efficace ?
Le montant cité par Marc de Basquiat (470€ pour un adulte) est notoirement insuffisant pour vivre décemment. Les gens devront trouver des revenus complémentaires. Dans une situation de pénurie d’emplois, ce sera compliqué. Du coup, d’autres aides seront invoquées et la machine à créer de la complexité se remettra en marche, inexorablement.

C’est peut-être là sa principale faiblesse. Ce revenu universel là ne sera pas le « facteur de liberté » que Marc de Basquiat invoque.

Ajouter un commentaire