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Attention : Russie faible |
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C’est dans une Allemagne rongée par l’inflation que le nazisme a pris corps. Bien sot qui se réjouirait aujourd’hui d’une Russie affaiblie. La tentation existe. Le Rouble plonge, les capitaux fuient, les mécontentements s’accumulent. Pourquoi ne pas en profiter pour se venger de la morgue poutinienne ?
Ce serait oublier que la Russie est assise sur plus cinq mille armes nucléaires et que des nationalistes humiliés peuvent se révéler plus dangereux que des communistes installés. Poutine, pour l’instant, plaide la coopération. Au récent Forum de Davos, il était tout miel. Après avoir risqué la confrontation sur les livraisons de gaz, il s’est mis à prôner le partenariat. Mme Merkel lui a souri et l’Union Européenne a maintenant le loisir de voir de quelles garanties ces bonnes paroles pourraient être assorties. Quant à Obama, il a opportunément sauté sur l’occasion pour proposer la reprise des négociations américano-russes sur la réduction et le contrôle des armements nucléaires. L’affaissement de l’économie russe offre une opportunité. Ne pas la saisir fermement et l’exploiter durablement serait courir un risque.
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Le test ukrainien |
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L’Ukraine n’est pas un pays ordinaire. Une partie de sa population louche vers l’Ouest, une autre louche vers l’Est, une troisième, en Crimée, est à peine ukrainienne. Le tout finira par éclater si l’Union Européenne et la Russie ne créent pas un partenariat paneuropéen permettant à l’Ukraine de servir de passerelle au lieu d’alimenter la discorde. Le conflit du gaz ne fait que souligner l’urgence du problème.
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Une autre perception de la société russe |
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Les enjeux politiques et le problème du gaz conduisent à se poser avec de plus en plus d’acuité la question : où va la société russe ? En restons-nous aux perceptions habituelles : baisse catastrophique de la natalité, augmentation du taux de mortalité précoce, alcoolisme généralisé, extension des réseaux mafieux, pouvoir exorbitant des oligarques ou peut-on être amené à avoir un autre regard sur la société russe en émergence… ?
Après avoir beaucoup travaillé dans ce pays depuis longtemps et particulièrement de 1990 à 2000, je suis frappée aujourd’hui, de la fureur de vivre, du dynamisme d’une jeunesse belle et libérée, de la joie de vivre qui s’exprime en terme de capitalisme sauvage, de développement rapide des start-up, de créativité, d’architecture folle, d’explosion du non-rationnel, non seulement à Moscou mais aussi dans les provinces. Une Russie moderne qui a retrouvé la même vitalité que la Russie profonde.
Peu de pays auront connu un changement si brutal, si rapide, et une telle montée de la classe moyenne. La crise cassera-t-elle cette dynamique ? La Russie pourra-t-elle profiter de la crise pour apprendre la modération ? Le rôle de l’Europe n’est pas négligeable.
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Urgences de paix |
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La crise financière mondiale propage la misère et rend les peuples nerveux. N’importe quel conflit peut s’envenimer. Si les grandes puissances n’apaisent pas leurs querelles, elles sèmeront la guerre.
L’affrontement Inde/Pakistan, aiguisé par les conflits entre Pakistanais, est une première urgence. Ces deux puissances nucléaires risquent d’en découdre. Leur rivalité exacerbe, en outre, les tensions en Afghanistan. L’opposition Etats-Unis/Iran est une seconde urgence. Une intervention américaine aurait des conséquences tragiques (voir le document du Club émanant du groupe de travail piloté par Jacques Andréani et paru en juin 2008). A l’inverse, l’amorce d’un rapprochement Washington/Téhéran contribuerait à pacifier l’Irak et à calmer certaines ardeurs israélo-palestiniennes.
