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L'humanité ne mange que des plantes malades |
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Ce titre, qui fait froid dans le dos, est une citation de Claude et Lydia Bourguignon, dont Le Monde, daté du 27 février, publie un portrait passionnant.
Ces deux chercheurs ne cessent d’analyser la terre, sur tous les continents, et leurs diagnostics sont de plus en plus alarmistes. Si le titre de ce billet donne un reflet évocateur de leurs positions, ces deux francs-tireurs dressent un tableau sévère de toute la profession. A commencer par l’INRA, leur précédent employeur. Ils ont proposé à l’Institut National de la Recherche Agronomique une méthode de mesure de l’activité microbienne des sols (étalon de la mesure de la « fertilité » d’une terre). L’institut a refusé. Ce qui leur a fait dire « les microbes, contrairement aux engrais, travaillent gratuitement ».
Pour eux la filière agricole est loin du travail de la terre, mais est devenu la science « de la gestion des pathologies végétales ».
Quand ils évoquent les jeunes générations, c’est pour dire qu’ils n’auront pas la chance de manger soin, et parlent d’une perte de « capital ».
Visiblement, ils ont dans le collimateur les industriels de la terre, qui font de manière intégrée, les analyses des sols, vendent les engrais, les pesticides puis les médicaments …
Je ne sais pas pourquoi, cela m’a fait penser à Knock de Jules Romain. Je me suis dit que c’est comme si Knock avait réussi dans le business et faisait les diagnostics de ses clients (n’oublions pas que « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent »), et administrait les médicaments produits par « Knock et Companies ». Médicaments qui rendraient réellement malade le client (au départ bien portant), … induisant le recours à ses services devenus … incontournables.
Bien évidemment, il ne peut en être ainsi. Il existe nécessairement des garde-fous que je ne connais pas. Mais le fait même que je formule cette comparaison est révélateur d’une perte de confiance !
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Micmac autour des cellules souches |
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Les recherches sur les cellules souches apparaissent comme le nouvel eldorado thérapeutique et... accessoirement financier. Aujourd’hui, les plus avancées concernent les cellules souches adultes. Elles sont les seules qui aient fait, avec des succès divers, l’objet d’essais thérapeutiques sur l’homme.
Mais, selon un nombre croissant de biologistes, ce sont les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) qui recèleraient les capacités les plus "révolutionnaires". Ces cellules, éternellement vierges, seraient "pluripotentes". Ce qui revient à dire que l’on peut en disposer rapidement en quantité importantes, mais surtout qu’elles seraient susceptibles d’être transformées à volonté en n’importe quel tissu ou organe. On en espère la guérison d’un grand nombre de maladies – diabète, Parkinson, Alzheimer... – et la régénération de quasiment tous les tissus ou organes endommagés. Un rêve de jeunesse et de santé éternelles en somme !
Toutefois si un large consensus existe pour les études sur les cellules souches adultes, il n’en va pas de même pour les CSEh. Les discussions sur l’autorisation ou pas des recherches sur ces dernières ont été âpres. Avec d’un côté les apôtres de l’intégrité de l’embryon et de l’autre les prophètes d’un monde où l’humain ne serait plus à la merci d’une pauvre "enveloppe" qui se déglingue. Alors que la querelle faisait rage, une équipe de l’Université du Minnesota (Minneapolis) fit une importante "découverte" : certaines cellules de la moelle épinière de la souris seraient capables de se transformer, tout comme les CSEh, en n’importe quel tissu. Une découverte (publiée dans Nature) à même de réconcilier tout le monde.
De nombreuses équipes se lancèrent sur la piste. En vain. Les cellules souches adultes "pluripotentes" demeuraient introuvables. Newscientist.com, un site d’information scientifique en ligne, mena l’enquête. Sa conclusion : des résultats bidouillés et une étude tronquée. L’Université du Minnesota a, de son côté, décidé de diligenter ses propres investigations.
Quant à nous, osons une hypothèse : n’y a-t-il meilleur moyen d’entraver la recherche sur les CSEh que d’agiter le graal de cellules souches adultes "pluripotentes" ?
