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L’Europe des mémoires |
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L’Angleterre est sortie victorieuse de la deuxième guerre mondiale. Elle se résigne difficilement à rentrer dans le rang des vaincus.
Les vaincus, à l’Ouest, ont été libérés par les Américains puis soumis à leur douce tutelle ; les autres, à l’Est, ont été libérés par les Russes puis soumis à leur terrible joug. Deux attitudes distinctes ont découlé de cet état de fait. A l’Ouest, l’Amérique, d’abord admirée et copiée par une génération de « Young Leaders » a été ensuite enviée et critiquée par des contempteurs de l’hégémonie. A l’Est, l’Union Soviétique a été détestée, la Russie actuelle suscite la méfiance et les Etats-Unis font office de rempart. Parmi tous les dirigeants Européens, seule Angela Merkel est apte à réconcilier les mémoires. Elle a vécu à l’Est. Elle a vécu à l’Ouest. Elle incarne une Allemagne réunifiée, héritière de deux destins. Reste à savoir si cette Allemagne nouvelle se sentira investie d’une responsabilité européenne ou si elle sera tentée de « jouer perso ». Le rôle de la France est, à cet égard, capital. Vaincue avec Pétain, victorieuse avec De Gaulle, elle a pris la tête des éclopés de l’Ouest pour forger une Union. De cette union, le couple franco-allemand a été l’ossature. Et cette ossature, aujourd’hui, a besoin de calcium.
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Un succès écologiste à tempérer |
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Martine Aubry, secrétaire générale du parti socialiste, fille du très respecté Jacques Delors, n’a pas pu empêcher que les socialistes subissent un revers et une défaite cinglante lors des élections pour le Parlement Européen.
Depuis, leur seul argument est d'asséner que les 28% de l'UMP ne représentent que 11 % du corps électoral, laissant penser que pas une voix des 60% d'abstentionnistes ne se serait portée sur l'UMP, s'ils avaient voté !!! Une supposition à laquelle on peut opposer un fait réel : 93.5 % du corps électoral n'a PAS VOTE pour les candidats du parti socialiste. Daniel Cohn Bendit a fait une excellente campagne, saluée par plus de 16% des votants. Il a réussi à déstabiliser Bayrou, qui n'attendait d'ailleurs qu'une pichenette pour couler.
Tempérons beaucoup cela en précisant que certains des électeurs qui ont voté pour sa liste ont certes voté en faveur de l’écologie, mais que certains ont voté pour madame Eva Joly et d'autres pour José Bové. Seule l'addition des voix de ces trois candidats a abouti aux 16 %.
Si d'autres candidats, Bayrou, Besancenot par exemple, avaient rejoint cette liste, qui aurait alors largement dépassé les 25%, aurait-on également dit que "les écologistes" ont réussi ce score ???
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Tony qui rit, Gordon qui pleure |
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Au lendemain de la disparition de l’A330 d’Air France entre Rio et Paris, une passagère qui, au dernier moment, n’avait pu embarquer, était interrogée à la télévision. Par décence, ses propos étaient empreints de tristesse mais ses yeux trahissaient la joie qu’elle éprouvait d’avoir échappé à la catastrophe.
Sans doute, en serait-il de même pour Tony Blair aujourd’hui s’il devait répondre à des questions sur la déconfiture du parti au nom duquel il a gouverné pendant 121 mois. En juin 2007, Gordon Brown a pris le relais. Le passage du témoin avait été si long et si pénible que, dès janvier 2006, Vigilances écrivait : La tentation de Blair : David Cameron, le nouveau leader du Parti Conservateur britannique, est aussi jeune que Tony Blair l’était lorsqu’il a pris en main le « New Labour ». Il a aussi fréquenté les mêmes écoles et animé le même club dans la même université. De là à dire que Blair peut avoir plus de sympathie pour cet adversaire qu’il n’en a pour son successeur désigné, il n’y a pas loin. Gordon Brown, l’actuel ministre des finances a toujours été son rival et attend avec une impatience (trop) visible de prendre la relève. Il est un peu pour Blair ce que Rocard était pour Mitterrand. Le Premier ministre éprouverait sans doute un malin plaisir à voir tomber cet encombrant héritier ! « Le premier qui rira aura une tapette ». Tony Blair connaît la comptine. Il ne rira pas !
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Europe : une amitié de raison |
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Les élections européennes vont se dérouler en juin. Pour l’instant, elles ne passionnent pas les foules. Tout se passe comme si l’Union Européenne concernait les gouvernements plutôt que les peuples.
Ce manque d’« affectio » semble relever davantage de la culture que de la politique : les Allemands et les Français ne rient pas aux mêmes blagues ; les Suédois voient l’Espagne d’un point de vue touristique ; les Anglais regardent avec suspicion les bonimenteurs du Continent. Et alors ! Est-il prouvé que les mariages d’amour sont plus durables que les autres ? Est-il évident que l’intérêt commun ne finit pas par créer des inclinaisons communes ? Est-on sûr que des succès, remportés ensemble, ne tissent pas de liens ? Le destin de l’Euro peut se révéler capital. Si les tensions de la crise viennent à bout de la monnaie commune, l’Union risque de se disloquer. Si, au contraire, l’Euro tient bon, les pays membres sortiront mieux que les autres de la crise et le vent soufflera à nouveau dans les voiles européennes. Dans l’immédiat, il appartient aux politiques (notamment français !) de ne pas considérer les élections européennes comme un simple sous produit des rivalités entre partis nationaux. Il ne s’agit pas de faire du prêchi-prêcha en faveur de l’Europe. Il s’agit d’évoquer les bouleversements qui affectent le monde et de montrer en quoi l’Europe peut en infléchir l’issue.
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Aidons-nous les uns les autres* |
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De tous temps, en tous lieux, des êtres humains, pour survivre, se sont entre aidés. Regroupés autour d’un totem ou d’une divinité, cela ne les empêchait pas de combattre d’autres groupes se réclamant d’autres totems ou d’autres divinités. La bombe atomique a changé la donne. La mondialisation économique et l’ubiquité des menaces écologiques ont fait le reste.
L’humanité est devenue une seule et unique tribu. Le drame est que les hommes ne s’en rendent pas tous compte. Nombreux sont ceux qui se plaisent à piétiner le pied de leurs voisins. Trop rares sont ceux qui pensent « nous » plutôt que « je ». Grâce – si l’on peut dire ! – à la crise financière, des signes annonciateurs d’un changement se profilent. La frugalité est « in ». La cupidité est « out ». Les associations bénéficient du soutien d’un public élargi. Des entreprises, échaudées par le court termisme, cherchent à présent le moyen de s’en écarter. Autour du Web, des affinités électives se nouent ou s’élargissent. Les responsables politiques devraient être à l’avant-garde de ce mouvement salutaire. Hélas, Obama mis à part (« Baby Face » fut animateur social dans les bas quartiers de Chicago de 1984 à 1987), la plupart de nos présidents et ministres ont été nourris au lait de l’efficacité immédiate. Ils sont intelligents, capables et soucieux du bien public, mais les réformes qu’ils entreprennent – souvent utiles – répondent à des nécessités particulières. Elles restent au niveau du « comment ». Le ciment d’un « pourquoi », générateur d’espoir et d’enthousiasme, est absent. Observons nos Excellences. Elles sont en quête d’un « plus » qui ferait d’elles les vecteurs d’un authentique changement. D’un changement qui aiderait la société à accoucher de ses aspirations, qui mettrait le développement économique au service d’un avenir plus humain, plus amical, plus affectif. Il ne peut s’agir de jouer la comédie. La nature des leaders compte plus que leur discours. S’ils incarnent vraiment les rêves de leurs concitoyens, ils déclencheront des processus d’identification, deviendront des symboles et serviront d’exemples. Comme ce fut le cas jadis en Pologne avec « Solidarnosc », un mot, un seul peut résumer une ambition, une politique, une stratégie, un « Pourquoi nous combattons ». Quel mot ici ? Quel mot maintenant ? Voilà une question à laquelle tout homme de Pouvoir doit s’efforcer de répondre. Régis Debray propose, dans son dernier livre, « Fraternité ». Le terme nous convient car, depuis que Vigilances, la lettre mensuelle du Club, existe, nous nous efforçons de le décliner. Du local au mondial. De la participation citoyenne à la coopération internationale. A nos yeux, la fraternité implique que des hommes, aussi différents puissent-ils être, mènent un combat commun.
Contrairement à d’autres bons sentiments, la fraternité respecte l’altérité des conditions et des cultures. Nul besoin d’être identiques pour s’aider les uns les autres. * Avec Déborah Secrétin
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Biais idéologique |
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Nécessité faisant loi, les critères de Maastricht sont mis entre parenthèses. Les Etats européens, pour relancer l’économie, creusent les déficits. Ils ont tous leurs raisons mais les inconvénients ne seront pas les mêmes pour chacun.
Le credo libéral imprégnait les esprits quand ont été conçus les critères de Maastricht. Il stipulait que l’intervention de l’Etat était en général plus nuisible qu’utile et les décisions individuelles plus utiles que nuisibles. Aussi, l’endettement des Etats devrait-il être sévèrement limité tandis que celui des ménages pouvait être considéré comme un moteur nécessaire de la consommation. Raymond Aron, en d’autres temps, a parlé des méfaits de la vulgate marxiste. On peut dire aujourd’hui que la vulgate libérale a provoqué des erreurs de jugement. Certains bons esprits estimaient, par exemple, que la France était « en retard » dans le crédit à la consommation. Heureux retard ! Les cigales anglaises et espagnoles ont maintenant de quoi envier les quasi-fourmis allemandes et françaises ! Voici déjà plusieurs années que Vigilances plaide pour que la définition de l’endettement d’une nation comprenne à la fois l’endettement de l’Etat, celui des collectivités locales et celui des ménages. Comme les critères de Maastricht sont coulés dans le bronze des traités et que, de toute façon, la crise les a rendus provisoirement caducs, personne ne se bousculera pour les changer. En revanche, les recommandations et avertissements prodigués par Bruxelles vont désormais être amenés à prendre en compte la réalité et donc à tenir balance inégale entre les nations qui, grâce à l’épargne des ménages, ont encore de la marge et celles qui en ont moins.
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Vers un autre capitalisme qui fasse alliance avec la vie |
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Réalisé par le groupe de travail "Pour un capitalisme durable", piloté par Alain de Vulpian, ce rapport ébauche une analyse systémique et bio-socio-économique de la crise globale dans laquelle est plongée la planète. Il s’appuie sur deux enquêtes de terrain auprès de dirigeants français (Club des Vigilants) et d’agents de changement opérant dans des entreprises européennes (Sol). Il voudrait contribuer à éclairer la réflexion du Club et de divers réseaux amis sur les opportunités d’influencer le cours des choses.
La crise financière et économique a éclaté au sein d’une crise beaucoup plus large, crise de la civilisation, crise de la gouvernance planétaire. Le laisser-faire qui inspire l’action de nos gouvernants depuis la fin des années 70 a laissé se faire deux évolutions qui ont fini, au cours des années 1990 et 2000, par devenir radicalement contradictoires. La société des gens s’est librement auto organisée sous la forme d’enchevêtrements de réseaux de personnes relativement autonomes et de socio-systèmes qui s’autorégulent. Ils forment (aux pathologies près) un tissu social qui parvient à fournir à la plupart des personnes les gratifications qu’elles attendent : petits bonheurs, affections, épanouissement, paix, sens… De son côté, la finance s’est librement auto-organisée comme un système clos qui a progressivement pris le pouvoir sur l’économie réelle dont il s’est nourri. Sous son influence, des entreprises, de plus en plus nombreuses, se sont centrées sur le court terme, la maximisation de profits exagérés, le serrage systématique des boulons, l’exploitation jusqu’à la corde des personnels, des consommateurs et de la planète. Les profiteurs de la finance sont devenus de plus en plus riches alors que les classes moyennes et populaires s’appauvrissaient. Alors que la tension entre les deux univers s’exacerbait, la finance, perdant le contrôle de son développement, a explosé et entraîné dans sa chute l’ensemble de l’économie mondiale. Nous ne sortirons de la crise économique qu’en mettant à nouveau la finance au service de l’économie réelle et en facilitant l’émergence d’un capitalisme et d’entreprises apprenant à se décentrer du court terme et à faire alliance avec les gens, la société et la planète. Comment envisager d’intervenir ? Interventions auprès des dirigeants politiques
Même parmi eux, les voies de sortie de crise sont l’objet de discussions de café du commerce plus ou moins teintées de préférences idéologiques. Il n’est pas très intéressant de participer à leur conversation. Les dirigeants manquent, et nous manquons, d’une analyse cohérente et crédible du « système-crise-économique » qui ouvrirait des pistes d’intervention susceptibles de remettre l’économie réelle en état de marche en un ou deux ans. La science micro économique pragmatique qui nourrirait une telle analyse ne s’est pas encore développée. Les palpeurs qui pourraient éclairer les pilotes sur l’état momentané et détaillé des systèmes ne sont pas en place. Si des équipes de recherche-action sont sur la voie, peut-on les repérer, les appuyer, les aider à se connecter et à se faire entendre des dirigeants ? La crise est systémique et planétaire. Or, en dépit de progrès récents, bon nombre de dirigeants conservent des modèles mentaux imprégnés de causalité étroite et de références nationales. Pouvons-nous envisager des interventions qui les aideraient à adopter des postures systémiques et planétaires ? Interventions auprès des entreprises Les conduites effectives des entreprises au cours des prochains mois et des prochaines années seront décisives. Pour qu’elles contribuent au redémarrage de l’économie et émergent de la crise en bonne santé, il faut qu’elles se libèrent de l’obsession du court terme et du serrage des boulons. Il faut qu’elles trouvent leur façon de réveiller leur capacité à anticiper les transformations de leur métier, de leurs techniques, de leurs consommateurs et de leur écosystème et à se construire un futur de vitalité. Il faut qu’elles apprennent les pratiques qui leur permettront de tirer pleinement parti des potentiels humains de leurs équipes pour produire de l’efficacité et des profits raisonnables dans la durée. Le Club veut-il pousser sa réflexion sur les façons dont il pourrait contribuer à ce renouveau ? Interventions au sein de la société des gens La société des gens, avec ses vaguelettes et ses vagues d’intelligence collective, avec ses réseaux et ses manifestations diverses va continuer à peser sur les cours des choses et notamment sur les conduites des autorités politiques et des entreprises. Voulons-nous creuser la réflexion et mener quelques expériences pour comprendre comment faciliter et catalyser les poussées de la société des gens en direction d’une nouvelle harmonie ?
Le rapport complet est consultable à l'adresse suivante :
http://www.clubdesvigilants.com/mt-static/pdf/Vers-un-autre-capitalisme.pdf
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La fabrique à islamistes |
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En Occident, on se donne bonne conscience à peu de frais en s’accrochant à un mythe : les régimes arabes modérés. Cette modération supposée inclut indifféremment les monarchies du Golfe dont l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie... Pourtant les faits sont convergents et partout la fabrique à islamistes est en marche. Comment ?
Au lendemain des indépendances, les régimes en place ont tous fait main basse sur les domaines clés que sont, à leurs yeux, la police et l’armée, outils de répression, l’économie et la finance, moyens d’enrichissement d’un côté et d’appauvrissement généralisé de l’autre, enfin les relations internationales pour "parader" dans le monde et polir une image usurpée.
N’ayant que mépris pour l’éducation, sauf celle de leurs rejetons qui se retrouvent dans les écoles étrangères installées dans le pays ou dans des pensionnats à l’étranger, et pour la justice, ils les ont "sous traités" aux courants les plus rétrogrades. Conséquence ? L’islamisation des sociétés arabes est proportionnelle à l’appauvrissement – matériel et mental – des populations. Le succès des islamistes est, dans ce contexte, une conséquence directe de l'échec de pouvoirs autoritaires, corrompus et incapables, et une conséquence indirecte de l’aveuglement occidental.
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Voice of America |
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Ceux qui liront Vigilances, la lettre mensuelle du Club des Vigilants, après le 20 janvier auront peut-être en tête une phrase ciselée par Barack Obama pour son discours inaugural. Cette phrase, reprise et commentée par tous les médias, colorera une journée qualifiée d’historique.
En ce mardi 20 janvier, je sais seulement que sur les 66 millions d’Américains qui ont voté Obama, 2 millions - au moins ! – s’apprêtent à envahir les rues de Washington. Certains ont commencé dès la semaine dernière. Des bus ont afflué de partout. La moindre chambre se loue à prix d’or. Malgré la dureté des temps, des bals, largement sponsorisés, sont fastueux mais, à cause de la dureté des temps, les « invités » du Président et de son épouse Michelle devront consacrer une journée à une « activité sociale » qui leur sera assignée. Tout ceci est le sommet de l’iceberg. Quand bien même les envahisseurs de la capitale seraient-ils quatre millions et non pas deux, ils représenteraient à peine un tiers du nombre d’adresses email récoltées par l’équipe Obama au cours de la campagne. Selon David Axelrod, qui sera le « Conseiller spécial » du nouveau Président, il y a là de quoi moderniser tout l’art de gouverner. En rendant plus efficace à la fois le « top down » et le « bottom up ». En ce qui concerne le top down, la masse des supporters peut, dans chaque circonscription, influencer les élus et ainsi rendre plus facile l’adoption des lois par les deux chambres du Parlement. Il est, d’ores et déjà, question de battre le record établi par Roosevelt : quinze lois anti-crise votées dans les cent premiers jours de son premier mandat ! Le bottom up pourrait revêtir deux formes. D’une part, l’implication des citoyens aurait une influence sur la façon dont seraient mises en pratique les mesures décidées en haut lieu. D’autre part, la masse des suggestions recueillies permettrait de repérer les vagues d’intelligence collective qui, parfois, reflètent les aspirations profondes de la société. Ce concept est essentiel car la véritable « écoute » est aux antipodes des émotions changeantes suscitées par les dernières images montrées à la télévision ou par les sondages les plus volatiles. Suivre la mode est la négation même de la responsabilité. « Etre dans le vent, a écrit Kundera, c’est l’ambition d’une feuille morte ». La véritable et légitime ambition est le contraire de cela. Elle incite à définir des objectifs mais à s’informer avant de décider, à percevoir les besoins avant d’apporter les réponses. Reste à savoir si le consensus (relatif) que saura établir Obama à l’intérieur des Etats-Unis sera compatible avec ce que le reste de la planète attend du nouveau Président. Les difficultés sont innombrables et pas seulement psychologiques. Pourquoi, par exemple, les Chinois continueraient-ils à financer le déficit budgétaire américain (qui va être massivement accru par le plan de relance) alors qu’eux-mêmes peuvent vouloir donner la priorité au soutien de leur croissance interne ? Et comment venir à bout du casse-tête moyen oriental ? Les « cent jours » vont être décisifs. La voix de l’Amérique deviendra audible mais l’Europe aura encore une chance de se faire entendre … si, elle aussi, devient audible.
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Pas un Noir, pas une Femme ! |
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A l’heure où se joue apparemment un de ces « mystères » d’où le sort du Monde sortirait changé, certains connaisseurs de l’âme profonde conservatrice de l’Amérique historique restent dubitatifs sur le cours des choses…
« Jamais les Etats-Unis d’Amérique, la nouvelle Europe, ne portera à sa tête un Noir ni une Femme ! » Le « potentiel de situation » est d’autant plus étrange que si le Noir ne l’emporte pas sur le Blanc, le cours des choses risque bien, de faire mentir aussi la prophétie. La santé de Mc Cain n’étant pas bonne, la probabilité que Sarah Palin, devienne ainsi automatiquement la première Femme Présidente des USA est loin d’être négligeable …
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The Founding Son |
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Le film de Luc Besson, « Le cinquième élément » est sorti en 1997. On y apercevait un Noir devenu Président des Etats-Unis. C’était de la science fiction. A peine plus crédible que le reste du scénario.
Les images qui restaient en mémoire étaient celles des « ghettos » en flamme dans les années 60. La révolte grondait de Chicago à Los Angeles. Un mouvement extrémiste, les « Black Panthers », prônaient la guérilla urbaine. La répression semblait inefficace. L’ « affirmative action » (discrimination positive) était dans les limbes et dans les studios d’Hollywood, il n’était pas encore question de confier des rôles sympa à des Noirs ou même à des métis. On saura le mardi 4 novembre si les Etats-Unis d’aujourd’hui sont prêts à confier la présidence à un « homme de couleur ». Sa campagne, de toute façon, aura inauguré une ère nouvelle. Ses écrits et ses discours préfigurent une Amérique post raciale où les Blancs (non hispaniques) ne seront plus majoritaires mais où les autres partageront, en l’adaptant, le « rêve américain ». Ce rêve, les « Founding Fathers », les Pères fondateurs l’ont à la fois incarné et mis en œuvre. Combinant idéal et pragmatisme, ils ont jeté les bases d’une Constitution qui tient la route depuis 1776 et sert de boussole à la plupart des démocraties. Les « Federalist Papers » qui rassemblent leurs œuvres et leurs débats, témoignent de leur élévation de pensée. Barack Obama a lu et relu. Il s’est imprégné et, sans trahir le rêve, s’efforce de le projeter dans l’avenir. En esquissant ce qu’il appelle une « promesse américaine », il acquiert la stature d’un « Founding Son », d’un Fils fondateur. Cela lui assurera certainement une place dans l’Histoire mais pas nécessairement à la Maison Blanche. Il a beau bénéficier de l’impopularité de Bush et de la gravité de la crise économique, sa personnalité intrigue plus qu’elle ne rassure (voir en date du 18 septembre 2008 « Obama : un trait de caractère »). De plus, la tension internationale mobilise en faveur de Mc Cain les Américains originaires d’Europe de l’Est : ils sont des millions, ont reçu en héritage une détestation de la Russie et peuvent faire la différence dans certains Etats clefs. Surtout, de nombreux faux indécis forment un obstacle de taille. Ces électeurs ne sont séduits ni par Mc Cain, ni par Obama mais savent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils ne sont pas prêts à voter pour un « homme de couleur ». Combien sont-ils ? Les instituts de sondages ne le savent pas. Ils collationnent des opinions déclarées mais ne sondent pas les cœurs. Peut-être devraient-ils corriger leurs « données brutes » de quelques points. Obama est conscient de tous ces obstacles. Sa volonté et son talent peuvent lui permettre de les surmonter. Dure, pourtant, sera la remontée.
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Obama : un trait de caractère |
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Certains détails sont signifiants. Ainsi, lorsqu’Obama, jeune et brillant professeur de Droit, a renoncé a une très lucrative carrière d’avocat pour s’engager comme travailleur social dans les bas quartiers de Chicago, il a demandé à son recruteur : « Qu’est-ce que je vais apprendre ? ».
Encore aujourd’hui le recruteur s’en souvient : c’est la seule et unique fois qu’on lui a posé une telle question. La suite a montré qu’Obama voyait loin. Ses expériences cumulées lui ont permis d’être élu au Sénat où il a également beaucoup appris. Les jeunes et les instruits louent sa curiosité constructive. Les grégaires, en revanche, disent : « He does not belong » et le croient opportuniste. Les autres s’interrogent et parfois doutent.