L’absence d’un vrai partenariat entre l’Union Européenne et la Russie constitue une troisième urgence. L’inexistence de toute structure paneuropéenne place l’Otan en première ligne face à la Russie. Or l’Otan a été créé pour contrer la Russie lorsqu’elle s’appelait l’URSS. La confrontation est dans ses gènes. Les Russes, en tout cas, le croient et la présence de militaires américains en Ukraine serait considérée à Moscou comme une provocation. L’Ukraine peut et doit servir de pont. Si, dans le contexte actuel, elle rejoignait l’Otan, elle deviendrait un enjeu. Ces divisions ethniques, religieuses et linguistiques la déchireraient. Toute l’Europe en subirait les conséquences.
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Défi caucasien |
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Au lieu de s’en plaindre, il faudrait se féliciter que la Russie s’enrichisse grâce au pétrole, au gaz, aux métaux et bientôt aux céréales. Ce pays a vécu la descente aux enfers de l’ex-URSS comme une défaite suivie d’humiliations. L’Allemagne des années 30 nous a montré comment un grand peuple peut réagir lorsqu’il se sent humilié et qu’il est appauvri.
Poutine est coriace mais pas fou. Ses moyens sont contestables, son cynisme évident mais, dans sa Russie, il n’y a plus de goulags et il ne viendrait à l’idée de personne d’y créer des camps d’extermination. Il est normal que cette Russie là joue un rôle éminent sur la scène internationale. Ce n’est pas de la lâcheté de le reconnaître. Ce n’est pas « munichois » de l’accepter. Les bons ne sont pas tous d’un côté et les méchants de l’autre. Au Caucase, d’ailleurs, tout le monde se comporte méchamment. Les Ossètes et les Abkhazes, soutenus par les Russes, ont persécuté les Georgiens tandis que ceux-ci, soutenus par les Américains, ont tenté d’asservir ces récalcitrants sujets de leur nation désunie. Poutine voulait la peau de Saakashvili qu’il considère comme un ennemi. Il est légitime et même indispensable que les Etats-Unis et l’Europe l’en empêchent. Le fort ne doit pas écraser le faible même si le faible n’est pas irréprochable. Ami et protégé des néo conservateurs américains, Saakashvili n’est ni un saint, ni un pur démocrate. La difficulté va consister maintenant à créer les conditions d’un bon voisinage. Saakashvili qui, pendant des années, a injurié les Russes et la Russie doit rester en place puisqu’il a été élu. Il importe, cependant, que la Géorgie, tout comme l’Ukraine, cesse d’être un enjeu pour devenir un lien. C’est, pour l’Europe entière, un véritable défi.
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Europe schizophrène |
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Les Russes traînent les pieds pour quitter la Géorgie en attendant que leurs propres agissements de "purification" ethnique soient complétés par le départ volontaire, de désespoir, de tous les Géorgiens de l’Ossétie et de l'Abkhazie, microscopiques entités qui ne vont pas tarder à exiger un jour ou l'autre que la communauté internationale reconnaisse leur "indépendance".
Pauvre Europe dans ce cas précis ! La reconnaissance du Kosovo était à l'évidence la porte ouverte aux événements de Géorgie. D'autre part comment être schizophrène en ayant simultanément deux grands principes antagonistes à moins d'admettre l'oxymore ? 1) le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes 2) l'intangibilité des frontières nées de la fin de la deuxième guerre mondiale ??? Ces mystères nous échappent etc ......
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La politique du mieux |
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Quelle politique adopter à l’égard de Dmitri Medvedev ? A en croire la plupart des commentateurs occidentaux, le nouveau Président de la Russie ne serait qu’un pantin dont son prédécesseur tirerait les ficelles. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, ne voit pas les choses ainsi et a tenu à être le premier à rendre visite au jeune occupant du Kremlin.
