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Aidons-nous les uns les autres* |
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De tous temps, en tous lieux, des êtres humains, pour survivre, se sont entre aidés. Regroupés autour d’un totem ou d’une divinité, cela ne les empêchait pas de combattre d’autres groupes se réclamant d’autres totems ou d’autres divinités. La bombe atomique a changé la donne. La mondialisation économique et l’ubiquité des menaces écologiques ont fait le reste.
L’humanité est devenue une seule et unique tribu. Le drame est que les hommes ne s’en rendent pas tous compte. Nombreux sont ceux qui se plaisent à piétiner le pied de leurs voisins. Trop rares sont ceux qui pensent « nous » plutôt que « je ». Grâce – si l’on peut dire ! – à la crise financière, des signes annonciateurs d’un changement se profilent. La frugalité est « in ». La cupidité est « out ». Les associations bénéficient du soutien d’un public élargi. Des entreprises, échaudées par le court termisme, cherchent à présent le moyen de s’en écarter. Autour du Web, des affinités électives se nouent ou s’élargissent. Les responsables politiques devraient être à l’avant-garde de ce mouvement salutaire. Hélas, Obama mis à part (« Baby Face » fut animateur social dans les bas quartiers de Chicago de 1984 à 1987), la plupart de nos présidents et ministres ont été nourris au lait de l’efficacité immédiate. Ils sont intelligents, capables et soucieux du bien public, mais les réformes qu’ils entreprennent – souvent utiles – répondent à des nécessités particulières. Elles restent au niveau du « comment ». Le ciment d’un « pourquoi », générateur d’espoir et d’enthousiasme, est absent. Observons nos Excellences. Elles sont en quête d’un « plus » qui ferait d’elles les vecteurs d’un authentique changement. D’un changement qui aiderait la société à accoucher de ses aspirations, qui mettrait le développement économique au service d’un avenir plus humain, plus amical, plus affectif. Il ne peut s’agir de jouer la comédie. La nature des leaders compte plus que leur discours. S’ils incarnent vraiment les rêves de leurs concitoyens, ils déclencheront des processus d’identification, deviendront des symboles et serviront d’exemples. Comme ce fut le cas jadis en Pologne avec « Solidarnosc », un mot, un seul peut résumer une ambition, une politique, une stratégie, un « Pourquoi nous combattons ». Quel mot ici ? Quel mot maintenant ? Voilà une question à laquelle tout homme de Pouvoir doit s’efforcer de répondre. Régis Debray propose, dans son dernier livre, « Fraternité ». Le terme nous convient car, depuis que Vigilances, la lettre mensuelle du Club, existe, nous nous efforçons de le décliner. Du local au mondial. De la participation citoyenne à la coopération internationale. A nos yeux, la fraternité implique que des hommes, aussi différents puissent-ils être, mènent un combat commun.
Contrairement à d’autres bons sentiments, la fraternité respecte l’altérité des conditions et des cultures. Nul besoin d’être identiques pour s’aider les uns les autres. * Avec Déborah Secrétin
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Outils et pratiques |
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Besoins nouveaux, urgents, massifs : que fait-on face à une hausse de 10, 15 voire 20% du chômage en six mois ? Les services classiques vont être vite débordés. Quelle mobilisation de la société civile pour la création rapide d’activités nouvelles, la solvabilisation d’urgence de professionnels et d’activité ? Quelles communautés d’occasion et d’action créer, éphémères, souples, à forte productivité pour répondre à une demande soudaine de repositionnement ?
Sur l’"Empowerment" citoyen, on a beaucoup travaillé depuis 20 ans : c’est le moment de mettre ces pratiques et ces idées au service d’une société en voie de choc, agressée, en recherche rapide de points d‘appui face aux périls qu’on nous annonce. En 20 ou 30 ans, on a progressé sur l’équipement de la société en outils et pratiques d’auto organisation. Mettons-les à l’épreuve de cette épreuve. Certains projets peuvent prendre ou reprendre des couleurs dans le contexte actuel. Je tiens à la disposition des membres du Club quelques références sur le sujet. D’autres seraient bienvenues.
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Pour une Europe participative |
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Il est faux de dire que le million d’Irlandais qui a voté « non » le 12 juin a imposé sa volonté à 500 millions d’Européens. Si des référendums avaient eu lieu dans tous les pays concernés, nul ne sait quel eut été le résultat.
La crise n’en est que plus profonde. Les gouvernements devront faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour sauver l’essentiel du Traité, à commencer par la légitimation des « coopérations renforcées », permettant aux pays qui le souhaitent de former des avant-gardes.
A supposer qu’ils y parviennent, un long chemin restera à parcourir pour que l’Europe devienne chère au cœur des Européens. Certains reprochent aux Irlandais, jusqu’ici principaux bénéficiaires des fonds communautaires, de n’avoir pas voulu renvoyer l’ascenseur en Europe de l’Est. Le reproche est fondé mais le problème se serait-il posé si les partisans du « oui » avaient capté l’imaginaire au lieu d’être simplement raisonnables ? En Irlande ce mois-ci, comme en France et aux Pays Bas il y a trois ans, les « élites » ont pris le peuple de haut. Elles se sont crues dépositaires de la vérité. Quelle vérité ? Les élites ne sont pas plus conscientes que le peuple de ce qui fait ou de ce qui ne fait pas l’identité européenne.
Prenons l’exemple de l’euro. Les politiques et les experts ont sans doute eu raison de refuser que les billets soient à l’effigie des Pères fondateurs de l’Union : il leur était difficile de choisir entre De Gaulle et Monnet ; s’il y avait eu à la fois Adenauer et de Gasperi cela aurait sans doute fait trop « démocrate chrétien » ; on comprend leur embarras. Mais pourquoi se réfugier dans des abstractions ? Pourquoi ne pas essayer de toucher l’âme des peuples ? Pourquoi ne pas chercher à savoir quelles étaient les icônes de notre culture ? Pas besoin de référendum pour cela. Débats et discussions se seraient multipliés. Les télévisions auraient pris le train en marche. Mozart et Léonard de Vinci seraient peut-être arrivés en tête. Peut-être pas. De toute façon, nos billets auraient une autre allure.
L’identité européenne aurait aussi pu (et peut encore) s’incarner dans le sport. Un match de foot entre l’Europe et l’Amérique Latine serait un évènement. Une compétition de judo entre l’Europe et l’Asie en serait un autre. Les disciplines ne manquent pas. Les supporters auraient un sentiment d’appartenance.
Sur un socle identitaire se bâtirait l’Europe des citoyens. Le recours au référendum peut se révéler utile en certaines occasions. Là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est qu’à tous les niveaux - communes, régions, Etats, Europe – la démocratie s’appuie sur la participation. Y a-t-il un pourcentage des dépenses publiques, qui puisse être décidé par les usagers ? Y a-t-il un règlement, un formulaire, une directive qui puisse être élaborés ou modifiés ou supprimés après consultation directe des intéressés ? Voilà des questions qui n’appellent pas une réponse générale mais des efforts constants. Des efforts qu’il est urgent d’entreprendre si l’on veut intéresser les peuples au sauvetage d’institutions désormais menacées. Si l’on veut les impliquer dans la conception d’un projet, c’est–à-dire dans le partage d’un rêve.
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Sans commentaire |
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La garde des sceaux, les medias, les hommes politiques, les anonymes ne cessent de donner leur opinion sur le jugement en annulation du divorce pour cause de "mensonge". Que les anonymes l'ignorent, bien que nul ne soit censé ignorer la loi, d'accord.
Mais que tous les autres, en commençant par une ex. magistrate, fassent fi de la loi qui interdit de commenter la chose jugée, démontre d'une part que la prétendue séparation des pouvoirs, en ce qui concerne les propos de Rachida Dati, n'est qu'un vœu pieux, et en ce qui concerne les autres démontrent qu'ils se moquent totalement de la loi. D'autant plus regrettable lorsque parmi ces hommes politiques il y a des députés chargés de voter des lois.
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La tectonique des plaques, nouvelle version |
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117 députés, de droite comme de gauche, ont manifesté à l’Assemblée nationale pour réclamer le maintien du système actuel d’immatriculation des véhicules qui doit changer au 1er janvier 2009 et être remplacé par le système européen (en vigueur depuis déjà 2 ans en Italie conformément à une directive européenne). Les numéros des départements disparaîtront et c’est ce qui motive la grogne de nos élus.
Cette « révolte » peut être qualifiée, au choix, d’anodine, de puérile ou d’insignifiante mais à l’heure où le Parlement est face à des changements profonds qui concernent les institutions, la vie sociale et l’activité économique et alors que le pays risque d’être paralysé à cause de la hausse des prix des carburants, cette manifestation d’un nombre non négligeable de représentants du Peuple est une parfaite illustration du conservatisme gaulois. A moins que ce ne soit un exercice de défoulement collectif mais les 117 n’ont pas fait particulièrement preuve d’humour. Que se serait-il passé si le Président de la République avait avalisé la suppression des départements, demandée par le rapport Attali ! ? Ou, pire encore, le non-cumul des mandats ? Pourtant ces deux réformes seraient des étapes essentielles dans la modernisation de la vie politique. Le Parlement et l’Exécutif se « frottent » de plus en plus. A quand le séisme majeur ?
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Le fardeau de l’homme Han |
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Les Européens ont la mémoire courte. Ils reprochent aux Chinois de faire actuellement au Tibet ce qu’eux-mêmes ont fait pendant des siècles sur tous les continents. Peut-être les Chinois feront-ils preuve de repentance dans une centaine d’années.
En attendant, ils emploient les mêmes arguments que les Européens employaient naguère pour justifier le colonialisme. A les croire, ils apportent la modernité, le bien-être, des hôpitaux et des écoles dans un Tibet féodal où les paysans étaient des serfs à la disposition des moines. C’est en quelque sorte une mission civilisatrice. Le fardeau de l’homme Han a remplacé « le fardeau de l’homme blanc ». Quel dommage que les bénéficiaires ne soient pas tous reconnaissants !
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Grand Paris |
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Le projet du « Grand Paris » est maintenant d’actualité. C’est un immense projet qui engloberait le Paris actuel et 78 communes avoisinantes. Cette zone regrouperait près de la moitié de la population de l’Ile de France et plus de la moitié de ses emplois.
On comprend que le président de la République, le maire de Paris et le président de Région aient chacun quelques idées derrière la tête. Il semble donc utile de rappeler ici quelques données essentielles telles que les avaient énoncées Benoît Peaucelle, vice Président de la Société Française des Architectes, à l’occasion d’un débat qu’il avait introduit au Club des Vigilants le 24 avril 2007. L’intervention de M. Peaucelle a été résumée dans un dossier intitulé "Urbanisme et crise des banlieues", réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye, publié dans le numéro 52 de Vigilances, daté de mai 2007. Nous nous contenterons ici de quelques extraits.
« La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville … Aujourd’hui, la réalité rejoint le sens étymologique du terme … la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement »… « Vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de la capitale. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques ». « La relégation dans les cités occupées par les minorités ethniques correspond à la mondialisation par le bas. A l’autre extrémité on peut placer certains quartiers des grandes villes où domine la classe émergente de la mondialisation. Entre les deux, s’étend l’espace du périurbain pavillonnaire … Comment "faire société" dans une ville qui se défait selon trois directions aussi divergentes ? ». « Quelle est la grande différence entre un collège de centre ville et un collège de ZEP ? Dans le premier, il est plutôt valorisant d’être premier de la classe, alors que, dans le second, c’est dangereux : celui qui réussit devient la cible de la violence de ses camarades. Je connais tant d’adolescents qui pourraient réussir, mais ne se l’autorisent pas par souci de maintenir leurs liens de camaraderie … La carte scolaire, qui était une excellente mesure lorsqu’il y avait une mixité sociale sur le territoire, est devenue une terrible mesure dans les quartiers où une telle mixité n’existe plus ». Questions : Ne sommes-nous pas arrivés au point où des systèmes de bus devraient conduire certains enfants d’une « périphérie » actuellement ghettoïsée jusqu’à des collèges situés au « centre » ? Et, si tel est le cas, à qui devra appartenir la décision ? « Sans volonté politique et consensus des citoyens pour construire et habiter la ville, la polis, la cita, il ne peut y avoir offrande et expression du sens. L’architecture peut donner du sens, mais elle ne peut seule l’inventer sans consensus de la société. Et en l’absence du sens, l’exercice architectural ne sera, au mieux, qu’un exercice de style glacial et désespérant ». D’où l’intérêt d’étudier le projet d’une façon aussi pluridisciplinaire que possible … et avec la participation de citoyens ordinaires.
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De Bruxelles à Rangoun |
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Le Canada n’a pas éclaté. Le Québec n’a pas fait sécession. De référendum en référendum, anglophones et francophones finissent par se réconcilier. Sans doute en ira-t-il de même en Belgique bien que les francophones répugnent à apprendre le néerlandais.
Le maintien d’une identité nationale commune à des ethnies, des langues ou des religions diverses ne va pas de soi. C’est un test vital pour la démocratie. On s’en apercevra bientôt en Ukraine car l’Ukraine comme la Belgique est coupée en deux avec une capitale, Kiev, qui, comme Bruxelles, fait le lien entre deux communautés. Qui dit démocratie dit compromis et chacun sait que les compromis, comme la bonne cuisine, se mitonnent lentement. Plus un pays est divisé, plus la démocratie met du temps à s’installer. L’exemple de l’Irak est frappant : Saddam Hussein était un dictateur épouvantable mais la société se modernisant, le régime aurait été contraint d’évoluer. L’intervention américaine n’a pas accéléré le processus ; elle a, au contraire, ravivé les antagonismes dormants si bien que le pays finira, sans doute, par éclater. Et la Birmanie ? Il est facile de s’indigner de la répression sanglante exercée par des militaires sans scrupules. Mais si ces brutes étaient éliminées demain, il est vraisemblable que l’état d’appauvrissement dans lequel ils ont mis le pays se révèlerait impropre à toute réconciliation nationale. Les diverses minorités qui peuplent la Birmanie risqueraient même de s’entre-égorger. Dans des cas aussi extrêmes, le plus efficace est de semer des graines de modernité et de s’efforcer discrètement de favoriser l’éclosion de compromis durables.
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De la démocratie |
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Malgré leurs errements, les États Unis restent une vraie démocratie. Outre l'incroyable mouvement de balancier qui s'opère en ce moment sur la question des libertés publiques, la totale indifférence que manifeste le pouvoir judiciaire aux pressions du microcosme est une grande leçon alors que la justice française frémit encore d'avoir osé poser des questions à Jacques Chirac.
Je ne souhaite pas particulièrement que l'ancien président aille en prison (je ne le souhaite à personne) mais l'impunité française est parfois difficile à accepter. L'arrogante prestation d'Alain Juppé à Bordeaux suite à son échec aux législatives montre à quel point les fautifs ont chez nous tendance à estimer qu'ils n'ont de compte à rendre à personne et que leur en demander relève du crime de lèse majesté ! Et tous ces élus condamnés et réélus montrent également qu'ils auraient sans doute tort de raisonner autrement.
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Parlez-moi d’amour ! |
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Comme la plupart des citoyens dans la plupart des démocraties, les Français ont envie « d’autre chose ». Avec Sarkozy, ils ont choisi de rompre avec l’immobilisme. C’est un premier pas, un passage obligé. S’il est bien franchi, on ne pourra que s’en réjouir. Restera à définir « l’autre chose ». Le Parti Socialiste en est aujourd’hui incapable mais ses échecs l’obligent à une remise en cause et la quête française d’un « socialisme nouveau » méritera d’être observée.
La première manche va se jouer, dans les mois qui viennent, entre les tenants de la « social démocratie » (qui savent ce qu’ils veulent) et ceux qui cherchent encore. Le problème avec les socio démocrates est qu’en dépit de leur intelligence et de leur sincérité ils demeurent prisonniers d’un idéal passé. Leur référence de prédilection est le Congrès de Bad Godesberg par lequel le parti socialiste allemand, le SPD, a bien voulu reconnaître la réalité de l’économie de marché. C’était en 1959 !
