Géopolitique

Allemagne : quelques enseignements

Plusieurs correspondants ont fait part à Vigilances de leurs impressions sur Mme Merkel, l’Allemagne et l’Europe. Leurs rapports sont disparates mais complémentaires. Ci-dessous, une tentative de résumé. 1/ Angela Merkel devrait dire « merci » à son prédécesseur Gerhard Schröder. Ce chancelier (social démocrate) n’a pas hésité à bousculer son propre parti et sa coalition avec les Verts pour faire adopter en 2002 « L’agenda 2010 » qui étalait, sur plusieurs années, des réformes affectant à la fois le marché du travail, le système de santé et le système des retraites. Il y a eu des remous mais

Points forts d’une Europe faible

L’hégémonie fait peur, qu’elle soit américaine ou qu’elle devienne chinoise. L’Europe ne fait plus peur, son passé colonial est derrière elle. Cette apparente faiblesse est un premier atout. L’Europe en a d’autres. Elle peut encore les gâcher mais ils existent et peuvent se révéler gagnants. D’abord, l’Europe incarne la réconciliation de peuples autrefois ennemis. Ensuite, le tourisme le prouve, elle symbolise un certain art de vivre. Enfin, son marché est si vaste qu’elle dispose (autant que les Etats-Unis et la Chine) d’un pouvoir normatif. Si elle décide que tel ou tel produit, pour telle

L‘idiote utile

Sarah Palin que John McCain avait choisie comme candidate à la vice-présidence des Etats-Unis est devenue une vedette. Dans les meetings et à la télévision (FoxNews), elle incarne l’opposition la plus dure à la politique d’Obama. Ses convictions sont fortes mais son « ignorance encyclopédique » amenuise ses chances d’être élue en 2012 à la magistrature suprême. Les « gens sérieux », avec, à leur tête, Dick Cheney, l’ancien vice-Président et tête pensante de George W. Bush, la prennent pour une « idiote utile » destinée à préparer le terrain. Le vrai candidat devrait avoir du poids, faire

Obama, Sarkozy : même cause, mêmes effets

En 2007, la crise n’était pas encore patente. Sarkozy a fait campagne sur le thème « Travailler plus pour gagner plus ». Dès son arrivée au pouvoir, il a détaxé les heures supplémentaires. La montée du chômage l’a pris à contre-pied. La fragilité du tissu social lui est apparue. Pour faire passer quelques réformes, il a humanisé son discours et donné des gages à la CGT. En 2008, la crise semblait surtout financière et l’économie dite « réelle » n’était que partiellement affectée. Obama, a fait campagne sur le thème de la justice et s’est engagé à réformer rapidement le système de santé. En

Irak : quelle démocratie ?

Des élections, dans un pays où le respect des minorités n’est pas ancré dans les mœurs, peuvent faire plus de mal que de bien. Tel ne semble pas être le cas pour les récentes élections législatives irakiennes. Un certain nombre de signaux permettent d’être raisonnablement optimiste. Ainsi, en dépit de la lassitude de la population face au manque de services publics et aux difficultés de la vie quotidienne (38 morts le jour du scrutin), 62% des irakiens se sont déplacés pour aller voter. Les sunnites se sont mobilisés et sont de retour dans le jeu politique, ce qui marginalisera leur frange

Talibans : Hezbollah sinon rien

Parallèlement à une offensive militaire, le Président afghan et le commandement américain affirment de concert que le moment est venu de négocier avec les talibans. Comment ? Sous quelle forme ? Avec qui ? La confusion est totale. Certains voudraient d’abord affaiblir l’adversaire en favorisant le retour à la vie civile de rebelles égarés dans des zones non pachtounes. D’autres rêvent de « talibans modérés » qui (moyennant finance ?) accepteraient d’entrer au gouvernement. Mais quid des « vrais » talibans qui, après d’éventuelles négociations, veulent le vrai pouvoir ? Ils ne rendront pas les

Congo : coupable indifférence

Si une personnalité est renversée par une voiture ou brusquement terrassée par une défaillance cardiaque c’est une « info » dont les médias s’emparent. Si cette même personnalité souffre de ce que l’on appelle pudiquement une « longue maladie », un silence durable s’installe et conduit à l’oubli. Il en va de même pour les grandes catastrophes. Un tremblement de terre à Haïti (environ 200.000 morts) éveille, à juste titre, la conscience universelle. En revanche, le lent génocide dont sont victimes des populations congolaises (environ 6 millions de morts) passe presque inaperçu. Un journaliste

Iran : ultime contradiction

L’Islam pur et dur est-il compatible avec la modernité ? Khomeiny a répondu « oui » et, depuis trente ans, la « République Islamique d’Iran » s’efforce de relever le défi. Ses adeptes ne trouvent donc pas contradictoire qu’une « pudeur », pointilleuse et réglementée soit imposée aux femmes mais que celles-ci aient librement accès à l’éducation. Aujourd’hui, l’Iran compte moins de 15 % d’illettrés et, à l’Université, les filles sont plus nombreuses que les garçons. Parallèlement, le taux de fécondité qui était supérieur à 4 enfants par femme en 1990, se stabilise maintenant autour de 2. Dans

Malraux prophète

Un membre du Club, Serge Fradkoff, remet en mémoire un texte d’André Malraux qu’Elisabeth de Miribel a transcrit par sténo le 3 juin 1956. Vieux de plus d’un demi-siècle, ce texte apparaît prophétique. Avant tout commentaire, il convient de le lire. « C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir

Bagarre multipolaire

Les Occidentaux ne sont plus seuls au monde et la multipolarité est encore loin d’être apaisée. Votre lettre mensuelle, Vigilances 79, que je viens de lire, rend compte de la diversité des mutations en cours et éclaire la bagarre multipolaire qui en résulte. Au lieu d’être nostalgique, elle est roborative. Et donc utile. Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères et fondateur de Hubert Védrine Conseil) a animé le 11 mars 2008 un petit déjeuner débat du Club sur le thème « Géopolitique et volonté : ou comment tirer parti des transformations en cours. Comment agir plutôt que subir »