Il n’ignore, certes pas, que si Poutine le voulait, il pourrait empêcher Medvedev d’agir. Mais pourquoi le voudrait-il ? Avec ses amis Kgbistes, il a mis de l’ordre en Russie et doit maintenant aider Medvedev à ouvrir un second chapitre en s’entourant de juristes et d’ingénieurs. Premier ministre et président du parti majoritaire « Nouvelle Russie », il peut faire en sorte que les deux équipes se complètent (c'est-à-dire que les Kgbistes soient suffisamment rassurés pour ne pas vouloir nuire aux nouvelles élites). Si cette voie vers la modernisation peut effectivement être suivie, les craintes éprouvées par la Pologne et les pays baltes pourront être atténuées et le partenariat entre la Russie et l’Europe pourra devenir plus confiant. Aux yeux de M. Steinmeier, cela vaut la peine de tenter la politique du mieux au lieu de se complaire dans celle du pire.
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Le mâle nécessaire |
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Andropov est mort. Gorbatchev a failli. Eltsine a liquidé. L’URRS s’est effondrée. Pour la Russie chancelante, il fallait un homme fort. Poutine est arrivé.
Huit ans plus tard, l’ordre règne. Le pétrole remplit les caisses. La fierté nationale est de retour. Reste à transformer la Russie en un pays moderne. C’est le rôle que Poutine a dévolu à Medvedev. Economiquement, socialement, politiquement, la tache est immense.
L’économie n’est pas diversifiée. Les matières premières comptent pour 80 % des exportations. Le pétrole et le gaz, à eux seuls, représentent plus de 30 % du PNB. L’industrie locale est déficiente. Les biens de consommation sont, pour la plupart, importés. Les services publics sont défectueux. Les routes sont défoncées. Les ordures s’amoncellent. Les hôpitaux sont lamentables. Le déclin démographique se poursuit. L’espérance de vie est dramatiquement courte. L’alcool, la drogue et le sida font des ravages. Le pouvoir est confisqué. Des anciens Kgbistes cumulent les fonctions et accumulent des fortunes. Ils truquent des marchés et distribuent des prébendes. Leur « protection » est tentaculaire. Que diable peut donc faire Medvedev avec son (faux ?) air de gentil garçon ? Dans l’immédiat, pas grand-chose sans l’aide de Poutine, Le « parrain de toutes les Russies » (voir « Lu » p. 11) est encore (et peut-être pour longtemps) le mâle nécessaire. Vladimir Vladimirovitch a su maîtriser les « oligarques ». Dans un premier temps, il a profité de leurs divisions pour s’attaquer à un maillon faible (Goussinski). Il a ensuite fait comprendre aux uns qu’ils pourraient garder leurs milliards s’ils ne se mêlaient pas de politique et conduit les autres sur le chemin de la prison (Khodorkovski) ou de l’exil (Berezovski). Pour réussir cet exploit, Poutine s’est appuyé sur des amis venus de Saint Petersbourg et sur des relations qu’il s’était faites au KGB et autres « organes ». Ce sont précisément ces amis et relations que Poutine devra tempérer s’il veut aider Medvedev à moderniser la Russie. Il peut y parvenir sans se montrer déloyal envers eux car la diversification des élites ne passe pas nécessairement par la destitution de l’ancienne couche de dirigeants. Il s’agit seulement de laisser Medvedev recruter des personnalités susceptibles de le seconder dans la construction progressive d’un Etat et d’une économie adaptée au monde moderne. Rien n’interdit de penser que tel est le rêve de Poutine. Cet homme, ambitieux et avide de pouvoir, est aussi un patriote qui veut laisser une trace dans l’Histoire millénaire de la « Grande Russie ».
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Russie : humiliation et goût de revanche |
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« Quels sont les pires ennemis de la Russie ? ». Selon un sondage réalisé par le « Centre Levada » en août 2007, les cinq pays cités en premier sont l’Estonie, la Géorgie, la Lettonie, les Etats-Unis et la Lituanie. Selon ce même sondage, les cinq « meilleurs amis » sont le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Allemagne, la Chine et l’Arménie.