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Neurosciences : Kant et Hume réconciliés |
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Réunies par Antonio Damasio, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie à l’Université de Californie du Sud, et son équipe, trente personnes ont participé à une expérience inédite. Six avaient une partie du cerveau, le cortex préfrontal ventromedial (VMPC) qui régule les émotions, endommagée par une tumeur. Douze avaient des lésions dans d’autres régions du cerveau mais pas dans le VMPC. Les douze derniers ne souffraient d’aucun désordre.
Différents scénarios ont été proposés aux participants qui disposaient du même niveau d'information pour prendre leurs décisions.
Premier type de scénario : un nouveau vaccin a été produit. Les tests montrent qu’il est efficace pour le grand nombre mais peut s’avérer nuisible, sinon mortel pour quelques uns. Doit-on encourager son utilisation ?
Second type : un train fonce à grande vitesse sur cinq ouvriers travaillant sur la voie. Le seul moyen de l’arrêter est de jeter une personne sur la voie. Le ferez-vous ?
Tous, dans le premier cas, sont prêts à mettre indirectement en danger la vie de quelques uns, inconnus, pour le bien du plus grand nombre. Dans le second cas, seules les personnes dont le VMPC est altéré se disent prêtes à jeter une personne sous un train pour sauver cinq vies. Elles affichent, en ce sens, un comportement exagérément « utilitariste ».
Ces résultats suggèreraient, selon Antonio Damasio et son équipe, que les émotions jouent un rôle majeur dans les décisions morales impliquant un contact personnel. Hume et Kant dans tout cela ? Confrontés à un problème d’ordre éthique, les individus puisent, pour le premier, dans l’empathie aux autres les moyens de prendre la décision morale la plus appropriée. Kant, quant à lui, qui se méfiait des émotions et de leur effet corrupteur sur le jugement des individus, n’en considérait pas moins que toute personne doit être respectée dans sa dignité et son intégrité. Ce que les personnes dépourvues d’émotions ne font pas.
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La dictature du gène |
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Conçu au départ pour les couples non stériles, confrontés à un problème de maladie grave, génétique ou chromosomique, d'obtenir après fécondation in vitro, l'implantation d'un embryon certifié exempt de la maladie redoutée, le diagnostic préimplantatoire (DPI) a tendance à se généraliser.
Dans une longue interview au Monde, datée du 4-5 février, Didier Sicard, Président du Conseil Consultatif National d’Ethique (CCNE), ancien chef du service de médecine interne à l’hôpital Cochin s’inquiète de cette « banalisation ».
En réduisant la personne à une caractéristique donnée, le dépistage prénatal, risque, à ses yeux, de dériver vers l’eugénisme. « Certains souhaitent que l’on dépiste systématiquement la maladie de Marfan dont étaient atteints notamment le président Lincoln et Mendelssohn. Aujourd’hui, Mozart, parce qu’il souffrait probablement de la maladie de Gilles de Tourette, Einstein et son cerveau hypertrophié à gauche, Petrucciani et sa maladie osseuse, seraient considérés comme des déviants indignes de vivre » s’insurge-t-il.
Ces inquiétudes sont-elles justifiées ? Oui si l’on pense à la décision des autorités de santé britanniques d’étendre le dépistage prénatal à un plus grand nombre de pathologies potentielles. En juin dernier, elles ont donné leur feu vert au dépistage des gènes responsables notamment des cancers du sein, des ovaires et du côlon. Un certain nombre de médecins, en France, milite pour une telle extension. Désormais, et pour chacun de nous, la seule question qui vaille sera : à partir de quel degré de « perfection » une vie mérite-t-elle d’être vécue ?
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Des secrétaires au secours des infirmières |
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D’un côté, il manquerait 15 000 infirmières en France. On en est à en "importer" d’Espagne, d’Italie et des pays de l’Est... Celles qui sont en poste crouleraient – près de 40% de leur temps de travail – sous les tâches administratives. Face à cette pénurie, hôpitaux et cliniques privées se font une concurrence acharnée pour séduire ces belles.
