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Le 22 octobre 2007
Khomeiny, visionnaire contrarié

071022-khomeini.jpgUne des premières mesures décidée par l’ayatollah Khomeiny, après sa prise de pouvoir en Iran, a été de créer le « Centre de la Grande Encyclopédie Islamique ». Dans un immense bâtiment situé aux environs de Téhéran, des milliers d’érudits poursuivent la rédaction d’un ouvrage de référence écrit d’abord en persan puis en arabe.

Dans l’esprit de Khomeiny, ces bataillons de scribes devaient constituer l’avant-garde d’un combat pour l’unification de tous les musulmans. Leur mission était panislamique. Articles et définitions ne devaient pas s’inspirer d’un chiisme trop sectaire, rien ne devait choquer les fidèles sunnites ; tout devait contribuer à la reconstitution d’une « Communauté des Croyants ». Ainsi, selon le Guide, pourrait graduellement se forger une nouvelle et universelle Oumma. La vision était grandiose mais Khomeiny avait sous estimé le poids du passé;. En Irak, Chiites et Sunnites s’entre-égorgent et certains régimes arabes vont jusqu’à s’en réjouir tant est grande leur méfiance envers l’Iran.
Posté par Marc Ullmann, le 22/10/07 dans Moyen Orient - Religions - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 8 juin 2007
De l’idole à l’icône …

070607-Icone.jpgLa cathédrale du Christ Sauveur, détruite sous Staline mais pieusement restaurée est maintenant en pleine gloire. A quelques jours d’intervalle, les services funèbres du président Eltsine et du musicien Rostropovitch s’y sont déroulés avec tous le faste et les rites de l’église orthodoxe. Est-ce à dire que les religions chrétiennes connaissent un renouveau et incarnent l’avenir ? Ce n’est pas sûr. En revanche, il est certain que le communisme, malgré son dogme et son culte, n’a pu se hisser que très temporairement au rang des religions.

Il y a une quarantaine d’années, les fervents se faisaient déjà rares. Un journaliste du Figaro qui avait obtenu l’autorisation de visiter le cardinal Primat de Pologne, Stefan Wyszynski, alors en résidence surveillée sur ordre du régime, avait jugé utile de lui demander ce qu’il pensait du communisme. La question était saugrenue mais la réponse (citée de mémoire) fût lumineuse : « C’est très difficile de porter un jugement … le communisme est si jeune ! ». Si jeune et déjà sur le déclin.

… et de l’icône à quoi ?

Toutes les religions ont vocation universelle mais aucune, pour le moment, ne s’étend sur le monde. Certains fanatiques de l’Islam affublent leurs attentats du nom de guerre sainte et rêvent d’une « Oumma » planétaire. Aux Etats-Unis, plusieurs Eglises, fidèles à la loi du marché, se font concurrence à coup de shows télévisés et envoient leurs missionnaires aux antipodes pour propager leur foi. Pendant ce temps, les NTIC sont à l’œuvre et les Hommes prennent conscience de leur destin commun.

Les temps ont changé depuis qu’a été écrite la Genèse. Alors, les lions étaient plus nombreux que les humains et ceux-ci devaient asseoir leur suprématie. Maintenant, les humains se comptent par milliards et les lions par milliers. Le sauvetage de la Terre est sur le point de devenir une quasi religion. Son « Espérance » donnera, peut-être, naissance à un syncrétisme nouveau. Puisse-t-il advenir avant plutôt qu’après une catastrophe !

Posté par Marc Ullmann, le 08/06/07 dans Environnement - Religions - Russie - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 novembre 2006
La fin d’un monde sans fin(alité)

061107-Religions.jpgLa leçon théologique de Benoît XVI comportait un passage sur l’Islam qui, comme on l’a vu, a suscité de violentes réactions. Du coup, d’autres passages ont été occultés dont la phrase suivante qui aurait pu donner matière à réflexion à tout un chacun (croyant ou pas). Selon le Pape, « une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion au niveau des sous cultures est incapable de s’insérer dans le dialogue des cultures ». Loin d’être ringarde, une telle phrase colle à l’actualité puisque l’on constate, de toutes parts, un renouveau de l’aspiration au religieux.

Ce renouveau a un aspect positif car « l’homme ne vit pas que de pain » mais peut égarer des êtres faibles (cf. foisonnement des sectes) et nourrir le fanatisme de ceux qui instrumentalisent la foi pour justifier leur ressentiment (cf. attentats terroristes).

Dans l’univers confortable des démocraties occidentales, c’est surtout la déstructuration de la société qui crée un sentiment de vide. Chacun se demande où est sa place. Les « chefs » ne se sentent plus le droit de commander. Les « subalternes » ne se sentent plus le devoir d’obéir. D’ailleurs, qui est vraiment chef et qui est subalterne ? Les forces sont anonymes, les règles sont abstraites et les grandes entreprises, soumises à l’imperium de la finance, n’ont pas d’autre choix que de délocaliser tout ce qui peut l’être. Ainsi, finissent-elles par considérer leurs salariés comme de simples variables d’ajustement tandis que ceux-ci, réduits à l’état de mercenaires, cherchent à trouver ailleurs une raison d’espérer.

Le phénomène ne touche pas que les actifs : la vie professionnelle est courte ; les jeunes peinent à y entrer ; les vieux en sortent vite et souffrent de solitude ; très nombreux sont ceux qui aspirent à trouver refuge dans une « communauté ». Ainsi, même dans les pays riches, se profile la menace de replis identitaires débouchant sur des antagonismes. D’où le besoin urgent d’un dialogue des cultures et des religions.