De toute évidence, le démantèlement de l’URSS est au cœur du problème. Deux enseignements, au moins, peuvent être tirés : - Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une humiliation. Les ex républiques soviétiques qui ont tourné le dos à l’ex mère patrie sont vouées aux gémonies ; celles qui se comportent en alliées sont portées aux nues. - Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une « défaite » administrée à la Russie par les Etats-Unis. Les sévices infligés par l’Allemagne au cours de la seconde Guerre mondiale passent au second plan puisque l’URSS a été victorieuse et qu’ainsi, l’honneur a été sauf. La vigueur du sentiment national explique, en partie, la popularité de Vladimir Poutine et a, pour l’Union Européenne, des conséquences pratiques : - Les pays baltes ont de bonnes raisons de s’alarmer de leur dépendance gazière. Il est d’autant plus vital pour eux d’être assurés de la solidarité européenne que le gazoduc Nord Stream, en construction sous la Mer Baltique, permettrait de les contourner. - Les liens traditionnels entre la Russie et l’Allemagne (troisième « meilleure amie ») se renouent. Il en va de même pour la France (huitième « meilleure amie »). Cela peut devenir un atout pour l’Union Européenne tout entière.
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Medvedev et la monoculture |
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Parmi tous les proches de Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev était l’un des rares à ne pas être issu du KGB. Le fait qu’il ait été adoubé est loin d’être anodin : c’est la fin d’une étape et le début d’une autre.
Dans un premier temps, Poutine a voulu mettre de l’ordre et choisi, pour ce faire, des gens formés dans le même moule que lui. Il a maintenant compris qu’il faut de la diversité. Le prochain Président y pourvoiera en nommant, à son tour, des hommes à son image. Rappelons que Dimitri Anatolevitch a 42 ans et qu’il a commencé sa carrière comme professeur de Droit. En désignant un successeur capable de briser la monoculture d’une caste dirigeante qu’il a lui-même créée, Poutine agit en véritable stratège. Quel que soit le poste qu’il choisira d’occuper après les présidentielles de mars, il continuera d’étonner.
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Etats-Unis/Russie : mésentente de moins en moins cordiale |
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Quatre anciens ambassadeurs américains à Moscou et cinq anciens ambassadeurs russes à Washington ont jugé nécessaire de lancer un appel en commun. Une telle démarche est extrêmement rare. Elle montre que les signataires jugent la situation grave et estiment que l’actuelle détérioration des relations américano-russes comporte de sérieux dangers.
Il est normal, selon ces diplomates, que des grandes puissances aient, sur certains sujets, des points de vue différents. Il ne faut pas, pour autant, que l’accessoire cache l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité de maintenir un partenariat stratégique. Les signataires prennent soin de ne pas faire explicitement référence à la polémique concernant les boucliers anti-missiles que les Etats-Unis se proposent d’installer en Pologne et en Tchécoslovaquie. L’oubli est manifestement volontaire car la militarisation de l’espace est un sujet crucial. Poutine a clairement fait savoir que si, dans ce domaine, la Russie se trouvait prise au piège, elle trouverait des moyens de rétorsion. Les anciens ambassadeurs, hommes d’expérience, s’en inquiètent. Ils savent que, dans le monde actuel, les poudrières ne manquent pas et que les tentations sont grandes d’allumer certaines mèches. Ils craignent l’escalade.
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Vers un rapprochement sino-russe |
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Deng Xiaoping détestait et même méprisait Mikhaïl Gorbatchev. Il était convaincu que la « Glasnost » (plus de libertés politiques) allait gâcher la « Perestroïka » (plus de libertés économiques) et que le tout aboutirait à une débandade du parti communiste. Lui-même avait fait donner la troupe contre les manifestants de Tian’anmen et pensait que le capitalisme pouvait parfaitement s’accommoder d’un régime autoritaire.