De l’autre, nombre de secrétaires médicales sont au chômage. L’informatisation croissante des hôpitaux, cliniques et cabinets médicaux y est pour beaucoup. Plutôt que de se lamenter sur les infirmières qui font défaut, ne peut-on embaucher des secrétaires médicales et libérer ainsi du temps "infirmier" si recherché ?
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Maladies neurovégétatives : l’arme du microchimérisme |
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Durant la grossesse, un petit nombre de cellules souches fœtales s’ « égarent » hors du placenta, passent dans le sang de la mère et vont se nicher dans les tissus du foie, de la rate ou de la peau... Elles peuvent y survivre des années et jouer un rôle réparateur sur les organes endommagés. Ce phénomène est appelé microchimérisme foeto-maternel. Il participe des stratagèmes de dame nature et de l’évolution puisque le fœtus et, plus tard, l’enfant, aura une meilleure chance de survie si la mère est en bonne santé pendant et après la grossesse.
Jusqu’ici ce phénomène n’a jamais été observé dans les tissus du cerveau. Or, une équipe dirigée par Gavin Dawe de la National University of Singapore and Xiao Zhi-Cheng du Singapore's Institute of Molecular and Cell Biology a constaté la présence de cellules souches fœtales dans le cerveau de... souris. Mieux encore, ils ont réussi à démontrer qu’une fois ces « passagers clandestins » en place, ils étaient capables de se différencier et de produire la plupart des cellules cérébrales : neurones, astrocytes, oligodendrocytes... « Simulant » les effets d’une congestion cérébrale dans le cerveau d’une maman souris, ces chercheurs observent que les cellules souches « accourent » dans la région endommagée. Leur concentration est multipliée par 6, ce qui suggère, à leurs yeux, ce rôle réparateur. Elles répondent probablement, selon les membres de l’équipe de recherche, à une forme de « SOS » des cellules endommagées.
Il s'agit de démontrer maintenant que les cellules foetales injectées directement dans le sang des souris sont capables d’agir dans une situation de réparation cérébrale. En cas de résultats positifs, des tentatives pourraient être menées sur l'homme permettant ainsi de s'affranchir des injections intra cérébrales. Ce qui constituerait, à terme, une avancée dans le traitement d’un certain nombre de maladies neurovégétatives.
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Cancer de l’utérus : inégalités de traitement |
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250 000 femmes meurent chaque année des suites d’un cancer de l’utérus. Ce chiffre pourrait être multiplié par quatre d’ici 2050. C’est un virus, le HPV (Human Papilloma Virus), qui est à l’origine de la grande majorité des cas. Ainsi, 50 % des femmes sexuellement actives âgées de 18 à 22 ans en sont infectées aux Etats-Unis. Traitée à temps, l’infection ne laisse pas de séquelles. En cas d’absence de traitement rapide, le virus s’installe et peut déclencher, des décennies plus tard, souvent après l’âge de 60 ans, un cancer.
La généralisation des tests de dépistage réguliers dans les pays développés aboutit à la prise en charge précoce des infections. Ce qui a permis de diminuer drastiquement le nombre de décès. Ce n’est pas le cas des pays en développement où ce mode de prévention est quasi nul. Mais le HPV a le tort, dirions nous, d’être sexuellement transmissible. Du coup, ce qui devait être une bonne nouvelle - un vaccin qui devrait protéger les femmes de la plupart des formes de ce cancer est en voie de commercialisation – risque de se muer en objet de polémique pour tous les rigoristes du monde.
Aux Etats-Unis, les lobbys chrétiens s’insurgent contre la vaccination des jeunes filles arguant que la meilleure prévention est l’abstinence et que le vaccin pourrait les inciter à des relations sexuelles avant le mariage. Air déjà entonné contre la promotion des préservatifs dans la lutte contre le sida. Qu’en sera-t-il alors dans les pays en développement qui comptent d’ores et déjà 80 % des victimes ?
