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Paradoxe iranien |
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Les sondages réalisés en Iran valent ce qu’ils valent mais ne doivent pas être rejetés d’emblée. Supposons donc que WorldPublicOpinion.org ait de solides raisons d’affirmer que 58 % des Iraniens sont opposés à la production d’armes nucléaires parce que ce serait contraire à l’Islam alors que 23 % seulement pensent que c’est souhaitable et autorisé par la religion.
Admettons et essayons d’offrir une interprétation : - Une majorité d’Iraniens sont déçus par leur gouvernement. Ils n’aiment pas leur Président et craignent son agressivité. Comme ce régime se veut islamique, ils choisissent le prétexte de l’Islam pour affirmer leur défiance sans avoir l’air d’être de mauvais patriotes. - Les Iraniens sont, parmi les peuples de la région, ceux qui sont les moins pratiquants. Dans les autres pays, on va à la Mosquée par opposition au gouvernement. En Iran, c’est le gouvernement qui est à la Mosquée et la plupart des gens y vont le moins possible. - Cela n’empêche pas les Iraniens d’être profondément attachés à leur pays. L’Iran est une vraie nation qui a une longue Histoire. Les gens, même s’ils n’aiment pas le régime, aiment leur pays. Exemple : un Iranien marié à une Française d’origine algérienne vit à Téhéran, ne met jamais les pieds à la Mosquée, passe ses vacances en France mais retourne aussi vite que possible en Iran où il se plait mieux qu’ici. Il « fait avec » le régime bien qu’il le déteste cordialement. Parions que si cet homme avait été parmi les sondés de « World Public Opinion », il aurait dit non à la « Bombe » mais aurait figuré parmi les 81 % souhaitant que l’Iran maîtrise le cycle nucléaire. Question de statut !
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Du pétrole en général et de l’Iran en particulier |
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La flambée actuelle, en particulier, des cours du pétrole se distingue nettement des hausses que l'on a connues lors des deux chocs pétroliers précédents. L'augmentation continue, depuis 2001, du prix du pétrole marque la fin du pétrole bon marché. Des raisons structurelles sont à l'oeuvre et la soif pour l'or noir est loin de se tarir. L'Iran reste, dans ces conditions, un acteur majeur de la scène énergétique mondiale.
Le monde a connu, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de nombreuses crises pétrolières. Certaines ont fait suite à des tentatives de nationalisation des ressources pétrolières. On peut citer la nationalisation de Mossadegh en Iran dans les années 50 ou celle de Boumediène en Algérie en 1971. D’autres étaient provoquées par une réduction, volontaire ou involontaire, de l’offre. Dans la plupart des cas, des raisons politiques ont généré, ici ou là, une raréfaction de l’offre. On parlait alors de l’arme du pétrole. La première, en 1973-1974, fait suite à la guerre d’octobre 1973. Les pays arabes annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les pays soutenant Israël et décident d’une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu’à l’évacuation complète des territoires occupés et la reconnaissance des droits des Palestiniens. La pénurie suscite une forme de panique ; les prix connaissent une ascension vertigineuse. En outre, l’OPEP augmente les prix officiels : ils quadruplent entre octobre et décembre 1973. C’est le premier choc pétrolier. La seconde, en 1979, fait suite à la chute du Shah en Iran, l’arrivée de Khomeini au pouvoir et la longue crise de l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran. L’interruption, pendant quatre mois, des exportations iraniennes de pétrole débouche sur le doublement immédiat du prix du baril. Mais à l’inverse du premier choc pétrolier dont les effets se feront sentir jusqu’en 1978, ce second choc pétrolier fut rapide et sans lendemain. En 1986, c’est le retour de balancier. La chute des cours de pétrole est telle que l’on parle de contre-choc pétrolier. Au regard de l’histoire, les crises de 1973 et de 1979 avaient des causes assez simples et facilement identifiables. La situation pétrolière actuelle est tout à fait différente. Le pétrole, qui a connu une hausse continue depuis 2001, passe la barre symbolique de 100 $ le baril. Certains spécialistes anticipent la poursuite de la hausse. D’aucuns annoncent un baril à 150 sinon 200 $. Mais pour tous, ce qui est certain, c’est la fin du pétrole bon marché. Quatre raisons majeures, toutes plus complexes les unes que les autres, sont à l’oeuvre. La première tient à l’explosion de la demande. La croissance mondiale soutenue, l’émergence de nouveaux pays "énergétivores", notamment la Chine et l’Inde, et la demande américaine alimentent cette soif pour l’or noir. La deuxième est la