De toute façon, la démocratie, selon lui, devait commencer par être "consultative". Hu Jintao, son lointain successeur, reste fidèle à la ligne tout en cherchant à l’adapter.
Son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas loin de partager ses conceptions et, à défaut de pouvoir ressusciter l’URSS, s’efforce de rétablir l’autorité. Les valeurs morales prônées, tant en Chine qu’en Russie, étant teintées de nationalisme, il n’y a plus d’obstacle à une éventuelle entente si les deux pays y trouvent intérêt. Tel semble être le cas aujourd’hui.
D’abord, la Chine et la Russie ont à faire face à des quasi rebellions musulmanes. La « région autonome » ouïgoure du Xinjiang d’un côté, la Tchétchénie et ses environs de l’autre, sont des repaires à terroristes que Moscou et Pékin regardent d’un même œil. Surtout, la Chine et la Russie ne veulent pas que les Etats-Unis soient maîtres du monde et savent qu’elles se feront d’autant mieux entendre qu’elles agiront de concert. Comme elles commencent à le faire en Asie Centrale.
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De l’idole à l’icône … |
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La cathédrale du Christ Sauveur, détruite sous Staline mais pieusement restaurée est maintenant en pleine gloire. A quelques jours d’intervalle, les services funèbres du président Eltsine et du musicien Rostropovitch s’y sont déroulés avec tous le faste et les rites de l’église orthodoxe. Est-ce à dire que les religions chrétiennes connaissent un renouveau et incarnent l’avenir ? Ce n’est pas sûr. En revanche, il est certain que le communisme, malgré son dogme et son culte, n’a pu se hisser que très temporairement au rang des religions.
Il y a une quarantaine d’années, les fervents se faisaient déjà rares. Un journaliste du Figaro qui avait obtenu l’autorisation de visiter le cardinal Primat de Pologne, Stefan Wyszynski, alors en résidence surveillée sur ordre du régime, avait jugé utile de lui demander ce qu’il pensait du communisme. La question était saugrenue mais la réponse (citée de mémoire) fût lumineuse : « C’est très difficile de porter un jugement … le communisme est si jeune ! ». Si jeune et déjà sur le déclin.
… et de l’icône à quoi ?
Toutes les religions ont vocation universelle mais aucune, pour le moment, ne s’étend sur le monde. Certains fanatiques de l’Islam affublent leurs attentats du nom de guerre sainte et rêvent d’une « Oumma » planétaire. Aux Etats-Unis, plusieurs Eglises, fidèles à la loi du marché, se font concurrence à coup de shows télévisés et envoient leurs missionnaires aux antipodes pour propager leur foi. Pendant ce temps, les NTIC sont à l’œuvre et les Hommes prennent conscience de leur destin commun.
Les temps ont changé depuis qu’a été écrite la Genèse. Alors, les lions étaient plus nombreux que les humains et ceux-ci devaient asseoir leur suprématie. Maintenant, les humains se comptent par milliards et les lions par milliers. Le sauvetage de la Terre est sur le point de devenir une quasi religion. Son « Espérance » donnera, peut-être, naissance à un syncrétisme nouveau. Puisse-t-il advenir avant plutôt qu’après une catastrophe !
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De Pouchkine à Poutine |
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« Tout est à moi a dit l’Or.
Tout est à moi a dit l’Acier.
J’achète tout a dit l’Or.
Je prends tout a dit l’Acier ».
Sous Eltsine, l’Or avait tout acheté, les ministres étaient aux ordres des oligarques.
Sous Poutine, des anciens du KGB ont voulu tout reprendre mais le président a fixé des règles : l’Or ne serait pas confisqué ; il serait mis au service de l’Acier. La plupart des oligarques ont compris. Khodorkovsky, lui, a voulu « faire le malin »*. Inculpé pour fraude fiscale, il croupit maintenant dans un bagne. Son empire pétrolier, vendu aux enchères, est progressivement racheté par des entreprises d’Etat, lesquelles sont dirigées … par les maîtres de l’Acier.