Les pays musulmans où la vertu des filles est érigée en dogme pourraient renâcler. Certains pays d’Afrique, dont la population paye déjà un lourd tribu au sida et où les évangélistes sont très actifs, seraient tentés d’en faire autant. Même l’Inde qui a annoncé un programme de vaccination contre le HPV souligne qu’il sera réservé aux femmes mariées. Espérons qu’il s’agit là d’une restriction transitoire. En effet, selon l’Agence Internationale pour la recherche sur le cancer à Lyon, le nombre de femmes de plus de 60 ans passera, dans ce pays, de 43 millions, en 2005, à 168 millions en 2050. Le cancer deviendrait-il alors le « juste » châtiment pour toutes les jeunes filles qui n’attendraient pas le mariage ?
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Grippe aviaire : les risques d’épidémie |
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Alors que plusieurs cas de grippe aviaire ont été détectés dans plusieurs pays d’Europe, il est bon, je crois d’attirer l’attention sur quelques faits majeurs :
- Les virus n’arrêtent pas de muter mais la plupart des mutants ne sont pas viables. Il est donc impossible de dire quand le H5N1 pourra, sous une forme nouvelle, s’attaquer à l’homme. Il est cependant probable que cela arrivera.
- Trois zones doivent être considérées comme particulièrement dangereuses : i) le Sud Est asiatique où le H5N1 s’est massivement répandu ; ii) l’Afrique où il est en train de se répandre ; iii) la Scandinavie dont on parle peu mais où les oiseaux migrateurs vont revenir au printemps.
- L’Afrique et la Scandinavie ne présentent, évidemment, pas les mêmes types de risques. En Afrique, les moyens manquent pour lutter contre l’épizootie et les populations humaines, déjà fragilisées (sida, etc.), sont particulièrement vulnérables. En Scandinavie, les moyens abondent mais la multitude des petits lacs, propices à la nidification, rend le repérage des oiseaux pratiquement impossible.
- Conclusion : le confinement des volailles sur le territoire de l’U.E est indispensable mais ne garantit pas l’avenir. Le jour (espérons lointain !) où le virus aura muté, les voyageurs risquent d’être aussi dangereux que les oiseaux !
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La vie humaine n’a pas de prix mais elle a un coût |
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Sous le titre « Quand les jeunes se vengeront », Vigilances a déjà attiré l’attention sur la « galère » des jeunes qui peinent pour trouver un logement, pour trouver du travail et qui devront payer la facture des déficits publics accumulés par des gouvernements élus par leurs aînés. Nul doute que s’ils avaient leur mot à dire, ces jeunes commenceraient par amender le système de retraite par « répartition ». Le problème de la sécu s’annonce, cependant, encore plus explosif que celui des retraites.
Non seulement les gens vivent de plus en plus vieux mais les soins, étant de plus en plus sophistiqués, coûtent de plus en plus cher. Sous l’effet conjoint de ces deux phénomènes, les dépenses de santé vont continuer à croître. Si donc les vieux ne sont pas appelés, d’une façon ou d’une autre, à payer davantage pour eux-mêmes, les jeunes finiront par se lasser. Surtout, si le droit de « mourir dans la dignité » n’est pas reconnu et encadré éthiquement par la loi, le balancier risque d’aller trop loin dans le sens de l’euthanasie. On peut craindre que des jeunes Rmistes à 500 euros par mois ne supportent pas de voir des hôpitaux dépenser 2000 euros par jour pour maintenir en vie, pendant plusieurs années, une vieille personne hémiplégique et quasi végétative. Mieux vaudrait réformer à temps que risquer une guerre entre générations.
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Ils ont tué Hippocrate |
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« Celui qui maîtrise une technique est un technicien pas un samouraï » affirme le Hagakure, code des samouraïs. A l’image du Hagakure, j’estime que celui qui pratique une technique médicale est un technicien, pas un médecin. En effet, depuis 1969, l’année où j’ai quitté le PSU, je ne me reconnais qu’un seul parti : le « parti révolutionnaire hippocratique ». Le médecin est celui qui, ? mes yeux, pratique une intervention idéologique sur les hommes. Et s’il y a de la technique, la médecine est et reste surtout une manière de considérer l’homme.