La difficulté est immense car comment pourrait-il y avoir dialogue des religions si chacune reste assise sur ses dogmes et refuse toute contextualisation de ses préceptes ? Certains intellectuels comme Mahmoud Hussein ont beau être musulmans, ils reconnaissent volontiers que, si certains versets du Coran ont une portée générale, d’autres se rapportent à des problèmes propres aux Arabes du VII ème siècle. De même, parmi les multiples interdits alimentaires que comporte la Loi juive, beaucoup semblent relever de soucis d’hygiène dus à l’époque et au climat.

Qu’il soit donc permis à un profane de pousser l’irrespect jusqu’à contextualiser la Genèse. Ce texte, particulièrement sacré dans les religions monothéistes, fait de l’Homme le maître de l’univers. A lui de domestiquer les animaux. A lui de dompter la nature. Cette mission, si mission il y avait, est maintenant accomplie et sa logique apparaît dépassée. Le gaspillage et l’épuisement de certaines ressources telles que l’eau, les combustibles fossiles et la biodiversité sont tels que l’Homme fait figure de prédateur.

Au risque de déplaire à de nombreux adeptes de plusieurs religions mais en espérant qu’ils reconnaîtront ma bonne volonté, j’en arrive à formuler un vœu : le vœu que le dialogue des religions (y compris des quasi religions que sont les philosophies orientales) s’accompagne de l’acceptation d’un devoir commun à tous les Hommes. La survie de l’espèce et la sauvegarde de la Terre sont en jeu. Elles peuvent servir de liens. Avant qu’il soit trop tard.

Posté par Marc Ullmann, le 07/11/06 dans Citoyenneté - Edito - Environnement - Religions | Commentaires (7) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 mars 2006
« You will regret Vietnam »

Guerre-Irak.jpgEinstein disait des théories scientifiques qu’elles devaient être « aussi simples que possible mais pas plus simples ». De même les analyses politiques doivent se garder de chercher une seule cause à une situation complexe.

En Irak, un attentat a été commis contre un lieu saint chiite, cet attentat a entraîné des représailles qui, elles-mêmes, en ont entraîné d’autres. Du coup, certains ne voient dans la situation irakienne qu’un affrontement entre deux confessions. C’est oublier un peu vite que le régime de Saddam Hussein ne se caractérisait pas par une domination des sunnites sur les chiites.

Le dictateur, bien sûr, avait promu des gens de sa famille, de son village, de son clan qui effectivement étaient de tradition sunnite. Mais le parti Baas était laïc et, à la plupart des échelons, l’équilibre était savamment entretenu. D’ailleurs, pendant la longue guerre contre l’Iran, les chiites irakiens n’ont pas soutenu leurs frères en religion. Quant à la répression menée par Saddam en 1991, elle tendait à mater une révolte dirigée non contre des sunnites mais contre le régime.

Aujourd’hui, les communautés s’affrontent mais les responsables religieux des deux camps s’efforcent d’atténuer les tensions et corrélativement, de raviver le sentiment nationaliste. Bientôt, risque de venir le temps où « la haine et la fureur » des Irakiens se retournera contre les « occupants ».

Dès les premiers jours du conflit, un spécialiste de la région avait tristement dit à des amis américains « you will regret Vietnam ». Terrible prédiction ! Qui a intérêt à ce qu’elle se réalise ? En tout cas, pas l’Europe.

Posté par Marc Ullmann, le 21/03/06 dans Moyen Orient - Religions - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 février 2006
Les caricatures de la discorde

Caricature.jpgLe monde musulman s'enflamme contre les occidentaux suite à la publication de caricatures de Mahomet. Que cette poussée de fièvre intervienne 4 mois après la publication des dessins au Danemark peut paraître étrange et fait penser à une opération orchestrée. Indépendamment du caractère caricatural des dessins, l'argument des islamistes qui se déchaînent contre certains pays en allant même jusqu'à incendier des ambassades, est que le Coran interdit toute représentation humaine et en particulier de Mahomet.

Cela est totalement faux et ressort clairement d'une remarquable exposition virtuelle organisée sur Internet par la Bibliothèque Nationale de France. Cette exposition est intitulée : "Torah, Bible, Coran Livres de Parole". Je recommande d'aller particulièrement au chapitre : Arrêt sur...La représentation. Il y est expliqué que certains théologiens musulmans ont condamné la représentation des êtres animés mais que l'art perse, turc, afghan et indien regorge de représentations explicites de Mahomet. Cette scène est, à cet égard, particulièrement intéressante et significative.

L'Eglise catholique a été l'objet d'innombrables caricatures et a même donné lieu à des films pour le moins controversés mais, comme l'a déclaré un dessinateur de renom peu suspect de sympathie pour les religions, elle a été en général plutôt "bonne fille".
N'oublions pas qu'au 11ème siècle le grand poète perse (et musulman affiché) Omar Khayyâm faisait l'éloge du vin. L'Islam était alors tolérant. Les choses ont bien changé.

Posté par Michel Chevet, le 07/02/06 dans Culture - Religions - Société | Commentaires (12) | Lien permanent | TrackBack (0)

 
Jean-Pierre Dupuy
 
Professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique et Stanford University, Jean Pierre Dupuy est intervenu, mercredi 14 mai, sur le thème : « Les nanotechnologies ».  
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