* "On raconte qu’à l’époque où il dirigeait encore Ioukos, Khodorkovsky, lors d’une réunion au Kremlin, aurait eu l’audace de dire à Poutine que ses ministres étaient corrompus. Le Président, d’une voix glaciale, lui aurait répondu : « Qui les achète ? ». "
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Russie : Medvedev au charbon |
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Malgré la gabegie et la corruption – disons le manque de transparence ! - qui règnent encore en Russie, la population bénéficie des retombées de la manne gazière et pétrolière. Entre 1998 et 2006, les exportations énergétiques sont passées de 28 à 170 milliards de dollars. Quelques favorisés en ont certainement profité mais le niveau de vie des populations a plus que doublé depuis l’élection de Poutine en 2000.
Du temps d’Eltsine, il fallait être un héros pour exercer le métier de professeur et penser à l’avenir des enfants. Maintenant, les salaires des enseignants permettent presque de vivre sans exercer un deuxième emploi et les retraités ne meurent plus de faim. C’est loin d’être l’âge d’or. Les services publics sont encore défectueux et l’eau du robinet n’est pas souvent potable. Dimitri Medvedev, Vice Premier ministre, le sait. Il visite constamment les provinces, recense les lacunes et promet des améliorations. Façon, sans doute, de se positionner en vue des élections présidentielles en mars 2008.
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L’Allemagne au cœur de l’Europe |
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Dans les Mémoires qu’il vient de publier, l’ancien chancelier Gerhard Schröder met l’accent sur l’aspect européen de la politique étrangère allemande. Ses prédécesseurs, lui-même (ainsi d’ailleurs que l’actuelle chancelière), n’ont jamais mené de politique exclusivement nationale. Tant mieux mais pourvu que ça dure !
Si la France n’affichait pas rapidement sa volonté de relancer l’Europe ou si L’U.E, sous pression américaine, voulait adopter une attitude intransigeante à l’égard de la Russie (considérée par Schröder comme une alliée naturelle), l’Allemagne pourrait être tentée de jouer en solo. Sa puissance industrielle, sa position de premier exportateur mondial et surtout la place qu’elle a reconquise dans tous les pays d’Europe Centrale et Orientale lui permettrait de jouer dans la cour des grands.
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Tsar aujourd’hui, demain quoi ? |
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N’en déplaise aux plus ardents défenseurs des Droits de l’Homme, Vladimir Poutine est populaire en son pays. Il pourrait facilement gagner un référendum s’il voulait modifier la constitution pour avoir le droit de briguer, en 2008, un troisième mandat. « Il n’en est pas question », a-t-il dit. Tous ceux qui l’approchent prennent au sérieux cette affirmation et, selon l’un de ses conseillers, « Il faudrait un risque avéré de guerre mondiale pour qu’il change d’avis ».
Aujourd’hui, en tout cas, les conversations politiques en Russie ne tournent qu’autour de deux sujets. Primo, qui va remplacer Poutine ? Secundo, quel rôle va jouer Poutine après 2008 ? Certains pensent que l’actuel président pourrait prendre la tête de Gazprom et ainsi détenir l’arme la plus puissante dont dispose la Russie. C’est possible mais quand même peu probable !
S’il est vrai que Poutine tiendra à conserver un pouvoir d’influence sur le géant de l’énergie (où il a placé ses hommes de confiance), il aura vraisemblablement envie de garder un œil sur la politique en se taillant un poste sur mesure.
