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Le 12 mai 2008
Des Flamands vénitiens
080512-LigueduNord.jpgSilvio Berlusconi a gagné les élections législatives italiennes. Ce n’est pas une surprise bien que la victoire ait été plus large que prévue. La vraie surprise vient d’une formation régionaliste qui fait partie de sa coalition : la Ligue du Nord. Menée par le "Senatur" Umberto Bossi, la Ligue obtient trois millions de voix (le double de son score de 2001) et sera représentée par 60 députés et 26 sénateurs. Avec quel programme ? D’abord faire en sorte que les gens du Nord cessent de payer pour ceux du Sud. A sa naissance, la Ligue ne recrutait que les éléments les plus droitiers des classes moyennes. Maintenant, beaucoup d’ouvriers ont rejoint les rangs. Comme si une grande partie des électeurs nordistes considéraient leurs compatriotes sudistes comme des sortes d’immigrés. Et, constat aggravant, ces régionalistes ne croient pas que l’Union européenne puisse servir de lien. Berlusconi n’a jamais été un "fan" de l’Europe. Avec Bossi comme numéro 2, ce sera pire !
Posté par Marc Lanval, le 12/05/08 dans Europe - Politique - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 mars 2008
Hard, soft or bargaining power?
080313-Clinton-Obama-Mccain-.jpgLes Américains jugent John Mc Cain, Hillary Clinton et Barack Obama en fonction de multiples critères. Pour les Européens, c’est plus simple : la répartition des impôts et des dépenses sociales aux Etats-Unis ne les concerne guère ; leur unique souci tient à la façon dont le prochain Président pèsera sur les affaires du monde. La catégorisation, dès lors, devient assez facile.

John Mc Cain, le vétéran, incarne le « hard power », la volonté de faire respecter l’Amérique, d’exercer un « leadership » sur des alliés consentants. 

Barack Obama, l’universaliste, personnalise le « soft power ». Il veut réconcilier l’Amérique et le monde, rendre enviables des « partnerships » avec elle. 

Hillary Clinton, l’avocate, est experte en « bargaining power ». Elle est apte à préparer des “deals  afin de servir les intérêts de son pays. 

Echaudés par George W. Bush, la plupart des Européens verraient d’un assez mauvais œil l’élection de John Mc Cain. Entre Barack Obama et Hillary Clinton leur cœur balance mais, au total, ils préfèrent Obama. Ce n’est pas seulement une question de style. C’est aussi parce qu’un « bargaining power », privilégiant les intérêts de l’Amérique, ne servirait pas toujours les intérêts de l’Europe. Notamment parce que la géographie a fait de l’Ancien continent le voisin du monde musulman.

Posté par Marc Ullmann, le 13/03/08 dans Europe - Géopolitique - Politique - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 février 2008
Contradictions européennes
080214-UE-27.jpgNotre président de la République , que cela soit vrai ou faux , nous a affirmé qu'il avait été le moteur principal du traité de Lisbonne ;  j'observe que les présidents successifs ont fait deux erreurs :

La première, quand Jacques Chirac, se fondant sur les sondages, a décidé de demander par référendum aux Français leur point de vue sur le traité de Constitution. Il espérait transformer l'essai en plébiscite ; à l'évidence l'on posait une excellente question à 30 millions de Français tout à fait incapables de juger sainement et d'avoir une opinion éclairée.

La deuxième, quand Nicolas Sarkozy, craignant, s'il demandait aux Français de voter à nouveau, d'obtenir la même réponse, en passant par les sénateurs et les députés, a bafoué la décision du peuple qui s'était prononcé.

J'observe que les votes ont eu lieu en catimini, que les médias en ont très très peu parlé, et que comme beaucoup je suis bien en peine de trouver le texte que le parlement a approuvé.

500 millions d'européens dépendent maintenant du vote des Irlandais, citoyens d'un pays peuplé d'environ 4. 500. 000 habitants donc peut être 3 millions de votants !!!!!

Mon propos en réalité est le suivant : Sarkozy devait-il être un activiste du Traité de Lisbonne alors que simultanément :

1° Le déficit public devait selon les règles de l'union Européenne être ramené à zéro en 2010.
Il est en % LE PLUS ÉLEVÉ  de la zone euro et Sarkozy a  unilatéralement décidé de reporter le retour à l'équilibre à 2012 (cela sera  d'ailleurs à voir).

2° La France, à  très juste titre, se plaint de l'attitude de Trichet mais ces plaintes ne peuvent être formulées car contraires  à l'indépendance totale de la BCE, indépendance garantie par les Traités.

