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Le 20 septembre 2005
 
Quand les jeunes se vengeront

Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ? la fête.

Ils galèrent pour trouver un emploi. Ils sont souvent au chômage.

Ils galèrent pour trouver un logement. Ils sont, plus que les autres, pénalisés par la cherté des prix.
Plus tard, il leur faudra payer la facture des déficits publics accumulés par des gouvernements élus par leurs aînés. L’endettement a franchi, cette année, la barre des 1.000 milliards d’euros.
Il leur faudra aussi acquitter des cotisations sociales qui, d’après des statistiques récentes, vont pour les trois quarts aux plus de 60 ans. Or, ces « vieux » ont un niveau de vie supérieur ? la moyenne nationale et détiennent les trois quarts de l’ensemble du patrimoine.

Les jeunes auraient déj? eu motif ? révolte l’année dernière lors de la préparation de la « réforme » sur les retraites. La « concertation » réunissait des ministres, des syndicalistes, des fonctionnaires et autres personnalités qui, en moyenne, avaient plus de 50 ans. Or le sujet de la discussion pouvait se résumer en une phrase : « comment faire payer durablement par les jeunes la retraite de vieux dont le nombre ira croissant ». Nul doute que si les jeunes avaient eu leur mot ? dire, ils auraient amendé notre système par « répartition » en arguant que la « solidarité intergénérationnelle » ne peut pas être ? sens unique.

Mais le plus dur reste ? venir ; le problème de la sécu s’annonce encore plus explosif que celui des retraites. Non seulement les gens vivent de plus en plus vieux mais les soins, étant de plus en plus sophistiqués, coûtent de plus en plus cher.

Nul besoin d’être polytechnicien pour comprendre que, sous l’effet conjoint de ces deux phénomènes, les dépenses de santé vont continuer ? croître. Si donc les vieux ne sont pas appelés, d’une façon ou d’une autre, ? payer davantage pour eux-mêmes, les jeunes finiront par se lasser. Plus on attendra, plus le choc sera rude. En tout cas, les mentalités ne manqueront pas d’évoluer.

Rien ne prouve, par exemple, que les théories économiques actuellement en vigueur resteront ? la mode. Si des générations pauvres arrivent au pouvoir, elles voudront, peut-être, réhabiliter l’inflation qui, comme chacun sait, est l’ennemie des rentiers.

Rien ne prouve, surtout, que les réticences actuelles face ? l’euthanasie ne seront pas purement et simplement balayées. On peut même craindre que le renversement de tendance soit brutal et imaginer qu’une sorte de pression morale s’exerce sur les personnes âgées les plus dépendantes. Comme s’il fallait les persuader que, dans leur cas, le suicide, après tout, serait la solution la plus digne.

Si l’on regarde les courbes démographiques, on peut augurer de tels phénomènes d’ici ? une vingtaine d’années. Cela laisse le temps d’agir. A condition que les aînés actuellement au pouvoir prennent rapidement en compte les besoins de leurs cadets et rendent un peu plus équitables les prélèvements sociaux. A condition aussi que la solidarité soit conçue comme ne devant pas être uniquement matérielle. Des rapports interpersonnels plus chaleureux doivent compléter, quand c’est possible, les allocations anonymes. La guerre des générations ne pourra être évitée que par un plus de fraternité.

Posté par Marc Ullmann, le 20/09/05 dans Edito

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Voici les sites qui parlent de Quand les jeunes se vengeront :

septembre 24, 2005 7:59 PM
Démocratie 2.0 : préambule
Laurent Bervas
Alors qu’en 1995 Chirac se faisait élire sur le thème de la « fracture sociale », 10 ans plus tard le discours politique (français) s’est radicalisé.Sarkozy, Bayrou parlent aujourd’hui de rupture (1).Rupture ? Mais de quelle rupture s’ag... [Lire la suite]

Commentaires postés :

Je partage en totallité l'analyse de la situation : la fracture "générationelle" est certainement la plus importante et la plus grave. Je ne pense pas que les "jeunes" vont se venger. Ils (la bourgeoisie éclairée qui prendra un jour la place, je la connais, vous la connaissez certainement) attendent que ce monde s'écroule ... et alors il sera temps de reconstruire quelque chose de mieux. Tous les murs finissent pas tomber, c'est celui du "temple" de la finance qui cédera bientôt ? Le pouvoir ils l'auront bientôt et ce n'est pas Dassault, Carlyle ou je ne sais trop quel Chirac qui les en empécheront. Boujour ? Malo :)

Posté par : ~laurent le septembre 24, 2005 1:34 PM

A mes yeux, c'est l'abus partisan du pouvoir qui est préjudiciable. Le danger le plus grand pour ceux qui ont ce pouvoir (nos ainés en l'occurence aujourd'hui), ce ne sont pas les générations futures - lorsqu'on avance l'idée qu'elles pourraient se venger -, c'est le pouvoir lui-même et l'usage qu'on en fait. L'égoïsme ne m'inspire, pour l'heure, rien de plus que l'adage: qui sème le vent récolte la tempête. Impuissant, je fais partie de ceux qui n'attendent que ce qui, finalement, n'est pas viable, s'écroule, non par choix, mais par condition puisque je suis trop jeune pour ressentir la pression de la responsabilité.