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The moral equivalent of war |
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Maintenant que Barack Obama frappe à la porte de la Maison Blanche, le temps est venu de rendre justice à Jimmy Carter qui a été Président des Etats-Unis de 1976 à 1980. Avec le recul d’un quart de siècle, plusieurs réalisations peuvent être mises à son crédit :
Ø Il a mis l’accent sur la nécessité d’économiser l’énergie. C’était, selon lui, « the moral equivalent of war ». S’il avait été élu pour un second mandat, les législations qu’il avait soumises au Congrès auraient fini par être adoptées. Elles auraient changé l’Amérique et, par-là même, le monde. Ø Il a facilité la mise en place de processus démocratiques en Amérique Latine. Ø Il a mené la négociation de Camp David pour la paix entre l’Egypte et Israël. S’il était resté en place, la « self rule » prévue pour les Palestiniens des « territoires occupés » aurait probablement été mise en œuvre par les gouvernements israéliens. C’eut été un point de départ pour la création, aujourd’hui souhaitée, de deux Etats. Ø Il a mené combat pour une meilleure intégration des noirs aux Etats-Unis. L’« affirmative action » (discrimination positive) a fait merveille. Le racisme a diminué. Un certain Barack Obama peut aujourd’hui en témoigner.
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Armées & Défense : vers la fin de la confusion |
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Depuis des lustres, les Français ont pris l’habitude de voir se succéder des Livres blancs sur la Défense ne présentant, au mieux, que peu d’intérêt. En schématisant à peine, ils ne servaient qu’à justifier des décisions déjà prises depuis longtemps.
Ils servaient même souvent à démontrer les vertus de l’immobilisme. De quoi faire se retourner dans sa tombe le général de Gaulle qui a toujours prôné « la seule doctrine qui vaille : celle des circonstances ». On peut faire des reproches aux inflexions préconisées par le récent Livre blanc. De nombreux militaires ne s’en privent pas et ont raison de s’exprimer. Ils devraient cependant reconnaître qu’un virage a été pris : dans le cadre d’une stratégie globale, il n’y a plus confusion entre les défenses militaire et civile, entre les armées et la protection des populations. Le danger terroriste est clairement pris en compte. Il s’agit maintenant de passer de la théorie à la pratique en diminuant les vulnérabilités de nos infrastructures et en minimisant les risques de catastrophes susceptibles d’être déclenchées par des amis de M. Ben Laden.
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Is America on the move? |
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Pour qu’un pays quel qu’il soit s’engage dans une phase de réformisme profond, trois conditions, au moins, doivent être remplies :
Ø l’imaginaire collectif ne doit pas être détourné de l’idéal réformiste par le souhait révolutionnaire de mettre à bas les institutions. Ø le système social doit être considéré comme amendable et aucune minorité importante de la population ne doit chercher le salut dans le tout ou rien. Ø la grande majorité de la population ne doit pas être systématiquement hostile au changement. Ces trois conditions semblent actuellement réunies aux Etats-Unis et Barack Obama (un « post racial » qui a été à la fois diplômé de Harvard et travailleur social) peut servir de catalyseur. S’il y parvient, la face du monde sera changée. Pour, au moins, deux raisons : Ø le poids des Etats-Unis est tel que toute réforme entreprise là-bas aura des répercutions partout. Ø Barack Hussein Obama, fils d’une Américaine et d’un Kenyan, né à Hawaï et élevé en partie en Indonésie, peut devenir un symbole planétaire de non conflit entre civilisations.
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Sarkozy et le foot |
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« Les Français m’ont élu pour marquer des buts, pas pour être arbitre » aime à répondre Nicolas Sarkosy à ceux qui lui reprochent d’être un « Omni-Président ». L’argument est habile mais la plupart des Français se demandent si des buts seront vraiment marqués. Pour rester dans le langage du foot, ils se demandent si Sarko ne « joue pas trop perso », s’il a les qualités requises pour endosser le maillot de chef d’équipe.
C’est une vraie question car la situation dans la France d’aujourd’hui peut se résumer en deux phrases : Ø Sous l’impulsion du Président, de nombreuses réformes sont lancées. Ø L’exécution laisse d’autant plus à désirer qu’une certaine pagaille règne au gouvernement. Un lobbyiste va jusqu’à dire : « Les ministres se tirent ouvertement dans les pattes. En vingt ans de carrière, j’ai rarement vu cela ».
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Pour une Europe participative |
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Il est faux de dire que le million d’Irlandais qui a voté « non » le 12 juin a imposé sa volonté à 500 millions d’Européens. Si des référendums avaient eu lieu dans tous les pays concernés, nul ne sait quel eut été le résultat.
La crise n’en est que plus profonde. Les gouvernements devront faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour sauver l’essentiel du Traité, à commencer par la légitimation des « coopérations renforcées », permettant aux pays qui le souhaitent de former des avant-gardes.
A supposer qu’ils y parviennent, un long chemin restera à parcourir pour que l’Europe devienne chère au cœur des Européens. Certains reprochent aux Irlandais, jusqu’ici principaux bénéficiaires des fonds communautaires, de n’avoir pas voulu renvoyer l’ascenseur en Europe de l’Est. Le reproche est fondé mais le problème se serait-il posé si les partisans du « oui » avaient capté l’imaginaire au lieu d’être simplement raisonnables ? En Irlande ce mois-ci, comme en France et aux Pays Bas il y a trois ans, les « élites » ont pris le peuple de haut. Elles se sont crues dépositaires de la vérité. Quelle vérité ? Les élites ne sont pas plus conscientes que le peuple de ce qui fait ou de ce qui ne fait pas l’identité européenne.
Prenons l’exemple de l’euro. Les politiques et les experts ont sans doute eu raison de refuser que les billets soient à l’effigie des Pères fondateurs de l’Union : il leur était difficile de choisir entre De Gaulle et Monnet ; s’il y avait eu à la fois Adenauer et de Gasperi cela aurait sans doute fait trop « démocrate chrétien » ; on comprend leur embarras. Mais pourquoi se réfugier dans des abstractions ? Pourquoi ne pas essayer de toucher l’âme des peuples ? Pourquoi ne pas chercher à savoir quelles étaient les icônes de notre culture ? Pas besoin de référendum pour cela. Débats et discussions se seraient multipliés. Les télévisions auraient pris le train en marche. Mozart et Léonard de Vinci seraient peut-être arrivés en tête. Peut-être pas. De toute façon, nos billets auraient une autre allure.
L’identité européenne aurait aussi pu (et peut encore) s’incarner dans le sport. Un match de foot entre l’Europe et l’Amérique Latine serait un évènement. Une compétition de judo entre l’Europe et l’Asie en serait un autre. Les disciplines ne manquent pas. Les supporters auraient un sentiment d’appartenance.
Sur un socle identitaire se bâtirait l’Europe des citoyens. Le recours au référendum peut se révéler utile en certaines occasions. Là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est qu’à tous les niveaux - communes, régions, Etats, Europe – la démocratie s’appuie sur la participation. Y a-t-il un pourcentage des dépenses publiques, qui puisse être décidé par les usagers ? Y a-t-il un règlement, un formulaire, une directive qui puisse être élaborés ou modifiés ou supprimés après consultation directe des intéressés ? Voilà des questions qui n’appellent pas une réponse générale mais des efforts constants. Des efforts qu’il est urgent d’entreprendre si l’on veut intéresser les peuples au sauvetage d’institutions désormais menacées. Si l’on veut les impliquer dans la conception d’un projet, c’est–à-dire dans le partage d’un rêve.
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Libérer la croissance |
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Jacques Attali, qui est intervenu, le 11 juin 2008, lors du petit-déjeuner débat du Club des Vigilants, n’a pas manié la langue de bois. Satisfait que le rapport de la Commission pour la libération de la croissance qu’il préside n’a pas été remisé dans un tiroir, il n’en reconnaît pas moins qu’un certain nombre de propositions est loin d’emporter l’adhésion.
Toutes les propositions ont été, assure-t-il, prises à l'unanimité des membres de la Commission. Ce qui révèle, à sons sens, que tous les membres, pourtant de sensibilité très diverse, ont admis la gravité de la situation et pesé, en conscience, les remèdes les mieux appropriés. Jacques Attali reconnait que les propositions ont une cohérence qui, si elle est mise à mal, peut déboucher sur des solutions bancales. Mais il nie fermement les propos - tout le rapport ou rien - qui lui ont été attribués. Aujourd'hui, 180 des 316 propositions sont soit déjà mises en oeuvre soit sur le point de l'être, affirme-t-il. Certaines sont reprises telles que préconisées par la Commission. Il cite, à cet égard, tout le volet concernant l'industrie du savoir comme la modernisation de gestion des universités, les conditions d'organisation des stages, les réformes des échanges universitaires... D'autres, déplore-t-il, ont été modifiées. Ainsi en est-il de la proposition visant à instaurer une plus grande concurrence dans la grande distribution. Le maintien de la loi Raffarin et la suppression de la loi Galland, loin d'amplifier la concurrence et de faire baisser les prix pour les consommateurs, risquent, selon lui, de déboucher sur le transfert des profits aux actionnaires des quatre grands groupes de distribution en France. Autre motif de déception : tout ce qui a trait à la gouvernance. Des propositions très fermes et très précises ont été faites notamment pour la réduction des niches fiscales et des échelons administratifs - sept en tout entre la commune et l'Etat. Or, reconnaît-il, elles rencontrent une grande réticence. Comme si, estime-t-il, l'Etat était capable de tout réformer sauf lui-même. Il conclut que, de toute évidence, ce qui ne sera pas lancé avant le 1er juillet 2008, date à laquelle la France prend, la présidence de l'Union européenne, aura du mal à l'être plus tard. La présidence de l'Europe, très prenante, sera en effet suivie, en 2009, par les élections européennes. A croire que les réformes, même nécessaires, sont incompatibles avec une année d'élections.
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De Tchernobyl au Sichuan |
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En 1986, la catastrophe de Tchernobyl a souligné l’incompétence des autorités soviétiques et contribué à la chute du régime. Cette année, le tremblement de terre du Sichuan semble montrer, à l’inverse, que les autorités chinoises savent faire preuve de réactivité.
Au lieu de désinformer l’opinion, elles ont encouragé les médias à couvrir l’évènement sans rien cacher de sa gravité. Un élan populaire en a résulté. Les bonnes volontés et les dons se sont multipliés. La cohésion nationale loin de se disloquer s’est renforcée. Il est prévu que, chauvinisme aidant, elle se renforce encore à l’occasion des Jeux Olympiques. A moins que … un évènement nouveau ou une faute politique provoque un rejet.
L’évènement nouveau pourrait être une rupture de barrages, imprudemment construits sur des terrains prédisposés aux secousses sismiques. Aux yeux du peuple, il ne s’agirait plus alors d’une catastrophe « naturelle » mais bel et bien d’incurie.
La faute politique consisterait, pour les autorités, à fermer les yeux sur les défauts de construction qui ont fragilisé des écoles toutes neuves et entraîné la mort de milliers d’enfants. Qui dit défaut de construction dit détournement de fonds et donc corruption. Les familles des victimes, les bénévoles qui ont aidé les secouristes et, plus généralement, les téléspectateurs, émus par le drame, demandent réparation et même crient « vengeance ! ». Le laxisme ferait figure de complicité.
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La politique du mieux |
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Quelle politique adopter à l’égard de Dmitri Medvedev ? A en croire la plupart des commentateurs occidentaux, le nouveau Président de la Russie ne serait qu’un pantin dont son prédécesseur tirerait les ficelles. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, ne voit pas les choses ainsi et a tenu à être le premier à rendre visite au jeune occupant du Kremlin.
Il n’ignore, certes pas, que si Poutine le voulait, il pourrait empêcher Medvedev d’agir. Mais pourquoi le voudrait-il ? Avec ses amis Kgbistes, il a mis de l’ordre en Russie et doit maintenant aider Medvedev à ouvrir un second chapitre en s’entourant de juristes et d’ingénieurs. Premier ministre et président du parti majoritaire « Nouvelle Russie », il peut faire en sorte que les deux équipes se complètent (c'est-à-dire que les Kgbistes soient suffisamment rassurés pour ne pas vouloir nuire aux nouvelles élites). Si cette voie vers la modernisation peut effectivement être suivie, les craintes éprouvées par la Pologne et les pays baltes pourront être atténuées et le partenariat entre la Russie et l’Europe pourra devenir plus confiant. Aux yeux de M. Steinmeier, cela vaut la peine de tenter la politique du mieux au lieu de se complaire dans celle du pire.
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La tectonique des plaques, nouvelle version |
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117 députés, de droite comme de gauche, ont manifesté à l’Assemblée nationale pour réclamer le maintien du système actuel d’immatriculation des véhicules qui doit changer au 1er janvier 2009 et être remplacé par le système européen (en vigueur depuis déjà 2 ans en Italie conformément à une directive européenne). Les numéros des départements disparaîtront et c’est ce qui motive la grogne de nos élus.
Cette « révolte » peut être qualifiée, au choix, d’anodine, de puérile ou d’insignifiante mais à l’heure où le Parlement est face à des changements profonds qui concernent les institutions, la vie sociale et l’activité économique et alors que le pays risque d’être paralysé à cause de la hausse des prix des carburants, cette manifestation d’un nombre non négligeable de représentants du Peuple est une parfaite illustration du conservatisme gaulois. A moins que ce ne soit un exercice de défoulement collectif mais les 117 n’ont pas fait particulièrement preuve d’humour. Que se serait-il passé si le Président de la République avait avalisé la suppression des départements, demandée par le rapport Attali ! ? Ou, pire encore, le non-cumul des mandats ? Pourtant ces deux réformes seraient des étapes essentielles dans la modernisation de la vie politique. Le Parlement et l’Exécutif se « frottent » de plus en plus. A quand le séisme majeur ?
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Des Flamands vénitiens |
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Silvio Berlusconi a gagné les élections législatives italiennes. Ce n’est pas une surprise bien que la victoire ait été plus large que prévue. La vraie surprise vient d’une formation régionaliste qui fait partie de sa coalition : la Ligue du Nord. Menée par le "Senatur" Umberto Bossi, la Ligue obtient trois millions de voix (le double de son score de 2001) et sera représentée par 60 députés et 26 sénateurs. Avec quel programme ?
D’abord faire en sorte que les gens du Nord cessent de payer pour ceux du Sud. A sa naissance, la Ligue ne recrutait que les éléments les plus droitiers des classes moyennes. Maintenant, beaucoup d’ouvriers ont rejoint les rangs. Comme si une grande partie des électeurs nordistes considéraient leurs compatriotes sudistes comme des sortes d’immigrés. Et, constat aggravant, ces régionalistes ne croient pas que l’Union européenne puisse servir de lien. Berlusconi n’a jamais été un "fan" de l’Europe. Avec Bossi comme numéro 2, ce sera pire !
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Hard, soft or bargaining power? |
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Les Américains jugent John Mc Cain, Hillary Clinton et Barack Obama en fonction de multiples critères. Pour les Européens, c’est plus simple : la répartition des impôts et des dépenses sociales aux Etats-Unis ne les concerne guère ; leur unique souci tient à la façon dont le prochain Président pèsera sur les affaires du monde. La catégorisation, dès lors, devient assez facile.
John Mc Cain, le vétéran, incarne le « hard power », la volonté de faire respecter l’Amérique, d’exercer un « leadership » sur des alliés consentants. Barack Obama, l’universaliste, personnalise le « soft power ». Il veut réconcilier l’Amérique et le monde, rendre enviables des « partnerships » avec elle. Hillary Clinton, l’avocate, est experte en « bargaining power ». Elle est apte à préparer des “deals” afin de servir les intérêts de son pays. Echaudés par George W. Bush, la plupart des Européens verraient d’un assez mauvais œil l’élection de John Mc Cain. Entre Barack Obama et Hillary Clinton leur cœur balance mais, au total, ils préfèrent Obama. Ce n’est pas seulement une question de style. C’est aussi parce qu’un « bargaining power », privilégiant les intérêts de l’Amérique, ne servirait pas toujours les intérêts de l’Europe. Notamment parce que la géographie a fait de l’Ancien continent le voisin du monde musulman.
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Contradictions européennes |
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Notre président de la République , que cela soit vrai ou faux , nous a affirmé qu'il avait été le moteur principal du traité de Lisbonne ; j'observe que les présidents successifs ont fait deux erreurs :
La première, quand Jacques Chirac, se fondant sur les sondages, a décidé de demander par référendum aux Français leur point de vue sur le traité de Constitution. Il espérait transformer l'essai en plébiscite ; à l'évidence l'on posait une excellente question à 30 millions de Français tout à fait incapables de juger sainement et d'avoir une opinion éclairée.
La deuxième, quand Nicolas Sarkozy, craignant, s'il demandait aux Français de voter à nouveau, d'obtenir la même réponse, en passant par les sénateurs et les députés, a bafoué la décision du peuple qui s'était prononcé. J'observe que les votes ont eu lieu en catimini, que les médias en ont très très peu parlé, et que comme beaucoup je suis bien en peine de trouver le texte que le parlement a approuvé.
500 millions d'européens dépendent maintenant du vote des Irlandais, citoyens d'un pays peuplé d'environ 4. 500. 000 habitants donc peut être 3 millions de votants !!!!!
Mon propos en réalité est le suivant : Sarkozy devait-il être un activiste du Traité de Lisbonne alors que simultanément : 1° Le déficit public devait selon les règles de l'union Européenne être ramené à zéro en 2010. Il est en % LE PLUS ÉLEVÉ de la zone euro et Sarkozy a unilatéralement décidé de reporter le retour à l'équilibre à 2012 (cela sera d'ailleurs à voir). 2° La France, à très juste titre, se plaint de l'attitude de Trichet mais ces plaintes ne peuvent être formulées car contraires à l'indépendance totale de la BCE, indépendance garantie par les Traités.
3° Que dire de la manière cavalière, juridiquement indéfendable, qu'adopte la France quand il s'agit de défendre ses pêcheurs ?
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Grand Paris |
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Le projet du « Grand Paris » est maintenant d’actualité. C’est un immense projet qui engloberait le Paris actuel et 78 communes avoisinantes. Cette zone regrouperait près de la moitié de la population de l’Ile de France et plus de la moitié de ses emplois.
On comprend que le président de la République, le maire de Paris et le président de Région aient chacun quelques idées derrière la tête. Il semble donc utile de rappeler ici quelques données essentielles telles que les avaient énoncées Benoît Peaucelle, vice Président de la Société Française des Architectes, à l’occasion d’un débat qu’il avait introduit au Club des Vigilants le 24 avril 2007. L’intervention de M. Peaucelle a été résumée dans un dossier intitulé "Urbanisme et crise des banlieues", réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye, publié dans le numéro 52 de Vigilances, daté de mai 2007. Nous nous contenterons ici de quelques extraits.
« La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville … Aujourd’hui, la réalité rejoint le sens étymologique du terme … la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement »… « Vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de la capitale. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques ». « La relégation dans les cités occupées par les minorités ethniques correspond à la mondialisation par le bas. A l’autre extrémité on peut placer certains quartiers des grandes villes où domine la classe émergente de la mondialisation. Entre les deux, s’étend l’espace du périurbain pavillonnaire … Comment "faire société" dans une ville qui se défait selon trois directions aussi divergentes ? ». « Quelle est la grande différence entre un collège de centre ville et un collège de ZEP ? Dans le premier, il est plutôt valorisant d’être premier de la classe, alors que, dans le second, c’est dangereux : celui qui réussit devient la cible de la violence de ses camarades. Je connais tant d’adolescents qui pourraient réussir, mais ne se l’autorisent pas par souci de maintenir leurs liens de camaraderie … La carte scolaire, qui était une excellente mesure lorsqu’il y avait une mixité sociale sur le territoire, est devenue une terrible mesure dans les quartiers où une telle mixité n’existe plus ». Questions : Ne sommes-nous pas arrivés au point où des systèmes de bus devraient conduire certains enfants d’une « périphérie » actuellement ghettoïsée jusqu’à des collèges situés au « centre » ? Et, si tel est le cas, à qui devra appartenir la décision ? « Sans volonté politique et consensus des citoyens pour construire et habiter la ville, la polis, la cita, il ne peut y avoir offrande et expression du sens. L’architecture peut donner du sens, mais elle ne peut seule l’inventer sans consensus de la société. Et en l’absence du sens, l’exercice architectural ne sera, au mieux, qu’un exercice de style glacial et désespérant ». D’où l’intérêt d’étudier le projet d’une façon aussi pluridisciplinaire que possible … et avec la participation de citoyens ordinaires.
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Ne pas désespérer de l’Amérique |
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Il est peu probable que Barak Obama soit élu Président des Etats-Unis en novembre prochain mais rien n’est encore joué et le seul fait que l’on puisse se poser la question montre à quel point l’Amérique est capable d’évoluer.
Voilà un pays que l’on dit centré sur lui-même, imperméable aux cultures étrangères, voué à l’unilatéralisme. Et voici un candidat, à moitié blanc à moitié noir, à moitié musulman à moitié catholique, qui séduit les foules en vantant les vertus de l’universalisme. Barak Obama ne mène pas une campagne spécifiquement américaine. Biens sûr, il parle de l’économie et s’adresse aux différents segments de l’électorat en tenant compte des soucis de chacun mais partout, quelque soit l’endroit où il se trouve, il ne manque jamais de s’adresser aux Américains comme s’ils étaient des citoyens du monde soucieux de convaincre l’univers que les Etats-Unis peuvent contribuer pacifiquement à l’apaisement des tensions.
Dans ce contexte, il n’hésite pas à se mettre en scène. « Je pense, a-t-il déclaré dans une réunion publique, que si vous pouvez dire à des étrangers : nous avons un Président à la Maison Blanche dont la grand-mère vit encore dans une hutte au Kenya et dont une sœur moitié indonésienne est mariée à un sino-canadien, ces étrangers en arriveront à penser que votre nouveau Président est apte à percevoir ce qui se passe dans leur vie et dans leur pays. Et ils auront raison ! ».
Certains « réalistes » considèrent cela comme de la naïveté mais les Etats-Unis ont atteint un tel niveau de puissance que les électeurs ne peuvent plus se permettre d’élire un Président comme s’ils étaient seuls sur la planète. Obama contribue à leur prise de conscience.
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Medvedev et la monoculture |
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Parmi tous les proches de Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev était l’un des rares à ne pas être issu du KGB. Le fait qu’il ait été adoubé est loin d’être anodin : c’est la fin d’une étape et le début d’une autre.
Dans un premier temps, Poutine a voulu mettre de l’ordre et choisi, pour ce faire, des gens formés dans le même moule que lui. Il a maintenant compris qu’il faut de la diversité. Le prochain Président y pourvoiera en nommant, à son tour, des hommes à son image. Rappelons que Dimitri Anatolevitch a 42 ans et qu’il a commencé sa carrière comme professeur de Droit. En désignant un successeur capable de briser la monoculture d’une caste dirigeante qu’il a lui-même créée, Poutine agit en véritable stratège. Quel que soit le poste qu’il choisira d’occuper après les présidentielles de mars, il continuera d’étonner.
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Hillary-Nicolas contre Barak-Ségolène |
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Pour des Français, la comparaison est tentante. Le duel qui oppose les deux principaux candidats du Parti Démocrate à la candidature présidentielle ressemble au duel Sarkosy-Royal.