3° Que dire de la manière cavalière, juridiquement indéfendable, qu'adopte la France quand il s'agit de défendre ses pêcheurs ?
Posté par Serge Fradkoff, le 14/02/08 dans Europe - France - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 février 2008
Grand Paris
080211-GrandParis.jpgLe projet du « Grand Paris » est maintenant d’actualité. C’est un immense projet qui engloberait le Paris actuel et 78 communes avoisinantes. Cette zone regrouperait près de la moitié de la population de l’Ile de France et plus de la moitié de ses emplois.

On comprend que le président de la République, le maire de Paris et le président de Région aient chacun quelques idées derrière la tête. Il semble donc utile de rappeler ici quelques données essentielles telles que les avaient énoncées Benoît Peaucelle, vice Président de la Société Française des Architectes, à l’occasion d’un débat qu’il avait introduit au Club des Vigilants le 24 avril 2007.

L’intervention de M. Peaucelle a été résumée dans un dossier intitulé "Urbanisme et crise des banlieues", réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye, publié dans le numéro 52 de Vigilances, daté de mai 2007.  Nous nous contenterons ici de quelques extraits.

« La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville … Aujourd’hui, la réalité rejoint le sens étymologique du terme … la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement »…  

« Vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de la capitale. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques ». « La relégation dans les cités occupées par les minorités ethniques correspond à la mondialisation par le bas. A l’autre extrémité on peut placer certains quartiers des grandes villes où domine la classe émergente de la mondialisation. Entre les deux, s’étend l’espace du périurbain pavillonnaire … Comment "faire société" dans une ville qui se défait selon trois directions aussi divergentes ? ».  

« Quelle est la grande différence entre un collège de centre ville et un collège de ZEP ? Dans le premier, il est plutôt valorisant d’être premier de la classe, alors que, dans le second, c’est dangereux : celui qui réussit devient la cible de la violence de ses camarades. Je connais tant d’adolescents qui pourraient réussir, mais ne se l’autorisent pas par souci de maintenir leurs liens de camaraderie … La carte scolaire, qui était une excellente mesure lorsqu’il y avait une mixité sociale sur le territoire, est devenue une terrible mesure dans les quartiers où une telle mixité n’existe plus ».

Questions : Ne sommes-nous pas arrivés au point où des systèmes de bus devraient conduire certains enfants d’une « périphérie » actuellement ghettoïsée jusqu’à des collèges situés au « centre » ? Et, si tel est le cas, à qui devra appartenir la décision ?

« Sans volonté politique et consensus des citoyens pour construire et habiter la ville, la polis, la cita, il ne peut y avoir offrande et expression du sens. L’architecture peut donner du sens, mais elle ne peut seule l’inventer sans consensus de la société. Et en l’absence du sens, l’exercice architectural ne sera, au mieux, qu’un exercice de style glacial et désespérant ».

D’où l’intérêt d’étudier le projet d’une façon aussi pluridisciplinaire que possible … et avec la participation de citoyens ordinaires.
Posté par Marc Ullmann, le 11/02/08 dans Citoyenneté - France - Politique - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 janvier 2008
Ne pas désespérer de l’Amérique
080107-ObamaHillary.jpgIl est peu probable que Barak Obama soit élu Président des Etats-Unis en novembre prochain mais rien n’est encore joué et le seul fait que l’on puisse se poser la question montre à quel point l’Amérique est capable d’évoluer.

Voilà un pays que l’on dit centré sur lui-même, imperméable aux cultures étrangères, voué à l’unilatéralisme. Et voici un candidat, à moitié blanc à moitié noir, à moitié musulman à moitié catholique, qui séduit les foules en vantant les vertus de l’universalisme. Barak Obama ne mène pas une campagne spécifiquement américaine. Biens sûr, il parle de l’économie et s’adresse aux différents segments de l’électorat en tenant compte des soucis de chacun mais partout, quelque soit l’endroit où il se trouve, il ne manque jamais de s’adresser aux Américains comme s’ils étaient des citoyens du monde soucieux de convaincre l’univers que les Etats-Unis peuvent contribuer pacifiquement à l’apaisement des tensions.

Dans ce contexte, il n’hésite pas à se mettre en scène. « Je pense, a-t-il déclaré dans une réunion publique, que si vous pouvez dire à des étrangers : nous avons un Président à la Maison Blanche dont la grand-mère vit encore dans une hutte au Kenya et dont une sœur moitié indonésienne est mariée à un sino-canadien, ces étrangers en arriveront à penser que votre nouveau Président est apte à percevoir ce qui se passe dans leur vie et dans leur pays. Et ils auront raison ! ».