L’ambition, comme le montrent les discours de l’époque, consistait à distribuer plus équitablement les fruits de la croissance, à mettre sur pied une variante efficace de «l’Etat providence », bref, à traduire en termes politiques les analyses économiques du professeur Keynes. C’était un processus fécond quand chaque pays était plus ou moins autonome et que la mondialisation servait seulement de thème à de savantes réflexions.
Depuis Bad Godesberg, 48 ans ont passé et, pendant ce quasi demi siècle, le communisme s’est effondré, le libéralisme a triomphé, la société a profondément évolué. Les jeunes d’aujourd’hui ne rêvent plus de « lendemains qui chantent » mais sont à nouveau capables de chanter des lendemains. Ils ont soif d’idéal, besoin d’écoute, de participation. De ce point de vue, n’en déplaise à Dominique Strauss Kahn ses propos font « vieux jeu ». Certes, il ne va pas aussi loin qu’Alain Juppé, disant, au début des années 90, que la participation était « un truc utilisé par les gouvernements pour faire passer leurs réformes ». Il n’en considère pas moins – et nous sommes en 2007 ! - que c’est « un moyen et non une fin ».
Dans le monde d’aujourd’hui, pourtant, la connexion est partout. Si l’on veut qu’un progrès puisse éclore, il faut que la société se l’approprie. Au lieu de découler d’une loi (que la complexité va bientôt transformer en usine à gaz) il devra résulter d’une multitude d’initiatives qui, formant réseau, s’enrichiront l’une l’autre tant à l’intérieur des frontières que par le cosmopolite mélange de cultures diverses.
Qu’on le souhaite ou qu’on le regrette, l’aspiration à « autre chose » ne pourra être satisfaite que si, grâce à une croissance plus verte et à une fraternité moins abstraite, émerge une mondialité nouvelle. Les enjeux écologiques et le cumul des menaces sont tels que la nouvelle gauche sera connective ou ne sera pas.
S’il fallait inventer un nouveau slogan, le plus simple serait de reprendre le titre d’une vieille chanson : « Parlez-moi d’amour ! ».
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De bouche allemande à oreilles chinoises |
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Le succès mondial du film « La vie des autres » montre que, même si la conception des droits de l’Homme peut varier d’une culture à l’autre, le besoin de liberté n’en est pas moins universel. C’est une leçon politique plus précieuse que bien des ouvrages savants.
Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, rappelons que l’histoire se déroule en Allemagne de l’Est où la police politique, la Stasi, était toute puissante. Comme par hasard, « La vie des autres » n’a pas (encore ?) trouvé de distributeur en Chine mais les DVD piratés se propagent et suscitent des discussions passionnées sur nombre de sites Web et de Blogs. Le fait que ces débats ne fassent pas l’objet de censure est, d’ailleurs, encourageant.
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Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Intérieur |
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Dans une autre vie, plus précisément en l’année 1962, je fus le commissaire de police d’Oullins, dans la banlieue de Lyon, ville considérée comme difficile à l’époque et qui l’est peut-être toujours aujourd’hui.
Or, à l’occasion de la dernière campagne présidentielle ont ressurgi ces notions de prévention et de police de proximité que nos politiques ressortent pour cacher leur impuissance à rétablir la République dans les quelques quartiers qu’ils ont laissé se transformer en ghettos religieux ou communautaires.
Pire, un rapport décrivant une situation d’antagonisme violent entre la police et la population de la Seine-Saint-Denis, inciterait peut-être à donner l’indépendance à ce département.
Certes, nous avons la police la plus nombreuse d’Europe, mais avec des policiers recrutés à des niveaux tels que le concours de gardien de la paix interdit maintenant aux populations peu instruites d’avoir accès, comme à la Libération, à l’ascenseur social qu’était alors la police.
Comment dialoguer et apaiser des conflits quand les protagonistes ne parlent pas le même langage ou n’ont pas eu un vécu commun ?
Vous voulez rendre la police plus proche de nous et faire respecter la République sans coûts ni recrutements supplémentaires ?
Prenez donc en compte ce qui suit :
1 – L’Omerta dans les quartiers :
Qui parle, ou qui a été vu parlant à un policier est « socialement mort ».
Les seuls visiteurs des Commissariats des quartiers dits sensibles sont les seuls plaignants, et encore, la peur est également présente dans ces cas de figure. Le seul avantage de cet absentéisme est de faire baisser les statistiques de la délinquance.
Alors comment rétablir le contact des citoyens avec la Police ?
Madame la Ministre de l’Intérieur devra négocier avec les syndicats de police le retour dans les commissariats des citoyens qui viendront retirer leurs cartes d’identité ou passeports, leurs convocations que les différentes administrations (finances, sécurité sociale, etc…) auront demandé au Commissariat de faire parvenir à leurs destinataires.
Bien sûr ce sont des tâches qui ont été déclarées « indues » en leur temps, mais comment renouer un dialogue avec la population des exclus sans leur faire courir le risque d’être considérés comme des « balances » ?
2 – La présence visible des policiers pour la prévention :
Il suffit de remettre les gardiens en uniforme sur leurs trajets domicile - commissariat (la plus grande difficulté actuelle dans la construction des locaux de police étant de prévoir de grandes surfaces pour accueillir les vestiaires des policiers).
A la Libération, les agents pouvaient justifier leur dénomination de gardiens de la paix car ils sillonnaient les rues en uniforme pour rentrer chez eux à pied ou dans les transports en commun.
3 – Police de proximité vraiment ?
A condition que les Maires et les bailleurs sociaux acceptent de favoriser l’attribution de logements, éventuellement en co-location, pour les policiers célibataires, auprès ou dans les cités considérées à risques, et pour les autres, des logements pour leur famille, dans la circonscription même de leur affectation.
4 – Et la répression ?
Elle ne peut s’exercer, utilement que grâce à l’adhésion d’une population rassurée, ramenée dans les sentiers de la République et qui pourra désigner sans risques ceux qui la maintienne actuellement dans l’acceptation d’une loi qui n’est pas la nôtre ni la leur.
La répression pourra alors s’appliquer exactement là, où et quand il le faut, par des enquêteurs spécialisés et discrets, évitant ainsi des déploiements de force aussi spectaculaires qu’inefficaces.
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Banlieues : crise de la cité |
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La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville. Or, ce qui fait l’esprit de la ville, selon Jacques Donzelot, spécialiste reconnu de la ville contemporaine, c’est le lien entre l’ouvert et le fermé. Ce qui le ruine, c’est le déséquilibre entre les flux et les lieux : quand les flux s’imposent au détriment des lieux comme avec la périurbanisation ; quand les lieux s’imposent au détriment des flux comme avec la relégation.
Qu’en est-il de nos banlieues ? Aujourd’hui, hélas, la réalité rejoint le sens étymologique du terme, dans notre pays, et la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement. Pour trois raisons.
D’abord, on a choisi d’aménager du territoire au-delà de la ville, au lieu d’agrandir la ville. Cette spécificité française se traduit par le nombre très important – 36 000 - de communes et la petite taille de nos villes. Paris compte moins d’habitants que Rome (mais la densité y est plus grande ; Rome compte 2 547 000 habitants sur 1 285 km2 et Paris 2 150 000 habitants sur 105 km2) et quatre fois moins que Londres. Aujourd’hui, vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de Paris. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques et autres voies de contournement. Avec pour conséquence : un double enfermement. Celui de Paris derrière ces "portes" et celui des cités où les murs sont dans les têtes. Ainsi, lorsqu’un journaliste suisse de l’Hebdo de Lausanne, à l’origine du Bondy Blog, donne rendez-vous à un jeune dans un café au Quartier Latin, celui-ci l’interroge : « c’est quelle porte ? Je suis un banlieusard, moi. A Paris, c’est d’après les portes que je m’oriente !».
Ensuite, on n’a pas su non plus créer de vraies villes. Des quartiers de quatre mille logements, comme les 4 000 à La Courneuve, soit de douze à seize mille habitants, auraient pu former une ville. Au lieu de cela, par une politique de zonage irréfléchie, des friches ont été transformées en autant de « cités » d’où le moindre esprit de « cité » au sens de la « polis » grecque ou de la cité romaine est banni. « Qu’est-ce donc qu’une cité, sinon une société de citoyens ayant les mêmes droits ? » écrivait déjà Cicéron (De Republica, I, XXXII, 49). Certes, dans les années 60, il fallait parer au plus pressé : loger les milliers de rapatriés d’Algérie, éradiquer les bidonvilles... Les tours se construisaient à toute vitesse et les cités HLM connaissaient même une part de mixité, favorisée par le relatif confort des logements en comparaison des habitations de centre ville, sans hygiène ni commodités. Depuis, désertées par les derniers « blancs », elles sont devenues le lieu de relégation des minorités ethniques. Les émeutes de l’automne 2005 ont, à cet égard, mis à nu l’aberration "urbanistique" de ces cités. La crise de l’"urbain" dans ces banlieues est telle que l’on peut trouver plus d’urbanité dans certains camps de réfugiés à Gaza. Peut-on, d’ailleurs, parler d’urbain dans le cas de ces quartiers fermés mais non clos, dépourvus de toute image symbolique, où l’espace dit urbain, loin de former un espace interne à la cité, n’est plus que le vide extérieur aux barres ? Comment rêver le monde dans ces conditions ? Quand le lieu où l’on vit n’est pas habitable parce qu’il ne dit rien du monde ?
Enfin, l’aménagement du territoire a été conçu, non pour desservir ces quartiers mais pour les contourner. Ainsi, même si physiquement l’autoroute et le RER desservent Bobigny, ces voies contournent symboliquement les cités de Bobigny. C’est le cas à la périphérie de la plupart de nos villes. On assiste à une véritable logique de séparation. Vaincre cette logique de séparation est, à cet égard, un enjeu social majeur. N’oublions pas que les Romains firent de même aux 2eme et 3eme siècles en enfermant hors des villes les armées de mercenaires dans des camps : ils apprirent à leurs dépens que les mercenaires barbares pouvaient descendre sur Rome et renverser les empereurs. Les murailles d’Aurélien n’y firent rien.
Benoît Peaucelle, Vice président de la Société Française des Architectes
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L’avenir d’une élection |
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L’avenir d’une élection est toujours prévisible… à posteriori. Le choc de 2002, comme la participation record au premier tour de 2007 peuvent s’expliquer par le fait que les Français sont de plus en plus motivés à se prononcer sur la gestion politique… de leurs vies et enjeux quotidiens. Ce phénomène qu’on pourrait taxer un peu rapidement de montée de l’individualisme est en train de définir la clé de la nouvelle citoyenneté.
Une étude sur l’évolution des mentalités des Français datant de 2005 montrait que ceux-ci appréhendent de la même manière ce qu’ils vivent dans leur quartier, dans leur ville, en France et en Europe. A chacun de ces niveaux, c’est le besoin que les choses bougent pour s’agencer ou se « réagencer » autrement qui réunit les Français. La nouvelle citoyenneté trouve probablement ses racines plus dans le quotidien que dans les convictions.
Nos vies ont changé, nous avons intégré l’incertitude dans nos quotidiens. Individuellement, nous savons que nous devons changer, nous adapter. Collectivement, nous comprenons que nous devrons être français différemment pour trouver notre place dans la mondialisation. Nous ne pourrons plus nous appuyer seulement sur nos statuts et nos voleurs phares. C’est difficile mais nous avons fait sur nous-même le travail personnel qui permet de vivre avec, nous avons agencé différemment nos priorités individuelles et nous sommes en train de le faire pour nos priorités collectives.
Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, chacun d’entre nous comme personne, comme citoyen, comme consommateur doit réagir à plus d’informations, de sollicitations, de difficultés et de voies de solutions. De ce fait nous devenons tous à la fois plus vigilants et plus angoissés face à l’avenir. Cela parce que nous avons de plus en plus de moyens et d’occasions de l’être. Plus nous sommes incertains, plus nous sommes impliqués, plus nous sommes exigeants.
Face à ce mouvement qui n’est pas spécifique à la France mais touche progressivement l’ensemble du monde, les deux candidats à la Présidence proposent de rompre avec le passé et de remettre en ordre la société. Toutefois, quel que soit le résultat du second tour, une moitié de la France sera déçue et inquiète, parce que le Président élu n’incarnera pas la posture face à l’avenir dans laquelle ils avaient placé leur espoir. Mais à bien y regarder l’un et l’autre s’attacheront – comme ils l’ont promis - à répondre à la même question : comment faire partager à la France entière le sentiment et la réussite d’une rupture avec ce qui nous empêchait de trouver une place dans l’Europe, dans le Monde et dans l’avenir.
Lors des présidentielles 2007 l’exigence collective s’est manifestée pour la première fois de manière aussi forte et claire. Mais ni les Français dans leur ensemble, ni les dirigeants politiques ne sont encore en mesure de dire vers quelles orientations cette exigence doit être dirigée. Sans répondre à cette question, on peut tout de même dire qu’il nous faudra composer un avenir entre les trois côtés d’un triangle : la France, le Monde, l’Incertitude.
Ce qui frappe dans la vie moderne, c’est que l’avenir apparaît moins lointain qu’auparavant. De l’accélération des changements naissent des inquiétudes plus stressantes et plus complexes, mais naissent aussi des envies de participer différemment. Dans les cent jours qui suivront l’élection nous aurons l’occasion de voir si la rupture souhaitée par les candidats saura répondre à la rupture que nous vivons avec notre futur devenu si incertain.
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Europe : violence juvénile |
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Les Berlinois ont découvert que la délinquance juvénile en réunion a augmenté dans la capitale allemande de plus de 5% en 2006. Plus grave, le recours à des armes a fait un bond de 31%. De leur côté, les Britanniques savent qu'une bonne partie des terroristes impliqués dans les attentats de Londres sont de jeunes citoyens anglais nés en Grande Bretagne mais issus de l'immigration. Et la récente explosion de violence à la gare du nord à Paris rappelle aux Français les émeutes de 2005.
Les politiques de l'immigration en Allemagne, en Angleterre et en France sont inspirées par des paradigmes différents et conduisent à des actions et à des styles juridiques ou policiers parfois opposés. Ici, on encourage le communautarisme, là l'intégration. Ici, on identifie les ethnies, là on interdit de les inclure dans les statistiques. Ici on pratique le droit du sang et là celui du sol. Mais, dans les trois pays, l'échec est patent.
Il semble, dans ces conditions, qu'il faudrait tout reprendre à la base et concevoir une analyse :
- qui serait plurinationale, européenne : repousser la tentation de chaque pays à ne regarder que son cas ; tirer parti des succès et des échecs de chacun des pays européens confrontés à l'immigration.
- qui tenterait de comprendre les microprocessus interpersonnels, sociétaux et économiques qui conduisent à la révolte et au passage à l'acte,
- qui ne limiterait pas son champ d'investigation aux jeunes issus de l'immigration car, en dehors même des « ghettos », nous sommes peut-être en train de fabriquer une jeunesse en révolte contre le système dominant.
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Où sont les visionnaires-négociateurs ? |
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Nous faisons tous comme si l’échéance présidentielle était capitale pour notre avenir et en même temps nous sommes certains que la politique a de moins en moins de prise sur nos destinées personnelles. Comment expliquer ce paradoxe si l’on veut dépasser les explications faciles de la schizophrénie française ou de l’intoxication médiatique ?
Il me semble que ce qui nous pousse à tant investir dans l’élection présidentielle, c’est notre espoir (jusqu’ici toujours déçu) qu’un(e) président(e) peut inverser le cours des choses et rendre sa force à la politique. Nous avons encore en mémoire les mots forts (hélas sans suites) que Jacques Chirac prononçait au soir de son élection de 2002 « pour que la république vive, pour que la nation se rassemble, pour que la politique change ».