D’un côté, Mrs Clinton sait tout sur tout, règle ses interventions au millimètre, dispose des meilleurs conseillers (dont son mari) et d’une organisation sans faille. De l’autre, Mr Obama a du mal à maîtriser certains dossiers mais est habité par ce que Ségolène appelait un désir d’avenir. Il a l’intuition de ce qu’une démocratie vraiment participative pourrait apporter à la modernité. On peut parier qu’il perdra cette course mais qu’il restera dans la course.
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Sarko catalyseur d’attention |
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Beaucoup d’observateurs se demandent si Nicolas Sarkozy, à force de jouer à Zorro et d’être en permanence dans les médias, ne risque pas de se brûler les ailes. Peut-être ont-ils raison car la surexposition comporte d’incontestables dangers.
Cependant, notre époque est ainsi faite que le rêve de tout un chacun est de passer à la télé. Les idoles sont des « people ». Le temps n’est plus où les chefs, pour être admirés, devaient se montrer peu. La discrétion semble d’autant moins indispensable que les gens s’identifient volontiers à des vedettes coutumières de frasques. En ce sens, il n’est même pas certain que les incongruités de « Cécilia » portent véritablement ombrage à son président de mari. Dans un monde fugace, l’essentiel est peut-être de retenir l’attention … avant d’être jugé sur les résultats.
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Parlez-moi d’amour ! |
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Comme la plupart des citoyens dans la plupart des démocraties, les Français ont envie « d’autre chose ». Avec Sarkozy, ils ont choisi de rompre avec l’immobilisme. C’est un premier pas, un passage obligé. S’il est bien franchi, on ne pourra que s’en réjouir. Restera à définir « l’autre chose ». Le Parti Socialiste en est aujourd’hui incapable mais ses échecs l’obligent à une remise en cause et la quête française d’un « socialisme nouveau » méritera d’être observée.
La première manche va se jouer, dans les mois qui viennent, entre les tenants de la « social démocratie » (qui savent ce qu’ils veulent) et ceux qui cherchent encore. Le problème avec les socio démocrates est qu’en dépit de leur intelligence et de leur sincérité ils demeurent prisonniers d’un idéal passé. Leur référence de prédilection est le Congrès de Bad Godesberg par lequel le parti socialiste allemand, le SPD, a bien voulu reconnaître la réalité de l’économie de marché. C’était en 1959 !
L’ambition, comme le montrent les discours de l’époque, consistait à distribuer plus équitablement les fruits de la croissance, à mettre sur pied une variante efficace de «l’Etat providence », bref, à traduire en termes politiques les analyses économiques du professeur Keynes. C’était un processus fécond quand chaque pays était plus ou moins autonome et que la mondialisation servait seulement de thème à de savantes réflexions.
Depuis Bad Godesberg, 48 ans ont passé et, pendant ce quasi demi siècle, le communisme s’est effondré, le libéralisme a triomphé, la société a profondément évolué. Les jeunes d’aujourd’hui ne rêvent plus de « lendemains qui chantent » mais sont à nouveau capables de chanter des lendemains. Ils ont soif d’idéal, besoin d’écoute, de participation. De ce point de vue, n’en déplaise à Dominique Strauss Kahn ses propos font « vieux jeu ». Certes, il ne va pas aussi loin qu’Alain Juppé, disant, au début des années 90, que la participation était « un truc utilisé par les gouvernements pour faire passer leurs réformes ». Il n’en considère pas moins – et nous sommes en 2007 ! - que c’est « un moyen et non une fin ».
Dans le monde d’aujourd’hui, pourtant, la connexion est partout. Si l’on veut qu’un progrès puisse éclore, il faut que la société se l’approprie. Au lieu de découler d’une loi (que la complexité va bientôt transformer en usine à gaz) il devra résulter d’une multitude d’initiatives qui, formant réseau, s’enrichiront l’une l’autre tant à l’intérieur des frontières que par le cosmopolite mélange de cultures diverses.
Qu’on le souhaite ou qu’on le regrette, l’aspiration à « autre chose » ne pourra être satisfaite que si, grâce à une croissance plus verte et à une fraternité moins abstraite, émerge une mondialité nouvelle. Les enjeux écologiques et le cumul des menaces sont tels que la nouvelle gauche sera connective ou ne sera pas.
S’il fallait inventer un nouveau slogan, le plus simple serait de reprendre le titre d’une vieille chanson : « Parlez-moi d’amour ! ».
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Le pouvoir de la presse |
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Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, les interrogations sur les relations entre « le pouvoir » et « les médias » vont bon train. La proximité supposée et ces implications sont difficiles à mesurer. Par contre, un exemple récent prouve - encore une fois - l’influence énorme des « médias » sur « l’opinion ». Et donc des enjeux de maitrise des médias.
Lors de l’élection présidentielle, la société Lexis Nexis a mesuré la visibilité des candidats dans la presse la semaine qui précédait le scrutin du 22 avril. Il en ressort un chiffre stupéfiant : le coefficient de corrélation entre le pourcentage de visibilité dans la presse et le pourcentage de vote est de 0,99 !
Voyez plutôt (chiffres en %) :
Pour M. Le Pen, score au premier tour 10,44 / visibilité dans la presse 10,74
M. Bayrou, score 18,57 / visibilité dans la presse 18,86
Mme Royal, score 25,87 / visibilité dans la presse 21,29
M. Sarkozy, score 31,18 / visibilité dans la presse 29,24
Et il en va de même pour tous les candidats. Nous sommes au delà de la simple coïncidence.
De quoi laisser songeur … et incliner à la vigilance.
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LOLF : Un paradis pavé d’embûches |
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Entrée en vigueur au 1er janvier 2006, la LOLF (loi organique relative aux lois de Finances) prévoit de structurer le budget de l’Etat selon une logique métier. Mais attention le diable se niche dans les détails. En effet, si l’idée est séduisante, sa réalisation se heurte à de nombreux écueils.
Depuis quelques mois, le secteur public bruisse d’un étrange acronyme : LOLF. Ce sigle onomatopéique désigne une discrète révolution en matière de gestion publique. Sans insister sur ce qui caractérise une loi prise en la forme organique, il s’agit tout simplement de définir les règles selon lesquelles est maintenant voté le budget de l’Etat.
A l’initiative de deux parlementaires, un socialiste et un UMP, et inspirée de l’exemple canadien, la loi part d’un constat : la dépense publique, depuis l’ordonnance de 1959, faisait l’objet d’un budget voté annuellement… mais dont la quasi-totalité était reconduite à l’identique de l’année écoulée (modulo une indexation), le débat contradictoire portant uniquement sur les dépenses inédites. C’est de là que découlaient les supposées consommations forcées de lignes budgétaires en fin d’année (« les camions qui tournent dans la cour de la caserne pour brûler le carburant ! ») pour légitimer leur reconduction d’une année sur l’autre.
Entrée en vigueur au 1er janvier 2006, la LOLF prévoit de structurer le budget de l’Etat non pas selon la traditionnelle nomenclature formelle en chapitres, articles, etc. mais, selon une logique métier, en identifiant les missions du service public, subdivisées en programmes affectés à chaque Ministère, puis en actions et sous-actions. Et ces différents niveaux d’agrégation budgétaire se voient attribuer, dans chaque projet de loi de finances (PLF), un jeu d’indicateurs de performance. Chacun de ces indicateurs est assorti d’un objectif négocié avec Bercy de manière ascendante aux différents niveaux où s’élabore la performance dans les administrations centrales et leurs services déconcentrés.
En effet, à l’organisation par directions, sous-directions, bureaux, services, etc. des administrations se superpose désormais une structure LOLF en programmes, subdivisés en budgets opérationnels de programme (BOP) puis en unités opérationnelles (UO). Un processus itératif de dialogue de gestion avec chacun de ces niveaux permet d’élaborer par agrégation, pour chaque Ministère, un projet annuel de performance (PAP), qui l’engage pour l’année, au vu de ses priorités politiques, de ses moyens financiers et humains, sur ces fameux objectifs pour chaque indicateur du PLF. En fin d’année, un rapport annuel de performance (RAP) décrit et explique le niveau d’atteinte de ces objectifs. C’est sur cette base que sera allouée la dotation budgétaire de l’année suivante.
Autrement dit, les moyens sont mis à disposition non plus à mesure de la dépense constatée, mais de la performance mesurée. Naturellement, cette performance ne traduit pas une rentabilité économique, les administrations n’étant pas des centres de profit, mais une efficacité (est-ce que je remplis effectivement ma mission de service public ?) et une efficience (est-ce que j’accomplis mon action publique au moindre coût financier et humain ?). Les responsables de programmes, de BOP ou d’UO performants peuvent légitimement se fixer des objectifs plus ambitieux et, partant, réclamer des moyens accrus en proportion.
Outre cette ambition d’objectiver l’utilité de l’action publique et de la corréler à une rationalisation de la dépense publique, ce dont nous autres contribuables et usagers ne pouvons que nous féliciter, la LOLF décale mécaniquement le terrain de jeu des responsables au sein des administrations. Le niveau de jeu de ceux qui se sont vus bombarder responsables d’un échelon LOLF s’en est trouvé haussé ; les relations de direction ont pris un caractère de relations de gouvernance. Les secrétariats généraux, qui ont fleuri ces dernières années, et les cellules de contrôle de gestion, deviennent des acteurs-clés, promoteurs de la modernisation de l’Etat au sein de leurs structures.
Un monde idéal, donc ? Bien sûr que non. L’idée est séduisante, sans ambiguïté ; qu’en est-il de sa réalisation ? Deux pierres d’achoppement compliquent la mise en œuvre de la démarche : l’organisation LOLF des Ministères et la jeu d’indicateurs de performance.
En effet, et notamment pour les administrations qui présentent un tissu déconcentré important (Défense, Intérieur, Education…) voire autonome (Justice…), identifier les bons niveaux où s’élabore et se consolide la performance et les traduire dans la chaîne UO/ BOP est délicat. Bien souvent, l’enjeu de pouvoir, d’autonomie et de visibilité qui sous-tend le fait d’être res-ponsable de BOP supplante, dans les choix en matière de structure LOLF, la pertinence au vu des réalités du métier et des missions de service public. Le nombre volontairement limité de niveaux et leur articulation pyramidale ne permettent pas toujours de refléter fidèlement les réalités de l’élaboration de la performance sur le terrain, masquant des processus spécifiques.
Quant aux indicateurs, leur logique même suppose que toute activité en matière de service public peut se transcrire de façon univoque par un jeu de valeurs chiffrées, au degré d’agrégation nécessaire et suffisant (des indicateurs trop détaillés donnent une vision parcellisée du fonctionnement ; des indicateurs trop agrégés masquent la complexité des phénomènes et empêchent d’identifier des mesures correctives appropriées), que l’on sait effectivement mesurer avec un degré de fiabilité et un rythme appropriés. Si la capacité de déploiement des troupes semble répondre à ce cahier des charges, la réduction du chômage des jeunes est déjà plus ambiguë (comment distinguer les effets du contexte économique, des évolutions sociologiques, des initiatives privées, du système éducatif, etc. de ceux du Ministère de l’emploi ?) ; quant au rayonnement culturel de la France à l’étranger, il semble pour le moins hasardeux de le réduire à un modèle numérique.
Enfin, puisque cette mesure de performance ambitionne de piloter l’opportunité et le coût de l’action publique, il importe que les valeurs particulièrement bonnes ou mauvaises des indicateurs déclenchent non pas de simples constats, excuses, félicitations ou recherche de responsables, mais des actions : détection des difficultés, identification des causes, décision, proposition de mesures correctives.
Ajoutons que le choix des indicateurs ne saurait être neutre : on sait tous que toute variable observée s’améliore ; à ce titre, le jeu d’indicateurs retenu oriente les sujets sur lesquels un effort particulier est attendu par l’échelon politique. A l’inverse, il est tentant de proposer des indicateurs dont, du fait de leur définition, une valeur satisfaisante est quasiment garantie, ce qui court-circuite la notion d’objectif ambitieux qui sous-tend la démarche. De même, ce qui n’est pas un indicateur devient vide d’enjeu et se trouve souvent négligé. Effet pervers : l’obtention d’une « bonne » valeur d’indicateur peut devenir une fin en soi en oubliant la mission de fond : j’échoue objectivement, mais le système dit le contraire, donc je suis réputé remporter un succès.
Ne nous leurrons donc pas : la mise en place de la LOLF n’est pas en soi un progrès décisif. C’est une étape d’une démarche plus vaste et nécessairement progressive. La complexité du jeu d’acteurs entre les parties prenantes est, comme tout environnement qui oscille entre coopération et concurrence, intrinsèquement fertile en matière de réflexion, d’émergence d’idées innovantes et de sélection naturelle des pratiques les plus fructueuses. A petits pas, en identifiant lucidement les fausses bonnes idées et en promouvant les bonnes avec courage, les structures LOLF et les jeux d’indicateurs vont s’affiner au fil du temps et devenir de plus en plus pertinents.
On est encore aujourd’hui en phase d’exploration des éclairages que ce nouveau prisme peut apporter sur le fonctionnement de la dépense publique (on mesure les dégâts). A mesure que l’outil d’observation s’affinera, s’opérera spontanément en parallèle l’émergence d’un processus vertueux de boucles de rétroaction sur l’action publique (on adapte l’action aux besoins de l’usager). Nous sommes peut-être à l’aube d’un mouvement de fond qui fera passer insensiblement du contrôle de la dépense au pilotage du service.
Acceptons-en l’augure…
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Un traité canada dry |
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Bien entendu, comme je l'affirmais alors, il n'y avait pas de Plan B il y a deux ans. Cependant, le traité Canada Dry, dont j'ai entendu les grandes lignes ces derniers jours est la preuve que 27 pays ne pouvaient pas, en 2007, vivre comme jadis au Far West .
Un minimum de "lois", "règlements", "obligations" devaient être rédigés.
Le "traité de constitution" avait été soumis au peuple français... et avait donc été refusé.
Il est évident que l'accord de ce jour sera entériné par le Parlement.
Qu'en est il des pouvoirs "souverains" des peuples de France et des Pays Bas, "traités" par dessus la jambe ????
Que vont penser les quelque 18 pays qui avaient décidé d'accepter, eux, le précédent texte ????
Autant de réflexions qui me laissent dubitatif.
P. S. le vote démocratique, je le rappelle avait été jugé par Benjamin Franklin comme un vote par deux loups et un agneau sur le choix à faire pour le déjeuner !!!!!
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Archives explosives |
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Lorsque le quartier général des forces de sécurité palestiniennes a été pris d’assaut par les troupes du Hamas, leur chef, Mohamed Dahlan, était en Egypte. Désormais persona non grata à Gaza. Les mains vides, il a rejoint les bâtiments gouvernementaux à Ramallah. Archives, fichiers et disques durs sont maintenant aux mains du Hamas. Vengeances et liquidations sont au programme.
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Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Intérieur |
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Dans une autre vie, plus précisément en l’année 1962, je fus le commissaire de police d’Oullins, dans la banlieue de Lyon, ville considérée comme difficile à l’époque et qui l’est peut-être toujours aujourd’hui.
Or, à l’occasion de la dernière campagne présidentielle ont ressurgi ces notions de prévention et de police de proximité que nos politiques ressortent pour cacher leur impuissance à rétablir la République dans les quelques quartiers qu’ils ont laissé se transformer en ghettos religieux ou communautaires.
Pire, un rapport décrivant une situation d’antagonisme violent entre la police et la population de la Seine-Saint-Denis, inciterait peut-être à donner l’indépendance à ce département.
Certes, nous avons la police la plus nombreuse d’Europe, mais avec des policiers recrutés à des niveaux tels que le concours de gardien de la paix interdit maintenant aux populations peu instruites d’avoir accès, comme à la Libération, à l’ascenseur social qu’était alors la police.
Comment dialoguer et apaiser des conflits quand les protagonistes ne parlent pas le même langage ou n’ont pas eu un vécu commun ?
Vous voulez rendre la police plus proche de nous et faire respecter la République sans coûts ni recrutements supplémentaires ?
Prenez donc en compte ce qui suit :
1 – L’Omerta dans les quartiers :
Qui parle, ou qui a été vu parlant à un policier est « socialement mort ».
Les seuls visiteurs des Commissariats des quartiers dits sensibles sont les seuls plaignants, et encore, la peur est également présente dans ces cas de figure. Le seul avantage de cet absentéisme est de faire baisser les statistiques de la délinquance.
Alors comment rétablir le contact des citoyens avec la Police ?
Madame la Ministre de l’Intérieur devra négocier avec les syndicats de police le retour dans les commissariats des citoyens qui viendront retirer leurs cartes d’identité ou passeports, leurs convocations que les différentes administrations (finances, sécurité sociale, etc…) auront demandé au Commissariat de faire parvenir à leurs destinataires.
Bien sûr ce sont des tâches qui ont été déclarées « indues » en leur temps, mais comment renouer un dialogue avec la population des exclus sans leur faire courir le risque d’être considérés comme des « balances » ?
2 – La présence visible des policiers pour la prévention :
Il suffit de remettre les gardiens en uniforme sur leurs trajets domicile - commissariat (la plus grande difficulté actuelle dans la construction des locaux de police étant de prévoir de grandes surfaces pour accueillir les vestiaires des policiers).
A la Libération, les agents pouvaient justifier leur dénomination de gardiens de la paix car ils sillonnaient les rues en uniforme pour rentrer chez eux à pied ou dans les transports en commun.
3 – Police de proximité vraiment ?
A condition que les Maires et les bailleurs sociaux acceptent de favoriser l’attribution de logements, éventuellement en co-location, pour les policiers célibataires, auprès ou dans les cités considérées à risques, et pour les autres, des logements pour leur famille, dans la circonscription même de leur affectation.
4 – Et la répression ?
Elle ne peut s’exercer, utilement que grâce à l’adhésion d’une population rassurée, ramenée dans les sentiers de la République et qui pourra désigner sans risques ceux qui la maintienne actuellement dans l’acceptation d’une loi qui n’est pas la nôtre ni la leur.
La répression pourra alors s’appliquer exactement là, où et quand il le faut, par des enquêteurs spécialisés et discrets, évitant ainsi des déploiements de force aussi spectaculaires qu’inefficaces.
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Espoir et vigilance |
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Depuis plusieurs dizaines d’années, la France se gouverne de travers. Elle reste sans réactions correctrices efficaces devant un niveau de chômage insupportable, le sacrifice d’une partie de sa jeunesse, un effondrement de son potentiel de recherche et d’innovation, l’installation durable de poches de souffrances, la formation de ghettos, le dépérissement de sa mission de co-organisateur d’une Europe de paix, etc. Elle est incapable de tirer parti de la vitalité et de la modernité de son peuple.
De façon schématique, trois obstacles majeurs combinent leurs effets pour barrer la route à l’émergence d’un système de gouvernance sage.
- La classe politique a théâtralisé et transformé en combat l’opposition des tempéraments de Droite et de Gauche et l’a figé sur des contenus de style 1950. Nos dirigeants politiques et nos influents regardent le monde avec les œillères de leur parti. Nos médias de masse incitent les gens ordinaires à en faire autant. Dans ce contexte il est difficile pour tous de se faire une représentation correcte de l’environnement et du cours des choses qui les aiderait à en tirer le meilleur parti.
- La classe politique vit en circuit fermé entre politiciens, journalistes spécialisés et militants ce qui l’empêche de sentir les mouvements et les évolutions de la société des gens ordinaires. Celle-ci ne se sent plus représentée par ses politiciens, ne comprend plus leur langue de bois et les rejette. Il n’y a plus de régulation des politiciens par les gens ni des gens par les politiciens. Une telle absence de feed-backs rend la France incapable de voir venir et de s’orienter de façon avisée.
- Au cours des cinquante dernières années, la société des gens s’est extrêmement complexifiée ; elle est devenue de plain-pied, hétérarchique, plus spontanée qu’organisée ou commandée d’en haut. Mais le pouvoir et l’administration sont restés compartimentés, hiérarchiques, bureaucratiques, réglementés et réglementant ; ils ont perdu prise sur elle. Peut-être y a-t-il trop d’Etat mais il y a surtout un Etat qui n’a pas su s’adapter à la société vivante.
Nous avons vécu ce printemps les prémices d’une ouverture. Le rejet de la clase politique par les Français et leur demande de rupture avec le passé de la politique ont atteint des niveaux record. Trois leaders politiques ont senti l’opportunité de répondre à cette situation. François Bayrou a joué sur l’idée partagée par 75% des électeurs que le combat Droite/Gauche tel qu’il était pratiqué n’était plus qu’une comédie. Ségolène Royal a spectaculairement réussi, au cours de sa campagne, à déstabiliser les éléphants du parti socialiste et à amorcer une démonétisation des anciens dogmes. Elle nous a fait rêver à la possibilité d’une véritable participation du peuple à la politique. Elle a ainsi ouvert la possibilité d’une métamorphose du vieux PS. Mais l’actualité la plus récente montre qu’un retour aux anciennes mœurs socialistes reste possible. Nicolas Sarkosy a mis sur la touche la « maison Chirac » et la droite figée et sans idées. Il est apparu comme en rupture avec le passé. Il a peut-être la personnalité qu’il faut pour piloter une réelle modernisation des idées de la droite en les ouvrant partiellement sur la gauche. Mais, saura-t-il écouter vraiment la société vivante et discipliner son penchant autoritaire pour y parvenir ? Saura-t-il lâcher prise lorsque c’est nécessaire ?
Je suggère à tous les Think Tanks soucieux de rénover le système de gouvernance de la France de centrer leurs efforts de réflexion et d’innovation sur les leviers qui permettraient d’amplifier l’amorce d’ouverture que ce printemps nous offre.
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Encore des dépenses |
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Le vote, négatif, des français était certainement, quelque qu'aient été mes idées sur le sujet, un mauvais coup porté à l'Europe politique.
La décision, assez surprenante, de Nicolas Sarkozy de laisser filer les dépenses, un peu au mépris des règles du club Europe, n'est elle pas un nouveau danger, sur le plan de la monnaie cette fois pour l'Union Européenne ?????
Le monde en général et plus égoïstement l'Europe en particulier ne manquent pas de me préoccuper, pas tant pour notre génération mais pour celles qui nous succèderont.
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Russie : Medvedev au charbon |
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Malgré la gabegie et la corruption – disons le manque de transparence ! - qui règnent encore en Russie, la population bénéficie des retombées de la manne gazière et pétrolière. Entre 1998 et 2006, les exportations énergétiques sont passées de 28 à 170 milliards de dollars. Quelques favorisés en ont certainement profité mais le niveau de vie des populations a plus que doublé depuis l’élection de Poutine en 2000.
Du temps d’Eltsine, il fallait être un héros pour exercer le métier de professeur et penser à l’avenir des enfants. Maintenant, les salaires des enseignants permettent presque de vivre sans exercer un deuxième emploi et les retraités ne meurent plus de faim. C’est loin d’être l’âge d’or. Les services publics sont encore défectueux et l’eau du robinet n’est pas souvent potable. Dimitri Medvedev, Vice Premier ministre, le sait. Il visite constamment les provinces, recense les lacunes et promet des améliorations. Façon, sans doute, de se positionner en vue des élections présidentielles en mars 2008.
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Canada : éloge de la lenteur |
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Le Parti Québécois, partisan de l’indépendance de la « Belle Province », est né en 1970. Il aura fallu 37 ans, une génération, pour que la revendication achève de se dissoudre par la vertu du compromis. Aux élections du 26 mars, le PQ a essuyé la plus lourde défaite de son histoire en ne récoltant que 36 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée nationale.
