Vers un monde dangereux à vivre ?

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Vers un monde dangereux à vivre ?

En cette période de vœux rituels, les traditionnels souhaits de « bonne année » résonnent très étrangement, au regard d’une actualité préoccupante : la capture et l’exfiltration du président vénézuélien, Nicolas Maduro, opération diligentée par Trump le 3 janvier 2026. Nouvelle audace provocatrice d’un président qui ne cesse de défier les règles de la gouvernance ? Certes, Trump n’en est pas à son premier coup d’éclat, mais il semble pourtant qu’un nouveau seuil soit franchi, qui risque de marquer l’histoire, estiment les analystes. C’est incontestable, mais la sidération et l’effroi viennent-ils du seul fait de « l’audace trumpienne » ? Le plus grand risque n’est-il pas ailleurs ?

En un temps pas si lointain, le grand Einstein, dont le génie ne se limitait pas seulement à la physique puisqu’il a fait preuve d’une grande lucidité pour analyser la société de son époque (cf. nombreuses citations malheureusement peu connues), mettait en garde ses contemporains contre une certaine forme d’inconscience : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et qui laissent faire ». Et c’est bien ce « laisser-faire » qui aujourd’hui constitue la plus grande menace. 

Certes, une fois de plus, Trump a fait preuve d’une audace dépassant la ligne rouge. Mais à bien y réfléchir, il ne fait que poursuivre la stratégie américaine menée depuis des années. Afghanistan, Irak, c’est le même mode opératoire : la lutte contre le Mal, incarné par un terroriste ou un dictateur (Ben Laden, Saddam Hussein), capturé et jugé. Des américains sauveurs, libérant les peuples opprimés par la dictature. Et une menace existentielle : l’arme nucléaire pour l’Irak, le terrorisme pour l’Afghanistan … et aujourd’hui le narcotrafic pour Maduro. Donc vraiment rien de nouveau dans ce scénario, dont le script se répète, à plusieurs années d’intervalle. 

Ce qui change néanmoins, et qui crée la sidération, c’est le cynisme de Trump. Car cette fois, pas de paravent, on affiche très rapidement et sans scrupules les finalités d’une telle entreprise : le pétrole vénézuélien. Les ambitions sont clamées haut et fort, devant les caméras du monde entier. Et le choc est immense : le monde prend soudain conscience de la réalité de cette course aux ressources. Désormais, la prédation est clairement affichée, revendiquée, et annonce un monde chaotique, sans foi ni loi. La déclaration de Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, est révélatrice de cette prise de conscience : « La France se prépare pour un monde durci, pour un monde brutalisé […] ». 

Dans cette perspective, la plus grande menace est-elle vraiment Trump ? Ou le « laisser-faire » de ceux qui le regardent en silence ? Face à des ambitions démesurées et une soif insatiable, un tel silence ne fait que conforter l’instinct de prédation de l’ogre américain. Trump peut d’ailleurs être satisfait : son audace lui ouvre la porte sur de vastes horizons, au premier lieu desquels le Groenland tant convoité. Le monde en état de sidération l’encourage à poursuivre ses conquêtes des temps modernes. 

Si cet évènement marque bien un tournant dans l’histoire, ne nous y trompons pas : la responsabilité incombe moins à Trump qu’à notre propre silence, qu’il soit motivé par le sentiment d’impuissance, par la peur, ou par l’intérêt. Nous sommes définitivement entrés dans un monde dangereux à vivre en renonçant à dire NON. 

 

 

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