Certains « réalistes » considèrent cela comme de la naïveté mais les Etats-Unis ont atteint un tel niveau de puissance que les électeurs ne peuvent plus se permettre d’élire un Président comme s’ils étaient seuls sur la planète. Obama contribue à leur prise de conscience.

Posté par Marc Ullmann, le 07/01/08 dans Politique - Société - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 3 janvier 2008
Medvedev et la monoculture
080103-Putin-Medvedev.jpgParmi tous les proches de Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev était l’un des rares à ne pas être issu du KGB. Le fait qu’il ait été adoubé est loin d’être anodin : c’est la fin d’une étape et le début d’une autre.

Dans un premier temps, Poutine a voulu mettre de l’ordre et choisi, pour ce faire, des gens formés dans le même moule que lui. Il a maintenant compris qu’il faut de la diversité. Le prochain Président y pourvoiera en nommant, à son tour, des hommes à son image. Rappelons que Dimitri Anatolevitch a 42 ans et qu’il a commencé sa carrière comme professeur de Droit.

En désignant un successeur capable de briser la monoculture d’une caste dirigeante qu’il a lui-même créée, Poutine agit en véritable stratège. Quel que soit le poste qu’il choisira d’occuper après les présidentielles de mars, il continuera d’étonner.

Posté par Marc Lanval, le 03/01/08 dans Europe - Politique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 décembre 2007
Hillary-Nicolas contre Barak-Ségolène

071207-Hillary-Barak.jpgPour des Français, la comparaison est tentante. Le duel qui oppose les deux principaux candidats du Parti Démocrate à la candidature présidentielle ressemble au duel Sarkosy-Royal.

D’un côté, Mrs Clinton sait tout sur tout, règle ses interventions au millimètre, dispose des meilleurs conseillers (dont son mari) et d’une organisation sans faille.

De l’autre, Mr Obama a du mal à maîtriser certains dossiers mais est habité par ce que Ségolène appelait un désir d’avenir. Il a l’intuition de ce qu’une démocratie vraiment participative pourrait apporter à la modernité. On peut parier qu’il perdra cette course mais qu’il restera dans la course.

Posté par Marc Lanval, le 07/12/07 dans Politique - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 septembre 2007
Sarko catalyseur d’attention

070913-Sarkosy-Medias.jpgBeaucoup d’observateurs se demandent si Nicolas Sarkozy, à force de jouer à Zorro et d’être en permanence dans les médias, ne risque pas de se brûler les ailes. Peut-être ont-ils raison car la surexposition comporte d’incontestables dangers.

Cependant, notre époque est ainsi faite que le rêve de tout un chacun est de passer à la télé. Les idoles sont des « people ». Le temps n’est plus où les chefs, pour être admirés, devaient se montrer peu. La discrétion semble d’autant moins indispensable que les gens s’identifient volontiers à des vedettes coutumières de frasques. En ce sens, il n’est même pas certain que les incongruités de « Cécilia » portent véritablement ombrage à son président de mari. Dans un monde fugace, l’essentiel est peut-être de retenir l’attention … avant d’être jugé sur les résultats.

Posté par Marc Ullmann, le 13/09/07 dans Communication - France - Politique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 juillet 2007
Parlez-moi d’amour !

070717-parlez_moi_d_amour.jpgComme la plupart des citoyens dans la plupart des démocraties, les Français ont envie « d’autre chose ». Avec Sarkozy, ils ont choisi de rompre avec l’immobilisme. C’est un premier pas, un passage obligé. S’il est bien franchi, on ne pourra que s’en réjouir. Restera à définir « l’autre chose ». Le Parti Socialiste en est aujourd’hui incapable mais ses échecs l’obligent à une remise en cause et la quête française d’un « socialisme nouveau » méritera d’être observée.

La première manche va se jouer, dans les mois qui viennent, entre les tenants de la « social démocratie » (qui savent ce qu’ils veulent) et ceux qui cherchent encore. Le problème avec les socio démocrates est qu’en dépit de leur intelligence et de leur sincérité ils demeurent prisonniers d’un idéal passé. Leur référence de prédilection est le Congrès de Bad Godesberg par lequel le parti socialiste allemand, le SPD, a bien voulu reconnaître la réalité de l’économie de marché. C’était en 1959 !