Tous les principaux candidats ont compris ce désir des Français de changer d’ère politique et ne cessent de marteler qu’ils veulent rompre avec les pratiques antérieures. Fort bien, mais ont-ils compris quelle rupture était nécessaire ? Leur volontarisme est-il adapté à la réalité de la société française ? Plus je les écoute et plus je suis inquiet car, sous les discours, la façon d’envisager la politique ne change pas. On entend beaucoup de « je veux » mais bien peu d’explications sur la manière de faire. Alexandre Jardin avait raison l’autre jour d’insister sur l’importance du « comment ». Il a créé le site :
commentonfait
Pour ma part, n’ayant pas peur des oxymores, je souhaiterais un « volontarisme modeste » : volontarisme, car il y a bien nécessité de rompre avec les habitudes de penser et de faire ; modeste, parce qu’il est impossible, même au sommet de l’Etat, d’agir sans s’appuyer sur les « envies d’agir » de toute la société. Le volontarisme modeste consiste à cesser de croire que la société est bloquée et que la mission du politique est de la débloquer ; il part du postulat inverse que la société en réseau dans laquelle nous sommes entrés est tout à fait apte à régler elle-même ses dysfonctionnements à condition qu’elle capte un signal clair et fort qui l’incite à s’y mettre.
En ce sens, le président dont nous avons besoin est un visionnaire-négociateur : il doit avoir une vision claire des enjeux et des ressorts sociaux sur lesquels s’appuyer afin de pouvoir ouvrir les 10 chantiers qui renouvelleront en profondeur notre pacte social.
Qui aura la capacité à entrer en négociation permanente avec la société pour co-élaborer les réformes nécessaires et mettre en place les plans de mobilisation sociétale qui en découleront ?
Il ne suffit pas d’écouter les Français puis de reprendre la main entre professionnels de la politique et de l’administration, l’enjeu est de diffuser du pouvoir de faire, à toutes les échelles, bien au-delà des fameux corps intermédiaires qui sont souvent porteurs de la même culture, celle du « faire pour » là où on a besoin d’un « faire avec ». Nous avons besoin d’un président de l’Empowerment des Français, mais je crains que cette conception du pouvoir ne soit pas encore celle de la génération qui arrive aux affaires. Devrons-nous attendre un quart de siècle supplémentaire ?
Hervé Chaygneaud-Dupuy est Délégué général des : ateliersdelacitoyennete
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Vers quel genre de démocratie allons-nous ? |
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Nous ne sommes déjà plus dans une démocratie d’opinion. Jusqu’aux années 70 en France, une large majorité des gens avaient des opinions politiques relativement tranchées et fixes. Ils avaient tendance à se rattacher ou à s’opposer à des catégories, des collectivités, des camps.
Ils avaient été républicains, orléanistes ou légitimistes. Ils se sentaient appartenir à la classe ouvrière, à la bourgeoisie, ils se sentaient communistes, bon Français, catholiques ou antisémites… Ils étaient de droite ou de gauche ou d’extrême gauche.
Il en va tout autrement aujourd’hui. Les Français interviewés par l’Ami Public lors de son enquête sur la société rêvée sentent la droite et la gauche comme des tempéraments ou des cultures floues, parfois complémentaires, plutôt que comme des camps clairement opposés. Presque tous ceux qui se sentent de droite ou de gauche ont un pied dans l’autre camp. On est à droite mais on n’aime pas les partis de droite. On est à gauche mais on n’aime pas les partis de gauche.
Les électeurs éprouvent de grandes difficultés à se positionner. D’après la dernière vague de l’enquête 3SC de Sociovision Cofremca (juillet 2006, 2200 enquêtés de 15 ans et plus) 15% se classent à gauche, 12% à droite, 26% se situent plutôt au centre et 47% ne se rangent ni à droite, ni à gauche ni au centre.
La dimension droite/gauche est ainsi vécue sur des modes complètement différents par la plupart des gens ordinaires et par la classe politique qui joue une opposition théâtrale entre deux camps irréconciliables. Et les citoyens aiment de moins en moins qu’il y ait des camps plus centrés sur la guerre qu’ils se font que sur la résolution des problèmes.
Ce combat théâtralisé entre les camps politiques paraît d’autant plus artificiel que les actions que mènent les uns et les autres paraissent peu différentes. Du coup, les luttes politiques sont souvent perçues par les citoyens comme des combats d’appareils ou de vedettes sur des sujets qui ne sont plus essentiels. Elles contribuent à priver la politique politicienne de sens et ouvrent grand la porte au jeu des intérêts particuliers, des corporatismes et des lobbies qui contribuent à diluer la notion de bien commun et à accentuer la perte de sens.
En fait, en 2007, la plupart des électeurs ont des impressions, des sensibilités, des mouvements de sympathie ou d’antipathie, des impulsions plutôt que des opinions politiques. Ils ne s’identifient plus de façon durable et forte à une communauté ou à une autre mais sont impliqués dans une variété de socio-systèmes qui coexistent ou s’enchevêtrent avec des dominantes qui varient selon les circonstances. Telle ou telle facette de leurs sensibilités est éveillée à un moment donné qui les incite à agir d’une façon ou d’une autre. Nous avons quitté une démocratie d’opinions pour une démocratie d’impulsions.
Les politiciens ont une intuition plus ou moins vague de cette mutation. Il me semble que leurs actions combinent dans des dosages différents trois postures :
- Une posture ancienne à forts relents idéologiques. Ils cherchent à réveiller les idéologies usées ou les intérêts particuliers. Ici un coup de clairon socialiste ou anti-riches. Là, un roulement de tambour sécuritaire, fiscal ou libéral. Il est probable que la grande majorité des électeurs sont peu sensibles à ces appels à la droite ou à la gauche et n’attachent pas une grande crédibilité à ces promesses...
- Une posture tactique qui cherche à caresser dans le sens du poil la variété des sensibilités fluctuantes d’aujourd’hui. Un dosage de petites inflexions tente de s’y ajuster à la lumière des sondages. La complexité et l’instabilité des sensibilités rend l’opération délicate et hasardeuse.
- La troisième posture est celle de la recherche d’un bien commun consensuel. Ceux qui la pratiquent sont à l’écoute attentive des douleurs et des malheurs, à l’affût précoce des processus pervers qui aboutissent ou pourraient aboutir à des malheurs, des conflits ou des paralysies. Si cette posture se généralisait elle nous entraînerait vers une démocratie soignante, une démocratie thérapeutique. Celle qui, sans doute, permettrait au pouvoir de retrouver une symbiose avec la société des gens.
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La fin d’un monde sans fin(alité) |
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La leçon théologique de Benoît XVI comportait un passage sur l’Islam qui, comme on l’a vu, a suscité de violentes réactions. Du coup, d’autres passages ont été occultés dont la phrase suivante qui aurait pu donner matière à réflexion à tout un chacun (croyant ou pas). Selon le Pape, « une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion au niveau des sous cultures est incapable de s’insérer dans le dialogue des cultures ». Loin d’être ringarde, une telle phrase colle à l’actualité puisque l’on constate, de toutes parts, un renouveau de l’aspiration au religieux.
Ce renouveau a un aspect positif car « l’homme ne vit pas que de pain » mais peut égarer des êtres faibles (cf. foisonnement des sectes) et nourrir le fanatisme de ceux qui instrumentalisent la foi pour justifier leur ressentiment (cf. attentats terroristes).
Dans l’univers confortable des démocraties occidentales, c’est surtout la déstructuration de la société qui crée un sentiment de vide. Chacun se demande où est sa place. Les « chefs » ne se sentent plus le droit de commander. Les « subalternes » ne se sentent plus le devoir d’obéir. D’ailleurs, qui est vraiment chef et qui est subalterne ? Les forces sont anonymes, les règles sont abstraites et les grandes entreprises, soumises à l’imperium de la finance, n’ont pas d’autre choix que de délocaliser tout ce qui peut l’être. Ainsi, finissent-elles par considérer leurs salariés comme de simples variables d’ajustement tandis que ceux-ci, réduits à l’état de mercenaires, cherchent à trouver ailleurs une raison d’espérer.
Le phénomène ne touche pas que les actifs : la vie professionnelle est courte ; les jeunes peinent à y entrer ; les vieux en sortent vite et souffrent de solitude ; très nombreux sont ceux qui aspirent à trouver refuge dans une « communauté ». Ainsi, même dans les pays riches, se profile la menace de replis identitaires débouchant sur des antagonismes. D’où le besoin urgent d’un dialogue des cultures et des religions.
La difficulté est immense car comment pourrait-il y avoir dialogue des religions si chacune reste assise sur ses dogmes et refuse toute contextualisation de ses préceptes ? Certains intellectuels comme Mahmoud Hussein ont beau être musulmans, ils reconnaissent volontiers que, si certains versets du Coran ont une portée générale, d’autres se rapportent à des problèmes propres aux Arabes du VII ème siècle. De même, parmi les multiples interdits alimentaires que comporte la Loi juive, beaucoup semblent relever de soucis d’hygiène dus à l’époque et au climat.
Qu’il soit donc permis à un profane de pousser l’irrespect jusqu’à contextualiser la Genèse. Ce texte, particulièrement sacré dans les religions monothéistes, fait de l’Homme le maître de l’univers. A lui de domestiquer les animaux. A lui de dompter la nature. Cette mission, si mission il y avait, est maintenant accomplie et sa logique apparaît dépassée. Le gaspillage et l’épuisement de certaines ressources telles que l’eau, les combustibles fossiles et la biodiversité sont tels que l’Homme fait figure de prédateur.
Au risque de déplaire à de nombreux adeptes de plusieurs religions mais en espérant qu’ils reconnaîtront ma bonne volonté, j’en arrive à formuler un vœu : le vœu que le dialogue des religions (y compris des quasi religions que sont les philosophies orientales) s’accompagne de l’acceptation d’un devoir commun à tous les Hommes. La survie de l’espèce et la sauvegarde de la Terre sont en jeu. Elles peuvent servir de liens. Avant qu’il soit trop tard.
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Mémoire poubelle |
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« La culture, disait Edouard Herriot, est ce qu’il reste quand on a tout oublié ». Dans cet esprit, la mémoire doit être sélective et l’éducation servir de terrain d’entraînement pour filtrer l’essentiel et éjecter l’accessoire. Or, quelle est la mode aujourd’hui ?
Des jeux comme « Quid », « Trivial pursuit » ou des émissions comme « Qui veut gagner des millions » privilégient la « mémoire attrape tout » au détriment de la « mémoire filtre ». Parallèlement, de plus en plus d’épreuves d’examens se présentent sous forme de « QCM ». Les copies sont faciles à corriger mais les connaissances stériles priment sur les raisonnements féconds.
De même, de plus en plus de musées renoncent à rendre hommage à des œuvres sélectionnées et choisissent de présenter en vrac tout ce qu’ils ont pu rassembler sur tel ou tel sujet, tel ou tel lieu ou même telle ou telle manie. Comment voulez-vous qu’un « Honnête homme » s’y retrouve ? Comment voulez-vous qu’un jeune sache que l’Histoire n’est pas faite uniquement de dates et de noms, qu’il y a de la longue durée, des bifurcations, des occasions manquées, des succès inattendus, bref, matière à réflexion ?
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L’Europe du sport |
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Le golf est un sport moins populaire que le foot mais, pour le bien de l’Europe, la Ryder Cup pourrait servir d’exemple. En Irlande, deux équipes se sont affrontées récemment ; l’une représentait les Etats-Unis, l’autre l’Europe. L’Europe a gagné, elle aurait pu perdre, là n’est pas le sujet. L’important est qu’il y avait une équipe européenne qui incluait des champions de diverses nationalités. Pourquoi pas, pour le foot, une confrontation Europe/Amérique Latine ou Europe/Amérique Latine/Afrique ? De même pour d’autres sports. Un patriotisme sportif européen reste à construire.
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Vous allez voir ce que vous allez voir… |
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Telle était la teneur des propos tenus l’année dernière par E. Leclerc lorsqu’il bataillait pour pouvoir implanter des stations-service d’autoroutes. Il lançait alors des anathèmes contre le « lobby » des pétroliers et promettait, s’il obtenait satisfaction, des baisses de prix spectaculaires. Finalement E. Leclerc parvint à ses fins et put installer des pompes Leclerc sur un certain nombre d’autoroutes.
Le résultat est éloquent. Les stations Leclerc affichent des prix rigoureusement identiques à ceux des stations voisines : Monsieur Leclerc a rejoint ce qu’il appelait le lobby. Quant arrêtera-t-on de prendre les consommateurs pour des gogos ?
La France irait beaucoup mieux si ses « élites » politiques et économiques mettaient leurs actes en ligne avec leurs dires (et inversement). C’est le minimum de l’honnêteté intellectuelle devenue, malheureusement, une vertu passéiste. Le succès de Mme Royal tient pour beaucoup à cette exigence de nos concitoyens.
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On veut un bébé ! |
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Le bébé est tendance. Dans les magazines people, les stars aiment se faire photographier enceintes ou, au moins, afficher un désir d’enfant. Rares sont celles qui se vantent encore d’accumuler les conquêtes. D’aucuns pensent que ce retour de balancier est salutaire. D’autres, comme Elisabeth Badinter, estiment que le regain proclamé de valeurs prétendument féminines traduit une régression.
« Quand je vois, a-t-elle déclaré dans un entretien télévisé, certaines femmes qui ont fait de bonnes études et qui ont un travail intéressant vouloir tout abandonner pour s’adonner à l’éducation de leurs enfants, je suis horrifiée ». Selon elle, il a fallu des décennies pour que les femmes acquièrent leur indépendance financière sans laquelle il n’y a pas d’indépendance tout court.
Mais si de plus en plus de femmes ne veulent plus se « comporter en hommes », il y a aussi de plus en plus d’hommes qui ne veulent plus se « comporter en femmes » et prétendent vouloir lutter contre ce qu’ils considèrent comme un abandon généralisé de toute virilité. Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier, des femmes deviennent présidentes, chancelières ou Premier ministres. Vers quoi nous propulse donc la modernité ? Vers plus d’uniformisation ? Vers davantage de différenciation ? Probablement vers les deux à la fois !
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« Au-delà du périph » |
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Qu’ont retenu les journalistes suisses qui, pendant trois mois, se sont relayés à Bondy pour pratiquer un « reportage par immersion dans les cités afin de comprendre en profondeur le malaise rendu visible par les violences urbaines » ? L’un d’entre eux, Serge Michel, le résume brillamment dans un article paru dans Le Monde daté du 29 avril. Ceux qui l’ont lu ou qui rechercheront sur le site verront à quel point le périph est une frontière. Paris, à cet égard, pâtit d’un urbanisme révolu. Dis-moi où tu habites je te dirai ce que tu penses ! Il n’est pas de politique digne de ce nom qui, n’importe où dans le monde, puisse ignorer que l’urbanisme façonne les mentalités et les comportements.
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Emotions |
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Dans la Cordillère de Vilcabamba, au coeur de l’Amazonie péruvienne, vit encore une peuplade éloignée de toute civilisation. Ce sont de « bons sauvages » comme aurait dit Rousseau. Une Française, depuis vingt ans, est parmi eux. Au départ, quand elle a été acceptée par le groupe, des femmes lui ont offert … quelques poux. Elle les a mis sur sa tête afin que les autres puissent l’épouiller. Symbole de fraternité. Signe de lien social.
Questions : Pour se montrer fraternels, est-il indispensable d’avoir des malheurs en partage ? Doit-on absolument renoncer à tout confort ? Est-on obligé de se fondre dans un groupe et d’abandonner son quant à soi ? Ne peut-on concilier autonomie et lien social ?
Sur un parking au bord d’une route de montagne dans le nord du Japon, sept adolescents ont été retrouvés morts. Ils avaient cherché, via Internet, des compagnons d’infortune et avaient décidé de se suicider ensemble. Tragique moyen d’échapper à la solitude.
Questions : Où trouver de la chaleur humaine ? Comment adhérer à une société privée d’idéal ? Comment aider les autres tout en se faisant plaisir ? Par quel bout commencer ?
Dans une banlieue triste d’Alger, Khaled, un garçon de seize ans, regarde par la fenêtre. Ce n’est pas pour se distraire, c’est pour une rédaction : « Je vois, écrit-il, des ordures partout sur le sol jusqu’au parc public situé près de la place ». Lui et ses condisciples (une quinzaine) laissent, sous de multiples formes, percer leur amertume. Ils rêvent d’un ailleurs en France, en Espagne, en Europe. Ils regrettent de ne pas être nés loin de chez eux.