Si tel est vraiment le cas, il n’est pas exclu que l’on assiste, dès 2007, à la création d’une nouvelle « Union » à laquelle pourraient adhérer celles des républiques (ou autres entités) de l’ex Urss qui penseraient avoir intérêt à renouer quelques liens avec la Russie. La Biélorussie, dont les habitants sont de religion orthodoxe, serait la première à se mettre sur la ligne de départ. Après quoi Poutine, en tant que président de la nouvelle Union, pourrait exercer son talent pour laisser miroiter des avantages, planer des menaces voire même monter des sécessions. Faute de pouvoir reconstituer l’URSS, le super tsar s’efforcerait de recréer la Grande Russie.
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Investir en Russie |
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Le développement économique potentiel de la Russie est immense mais des retards ont été pris. Les entreprises européennes, y compris les moyennes, pourraient en profiter.
Une des raisons du retard est que les Russes n’ont pas eu, comme les Chinois, la chance de disposer d’une diaspora prête à investir dans son pays d’origine. Circonstance aggravante : les oligarques avaient tendance à placer à l’étranger un argent vite gagné. Maintenant, tout a changé.
. Non seulement, des capitaux reviennent mais surtout, la hausse des prix du pétrole et du gaz a si bien rempli les caisses que la Russie a pu à la fois rembourser ses dettes extérieures et commencer à moderniser quelques secteurs vitaux de son économie. Dans ces secteurs là, en particulier dans l’énergie, la place laissée aux étrangers sera sans doute modeste et en tout cas minoritaire.
Mais dans la plupart des nouvelles technologies, dans la grande distribution, l’agro-alimentaire, la finance, les cosmétiques, la pharmacologie, le BTP, etc, la porte est d’autant plus ouverte aux investisseurs européens que le Kremlin souhaite privilégier la zone Europe au détriment des Etats-Unis. Beaucoup d’entreprises allemandes ont compris le message et beaucoup d’autres s’y préparent. La France est en retard malgré quelques réussites spectaculaires comme celle d’Auchan qui a équilibré son exploitation dès la première année.
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L’Empire contre attaque |
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Dans le premier numéro de sa nouvelle formule, le 08 novembre 2005, « Le Monde » a publié un article écrit par Ivan Krastev, un politologue bulgare. Intitulé "les néoconservateurs de Poutine", cet article, qui est disponible sur le site du Monde, mérite d’être lu intégralement. Voici, en attendant, un extrait concernant l’Ukraine et la nouvelle Europe :
« La révolution orange en Ukraine a constitué une sorte de 11 septembre pour la Russie. Elle a révolutionné sa façon de penser la politique étrangère. Jusque l? , la Russie avait tendance ? considérer l’U.E comme un concurrent bienveillant et un allié stratégique désireux de voir émerger un monde multipolaire. Dans la réalité « post-orange », l’U.E est devenue son principal rival. Ce brusque revirement est aisé ? expliquer : l’U.E est la seule grande puissance dont les frontières ne soient pas figées. Plus important encore, l’U.E, auparavant considérée par Moscou comme un instrument de politique étrangère de Paris et Berlin – et donc comme un obstacle ? la présence hégémonique des Etats-Unis sur le continent – est ? présent vu comme un instrument au service des ambitions de Washington et de Varsovie ».
Ivan Krastev en déduit que Poutine essayera de marginaliser la nouvelle Europe en privilégiant les relations bilatérales avec Paris, Berlin, Londres, etc. Surtout, il cherchera ? peser sur le cours de la politique des anciennes républiques soviétiques, tout particulièrement de l’Ukraine. Pour cela, il se servira de l’arme pétro gazière et s’efforcera de mobiliser les populations russes des différents pays. Rappelons que 20 % des Ukrainiens sont russes et que 60 % des habitants de la Crimée sont russophones. Comme nous l’écrivions dans Vigilances 28 (décembre 2004): « Ce serait une illusion de croire que l’Ukraine pourrait rejoindre l’Union Européenne en faisant un pied de nez ? la Russie Il ne pourra y avoir de solution durable que si l’Ukraine sert de pont. Faute de pont, il y aura des murs, des sécessions, des conflits ».
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