Le terme « nationale » n’est d’ailleurs pas anodin car le Québec, à défaut d’être « souverain », est maintenant reconnu en tant que « nation » par le gouvernement fédéral. En fait, il s’agit d’une autonomie au sens large et cette autonomie est d’autant plus acceptable qu’elle s’accompagne de copieux transferts budgétaires (1,5 milliard d’euros supplémentaires pour 2007). Comme dit le proverbe, « l’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue ». La prospérité canadienne est telle que le budget fédéral est maintenant excédentaire pour la onzième année consécutive. De plus, les perspectives énergétiques (sables bitumineux de l’Alberta, etc.) laissent présager un avenir doré.
Tous les pays n’ont pas cette chance mais la leçon mérite quand même d’être retenue. Quand, n’importe où au monde, menace une guerre de sécession, le gouvernement central doit savoir perdre du temps pour en gagner. Des négociations rompues peuvent toujours reprendre. Il suffit d’attendre et de penser que le progrès économique peut servir au bien-être commun.
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Une opportunité de renouveau pour la gouvernance de la France |
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Depuis plusieurs dizaines d’années, la France se gouverne de travers. Elle reste sans réactions correctrices efficaces devant un niveau de chômage insupportable, le sacrifice d’une partie de sa jeunesse, un effondrement de son potentiel de recherche et d’innovation, l’installation durable de poches de souffrances au sein d’une société où le bonheur personnel et familial devient la valeur suprême, la formation de ghettos, le dépérissement de sa mission de co-organisateur d’une Europe de paix, etc
De façon très schématique, deux obstacles majeurs me semblent barrer la route à l’émergence d’une gouvernance en prise sur les événements et un tant soit peu adaptée à l’époque.
- La classe politique a théâtralisé et transformé en combat une opposition Droite/Gauche restée figée sur un contenu de style 1950. Nos dirigeants politiques et nos influents regardent le monde avec des œillères soit de droite soit de gauche. Nos médias de masse incitent les gens ordinaires à en faire autant. Dans ce contexte il est difficile de se faire une représentation de l’environnement et du cours des choses qui corresponde un tant soit peu à la réalité et nous aide à en tirer le meilleur parti.
- La classe politique vit en circuit fermé entre politiciens, journalistes spécialisés et militants et ses œillères l’empêchent de sentir les mouvements et les évolutions de la société des gens ordinaires. Celle-ci, embarquée dans des changements historiques profonds, ne se sent plus représentée par ses politiciens, ne comprend plus leur langue de bois et les rejette. Il n’y a plus de régulation des politiciens par les gens ni des gens par les politiciens. Une telle absence de feed-backs rend la France incapable de voir venir et de s’orienter de façon avisée.
Il y a plusieurs dizaines d’années que le système de gouvernance de la France est bloqué et que ce blocage résiste à toutes les tentatives de réanimation. Chaban-Delmas et Rocard s’y sont cassé les dents.
Mais, depuis quelques mois, les choses bougent. Il me semble qu’un processus systémique s’est mis en mouvement. Il émane de la société des gens mais a éveillé la complicité consciente ou semi-consciente de plusieurs leaders. Rien n’est gagné. Mais, si ce processus devient plus conscient, si des citoyens et des associatifs plus nombreux se mobilisent pour l’alimenter, il pourrait déboucher rapidement sur une rénovation du système de gouvernance de la France.
Quelques manifestations du processus d’ouverture
La société des gens ordinaires appelle un changement radical. La recherche de terrain qu’a conduit L’Ami Public sur la « société rêvée » avait révélé que des Français modernes de toutes tendances politiques rêvaient de l’émergence d’une même société moins mercantile, centrée sur le bonheur, l’épanouissement de la personne, la paix et l’alliance avec la nature.
Les enquêtes en profondeur et les sondages d’opinion de ces derniers mois nous ont montré que le ras-le-bol, le rejet des politiciens et le rêve de rupture étaient plus forts que jamais et devenus dominants. Les électeurs, lassés du jeu artificiel de la classe politique, sont maintenant près des ¾ à refuser de se classer clairement à droite ou à gauche.
Des leaders politiques ont senti cette désaffection et ont perçu l’opportunité de rompre avec un système vermoulu. Ils ont su jouer une complicité avec les gens ordinaires. Et ceux-ci les ont remerciés en leur apportant des résultats de sondages qui les ont propulsés sur l’avant-scène dans leur parti et dans l’ensemble du public.
Tout au long de la campagne, le nombre d’indécis a surpris les sondeurs. C’est que les électeurs devenaient plus nombreux à penser par eux-mêmes. Ils n’avaient pas une opinion prédéfinie sur un échiquier politique imposé par l’habitude ou les dirigeants. Leur choix n’était plus idéologiquement préorganisé. Ils hésitaient et cherchaient leur bon choix personnel pour qu’en France le cours des choses en devenir ait plus de chances de prendre une orientation qui leur convienne.
Ségolène Royal a spectaculairement réussi, au cours de sa campagne, à mettre sur la touche les éléphants du parti socialiste et à amorcer une démonétisation des anciens dogmes. Elle a ainsi donné un nouvel élan à une reconception sur laquelle d’anciens leaders tels Rocard avaient buté. Il se pourrait qu’elle annonce une métamorphose ou un éclatement du vieux PS qui fût un des principaux obstacles à la modernisation de la France. Mais une reprise du manche par les anciens est également possible.
Nicolas Sarkosy a mis sur la touche la « maison Chirac » et la droite figée et sans idées. Il est apparu comme en rupture avec le passé. Il a peut-être la personnalité qu’il faut pour piloter une réelle modernisation des idées de la droite en les ouvrant partiellement sur la gauche. Mais, écoutera-t-il suffisamment la société vivante pour le faire ?
François Bayrou, sur l’idée qu’il faut faire coopérer des tempéraments de droite et de gauche pour inventer la société de demain, a fait un très bon score dans les sondages et dans les urnes. Pourra-t-il constituer un centre radical capable de peser sur les équilibres à venir ?
Les inscriptions sur les listes électorales et le taux de participation au premier puis au second tour ont montré que la politique avait déjà suffisamment changé pour que les électeurs, notamment les jeunes, s’impliquent à nouveau. Les groupes extrémistes, à droite comme à gauche, qui se complaisent dans des idéologies d’un autre temps, ont été laminés. Les trois candidats arrivés en tête au premier tour se réclament tous d’un changement qui replacerait le pays dans la mouvance de son époque.
Quelques idées décisives me semblent en train de faire leur chemin dans l’intuition collective. Bon nombre d’électeurs et de militants socialistes ont compris que pour gagner le parti devait reconstruire sa théorie de la réalité, son programme d’action et ses alliances. De nombreux Français sentent qu’il est primordial de trouver le moyen de ne pas opposer croissance et écologie afin d’inventer une croissance verte. Ils intuitent de même que le combat entre partisans du dynamisme économique et de l’épanouissement humain est une voie sans issue et qu’il faut apprendre à piloter une croissance de la vitalité économique qui s’appuie sur l’épanouissement humain notamment au travail. Les mêmes ou d’autres prennent conscience que le choix entre plus ou moins d’Etat est une querelle dépassée et que le défi réel est d’inventer un nouveau pouvoir et un nouvel Etat qui soient ouverts au dialogue, intelligents et thérapeutes.
Avons-nous envie de peser sur le cours des choses ?
Chacun dans son domaine d’action peut contribuer à l’accouchement d’une meilleure gouvernance. Think tanks et associations citoyennes peuvent s’attacher à découvrir les leviers sur lesquels prendre appui pour contribuer à l’émergence d’une bonne gouvernance et d’une bonne société. Pour nourrir les prises de conscience que je viens d’évoquer. Pour conforter notre nouveau Président dans son désir affiché d’ouverture et d’écoute de tous les Français. Pour aider le parti socialiste à ne pas retomber dans ses anciennes ornières et à ne pas s’engager sur une piste social-démocrate déjà dépassée mais à entreprendre l’effort créatif indispensable pour donner vie à une gauche moderne. Pour aider Bayrou à installer un centre qui soit vraiment radical.
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Two 'reformers' vie for France |
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Who can best reform France? That is the question French voters will answer Sunday when they elect a new president, either front-runner Nicolas Sarkozy of the ruling, center-right UMP party, or Ségolène Royal from the left-of-center Socialist Party.
For once, there is a consensus across three-quarters of the French electorate that something must be done to reinvigorate France's sluggish economy and change the way its aloof and bloated bureaucracy serves its citizens.
Because France is one of Europe's "Big Three" (along with Germany and the United Kingdom), the outcome of this election will help determine whether the United States will have a united and thriving European partnership across the Atlantic.
So what are the two candidates offering the French people, and which of them is more fit to ease social tensions and lift France out of its economic underperformance?
In some ways, what France is facing is a choice between Gallic versions of Margaret Thatcher and Tony Blair, the U.K.'s two most successful postwar prime ministers. Sarkozy, although he has been both finance and interior minister under current President Jacques Chirac, portrays himself as an outsider who will finally enact the break with the status quo that France needs.
Like Thatcher, he openly admires the American can-do spirit and its less regulated economy. He is the radical reformer on the right who says he thinks France needs more of the U.S. work ethic to succeed. But he also has gotten into trouble with the rough language he used to describe youths who rioted in protest against the hopelessness found in many of Paris' suburbs.
Royal, governor of a state in western France and a product of France's finest professional schools, is France's first female presidential candidate. She speaks a new political language, one that emphasizes reconciling French society's differences by improving the way local schools, police, day-care centers and other state agencies interact with French families.
Although she is cautious about doing away with too many of France's cherished - but expensive and probably unsustainable - welfare-state benefits, she has pushed (as Blair did with the Labor Party) for her old-fashioned Socialist Party to move toward the political middle ground.
She has hinted, for example, that as president she would offer cabinet positions to members of the new, centrist Democratic Party led by François Bayrou, the former education minister and horse farmer who came in third during the election's first round two weeks ago.
Both candidacies entail certain risks. Sarkozy has endorsed a number of protectionist trade policies, and Royal has warned about Anglo-American-style capitalism.
One could also ask why Sarkozy will be effective in reforming France's economy when two different prime ministers in 12 years of conservative rule were unsuccessful in their attempts. Another issue is whether Royal's emphasis on broad social change would provide the right kind of spark to create a more dynamic and entrepreneurial economy.
In the foreign policy domain, the bitter aftertaste left by the U.S. decision to go to war in Iraq, despite the deep skepticism of its allies, continues to affect how the French view the United States. While neither Royal nor Sarkozy is likely to antagonize the United States in the way Chirac did in the run-up to the war, they will be independent-minded and at times critical friends.
Royal shies away from the kind of open admiration of the United States that Sarkozy voices, but she has taken a tougher stance on Iran than her opponent by arguing that Tehran should have neither civil nor military nuclear capabilities.
Sarkozy, on the other hand, probably would bring French foreign policy in the Middle East more in line with U.S. policy, and he has taken a more positive approach to Israel, a close U.S. ally, than has been the case in recent years.
Whoever wins Sunday, the United States will find a France that acts more like a friend and that will be headed toward some form of economic and social reform. The crucial factors will be whether France's next president will be able to avoid gridlock at home; work with the leaders of the U.K., Germany and other key countries to improve the European Union's capacity to build a common approach to global challenges; and develop a pragmatic relationship with this and - perhaps more important - the next U.S. administration.
BY DONALD BANDLER AND PETER RASHISH
Donald Bandler, former chargé d'affaires to France, is senior director and Peter Rashish, member of the Club des Vigilants, is senior adviser for Europe at Kissinger McLarty Associates, an international strategic advisory.
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L’avenir d’une élection |
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L’avenir d’une élection est toujours prévisible… à posteriori. Le choc de 2002, comme la participation record au premier tour de 2007 peuvent s’expliquer par le fait que les Français sont de plus en plus motivés à se prononcer sur la gestion politique… de leurs vies et enjeux quotidiens. Ce phénomène qu’on pourrait taxer un peu rapidement de montée de l’individualisme est en train de définir la clé de la nouvelle citoyenneté.
Une étude sur l’évolution des mentalités des Français datant de 2005 montrait que ceux-ci appréhendent de la même manière ce qu’ils vivent dans leur quartier, dans leur ville, en France et en Europe. A chacun de ces niveaux, c’est le besoin que les choses bougent pour s’agencer ou se « réagencer » autrement qui réunit les Français. La nouvelle citoyenneté trouve probablement ses racines plus dans le quotidien que dans les convictions.
Nos vies ont changé, nous avons intégré l’incertitude dans nos quotidiens. Individuellement, nous savons que nous devons changer, nous adapter. Collectivement, nous comprenons que nous devrons être français différemment pour trouver notre place dans la mondialisation. Nous ne pourrons plus nous appuyer seulement sur nos statuts et nos voleurs phares. C’est difficile mais nous avons fait sur nous-même le travail personnel qui permet de vivre avec, nous avons agencé différemment nos priorités individuelles et nous sommes en train de le faire pour nos priorités collectives.
Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, chacun d’entre nous comme personne, comme citoyen, comme consommateur doit réagir à plus d’informations, de sollicitations, de difficultés et de voies de solutions. De ce fait nous devenons tous à la fois plus vigilants et plus angoissés face à l’avenir. Cela parce que nous avons de plus en plus de moyens et d’occasions de l’être. Plus nous sommes incertains, plus nous sommes impliqués, plus nous sommes exigeants.
Face à ce mouvement qui n’est pas spécifique à la France mais touche progressivement l’ensemble du monde, les deux candidats à la Présidence proposent de rompre avec le passé et de remettre en ordre la société. Toutefois, quel que soit le résultat du second tour, une moitié de la France sera déçue et inquiète, parce que le Président élu n’incarnera pas la posture face à l’avenir dans laquelle ils avaient placé leur espoir. Mais à bien y regarder l’un et l’autre s’attacheront – comme ils l’ont promis - à répondre à la même question : comment faire partager à la France entière le sentiment et la réussite d’une rupture avec ce qui nous empêchait de trouver une place dans l’Europe, dans le Monde et dans l’avenir.
Lors des présidentielles 2007 l’exigence collective s’est manifestée pour la première fois de manière aussi forte et claire. Mais ni les Français dans leur ensemble, ni les dirigeants politiques ne sont encore en mesure de dire vers quelles orientations cette exigence doit être dirigée. Sans répondre à cette question, on peut tout de même dire qu’il nous faudra composer un avenir entre les trois côtés d’un triangle : la France, le Monde, l’Incertitude.
Ce qui frappe dans la vie moderne, c’est que l’avenir apparaît moins lointain qu’auparavant. De l’accélération des changements naissent des inquiétudes plus stressantes et plus complexes, mais naissent aussi des envies de participer différemment. Dans les cent jours qui suivront l’élection nous aurons l’occasion de voir si la rupture souhaitée par les candidats saura répondre à la rupture que nous vivons avec notre futur devenu si incertain.
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Réconcilier Christian Blanc et Nicolas Hulot |
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Quand ils doivent répondre à des sondages, certains Français disent volontiers qu’ils regardent Arte plutôt que la une. De même, ils proclament que les responsables politiques ne s’intéressent pas assez à l’écologie alors qu’eux-mêmes, quand ils participent à des débats, parlent d’abord d’emploi et de niveau de vie.
Cela ne signifie pas que ces Français soient menteurs. Cela traduit simplement la distance entre le monde tel qu’il est et tel que l’on voudrait qu’il soit.
Ainsi en va-t-il de la croissance, cette clef magique qui permet de donner aux uns sans prendre aux autres. Tous les gouvernements en veulent. On les comprend. Hélas ! La consommation humaine de ressources naturelles excède la capacité de la nature à se régénérer et certains procédés industriels ont déclenché le tic tac de l’horloge à cataclysmes climatiques. Comment donc réconcilier le besoin de croissance pour panser les plaies du présent et l’impératif écologique pour ne pas compromettre l’avenir de nos enfants ? Comment réconcilier Christian Blanc (« La croissance ou le chaos » chez Odile Jacob) et Nicolas Hulot (« Pour un pacte écologique » chez Calmann Lévy). Comment œuvrer pour modifier le contenu de la croissance, pour faire en sorte qu’elle devienne « verte » ?
Voilà, me semble-t-il, ce qui pourrait (devrait ?) constituer l’essentiel d’un plan d’action global et cohérent pour les années qui viennent. Voilà ce que j’aurais souhaité comme « projet présidentiel ».
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Des promesses qui empêchent de gouverner |
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La France qui vote à 85 %, la France qui réduit à 10 % l’extrême droite comme l’extrême gauche, un véritable regain démocratique bonne nouvelle !
Et la suite ? Elle va surtout se jouer sur le plan économique et social. De ce point de vue, la campagne a révélé l’inquiétude financière des Français. C’est le candidat de la rigueur, François Bayrou qui a fait le plus beau parcours. Problème : il n’est pas au second tour.
Les deux vainqueurs ont fait des campagnes à l’ancienne en accumulant les mesures compassionnelles et clientélaires. Résultat : 50 milliards des deux côtés. Or la France a tant accumulé dettes et déficit qu’elle n’a plus d’argent pour financer une nouvelle politique. De fait, ces programmes-catalogues, ne sont absolument pas financés.
D’un côté comme de l’autre, on mise sur un miraculeux effet de relance. Mais les deux plans de relance de 75 et 81 n’ont pas marché et les deux croissances des ministères Rocard et Jospin n’ont été précédé d’aucune relance. Avis aux keynésiens ! En vérité, la France va renoncer - temporairement bien sûr- à respecter le pacte de stabilité. Elle le fait depuis cinq ans, pourquoi ne pas continuer ? Parce que l’Europe a changé.
Tous les pays, Allemagne en tête, vivent sur un consensus économique, effectuent des efforts dont ils commencent à tirer les fruits en termes de croissances, d’emploi, de finances etc. La France seule réussit à souffrir sans se soigner et veut toujours croire à l’économie sans peine. Les autorités européennes ont porté un regard très sévère sur cette campagne, sur les attaques contre la BCE, l’Euro fort etc. Les rendez-vous post électoraux avec nos partenaires risquent d’être orageux. Peu probable que la France puisse continuer sur cette humeur dépensière. Ce sera le troisième tour après les présidentielles et les législatives. Le rendez-vous de 1983 après celui de 1981. Comment fera-t-on admettre aux Français que les promesses sont reportées aux calendes. Qu’elles ne servaient qu’à gagner le pouvoir et pas à gouverner ?
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Invention du gouvernail ! |
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Voilà la France presque revenue au modèle traditionnel bipartisan, disons à l'anglo-saxonne, en route vers le modèle du Nouveau Monde que certains appellent de leurs vœux. Nous ne sommes donc pas dans la "rupture" mais toujours dans la "fracture".
Un camp contre l'autre dans une bataille bien ordonnée, à l'antique. Il en sortira un vainqueur et un vaincu. Un Français sur deux sera content d'avoir écrasé un Français sur deux. Malheur au vaincu ! Le vaincu ne bénéficiera pas d'une Constitution et d'une organisation des pouvoirs semblable à celle de l'Amérique qui équilibre celui du Président et de sa majorité. Il n'aura que très peu de ces contre-pouvoirs préconisés par les pères du système démocratique. Autrement dit, nous serons toujours embarqués sur un sampan, une pirogue, un coup à droite, un coup à gauche en espérant qu'en moyenne l'esquif France suivra une trajectoire "au centre".
Mais François Bayrou s'est mis aujourd'hui dans le rôle du gouvernail... Serions-nous passés en politique de l'ère de la pagaie fonctionnant à l'alternat à celle du couple propulsion-gouvernail qui fut l'une des plus grandes innovations en matière de transport et de gouvernance ?
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Qui arrêtera le déclin économique ? |
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Dans son édition d'aujourd'hui le New York Times commente les résultats de l'élection présidentielle et fait remarquer que, depuis 25 ans, la France, dans le classement mondial du PNB par habitant, est passée de la 7ème à la 17ème place.
Malgré ces faits, que pratiquement personne ne rapporte, nos candidats continuent inlassablement à parler de la France "grande nation".
Qui arrêtera ce déclin qui est la véritable cause du chômage et de la stagnation du pouvoir d'achat ?
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La maman et le grand frère |
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Un président n’a pas à détailler les réformes qu’il souhaite entreprendre. Il doit être, comme l’a écrit Marcel Gauchet, « une tête, une âme, un esprit, une inspiration, une direction ». Son efficacité tiendra moins à ce qu’il fera lui-même qu’à l’envie qu’il donnera aux citoyens d’agir par eux-mêmes.
Ségo veut régler les conflits entre Français comme on règle les querelles entre enfants d’une même famille. Elle est suffisamment socialiste pour récuser le paternalisme mais invente une sorte de maternalisme : les enfants doivent respecter des règles (l’ordre juste) mais savoir se débrouiller (« Il faut conduire sa vie pour la réussir » ; « La solidarité n’est pas l’assistanat » ; etc.). Elle a suffisamment de flair pour sentir les douleurs qui frappent les uns et les autres dans la vie quotidienne. Son action, comme dirait Alain de Vulpian, peut avoir une vertu « thérapeutique ».
Sarko, a tellement la pêche que chacun aimerait être capable d’être aussi performant que lui. C’est comme un grand frère qui peut vous apprendre à jouer au foot à grand renfort de « petit t’as qu’à faire comme moi ! ». De plus, il est suffisamment intelligent pour savoir que tout le monde n’a pas son ardeur et qu’un grand frère ne doit pas abandonner sur le bord de la route les plus vulnérables et les plus fragiles. Son rêve est de donner confiance pour vaincre les peurs.
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Intelligence collective |
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Le peuple a voté en masse. La politique parvient enfin à se retrouver en phase avec lui. Les franges extrémistes idéologiques, vestiges du passé, sont laminées. Faut-il y voir un feu d’artifice provisoire ou le signe de l’entrée dans une nouvelle ère de la politique ?
Notre pays est confronté à quelques défis majeurs : relancer l’économie, mais une économie humaniste et verte ; contribuer à la construction de l’Europe pour un meilleur équilibre du monde ; inventer le nouveau contrat social qui réponde à ce que devient la société des gens ; concilier l’élargissement de l’éventail des libertés personnelles et la garantie de sécurité. Faire émerger les réponses à de tels défis implique une intense participation de tous et la recherche authentique de consensus créatifs. Pour surmonter ces défis, la France a besoin de se débarrasser de deux de ses handicaps culturels majeurs : la tendance à construire des camps qui ne savent que se battre, et la tendance à solidifier des frontières qui ont été réelles mais ne le sont plus. Si elle y parvient, elle pourra réinventer le style et le contenu de l’opposition Droite/Gauche.
L’intelligence collective du corps électoral, qui perçoit notre déficit de coopération, a dû peser en ce sens. Au premier tour de ces élections présidentielles, il donne des scores remarquables à des porteurs de rupture. Nicolas Sarkosy a durci son image droitière au cours des dernières semaines mais beaucoup se souviennent qu’il peut prendre des mesures habituellement préconisées par la gauche. Ségolène Royal a secoué le cocotier du parti socialiste et est intervenue hier soir en se présentant comme extrêmement pugnace mais pas diviseuse. Et François Bayrou préconise ouvertement la collaboration des camps et pourrait être l’arbitre du second tour.
