Bonne nouvelle : la liberté a retrouvé des défenseurs en France

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Photo de Jeanne Menjoulet. Manifestation à Nimes 31 octobre 2026 (recadrée)

La crise des lycées ne débouche pas sur grand-chose de concret. On peut y voir un immense gâchis de plus. Je vous propose d’en rechercher les aspects positifs. J’en vois deux.

D’abord une nouvelle génération s’est exprimée. Je ne parle pas des casseurs et des pillards, bien sûr. Au-delà des problèmes très concrets d’emploi du temps, d’état de certains locaux et de non-remplacement de certains enseignants elle a dit son désarroi légitime sur son avenir. On aurait pu rêver d’un « grand débat » organisé par le Président sortant entre ces jeunes et les candidats à la Présidence de la République. Car c’est bien le (ou la) prochain Président qui est concerné au premier chef. Une occasion manquée qui sera sans doute un peu rattrapée dans les débats télévisés. Cette génération qui a pris conscience d’elle-même comme force politique continuera à s’exprimer.

Deuxième aspect positif majeur, on reparle de libertés en France. Je sais, je sais on nous a surtout montré des casseurs anarchisants (black bloc ?) difficilement défendables (épisode du cocktail Molotov) et surtout des pillards plus faciles à attraper. L’unique problème serait l’efficacité du maintien de l’ordre. 

Une partie non négligeable de la population ne s’y est pas trompée. Elle pense, elle repense enfin, que nous avons un sérieux problème de libertés fondamentales (qui ne date pas de ce mois d’octobre). Elle déplore les bavures et les excès de certains policiers. Mais elle pointe surtout les instructions qu’ils ont reçu et la manière dont le pouvoir politique a cherché à étouffer le mouvement lycéen et ses suites en faisant peur aux jeunes et à leurs familles. Symptôme majeur : la multiplication des gardes à vues de mineurs manifestement destinées à impressionner plus qu’à constituer un dossier juridique.

Je relève deux signes de ce réveil des défenseurs de la liberté. D’abord l’évolution d’un journal comme Le Monde. Après une hésitation manifeste pendant les premiers jours de la révolte lycéenne il a publié des éditoriaux d’une grande fermeté invoquant la défense des libertés comme on n’en avait pas lu depuis longtemps. Ensuite les motivations des manifestants d’après le 17 octobre. Nombre d’entre eux n’étaient pas là pour revendiquer « contre la vie chère » mais pour manifester leur droit à manifester. On a pu lire des pancartes comme « je suis là parce que j’ai peur d’être là ».

J’accorde une grande importance à ces réactions parce que j’y vois une réaction nette à une longue dérive dont nous sommes tous responsables, droite, gauche, politiques, citoyens, médias. Nous exprimons depuis trop longtemps une préférence pour l’ordre et la sécurité au-dessus de tout. Dans un entretien au Monde daté 9 novembre Antonin Baudry (le cinéaste de La Bataille de Gaulle) dit: "Je suis frappé de constater que, depuis le 11-Septembre, la liberté passe systématiquement à la trappe au profit de la sécurité, sans qu'il y ait débat." C’est exactement ça.

La responsabilité des politiques démocrates et notamment des Présidents de la République devrait être de rappeler en permanence que la défense de l’ordre et de la sécurité ne doit pas empiéter sur les libertés. Ou en tout cas ne le faire qu’à minima, exceptionnellement et d’une main tremblante.

Réaction temporaire ? Réaction durable, je ne sais pas.

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