L’ambition, comme le montrent les discours de l’époque, consistait à distribuer plus équitablement les fruits de la croissance, à mettre sur pied une variante efficace de «l’Etat providence », bref, à traduire en termes politiques les analyses économiques du professeur Keynes. C’était un processus fécond quand chaque pays était plus ou moins autonome et que la mondialisation servait seulement de thème à de savantes réflexions.

Depuis Bad Godesberg, 48 ans ont passé et, pendant ce quasi demi siècle, le communisme s’est effondré, le libéralisme a triomphé, la société a profondément évolué. Les jeunes d’aujourd’hui ne rêvent plus de « lendemains qui chantent » mais sont à nouveau capables de chanter des lendemains. Ils ont soif d’idéal, besoin d’écoute, de participation. De ce point de vue, n’en déplaise à Dominique Strauss Kahn ses propos font « vieux jeu ». Certes, il ne va pas aussi loin qu’Alain Juppé, disant, au début des années 90, que la participation était « un truc utilisé par les gouvernements pour faire passer leurs réformes ». Il n’en considère pas moins – et nous sommes en 2007 ! - que c’est « un moyen et non une fin ».

Dans le monde d’aujourd’hui, pourtant, la connexion est partout. Si l’on veut qu’un progrès puisse éclore, il faut que la société se l’approprie. Au lieu de découler d’une loi (que la complexité va bientôt transformer en usine à gaz) il devra résulter d’une multitude d’initiatives qui, formant réseau, s’enrichiront l’une l’autre tant à l’intérieur des frontières que par le cosmopolite mélange de cultures diverses.

Qu’on le souhaite ou qu’on le regrette, l’aspiration à « autre chose » ne pourra être satisfaite que si, grâce à une croissance plus verte et à une fraternité moins abstraite, émerge une mondialité nouvelle. Les enjeux écologiques et le cumul des menaces sont tels que la nouvelle gauche sera connective ou ne sera pas.

S’il fallait inventer un nouveau slogan, le plus simple serait de reprendre le titre d’une vieille chanson : « Parlez-moi d’amour ! ».

Posté par Marc Ullmann, le 17/07/07 dans Citoyenneté - France - Politique - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 juillet 2007
Le pouvoir de la presse

070706-presse.jpgDepuis l’élection de Nicolas Sarkozy, les interrogations sur les relations entre « le pouvoir » et « les médias » vont bon train. La proximité supposée et ces implications sont difficiles à mesurer. Par contre, un exemple récent prouve - encore une fois - l’influence énorme des « médias » sur « l’opinion ». Et donc des enjeux de maitrise des médias.

Lors de l’élection présidentielle, la société Lexis Nexis a mesuré la visibilité des candidats dans la presse la semaine qui précédait le scrutin du 22 avril. Il en ressort un chiffre stupéfiant : le coefficient de corrélation entre le pourcentage de visibilité dans la presse et le pourcentage de vote est de 0,99 !

Voyez plutôt (chiffres en %) :

Pour M. Le Pen, score au premier tour 10,44 / visibilité dans la presse 10,74 M. Bayrou, score 18,57 / visibilité dans la presse 18,86 Mme Royal, score 25,87 / visibilité dans la presse 21,29 M. Sarkozy, score 31,18 / visibilité dans la presse 29,24

Et il en va de même pour tous les candidats. Nous sommes au delà de la simple coïncidence.
De quoi laisser songeur … et incliner à la vigilance.

Posté par Jérôme Bondu, le 06/07/07 dans Communication - France - Politique | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 juin 2007
LOLF : Un paradis pavé d’embûches

070628-LOLF.jpgEntrée en vigueur au 1er janvier 2006, la LOLF (loi organique relative aux lois de Finances) prévoit de structurer le budget de l’Etat selon une logique métier. Mais attention le diable se niche dans les détails. En effet, si l’idée est séduisante, sa réalisation se heurte à de nombreux écueils.

Depuis quelques mois, le secteur public bruisse d’un étrange acronyme : LOLF. Ce sigle onomatopéique désigne une discrète révolution en matière de gestion publique. Sans insister sur ce qui caractérise une loi prise en la forme organique, il s’agit tout simplement de définir les règles selon lesquelles est maintenant voté le budget de l’Etat.

A l’initiative de deux parlementaires, un socialiste et un UMP, et inspirée de l’exemple canadien, la loi part d’un constat : la dépense publique, depuis l’ordonnance de 1959, faisait l’objet d’un budget voté annuellement… mais dont la quasi-totalité était reconduite à l’identique de l’année écoulée (modulo une indexation), le débat contradictoire portant uniquement sur les dépenses inédites. C’est de là que découlaient les supposées consommations forcées de lignes budgétaires en fin d’année (« les camions qui tournent dans la cour de la caserne pour brûler le carburant ! ») pour légitimer leur reconduction d’une année sur l’autre.