Posté par : patrice le octobre 5, 2005 5:30 PM

D’accord avec Laurent et Patrice : la fracture actuelle n’est pas seulement générationnelle ; elle affecte tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont traités comme des « variables d’ajustement ». L’emploi et le logement sont des facteurs primordiaux mais il y a aussi le sentiment de ne pas être utile, le sentiment que le monde n’a pas besoin de vous. Bref, beaucoup de gens subissent une perte de dignité, ils souffrent et peuvent déprimer. Si j’ai mis l’accent sur les jeunes, c’est parce qu’ils sont les premières victimes du cumul des difficultés. Certains allongent leurs études simplement pour retarder leur entrée dans la course d’obstacles. A l’intérieur même des études, il n’y a pas égalité des chances. Pour qu’un gamin des « quartiers sensibles » grimpe les échelons, il faut qu’il soit exceptionnellement doué. Je veux bien croire que, de toutes les frustrations, naîtra un monde meilleur. Au fond, je suis optimiste. Mieux vaut quand même ne pas ignorer la réalité et mesurer l’œuvre ? accomplir.

Posté par : Marc Ullmann le octobre 9, 2005 7:30 PM

Le jour des fous ... sur les 20 ou 30 dernières années de nombreuses soupapes permettant ? l'ensemble de la société de reprendre son souffle ont été petit ? petit éliminées pour de plus ou moins bonnes raisons. Ces soupapes concernaient et concernent autant les jeunes générations que les autres. Un exemple ... le bizutage ... supprimé sous prétexte de dérapage ... avait un rôle social primordial ... interdit-on les voitures parce qu'il y a des morts surs les routes ? Des règles toujours plus de règles ... gouverne l'action générale entièrement orientée vers le politiquement correct. Alors que l'espérance de vie s'accroit tous les trimestres ... on met au rebus les plus de 55 ans et leur expérience. La pression sur les jeunes est pareillment énorme ... où sont les folies des stagiaires et jeunes embauchés ? LA rehcerhce du moutons ? 5 pattes ... jeune et expérimenté ... la recherche du clone ... sectarise l'ensemble de la société désormais figée face ? ses écrans de télévison ou d'ordinateur. Le web serait-il le seul espace de liberté résiduel ? (commentaires en vrac !!!)

Posté par : J.L. HEINRICH le octobre 21, 2005 11:02 AM

L'idée de voir revenir l'inflation que propose Marc Ullmann est intéressante.
Je suis assez fondamentalement d'accord avec lui. Je m'explique !

Si l'on se pose la question de la rémunération de l'argent sous forme du taux d'intérêt qui est habituel dans nos contrées occidentales, on peut s'étonner qu'il existe des civilisations pour lesquelles ce concept n'existe pas ou plus encore soit interdit ! A l'origine des origines, l'invention de la monnaie a été une idée géniale qui a permis de sortir de l'antique procédé de l'échange ou du troc en transférant sur un " objet " reconnu par tous dans sa capacité ? nous libérer d'une dette envers un tiers. La monnaie est une forme de " dématérialisation " avant l'heure... Le problème de l'inflation est en fait apparu lorsque l'objet monnaie, dont la quantité devait naturellement être fortement corrélée au niveau des échanges marchands du moment, est devenu lui-même un objet d'échange et donc de spéculation.. Nous connaissons tous la mécanique de la " planche ? billets ".. Je ne suis pas riche mais j'ai le droit d'imprimer des billets de banque ou d'ouvrir des lignes de crédits que tout le monde doit accepter ! Nos chers amis américains qui avaient longtemps accepté que leur Dollar soit mis en équivalence avec un stock physique d'or par exemple, n'ont-ils pas unilatéralement dénoncé les accords de Bretton Woods pour mieux pouvoir accompagner leur croissance économique mondiale et, accessoirement, se permettre d'entrer dans une économie du déficit! La monnaie est ainsi devenue comme cela non seulement un moyen de " stocker de la valeur marchande déj? créée " de manière abstraite et universelle mais aussi, accessoirement bien que cela ne soit pas économiquement correct, d'anticiper de la valeur future marchande... ? créer. D'où le succès de l'argent... Tout ? commencé ? dys fonctionner lorsque certains ont compris qu'il y avait l? un moyen de constituer une " économie de la finance " en parallèle avec " l'économie marchande réelle ". L'activité de banque ( Italie, Pays-Bas ) était née. Tout cela ne sont qu'évidences connues de tous, bien sûr. Mais ? partir du moment où le seul fait de disposer de monnaie, justifie, en soi, un revenu qui ne soit pas lié ? une activité dite "productive" au sens de l'économie matérielle réelle , on comprend que certains considèrent l'inflation comme le symptôme d'une économie réelle en croissance !. Tout est question de mesure, évidemment ! L'idée est qu'en l'absence d'inflation de la masse monétaire disponible pour l'économie, toute monnaie qui n'est pas "engagée" chaque jour dans un processus de production économique réel doit, logiquement, perdre mécaniquement de sa valeur. La mesure de la perte de valeur, c'est, normalement la justification du taux d'intérêt ! Si la monnaie souhaite obtenir une rémunération "sans risques" qui soit bien supérieure ? cette perte de valeur, elle doit la "prendre" sur celle dégagée par l'économie réelle générale. Pour éviter l'excès de ce " prélèvement ", les Banques Centrales tendent, en général, ? maintenir bas le niveau de rémunération de l'argent sans risques.