En cela, elle est probablement la chose la plus anti naturelle qui soit. Pourquoi anti naturelle ? Il n’y a qu’? observer les mammifères pour voir que l’homme est différent des autres mammifères. Ainsi, quand un mammifère est âgé, malade, il est éliminé. On peut dire, d’ailleurs aujourd’hui, que les journaux cultivent, de plus en plus, le culte du mammifère. On y voit des gens jeunes, beaux, aux formes appétissantes... La maladie, la souffrance, la vieillesse n’y ont pas leur place. Or, que fait la médecine ? Que fait le médecin ? Tout le contraire, justement. Il se mettrait ? bâiller face ? celui qui lui dirait : regardez comme je suis beau, comme je suis en forme, comme je suis jeune. En revanche, ce même médecin « sauterait », littéralement, sur celui qui est cassé de partout, pas bien, pas beau, souffrant...
Il y a ainsi dans la pratique médicale deux aspects. Un aspect naturel puisque cela semble normal, quand on a mal, de trouver quelque chose qui puisse soulager. Et un autre, totalement anti naturel, si l’on se réfère ? l’histoire des mammifères. Pourtant, il ya 2500 ans, Hippocrate a cassé, d’une manière radicale, la tendance anti naturelle. Vivant sur l’île de Kos et descendant de 17 générations de médecins, Hippocrate introduit deux ruptures majeures. Il affirma, d’abord, que les maladies ne sont pas créées par les Dieux, ce qui était la croyance générale ? cette époque, mais qu’elles ont des causes. Un de ses arguments ? Chez les Scythes, l’impuissance était très répandue. Or elle touchait les riches et non les pauvres. Les riches qui, dit-il, sont ceux qui font le plus d’offrandes aux Dieux et devraient donc être protégés des maladies. Pourtant, il n’en est rien. Et ces causes sont diverses. Dès cette époque, Hippocrate cite en particulier le vent. Ce qui est une intuition très forte puisque nos sociétés modernes ont confirmé l’existence de pathologies liées ? la climatologie et ? la pollution...
La deuxième grande rupture est intoduite par le serment qui, ? mon sens, est fondateur d’un certain comportement humain. Que dit Hippocrate, il y a 2 500 ans *? Que le médecin est du côté de la vie pas de la mort. Que lorsqu’on rentre chez les gens, cela vous donne le pouvoir de savoir ce qui se passe et qu’il est interdit de se servir de ce pouvoir formidable. Que si l’on est dans un rapport de force physique vis-? -vis de quelqu’un de désirable, on n’a pas le droit d’en profiter. Et enfin, que c’est la même attitude qui doit prévaloir que ce soit pour un homme ou une femme, qu’ils soient libres ou esclaves.
La médecine, telle que Hippocrate la définit, porte en elle l’obligation de s’impliquer auprès des malades, de répondre ? leurs besoins, mais aussi de s’interdire de se servir de tous les éléments de pouvoir qui sont liés ? cette activité. Le serment est, ? cet égard, d’une radicalité absolue. Il définit les éléments fondamentaux qui déterminent l’attitude de la médecine en tant qu’activité sociale, en tant que lien entre les hommes. Or, depuis une vingtaine d’années le savoir s’est mondialisé et le mode d’exercice de la médecine s’est socialisé. Ces deux phénomènes se sont accompagnés d’une « privatisation » croissante de la recherche clinique par les laboratoires pharmaceutiques. Or, qui dit contrôle de la recherche clinique, dit domination sur l’actualisation même du savoir. Que restera-t-il, alors, du serment si les impératifs financiers de l’industrie devaient l’emporter sur ceux de santé publique ?