Entrée en vigueur au 1er janvier 2006, la LOLF prévoit de structurer le budget de l’Etat non pas selon la traditionnelle nomenclature formelle en chapitres, articles, etc. mais, selon une logique métier, en identifiant les missions du service public, subdivisées en programmes affectés à chaque Ministère, puis en actions et sous-actions. Et ces différents niveaux d’agrégation budgétaire se voient attribuer, dans chaque projet de loi de finances (PLF), un jeu d’indicateurs de performance. Chacun de ces indicateurs est assorti d’un objectif négocié avec Bercy de manière ascendante aux différents niveaux où s’élabore la performance dans les administrations centrales et leurs services déconcentrés.

En effet, à l’organisation par directions, sous-directions, bureaux, services, etc. des administrations se superpose désormais une structure LOLF en programmes, subdivisés en budgets opérationnels de programme (BOP) puis en unités opérationnelles (UO). Un processus itératif de dialogue de gestion avec chacun de ces niveaux permet d’élaborer par agrégation, pour chaque Ministère, un projet annuel de performance (PAP), qui l’engage pour l’année, au vu de ses priorités politiques, de ses moyens financiers et humains, sur ces fameux objectifs pour chaque indicateur du PLF. En fin d’année, un rapport annuel de performance (RAP) décrit et explique le niveau d’atteinte de ces objectifs. C’est sur cette base que sera allouée la dotation budgétaire de l’année suivante.

Autrement dit, les moyens sont mis à disposition non plus à mesure de la dépense constatée, mais de la performance mesurée. Naturellement, cette performance ne traduit pas une rentabilité économique, les administrations n’étant pas des centres de profit, mais une efficacité (est-ce que je remplis effectivement ma mission de service public ?) et une efficience (est-ce que j’accomplis mon action publique au moindre coût financier et humain ?). Les responsables de programmes, de BOP ou d’UO performants peuvent légitimement se fixer des objectifs plus ambitieux et, partant, réclamer des moyens accrus en proportion.

Outre cette ambition d’objectiver l’utilité de l’action publique et de la corréler à une rationalisation de la dépense publique, ce dont nous autres contribuables et usagers ne pouvons que nous féliciter, la LOLF décale mécaniquement le terrain de jeu des responsables au sein des administrations. Le niveau de jeu de ceux qui se sont vus bombarder responsables d’un échelon LOLF s’en est trouvé haussé ; les relations de direction ont pris un caractère de relations de gouvernance. Les secrétariats généraux, qui ont fleuri ces dernières années, et les cellules de contrôle de gestion, deviennent des acteurs-clés, promoteurs de la modernisation de l’Etat au sein de leurs structures.

Un monde idéal, donc ? Bien sûr que non. L’idée est séduisante, sans ambiguïté ; qu’en est-il de sa réalisation ? Deux pierres d’achoppement compliquent la mise en œuvre de la démarche : l’organisation LOLF des Ministères et la jeu d’indicateurs de performance.

En effet, et notamment pour les administrations qui présentent un tissu déconcentré important (Défense, Intérieur, Education…) voire autonome (Justice…), identifier les bons niveaux où s’élabore et se consolide la performance et les traduire dans la chaîne UO/ BOP est délicat. Bien souvent, l’enjeu de pouvoir, d’autonomie et de visibilité qui sous-tend le fait d’être res-ponsable de BOP supplante, dans les choix en matière de structure LOLF, la pertinence au vu des réalités du métier et des missions de service public. Le nombre volontairement limité de niveaux et leur articulation pyramidale ne permettent pas toujours de refléter fidèlement les réalités de l’élaboration de la performance sur le terrain, masquant des processus spécifiques.

Quant aux indicateurs, leur logique même suppose que toute activité en matière de service public peut se transcrire de façon univoque par un jeu de valeurs chiffrées, au degré d’agrégation nécessaire et suffisant (des indicateurs trop détaillés donnent une vision parcellisée du fonctionnement ; des indicateurs trop agrégés masquent la complexité des phénomènes et empêchent d’identifier des mesures correctives appropriées), que l’on sait effectivement mesurer avec un degré de fiabilité et un rythme appropriés. Si la capacité de déploiement des troupes semble répondre à ce cahier des charges, la réduction du chômage des jeunes est déjà plus ambiguë (comment distinguer les effets du contexte économique, des évolutions sociologiques, des initiatives privées, du système éducatif, etc. de ceux du Ministère de l’emploi ?) ; quant au rayonnement culturel de la France à l’étranger, il semble pour le moins hasardeux de le réduire à un modèle numérique.