Questions : Ces jeunes musulmans ont-ils tort de ne pas être « islamistes » ? Ont-ils tort de croire qu’en Europe le futur a encore de l’avenir ? Avons-nous raison de craindre au lieu d’espérer ? Sommes-nous incapables de tirer parti de nos points forts pour corriger nos manques ? Ne peut-on essayer de construire une société harmonieuse ? Devons-nous renoncer à l’ambition de donner consistance à nos rêves ?
Post Scriptum :
Comment sauter une case au jeu de l’oie de la modernité ? Voilà une question que les Vigilants pourraient se poser à propos de la révolte anti-CPE. Vue à l’aulne d’une certaine modernité, cette révolte apparaît rétrograde : ses portes parole appellent précarité ce que la plupart des théoriciens de l’économie de marché nomment flexibilité. Les protestataires véhiculent, cependant, un message novateur : ils aspirent à une société plus humaine où les salariés ne soient pas de simples variables d’ajustement. Tout le problème consiste à savoir si la France, endettée et économiquement en retard par rapport à ses voisins, peut faire l’économie d’un rattrapage. Sans doute faut-il chercher la réponse dans le contenu souhaitable d’une croissance retrouvée. L’assainissement des finances publiques et des comptes sociaux est un passage obligé mais pas un but. Un « Comment » n’a de sens que s’il est mis au service d’un « pourquoi ». Ce « pourquoi » doit servir de boussole. La croissance nécessaire doit donc avoir un contenu innovant.
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L’éveil des talents |
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La France est un pays d’immigration. Elle a aussi, longtemps, été un pays d’intégration. Certes, la dernière vague d’immigration – issue en majorité du Maghreb et d’Afrique noire – semble, aujourd’hui, poser problème. Noirs et arabes ou berbères seraient, selon certains, trop différents - par la religion, l’islam, comme par la culture - pour pouvoir s’intégrer.
Des réserves comparables s’exprimaient auparavant vis-à-vis des immigrés italiens ou polonais, pourtant catholiques, européens et blancs. Des pogroms ont eu même lieu. Comme celui, autour de 1930, aux Saintes Marie de la Mer où périrent des italiens. Pourtant la machine à intégrer a bien fonctionné et nul ne s’avise plus de parler de Français d’origine italienne ou polonaise.
Un jour viendra où il en sera de même pour ceux qu’on appelle, aujourd’hui encore, des enfants d’immigrés alors même que, nés en France, ils sont Français. Pour cela, il faut rétablir, d’un même mouvement, quelques vérités sur l’immigration et relancer la machine à intégrer.
L’immigration est inéluctable. Pour deux raisons. La première tient au fait que la France, comme la plupart des pays européens, vieillit. Et qui dit vieillissement, dit perte de dynamisme économique, de compétitivité, de croissance et, in fine, de richesse. La seconde est liée à la misère qui sévit au sud, notamment en Afrique. On pourra ériger les murs les plus hauts, tout comme les barbelés les plus terrifiants. Ils ne pourront empêcher les gens en quête d’un avenir meilleur de les braver. Les pays du Nord, s’ils veulent éviter des migrations massives et incontrôlées, seront tenus d’agir à la source. Ils doivent aussi mener des actions énergiques d’intégration des populations installées sur leur sol.
L’intégration est le résultat de deux volontés : celle de s’intégrer mais celle aussi d’intégrer. Si la première incombe aux personnes, la seconde doit venir de la société toute entière. Or, La France est le pays où les problèmes liés aux discriminations ont, longtemps, été occultés.
Dans le monde des entreprises – j’ai été moi-même industriel pendant 25 ans -, chefs d’entreprises, syndicalistes, DRH..., ont longtemps ignoré la question des discriminations et, plus largement, celle de la nécessaire diversité culturelle. Le monde politique n’était pas en reste. Succédant à Simone Weil à la tête du Haut Conseil à l’Intégration, en 1998, elle eut ces paroles de bienvenue à mon égard : « je n’ai jamais pu intéresser un gouvernement de droite à ces questions. Alors bonne chance ! ». Ce désintérêt n’était pas, hélas, l’apanage de la droite puisque je n’ai pas, non plus, pu y intéresser un gouvernement de gauche. Ministres, parlementaires, élus locaux, de quelque bord qu’ils soient, sont restés, jusqu’à récemment, imperméables à cette question. Il n’y a qu’à voir l’Assemblée nationale où la seule couleur qui vaille semble être le blanc. Blanc et mâle de préférence. La France se classe ainsi, en matière de discrimination et de diversité cultuelle, parmi les plus mauvais élèves en Europe. Cette forme de déni collectif commence toutefois à se fissurer.
Les clefs d’une intégration réussie – logement, école, emploi – font l’objet d’un large consensus. Maintenant il faut agir. Car la lutte contre les discriminations - les émeutes de novembre 2005 sont encore dans tous les esprits – est devenu un enjeu majeur de cohésion sociale. Et, au-delà de la morale, c’est surtout un extraordinaire gaspillage de talents. Car il vaut mieux avoir, dans vingt ans, une France jeune, fut-elle métissée, qu’un asile de vieillards tous blancs.
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Réduction des gaspillages d’énergie |
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En Angleterre, en Californie, en Suède, et sans doute aussi ailleurs, des groupes de maisons ou d’immeubles ont été construits avec des matériaux qui permettent de diminuer une partie des gaspillages d’énergie. De plus, l’énergie consommée par ces « environnementalistes pratiquants » est produite par des panneaux solaires ou par des mini éoliennes. Avec quelques années de recul, le résultat semble prometteur : au prix actuel du kilowatt/h, les surcoûts de construction s’amortissent en quelques années.
Cela tend à montrer que le système de production centralisé peut être concurrencé même si aujourd’hui le prix de l’électricité produite à partir de sources renouvelables (éolien, solaire, courants maritimes, etc.) est encore généralement supérieur à celui des centrales thermiques ou nucléaires. La technologie avance et la production décentralisée devrait bientôt permettre à des producteurs locaux de former des réseaux de « coopératives énergétiques » capables de dépasser le cadre de l’autoproduction.
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Vigilances |
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La France peut-elle combler son retard économique tout en oeuvrant pour une société plus humaine où les salariés ne soient pas de simples variables d’ajustement ? Voilà une des questions posées dans le N°42 de Vigilances (la lettre mensuelle du Club des Vigilants, page 1) à propos de la révolte anti-CPE dont certains aspects apparaissent rétrogrades et certains autres visionnaires.
Marc Ullmann esquisse un premier élément de réponse et demande à tous les « Vigilants » de contribuer par leurs réflexions au contenu du Blog et des prochaines Vigilances.
Roger Fauroux, pour sa part, met l’accent sur les difficultés de l’intégration. Il rappelle que lorsque, en 1998, il a succédé à Simone Veil à la tête du Haut Conseil de L’Intégration, celle-ci lui dit en guise de bienvenue : « Je n’ai jamais pu intéresser un gouvernement de droite à ces questions. Alors bonne chance ! » ; et il ajoute : « Je n’ai pas pu, non plus, y intéresser un gouvernement de gauche ». Fauroux n’est pas, pour autant, désabusé et, partant de la prise de conscience actuelle, détaille nombre de mesures concernant le logement, l’école et l’emploi qui, selon lui, pourraient soigner le « cancer » des discriminations (pages 6 à 9).
Dans ce même numéro, Jean-Claude Leny, ancien PDG de Framatome, explique pourquoi, en matière de transfert de technologie, Areva ne peut pas, en Chine, jouer sur le même registre que Westinghouse. Son EPR est un modèle ultra moderne de 1.600 MWe alors que le modèle AP1000 de Westinghouse n’est que l’extrapolation d’un ancien prototype qui n’a jamais trouvé acquéreur (page 3).
Bernard Esambert, président du Club des Vigilants, s’attaque aux problèmes monétaires et souhaite que la « relative, et très probablement précaire, stabilité de la parité euro/dollar » soit mise à profit pour stabiliser le système international. Il propose l’établissement de « marges de fluctuation entre lesquelles les principales monnaies devraient évoluer, marges qui se réduiraient grâce aux convergences des grandes économies sous-jacentes » (page 2). Enfin, comme d’habitude, Vigilances s’efforce, dans une douzaine d’« Alertes », de traiter l’actualité avec le souci d’apprivoiser l’avenir.
Sommaire
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Pour un service civil court mais efficace |
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Un service civil obligatoire de six mois est une utopie pure. Aucun gouvernement, mis au pied du mur, ne pourrait l’organiser. Faut-il, pour autant, considérer que la situation actuelle est satisfaisante, tant sur le plan de la défense militaire que sur celui de la défense civile ? Je ne le crois pas. Pas du tout.
Quels sont les besoins opérationnels non satisfaits ? Quelles sont nos insuffisances les plus criantes pour nous adapter aux « circonstances », comme disait le général de Gaulle ? En ces temps de menaces terroristes, le manque le plus grave est l’absence de « réserve de la République ». Sans service militaire, sans instruction militaire, il n’y a pas de « Réserves » dignes de ce nom et pas de défense du territoire français.
Supposons un attentat contre un dépôt de produits chimiques mortels ou un barrage. Après un tel cataclysme, le gouvernement voudra garder tous les endroits dangereux. Mais qui mobiliser pour ces gardes statiques ? Les policiers, les gendarmes, l’armée d’active n’auraient pas les effectifs nécessaires.
A mon avis, la solution peut se trouver par la mise en place d’une instruction obligatoire de défense militaire et civile de quelques semaines. Le but serait de donner la capacité, non de guerroyer Outre-mer, mais de garder des dépôts de munitions, des avions …
Dans le système que je préconise, l’instruction dispensée serait raccourcie par la suppression de l’apprentissage aux défilés. L’ordre serré n’a plus de justification depuis la fin des charges de cavalerie ! En revanche, l’instruction militaire serait complétée par une initiation à la Défense civile : secourisme, gestes qui sauvent, réactions en cas d’alerte chimique ou nucléaire (bombe sale)...
Après ces classes, les Français seraient capables d’être mobilisés pour former, à la demande, une sorte de Garde nationale à la disposition du gouvernement. L’instruction dispensée à vingt ans serait entretenue par des « périodes » de quelques jours, par exemple tous les cinq ans.
Certes, une telle instruction demeurerait obligatoire et ne serait sans doute pas prisée par tous les jeunes Français. Certes, il faudrait recréer sinon des casernes, du moins des centres d’entraînement aérés. Certes, il faudrait trouver des instructeurs militaires et civils (pompiers, secouristes…). Rien ne serait facile. Mais un « service » voisin d’un mois serait quand même beaucoup moins lourd à organiser que le service antérieur ou même que le service civique de six mois proposé par certains. Il aurait, en outre, l’avantage de rendre réellement service au pays tout en donnant à tous les jeunes Français la possibilité de sortir de leur milieu et de s’ouvrir vers d’autres lieux, d’autres classes sociales.
Pour lancer la machine, pour ne pas heurter trop vite les habitudes acquises, d’aucuns pensent qu’il vaudrait mieux commencer par une simple instruction volontaire ? Ce serait sûrement mieux que rien. Mais ce serait dommage, car il n’y aurait plus de mixité sociale.
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L'intégration en question |
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La France est, selon Roger Fauroux, ancien ministre de l’industrie, ancien Président du Haut du Haut Conseil à l’Intégration et Président d’honneur de Saint-Gobain, le plus mauvais élève en Europe en matière d’intégration. Comment y remédier ? Pour assurer une meilleure intégration et tirer profit de tous les talents, la France devrait, selon Roger Fauroux, lors de son intervention au Club des Vigilants, mercredi 15 mars, mener une action volontariste sur plusieurs fronts : le logement, l’éducation et surtout l’emploi.
Il appelle surtout à cesser d’« idéologiser » le problème et plaide pour des solutions pragmatiques. L’ancien Président du Haut Conseil à l’Intégration met ainsi en garde contre la tentation, bien française, de vouloir légiférer sur tout et ouvre ainsi un certain nombre de pistes :
1. Doublement ou triplement du nombre de bourses aux étudiants d’origine modeste.
2. Evaluer l’impact du CV anonyme dont l’obligation peut avoir un effet repoussoir sur certains patrons, notamment de PME.
3. Introduire des procédures permettant de provoquer le contact qui est le meilleur moyen de faire tomber les préjugés liés à un nom « exotique ». Des expériences de « médiation » menées en partenariat entre des agences d’ANPE ou des établissements professionnels et des entreprises paraissent, à cet égard, concluantes. Elles devraient être généralisées.
4. Pouvoir récolter, sur la base du volontariat, des données sur l’origine afin de cartographier la composition ethnique des salariés d’une entreprise par exemple. Ceci permettrait de mesurer un indicateur de diversité mais aussi d’évolution des carrières des différents salariés.
5. La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) devrait, par ailleurs, avoir les moyens de mener une vraie politique d’investigation et de sanction...
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L’Europe des gens |
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Quelle tristesse ! L’Europe est de plus en plus perçue comme un champ de bataille entre égoïsmes nationaux. L’arbre des mesquines querelles sur les taux de TVA cache la forêt des politiques communes. Celles-ci, de surcroît, sont moins jugées sur leur contenu positif que sur leur présentation technocratique. Exemple : quiconque a, entre les mains, des euros en billets ne peut qu’être furieux à la vue des dessins impersonnels qui y figurent. Comme si Breughel, Cervantes, Dante, Einstein, Erasme, Goethe, Hugo, Pasteur, Shakespeare, etc., n’avaient pas existé.
Comme s’il avait était impossible de consulter les citoyens d’Europe dans une ambiance ludique. Autre exemple : comment se fait-il qu’il n’existe aucune décoration européenne pour honorer des citoyens ayant accompli quelque chose de concret sur une base transnationale ? Si une telle médaille existait, peut-être une chaîne de télé aurait-elle l’idée de présenter un bulletin météo à l’échelle de l’Europe, un bulletin où les nuages ne s’arrêteraient pas aux frontières !
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La France est malade de sa gouvernance |
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Le débat sur la France malade de son économie est enfin sur la place publique. Malgré les efforts de la classe politique et du gouvernement pour l’étouffer et pour atténuer la gravité des diagnostics que portent les rapports les plus pertinents (Camdessus, Pébereau). Le dernier livre de Christian Blanc, « La croissance ou le chaos » ouvre quelques judicieuses pistes d’espoir. Mais la France n’est pas seulement malade de son économie : la société française est à la fois saine et malade et ses maladies sont si sérieuses qu’elles entravent son développement économique.
Les observations accumulées année après année depuis 1974 par l’Observatoire permanent de la socio-culture française de Sociovision Cofremca (3SC) et les résultats d’une recherche ethno-sociologique de terrain (sur la Société Rêvée) conduite en 2005 par L’Ami Public concourent au même diagnostic.
En France, en une cinquantaine d’années, la société des gens s’est radicalement transformée. Elle fait aujourd’hui partie du peloton qui défriche la modernité. Les individus-dans-la-masse, relativement manipulables des années 50 ou 60 sont devenus des personnes à part entière, autonomes et capables de piloter leur vie de façon avisée et de se fabriquer au moins une partie des bonheurs affectifs et du sens dont ils ont besoin. Chez eux, l’émotion a pris la place de l’idéologie. Une société pyramidale est devenue de plain-pied, une société massive et encasernée est devenue variée, flexible et permissive, une société combative est devenue pacifique, une société mécanique est devenue vivante ou biologique. Malgré une énorme perte d’efficacité du commandement d’en haut, elle s’auto organise et se régule spontanément de façon assez harmonieuse. Elle est saine, tonique, inventive et pleine de vitalité. Comme tout organisme vivant, elle a ses douleurs et ses maladies, mais elle tend à être autocorrective : confrontés à ses pathologies, les Français organisent spontanément, d’en bas, des systèmes immunitaires et réparateurs et renforcent ses orientations vers le bonheur et le sens, la protection des personnes, un certain humanisme, la paix.