Une recherche clinique « privatisée »
Bien entendu, le savoir médical, au 5ème siècle avant JC, n’est pas le même qu’aujourd’hui. L’exercice médical non plus. Cependant, les principes énoncés par Hippocrate sont restés immuables et ont guidé l’exercice de la médecine jusqu’? nos jours. C’est très intéressant de signaler, ? cet égard, que dans le Droit Français, en dehors du « truisme » réaffirmant que pour être médecin il fallait avoir un diplôme en médecine, être membre du conseil de l’ordre et accoler sa plaque quelque part, il n’y avait pas un article sur la médecine. La médecine évoluait, jusqu’? peu, dans le cadre du droit commun pur. Au pénal, c’était assez facile, puisque toutes les peines sont les mêmes mais seraient aggravées dans le cadre de l’exercice médical. Au civil, n’existait que la notion de non assistance ? personne en danger. Que recouvre cette notion ? C’est l’affirmation par le Droit des trois qualités requises pour un médecin : la compétence, la disponibilité et l’indépendance. La compétence l’oblige ? maintenir son savoir au niveau le meilleur. C’est un fondement que l’on retrouve dans toutes les sociétés occidentales, même si certains, notamment de l’école libérale américaine, le regrettent. La disponibilité, quant ? elle, exprime la primauté du patient sur toute autre chose. L’indépendance, enfin, devrait être effective vis-? -vis de toute autre considération qu’elle soit de type idéologique, religieux, politique, économique... Tous ces principes définissaient, jusqu’? récemment, environ une vingtaine d’années, un cadre d’obligations extrêmement fort. Que s’est-il passé depuis ?
La médecine a connu deux phénomènes concomitants : le savoir s’est mondialisé et le mode d’exercice s’est socialisé. Cent ans auparavant, le savoir était différencié au niveau individuel comme au niveau des pays. Le docteur X traitait comme ci et le docteur Y comme ça alors que cohabitaient l’Ecole américaine, l’Ecole française, l’Ecole allemande... Aujourd’hui, rien de tel. N’existent que des sociétés européennes, des sociétés américaines ou des sociétés mondiales – ce sont souvent les sociétés américaines qui jouent ce rôle -, et, lorsqu’une nouveauté survient, des consensus s’établissent. Ces consensus sont mondiaux au sens où ils sont appliqués partout. Cela donne un savoir identique et partagé par tous.
De même, autrefois, le médecin soignait des riches qui le payaient et, en contrepartie, donnait, gratuitement, des soins aux pauvres. Un certain équilibre s’établissait ainsi. Aujourd’hui, en particulier en France, le mode d’exercice de 99,8 % des médecins est socialisé. Ce mode se retrouve dans toute l’Europe occidentale. Ce n’est pas le malade qui paye, même s’il avance des frais, mais la sécurité sociale qu’elle soit financée, selon les pays, par les cotisations ou les impôts. Le médecin apparaît ainsi comme un élément d’un système social, collectif et non individuel.
La médecine, de son côté, est liée, d’une part, ? un savoir qui est international et, de l’autre, ? un mode d’exercice socialisé. Comment se construit ce savoir ? Comment est-il transmis ? Autrement dit, quel est le mode de fonctionnement de la recherche clinique (recherche fondamentale) et de l’enseignement, en particulier post universitaire ? La recherche fondamentale est en grande partie publique. Elle est, selon les pays, plus ou moins faible. En France, elle est notoirement insuffisante en raison de financements dérisoires et de structures archaïques. Quant ? la recherche clinique, en particulier thérapeutique et pharmacologique, c’est un véritable marécage. Ainsi, dans les années 70, même aux Etats-Unis, rien ne provenait du privé.
Aujourd’hui, 70 % de la recherche thérapeutique médicale est contrôlée par les laboratoires pharmaceutiques. En France, ce pourcentage monte ? 90-95 %. Or, par nature, l’industrie pharmaceutique poursuit deux objectifs majeurs : fabriquer de nouveaux médicaments et engranger des profits. Rien de critiquable dans cela tant que ces deux objectifs « marchaient » du même pas. Ce n’est plus le cas. Les objectifs financiers et l’obligation de présenter des comptes « sexy » aux actionnaires priment, de plus en plus, sur les impératifs de santé publique. Ainsi, l’industrie pharmaceutique peut mener 25 études, en avoir 23 négatives, deux positives, et ne publier que ces deux dernières. Autre exemple, d’actualité, celui du Tamiflu, produit par les laboratoires Roche. Ce médicament est présenté par la presse comme le remède miracle en cas d’épidémie de grippe aviaire. Contrairement ? ce qu’écrivent certains, ce qui est critiquable, ce n’est pas tant le fait que le laboratoire Roche produise ce médicament, mais qu’aucun autre laboratoire n’ait investi contre la grippe. Or, on est face ? une menace de type infectieux et, vouloir la prévenir avec un seul médicament, c’est comme aller ? la guerre avec un fusil ? un coup.