Il est possible que la campagne du second tour et les élections législatives qui vont suivre nous conduisent vers un gouvernement d’alliance et de consensus qui rapprocherait soit les amis de Sarkosy et de Bayrou soit ceux de Royal et de Bayrou. Ce serait une bonne nouvelle pour la France et l’Europe.
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Quel rêve français ? |
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François Bayrou a réalisé un score plus qu’honorable mais sa performance n’a pas été à la hauteur de son ambition. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il a voulu faire d’une condition nécessaire (le rassemblement des bonnes volontés de droite et de gauche) une condition suffisante.
“The more we’re together, the happier we shall be”, c’est très joli mais encore faut-il savoir pour quoi faire, avoir une vision de ce que doit être l’avenir. Reste à savoir si les deux finalistes ont plus de vision.
Ségo a repris une phrase que Mitterrand avait utilisée pendant sa campagne de 1974 : « Mon projet n’est pas de prendre le pouvoir mais de vous le rendre ». Il faut espérer que, si elle est élue, elle donnera plus de suite à ce propos que ne l’a fait son illustre mentor. Sans doute est-elle, sur ce point, très sincère. A ses yeux, la participation n’est pas un simple moyen mais une véritable fin. Ce n’est pas un artifice pédagogique destiné à faire accepter « en bas » les idées « d’en haut » mais une source de renouveau, une sorte d’idéal démocratique qui permet à une nation de retrouver son âme. Est-ce suffisant en tant que vision ? Pas complètement mais quand même un peu si, dans l’ensemble des mesures proposées, l’idée de participation est suffisamment prégnante pour être un nœud de cohérence. On verra pendant la campagne de l’entre deux tours si tel est le cas.
Sarko, c’est encore autre chose. Quand il parle de « France fraternelle », on se demande si c’est une véritable vision ou une simple façon de se positionner après une campagne de premier tour suffisamment droitière pour avoir privé Le Pen d’une bonne partie de son électorat. Au fond, peu importe : l’art consommé de la tactique finit par avoir une valeur stratégique. Si les Français élisent Sarko, ce ne sera pas tant parce qu’ils seront convaincus de l’authenticité de ses proclamations que parce qu’ils croient aux vertus de son énergie.
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Graines d’avenir |
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Le premier tour des élections présidentielles a deux significations. D’abord et c’est le point le plus abondamment commenté, il indique des choix à un moment donné. Ensuite et c’est un aspect beaucoup moins perçu il indique des aspirations qui devraient orienter le futur travail démocratique.
Le premier enseignement est la forte participation qui n’a eu d’égale que la consultation de 1974. La différence est cependant de taille. Il y a 33 ans, la dominante était un affrontement gauche-droite, aujourd’hui on se trouve devant une situation plus nuancée Cette différence est porteuse d’une nouvelle dynamique dont le moteur n’est plus l’affrontement. Le score de François Bayrou en est un symptôme. Toutefois les suffrages qui se sont portés sur le troisième candidat demeurent peu structurés. Il manifeste un ni-ni plutôt qu’un choix. Le premier travail à faire est de donner forme à une masse de nouvelle citoyenneté encore confuse.
Le score de Nicolas Sarkozy marque l’émergence d’une nouvelle problématique d’identité nationale. Ce thème relativement épuré de l’extrémisme frontiste touche une réalité majeure. En phase de mondialisation, il faut se sentir de quelque part pour pouvoir s’ouvrir à des horizons plus vastes. Le travail à faire après les discours électoralistes est de donner un essor à une citoyenneté nationale assez assurée d’elle-même pour embrasser une citoyenneté mondiale.
La composition des suffrages qui se sont portés sur Ségolène Royal pose le problème de la rénovation de la gauche de gouvernement. Le Parti socialiste est pris entre l’érosion de son audience populaire et le trouble provoqué par le côté « gauche caviar ». A cela s’ajoute le paradoxe d’une campagne misant sur la proximité sans projet à véritable contenu humaniste. Déchargée du poids des extrémismes naïfs ou désuets, il lui reste a trouver un nouveau souffle conciliant l’émotion et la vision.
Mis à part la prestation personnelle d’Olivier Besancenot, il ne se dessine pas de fracture des âges entre les jeunes et les autres. Les votes des nouveaux inscrits se répartissent grosso modo comme ceux de leurs aînés. Cela devrait conduire, dans l’avenir, à éviter les amalgames trop fréquents autour des problèmes « des jeunes ».
Les sondages d’intention de vote ont une nette valeur prédictive. Alors que leur capacité à donner contenu aux aspirations demeure à peu près inexistante. On pourrait souhaiter que la fiabilité de cet outil démocratique joue dans l’avenir un rôle moins réduit.
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Quelle belle campagne ! |
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La France vient de vivre sa révolution de printemps. Les citoyens ont parlé de la campagne électorale sans se déchirer idéologiquement. Ils en ont parlé tranquillement à table, en famille, au travail et ailleurs. A l’issue de la première étape, ils sont allés voter. En masse. Il s’agit maintenant de ne pas polluer cette bouffée d’air frais.
Les Français aiment la politique, ils souhaiteraient être fiers de leurs politiciens et ils en voulaient à la plupart d’entre eux de les priver de ce plaisir. Ségo et Sarko ont un atout commun. Ils ont beau être des professionnels de la politique, ils incarnent une nouvelle génération. Cela incite les Français à espérer qu’on va enfin passer de la politique nuisance à la politique utile. S’ils étaient - une fois de plus ! - déçus, cela risquerait d’être grave.
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Présidentielle : quel projet pour la France ? |
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Les deux finalistes sont connus. Chacun est porteur d'un projet. Quelles en seront les conséquences et quelle France émergera selon que ce soit l'un ou l'autre qui l'emportera au second tour ? La parole est donnée à nos membres qui, sans aucun doute, seront nombreux à s'exprimer. Le même logo accompagnera toutes les contributions relatives à cet événement.
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Le Pen et son poster |
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Les professions de foi que chaque électeur reçoit par courrier avant l’élection présidentielle n’ont plus l’importance qu’elles avaient avant la télévision, Internet, etc. Heureusement car la plus réussie est celle de Le Pen, du moins en ce qui concerne la forme.
Le prospectus est recto verso au lieu d’être plié pour faire quatre pages bourrées de texte. C’est comme un poster avec d’un côté une bonne photo, de l’autre un « Appel à la France » mis en page de telle sorte qu’il fait penser à celui de De Gaulle en juin 40. Le Pen ne mérite certainement pas d’être président mais le directeur artistique de sa campagne mérite, lui, un premier prix.
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Pour un budget participatif |
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Je ne suis pas un fan de Mme Royal mais suis quand même effaré par le manque d’imagination de certains « Messieurs je sais tout » pour qui les gens ordinaires n’ont pas à s’occuper des choses sérieuses.
Eric Besson, l’un des principaux contempteurs de « Ségo », retrace (page 140 du livre « Qui connaît Madame Royal ? ») un dialogue qu’il a eu avec Claude Askolovitch, son interviewer :
- Vous allez me raconter une nouvelle bourde de Ségolène Royal ?
Nous sommes en 2006 dans la préparation du projet socialiste. Ce sont des réunions lourdes. On parle de fiscalité, de réforme fiscale, du budget de la France. Autour de la table, tous nos leaders. Strauss Kahn, Hollande, Lang, Aubry, Fabius, Emmanuelli et Royal. Chacun s’exprime. A un moment, on se tourne vers elle...
- Et elle dit une bêtise ?
Elle dit : « Ce qui m’importe c’est que le budget de la Nation soit participatif ».
- Ce qui signifie ?
Comment voulez-vous que je le sache ? Dans un quartier, un budget participatif, j’arrive à concevoir même si je n’aime pas trop… Mais au niveau de l’état du budget de la cinquième puissance, je ne sais pas.
- Quelqu’un la relance, l’interroge ?
Non. Tout le monde est atterré. Personne ne réplique. Un ange passe, tout le monde se regarde. François fait une boutade. Il fait rire et ça met fin au flottement… Plus tard, quand je résume les différentes interventions … je saute celle de Ségolène Royal. Délibérément. Je ne vois pas ce que je pourrais dire sur un non sens pareil.
Sorry, M. Besson, je ne vois pas où est le non sens. Il serait certes plus facile de commencer par les budgets locaux mais Mme Royal n’a pas dit que l’ensemble du budget de la Nation devait être voté par l’ensemble du peuple. Ces Messieurs auraient pu lui demander de préciser sa pensée. Je ne sais pas ce qu’elle aurait répondu mais voici, à titre d’exemple, une réponse possible :
D’abord, l’orientation du budget pourrait, dans ses grandes lignes, faire l’objet de débats indicatifs préalables à l’élaboration gouvernementale.
Ensuite et surtout, les citoyens pourraient être associés à l’affectation d’une petite partie de leurs contributions fiscales. On pourrait imaginer que ce mécanisme ne concerne, pour commencer, que 5 % du produit de l’impôt sur le revenu. Soit à peine plus de 1 % des recettes de l’Etat. Concrètement, le gouvernement proposerait et le parlement voterait, comme d’habitude, les dépenses correspondant à 99 % du budget mais, pour le 1 % restant, il se contenterait de dresser la liste de certains investissements publics considérés comme souhaitables pour améliorer la vie quotidienne des Français. Les contribuables choisiraient sur cette liste en décidant eux-mêmes l’affectation de l’équivalent de 5 % de l’impôt sur le revenu. Ainsi, auraient-ils la satisfaction de savoir que cet argent sera utilisé à quelque chose qu’ils jugent nécessaire. De plus, les administrations pourraient être mises en concurrence et autorisées à faire de leur mieux pour séduire les assujettis transformés en donateurs.
Est-ce utopique, irréalisable ? Plaçons-nous du point de vue du citoyen-contribuable. Aucun n’accepterait que l’Etat lui ordonne d’acheter une voiture, plutôt qu’un téléviseur. Or, pour ces autres produits de consommation courante que sont les autoroutes, les crèches ou les adductions d’eau, tout se passe comme si rien n’avait changé depuis que les Anglais, au XVIIème siècle, ont inventé la démocratie parlementaire. Aujourd’hui, pourtant, les dépenses de l’Etat ne couvrent plus seulement le fonctionnement de l’armée, de la police et de quelques administrations : elle touche à tous les besoins collectifs lesquels, dès lors, souffrent d’un handicap grave par rapport à la consommation privée.
Tous les jours, la publicité nous pousse à acheter ceci ou cela. A l’inverse, les services publics ne se donnent pas la peine de faire savoir précisément comment ils comptent utiliser notre argent. C’est là un vice profond de nos sociétés occidentales : elles n’ont pas encore réussi à mettre les mécanismes du Marché au service des besoins collectifs. Il faudrait – comme le disait Pierre Massé, un ancien commissaire au Plan – trouver une idée neuve qui permette au contribuable d’exercer des choix, une idée qui les mobilise au lieu de les faire râler. Hélas, Eric Besson n’est pas Pierre Massé. Ce n’est pas sur lui qu’il faudra compter pour trouver une idée neuve.
Marc Ullmann est membre fondateur du club des vigilants
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Où sont les visionnaires-négociateurs ? |
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Nous faisons tous comme si l’échéance présidentielle était capitale pour notre avenir et en même temps nous sommes certains que la politique a de moins en moins de prise sur nos destinées personnelles. Comment expliquer ce paradoxe si l’on veut dépasser les explications faciles de la schizophrénie française ou de l’intoxication médiatique ?
Il me semble que ce qui nous pousse à tant investir dans l’élection présidentielle, c’est notre espoir (jusqu’ici toujours déçu) qu’un(e) président(e) peut inverser le cours des choses et rendre sa force à la politique. Nous avons encore en mémoire les mots forts (hélas sans suites) que Jacques Chirac prononçait au soir de son élection de 2002 « pour que la république vive, pour que la nation se rassemble, pour que la politique change ».
Tous les principaux candidats ont compris ce désir des Français de changer d’ère politique et ne cessent de marteler qu’ils veulent rompre avec les pratiques antérieures. Fort bien, mais ont-ils compris quelle rupture était nécessaire ? Leur volontarisme est-il adapté à la réalité de la société française ? Plus je les écoute et plus je suis inquiet car, sous les discours, la façon d’envisager la politique ne change pas. On entend beaucoup de « je veux » mais bien peu d’explications sur la manière de faire. Alexandre Jardin avait raison l’autre jour d’insister sur l’importance du « comment ». Il a créé le site :
commentonfait
Pour ma part, n’ayant pas peur des oxymores, je souhaiterais un « volontarisme modeste » : volontarisme, car il y a bien nécessité de rompre avec les habitudes de penser et de faire ; modeste, parce qu’il est impossible, même au sommet de l’Etat, d’agir sans s’appuyer sur les « envies d’agir » de toute la société. Le volontarisme modeste consiste à cesser de croire que la société est bloquée et que la mission du politique est de la débloquer ; il part du postulat inverse que la société en réseau dans laquelle nous sommes entrés est tout à fait apte à régler elle-même ses dysfonctionnements à condition qu’elle capte un signal clair et fort qui l’incite à s’y mettre.
En ce sens, le président dont nous avons besoin est un visionnaire-négociateur : il doit avoir une vision claire des enjeux et des ressorts sociaux sur lesquels s’appuyer afin de pouvoir ouvrir les 10 chantiers qui renouvelleront en profondeur notre pacte social.
Qui aura la capacité à entrer en négociation permanente avec la société pour co-élaborer les réformes nécessaires et mettre en place les plans de mobilisation sociétale qui en découleront ?
Il ne suffit pas d’écouter les Français puis de reprendre la main entre professionnels de la politique et de l’administration, l’enjeu est de diffuser du pouvoir de faire, à toutes les échelles, bien au-delà des fameux corps intermédiaires qui sont souvent porteurs de la même culture, celle du « faire pour » là où on a besoin d’un « faire avec ». Nous avons besoin d’un président de l’Empowerment des Français, mais je crains que cette conception du pouvoir ne soit pas encore celle de la génération qui arrive aux affaires. Devrons-nous attendre un quart de siècle supplémentaire ?
Hervé Chaygneaud-Dupuy est Délégué général des : ateliersdelacitoyennete
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Jean-Marie « la tripe » en embuscade contre Bayrou « la science » |
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Vue de l’étranger, la campagne pour l’élection présidentielle française a quelque chose d’incongru. Un « troisième homme » venant du centre, c'est-à-dire de nulle part, peut battre les favoris. Cependant, cet étrange champion n’est pas certain d’arriver en finale. Il peut même être privé de la médaille de bronze.
Pour avoir une chance de gagner la médaille d’or, François Bayrou devra d’abord empocher la médaille d’argent. Il faudra, pour cela, que Sego ou Sarko s’effondre. Or, rien ne prouve que la « Dame aux caméras » va « exploser en vol » comme l’ont prédit certains de ses « bons amis » socialistes. Quant au « Napoléon de Neuilly », s’il n’est pas à l’abri d’un faux pas, rien n’indique encore qu’il soit sur le point de trébucher. Pour « l’étoile du Béarn », l’accès à la médaille d’argent est loin d’être assuré.
Et la médaille de bronze ? Le Pen qui a finalement récolté ses 500 signatures avance des idées simples susceptibles de séduire la partie de l’électorat populaire qui répugne à la complexité. Fait nouveau : des immigrés musulmans sont maintenant prêts à lui faire confiance. Ces ralliés sont contents d’être français et la perspective de nouveaux arrivants a plus tendance à les effrayer qu’à les réjouir. Madré, le « fils de marin pêcheur » fait tout pour les appâter. Il exercera, dit-il, un « contrôle strict de l’immigration » et accordera les avantages sociaux « à tous les Français mais seulement aux Français ».
Bayrou, lui, ne répugne pas à la complexité. Homme de consensus, il croit à la réforme et souhaite redonner à ce mot galvaudé ses lettres de noblesse. Centriste, il joue sur l’envie d’un nombre croissant de Français, d’échapper aux idéologies surannées et dominatrices de droite et de gauche. S’il parvenait au second tour, il bénéficierait, par surcroît, de l’apport de ceux qui, par défaut, voudraient « tout sauf Sarko » ou « tout sauf Sego ». Encore faut-il sauter l’obstacle du premier tour. Or, c’est un rude pari de s’adresser à la raison à une époque où prime l’émotion. Un pari courageux.
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Vers quel genre de démocratie allons-nous ? |
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Nous ne sommes déjà plus dans une démocratie d’opinion. Jusqu’aux années 70 en France, une large majorité des gens avaient des opinions politiques relativement tranchées et fixes. Ils avaient tendance à se rattacher ou à s’opposer à des catégories, des collectivités, des camps.
Ils avaient été républicains, orléanistes ou légitimistes. Ils se sentaient appartenir à la classe ouvrière, à la bourgeoisie, ils se sentaient communistes, bon Français, catholiques ou antisémites… Ils étaient de droite ou de gauche ou d’extrême gauche.
Il en va tout autrement aujourd’hui. Les Français interviewés par l’Ami Public lors de son enquête sur la société rêvée sentent la droite et la gauche comme des tempéraments ou des cultures floues, parfois complémentaires, plutôt que comme des camps clairement opposés. Presque tous ceux qui se sentent de droite ou de gauche ont un pied dans l’autre camp. On est à droite mais on n’aime pas les partis de droite. On est à gauche mais on n’aime pas les partis de gauche.
Les électeurs éprouvent de grandes difficultés à se positionner. D’après la dernière vague de l’enquête 3SC de Sociovision Cofremca (juillet 2006, 2200 enquêtés de 15 ans et plus) 15% se classent à gauche, 12% à droite, 26% se situent plutôt au centre et 47% ne se rangent ni à droite, ni à gauche ni au centre.
La dimension droite/gauche est ainsi vécue sur des modes complètement différents par la plupart des gens ordinaires et par la classe politique qui joue une opposition théâtrale entre deux camps irréconciliables. Et les citoyens aiment de moins en moins qu’il y ait des camps plus centrés sur la guerre qu’ils se font que sur la résolution des problèmes.
Ce combat théâtralisé entre les camps politiques paraît d’autant plus artificiel que les actions que mènent les uns et les autres paraissent peu différentes. Du coup, les luttes politiques sont souvent perçues par les citoyens comme des combats d’appareils ou de vedettes sur des sujets qui ne sont plus essentiels. Elles contribuent à priver la politique politicienne de sens et ouvrent grand la porte au jeu des intérêts particuliers, des corporatismes et des lobbies qui contribuent à diluer la notion de bien commun et à accentuer la perte de sens.
En fait, en 2007, la plupart des électeurs ont des impressions, des sensibilités, des mouvements de sympathie ou d’antipathie, des impulsions plutôt que des opinions politiques. Ils ne s’identifient plus de façon durable et forte à une communauté ou à une autre mais sont impliqués dans une variété de socio-systèmes qui coexistent ou s’enchevêtrent avec des dominantes qui varient selon les circonstances. Telle ou telle facette de leurs sensibilités est éveillée à un moment donné qui les incite à agir d’une façon ou d’une autre. Nous avons quitté une démocratie d’opinions pour une démocratie d’impulsions.
Les politiciens ont une intuition plus ou moins vague de cette mutation. Il me semble que leurs actions combinent dans des dosages différents trois postures :
- Une posture ancienne à forts relents idéologiques. Ils cherchent à réveiller les idéologies usées ou les intérêts particuliers. Ici un coup de clairon socialiste ou anti-riches. Là, un roulement de tambour sécuritaire, fiscal ou libéral. Il est probable que la grande majorité des électeurs sont peu sensibles à ces appels à la droite ou à la gauche et n’attachent pas une grande crédibilité à ces promesses...
- Une posture tactique qui cherche à caresser dans le sens du poil la variété des sensibilités fluctuantes d’aujourd’hui. Un dosage de petites inflexions tente de s’y ajuster à la lumière des sondages. La complexité et l’instabilité des sensibilités rend l’opération délicate et hasardeuse.
- La troisième posture est celle de la recherche d’un bien commun consensuel. Ceux qui la pratiquent sont à l’écoute attentive des douleurs et des malheurs, à l’affût précoce des processus pervers qui aboutissent ou pourraient aboutir à des malheurs, des conflits ou des paralysies. Si cette posture se généralisait elle nous entraînerait vers une démocratie soignante, une démocratie thérapeutique. Celle qui, sans doute, permettrait au pouvoir de retrouver une symbiose avec la société des gens.
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Décentralisation inachevée |
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Les grandes démocraties n’autorisent pas le cumul des mandats. La France fait exception et peine à entrer dans la norme. Pour savoir pourquoi, il suffit de lire le rapport sur les finances locales, présenté au gouvernement par Pierre Richard, président du conseil d’administration de Dexia.
Selon ce rapport, « le nombre élevé des échelons d’administration locale est un facteur de surcoût » et « l’enchevêtrement des compétences est un facteur de déresponsabilisation ». Pour mener à bien le moindre projet, il faut souvent obtenir de l’argent à la fois d’une municipalité, d’un département, d’une région et de l’Etat. En conséquence, les élus s’efforcent d’être présents partout.
Au fond, la décentralisation française est inachevée. Entre les 36 500 communes, les 101 départements, les 22 régions et l’Etat, le désordre est tel, le flou si savamment orchestré que l’imbroglio est total. C’est à se demander si quelques centralisateurs machiavéliques n’ont pas sciemment organisé la pagaille pour que les financements soient « croisés » et qu’ainsi l’Etat reste maître du jeu. Les citoyens usagers seraient mieux servis si l’enchevêtrement administratif qui oppose la grande ville aux petites, la ville à la campagne, la région au département, prenait fin. Encore faudrait-il y parvenir sans drame ce qui n’est pas facile. Pierre Richard en a conscience et, pour aller sans encombre dans la bonne direction, propose des réponses partielles et pragmatiques.
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Présidentielles : ce qui déterminera le choix des indécis |
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La présidentielle 2007 est très attendue. Jamais, depuis l’élection du président de la République au suffrage universel direct, la nation, dans ses différentes composantes politiques et sociales, n’aura autant espéré ce moment comme celui de la redéfinition du contrat politique et de la réappropriation de sa maîtrise du cours des choses. En ce sens, elle sera encore plus inédite que celle de 1981.