Mais, la France est malade de sa gouvernance. Sa classe politique et ses gouvernements sont restés imprégnés d’une conception de l’Etat souverain, autoritaire et tutélaire qui s’était épanouie dans le monde avant et juste après la deuxième guerre mondiale et prolongent de façon caricaturale un affrontement idéologique Droite/Gauche qui était vivant au milieu du siècle précédent. Ils sont englués dans des postures et des systèmes d’interaction d’une autre époque en complète allergie avec ce que sont devenus les gens et la société des gens. Ils ont perdu le contact avec ceux-ci au point que le pays n’est plus capable de prendre les bifurcations ni de s’appliquer les traitements qui, dans un monde en mutation, restaureraient sa vitalité et soigneraient ses pathologies les plus graves. Le divorce entre la société des gens et la classe politique atteint un niveau dangereux qui nous place dans une situation pré-chaotique.
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Technologie de la relation |
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Les parents ont du mal à comprendre pourquoi leurs enfants passent un temps fou à « chatter sur MSN » avec leurs copains. Certains jeunes (à partir de 10 ans) peuvent passer jusqu’à cinq heures par jour (ou par nuit) à envoyer et recevoir des messages, textes, photos, vidéos, MP3, etc. Ces jeunes, une fois devenus adultes, changeront peut-être de préoccupations mais ne perdront certainement pas l’habitude de fonctionner en « tribu-réseau ». On passe ainsi de la Technologie de l’Information et de la Communication à ce que Joël de Rosnay appelle la « Technologie de la Relation ».
Les conséquences, tant sur les modes de consommation que sur le fonctionnement des institutions politiques seront immenses. Pourquoi militer dans un grand parti si l’on peut se tailler un groupe sur mesure ? Pourquoi accepter les oukases venues d’en haut si l’on peut s’impliquer directement dans la définition et dans la mise en œuvre des objectifs souhaités ? La démocratie de masse ne fonctionne plus, la démocratie participative ne fonctionne pas encore, les enfants d’aujourd’hui l’inventeront. Pour cela, cependant, ils devront faire quelques progrès. Pour l’instant, leur réseau est plus « conversationnel » que vraiment « relationnel ». S’ils veulent passer du stade « café du commerce » à un stade susceptible de préfigurer une action, il faudra qu’émerge au cas par cas un élément structurant. Et si la « tribu-réseau » devient grande, il faudra aussi qu’un certain nombre de règles soient adoptées. Tout cela, sans doute, se fera. Spontanément.
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Le permis à points : une mesure de sécurité démocratique ? |
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Parmi ceux qui sont autorisés à voter au sein des démocraties historiques, il est un fait avéré et étonnant : le nombre de citoyens qui s'expriment réellement par le vote est, depuis plusieurs années, sur un trend baissier inquiétant.
Nous, les champions de la démocratie, dont les ancêtres se sont battus, souvent au prix de leur vie, pour que tout citoyen adulte puisse voter sans contraintes, semblons bien mal placés pour démontrer par la douce contagion de l'exemple combien nous sommes attachés à cette manière moderne de vivre ensemble de manière apaisée et d'orientier notre destinée collective.
A une époque où les dictatures "de droite" comme "de gauche" ne semblent pas sur une voie d'extinction, il peut paraître étonnant que nombre de nos concitoyens se laissent aller ainsi dans la douce torpeur de l'indifférence.
Il ne faut pas oublier que voter c'est ce qui distinguait dans les premières républiques, comme celles d'Athènes ou de Rome, ceux qui avaient le recherché statut de "citoyen libre" et non celui de la masse du peuple souvent considéré comme des esclaves bêlants.
Pourquoi nos concitoyens dit "modernes" ont-ils perdu ainsi l'un des traits principaux de leur identité ?
Certes les représentants élus peuvent les décevoir mais on peut se dire... qu'ils ont été élus et que, jusqu'à présent, ils ne se sont pas autoproclamés par la force des baïonnettes.
Alors pourquoi, dans un esprit de changement avec certaines habitudes ambiantes, ne penserions-nous pas à instituer un document de citoyenneté dont l'usage serait associé à l'exercice du droit de vote ?
Certes, certains objecteront immédiatement que l'abstention est une forme de vote. On ne peut qu'être d'accord, mais alors pourquoi ne pas le faire clairement et officiellement en demandant à ce que chaque élection propose systématiquement un bulletin de vote libellé dans l'esprit suivant : " Selon moi, aucun des candidats en présence ne mérite mon vote ni le droit de me représenter."
De cette manière, chaque citoyen, même en posture d'abstention, aura de fait voté et cela serait plus clair et bien plus responsabilisant pour tous. On pourra alors considérer que son droit citoyen, son "permis de voter" en quelque sorte, qui lui avait été donné automatiquement et sans discrimination aucune à l'âge légal, est ainsi toujours valide.
Sans reprendre des pratiques trop coercitives qui existent dans certains pays démocratiques, telles que l'obligation légale de voter, on pourrait simplement, par réalisme, tenir compte du comportement de vote du citoyen sur un certain temps et, en cas de légèreté démocratique débiter de quelques points son permis correspondant jusqu'à ce que, éventuellement, ce permis soit momentanément remis en cause et donc inutilisable sans un acte volontaire nouveau du citoyen.
Ledit citoyen égaré pourrait, dans ce cas, sur simple demande de sa part auprès d'un service de la Répubique, récupérer librement son permis de voter et revenir ainsi dans la communauté désirée des citoyens libres.
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Joyeux et vigilant Noël |
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" Personne ne peut prédire l'avenir mais tout le monde peut scruter l'horizon." Marc Ullmann, Raison d'être du Club des vigilants. " Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'? ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta. " Evangile selon Saint-Matthieu, II:9
En cette période de Noël, on pourrait être tenté de voir en les trois rois mages des vigilants dignes de notre Club ! Pensez donc : les seuls ? voir une étoile et suffisamment sages - ou fous - pour la suivre.
Pourtant, contrairement ? ce que rapporte la tradition, rien ne prouve qu'ils furent rois et encore moins trois. La confusion provient du fait que les trois cadeaux apportés par les mages (or, encens et myrrhe) étaient d'une valeur considérable que seuls des rois pouvaient offrir.
De même, il faudra attendre le sixième siècle avec l'Évangile arménien de l'Enfance pour que les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar apparaissent. Comme quoi, même pour la tradition la plus établie, restons Vigilants!
Joyeux et vigilant Noël ? tous.
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Les hommes politiques passent, les juges restent |
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Faut-il vraiment s’inquiéter de la prise en main du système judiciaire américain par des conservateurs idéologues ? L’enjeu est d’une extrême importance puisque la jurisprudence tient, aux Etats-Unis, souvent lieu de législation. En matière d’éducation, de sciences, de mœurs et autres domaines où l’évolution de l’éthique joue un rôle particulier, les juges américains rendent des arrêts alors que les ministres français déposent des projets de lois. Les présidents américains essayent donc de peupler la Cour Suprême et les cours d’appel de juges qui partagent leurs idées.
Bush ne s’en prive pas et la haute magistrature est actuellement composée d’hommes et de femmes qui, en majorité, sont d’opinion conservatrice. C’est alarmant mais on peut espérer qu’il n’y ait pas de quoi s’affoler. Pour au moins trois raisons. Tout d’abord, même si les présidents choisissent des gens de leur bord, ils veillent, ne serait-ce que pour des raisons électorales, ? ne pas prendre trop d’extrémistes. De plus, les juges étant nommés ? vie, ils peuvent (sans jeu de mot) changer d’avis en toute indépendance. Enfin et surtout, l’émotivité publique et suffisamment changeante aux Etats-Unis pour qu’aucun conflit ne puisse aboutir ? une division tranchée du pays en deux blocs durablement opposés et cohérents. Quiconque se rend régulièrement Outre Atlantique rencontre toujours des Américains déchirés. Mais, comme ? chaque fois il s’agit d’un sujet différent, il est permis de ne pas croire ? une prochaine apocalypse.
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Le jeu de rôle citoyen |
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Marc Ullmann, dans son post « pour un brassage d’adolescents », appelait récemment de ses vœux « une sorte de récréation instructive et dynamique » dans un but de socialisation des jeunes. Je propose ici quelques pistes en matière d’objectifs, de forme et de contenu.
Rapide définition du jeu de rôle
Un jeu de rôle (JdR) est un loisir pratiqué en commun par plusieurs personnes. Il simule la vie souvent aventureuse de personnages fictifs par l’improvisation verbale. Il constitue une version mature des jeux d’enfant « pour faire semblant ».
La spécificité du JdR par rapport ? tout autre jeu est son absence totale d’enjeu. Aucun participant n’est gagnant ou perdant en fin de partie. Le but de chacun est de partager avec les autres une histoire divertissante, stimulante, émouvante et non de prouver sa supériorité.
Contrairement ? des légendes tenaces, un JdR n’est pas un jeu informatique, les joueurs ne se déguisent pas et la thématique n’est pas nécessairement fantastique, même si beaucoup de jeux profitent de leur caractère purement imaginaire pour proposer des situations très différentes de la réalité.
Apports du jeu de rôle
Le JdR encourage certaines qualités et compétences : mémoire, concentration, capacité de déduction, prise de parole en public, lecture, calcul mental, histoire et sciences (par intérêt pour l'univers du jeu), langues étrangères… Enfin, il démontre par l'exemple que toute action commise entraîne des conséquences, qu’un groupe structuré est plus efficace que chacun de ses membres, que l'ingéniosité permet de trouver une issue ? toute situation et que la réalité obéit ? des règles strictes.
Enfin, les joueurs sont souvent tentés (c’est un loisir qui repose sur la créativité) de produire leur propre matériel : scénarios, extensions ou même jeux complets. Ceci développe les talents littéraires ou graphiques des joueurs, ainsi que leur capacité ? gérer un projet et la rigueur nécessaire ? la réalisation d’un produit de qualité. La pratique du JdR peut ainsi conduire ? s’investir dans une association ou chez un éditeur professionnel, avec les responsabilités hiérarchiques et budgétaires qui vont avec.
Le JdR est ainsi une incitation particulièrement agréable et accessible au développement personnel. Il semble donc légitime de l’utiliser auprès de populations qui ont besoin d'une activité conviviale, stimulante, structurée mais non compétitive. On rend ainsi service aux intéressés tout en démontrant la valeur du JdR pour la société.
Rôle social du jeu de rôle
Des JdR au système léger sont déj? couramment utilisés comme divertissement intelligent pour de jeunes enfants dans un contexte parascolaire. Mais il existe en outre diverses populations limitées dans leurs mouvements, vivant en environnement collectif et disposant de peu d’occasions de tromper leur ennui : détenus, personnes en longue hospitalisation ou en maison de retraite... Bien souvent, hormis les visites des proches, le seul loisir est la télévision, surtout si l'illettrisme ou une défaillance visuelle interdisent la lecture.
Or, le JdR est facile ? mettre en œuvre : il ne nécessite ni activité physique, ni matériel mais seulement du temps, de l'imagination et la faculté de s'exprimer. De plus, il permet de remédier au côté désocialisant de telles situations puisqu'il requiert le dialogue avec les autres joueurs et met en jeu une dynamique de groupe qui ne repose sur aucune compétition.
Rappelons toutefois qu'il ne s'agit pas d'une thérapie ? utiliser auprès de populations psychotiques ou sociopathes (qui de toutes façons ne s’y intéresseraient guère).
Quelques applications concrètes
Le collectif Imaginez.net, dont je fais partie, a ainsi noué un partenariat avec l’Espace Plein Ciel de l’hôpital Necker – Enfants Malades. Le mercredi après-midi, entre deux séances de soins, les jeunes patients y trouvent diverses activités ludiques ou culturelles (lecture, musique, vidéo, jeux, sports…) et, désormais, des parties de JdR, sur des produits spécialement conçus par nos soins et diffusés bénévolement : pour enfants de 8 ans, pour personnes ne sachant ni lire ni compter, pour personnes ne pouvant passer plus de 20 minutes dans cet espace.
Nous avons également participé ? plusieurs après-midi dans des ludothèques d’Ile de France, auprès de jeunes enfants pour la plupart issus de l’immigration et plus habitués ? la gratification immédiate et confrontationnelle des jeux vidéo qu’? des valeurs traditionnelles comme le dialogue et la coopération, qui sont au cœur du JdR.
On peut également noter ce mémoire du Centre National de Formation ? l’Enfance Inadaptée, qui porte sur les handicapés moteurs.
Ce type d’initiative semble pouvoir se décliner aisément sur des populations en situation de risque social, prédélinquantes, incarcérées ou en réinsertion. Il subsiste toutefois une population ? ce jour exclue de fait du dispositif.
Application aux aveugles et malvoyants
Tous les JdR actuels font appel ? la vue : iconographie colorée, descriptions visuelles, accessoires ? regarder... Pourtant, la pratique en est essentiellement verbale : description de situations par le meneur et d'activités par les autres joueurs. Or, un dessin ne reflète que l’imaginaire de son auteur, reléguant le spectateur dans un rôle passif, alors qu’une description exige que l’auditeur la réfère ? ses propres expériences : le JdR promeut ainsi chaque participant ? un rôle actif.
En somme, on peut très bien jouer au JdR sans le sens de la vue. Il va donc de soi de proposer ce loisir ? des mal- ou non-voyants qui en sont aujourd’hui exclus, ? condition de formuler des descriptions qui ne recourent pas ? des images visuelles et de mettre au point un système aléatoire qui ne repose pas sur la vue. Non seulement toutes les populations auront alors accès au JdR, mais il pourra sortir de son rôle actuel de passe-temps futile pour gagner enfin la reconnaissance qu’il mérite en tant qu’outil de développement personnel, au bénéfice du plus grand nombre.
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Matériel humain |
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Pourquoi Hu Jintao serait-il plus soucieux de la vie des Chinois d’aujourd’hui que Napoléon l’a été de celle des Français il y a 200 ans ? L’Empereur, dont on célèbre volontiers les victoires, n’a pas été avare du sang des conscrits. Il avait bonne conscience : la France était le pays le plus peuplé d’Europe, elle avait un « surplus » de matériel humain ! Idem pour la Chine actuelle. Elle est en train d’accomplir en 50 ans ce que les Occidentaux ont mis deux siècles ? fourbir. Les dirigeants, cuisiniers de cette gigantesque omelette, ne s’intéressent vraiment qu’? la partie « utile » de la population, celle qui forge l’avenir. Même s’ils prétendent le contraire, ils n’éprouvent guère de compassion pour les millions ou les dizaines de millions d’œufs cassés. Sur 1,3 milliards de Chinois, il reste encore beaucoup de « matériel humain ». Mieux vaut le savoir que se nourrir d’illusion.
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L’auto-régulation : un impératif pour la société |
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Une société qui ne sait plus s'auto-réguler est sujette ? catastrophes. Dans la note de synthèse de la recherche de terrain de L'Ami Public sur la "société rêvée" (juillet 2005), disponible dans la rubrique « A retenir », il était écrit dans le constat 6 : "Il y a si peu de feed-backs entre la société des gens et celle de la politique professionnelle qu'elles ne se régulent pas mutuellement... Le décalage béant entre les gens et la scène politique officielle et médiatique induit une situation préchaotique, c'est-? -dire une situation désordonnée et instable qui peut prendre soudainement et catastrophiquement des formes inattendues."
Les émeutes de banlieue viennent de nous en apporter un bel exemple. Elles ont pris une forme assez nouvelle et typique de la société moderne en réseaux. Ce n'est pas une organisation centrale ou un leader qui déclenche ou orchestre une révolte. Il s'agit d'une forme beaucoup plus moderne, une auto-organisation spontanée qui, comme en Irak, se développe en résille. La réaction en chaîne est bien visible. Les téléphones mobiles facilitent la communication entre les participants et les télévisons organisent (sans le vouloir) l'émulation entre les bandes de jeunes territorialisées. Les processus pathologiques de rejet qui, ? moins qu'on les contrecarre, se développent spontanément dans une société en réseaux peuvent dépasser des seuils au del? desquels des explosions deviennent possibles.
En bons vigilants ne devrions-nous pas réfléchir aux autres processus de rejet, aux autres accumulations de frustrations qui pourraient déboucher sur d'autres explosions qui pourraient prendre d'autres dimensions ?
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Si les CRS avaient une autre tête... |
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Les incendies étant provisoirement éteints, ne laissons pas le débat retomber...