Que reste-il de ce serment ?
Le savoir devient, de ce fait, déterminé et contrôlé par les grandes entreprises pharmaceutiques. La transmission du savoir, elle-même, n’échappe pas ? cette main mise. Il n’est plus possible en France de mener des recherches cliniques sans les laboratoires. Bernard Kouchner a tenté en son temps de faciliter la mise en place des PHRC (Protocoles hospitaliers de Recherche Clinique), pour desserrer l’étau de l’industrie pharmaceutique sur la recherche. Dévoyés en partie de leur but, ils ont périclité. La loi Hurriet, en instituant les CCPPRP (Comités de Protection des Personnes), a fini par tuer toute velléité de recherche en dehors des labos. En effet, en imposant toute une batterie de procédures dont la rémunération des personnes participant aux essais, cette loi interdit de fait ? toute autre personne que les labos de faire de l’investigation clinique. Tout cela au nom de la protection des personnes !
Le médecin est tenu, quant ? lui, d’offrir les meilleures prestations possibles. Ce qui passe par l’amélioration permanente du niveau du savoir de tous. En un mot, de faire de la recherche. Or, la loi pénale impose, avant la mise en place d’un protocole, de passer devant un CCPPRP. Si un médecin veut améliorer son savoir, sans passer par un CCPPRP, il est passible d’une peine. C’est le principe de culpabilité ? priori qui est ainsi posé. Conséquences ?
Il y a eu, d’un point de vue économique, transfert concret aux labos du monopole de l’investigation clinique. Pire. Elle définit, d’une certaine manière, l’activité médicale comme une activité hostile aux personnes. Or, il aurait suffi de rappeler l’obligation hippocratique et de déterminer un certain niveau de qualité. Cette évolution n’est pas neutre. Jusque l? , le médecin avait une obligation de moyens. Moyens définis, admirablement, dans le code hippocratique. Aujourd’hui, il se trouve peu ? peu devoir faire face ? une obligation de résultats.
Qu’en est-il alors de la transmission du savoir ? La loi interdit ? l’industrie pharmaceutique de donner de l’argent aux médecins, sauf pour l’organisation des congrès. Ceci a été fait, dans un souci de moralisation tout ? fait louable. Or, elle eut, et comme quoi le mieux peut être l’ennemi du bien, des effets tout ? fait dommageables. Avant la loi, les labos finançaient, en partie, les congrès et l’enseignement post universitaire. Après la loi, ils ne financent plus que les congrès. Mais ce sont de 95 ? 98 % des congrès européens qui sont passés sous leur coupe. Résultat : c’est la totalité de l’enseignement post universitaire qui est contrôlé par l’industrie. On assiste l? un transfert de pouvoir, absolument néfaste, de la collectivité vers les labos. L’argent de la sécurité sociale, produit des cotisations, est ainsi transféré ? l’industrie pharmaceutique qui contrôle, par ce biais, l’investigation clinique et la mise ? niveau des connaissances. Juge et partie, l’industrie détient l? une position hégémonique sans précédent. Cette situation de monopole ne peut que se révéler ? terme délétère pour l’ensemble des malades.
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Pédale douce sur les antidépresseurs |
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Pendant des décennies, le nombre de tués sur les routes de France était scotché ? plus de 8000 morts par an. Plus du double de morts par rapport ? des pays, comme la grande Bretagne ou l’Allemagne, comparables par la population. Idem pour la consommation d’antibiotiques et, jusqu’? récemment, l’utilisation des génériques était minime comparée ? nos voisins.
Aujourd’hui, le nombre de morts devrait passer sous la barre des 5000 ; la baisse de consommation d’antibiotiques est, en deux ans, significative ; le pourcentage de génériques prescrits est en hausse. En cause ? Une volonté politique forte associée ? une concertation réelle avec tous les acteurs concernés. N’est-il pas temps d’en faire de même pour la consommation d’antidépresseurs dont nous sommes les champions du monde ?
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