Enfin, puisque cette mesure de performance ambitionne de piloter l’opportunité et le coût de l’action publique, il importe que les valeurs particulièrement bonnes ou mauvaises des indicateurs déclenchent non pas de simples constats, excuses, félicitations ou recherche de responsables, mais des actions : détection des difficultés, identification des causes, décision, proposition de mesures correctives.

Ajoutons que le choix des indicateurs ne saurait être neutre : on sait tous que toute variable observée s’améliore ; à ce titre, le jeu d’indicateurs retenu oriente les sujets sur lesquels un effort particulier est attendu par l’échelon politique. A l’inverse, il est tentant de proposer des indicateurs dont, du fait de leur définition, une valeur satisfaisante est quasiment garantie, ce qui court-circuite la notion d’objectif ambitieux qui sous-tend la démarche. De même, ce qui n’est pas un indicateur devient vide d’enjeu et se trouve souvent négligé. Effet pervers : l’obtention d’une « bonne » valeur d’indicateur peut devenir une fin en soi en oubliant la mission de fond : j’échoue objectivement, mais le système dit le contraire, donc je suis réputé remporter un succès.

Ne nous leurrons donc pas : la mise en place de la LOLF n’est pas en soi un progrès décisif. C’est une étape d’une démarche plus vaste et nécessairement progressive. La complexité du jeu d’acteurs entre les parties prenantes est, comme tout environnement qui oscille entre coopération et concurrence, intrinsèquement fertile en matière de réflexion, d’émergence d’idées innovantes et de sélection naturelle des pratiques les plus fructueuses. A petits pas, en identifiant lucidement les fausses bonnes idées et en promouvant les bonnes avec courage, les structures LOLF et les jeux d’indicateurs vont s’affiner au fil du temps et devenir de plus en plus pertinents.

On est encore aujourd’hui en phase d’exploration des éclairages que ce nouveau prisme peut apporter sur le fonctionnement de la dépense publique (on mesure les dégâts). A mesure que l’outil d’observation s’affinera, s’opérera spontanément en parallèle l’émergence d’un processus vertueux de boucles de rétroaction sur l’action publique (on adapte l’action aux besoins de l’usager). Nous sommes peut-être à l’aube d’un mouvement de fond qui fera passer insensiblement du contrôle de la dépense au pilotage du service.

Acceptons-en l’augure…

Posté par Thomas Laborey, le 28/06/07 dans France - Politique - Réforme de l'Etat | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 juin 2007
Un traité canada dry

070627-TraiteEuropeen.jpgBien entendu, comme je l'affirmais alors, il n'y avait pas de Plan B il y a deux ans. Cependant, le traité Canada Dry, dont j'ai entendu les grandes lignes ces derniers jours est la preuve que 27 pays ne pouvaient pas, en 2007, vivre comme jadis au Far West .
Un minimum de "lois", "règlements", "obligations" devaient être rédigés.

Le "traité de constitution" avait été soumis au peuple français... et avait donc été refusé.

Il est évident que l'accord de ce jour sera entériné par le Parlement.

Qu'en est il des pouvoirs "souverains" des peuples de France et des Pays Bas, "traités" par dessus la jambe ????

Que vont penser les quelque 18 pays qui avaient décidé d'accepter, eux, le précédent texte ????

Autant de réflexions qui me laissent dubitatif.

P. S. le vote démocratique, je le rappelle avait été jugé par Benjamin Franklin comme un vote par deux loups et un agneau sur le choix à faire pour le déjeuner !!!!!

Posté par Serge Fradkoff, le 27/06/07 dans Europe - France - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 juin 2007
Archives explosives

070621-Gaza.jpgLorsque le quartier général des forces de sécurité palestiniennes a été pris d’assaut par les troupes du Hamas, leur chef, Mohamed Dahlan, était en Egypte. Désormais persona non grata à Gaza. Les mains vides, il a rejoint les bâtiments gouvernementaux à Ramallah. Archives, fichiers et disques durs sont maintenant aux mains du Hamas. Vengeances et liquidations sont au programme.