Je lisais, hier, dans la presse que le Président de la République était intéressé par la suggestion faite par Claude Bébéar et l'Institut Montaigne, ? savoir le CV anonyme. Bonne nouvelle !
Je pense en effet pour ma part qu'il est important que la première sélection de candidats ? un emploi se fasse de manière objective, sans être faussée par des considérations d'origine, de race ou de religion telles qu'elles peuvent être induites d'une identité ou, j'ajouterais, d'une adresse...
Ensuite, le processus suivra son cours, mais ? moins d'être un raciste/xénophobe patenté, il est plus difficile d'écarter le bon candidat lorsqu'on l'a effectivement rencontré en tant qu'individu.
Je pense en effet que nous avons une chance réelle de commencer ? traiter sur le long terme le problème que nous avons ignoré collectivement pendant des décennies.
Première étape, quantifions et de ce point de vue, refuser au nom des sombres jours de Vichy, de recenser de manière suffisamment précise, mais non discriminatoire l'origine des salariés d'une entreprise me paraît être une erreur.
Ainsi lorsque je me définis aux Etats Unis comme "white male caucasian" ou "African- American female" ? des fins statistiques, je couche sur le papier un fait d'evidence que mon apparence confirme chaque jour et en rien ne rétablis un signe d'opprobre tel que la sinistre étoile jaune.
En outre, le pays qui a institué la parité hommes/femmes sur les listes de candidats aux élections devrait accepter sans problème des mesures dites de discrimination positive destinées a équilibrer les emplois de manière qu'ils reflètent plus ou moins l'image d'une société devenue diverse et non plus culturellement et religieusement homogène.
Alors, gageons que sur le long terme les comportements seront susceptibles de changer, et viendra peut être un temps où les contrôles d'identité répétés sur certaines catégories de personnes seront faits par des représentants de la loi présentant les mêmes caractéristiques physiques.
L'expérience montre que la tension baissa dans certains quartiers chauds aux Etats Unis lorsque des policiers de couleur remplacèrent des Irlandais ou Italiens.. Pour remédier ? un problème, qui peut contester qu'il faut d'abord le quantifier ?
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Du virtuel pour un développement bien réel |
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Dans les couches pauvres des pays du tiers-monde, comme dans les populations du quart-monde des pays développés, le modèle économique imposé ? l’individu est de type médiéval. En effet, faute d’authentification légitime et donc de crédit (au sens étymologique), les individus concernés sont exclus du système bancaire : aucun tiers de confiance ne certifie leur solvabilité et celle de leurs interlocuteurs. Toute transaction financière les impliquant est donc nécessairement limitée au liquide, voire au troc. Or, la globalisation foudroyante des moyens de communication a généré ? l’échelle de la planète une conscience, une audience, des attentes et des besoins nouveaux, ce qui exacerbe le sentiment de frustration, voire d’humiliation délibérée de la part du système occidental et de ceux qui en bénéficient.
De plus, tout revenu excédant la couverture des besoins de survie immédiate se heurte au problème du stockage : sans possibilité d’épargne fiduciaire, on en est réduit, littéralement, ? enterrer sa cassette, dans la crainte, bien réelle dans ces contextes, des pillards. Au risque de vol, s'en ajoutent d'autres : chute de la valeur du peu que l'on accumulé, suite ? une décision politique de dévaluation, risque de destruction sous l'effet d'une catastrophe naturelle, incapacité ? donner la preuve légale de la propriété de cet argent... Aucun investissement, aucune capacité ? encaisser un coup du sort ou protéger ses proches, aucune transmission du patrimoine ne sont, dans ces conditions, sérieusement envisageables. La tentation est alors forte de se placer sous l’égide d’un suzerain féodal, notamment idéologique ou religieux, qui, lui, garantit ? l’individu et aux siens cette authentification (en sus du prestige, de divers avantages matériels et du bien-être psychologique), leur donnant sécurité, sérénité et légitimité. C’est l’un des mécanismes mis en jeu historiquement dans les phénomènes d’organisation mafieuse chez les immigrants aux Etats-Unis de l’entre-deux guerres, dans les mouvements révolutionnaires communistes ou islamiques et, plus récemment, dans l’hyper-terrorisme suicidaire.
Le volet économique du clivage riches/ pauvres repose donc en partie sur une inégalité structurelle vis-? -vis de la sécurité des transactions. Caricaturalement, le « pauvre » est réputé insolvable a priori, ce qui le met ? l’écart des mécanismes de crédit de nature, justement, ? pérenniser sa solvabilité, ne serait-ce que par effet de levier ; de plus, rien ne le garantit contre les escroqueries ou défauts de paiement de ses partenaires. Pourquoi ferait-il confiance ? des partenaires qui sont dans la même situation que lui ? Cela favorise donc, même au cas où ses ressources atteindraient les seuils qui lui permettent d’y prétendre, son exclusion des voies de développement culturel, éducatif et citoyen (ou socio-politique).
Or, pour reprendre une phrase récente de Bill Gates, « banking is essential ; bankers are not. » De ce fait, tout organisme qui se dote des outils technologiques appropriés et qui bénéficie d’ores et déj? d’un crédit de confiance auprès d’une communauté peut se poser en tiers de confiance pour cette communauté vis-? -vis du reste du monde. Ce n’est ni une question de fonds propres, ni une question de réseau de distribution : ? ce jour, l’entité qui certifie le plus de transactions par jour aux Etats-Unis est eBay… Qui pourrait endosser ce rôle dans les pays du Tiers Monde ? Les acteurs les mieux placés pour mettre en œuvre ce type de dispositif et jouer le rôle de tiers de confiance sont les diffuseurs de média. En effet, vus de leur public, ils sont des vecteurs incomparables d’informations, de divertissement, presque des complices. Ne négligeons pas non plus le fait que le public est en très grande majorité féminin (le modèle traditionnel laissant les femmes au domicile pendant que les hommes travaillent) et que les femmes sont un bon vecteur de modification progressive des mentalités, notamment en matière de gestion.
Il est, aujourd’hui, techniquement tout ? fait simple de mettre en place des agences bancaires virtuelles. Une telle agence est ouverte ? n’importe quelle heure, accessible de n’importe où, sur n’importe quel terminal raccordé ? Internet, même si l’utilisateur n’en est pas propriétaire, exactement comme tout le monde sait téléphoner d’une cabine publique (rappelons que le taux d’équipement du tiers-monde en téléphones mobiles est très élevé et que les cyber-cafés n’y désemplissent pas). Chaque client peut s’y abonner en ligne en répondant ? des questions. Il va ainsi obtenir une identité numérique sécurisée et peut gérer son compte ? tout moment depuis n’importe quel endroit. Il pourra y placer ses économies sur un compte rémunéré, en achetant des cartes prépayées émises par la banque virtuelle, ? l’instar des cartes permettant de créditer les comptes de téléphone mobile. Il aura la possibilité, par la suite, de payer des biens et services directement depuis le compte, de donner des instructions de transfert de fonds ou de délivrer des mandats. Il pourra ainsi s’abonner ? des contenus média ou ? des services utilitaires (eau, énergie, télécommunications), s’assurer, négocier des micro-crédits… sans aucun transfert physique de fonds susceptibles d’être pillés.
La clé est de savoir attribuer une identité virtuelle unique et infalsifiable ? chaque citoyen, et de disposer d’une architecture de services indépendante des performances des machines et des logiciels utilisés et dont l’utilisation n'exige aucune compétence technique ou informatique significative (de même que l’usage du courant électrique ne nécessite aucun savoir-faire si ce n’est comprendre dans quel sens le bouton allume ou éteint la lumière). Un exemple est l’architecture TAPP proposée par Online & Groupware sur le site www.gotapp.com. En outre une telle identité virtuelle unique permet de dupliquer virtuellement la structure analogique d'une ville : dans le monde réel, toute personne qui emménage quelque part acquiert de fait une adresse postale immédiatement opérationnelle, l'accès ? divers réseaux utilitaires, des droits et devoirs civiques locaux, etc. Ceci ne nécessite ni démarche ni connaissances techniques. On peut de la sorte proposer aux pays en développement qui n'ont pas encore d'infrastructure réelle, une infrastructure virtuelle bien conçue sur laquelle le réel ? venir se calquera.
On offrira ainsi ? tout citoyen planétaire un lieu virtuel qui sera son foyer et sa propriété inaliénable (sauf ? titre de sanction s’il viole les règles communes), caractérisé par cette adresse, cette identité virtuelle, où d’autres peuvent le trouver (tous mes correspondants peuvent me joindre sur mon mobile sans savoir où je suis physiquement). Il y stocke ses contenus, ses finances, sa vie, de façon sécurisée et confidentielle, organisée ? son gré, et y donne accès aux membres de son réseau personnel informel. Ces populations auront ainsi, ? égalité avec n’importe quel autre être humain, accès au système financier, ? l’information et ? la dignité. A condition bien sûr qu’elles soient ? la hauteur de la terrible responsabilité d’être libre.
On n’est pas loin des « smart mobs » chers ? Howard Rheingold…
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L’intégration en question |
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Le vote aux élections locales des étrangers résidant en France est un éternel serpent de mer. Depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, en 1981, il revient, ? intervalle régulier, sur le devant de la scène. Récemment, c’est le Ministre de l’intérieur, par ailleurs président du parti de la majorité, qui l’a remis sur la table. Il s’est déclaré favorable au vote des étrangers non communautaires après dix ans de résidence.
Tollé général, en particulier ? droite, la plupart refusant de dissocier l’exercice de la citoyenneté et la nationalité. Certains vont jusqu’? déceler dans la démarche d’acquisition de la nationalité française une volonté d’intégration. Cet argument aurait été recevable si tous les étrangers étaient égaux devant le processus de naturalisation. Or, dans les faits, et c’est l’INSEE qui le souligne, la procédure obéit ? une logique de main d’œuvre. La naturalisation est octroyée, plus facilement, aux diplômés de l’enseignement supérieur, aux cadres et professions intermédiaires qu’aux ouvriers et non qualifiés qui constituent la majeure partie des populations étrangères. D’où vient, alors, le refus d’intégration ?
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Pour un brassage d’adolescents |
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En supprimant le service militaire sans instituer un minimum de service civil, la France s’est privée d’un indispensable outil d’intégration. Chirac récupère le vocable mais ne propose qu’un accompagnement pour jeunes en quête de formation. Tout reste ? faire en matière de brassage et, comme les révoltés ont très souvent moins de 18 ans, mieux vaudrait tendre ? faciliter un brassage d’adolescents.
Trois semaines ou un mois de vacances scolaires pourrait, pendant deux ou trois ans d’affilée, représenter une formule d’autant plus adéquate qu’elle assurerait un suivi personnalisé. Les ministres de la Cohésion sociale, de la Défense, de l’Education nationale et de la Jeunesse et des Sports seraient certainement capables de concevoir et d’organiser une sorte de récréation instructive et dynamique. Bernard Kouchner pourrait les y aider.
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Vers la société rêvée |
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L’Ami Public est parti d’une ébauche de diagnostic sur l’état des gens et de la société en France qu’il nous paraissait nécessaire de creuser pour alimenter la créativité et la pertinence de quelques groupes de réflexion et d’expérimentation qui proposeraient des actions. Vous trouverez ci-après une synthèse d'un rapport disponible sur le site de l’Ami Public.
Le propos et la méthode
La première phase de notre plan qui vient de se terminer est une recherche ethno-sociologique de terrain centrée sur le vécu d’une population française moderne.
- Population française, parce que la France est le pays où nous opérons. Mais aussi parce que la France est probablement, parmi les pays très développés, l’un de ceux où le divorce est le plus radical entre, d’un côté, une population fortement marquée par le changement socio-culturel des cinquante dernières années et, de l’autre, des élites et des institutions particulièrement figées. Mais nous conservons l’hypothèse que les sociétés rêvées par les populations de la plupart des pays d’Europe ont de nombreux points communs. Il faudra les identifier. Nous tenterons donc de susciter des travaux analogues ailleurs en Europe.
- Population moderne, parce que c’est l? que se cernent et se comprennent le mieux les transformations des gens et de la société des gens au cours des dernières décennies. Mais, nous sommes conscients qu’il faudra conduire d’autres terrains dans des populations plus traditionnelles ou moins embarquées dans la modernité.
21 entretiens étaient de bonne qualité et ont pu être exploités. Cet échantillon n’est évidemment pas représentatif. Mais il englobe une large variété de situations sociales et de types de personnalités. En dépit de cette diversité, l’image qu’il nous donne du vécu de la vie de ces gens, du tissu social dans lequel ils bricolent leur insertion, de leurs façons d’être ou de ne pas être citoyens, de leurs relations au politique et finalement de la société dans laquelle ils se sentiraient bien et qui leur semblerait avoir du sens est, en dépit des variations individuelles, extrêmement cohérente. Et elle débouche sur des pistes stratégiques.
Quelques parcours, quelques voix parmi d’autres
Arnaud, avait sans doute démarré dans la vie sur une ligne conformiste mais il évolue progressivement en épanouissant sa personne, en pénétrant dans son intimité, en portant progressivement plus d’attention ? celle des autres qu’? leur opinion sur lui-même.
C’est un bel homme de 53 ans, ostéopathe ? Paris et peintre amateur. Il a choisi ce métier sous l’influence d’une combinaison de goûts personnels et d’une image conventionnelle de la réussite bourgeoise. Mais il a déj? beaucoup changé. Ecoutons le : « Le moment de bonheur le plus fort ces derniers temps c’est mon exposition. C’est la première foi que je me suis mis en danger face ? tous ces gens qui disaient qu’ils aimaient ce que je fais. A partir du moment où ils ont mis la main ? la poche – j’ai vendu 18 tableaux – j’ai su que c’était vrai. Ca me conforte dans l’idée que ma production artistique, je peux oser la montrer, la partager… Quand je peins, je ne suis pas stressé, je n’ai pas peur de l’échec. Je sais maintenant que je peux rester dans cette sérénité, que c’est une bonne voie pour moi et que je peux continuer. Peindre m’amène la paix. Je suis en quête de paix… Je vis très bien, y compris ? Paris. J’évite les endroits qui polluent, par exemple les embouteillages. Je circule en 2 roues. Et j’évite les gens qui polluent : j’ai fait une sélection, j’ai moins d’amis. Je ne me conforme plus ? la politesse, aux règles qui voudraient que l’on se voie par convenance. Mais ceux que je voie sont des gens avec lesquels je suis en accord. Je suis de plus en plus intransigeant… et mon épouse va dans le même sens. » Il semble étonné de la force du constat qu’il vient de formuler, cherche une explication qui porte la marque d’un travail d’introspection : « Ca doit aller avec le fait de « grandir » et de « lâcher ». On apprend ? prendre de la distance avec les obligations, les traditions, les préjugés bourgeois, les règles d’éducation qui imposent de se forcer…. Aller trouver ce qu’il y a de bon chez les gens, ne pas s’encombrer. J’avais un ami, mais au fil du temps je me suis rendu compte qu’il ne laisse pas de place ? l’autre s’il exprime un avis différent. J’ai cessé de le voir, et pour moi ce qui est nouveau c’est de m’être affranchi des règles de politesse sans me sentir malheureux de le laisser. …Je ne fais plus d’efforts…J’ai l’impression de changer de niveau de conscience progressivement…. Je rencontre des gens que je ne connais pas (dans son exercice professionnel), je leur apporte du confort et de la santé. Je me rends mieux compte qu’avant, en conscience, de ce que je leur apporte et de ce qu’ils m’apportent. Dans la relation, j’ai fait un progrès important : je me suis rendu compte de l’importance de ne pas attendre de l’autre qu’il te donne quelque chose que tu attends. Mon travail, je l’aime plus qu’avant. J’ai moins de doutes, ma technique de thérapie manuelle et ma réceptivité s’améliorent chaque jour, j’ai confiance en moi. »
Jacqueline, 29 ans, urbaniste, avait eu des engagements partisans mais a été déçue et s’en est éloignée. Elle tâtonne. « Depuis mon retour du Mali, j’ai essayé ? nouveau de m’investir dans quelque chose, mais je n’ai pas trouvé d’endroit qui corresponde ? ce que je recherche….L’été dernier par exemple, j’ai participé au rassemblement altermondialiste dans le Larzac. Je trouve qu’il y avait des trucs très bien mais aussi des trucs pas bien. Je trouve que souvent les structures ou les associations sont trop manichéennes, elles simplifient trop les choses.» Elle prend du recul : « les choses ont du sens quand j’échange vraiment avec les gens, quand il y a un vrai contact, quand j’aide les gens individuellement Par exemple ? l’automne dernier, j’ai aidé un ami malien qui s’était cassé la jambe ? venir se faire opérer en France. Ca a été super. Je me suis sentie beaucoup plus vivante d’avoir fait ça.»
