Economie

Sans ingénieurs, pas d’industrie !

A force de sous payer les ingénieurs, de bien payer les vendeurs et de sur payer les financiers, les pays, que l’on dit avancés, finissent par éloigner leur jeunesse de l’industrie. L’Allemagne fait (un peu) exception dans la mesure où des ingénieurs peuvent, à l’intérieur des entreprises, gravir l’échelle des responsabilités jusqu’à devenir patrons. A l’autre bout du spectre figurent les Etats-Unis. Ce pays (300 millions d’habitants), champion de l’innovation et incomparable fertiliseur de start-ups, forme à peu près autant d’ingénieurs que la Corée du Sud (50 millions d’habitants). A ce

Désindustrialisation de la France

J'ai eu récemment l'occasion de me rendre en Allemagne par le chemin des écoliers en traversant les Vosges et l'Alsace. Les vallées vosgiennes offrent un spectacle bien triste : on y va d'usines abandonnées en ruines industrielles, vestiges d'une mono-économie centrée sur le textile. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, après avoir franchi le Rhin on se retrouve dans le Bad Wurtemberg et la Forêt Noire, parfait symétrique (géologique tout au moins) des Vosges. Le spectacle change radicalement. Chaque agglomération, chaque village, a sa zone industrielle avec des usines rutilantes et des

Régulations bancaires : l’Europe à contre-pied

Barack Obama s'est prononcé pour l'interdiction de toute activité spéculative et donc du "trading pour compte propre" des banques de dépôts. Nicolas Sarkozy, dans son discours de Davos, a semblé lui apporter son appui. Michel Barnier, commissaire européen en charge de ces questions complexes, s’est déclaré contre cette idée dans un délai de réaction incroyablement court pour quelqu’un qui, après tout, est un néophyte. Fallait-il politiquement faire plaisir à la City qui, devenue une simple annexe de Wall Street, est bien entendu contre toute régulation « dure » de l’activité des banques d

L’euro et la métaphore corse

Si la Corse était indépendante, son déficit commercial serait chronique et sa monnaie connaîtrait des dévaluations successives. Cela ne se voit pas car les comptes de la Corse sont noyés dans les comptes de la France. De même pour la plupart des régions du Sud de l’Italie. Celles du Nord en sont de plus en plus conscientes et un parti politique, la « Ligue », veut limiter les transferts de richesses. Malgré ces tensions, l’unité italienne n’est pas directement menacée. La nation tient le coup. En ira-t-il de même pour l’Euroland ? La Grèce, premier maillon faible, promet de se restreindre et a

Idées pour l’avenir

Le rapport entre les rémunérations les plus élevées et les plus faibles dans les grandes entreprises ayant été multiplié par 40 en quelques décennies, faire mesurer et publier dans les rapports annuels le ratio entre le centile supérieur et le centile (ou le décile) inférieur des salaires avec commentaire de l’évolution. 1) Cadres intermédiaires et dirigeants sont désormais désolidarisés. Comment provoquer au sein des entreprises débat et négociations pour que l’échelle des rémunérations soit jugée plus juste ?   2) Faire passer l’ emploi au rang de variable stratégique et non d’ajustement 

Plaie d’argent peut être mortelle

Jean-Christophe Rufin se méfie quand on lui parle de mondialisation. « Sortez, écrit-il du Sheraton d’Addis-Abeba, palais des mille et une nuits africain, et vous êtes encerclés de bidonvilles ». C’est tragiquement vrai. En dépit du développement accéléré de quelques zones des grands pays dits « émergents », la moitié de l’humanité se partage 1% du patrimoine mondial et reste plongée dans une misère abjecte.   Faut-il en déduire que les pays dits « riches » n’ont que le droit de se réjouir ? Non ! Chez eux aussi les plaies d’argent peuvent être mortelles. De plus en plus de démunis ont du mal

Chine : les dangers de l’outrecuidance

Jusqu’aux toutes dernières statistiques, l’Allemagne était le premier exportateur mondial. Maintenant, c’est la Chine . Deux interprétations sont possibles. Selon la première, les 1,3 milliards de Chinois n’ont pas de quoi se vanter : à eux tous, ils font à peine mieux que 82 millions d’Allemands, le miracle chinois est donc surfait. La seconde interprétation est toute différente. Elle ne s’appuie pas sur les chiffres mais sur la tendance. Il y a dix ans, la Chine était N°7. La vitesse de sa progression a été fabuleuse. A ce rythme-là, ils seront bientôt les maîtres du monde.   La mode

Thalès : un désastre annoncé

«  Sans industrie, pas d’avenir », telle est, en principe, la doctrine du gouvernement. En pratique, je constate qu’une entreprise de pointe, dont la France pouvait s’enorgueillir, fait actuellement l’objet d’un massacre à la tronçonneuse. Ses métiers sont dévalorisés. Ses équipes sont démotivées. La tragédie a commencé fin 2008. Alcatel souhaitait céder les 20% des actions du groupe Thalès qu’il détenait encore. Alors qu’EADS se portait acquéreur, l’Elysée préféra favoriser Dassault pour éviter une nouvelle gouvernance Franco-Allemande dans le groupe de défense.    Denis Ranque alors

OMC : pêché originel

Comme chacun le sait ou peut le comprendre, une monnaie sous évaluée favorise les exportations et pénalise les importations. Le procédé, s’il est volontaire, peut être considéré comme de la triche et devrait être en tête de la liste de ce que les experts appellent « obstacles non tarifaires ». A l’Organisation Mondiale du Commerce, tel n’est pas le cas : l’OMC est habilitée à régler les différends commerciaux mais n’a pas vocation à s’occuper du monétaire. Pêché originel. Délices pour la Chine qui, depuis son adhésion en 2001, mène une politique de conquête de parts de marché.   L’OMC (WTO en

Europe : d’une faiblesse à l’autre

Les chinois des années 2010 font penser aux Américains des années 1950. Ils trouvent dans le regard des autres l’assurance de leur propre puissance. A l’époque du « dollar gap », l’obséquiosité européenne à l’égard des Etats-Unis n’avait pas de bornes. De nombreux politiciens étaient aux ordres et la plupart des hommes d’affaires, béats d’admiration, auraient fait les pieds au mur pour s’introduire dans cet eldorado.    Aujourd’hui, le marché chinois fait saliver et aucun responsable européen ne veut causer la moindre peine à ceux qu’ils considèrent déjà comme les futurs « maîtres du monde »