On peut donc se demander s'il n'existe donc pas un lien logique entre inflation et croissance économique.

Le débat est ouvert mais non réellement traité ! Autrement dit, si on constate de l'inflation, c'est qu'on observe un symptôme d'activité économique croissante sauf si l'on se trouve en situation de pénurie grave et que l'inflation des prix soit d'origine spéculative ( cas de l'Allemagne historique ) plutôt que productive…

Ainsi l'inflation pourrait être vue comme ce que les aviateurs appellent " le secret du petit angle ". ? la fois un frein ? l'avancement, ce qu'ils appellent la traînée de l'avion, mais aussi le symptôme que l'avion prend appui sur l'air ambiant pour se sustenter et pour s'élever toujours plus haut, grâce ? ce qu'ils appellent le portance.

D'ici ? ce que nos gourous de la macro économie, viennent nous dire que d'un mal il peut sortir un bien et acceptent un traitement homéopathique de nos économies ? l'inflation, il n'y a qu'un pas…


Posté par : Henri-Paul Soulodre le octobre 29, 2005 1:02 PM

Pas d'amalgame ! L'erreur du gouvernement ... si erreur il y a ... a été de croire que la menace seule suffirait ? répondre aux problèmes des banlieux ... et nos concitoyens et les médias lui emboitent joyeusement le pas. Mais est-il vraiment crédible de croire que "les tenants du pouvoir des banlieux" (et l? je pense être politiquement correct) allaient se laisser déposséder sans rien faire ? La solution de facilité ... a toujours été et est toujours ... de rien voir, de ne rien dire et de rien faire. Le réalisme politique serait désormais de dire ? nos concitoyens qu'il y a un prix ? payer ... que dans tout combat l'adversaire n'est jamais prêt ? perdre ... et que tout ne se fait pas en un jour. Faire perdre la face ? nos gouvernants ne solutionnera rien bien au contraire ... (cf. pb de la Corse). Le COURAGE ... une valeur dépassée ?


Posté par : J.L. HEINRICH le novembre 3, 2005 3:53 PM

Je rebondis sur le propos de M. Soulodre relatif l'inflation et ? la remarque de M. Ullmann sur ce même sujet dans son article ci-dessus, pour signaler une analyse faite il y a quelques temps dans Le Point (ici) (http://www.lepoint.fr/economie/document.html?did=170305 )

par Jacques Marseille, historien de l'économie.

Il y fait une analyse qui semble conforter le point ce vue en mettant en évidence une corrélation historique entre les périodes d'inflation et celles de croissance et, symétriquement, entre les périodes de non inflation et celles de stagnation économique.

Alors, si l'inflation peut nous aider ? sortir de la crise actuelle, pourquoi pas ?

Mais pour cela il faudra d'abord que les dirigeants de nos banques centrales et en particulier la banque européenne, avalent leur chapeau...


Posté par : Gilles Mas le novembre 16, 2005 9:51 AM

Je partage l'analyse de fossé générationnel, particulièrement au niveau politique. On pourrait ajouter que la vengeance des jeunes femmes sera encore plus terrible, tant la discrimination dans l'accession au pouvoir est encore plus inique.

Une proposition pour une ammorce de changement : strict non cumul des mandats électifs pour les élus de toute l'Europe. Et si l'on est encore plus utopiste, on limite le nombe de renouvellement de mandat ? 1 ou 2 maximum.

Imaginez quel appel d'air démocratique ? Combien de nouveaux postes ? pourvoir ? Pour impliquer une nouvelle génération plus apte sans doute ? arbitrer les choix (maîtrise de l'anglais et NTIC) et a penser solidairement un projet européen et universel.


Posté par : Héloïm le décembre 11, 2005 6:36 PM

Les jeunes vont se venger ? Oh oui et ils commencent. Regarder ce qui se passe autour du telechargement ? C'est une facon de casser toute l'industrie assez monopolistique du disque...et ce n'est que le début....

Posté par : jpv le mars 3, 2006 4:52 PM

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