Joëlle, 27 ans, actuellement eu chômage, cherche sa voie. Travaillant dans une association, elle a été très heureuse de participer ? une action collective. Dans ce combat, « j’ai eu le sentiment d’être dans la dynamique des choses ». L’organisation d’un concert en faveur du commerce équitable lui procure la même impression de sens. Et elle nous dit : « Des amis ? moi ont créé leur association. Ils font ce qu’ils ont envie de faire. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui se posent des questions, qui s’engagent, qu’il y a un contexte d’effervescence sociale, de prise de conscience qui arrive. Ca donne envie de participer ? une société dans laquelle on peut trouver une place, même en ayant un parcours un peu différent et sans devenir paria ».
Solange est en train de bricoler sa voie de vie au sein d’une société suffisamment ouverte. A 27 ans, elle a fait des études supérieures (ScPo, DESS). Elle a été trois ans hôtesse de l’air sur long courrier. Elle a travaillé dans l’humanitaire et l’associatif. Elle a pris du recul : « …prendre du recul une fois de temps en temps mais régulièrement…. Se détacher un peu de tout le quotidien qui nous bouffe et réfléchir sur ce qu’il y a derrière de plus large, de plus important, de plus grand. …se concentrer sur ce qui est positif ». Elle a compris qu’elle veut se centrer ? la fois sur la construction de ses micro-bonheurs personnels et sur l’épanouissement des gens, de l’espèce et de la planète. Pour ce faire elle va se trouver un job qui lui laissera beaucoup de temps pour se consacrer aux activités caritatives et civiques qui lui tiennent ? cœur.
Marc, 24 ans, se retire de la société ambiante et de la politique qui lui parait dépourvue de sens. Il ne trouve son bonheur que dans son quotidien proche : avec ses copains, avec sa copine, dans l’exercice de son métier de cuisinier et dans la musique techno. Mais il est tenté d’intervenir. « On vit dans l’indifférence. Il y a des gens qui meurent de faim et tout le monde s’en fout… Et partout il y a des guerres comme ça… Moi je suis choqué par ça….Et j’ai l’impression de pas avoir le pouvoir de faire des choses d’où je suis. Je peux voter, c’est tout… Je suis pas dans une assoc’, j’ai pas le temps. Si j’avais le temps, je sais pas si je le ferais. Par exemple, j’irais pas ? la ligue contre le cancer : je vois pas en quoi je serais utile. Je ferais plutôt des trucs pour la réinsertion des gens dans les prisons, où j’irais apprendre mon métier ? des gens des quartiers. Je voudrais pouvoir voir que je fais directement quelque chose, voir l’impact. »
La prise de conscience de sa voie est parfois brutale. Par exemple, Katya, 38 ans, informaticienne, évoque sa mutation sur un ton épique : « un moment très fort d’introspection où je suis devenue consciente de ce que j’étais, de ce que je voulais, de comment organiser ma vie. A 30 ans, j’ai fait un virage, j’ai tout envoyé bouler : parents, mari. L’année de mes trente ans a été révolutionnaire. J’ai pris conscience que je n’étais pas la personne qu’on avait voulu me faire croire. Cela maturait depuis deux ans… Cela m’a amenée ? l’action et ? de grandes avancées professionnelles. C’était un bonheur intense : me sentir bien avec moi-même…. Le moment où cela sort est l’aboutissement d’une maturation, c’est l’alliance d’échanges avec d’autres et d’un processus intime. Tous ces moments sont extrêmement intenses, j’avait mal au ventre tout le temps…. J’avait l’impression de faire d’énormes pas en avant, de voir la vie s’ouvrir devant moi, de voir s’ouvrir des murailles alors qu’avant tout avait l’air bouché. » Et, plus tard dans l’entretien, elle raconte : « Un jour j’ai pris la voiture et je me suis perdue dans Paris sans paniquer. J’ai fait la preuve que je pouvais retrouver mon chemin sans avoir peur. J’ai su ? partir de ce jour que mes limites pouvaient être dépassées. Et j’ai décidé que c’était moi et moi seule qui fixerai mes limites. »
Danièle se sent enfermée dans la condition de mère célibataire au budget serré et au travail dépourvu de sens. Très jolie jeune femme de 40 ans, divorcée, en charge d’une fille de 10 ans et sans compagnon. Titulaire d’une maîtrise de lettres, elle n’est que supervendeuse dans un commerce de haut luxe et considère ce job comme très éloigné de ses ambitions et dépourvu de sens. Elle voudrait pouvoir piloter sa vie. « L’idéal, c’est de se sentir avancer, d’avoir des projets, de les mener ? bien. » Mais elle se sent complètement prisonnière de sa situation de jeune femme divorcée avec enfant et peu argentée ; elle en est profondément frustrée et stressée. Elle analyse (rationalise) sa situation :
- avec un enfant ? charge, elle ne peut pas prendre le risque de quitter son job et de tenter l’aventure. Elle ne peut pas non plus profiter d’opportunités de changement qu’offre son employeur et qui l’intéresseraient. « commercial, je ne peux pas compte tenu de ma situation familiale. Divorcée avec un enfant, je ne peux pas me permettre de partir trois jours sur les routes pour faire le tour de la France. Même si ce type de job m’aurait intéressée. C’est ma fille que j’ai privilégiée depuis le départ… »
- son niveau de vie est un peu étriqué.
- la pression temporelle sur sa vie quotidienne est très forte. « travail,…m’occuper de ma fille, les baby sitters coûtent cher et sont difficiles ? trouver ».
- le manque de temps et d’argent ne lui permettent pas de nourrir autant qu’elle le voudrait son réseau d’amis ce qui ne lui facilite pas les rencontres qui lui permettraient de trouver ? refaire couple.
La condition de mère célibataire ? revenus modestes reste certainement difficile ? vivre dans la société française d’aujourd’hui et peut provoquer d’intenses frustrations...
L’interview de Danièle illustre un autre blocage de l’ajustement personne/société : elle est introvertie, réservée. « Je ne vais peut-être pas assez vers les gens… C’est ce que dit Maman. Dés que quelqu’un s’approche de trop près, je fais marche arrière. Et Internet, ce n’est pas formidable. J’ai une copine qui a eu toutes les peines du monde ? se débarrasser d’un type. Elle a du changer son adresse mail. ».
La personnalité de cette jeune femme semble rendre les choses encore plus difficiles pour elle. Elle ne sait pas très bien s’ajuster opportunément aux autres, faire réseau, tirer parti des ouvertures. Son parcours éducatif ne l’a pas dotée d’un radar social performant ni peut-être de la flexibilité qu’exige la société moderne. Comme beaucoup d’autres dans la France d’aujourd’hui, elle est aidée par des médicaments de type prozac, mais insuffisamment. Elle aurait été sans doute psychologiquement mieux adaptée ? la société d’avant, moins complexe, plus stable, aux parcours et aux rôles plus clairement définis.
Observations pour agir
Constat 1 : Emergence d’une société radicalement nouvelle
L’histoire de la vie des gens que nous avons interviewés et leur vécu quotidien de leurs relations aux autres, ? la société, au travail, ? la politique dessinent les traits d’une société intensément vivante et assez épanouissante mais très différente de l’image d’une société « normale » que la plupart d’entre nous conservent en tête. Mais une société qui n’a pas encore trouvé toutes ses bonnes formes ni ses équilibres et qui, notamment, est en divorce profond avec ceux qui pensent la gouverner et qui, du coup, n’est pas gouvernée.
L’ébauche d’analyse de la physiologie de cette société ? laquelle aboutit l’enquête devrait permettre d’imaginer des actions facilitant un accouchement harmonieux.
Constat 2 : En cherchant ? piloter leur vie chacun ? sa façon, les gens font émerger une société hypercomplexe et vivante.
L’essentiel, pour chacun de nos interviewés est de parvenir ? se faire ou ? préserver une vie qui lui convient. Concernant la conduite de leur vie, la plupart ne savent pas clairement où ils vont et ne planifient pas. Ils sentent venir les opportunités et les menaces, cherchent ? tirer parti des premières et ? éviter ou ? transformer les secondes. Ils ne se sentent ni soumis ? des fatalités ni tout puissants. Ils ne sont pas centrés sur soi ni sur les autres/la société mais sur l’ajustement entre soi et les autres/la société.
Tous nos interlocuteurs travaillent ? la fois sur eux-mêmes et sur la société. Celle-ci est suffisamment floue et malléable pour accueillir certaines de leurs initiatives ; ils la transforment ne serait-ce que très localement. Mais parfois elles résiste avec suffisamment de force pour que ce soit ? eux de s’adapter.
La société ? l’émergence de laquelle participent nos interlocuteurs est ainsi tissée d’interdépendances qui nourrissent des auto-organisations c’est-? -dire des prises de vie et des autorégulations. Il en résulte une société extrêmement complexe, de plain-pied, qui a une vie propre et résiste aux commandements qui viennent d’en haut.
Dans une telle société, ceux qui (puissants en perte de pouvoir ou citoyens soucieux d’intérêt général) veulent orienter, accompagner ou infléchir le changement ont moins de chances d’y parvenir par autorité, en forçant les choses, et plus en épousant les dynamiques du vivant. Pour ce faire, ils doivent apprendre ? penser système et ? percevoir le sous-jacent. Il va falloir comprendre comment aider, dans la France et l’Europe d’aujourd’hui, des dirigeants politiques et économiques, pétris de paradigmes mécanistes, simplificateurs et juridiques ? vivre un tel changement de mentalité.
Constat 3 : Le bonheur des gens et leur capacité personnelle de s’ajuster constituent le carburant primordial de la société moderne.
L’un et l’autre y naissent principalement de relations affectives chaleureuses ; dans la vie quotidienne en ce qui concerne le bonheur et dans le parcours éducatif en ce qui concerne la formation de la personnalité.
Pour que cette société se régule harmonieusement et épanouisse sa vitalité, il semble nécessaire que la plupart de ses membres y trouvent suffisamment de bonheur personnel. Nos interviewés ont compris qu’il est vain de poursuivre le Grand Bonheur (grand amour, grand soir, grand destin) mais qu’ils ont besoin d’une accumulation de petits bonheurs quotidiens, de tendresse, de bien-êtres physiques et mentaux, d’impressions même fugitives d’épanouissement et de sens. L’immense majorité d’entre eux trouvent le bonheur dans leurs relations affectives proches : couple, enfants, réseaux d’amis… La construction et l’entretien de ces relations appellent de grands soins de la part de nos interviewés qui se comportent souvent comme des expérimentateurs sociaux.
Nous avons besoin d’une politique du bonheur. Une politique qui veille ? ce que rien de majeur ne vienne empêcher nos concitoyens de se fabriquer les petits bonheurs affectifs dont ils ont besoin. Le rapport d’enquête ouvre en la matière quelques pistes.
Les personnalités flexibles et apprenantes réussissent mieux dans cette société, sont plus heureuses et contribuent plus ? son équilibre vital que les personnalités fixées.
Quelles pourraient être les modifications des parcours éducatifs qui favoriseraient le développement de personnalités apprenantes ? Et comment faire évoluer dans la même direction l’ambiance générale afin que la personnalité apprenante devienne un idéal ?
Constat 4 : Le travail apparaît ambivalent et pose problème.
Selon les cas, il contribue ? enrichir la vie ou la mine. Le travail est une composante importante de la voie de vie de nos interlocuteurs. La plupart d’entre eux s’investissent dans la construction ou la modulation d’un travail qui convienne ? leur personnalité et ? leur itinéraire de vie, qui, ? la fois, les enrichisse et soit marqué par leur personnalité ou qui, pour le moins, n’empiète pas trop sur leur vie personnelle. Ce faisant, ils inventent ou diffusent de nouvelles formes de travail. Si le travail ne convient pas, s’il est contraint, déshumanisant, ce qui n’est pas rare, il peut faire bifurquer la vie dans une direction profondément dépressive ou radicalement contestataire.
En beaucoup de ses secteurs notre société a besoin de refaçonner son offre de travail pour l’adapter ? des personnels qui deviennent des vraies personnes attachées ? se construire une vie qui leur convienne. Et pour que la plupart des entreprises et des administrations contribuent ? l’équilibre et ? la vitalité de la société. Comment s’y prendre ?
Constat 5 : Cette société est vivante. Comme tous les vivants, elle est sujette ? des maladies, des accidents, des blocages et des déchirures, en bref ? des pathologies variées
L’enquête en ébauche le répertoire :fonctionnement des couples et des foyers, parcours éducatif des jeunes, insertion des esseulés, vie au travail, processus de rejet et d’auto-organisation de ghettos, chômage désinsérant, accumulation de stress insurmontables, dépressions, etc.
Le malheur des autres (non seulement les proches mais « les humains comme nous ») et les drames sociaux font souffrir viscéralement. Dans certaines situations, les modernes éprouvent le besoin de prendre soin des autres. Un tiers de nos interviewés sont des sortes d’entrepreneurs civiques qui se lancent spontanément dans des interventions curatives ou préventives. Leurs initiatives en se combinant donnent naissance ? une sorte de système immunitaire ou réparateur qui porte remède ? une partie des pathologies. Mais, peu aidés voire entravés par les institutions et les bureaucraties en place, leur action reste insuffisante.
Pour trouver son équilibre et entretenir sa santé et sa vitalité, la société moderne doit trouver les moyens :
- de faciliter la tâche des entrepreneurs civiques et
- d’installer une gouvernance participative qui soit plus thérapeutique que technocratique ou partisane. Une gouvernance qui, notamment, soit capable de détecter précocement les processus destructeurs du bonheur des gens et leur fasse la chasse.
Nos observations peuvent aider ? préciser les contours et le contenu de telles actions.
Constat 6 : Rejet de la politique politicienne. La démocratie représentative a perdu une grande partie de sa signification.
Ce rejet est explicite et affirmé avec force par la plupart de nos interlocuteurs. Il englobe souvent l’action des gouvernements et des partis et parfois celle des syndicats. Il concerne aussi les médias et notamment l’information télévisée.
La droite et la gauche sont vécues par nos interlocuteurs comme des cultures floues, parfois complémentaires, plutôt que comme des camps opposés. Ceci les met en décalage flagrant par rapport ? la classe politique.
Presque tous ceux qui se sentent de droite ou de gauche ont un pied dans l’autre camp. On est ? droite mais on n’aime pas les partis de droite. On est ? gauche mais on n’aime pas les partis de gauche. Et, surtout, on n’aime pas qu’il y ait des camps plus centrés sur la guerre qu’ils se font que sur la résolution des problèmes.
Il apparaît ainsi que la presque totalité de nos interlocuteurs ne parvient pas ? se rattacher ? une organisation politique ayant pignon sur rue et ne se reconnaît ni dans le jeu des partis politiques ni dans l’action de ses « représentants » ou des gouvernements au pouvoir. Il y a si peu de feed-backs entre la société des gens et celle de la politique professionnelle qu’ils ne se régulent pas mutuellement.
Le décalage béant entre les gens et la scène politique officielle et médiatisée induit une situation préchaotique, c’est-? -dire une situation désordonnée et instable qui peut prendre soudainement et catastrophiquement des formes inattendues.
Un gouvernement semblant émaner de la classe politique est mal placé pour demander des réformes douloureuses.
Que serait un gouvernement qui ne semblerait pas émaner de la classe politique et incarnerait l’intérêt général ? Que serait une politique qui se mettrait ? la hauteur des gens ?
Constat 7 : Une citoyenneté radicalement nouvelle.
