Intégration des immigrés : prenons les leçons de l'Histoire

Date de la venue de l'invité: 
Mardi, 26 juin, 2018

« Enfermer les gens dans leur culture, dans leur civilisation, en disant : ils sont ainsi pour toujours et à jamais, c'est une erreur au regard de l'Histoire ».

C'est la conclusion de François Héran, démographe, titulaire de la chaire « Migrations et Sociétés » du Collège de France, que le Club des Vigilants avait invité à venir dialoguer le 26 juin dernier.

Cet expert de l'immigration commence par rappeler quelques chiffres-clés, indispensables pour comprendre les enjeux :

  • Près d'un quart de la population française est constituée d'immigrés (hors UE) et de leurs descendants. Cette proportion est sensiblement la même que chez nos grands voisins (24% en Allemagne, 26% aux USA).

  • 45% des 200 000 titres de séjour accordés chaque année le sont au titre du regroupement familial. Cette disposition de droit, conforme aux conventions internationales signées par la France, rend impossible toute décision d'en réduire le volume, contrairement à ce que prônent certains (ir)responsables politiques.

  • De même, 45% de ces titres sont accordés aux étudiants venus poursuivre leurs études supérieures en France. Notre pays fait, en effet, partie des 5 grands pays qui attirent (et cherchent à attirer) les étudiants étrangers.

  • De ce fait, l'immigration « de travail » représente moins de 10% de ces titres de séjour. La réduire encore n'aurait aucun impact sur le taux de chômage.

Une conséquence imprévue, et perverse, de l'arrêt de l'immigration de travail en 1973 a été l'accroissement du regroupement familial, les immigrés n'osant pas repartir de peur de ne pas pouvoir revenir.

Le débat porte ensuite sur l'intégration, notamment celle des immigrés d'origine arabo-musulmane qui représentent 43% des Français d'origine étrangère (ils n'en représentaient que 15% en 1975).
François Héran souligne plusieurs difficultés à cette intégration :

  • Si la 1ère génération (arrivée pendant les 30 glorieuses) a conscience d'avoir gagné en s'expatriant, leurs descendants, soumis à des taux de chômage plus importants, à des discriminations (notamment celles liées à l'islam), ne perçoivent plus ces gains et n'ont pas de point de comparaison avec le sort qu'ils auraient eu dans leur pays d'origine.

  • Il y a une excessive concentration de ces populations dans des quartiers urbains souvent déshérités et abandonnés par les services publics et les commerces. François Héran souligne toutefois en creux les effets positifs des améliorations apportées par les politiques de la ville : « Les choses auraient été pires si on n'avait pas amélioré la qualité de la vie dans les banlieues ».

  • En moyenne, le niveau de qualification de nos immigrés est faible, inférieur à celui que l'on constate chez nos voisins.

François Héran martèle que « l'intégration est une question de temps » et que seules des enquêtes « longitudinales », consistant à suivre un échantillon d'immigrés sur une longue période (4 ans par exemple pour l'enquête ELIPA de l'INSEE), permettent de mesurer comment les indicateurs (possession d'un logement, taux d'emploi, etc.) varient et se rapprochent des taux moyens des natifs.
Des études, réalisées notamment au Québec, mais transposables à la France, montrent qu'il faut environ 7 ans pour qu'un immigré obtienne un emploi conforme à ses qualifications, du fait notamment de la non homologation de ses diplômes. François Héran souligne que ce décalage profite parfois à certains métiers (il cite les professions médicales) qui bénéficient ainsi d'une main d’œuvre bon marché en retardant cette homologation.

A une question sur le risque de fracture dû aux 25% de Français issus de l'immigration et sur l'exemple des pays qui n'acceptent pas ou peu les migrants (ex. Japon, Chine, Brésil, Nigéria), et, à l'inverse, ceux qui comptent des taux bien supérieurs d'immigrants (plus de 50% au Luxembourg, près de 90% dans les pays du golfe), François Héran répond qu'il n'y a pas de modèle migratoire unique et les derniers conservent leur culture au même titre que les premiers.
Citant Janine Ponty, grande historienne de l'immigration polonaise en France, il ajoute que le préfet de l'époque déclarait avec virulence en 1937 : « les Polonais sont complètement inassimilables et leur catholicisme est dangereux pour nous car c'est un catholicisme différent du nôtre ». Les Espagnols, les Polonais, les juifs fuyant les pogroms étaient considérés comme des barbares par nos concitoyens. Or ils se sont finalement parfaitement intégrés. De même une grande partie des immigrants d'origine algérienne ou marocaine est aujourd'hui très bien intégrée. Ainsi, par exemple, au moins ¼ des chercheurs du CNRS portent des noms à consonance maghrébine.
Il ajoute qu'il y a toujours un groupe qui sert de repoussoir et qui, le temps passant, est remplacé par un autre groupe.

Mais François Héran est également conscient que beaucoup de travail reste à faire quant à la réorganisation de l'islam en France et à la volonté d'imposer sans faiblesse le respect de nos valeurs..

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