Pour trois raisons. La première réside dans le poids des indécis. La deuxième tient au délitement du pouvoir d’attraction des partis de gouvernement. Depuis près de tente ans, et quel que soit le type d’élection, le nombre de votants pour les partis de gouvernement rapportés à l’ensemble des inscrits ne cesse de plonger. Il atteint, péniblement, un tiers. La troisième concerne le rapport au politique. Alors que William Boyd, écrivain britannique, affirme : « je n’ai jamais vu dans aucun autre pays que la France, un peuple qui argumente, discute, polémique sur tout : l’amour, le vin, la politique... », les Français soutiennent ne pas aimer la politique. Pourtant William Boyd n’a pas tort. Les Français sont des êtres politiques. Et lorsqu’ils déclarent ne pas aimer la politique, ils visent, de fait, le personnel politique qui l’incarne. Ils ne supportent plus l’esquive permanente des responsabilités de la part des politiques. Les candidats qui l’auront compris auront de bonnes chances de figurer au second tour. En ce sens, et à plusieurs mois de la présidentielle Royal et Sarkozy semblent réconcilier pouvoir et politique. Et la surprise qui est le lot de chaque présidentielle sera heureuse, sinon... La redéfinition du contrat politique La présidentielle 2007 se jouera, pour tous les Français, et en particulier les hésitants, non pas tant sur le contenu que sur le type de contrat politique proposé. Elle portera sur le gouvernement des hommes plutôt que sur celui des choses, sur un projet plutôt que sur un programme, sur un imaginaire plutôt que sur des mesures concrètes, sur les finalités avant les moyens. Aujourd’hui plus qu’hier, la vox populi soupèse les défauts des uns et des autres, mais avec une volonté d’appropriation du débat sans précédent. Le présidentiable doit établir un contact direct avec le pays. - Il ne suffit plus de s’inscrire dans une histoire, de se réclamer d’une idéologie et d’être soutenu par une formation politique pour l’emporter. - Il faut que le propos soit porté par une individualité dont les citoyens ont le sentiment personnel de la connaître. - Il faut enfin que le projet du présidentiable puisse articuler identité de son camp et projet pour le pays. La définition du projet doit être essentiellement positive, porter sur le souhaitable et s’adresser à tout le pays. En ce sens, elle ne remplira son rôle si elle est négative, si elle est relative aux autres en concurrence avec elle et si elle est dirigée contre un adversaire. C’est autour de l’idée que chacun se fait de l’intérêt général que la bataille ultime se noue et non en fonction de ce qu’un présidentiable serait, comparativement, meilleur que l’autre. Mettre en avant, pour un présidentiable, le fait d’être plus compétent, honnête ou dynamique qu’un autre candidat, c’est rabaisser, aux yeux des électeurs, la fonction présidentielle à sa seule dimension temporelle et affadir la qualité du contrat en le rendant dépendant de considérations annexes. Si Lionel Jospin a été défait, en 2002, ce n’est pas seulement pour avoir sous-estimé l’insécurisation économique, sociale et morale des catégories populaires. C’est peut-être, surtout, pour avoir esquivé le pays durant la campagne. Il avait, en ce sens, mené non une campagne présidentielle, mais législative. Au lieu de donner à voir qui il était et en quoi consistait son projet, il s’est attaché à démontrer qu’il fallait éviter au pays un nouveau mandat de Jacques Chirac. Au lieu de faire de sa vision de l’intérêt général l’étalon, il a érigé, à l’instar des sociétés anglo-saxonnes, la morale en référence première. Or, dans notre société de tradition catholique, la morale individuelle n’est pas au-dessus de la politique ; ce qui l’emporte, c’est la vision que l’on a du bien commun et la capacité de le faire prévaloir dans la réalité. Le Président, avec l’Etat à son service, était l’incarnation des rapports de force sociopolitiques au sein de la nation. Mais l’Etat, sous la pression du nouveau cours du capitalisme et des politiques européennes, se retire insensiblement de la nation. Conçues pour donner à l’Etat les moyens de moderniser la nation, les institutions sont ressenties comme concourant au retrait de l’Etat de la nation. Dans ces conditions, l’élection présidentielle au suffrage direct demeure le seul lien direct entre le pays et le Président, le fil unique qui relie encore la nation à son Etat. L’importance croissante de ces rites, à la fois incorporés dans l’imaginaire des Français et peu explicités, témoigne de ce que les attentes à l’égard de la fonction présidentielle se sont multipliées sous l’effet de la crise économique, sociale et politique que traverse le pays. Cela alors même que les instruments étatiques et politiques dont dispose le Président pour peser sur le cours des choses dans la nation se sont réduits comme peau de chagrin. Du coup, l’affaiblissement de la dimension temporelle de la fonction présidentielle, s’est accompagné d’une hypertrophie de sa dimension spirituelle, de son rôle imaginaire de rassemblement nation. Dimension spirituelle qui, à coup sûr, donnera un avantage décisif au candidat qui saura le mieux l’incarner. Le poids des indécis En ce sens, le choix des indécis sera déterminant. Depuis près d’un quart de siècle, on a assisté à une banalisation de l’élection présidentielle. On a fini par ne plus s’intéresser qu’aux prétendants en oubliant l’idée que les citoyens se font de la charge. En cause ? D’abord, l’éloignement progressif entre le pays et le personnel politique, les journalistes accompagnant ces derniers, a entraîné, insensiblement, à ne regarder ce rendez-vous que sous l’angle de l’offre politique. Ensuite, il est vrai que l’électeur est devenu moins aisément cernable. Il ne s’agrège plus, aussi facilement, à une cohérence pré-construite entre attitude idéologique et comportement politique dont le vote présidentiel serait le point d’orgue. Cette désaffiliation entre électeurs et présidentiables s’observe dans les taux croissants d’indécis. Sait-on, par exemple, que 20 à 25 % ne se décident que quelques jours avant l’élection ? Et que 15 à 18 % des électeurs se décident le jour même ? Que si les femmes sont plus indécises que les hommes, les jeunes plus que les vieux, les cadres sont, fait nouveau, presque autant indécis que les ouvriers ? Cette désaffiliation résulte d’un double mouvement. Du côté du citoyen, un mouvement d’individualisation du rapport au politique se fait jour. Le citoyen ne se vit plus comme appartenant d’abord à un collectif social, dont le prolongement serait sa représentation politique. Il se définit d’abord à partir de représentations idéologiques propres, déterminées par sa situation et son « devenir social ». Et c’est à partir de là qu’il décide d’éventuelles solidarités sociales ou collectives. Du côté des candidats, un mouvement d’éloignement de l’Etat des équilibres sociopolitiques de la nation autonomise les formations politiques par rapport à leurs bases sociales. Le citoyen qui voit la sélection partisane et médiatique des candidats et la définition des enjeux de campagne lui échapper, se dérobe, en retour. La soustraction de la « vie politique » à la prise des citoyens alimente l’abstention, la fluidité électorale et la détermination au tout dernier moment et engendrent, à leur tour, une grande imprévisibilité de vote. Ces comportements ne sont pas le signe d’un désintérêt pour la chose publique ou d’une marque de frivolité de la part des citoyens. Ils sont, de la part de l’électeur, autant de tentatives de réappropriation de processus électoraux qui lui échappent. On continue à attendre, bien imprudemment, des sondages d’intention de vote qu’ils anticipent le scrutin, comme s’il s’agissait de domestiquer un électorat en lui demandant de se conformer à une cohérence d’autrefois. Les réactions à propos des "surprises", "erreurs de pronostics" et autres "accidents" (Chirac l’emportant sur Balladur en 1995 et Jospin battu dès le premier tour en 2002) sont, à cet égard, significatives. Elles se sont concentrées sur les instruments d’analyse et sur une improbable "démocratie d’opinion" en négligeant le message du pays. Certes, déchiffrer ce dernier n’est pas toujours aisé. Mais une moins grande lisibilité ne veut pas dire absence de message. Elle ne renvoie pas non plus à une forme de pusillanimité d’un citoyen-consommateur qui choisirait de voter comme il choisirait une marque d’eau ou de lessive. La situation a-t-elle évolué depuis ? Rien n’est moins sûr. Les difficultés de lecture sont aussi prégnantes dans la conjoncture actuelle qu’elles l’étaient hier. L’intérêt quasi exclusif des médias et des politiques pour la course de petits chevaux entre les présidentiables est tout à fait révélateur de la préférence constante pour le point de vue de l’offre politique. Or, la faveur exprimée aujourd’hui pour Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy a surtout pour intérêt de nous renseigner sur les fondamentaux du pays. Les sondages qui les donnent en tête doivent décryptés comme la manifestation de préférences relatives, mais ils méritent également d’être interprétés, à la façon dont un psychanalyste déchiffre les rêves, comme des signes qui trahissent les attentes latentes du pays. En réalité, au travers des sondages et des votes, les gens instrumentalisent les hommes politiques. Et, à mésestimer cet élément, ils sont amenés à se tromper autant sur les raisons de leur succès que de leurs échecs. Le grand malentendu est là. En un mot : l’offre politique, en France, a banalisé le rendez-vous présidentiel, à contresens de l’investissement qu’y placent les Français. Pour preuve ? La fonction de président de la République est toujours, avec celle de maire, la fonction qui suscite la plus grande attente et le plus de confiance de leur part. Aujourd’hui, le pays investit la remise à son niveau des dossiers, enjeux et présidentiables. C’est le volontarisme qui est privilégié. Pour le premier tour ce sera la cohérence entre la personnalité du candidat, son projet et la résolution des dossiers, la dimension temporelle de la fonction présidentielle sera pointée. Pour le second tour ce sera sa dimension spirituelle : à qui confier les dès de la nation ?
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Europe : le grand jeu du ni oui, ni non |
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Le « non » au référendum européen aurait été utile si le « oui » l’avait emporté. L’expression du mécontentement aurait alors poussé à la réforme au lieu de consacrer l’immobilisme. Aujourd’hui, les institutions sont bloquées. A 27, depuis le début de l'année, il devient impossible de prendre des décisions et même d’échanger des idées au lieu de tenir des discours. Cela en est arrivé au point où beaucoup de ministres s’abstiennent de venir aux réunions du Conseil. En attendant une nouvelle « Constitution », l’Europe a besoin d’un accord minimal pour un nouveau fonctionnement.
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Tsar aujourd’hui, demain quoi ? |
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N’en déplaise aux plus ardents défenseurs des Droits de l’Homme, Vladimir Poutine est populaire en son pays. Il pourrait facilement gagner un référendum s’il voulait modifier la constitution pour avoir le droit de briguer, en 2008, un troisième mandat. « Il n’en est pas question », a-t-il dit. Tous ceux qui l’approchent prennent au sérieux cette affirmation et, selon l’un de ses conseillers, « Il faudrait un risque avéré de guerre mondiale pour qu’il change d’avis ».
Aujourd’hui, en tout cas, les conversations politiques en Russie ne tournent qu’autour de deux sujets. Primo, qui va remplacer Poutine ? Secundo, quel rôle va jouer Poutine après 2008 ? Certains pensent que l’actuel président pourrait prendre la tête de Gazprom et ainsi détenir l’arme la plus puissante dont dispose la Russie. C’est possible mais quand même peu probable !
S’il est vrai que Poutine tiendra à conserver un pouvoir d’influence sur le géant de l’énergie (où il a placé ses hommes de confiance), il aura vraisemblablement envie de garder un œil sur la politique en se taillant un poste sur mesure.
Si tel est vraiment le cas, il n’est pas exclu que l’on assiste, dès 2007, à la création d’une nouvelle « Union » à laquelle pourraient adhérer celles des républiques (ou autres entités) de l’ex Urss qui penseraient avoir intérêt à renouer quelques liens avec la Russie. La Biélorussie, dont les habitants sont de religion orthodoxe, serait la première à se mettre sur la ligne de départ. Après quoi Poutine, en tant que président de la nouvelle Union, pourrait exercer son talent pour laisser miroiter des avantages, planer des menaces voire même monter des sécessions. Faute de pouvoir reconstituer l’URSS, le super tsar s’efforcerait de recréer la Grande Russie.
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L’après social-démocratie |
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Dominique Strauss-Kahn, candidat malheureux à l’investiture du parti socialiste, nous dit dans une interview au Monde (datée du 4/11/2006) que sa conviction est clairement social-démocrate. Selon lui, le parti socialiste devrait abandonner l’affichage de sa posture révolutionnaire traditionnelle au profit de la social-démocratie. Ce serait un progrès mais assez relatif : en ce moment les partis sociaux-démocrates d’Europe cherchent à inventer l’après social-démocratie !
En France, le décalage entre la société des gens et la société des pouvoirs s’est creusé à un point tel que le besoin se fait sentir d’une gouvernance à la fois révolutionnaire et pragmatique. En cinquante ans, les Français se sont radicalement transformés. Ils ont moins d’opinions et plus d’émotions, moins d’adhésions fermes et plus d’attractions fluctuantes. Ils se laissent moins entraîner par des idéologies toutes faites et plus par des intuitions qui résonnent avec leurs émotions. La société qu’ils forment est hypercomplexe et vivante. Elle s’auto organise et s’autorégule et les enchaînements de ses socio systèmes décident de la plupart de ses orientations. Il est illusoire de chercher à la commander d’en haut ou à lui imposer des carcans (même sociaux-démocrates) qui ne sont plus faits pour elle. Mais elle est parfaitement compatible avec un socialisme qui chercherait à repérer précocement ses douleurs et ses pathologies, à les soigner de façon avisée, indépendamment d’idées préconçues issues de combats passés. Un socialisme attentif aux latences et aux dynamiques sous-jacentes du corps social et qui chercherait, si possible, à catalyser les potentiels positifs et à stériliser les plus pernicieux.
Dans cet esprit, je me souviens d'une expérience ancienne de Cofremca (Sociovision). En 1982, Michel Rocard, Ministre d'Etat, Ministre du Plan et de l'Aménagement du Territoire dans le gouvernement Mauroy, donna mission à la Cofremca de conduire une investigation sur les nouveaux moyens pour un Etat décentralisé de peser sur le cours des choses. Une des conclusions du rapport préconisait que soit conduite une action de type catalytique directement branchée sur l’écoute du terrain et non pas volontariste et autoritaire.
Le socialisme sera d’autant plus moderne que ses responsables seront sélectionnés pour la qualité de leur empathie et leur capacité à percevoir les opportunités systémiques d'une situation. Et la démocratie sera d’autant plus forte que les citoyens seront directement impliqués.
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Ségo miroir |
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N’en déplaise à Lionel Jospin, la percée de Ségolène Royal n’est pas seulement un « phénomène médiatique ». Ce serait plutôt une ruse de la société dans le sens où Hegel parlait d’une « ruse de la raison ». Mme Royal était peu connue. La société ne se reconnaissait pas dans les Anciens qui prétendaient la représenter. Elle cherchait quelqu’un qui lui ressemblât. Ségolène a compris.
Elle n’a pas « flatté » les gens, elle les a fait parler puis a parlé elle-même de sujets, souvent terre à terre, qui les intéressaient. Son personnage (politiquement à gauche et sociologiquement à droite) l’aidait à sortir du moule … et du peloton des autres « candidats à la candidature ». Dans la dernière ligne droite de la course de haies organisée par le PS, le miroir, cependant, peut encore se briser… s’il est fragile.
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Prodi = retour de l’Europe |
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Le Président du Conseil italien a, en quatre mois, mené un parcours sans faute. Dans un premier temps, il a pris les mesures économiques que la situation imposait et son effort a été reconnu par les investisseurs du monde entier puisqu’aujourd’hui le gouvernement italien peut émettre des bons du Trésor dans de meilleures conditions qu’à l’époque de Berlusconi.
Dans un deuxième temps, M. Prodi a renforcé la position internationale de son pays en proposant que l’Italie envoie 3.000 hommes au Liban et prenne la tête de la Finul. Dans un troisième temps, il a fait en sorte que cette initiative ne porte pas ombrage à la France (le commandement de la Finul s’effectuera par rotation).
Surtout, l’ancien président de la Commission de Bruxelles s’affirme comme l’homme d’Etat le plus attaché à la cohésion de l’Europe. Il veut, selon ses propres termes, contribuer au « retour de l’Europe unie en tant qu’acteur politique à part entière, capable d’avoir une politique étrangère et une action commune ». « Il professore » mérite un bravo !
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Israël : faux calculs mais vraie démocratie |
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Le gouvernement est déconsidéré, l’armée est tombée de son piédestal mais les institutions fonctionnent. Dans un Moyen Orient où les dictatures sont légion et où les juges comme les parlementaires ont surtout le droit d’obéir, Israël ne peut qu’étonner avec sa Cour Suprême qui dit la loi et ses commissions d’enquêtes qui traquent la vérité. Une vérité qui, d’ailleurs, n’est pas toujours belle à voir.
Le Mossad, supposé tout savoir des pays voisins, n’avait pas mesuré la capacité de résistance du Hezbollah. Ces princes de la psychologie s’étaient également trompés sur l’état des opinions publiques tant palestiniennes que libanaises. Ils avaient d’abord cru qu’en aggravant les conditions de vie des Palestiniens ceux-ci se retourneraient contre le Hamas. La même erreur a été commise au Liban où le Hezbollah, au lieu d’être blâmé pour sa provocation, a été admiré pour sa résistance.
Du coup, toutes les politiques passées sont soumises au crible du réexamen. Au lieu d’enclencher le Processus d’Oslo, ne fallait-il pas œuvrer au développement économique des « territoires » afin d’amorcer une réconciliation des esprits ? Après l’échec du processus, fallait-il évacuer le Sud Liban au risque de donner aux télévisions arabes la possibilité de célébrer une prétendue victoire ? Fallait-il, ensuite, considérer l’évacuation de la Bande de Gaza comme un bon débarras ?
En tout cas, la prétention du gouvernement Olmert de fixer arbitrairement les frontières définitives de l’Etat hébreu n’est plus prise au sérieux. Une « révision déchirante » est en gestation ... démocratique.
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Nasrallah nouvelle star |
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Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah (« Parti de Dieu »), est devenu, à 46 ans, le héros des foules du Moyen Orient tout entier. Il est libanais, musulman chiite, leader politique et chef de guerre. Subtil, il se montre parfaitement apte à tenir plusieurs rôles : religieux, il sait enflammer ses auditoires par des prêches éloquents ; organisateur, il s’exprime de façon moderne et claire ; Libanais, il se pose en patriote désireux de défendre son pays face à Israël ; Musulman, il se sert d’Israël comme d’un repoussoir afin d’œuvrer à la réconciliation entre chiites et sunnites et de contribuer ainsi à la reconstruction d’une « Communauté des Croyants ».
Sa stratégie plait à l’Iran qui, en tant que grande puissance régionale, aurait toute chance de prendre la tête de cette « Oumma » d’un nouveau type. C’est largement pour cela que, depuis la première guerre du Liban en 1982, il arme et finance le Hezbollah. Les armes viennent de permettre à Nasrallah et à ses hommes de tenir tête à Olmert et à son armée ; l’argent sert à récompenser les fidèles et à financer des œuvres sociales. En ces temps de reconstruction libanaise, le Hezbollah parvient même à se montrer plus généreux que le gouvernement de Beyrouth. Ce n’est pas demain que la population aidera à son désarmement.
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La fausse écoute des vrais politiciens |
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Ce n’est pas une nouveauté, cela a été écrit mille fois : un fossé se creuse entre la classe politique et les citoyens. Pourtant, la classe politique est composée d’élus qui passent beaucoup de temps avec leurs électeurs. Cherchons l’erreur …
Lorsqu’un électeur rencontre un député ou un ministre, il profite de l’occasion pour lui faire part d’un problème personnel qu’il a du mal à résoudre. Bon prince, l’élu promet d’entreprendre une démarche. Il se comporte un peu comme un médecin qui, après une consultation de cinq ou dix minutes, rédige une ordonnance. Il a bonne conscience puisqu’en soignant le bobo qu’on était venu lui montrer, il a fait son « métier ». Le vécu des gens, dans son quotidien et sa complexité, n’était pas à l’ordre du jour !
Conclusions :
- Il se crée un malentendu profond entre les élus qui, allant « sur le terrain », croient sentir « le pouls du pays » et les gens qui ont le sentiment d’être incompris. Pour plus de deux Français sur trois, « ils » ne se préoccupent pas de « nous ».
- Le malentendu est accentué par le recours abusif aux sondages. Ces enquêtes instantanées sont, par définition, volatiles. De plus, elles privilégient les opinions claires et négligent les aspirations diffuses.
- Les gouvernants, s’ils voulaient vraiment être capables de tenir un gouvernail, devraient mener des enquêtes en profondeur et, pour cela, se doter de radars sociaux d’un niveau de complexité compatible avec celui du milieu pour lequel ils opèrent.
Les maires, surtout dans des villes moyennes, échappent souvent au discrédit où est tombée la classe politique parce qu’ils prennent le temps d’écouter pour de vrai. C’est donc, peut-être, en partant des maires que la reconstruction pourrait commencer.
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Le boulet du PS |
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François Hollande est certainement très habile puisqu’aucun éléphant ne s’est échappé du PS. Mais la logique présidentielle a pris un sacré coup. Normalement, chaque concurrent devrait avoir un projet que les militants pourraient jauger avant de faire leur choix. La méthode choisie va à l’encontre d’un tel processus. Bon gré, mal gré, le « projet socialiste » a été adoubé par tous les postulants qui, du coup, doivent faire semblant d’être plus ou moins d’accord.
Ce ne serait pas grave si le projet se contentait de fixer des objectifs, d’énoncer quelques priorités, de se positionner comme une « fin ». Cela laisserait aux concurrents la liberté d’étaler la différence des « moyens » qu’ils proposent. Hélas, le « projet socialiste » est prolixe en « moyens ». Et celui (ou celle) qui sortira gagnant(e) de la course à candidature devra traîner ce boulet.
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La voie Royal |
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Ségolène Royal parle aux Français des problèmes des Français. Elle le fait mieux que ses concurrents. S’il n’y a pas de crise mondiale dans les prochains mois, cela restera un atout majeur. Mais si les Etats-Unis frappent l’Iran en octobre (ce qui n’est pas impossible !) ou si un autre évènement grave se produit sur la scène internationale, la plupart des polémiques qui font aujourd’hui le miel de nos débats préélectoraux paraîtront secondaires.
Consciemment ou inconsciemment, les Français chercheront un Père (ou une Mère) de la Nation, un pilote pour barrer sur des eaux agitées. Ségolène Royal ne serait pas forcément hors jeu mais rien de ce qu’elle a dit jusqu’à maintenant ne permet de se faire une idée.
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Le patron des patrons européens inquiet sur la construction européenne... |
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Le président de la Confédération des entreprises européennes, Ernest-Antoine Seillière, a récemment estimé qu'à l'idée que ce sont les Américains qui vont devenir les maîtres des marchés financiers européens, il y a un sentiment d'échec pour la construction européenne…
Il faisait bien sûr allusion au rachat d'Euronext par le Nyse.
Est-il un aveu plus cinglant sur l'état de délabrement et de désagrégation de l'esprit européen original des "pères fondateurs" ? On peut alors se demander si ce n'est pas un sentiment confus mais fort de la réalité des choses qui a fait surgir la réponse Non au projet de TCE ou si c'est plutôt le contraire.
Quoi qu'il en soit, si l'Europe ne sait pas avoir rapidement l'attitude d'une entreprise responsable confrontée à une situation de grand péril qui doit se recentrer sur ses points forts et se regrouper autour d'un véritable "Projet", fédérateur et partagé, on peut s'inquiéter du pire.
A la réflexion, je me souviens maintenant d'une soirée débat à laquelle j'ai assisté au Cercle républicain, dont l'invité était le Haut Fonctionnaire allemand en charge des affaires européennes à l'ambassade d'Allemagne à Paris. Elle eut lieu deux mois environ avant le référendum. A la question posée par l'un des participants sur ce que pourrait être le nouveau projet de l'Europe et en particulier du couple franco-allemand après que le projet initial ait été mené à terme, la réponse du responsable européen avait été… un très long silence, suivi d'une phrase péremptoire : " Toujours le même : éviter la guerre entre les nations européennes ! ".
On est en droit de se demander s'il n'y avait pas là, dans sa réponse même, un "signal faible" pouvant à l'époque laisser penser que "l'idée européenne" chez ceux qui en étaient les gardiens et les promoteurs naturels n'avait pas déjà renoncé à se donner une descendance…
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La France décriée |
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Un maire qui prend un arrêté pour interdire le rassemblement de plus trois mineurs en centre ville ? C’est, vu de l’étranger, l’image d’une France qui a peur de ses enfants qui s’impose. Le tohu-bohu autour du défunt contrat première embauche (CPE) ? C’est une France en manque de confiance vis-à-vis de sa jeunesse qui émerge. Une nouvelle loi sur l’immigration - la deuxième en trois ans ? C’est une France qui manque de courage que l’on découvre.
