Mondialisation

La vertu du long terme

Rétrospectivement, on a du mal à comprendre comment, dans le monde entier, des hommes éminents ont pu se tromper si complètement sur le système soviétique. Pablo Neruda, prix Nobel et humaniste, pleura la mort de Staline en termes émouvants : « Il est un phare, une colombe ». En termes moins lyriques, l’inspecteur des Finances Maurice Lauré expliquait doctement, dans Révolution, dernière chance de la France (PUF, 1954), que le niveau de vie soviétique atteindrait le niveau de vie français avant 1960 et qu’il lui serait supérieur d’environ un quart dès 1965. Ainsi, pendant des décennies, des

Méfions nous des « Munis »

En 2007, peu de gens connaissaient le mot « subprimes ». En 2008, tout le monde le connaissait. En 2010, peu de gens ont entendu parler des « Munis ». En 2011, le risque est grand que tel ne soit plus le cas. Les « Bons Municipaux US » s ont, comme leur nom l’indique, des bons émis par des municipalités américaines pour financer des services locaux. Ils ont de plus en plus de mal à se placer, les compagnies d’assurance spécialisées s’inquiètent et la plupart des Etats de l’Union n’ont ni l’envie ni les moyens de donner leur garantie. Aucun drame n’a encore éclaté car l’arbre du Budget Fédéral

Grèce : la grande braderie

Quels sont les Grecs les plus fortunés ? Les armateurs. Quels étrangers disposent d’une épargne très importante ? Les Chinois. Qui peut faire alliance pour acheter à bon prix les installations portuaires du Pirée ? Les Chinois et les armateurs Grecs. Cosco, le géant chinois du transport maritime considère depuis longtemps que le port d’Athènes est un emplacement stratégique. Depuis 2008, il y contrôle une immense base de porte-conteneurs. Maintenant, il voit plus grand. Poussé par le gouvernement chinois, accueilli presque en sauveur par le gouvernement grec, associé à des armateurs dont les

Ne pas mettre tous ses œufs dans le panier chinois

Jusqu’où ira la Chine ? Depuis 30 ans, ses gouvernants ont accompli un quasi sans faute. Le pays, industriellement sous développé, s’est transformé en « atelier du monde » et, depuis quelques années, la montée en gamme est vertigineuse. La moitié des panneaux solaires installés dans le monde sont « made in China ». Les TGV, de fabrication locale, relient les principales villes du pays et sont bien placés pour conquérir le marché américain en commençant par la Californie. Dans tous les secteurs, des brevets sont déposés (67.000 en 2009 pour la seule chimie : record mondial). Non contente de se

De l’or, encore… ?

La crise va-t-elle faire revenir en force l’Avare et l’Oncle Picsou, dont le point commun est, on le sait, d’aimer regarder, contempler, palper, jour après jour, toute leur épargne en forme de tas d’or, jusqu’à s’y asseoir ou s’y jucher pour bien s’assurer de sa matérialité ? Pour eux , point de papier monnaie fiduciaire, la confiance en l’Etat qui l’émet n’y est pas ; encore moins de compte bancaire pour y loger leurs avoirs, le scriptural est trop immatériel, partant trop précaire, et la confiance en une banque dépositaire n’y est pas. Alors que, des « Emprunts russes » défaillants au

La dictature des taux

Dis-moi à quel taux tu empruntes, je te dirai comment tu vas. En étant obligée de payer plus de 6% d’intérêt pour emprunter à dix ans, la Grèce allait déjà très mal à la fin du mois de mars. Depuis, le marché a boudé et des transactions ont eu lieu sur une base supérieure. En « dernier recours », l’Europe semble disposée à prêter, sur trois ans, au taux de 5 %, ce qui est encore cher. Le niveau des taux est un thermomètre. Moins l’emprunteur paraît solvable, plus le prêteur a tendance à lui faire payer un intérêt élevé. C’est logique mais dangereux. Si la f acture devient trop lourde, le

Crépuscule du théorème de Schmidt

Helmut Schmidt, quand il était chancelier de l’Allemagne Fédérale, a rendu célèbre un théorème de son invention. « Les profits que font les entreprises aujourd’hui, disait-il , sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ». C’est encore partiellement vrai car, si les entreprises ne faisaient plus de profits, les investissements se tariraient. Le raisonnement, cependant, perd de sa simplicité puisque, dans le cadre de la mondialisation, beaucoup d’investissements partent à l’étranger et beaucoup de profits viennent de l’étranger. En Occident, le rôle des Etats devient

Sans ingénieurs, pas d’industrie !

A force de sous payer les ingénieurs, de bien payer les vendeurs et de sur payer les financiers, les pays, que l’on dit avancés, finissent par éloigner leur jeunesse de l’industrie. L’Allemagne fait (un peu) exception dans la mesure où des ingénieurs peuvent, à l’intérieur des entreprises, gravir l’échelle des responsabilités jusqu’à devenir patrons. A l’autre bout du spectre figurent les Etats-Unis. Ce pays (300 millions d’habitants), champion de l’innovation et incomparable fertiliseur de start-ups, forme à peu près autant d’ingénieurs que la Corée du Sud (50 millions d’habitants). A ce

Quand l’industrie automobile perd les pédales

Les récents déboires de Toyota, Honda, Volkswagen, PSA (qui sera le prochain ?) mettent en évidence les difficultés croissantes qu’ont les constructeurs à se muer en assembleurs. Il y a 30 ans, 75% des pièces constituant une automobile étaient fabriquées par le constructeur lui-même. Aujourd’hui, la proportion est inversée. En cause, une hyper spécialisation, notamment dans tout ce qui touche à l’électronique. Aucun constructeur ne serait aujourd’hui capable de fabriquer un simple ABS. Même Volkswagen vient d’abandonner sa technologie propre d’injecteur-pompe de ses moteurs Diesel et se

Bagarre multipolaire

Les Occidentaux ne sont plus seuls au monde et la multipolarité est encore loin d’être apaisée. Votre lettre mensuelle, Vigilances 79, que je viens de lire, rend compte de la diversité des mutations en cours et éclaire la bagarre multipolaire qui en résulte. Au lieu d’être nostalgique, elle est roborative. Et donc utile. Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères et fondateur de Hubert Védrine Conseil) a animé le 11 mars 2008 un petit déjeuner débat du Club sur le thème « Géopolitique et volonté : ou comment tirer parti des transformations en cours. Comment agir plutôt que subir »