Posté par Marc Lanval, le 21/06/07 dans Moyen Orient - Politique - Société | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 juin 2007
Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Intérieur

070613-Police.jpgDans une autre vie, plus précisément en l’année 1962, je fus le commissaire de police d’Oullins, dans la banlieue de Lyon, ville considérée comme difficile à l’époque et qui l’est peut-être toujours aujourd’hui.
Or, à l’occasion de la dernière campagne présidentielle ont ressurgi ces notions de prévention et de police de proximité que nos politiques ressortent pour cacher leur impuissance à rétablir la République dans les quelques quartiers qu’ils ont laissé se transformer en ghettos religieux ou communautaires.
Pire, un rapport décrivant une situation d’antagonisme violent entre la police et la population de la Seine-Saint-Denis, inciterait peut-être à donner l’indépendance à ce département.

Certes, nous avons la police la plus nombreuse d’Europe, mais avec des policiers recrutés à des niveaux tels que le concours de gardien de la paix interdit maintenant aux populations peu instruites d’avoir accès, comme à la Libération, à l’ascenseur social qu’était alors la police.

Comment dialoguer et apaiser des conflits quand les protagonistes ne parlent pas le même langage ou n’ont pas eu un vécu commun ?

Vous voulez rendre la police plus proche de nous et faire respecter la République sans coûts ni recrutements supplémentaires ?

Prenez donc en compte ce qui suit :

1 – L’Omerta dans les quartiers :

Qui parle, ou qui a été vu parlant à un policier est « socialement mort ».

Les seuls visiteurs des Commissariats des quartiers dits sensibles sont les seuls plaignants, et encore, la peur est également présente dans ces cas de figure. Le seul avantage de cet absentéisme est de faire baisser les statistiques de la délinquance.

Alors comment rétablir le contact des citoyens avec la Police ?

Madame la Ministre de l’Intérieur devra négocier avec les syndicats de police le retour dans les commissariats des citoyens qui viendront retirer leurs cartes d’identité ou passeports, leurs convocations que les différentes administrations (finances, sécurité sociale, etc…) auront demandé au Commissariat de faire parvenir à leurs destinataires.

Bien sûr ce sont des tâches qui ont été déclarées « indues » en leur temps, mais comment renouer un dialogue avec la population des exclus sans leur faire courir le risque d’être considérés comme des « balances » ?

2 – La présence visible des policiers pour la prévention :

Il suffit de remettre les gardiens en uniforme sur leurs trajets domicile - commissariat (la plus grande difficulté actuelle dans la construction des locaux de police étant de prévoir de grandes surfaces pour accueillir les vestiaires des policiers).

A la Libération, les agents pouvaient justifier leur dénomination de gardiens de la paix car ils sillonnaient les rues en uniforme pour rentrer chez eux à pied ou dans les transports en commun.

3 – Police de proximité vraiment ?

A condition que les Maires et les bailleurs sociaux acceptent de favoriser l’attribution de logements, éventuellement en co-location, pour les policiers célibataires, auprès ou dans les cités considérées à risques, et pour les autres, des logements pour leur famille, dans la circonscription même de leur affectation.

4 – Et la répression ?

Elle ne peut s’exercer, utilement que grâce à l’adhésion d’une population rassurée, ramenée dans les sentiers de la République et qui pourra désigner sans risques ceux qui la maintienne actuellement dans l’acceptation d’une loi qui n’est pas la nôtre ni la leur.

La répression pourra alors s’appliquer exactement là, où et quand il le faut, par des enquêteurs spécialisés et discrets, évitant ainsi des déploiements de force aussi spectaculaires qu’inefficaces.

Posté par Claude Bardon, le 13/06/07 dans Citoyenneté - France - Politique - Société | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 juin 2007
Espoir et vigilance

070611-Marianne.jpgDepuis plusieurs dizaines d’années, la France se gouverne de travers. Elle reste sans réactions correctrices efficaces devant un niveau de chômage insupportable, le sacrifice d’une partie de sa jeunesse, un effondrement de son potentiel de recherche et d’innovation, l’installation durable de poches de souffrances, la formation de ghettos, le dépérissement de sa mission de co-organisateur d’une Europe de paix, etc. Elle est incapable de tirer parti de la vitalité et de la modernité de son peuple.

De façon schématique, trois obstacles majeurs combinent leurs effets pour barrer la route à l’émergence d’un système de gouvernance sage.

- La classe politique a théâtralisé et transformé en combat l’opposition des tempéraments de Droite et de Gauche et l’a figé sur des contenus de style 1950. Nos dirigeants politiques et nos influents regardent le monde avec les œillères de leur parti. Nos médias de masse incitent les gens ordinaires à en faire autant. Dans ce contexte il est difficile pour tous de se faire une représentation correcte de l’environnement et du cours des choses qui les aiderait à en tirer le meilleur parti.