Une France qui, à défaut de mener les réformes structurelles à même de la faire renouer avec la croissance mère de toutes les espérances, se recroqueville sur elle-même. Une France qui, à un an d’élections risquées, fait de l’immigration sa seule variable d’ « ajustement » programmatique.
Mais qui a peur ? Qui manque de confiance et de courage ? Vu d’ailleurs, ce ne sont pas les Français mais leurs hommes politiques qui ont peur, car professionnels de la politique depuis trop longtemps, obnubilés par leur seule réélection, ils ont tendance à appliquer au XXIème siècle les recettes d’un siècle qui n’est plus.
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Tchad : les mains sales |
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Le « choc des photos » a souvent plus d’impact que le « poids des mots ». Il y avait quelque chose de scandaleux, de presque obscène à voir Idriss Deby, président du Tchad, dans un costume impeccable, coupé sans doute par un des meilleurs tailleurs de Paris, parader en glorieux devant des insurgés faits prisonniers, une bande de pauvres hères déguenillés et accroupis. Pas besoin de grands discours pour comprendre que ce Président est avant tout attaché à sa propre personne. Mais, rien n’est simple !
Les insurgés, soutenus par les Soudanais, eux-mêmes soutenus par les Chinois, n’auraient pas, s’ils avaient été victorieux, amenés le calme et la prospérité. Il suffit de regarder ce qui se passe au Darfour pour s’en convaincre. Entre deux maux, la France ainsi que les Etats-Unis, l’Union Africaine et l’ONU choisissent donc le dictateur. Les mauvais esprits souligneront qu’une compagnie américaine (Exxon) exploite le pétrole tchadien et que la France maintient dans ce pays une base militaire importante pour toute la région. Et alors ? Dans un monde instable, ce n’est pas une honte de se salir les mains. Le problème est de savoir si cette « realpolitik » a beaucoup d’avenir.
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La tentation de Blair |
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David Cameron, le nouveau leader du Parti Conservateur britannique, est aussi jeune que Tony Blair l’était lorsqu’il a pris en main le « New Labour ». Il a aussi fréquenté les mêmes écoles et animé le même club dans la même université. De là à dire que Blair peut avoir plus de sympathie pour cet adversaire qu’il n’en a pour son successeur désigné, il n’y a pas loin. Gordon Brown, l’actuel ministre des finances a toujours été son rival et attend avec une impatience (trop) visible de prendre la relève. Il est un peu pour Blair ce que Rocard était pour Mitterrand. Le Premier ministre éprouverait sans doute un malin plaisir à voir tomber cet encombrant héritier !
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Désir de rupture |
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Sarkozy ou Villepin ? Ségolène ou un « Monsieur » ? Les Français ne parlent que de cela et il n’y a pas de quoi sourire. La France roupille depuis 18 ans et les gens ont compris qu’il était temps que ça bouge. Le deuxième septennat de Mitterrand a été celui d’un homme malade qui se réfugiait dans le « ni-ni ».
L’immobilisme a continué sous Chirac dont c’est, sans doute, la nature profonde. Le malaise est, aujourd’hui, si palpable que les candidats ne peuvent plus se permettre de faire campagne sur le thème de la continuité. Sarkozy l’a compris depuis longtemps puisqu’il a été le premier à employer le mot « rupture ».
Ségolène, quant à elle, est (à la fois par chance et par mérite) l’image même de la rupture. D’abord c’est une femme. Ensuite, malgré sa longue pratique de la politique, son langage n’est pas politicien. Elle parle de « désirs d’avenir », c'est-à-dire de « pourquoi » et fustige les technocrates qui s’enferment dans le « comment ». Peut-être un des candidats potentiels du PS saura-t-il, à son tour, insuffler de l’espoir. On comprend que les Français se passionnent. Ils veulent que quelqu’un, là-haut, sonne le réveil.
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Afghanistan : printemps pourri |
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Action Contre la Faim procède à la réouverture de bases qui fonctionnaient au ralenti pendant la période hivernale. Isabelle Moussard-Carlsen, responsable géographique pour l’Afghanistan, écrit, dans une communication datée du 23 mars : « Le retour du printemps, la réouverture progressive des cols de montagnes et des routes s’accompagnent de la recrudescence de l’insécurité. Le mollah Omar a lancé un appel pour faire de l’Afghanistan « un four en flammes ». A Kaboul, le nombre des victimes d’attentats a doublé sur la période 2005/2004. Nombreux incidents entre les Talibans d’une part et les forces afghanes et étrangères d’autre part au sud du pays ; des attentats ont été déjoués ces derniers jours ».
On en arrive à se demander s’il n’aurait pas fallu laisser les Russes se débrouiller dans un pays où ils s’étaient imprudemment avancés en 1979. Rappelons qu’en accord avec le Pakistan et l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis et l’Europe ont armé une « résistance » qui, de plus en plus, s’est révélée islamique. Les Russes sont partis en 1988. C’était leur Vietnam à eux. L’occident tenait sa revanche. Drôle de revanche !
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Coups tordus |
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L'affaire Clearstream provoque, avec raison, la nausée chez beaucoup de nos concitoyens. Quelle que soit la vérité et l'issue de ce sombre épisode de la vie politique française, on ne peut qu'être choqué par la bassesse des moyens employés par certains à seule fin d'assouvir des ambitions personnelles. Nous sommes bien loin des discours flamboyants et moralisateurs au Conseil de sécurité de l'O.N.U.. Nous devenons la risée du Monde.
Les coups tordus ont toujours existé, et dans tous les pays. Ce qui est particulièrement choquant dans l'affaire Clearstream, est l'implication de nos services de renseignements ou du moins de certains de leurs éléments. L'histoire récente de notre pays montre que des soit-disants serviteurs de l'Etat peuvent s'ériger en "justiciers" ou se mettre au service de causes dévoyées. Généralement il y a derrière soit des intérêts financiers soit des pseudo "raisons d'Etat".
Deux livres, passés à l'époque pratiquement inaperçus, avaient remarquablement illustré ces dérives : "L'officine" ; roman de Michel Noir basé sur les contournements de l'embargo de l'ONU sur l'Irak et "Les deux bombes" de Pierre Péan qui raconte comment la technologie nucléaire militaire fut apportée par la France à plusieurs nations, souvent dans le dos des plus hautes autorités de l'Etat.
Il n'est pas question d'absoudre tous les coups tordus mais, en comparaison, l'affaire Clearstream est particulièrement minable car on n'y trouve que des vengeances personnelles. Elle est particulièrement significative de la complète dégénérescence de notre système et fait, comme le CPE et les événements des banlieues, le jeu des extrêmes, FN et ultra-gauche, avec tous les risques que cela implique pour 2007.
Luc Ferry s'élevait devant les Vigilants contre un système éducatif qui fait qu'une partie importante de notre jeunesse ne parle ni n'écrit correctement et que l'on trouve des fautes d'orthographe dans les copies de l'ENA. En plus de l'enseignement des bases du français et des mathématiques il faudrait rétablir en priorité l'EDUCATION CIVIQUE et, à tous les niveaux, promouvoir la Morale en tant que branche fondamentale de la philosophie et non comme une "valeur" bourgeoise.
Cela serait plus utile que d'ergoter sur la VIeme République, comme le font de plus en plus les vieux ,et les moins vieux..., briscards de la Veme. Ce n'est pas la Constitution qu'il faut changer mais la façon dont les têtes sont construites.
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Viva Espaňa |
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Juan qui pleure souligne le déficit record du commerce extérieur espagnol. Juan qui rit note que le chômage est en baisse et que, parmi tous les pays d’Europe, l’Espagne est, après l’Irlande, celui qui affiche le meilleur taux de croissance. Pour le public, c’est cela qui compte. Le moral est bon.
Les Espagnols, à la différence des Français, ont confiance dans l’avenir. Sans doute avec raison car les finances publiques sont saines, le budget est même en excédent et, l’euro servant de rempart sur le plan extérieur, on ne voit pas pourquoi le pays devrait sacrifier son développement sur l’autel de la balance des comptes. D’ailleurs, l’investissement repart et la consommation n’est plus le seul moteur de la croissance. Le vrai danger tient au prix de l’immobilier qui, en Espagne plus encore qu’ailleurs, a atteint des sommets difficilement tenables.
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Canada : go West |
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Stephen Harper est le nouveau Premier ministre de la Fédération Canadienne. Le parti conservateur, dont il est le chef, a battu les Libéraux au pouvoir depuis 12 ans. La novation cependant est ailleurs, M. Harper est originaire de l’Alberta, un Etat de l’Ouest canadien dont les réserves en pétrole, en gaz et surtout en sables bitumineux sont immenses.
Or, la constitution fédérale stipule que chaque Etat possède les ressources naturelles situées sur son territoire. M. Harper ne s’est nullement engagé à changer la Constitution mais sait que 3 millions d’Albertains ne doivent pas devenir immensément plus riches que les 29 autres millions de Canadiens. Il proposera sans doute une législation permettant aux Etats les plus pauvres de bénéficier de transferts en provenance des Etats les plus riches. Mais dans quelles proportions ? La bataille s’annonce rude.
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Prévenir les dictatures ou convertir les dictateurs |
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Milosevic est mort avant que le Tribunal Pénal International ait pu condamner le dictateur qui a supervisé « l’épuration ethnique ». Sa culpabilité ne fait pas de doute mais le drame aurait peut-être pu être évité si l’Europe, en amont, s’était montrée plus vigilante.
A la mort de Tito, en 1980, les dirigeants européens craignaient l’embrasement de la Yougoslavie. Pas encore aveugles, ils ont huilé les rouages de la succession en accordant quelques aides économiques. Les choses, en apparence, se passaient bien : une présidence tournante semblait fonctionner et, en 1984, Sarajevo accueillait dans la joie les Jeux Olympiques d’hiver. Nos « responsables » cessèrent alors d’être préoccupés. Quiconque leur rappelait la fragilité balkanique était un importun. Pourtant, le drame se nouait.
En 1985, le communisme était en déliquescence et ses chefs étaient discrédités. Pour se maintenir, ils devaient ou bien se montrer capables d’apporter un peu de prospérité ou bien se rendre populaires en ravivant des passions nationales. Le dirigeant serbe, Milosevic, essaya d’abord la première solution. Il se dit favorable à l’économie de marché et se déplaça dans toute l’Europe pour quémander de l’argent et attirer des investissements. Personne ne daigna l’écouter. Dépité, Milosevic se mit à flatter l’orgueil serbe et a supprimé, en 1986, l’autonomie dont jouissait le Kosovo à l’intérieur de la République. C’était le commencement de la fin. Peu à peu, le pire a succédé au mal et le pire a conduit à l’enfer.
Quel enseignement tirer de cette tragédie ? Non pas que tous les dictateurs ou apprentis dictateurs peuvent être achetés mais que la carotte est parfois aussi utile que le bâton. Dans le cas de l’Irak, il n’était pas question d’argent. La menace américaine était si forte et le bâton si gros que le « Rais », aurait sans doute été prêt à saisir n’importe quelle carotte. Le Staline qu’il était aurait eu intérêt à se muer en Gorbatchev !
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Etats-Unis : guerre de demain, pensées d’hier |
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Donald Rumsfeld est incorrigible. Même lorsqu’il décrit des menaces modernes, il pense à des remèdes d’un autre âge. « Nous livrons aujourd’hui, a-t-il dit dans un message au Council on Foreign Relations, la première guerre de l’ère des emails, des Blogs, des messageries, … nous devrons [donc] développer notre capacité d’anticipation et de réaction en matière d’information ».
Après un tel diagnostic, on s’attendrait à l’énoncé d’un projet novateur. Mais pas du tout ! « Pendant la guerre froide, ajoute le Secrétaire d’Etat à la Défense, des médias comme Radio Free Europe se sont avérés très efficaces. Nous devons envisager la création de nouvelles organisations et de nouveaux programmes susceptibles de jouer un rôle tout aussi utile dans notre guerre contre la terreur ».
Dans la foulée, Condolezza Rice, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, a demandé au Congrès un budget spécial pour inonder l’Iran d’informations diffusées en persan. Cela semble une excellente idée mais tout indique que l’argent sera, en grande partie, confié à des émigrés qui, de leurs résidences en Californie, pensent en termes de propagande politique. Des programmes de variétés plairaient davantage à la jeunesse iranienne. Quant aux combattants, résistants, terroristes, Fous de Dieu, appelons-les comme on veut, ils fonctionnent en réseaux et la triste expérience irakienne montre que ce n’est pas avec des structures organisationnelles de type pyramidal qu’on les vaincra.
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Iran : l’effet Le Pen |
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Un ami français qui séjourne régulièrement en Iran est revenu récemment. Selon lui, de très nombreux Iraniens ont voté pour Ahmadinejad sans croire qu’il pouvait vraiment être élu. C’était un vote de protestation, vaguement comparable à celui de certains Français qui ne pensaient pas, en 2002, que Le Pen pouvait distancer Jospin.
Maintenant, l’ambiance est mitigée. Tous les Iraniens soutiennent Ahmadinejad lorsqu’il place l’affaire nucléaire sur le terrain de la fierté nationale. En revanche, le nouveau président agace par son rigorisme. Les jeunes (et pas seulement ceux des quartiers huppés) supportent mal les excès de zèle du « Ministère de la Vertu ».
Des mesures telles la mise à l’index des musiques considérées comme décadentes ou les consignes données pour que le voile soit porté « correctement », sont vécues comme des brimades et font figure de régression. Conclusion de cet observateur : Ahmadinejad a peu de chances d’être porté par une massive adhésion populaire si l’envie lui prenait d’accaparer le pouvoir.
Khamenei, le « guide suprême », peut facilement jouer des rivalités internes pour préserver les équilibres subtils de la République Islamique. Déjà, Rafsandjani manoeuvre en coulisse, Khatami distille des critiques et Larijani gagne en influence.
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Assèchement de la créativité politique |
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Aux Etats-Unis, le « New Deal » de la fin des années 30 a été créatif. La préparation et la conduite de la guerre l’ont été également. Le « Plan Marshall » et l’appui donné à la construction de l’Europe ont marqué une profonde novation de la pensée politique. Par la suite, la « guerre froide » a gelé les cerveaux et Eisenhower s’est inquiété, à juste titre, de l’influence croissante du « complexe militaro industriel ». L’amour de la technologie s’est emparé des esprits et l’idée s’est répandue qu’une suprématie militaro technologique pouvait suffire à venir à bout de toutes les crises. De « La guerre des étoiles » (faux bouclier), à l’invasion de l’Irak (illusoire épée), la gestion des crises a privilégié l’action technomilitaire en réduisant à l’extrême l’aspect politique des situations.
En Europe, la création de la CECA, puis celle du Marché Commun, ont concrétisé une nouvelle façon de vivre ensemble. Les « Pères de l’Europe » ont eu suffisamment de créativité pour procéder par tâtonnements, bricoler des institutions, inventer des procédures. Grâce à eux, la notion d’interdépendance a pris corps. Maintenant, elle s’étiole. Non seulement « l’élargissement » a été mal préparé mais l’introduction de l’euro n’a pas été suivie par un minimum d’harmonisation budgétaire et fiscale. Des réactions de défense nationaliste sont adoptées par certains gouvernements (surtout français et c’est grave puisque le moteur de l’idée européenne a longtemps été logé à Paris). La volonté européenne patine, peut-être même régresse-t-elle. En tout cas, l’Europe semble prise de court face à la mondialisation. Sa créativité politique est en panne.
Les systèmes de sécurité collective (ONU, UE, OTAN, TNP, OMC) sont affaiblis, méprisés ou attaqués. Il faut persuader tous les acteurs de la scène politique que la priorité doit être de les renforcer à chaque instant et en toutes circonstances.
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Désir de rupture |
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Sarkozy ou Villepin ? Ségolène ou un « Monsieur » ? Les Français ne parlent que de cela et il n’y a pas de quoi sourire. La France roupille depuis 18 ans et les gens ont compris qu’il était temps que ça bouge. Le deuxième septennat de Mitterrand a été celui d’un homme malade qui se réfugiait dans le « ni-ni ». L’immobilisme a continué sous Chirac dont c’est, sans doute, la nature profonde. Le malaise est, aujourd’hui, si palpable que les candidats ne peuvent plus se permettre de faire campagne sur le thème de la continuité.
Sarkozy l’a compris depuis longtemps puisqu’il a été le premier à employer le mot « rupture ». Il a une longueur d’avance sur Villepin à qui il reste cependant quelques mois pour sortir de l’ombre chiraquienne et convaincre les Français qu’il peut vraiment incarner le changement. Ségolène, quant à elle, est (à la fois par chance et par mérite) l’image même de la rupture. D’abord c’est une femme. Ensuite, malgré sa longue pratique de la politique, son langage n’est pas politicien. Elle parle de « désirs d’avenir », c'est-à-dire de « pourquoi » et fustige les technocrates qui s’enferment dans le « comment ». Peut-être un des candidats potentiels du PS saura-t-il, à son tour, insuffler de l’espoir. On comprend que les Français se passionnent. Ils veulent que quelqu’un, là-haut, sonne le réveil.
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Faut-il supprimer l'E.N.A. ? |
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Un universitaire canadien, Timothy B. Smith, vient de publier aux Editions Autrement un ouvrage dénommé :"La France injuste" (voir à ce sujet Le Point du 16 février). Il y dénonce en particulier, les "castes privilégiées".
Parmi les solutions qu'il suggère figure la suppression de l'ENA, "monastère qui vivrait coupé du mondemais continuerait à penser qu'il détient la vérité". Quant on constate que la très grande majorité du monde politique français, de droite comme de gauche, sort de cette école et que cabinets ministériels et haute administration sont trustés par énarques et polytechniciens, le blocage de la société française est une conséquence parfaitement logique.
Seul un renouvellement des élites par une véritable réforme de l'éducation permettra de faire évoluer les mentalités. Napoléon portait la plus grande admiration au système chinois du mandarinat et à ses concours accès dont il s'inspira fortement. Le monde a changé depuis les Ming et les Qing...
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Pour un « espionnage » sociologique |
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Deux visions d’ Ahmadinejad s’affrontent parmi les spécialistes de l’Iran. Pour certains, il est un Hitler en herbe qui monopolisera tous les pouvoirs et transformera l’Ayatollah Khamenei en simple figurant. Pour la plupart, Ahmadinejad n’est qu’un Président à la mode iranienne, ses pouvoirs sont limités par la Constitution très spéciale de la République Islamique, laquelle est beaucoup plus solide que ne l’était la République de Weimar.
Hitler, en tout cas, ne serait pas devenu Hitler si le peuple allemand n’avait pas été subjugué au point de le vouloir pour maître. En ce qui concerne l’Iran d’aujourd’hui, suivre au jour le jour les intrigues de palais et les luttes fractionnelles ne mène pas à grand-chose. Il serait plus intéressant de savoir si la société aspire ou non à la dictature d’un seul homme. Pour cela, l’idéal serait de pouvoir recueillir, dans différents milieux, des « histoires de vie » montrant ce que les uns et les autres ont considéré comme des instants de bonheur ou de malheur. De cette perception naît une aspiration. Cette aspiration forgera l’avenir.
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Droit du travail ou Droit du commerce ? |
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Nos civilisations modernes s'enivrent tous les jours de l'idée d'égalité des Droits.
Il est vrai qu'il s'agit là d'une des notions qui distinguent le plus les peuples civilisés des peuples barbares. .
L'un de mes jeunes neveux, âgé de moins de 26 ans, ingénieur diplômé de bonne origine, vient de s'entendre dire, par une entreprise, que sa candidature est certes jugée intéressante mais que son traitement est momentanément "suspendu" pour raison d'évolution prochaine de la législation du travail...
Il revient vers moi pour me demander conseil. Je dois dire que, dans son cas, je suis un peu perplexe.
ll en profite pour me faire remarquer que, par ailleurs, il est en cours de changement de son contrat actuel auprès d'un grand opérateur de téléphonie qui lui "suggère" de changer de mobile. La proposition lui semble intéressante : acquérir le mobile pour un prix assez raisonnable mais à la condition qu'il souscrive immédiatement un contrat de fidélité dont il ne pourra se libérer qu'au bout de 2 ans.
Son dilemme s'amplifie... et mon questionnement surgit !
D'un côté, il lui est demandé, en application du Droit du Commerce, de s'engager fermement au titre de "personne privée" vis à vis d'une "personne morale" pour une durée de 2 ans en lui assurant un chiffre d'affaires récurrent.
De l'autre, il se trouve face à une autre "personne morale" qui ne veut pas s'engager fermement à assurer un revenu récurrent et stable à lui, "personne privée", en application du futur Droit du Travail, et ce pour une durée de 2 ans.
Je cherche la logique de la situation et je ne sais que lui conseiller... sauf à lui proposer de trouver une source de financement complémentaire autre que son futur travail. En effet, que dirait-on d'une entreprise qui ne tirerait ses recettes que d'un seul client ? Tous les auditeurs diraient qu'elle est... mal gérée. Alors pourquoi ne travailler que pour une seule entreprise ?
Mais je me dis aussi qu'il faudra bien un jour s'entendre sur le terme d'égalité des Droits dans notre beau pays de France et se poser la question de savoir si certains droits en matière de contrat sont différents selon que l'on est une personne "privée" ou une personne dite... "morale".
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De l’importance d’être prévisible |
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Plus le changement est rapide, plus les gens agissent en fonction de l’idée qu’ils se font du lendemain. Le monde moderne ne vit pas au présent, il se nourrit d’anticipations. D’où l’importance d’être prévisible. C’est évident lorsqu’il s’agit d’investissement. Ainsi, des coûts de production élevés mais dont l’évolution est quasi programmée - comme c’est le cas en Allemagne - découragent moins les investisseurs potentiels que la crainte de mauvaises surprises. De même, la stabilité politique attire alors que l’incertitude effraye.
De ce point de vue, il n’y a pas que les pays « en développement » qui aient des problèmes. L’UE, elle-même, donne une impression de flou. Elle a beau agir et ses actions ont beau être efficaces dans de nombreux domaines, elle manque d’un cadre susceptible d’indiquer clairement de quoi son lendemain sera fait. C’est essentiellement pour cela qu’une « Constitution » était nécessaire et que le « non » a été destructeur. D’une façon ou d’une autre, il faudra réinventer une formule qui apprivoise l’avenir.
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La vraie menace iranienne |
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Les chasseurs d’actualité courent après l’évènement. Les passionnés de politique se penchent sur les luttes fractionnelles. Les uns comme les autres omettent de regarder le rétroviseur de l’Histoire, le périscope des courants sociétaux, le télescope des rêves. Ceux qui ne voient dans Ahmadinejad qu’un illuminé et misent sur la dislocation imminente du régime, se trompent de registre. L’arbre planté par Khomeini il y a un quart de siècle porte encore quelques fruits. Il s’agit d’Histoire avec un « H » et non de petites histoires.
J’ai aperçu Khomeiny en 1978, lorsqu’il était réfugié à Neauphle-le-Château. Il résidait dans un petit pavillon de banlieue à l’allure minable, il était assis sur un petit tapis au coin d’une pièce minable mais une grande force émanait de sa personne. La profondeur de son regard, la droiture de son maintien, l’économie de son propos étaient impressionnantes. Cet homme, héritier d’un long passé, semblait capable de mener un combat dans le présent tout en nourrissant une vision d’avenir.