Presque tous nos interlocuteurs placent leurs investissements affectifs les plus forts dans leurs relations proches. Mais beaucoup sont également impliqués dans des préoccupations et des connexions qui les relient ? la grande société et contribuent ? sa construction et ? son fonctionnement. Il s’agit sans doute bien d’une citoyenneté mais très différente de celle qui a dominé aux siècles précédents.
Elle a plusieurs aspects :
1. La relation minimale ? la globalité passe parfois par une communion physique et mentale avec la Nature et le grand Tout.. La fusion du corps et du mental avec la nature et le cosmos est un des chemins de connexion au méga. Il ne coupe pas du micro et ouvre diverses voies de spiritualité.:
2. Certains ont conscience qu’en développant et en enrichissant leur personne, leurs réseaux affectifs et leur cheminement de vie, ils contribuent ? l’émergence d’une société meilleure. Il y a chez eux le sentiment que tout se tient. Il y a aussi, très précisément, l’idée que nous retrouverons chez les « entrepreneurs civiques » qu’en traitant les cellules de base dans leur vie la plus concrète et la plus quotidienne on a peut-être l’action constructive et réparatrice la plus efficace. Ils se sentent des « fourmis » qui contribuent ? l’édification de la fourmilière et ? l’intensité de sa vie.:
3. L’enquête éclaire l’émergence et la nature d’une citoyenneté nouvelle très active dont le monde politique est coupé. Une citoyenneté participative, moins nationale que micro-locale ou planétaire. Une citoyenneté presque corporelle qui s’enracine dans la vie personnelle de chacun et dont chacun peut toucher du doigt les effets. Une citoyenneté motivée par l’envie viscérale de prendre soin des gens, de réparer les déchirures de la société et d’enrichir sa vitalité. Sept de nos interlocuteurs tout en étant très centrés sur le développement de leur personne, de leurs microsociosystèmes et de leur trajectoire de vie, développent une activité citoyenne ? leur façon. Elle est dans le prolongement de leur vie personnelle et contribue ? leur bonheur et ? leur épanouissement. Cette activité jaillit d’eux-mêmes ; ce sont de vrais entrepreneurs civiques.:
Les itinéraires des différents entrepreneurs civiques ont de nombreuses parentés qui nous aident ? mieux comprendre les citoyennetés émergentes. Ils critiquent la société régnante : non inclusive, trop compétitive, inégalitaire, autoritaire, contraignante, polluante, destructrice de la planète, court-termiste, perméable aux communautarismes, productrice d’effets pervers, politisée, etc. Ils ont l’intuition des dynamiques qu’ils tentent d’accompagner ou de dévier.
Ils cherchent ? agir sur le proche, le concret et tiennent ? pouvoir toucher du doigt les effets de leurs actions. Chacun décide du moment et de la nature de son action. Il se méfie d’être embarqué au del? de ce qu’il veut et sent. Ils craignent la politisation. Enfin, ils recherchent les alliances et évitent les conflits.
Les actions des uns s’enchaînent ? celles des autres. Mais ces systèmes ne sont encore qu’embryonnaires.
On voit que les différents aspects de cette citoyenneté nouvelle rattachent nos interlocuteurs moins ? la France, ? ses débats politiques et ? ses lois et plus au local, ? la société des gens, ? la vitalité de la socio-économie, au monde, ? l’ONU, ? l’esprit…
Comment nourrir ce mouvement ? Comment faciliter le tissage de liens entre ses composantes ? Comment aider les entrepreneurs civiques ? irriguer les politiques, voire ? forcer leur porte ? Comment contribuer ? ce que les politiques trouvent le contact avec cette citoyenneté émergeante ? Comment faire évoluer notre démocratie de la représentation ? la participation ?
Constat 8 : Le rêve d’une autre société ne motive pas l’action collective mais pourrait le faire.
L’enquête n’a pas établi l’existence d’un rêve structuré qui aurait débouché sur un mythe moteur, l’idée d’un progrès accessible. Mais, les sentiments personnels qui jaillissent chez la plupart de nos interlocuteurs de leur vécu quotidien du sens et du non-sens se recoupent fortement, qu’ils se sentent plutôt de droite ou de gauche. Les directions dans lesquelles s’orientent les rêveries des altermondialistes ne sont pas fondamentalement différentes de celles de jeunes bourgeois ? la fois humanistes et réalistes.
La plupart des souhaits se portent vers une société laissant une plus large autonomie et de plus grandes opportunités d’épanouissement aux personnes, soucieuse de développement durable, réduisant le pouvoir des puissants mais produisant de la vitalité et faisant régner l’harmonie et la paix. Cependant, et ceci est déterminant, ce rêve paraît ? tous inaccessible car les puissants qui règnent sur le monde leur semblent avoir ni la capacité ni la volonté de le réaliser.
A quelles conditions ces souhaits vécus comme des sentiments personnels pourraient-ils devenir mobilisateurs pour un grand nombre ? Comment pourrait-on faire sentir cette communauté de rêve ? Comment faire percevoir qu’au moins une partie de ces progrès sont accessibles ? Peut-on bâtir des scénarios qui aideraient ? faire percevoir les bifurcations ? prendre et ? ne pas prendre ?
Nous envisageons d’organiser dès le mois d’octobre, au sein de L’Ami Public ou en collaboration avec des associations amies, quelques groupes de réflexion ou d’expérimentation qui chercheront ? tirer parti de ces constats.
Le rapport Vers la société rêvée est accessible sur le site de l’Ami Public.
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Islamisme et banditisme, même combat |
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Les derniers bidonvilles ont disparu dans les années 70. Celles que l’on appelle banlieues sensibles et dont on pointe l’urbanisme calamiteux, aujourd’hui, accueillaient une population diversifiée où les pères allaient au travail et les enfants ? l’école. On vivait encore les trente glorieuses et le futur était plein de promesses.
Avec le début de la crise, au milieu des années 70, les pères, non qualifiés, se retrouvent au chômage. Il leur restait cependant l’espoir que les enfants, grâce aux études, puissent s’en sortir. Las, la crise s’intensifie ? partir des années 80 et, études ou pas, les jeunes se trouvent relégués aux marges de la société. Les années 80, avec la vague de libéralisation économique et financière, accentuent, jusqu’? la caricature, le clivage entre les « in » et les « out ». L’on assista ? la montée de la génération « Yuppies » et ? la descente aux enfers de la génération « No Future ».
Depuis bientôt trente ans, les maux des banlieues n’ont fait que s’amplifier : habitat dégradé, échec scolaire, chômage, pauvreté... Désertées par ceux qui le pouvaient, elles se sont refermées comme un piège sur les populations, le plus souvent d’origine maghrébine ou africaine, les plus fragiles. La République, elle-même, a reculé et ses valeurs « liberté, égalité, fraternité » disparues. Ce fut pain bénit pour les mafias et les islamistes. Véritables ghettos, elles sont devenues, en une forme d’alliance objective, l’espace d’une économie souterraine sous la coupe de mafias diverses, mais aussi terre de mission pour les islamistes. Les premières assurant les nourritures terrestres et les seconds les nourritures spirituelles
Aujourd’hui, les banlieues brûlent. Et, au-del? du rétablissement nécessaire de l’ordre public, une véritable guerre ? l’exclusion doit être menée sur les fronts de l’habitat, l’éducation, l’emploi, la formation, les discriminations... Ce combat de longue haleine mettra, certes, du temps ? porter ses fruits. Mais pour insuffler de l’espoir ? ces populations dont l’horizon fut, si longtemps bouché, il est des plus urgents que cette volonté affirmée soit ressentie comme réelle. Sinon, le risque est grand de voir les banlieues faire « sécession » sous l’égide d’une coalition entre islamisme et banditisme.
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Le Choc des malentendus |
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Même le vocabulaire peut créer des malentendus entre les Etats-Unis et l’Europe. Ainsi en va-t-il du mot “diversité”. Pour un Américain moyen, ce mot signifie le pluralisme de sa propre société. “L’Affirmative Action” facilitant l’entrée aux universités des noirs, latinos et autres minorités ethniques et culturelles, renforce la conviction qu’ont les Américains d’être ? l’avant-garde de la tolérance. En Europe, la fierté inspirée par la diversité est moins liée ? la situation interne d’un pays qu’au projet d’intégration d’Etats européens autrefois antagonistes.
Cette acception externe du mot « diversité » se reflète d’ailleurs au niveau mondial quand on entend des voix, notamment en France, parler de multipolarité, c’est-? -dire d’une répartition diversifiée du pouvoir entre Etats. Il est, certes, dans l’esprit même de la diversité de laisser ? chacun sa propre définition. Mais le malentendu peut aussi renforcer la mésentente : les Américains critiquent les difficultés de l’Europe ? intégrer ses immigrants, tandis que les Européens continuent ? percevoir Washington comme la capitale d’un empire ne respectant pas l’autodétermination des autres.
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La diversité gage de démocratie |
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Avec 12,3 % de femmes ? l'Assemblée nationale et 10,9 % au Sénat, la France reste dans ce domaine la lanterne rouge de l'Europe avec l'Italie et la Grèce. La loi sur la Parité, promulguée le 6 juin 2000, n’y a rien fait. La proportion de jeunes idem. 17 députés sur 577 ont entre 30 et 40 ans. Quant ? la représentation de ce que l’on appelle, aujourd’hui, les minorités visibles, elle est nulle. La France fait ? cet égard figure d'exception européenne.
Le monde politique n’est pas seul en cause. Dans les entreprises, le nombre de femmes cadres, par exemple, est encore très limité. Aucune femme ne dirige une entreprise du CAC 40 et les conseils d'administration ne comptent que 6 % de femmes, contre 16 % aux Etats-Unis et 34 % en Norvège. En cause ? Une grande frilosité doublée d’une bonne dose d’hypocrisie lorsqu’on brandit, ? tout bout de champ, le risque de rupture du principe d’égalité.
Un récent sondage, paru dans le Parisien, donne un résultat sans appel sur la représentativité, en particulier, du monde politique. Ainsi, 89 % des sondés souhaitent qu’il y ait plus de femmes au Parlement, 84 % plus de jeunes et 55 % plus de personnes issues de l’immigration. Ils sont une majorité ? juger que la démocratie s’en trouvera « revivifiée » et renforcée. Un résultat qui s’inscrit loin de la frilosité supposée des Français. Aux politiques et aux entrepreneurs de prendre la mesure des bienfaits de la diversité.
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Retour du Danemark |
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Je rentre d'une tournée de conférences au Danemark sur le processus de civilisation en cours. Plaisir ? retrouver la Scandinavie sous son jour le plus souriant. Les conversations que j'ai eues dans la foulée de ces conférences me renforcent dans l'idée que, jusqu'? présent, ce pays a beaucoup mieux tiré parti de la modernité que la France.
Les gens ordinaires au Danemark sont probablement encore plus transformés que les Français par le processus de civilisation en cours. Ils cherchent et parviennent encore mieux que ces derniers ? se construire la vie qui leur convient avec ce qu'il leur faut d'affections, de sens et de paix de l'esprit.
Chez eux, la culture des postures plates, non hiérarchiques, a été poussée très loin et débouche sur une société de plain-pied dans laquelle la plupart se sentent ? leur aise. La diffusion explosive des réseaux et associations qui cherchent ? porter remède aux maux variés de nos sociétés modernes a été très précoce et peu gênée par les institutions en place ; elle a pris peut-être 10 ans d'avance sur la France ; elle a eu le temps de mûrir, permettant aujourd'hui aux Danois de participer intensément ? la gouvernance bottom up de leur société.
La coupure radicale qui, en France, sépare la classe politique et la société des gens ne semble pas exister au Danemark. Du coup, les feed-backs régulateurs et les ajustements réciproques entre la société des gens et les centres de pouvoir paraissent intenses aux niveaux local aussi bien que national.
A la différence de la France, la persistance d'un échiquier politique qui distingue la Droite de la Gauche ne paralyse pas les partis politiques et ne les empêche pas d'affronter les défis de l'époque. Les uns et les autres recherchent le bien commun. Une gouvernance collaborative efficace de la société, de l'économie et des institutions semble ainsi s'être installée. Les Danois ont bien de la chance!
A rapprocher de l'information qu'apporte la sélection hebdomadaire du New York Times que publie Le Monde du 8 octobre : parmi tous les pays du Monde, le Danemark est l'un des 2 ou 3 où le bonheur personnel est le plus élevé.
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Changer les pratiques plutôt que les structures et les lois |
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Agir sur le réel
La campagne électorale indique clairement que la droite et la gauche n’ont pas renoncé ? un mode d’action qui, depuis des décennies, n’a qu’un effet marginal sur le réel. Or il n’est pas raisonnable de continuer ? traiter les difficultés du pays avec des outils aussi peu efficaces.
Ce mode d’action, universellement admis, quel est-il ? Il repose sur la croyance qu’en agissant sur l’univers juridique – les lois – et les structures publiques, l’Etat finira par venir en aide ? la population. Cette idée présente plusieurs avantages : elle offre une apparence de logique indéniable, elle permet aux élus de faire de grands effets d’annonce qui entretiennent la fiction sympathique d’une action, et puis elle correspond ? la culture de nos élites. Nous sommes clairement au début des années trente, avec des élites intelligentes qui croyaient paisiblement ? l’infanterie et ? la ligne Maginot.
En réalité, que se passe-t-il ? Toute réforme de structure est bloquée par les corporatismes. Les lois sont soit retoquées par des mouvements sociaux, soit freinées dans leur application par les forces qui leur sont hostiles. En tout cas, elles ne donnent pas d’énergie. Or sans énergie, il ne se passe rien de positif. Jamais. Quand on touche aux structures et aux lois, on divise donc les Français, on provoque les conservatismes ; alors que changer les pratiques pourrait les fédérer.
Pourtant, la société française est, elle, en demande de nouvelles pratiques et de fonctionner autrement. L’écho du « tous les mêmes », la difficulté qu’ont les candidats des partis politiques ? faire comprendre les différences de leurs programmes - qui semblent aux électeurs autant de clones auxquels on ne veut plus croire - montre ? quel point la voie sur laquelle ils sont engagés est sans issue. Une magistrate chargée du contrôle des comptes de campagne des partis politiques nous faisait part récemment de sa stupéfaction de n’avoir jamais vu pour aucun parti des dépenses de «recherche et développement». Comment alors les programmes pourraient-ils être plus que des élucubrations forcément irréalistes car aussi éloignées de la réalité que la planète du Petit Prince de la Terre ? Aucun SDF dans les rues en 2007. Mais comment ? En ouvrant plus de centres d’hébergements qui s’avéreront vite incapables d’accueillir aussi bien les clochards réfractaires ? toute normalité que les nouveaux SDF qui se présenteraient volontairement ? leurs portes ? C’est la logique des tuyaux mais pas celle des contenus. Si les policiers se font caillasser lors de leurs interventions dans certaines banlieues dites difficiles, le seront-ils moins s’ils sont deux fois plus nombreux ? Il faut se poser la question des pratiques et du comment faire pour rétablir des relations normales entre la police et la population.
Mais ne battons pas uniquement notre coulpe, car il ne faut pas penser que le défi qui se présente ? nous soit une spécificité nationale. En France comme ailleurs on assiste ? une accélération de l’évolution de la société. Tous les gouvernements sont confrontés ? des problèmes similaires et dans de nombreux endroits la société civile fait preuve d’une inventivité qui réussit ? triompher de bien des difficultés.
C’est l? aussi l’un des enjeux de cette révolution des pratiques. Être capable de détecter ce qui a fonctionné quelque part et va pouvoir s’adapter dans un tout autre contexte. Cette réalité nouvelle, nous l’avons rencontrée avec Lire et faire lire. Car notre modeste proposition, amener un retraité dans une école pour lire des histoires aux enfants, est en train d’être reprise dans plusieurs pays, confrontés ? des difficultés similaires autour de la lecture et de la transmission intergénérationnelle.
Dans les faits, le besoin est celui d’un nouveau pacte entre des vieilles structures, des lois mal adaptées et une société civile qui chaque jour innove et trouve de nouvelles solutions grâce ? sa formidable capacité d’adaptation. Ce pacte, c’est autour des pratiques qu’il doit être conclu.
Co-écrit avec Pascal Guénée
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