- La classe politique vit en circuit fermé entre politiciens, journalistes spécialisés et militants ce qui l’empêche de sentir les mouvements et les évolutions de la société des gens ordinaires. Celle-ci ne se sent plus représentée par ses politiciens, ne comprend plus leur langue de bois et les rejette. Il n’y a plus de régulation des politiciens par les gens ni des gens par les politiciens. Une telle absence de feed-backs rend la France incapable de voir venir et de s’orienter de façon avisée.

- Au cours des cinquante dernières années, la société des gens s’est extrêmement complexifiée ; elle est devenue de plain-pied, hétérarchique, plus spontanée qu’organisée ou commandée d’en haut. Mais le pouvoir et l’administration sont restés compartimentés, hiérarchiques, bureaucratiques, réglementés et réglementant ; ils ont perdu prise sur elle. Peut-être y a-t-il trop d’Etat mais il y a surtout un Etat qui n’a pas su s’adapter à la société vivante.

Nous avons vécu ce printemps les prémices d’une ouverture. Le rejet de la clase politique par les Français et leur demande de rupture avec le passé de la politique ont atteint des niveaux record. Trois leaders politiques ont senti l’opportunité de répondre à cette situation. François Bayrou a joué sur l’idée partagée par 75% des électeurs que le combat Droite/Gauche tel qu’il était pratiqué n’était plus qu’une comédie. Ségolène Royal a spectaculairement réussi, au cours de sa campagne, à déstabiliser les éléphants du parti socialiste et à amorcer une démonétisation des anciens dogmes. Elle nous a fait rêver à la possibilité d’une véritable participation du peuple à la politique. Elle a ainsi ouvert la possibilité d’une métamorphose du vieux PS. Mais l’actualité la plus récente montre qu’un retour aux anciennes mœurs socialistes reste possible. Nicolas Sarkosy a mis sur la touche la « maison Chirac » et la droite figée et sans idées. Il est apparu comme en rupture avec le passé. Il a peut-être la personnalité qu’il faut pour piloter une réelle modernisation des idées de la droite en les ouvrant partiellement sur la gauche. Mais, saura-t-il écouter vraiment la société vivante et discipliner son penchant autoritaire pour y parvenir ? Saura-t-il lâcher prise lorsque c’est nécessaire ?

Je suggère à tous les Think Tanks soucieux de rénover le système de gouvernance de la France de centrer leurs efforts de réflexion et d’innovation sur les leviers qui permettraient d’amplifier l’amorce d’ouverture que ce printemps nous offre.

Posté par Alain de Vulpian, le 11/06/07 dans France - Politique - Société | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 juin 2007
Encore des dépenses

Le vote, négatif, des français était certainement, quelque qu'aient été mes idées sur le sujet, un mauvais coup porté à l'Europe politique.
La décision, assez surprenante, de Nicolas Sarkozy de laisser filer les dépenses, un peu au mépris des règles du club Europe, n'est elle pas un nouveau danger, sur le plan de la monnaie cette fois pour l'Union Européenne ?????
Le monde en général et plus égoïstement l'Europe en particulier ne manquent pas de me préoccuper, pas tant pour notre génération mais pour celles qui nous succèderont.

Posté par Serge Fradkoff, le 06/06/07 dans Economie - Europe - France - Politique | Commentaires (5) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 mai 2007
Russie : Medvedev au charbon

070517-Medvedev.jpgMalgré la gabegie et la corruption – disons le manque de transparence ! - qui règnent encore en Russie, la population bénéficie des retombées de la manne gazière et pétrolière. Entre 1998 et 2006, les exportations énergétiques sont passées de 28 à 170 milliards de dollars. Quelques favorisés en ont certainement profité mais le niveau de vie des populations a plus que doublé depuis l’élection de Poutine en 2000.

Du temps d’Eltsine, il fallait être un héros pour exercer le métier de professeur et penser à l’avenir des enfants. Maintenant, les salaires des enseignants permettent presque de vivre sans exercer un deuxième emploi et les retraités ne meurent plus de faim. C’est loin d’être l’âge d’or. Les services publics sont encore défectueux et l’eau du robinet n’est pas souvent potable. Dimitri Medvedev, Vice Premier ministre, le sait. Il visite constamment les provinces, recense les lacunes et promet des améliorations. Façon, sans doute, de se positionner en vue des élections présidentielles en mars 2008.

Posté par Marc Lanval, le 17/05/07 dans Economie - Politique - Russie - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)