Pour s’en convaincre, mieux vaut tourner les yeux vers le « Centre de la Grande Encyclopédie Islamique » que vers les ministères. Dans un immense bâtiment situé aux environs de Téhéran, 50.000 !!!! érudits poursuivent la rédaction d’un ouvrage de référence écrit d’abord en persan, puis en arabe, puis en anglais. Dans l’esprit des théocrates révolutionnaires qui détiennent le pouvoir d’Etat, ces bataillons de scribes constituent l’avant-garde d’une guerre d’un nouveau type. Leur mission, édictée par Khomeiny lui-même peu après son triomphe, est de nature panislamique. Articles et définitions ne doivent en aucun cas s’inspirer d’un chiisme sectaire ; rien ne doit choquer les fidèles sunnites ; tout doit contribuer à la reconstruction d’une « Communauté des Croyants ».
Les diatribes anti-israéliennes d’Ahmadinejad découlent de cette stratégie. Elles n’ont pas été proférées par hasard ni même par simple tactique. En tentant une sorte d’OPA sur la cause palestinienne, chère au cœur des Arabes sunnites, elles visent à dresser des peuples contre des dirigeants qui, bien que musulmans, sont susceptibles de reconnaître la légitimité de l’Etat hébreu.
Déjà, certains résultats ont été atteints. Le guide spirituel de la Confrérie des Frères Musulmans égyptiens ainsi que le chef du Mouvement islamiste palestinien Hamas ont applaudi. Les efforts saoudiens pour isoler l’Iran s’avèrent illusoires. Le Golfe, tardivement nommé arabique, commence à redevenir persique.
La deuxième manche est en train de se jouer en Irak où l’ayatollah Sistani, principal guide des chiites irakiens, tend la main à la minorité sunnite et se dit prêt à bénir un gouvernement de coalition. Dans l’immédiat, c’est commode pour les Américains mais le but, fixé en accord avec Téhéran, n’est pas de leur faciliter la tâche. Il s’agit, au contraire, d’inciter les « résistants » sunnites à réorienter leur « haine » et leur « fureur ». Ceux-ci, pour le moment, n’hésitent pas à massacrer des compatriotes or, il faudrait qu’à l’avenir, ils s’en prennent seulement aux troupes étrangères. La Syrie fait fonction de joker dans ce double jeu : l’Iran lui fournit de l’argent et des armes, elle se chargera d’approvisionner la « résistance ».
L’alliance entre le Hezbollah (chiite libanais) et le Hamas (sunnite palestinien) est la troisième pièce du dispositif. Quand Téhéran jugera l’heure venue, une nouvelle Intifada pourrai être déclenchée contre Israël au nom de la « Communauté des Croyants ». Khamenei, le successeur de Khomeiny a entériné le diagnostic d’Ahmadinejad : Israël est bien, à ses yeux, une « tumeur » dans le corps islamique, tumeur qui, tôt ou tard, devra disparaître.
La conduite graduée de ces différents combats devrait, selon ses concepteurs, pouvoir être étalée sur la durée. Ce n’est pas en huit jours que des peuples arabes viendront à bout de leurs gouvernements, que les Américains se résigneront à voir l’Irak se transformer en « république islamique » et qu’Israël, en tant qu’Etat, sera rayé de la carte. Mais les révolutionnaires théocrates n’en doutent pas : à terme, ils deviendront seuls maîtres du pétrole et des âmes.
Cette vision a sa logique et cette logique induit une pensée nucléaire à deux niveaux. Quand Khamenei proclame : « Notre seule arme atomique est notre bien aimée jeunesse et notre nation de croyants », il faut le prendre au sérieux. Ce « saint homme » veut étrangler lentement ses ennemis et non leur asséner un coup qui provoquerait des représailles massives. Il n’ignore pas cependant que, si ses plans se déroulaient conformément à ses espoirs, un jour viendrait où ses ennemis seraient tentés d’agir. D’où la nécessité de disposer à temps d’une dissuasion crédible, c'est-à-dire de missiles à têtes nucléaires. A cette fin, des trésors d’hypocrisie sont déployés tant pour la fabrication de matière fissile que pour la mise au point de fusées balistiques à longue portée.
Tout cela est cohérent et relève d’une stratégie qui ne peut être combattue à l’aveuglette. D’abord qui est vraiment l’adversaire ? L’adversaire n’est ni l’Iran, ni l’Islam mais le panislamisme révolutionnaire. L’Iran, à terme, peut être une grande puissance stabilisatrice au Moyen Orient et en Asie Centrale. L’Islam peut servir de ressort moral à des populations en quête de dignité. Le panislamisme révolutionnaire, adossé à l’Etat iranien, peut, en revanche, être un danger mortel. Il s’agit donc de dissocier l’Iran de cette idéologie. Cela n’est pas impossible : ni le stalinisme, ni le maoïsme n’ont été éternels ; le khomeynisme ne le sera pas non plus. Il y a une période difficile à gérer pendant laquelle il faut se garder de sous estimer la force de l’adversaire tout en s’efforçant d’accentuer ses faiblesses.
Ne pas sous estimer l’adversaire implique d’abord de ne pas trop écouter les émigrés qui prédisent tous les matins l’effondrement d’un système prétendument à bout de souffle. Ce régime a résisté à l’invasion irakienne et survécu à une guerre qui, toutes proportions gardées, a été aussi meurtrière pour l’Iran que la guerre de 1914 l’a été pour la France. Après quoi, ce même système a su créer des équilibres subtils - et mouvants - entre ses différentes factions. Le régime n’est pas démocratique mais a su se doter de soupapes et même de recours. En gros, il y a une sorte de parti unique dont les différentes tendances peuvent entrer en compétition électorale. Les scrutins ont lieu à l’échelon local, législatif et présidentiel. Sous la houlette du théocrate en chef, un « Conseil du Discernement » s’efforce d’aplanir les conflits. De plus, les nominations aux postes les plus élevés sont soumises à des règles assez strictes avec, à chaque fois, des niveaux de décision clairement définis.
Dans ce contexte, l’élection d’Ahmadinejad aurait dû nous faire réfléchir. Rafsandjani, son principal rival, d’abord héritier d’une fortune construite sur la production et le commerce de la pistache puis grand manipulateur de la manne pétrolière, incarnait la ruse et l’habileté. Ahmadinejad, par contraste, se présentait un balai à la main et affichait son dévouement pour les mal lotis. Il ne plaisait ni aux habitants de la riche banlieue nord de Téhéran ni aux étudiants branchés sur Internet et friands de culture occidentale.
Mais il a plu aux pauvres des grandes villes et surtout aux habitants des campagnes reculées dont les conditions de vie n’ont guère évolué depuis l’époque du Shah. Je me souviens être allé en 1973 dans un village situé à une centaine de kilomètres de Téhéran où les maisons étaient en torchis et les femmes vêtues de noir. Venait d’y être édifiée une école de style moderne où les institutrices, sans doute émules de la Princesse Ashraf Pahlavi, étaient habillées à la dernière mode. Ce contraste m’a frappé, il m’a même convaincu de la fragilité du régime impérial.
Le régime khomeyniste, version Ahmadinejad, n’est pas forcément plus solide. Le Président a été élu non pour partir en guerre contre Israël mais parce qu’il promettait du mieux être. Or rien n’indique que le chômage baisse et que le niveau de vie augmente. De plus, le « retour aux sources » ne plait pas à tout le monde : la fréquentation des mosquées était une façon de s’opposer au Shah, elle est aujourd’hui un signe de conformisme qui répugne à beaucoup. Déjà, des blagues circulent sur Ahmadinejad (exemple cité par Navid Kermani : « pourquoi se coiffe-t-il avec la raie au milieu ? Pour séparer les puces mâles des puces femelles ! »). Cela ne fait peut-être rire qu’une minorité d’Iraniens mais exprime un désamour qui, logiquement, devrait aller croissant.
L’Iran n’est pas une île. Internet, la téléphonie mobile, la télévision numérique s’y développent rapidement et le gouvernement n’y peut pas grand-chose bien que le pays reste relativement protégé par sa barrière linguistique. Si l’Occident devait choisir une arme et une seule pour déstabiliser le régime, le mieux serait de créer des stations qui émettent en persan. Plus il y en aurait et plus les programmes seraient variés, plus efficace ce serait. Dans un univers qu’un régime totalitaire cherche à uniformiser, la diversité est, par nature, attrayante.
Les adversaires du panislamisme révolutionnaire ont sans doute intérêt à jouer en équipe dans certains cas et à tirer parti de leurs différences dans certains autres. Dans le domaine nucléaire, il semble évident que les Américains, les Européens et même les Russes devraient agir de concert et tenter de persuader les Chinois de ne pas contrecarrer leurs manœuvres. Les Iraniens essayent de gagner du temps, leurs adversaires doivent leur en faire perdre le plus possible. Lorsque la Perse se sera muée en grande puissance pacifique, elle pourra légitimement réclamer un droit à la parité atomique. On n’en est pas là !
Pour le moment, il s’agit de contrer un fanatisme qui risque de se révéler infiniment plus dangereux que celui, somme toute artisanal, d’Al Quaïda. L’Europe est en première ligne. Le problème de l’Islam est, pour elle, beaucoup plus concret, beaucoup plus charnel qu’il ne l’est pour l’Amérique. Si nous voulons que notre continent soit un creuset de civilisation plutôt qu’un champ de bataille, nous devrons apprivoiser l’Islam. Il serait criminel de baisser les bras puisque, malgré le fanatisme de quelques uns, la majorité des Musulmans vivant sur le sol européen rêve d’un bonheur sur Terre plutôt que d’un paradis au Ciel. D’où l’urgence de mobiliser leur bonne volonté en leur donnant espoir, en brisant les ghettos des murs et des esprits, en jouant la carte de la fraternité.
C’est partiellement en Europe que peut, dans les dix ou les vingt prochaines années, se forger une refondation de l’Islam susceptible de réconcilier les Croyants et la modernité. En Europe mais aussi en Iran où une société actuellement en travail (comme on dit d’une femme qui accouche), devrait finir par inventer un système inédit. A partir de cet Islam nouveau, mais seulement à partir de là, les pays musulmans pourront se libérer du passé tout en restant eux-mêmes.
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La fin des réponses d’évidence |
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Une majorité de Français a voté non au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Une minorité de jeunes s’est révoltée dans les banlieues. Pour beaucoup d’observateurs de tels événements traduisent le décalage qui s’est installé entre le pays et ses institutions, entre le pays et les élites politiques. Les travaux de Sociovision Cofremca montrent que la problématique est internationale et qu’elle ne relève plus de la thématique du décalage. Les citoyens ne sont pas plus en décalage par rapport aux institutions que les consommateurs par rapport aux marques ou que les salariés par rapport à leur entreprise.
En réalité, les Français ne sont pas en décalage par rapport au monde politique, ils sont ailleurs, dans une autre société. Les consommateurs ne sont pas en décalage avec les marques, ils sont sur une autre planète de la consommation qui échappe aux marques. Les salariés ne sont pas en décalage avec leur entreprise, ils réinventent dans le tissu microsocial de l’entreprise un autre rapport au lien social qui échappe aux dirigeants.
Les Français ne sont pas en repli, bloqués sur des positions conservatoires, ils sont en re-programmation et réinventent une vie quotidienne qui prend à revers les décideurs politiques, les décideurs d’entreprises et les représentants des institutions intermédiaires. L’analyse de la relation que les Français entretiennent avec l’Europe est assez illustrative de la fragmentation des attitudes et de la difficulté à rassembler une nation sur un projet commun. Elle est également un excellent exemple de l’inadéquation des méthodes de pilotage de l’action publique face à une société plus complexe et plus diverse.
Les décideurs, quels qu’ils soient et, plus généralement le management, continuent à appliquer des méthodes d’hier à une société spontanée qui s’est profondément transformée. A coup de sondages d’opinions (qui ratent le réel et flattent les décideurs) pour les uns, de CRM (Customer Relation Management) ou d’ERP (Entreprise Ressource Planning) pour les autres, ils ont perdu le contact avec la société, ils sont dans une stratosphère dont les paradigmes dominants relèvent de la société d’hier. Ils s’accrochent à des données quantitatives et abstraites là où il faudrait sentir et toucher les choses pour avoir une chance de les comprendre un peu et d’agir mieux. Ils rêvent à des systèmes d’informations aussi simplificateurs qu’illusoires dans leurs résultats. Ils sont encore dans le paradigme mécanique où il s’agit d’appuyer sur un bouton pour que l’action soit efficace. Ils n’ont pas tiré les conséquences opérationnelles d’une société de gens autonomes, d’une société où la diversité s’accroît, du saut de complexité considérable que l’autodétermination des personnes et la mondialisation des échanges ont engendré.
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Saute d’humeur et/ou d’humour |
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De la Mitterrandomania à la Mitterrandolâtrie.
Cette obséquiosité impudente, excessive, maladroite et même parfois obscène à propos d’un "Tartuffe" machiavélique, d’un imposteur qui a trompé tout le monde, tout le temps, y compris ses proches et sa propre famille, est délibérément insupportable !
Sauf pour ses thuriféraires masochistes, et même un peu nécrophages. Et apparemment sans mémoire... ! Sauf les "capteurs d’héritage" et autres « détrousseurs de momies".
Tout ce dévoiement médiatique manque pour le moins de hauteur, de pudeur, d’humilité et surtout d’éthique. Le comparer à De Gaulle ? Et pourquoi pas à Jésus Christ ou à Mahomet ?
Ce dérapage est historiquement délirant. Carrément hors normes. Ridicule. Et même révoltant !
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Le Brésil de Lula : que reste t-il de la vertu proclamée ? |
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Depuis plusieurs mois il ne se passe pas une semaine sans que remonte à la surface, à la manière des bulles nauséabondes, une immoralité de plus commise par le Parti du Président – le PT - dont le fonds de commerce qui fit élire Lula, était précisément la lutte contre la délinquance politique, courante au Brésil, comme en Amérique Latine en général, et l’auto proclamation de la vertu naturelle du Parti et de ses leaders.
A la manière de « nous sommes le gouvernement des gens honnêtes » de Pierre Mauroy en 1981. Cela est très grave pour le moral du pays car la majorité des brésiliens ne croient plus en rien, et beaucoup annoncent qu’ils n’iront plus voter.
Depuis plus de 20 ans je me rends chaque année au Brésil pendant quelques semaines et je trouve que ce pays constitue un formidable lieu d’expérimentation de conflits qui naissent de la confrontation entre une modernité qui prend place rapidement et des valeurs politico-sociales qui forment une vulgate à laquelle, au fond, personne ne croit plus. Il y a des soubresauts idéologiques, bien sûr. Lula en fut un, comme Chavez ou le sous-commandant Marcos, aujourd’hui Evo Morales en Bolivie et peut-être demain quelqu’un d’autre au Pérou : comme pour ne pas définitivement enterrer Che Guevara et Fidel Castro.
Le coup au moral que le PT et ses leaders portent à la nation est à la hauteur de la célébration de leurs vertus faite par les faiseurs d’opinion, artistes et medias en tête, lors des campagnes électorales. L’une des figures emblématiques du PT, Jose Dirceu vient d’être démis de ses mandats par la Chambre des Députés, lors d’une séance de nuit retransmise en direct à la télévision, et des artistes et non des moindres commencent à régler leurs comptes, certains comme Raimundo Fagner, reprochant à d’autres comme Chico Buarque d’avoir louangé des corrompus dont les noms fleurissent jour après jour : Delubrio Soares, Silvinho Pereira, Gilberto Carvalho, Jose Gerroino, etc. cités dans des affaires louches ou criminelles comme l’assassinat du maire (Prefeito) Celso Daniel.
S’agit t-il d’une malédiction qui frappe l’Amérique latine ?
Il y a quelques semaines lors d’une réunion interne au Club, j’avais fait référence à une technique matricielle de catégorisation des individus et de leur tempérament souvent employée par un sociologue peu connu de la fin du 19ème siècle, Edmond Demolens, qui fût l’un des fondateurs de l’Ecole des Roches. Il excelle dans la typologie des caractères et la plus célèbre de ses matrices se rapporte à l’utilisation faite par quelqu’un de son argent ou de l’argent des autres.
L’effondrement de la vertu autoproclamée du Parti des Travailleurs (PT) m’a fait souvenir d’une autre « matrice » proposée par le philosophe français Jean Baechler. Que l’on donne à lire à quelqu’un Machiavel, Hobbes et Rousseau, celui qui se sentira proche des deux premiers devrait ressentir une répulsion profonde pour le troisième et vice-versa. Les premiers regroupent, dit-il, ceux qui sont convaincus sans pouvoir le démontrer que l’homme est méchant. Inversement les seconds pensent d’une façon également irrationnelle que l’homme est bon. Une grande différence existe entre ces deux groupes : ceux qui croient que l’homme est bon pensent que si les sociétés sont imparfaites, cela ne tient pas à une malédiction naturelle (l’homme serait bon et méchant à la fois) mais à des erreurs amendables. Pour cette raison, sa marche vers l’idéal passe par deux étapes insupportables : isoler et, s’il le faut, anéantir ceux que l’on considère comme la source du mal projeté sur certains hommes et groupes : l’impérialiste, les juifs, les riches, les communistes, les américains, le clergé, la démocratie, etc. ; puis mettre en place une répression constante pour éviter les résurgences inévitables du mal. Ainsi quiconque ne reconnaît pas la dualité irréductible de la nature humaine (bien et mal inextricablement mêlés) sera acculé à une forme ou à une autre de tyrannie pesante ou légère soit à une corruption généralisée.
La grandeur d’un système politique moderne vient du fait qu’il a su rompre avec le mécanisme de la projection du mal sur l’autre et que pour la résolution de ses problèmes de société, il admette que les sources du bien et du mal sont non seulement dans l’homme mais dans chaque homme, y compris dans son sein.
De la situation politique au Brésil, on peut donc tirer la leçon que, si le bon et le mauvais cohabitent inévitablement chez chacun, y compris chez Lula, il paraît judicieux de se méfier des hommes politiques dont le programme se garantit vertueux. Il faut se méfier encore plus – mais cela concerne toute l’Amérique latine – de ceux qui ont recours ? ce que l’on pourrait appeler le mécanisme psychologique de la projection de l’échec ou du malheur sur l’étranger, l’ennemi extérieur qui est tellement plus malin que nous qu’il sera vainqueur à tous les coups – sauf à … voici le programme prévu, toujours régressif ou répressif. Y a-t-il donc une malédiction qui frapperait l’Amérique latine à cet égard ?
Plusieurs de mes amis sud américains pensent que le mal profond et peut-être irréparable qui a été fait à la mosaïque d’états souverains mais fragiles qui forment le continent vient de l’adhésion enthousiaste – à l’exception notable de celle de Bolivar – des hommes d’état sud américains de l’époque à la doctrine Monroe qui proclama en 1823, « L’Amérique aux Américains ».
Ce ralliement enthousiaste aurait couvert en réalité une démission et un lâche soulagement : celui de se mettre sous le protectorat nord américain, pour éviter le risque - l’aventure napoléonienne passée - du retour de l’interventionnisme des puissances européennes. D’où l’oubli de l’effort que doit faire toute société qui aspire à survivre, cette absence de politique extérieure sérieuse, cet infantilisme des projets politiques qui caractérisent encore la plupart des pays américano-latins.
Le ressentiment profond d’avoir historiquement perdu son âme lors d’un lâche compromis alimente en continu le mécanisme de projection vers l’extérieur des tares intérieures ; avec un premier lieu, s’il y a échec, c’est connu, c’est à la méchanceté des Etat-Unis qu’on doit l’imputer. A décharge, le difficile et principal problème sérieux de ces pays est celui de la cohésion nationale et d’un sentiment d’appartenance à une communauté difficile à faire exister. Jusqu’ici il n’a été trouvé comme recette que les mouvements de foule du type Nuremberg ou Woodstock, que constituent les meetings de Castro ou de Chavez, en prenant soin pour pouvoir communier dans l’hostilité, de se ménager un ennemi extérieur permanent : les Etats-Unis.
Si cela marche encore pour se faire élire, c’est notoirement insuffisant pour conduire un pays vers le développement qu’il mérite. Même si l’itinéraire Allende-Pinochet n’est plus aujourd’hui imaginable, il y a des sentiers vers le gâchis, que les sud-américains feraient mieux d’éviter ou qui au minimum requiert leur vigilance. Une fois encore le Brésil, et même si son cas est très différent, montre malgré son énorme potentiel et sa vitalité incomparable, qu’il est très difficile d’échapper aux pesanteurs historiques.
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La France face à son histoire |
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En ces temps de mémoire troublée, un membre du Club des Vigilants, rapelle que l'histoire des nations ne se limite pas à une face noire. Une face lumineuse existe aussi. Il est bon, estime-t-il, de le rappeler. Vous trouverez ci-après son témoignage.
Notre pays a toujours eu beaucoup de difficultés, du moins depuis la Révolution, à se regarder en face. L'évocation de la guerre d'Algérie en est une démonstration flagrante. Récemment la démonstration en fut poussée jusqu'à l'absurde lorsque nous assistâmes à l'écriture de l'Histoire par voie législative. La célébration d'Austerlitz fut pratiquement occultée alors que les Britanniques venaient de célébrer Trafalgar avec faste (avec la participation du Charles de Gaulle…). On nous explique maintenant que nous devons avoir honte de Napoléon, l'esclavagiste, honte de notre politique coloniale, honte de notre passé.
Le politique a en France des relations tendues avec le passé historique même récent. Distorsion, omissions et oublis y sont règle courante.
Une illustration en fut donnée lors des cérémonies, grandioses, de commémoration du 60eme anniversaire du Débarquement en Normandie. et j'y fus d'autant plus sensible que je suis normand, ai connu (bien que très jeune) les bombardements qui précédèrent le Débarquement et suis familier de la Scandinavie.
Quel contraste en effet, le 6 juin 2004, entre Arromanches et Ouistreham !
A Arromanches, après la fort belle cérémonie qui réunissait 17 chefs d'Etats, plus d'un millier de vétérans britanniques, couverts de médailles, bombaient le torse pour défiler impeccablement devant leur souveraine, majestueuse et émue.
Dans le même temps, ? quelques kilomètres d'Arromanches, le Président français s'entretenait familièrement sur la plage de Ouistreham avec la douzaine de survivants du commando Kieffer après avoir inauguré le monument rappelant l’action d’éclat de ces hommes.
Hommage était enfin rendu aux seuls 177 participants français au Débarquement qui s'illustrèrent ? Sword Beach en s'emparant des points fortifiés du littoral, en particulier le casino de Ouistreham.
Pendant soixante ans la République ignora ces soldats français qui, seuls au sein de l’armada anglo-américaine, affirmèrent une présence française lors de la libération du territoire national.
Seuls les habitants de la région de Ouistreham, les visiteurs du musée du pont de Bénouville (" Pegasus Bridge ") et les spectateurs du film "Le jour le plus long " connaissaient le nom de Philippe Kieffer et de son commando dont les survivants durent attendre plus d’un demi-siècle pour recevoir de la République française ne serait-ce qu’une médaille de reconnaissance.
La seule faute de ces hommes fut d’avoir débarqué en N | | |