conséquence d’une diminution relative de l’offre. La guerre, en Irak, le terrorisme au Nigeria, les sanctions contre l’Iran, l’obsolescence des infrastructures pétrolières par manque d’investissement ou de personnel qualifié, comme au Vénézuela réduisent les capacités de production potentielles. La montée des coûts de production et de raffinage en est une troisième. Plus des 3/4 des hausses des investissements des sociétés pétrolières sont absorbés par ces hausses de coûts. Enfin, la quatrième et dernière tient à la financiarisation des marchés pétroliers. A titre d’exemple, sur la plus grande Bourse pétrolière du monde, l’ICE, en 2003, 75 % des volumes de gré à gré étaient échangés électroniquement par les pétroliers eux-mêmes, 22 % par les banques et seulement 0,3 % par les Hedge Funds. En 2006, la part de ces derniers était passée à 33 % ! Peut-on, dans ces conditions, se passer du pétrole et du gaz iraniens ? La réponse est non. Avec respectivement les 3èmes et 2èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz, l’Iran reste un acteur incontournable de la scène énergétique. D’autant que la soif mondiale pour l’or noir est loin de se tarir. Télécharger le PDF Dossier réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye
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Août 14 au Moyen Orient ? |
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L’image du Président Ahmadinejad, accueilli en hôte officiel à Bagdad par le chef du gouvernement mis en place par les occupants américains, est une belle illustration de l’incapacité où sont parfois les acteurs de l’Histoire à maîtriser son cours. En recherchant des objectifs qui lui paraissaient clairs – l’Irak comme modèle démocratique, l’extrémisme islamique stoppé, la perspective de paix avec Israël renforcée - George Bush a abouti au résultat exactement inverse.
Malmenées par Bush, les réalités profondes du Moyen Orient se vengent. Avant de quitter la Maison blanche, le sortant voudra-t-il à son tour se venger de ces réalités ? C’est-à-dire monter une opération de force contre l’Iran ? Espérons que ceux qui tiennent une telle perspective comme irréaliste ne se trompent pas. On peut cependant craindre que la tentation subsiste. La publication en décembre du rapport des services de renseignement américain selon lequel les Iraniens avaient mis fin à leur programme nucléaire militaire en 2003 s’apparente plus à un épisode des dissensions entre administrations américaines qu’à un réel tournant de la politique de Washington. Quant au gouvernement d’Israël, qui avait critiqué ce rapport, il est sûr qu’il n’a pas cessé de tenir une détention de l’arme nucléaire par l’Iran comme inacceptable et rien ne dit qu’il restera toujours inactif. Aujourd’hui, tous les fils sont noués entre eux de façon inextricable. Les conflits se recoupent. L’Iran, qui aide le Hezbollah et le Hamas, est-il tout à fait sûr de contrôler l’un et l’autre ? Si le protecteur et le protégé poursuivent en gros les mêmes buts, le protecteur ferait bien de s’assurer qu’il n’y a pas quelque part un « agenda caché ». Ce qui est souvent le plus dangereux, ce sont les conjonctions entre certains acteurs. Ces conjonctions qui rendent la somme des différentes parties plus dangereuse que chacune d’elles. Le phénomène de la plus petite partie d’une alliance entraînant l’autre dans son intransigeance a joué son rôle en août 1914 – la petite et irréconciliable Autriche entraînant l’Allemagne, la Serbie belliciste tirant la Russie derrière elle. Le petit Israël attirera-il la puissante Amérique dans une erreur catastrophique ?
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Etats-Unis / Iran : la France entre deux chaises |
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Le géopoliticien Gary Sick est l’un des meilleurs observateurs américains du Moyen Orient. Selon lui, les Etats-Unis et l’Iran devront finir par s’entendre et, pour y parvenir, auraient intérêt à recruter un « intermédiaire ». Celui-ci s’adresserait séparément à chacune des parties afin de redéfinir les bases du « grand bargain » qui avait été conçu en 2003 mais qui, finalement, n’a pas abouti.
Logiquement, la France aurait pu être cet intermédiaire mais le fait de s’être mise à l’avant-garde des sanctions contre l’Iran réduit sa marge de manœuvre. La diplomatie française se trouve en position inconfortable. Car de deux choses l’une : ou bien le conflit américano-iranien, loin de se calmer, s’envenime et la France se retrouve en première ligne ; ou bien le « grand bargain » prend corps sans que la France (ou un autre pays membre de l’Union Européenne) y soit pour quelque chose et les entreprises américaines rafleront tous les contrats. Dans l’immédiat, trois intermédiaires semblent offrir discrètement leurs services : l’Algérie, le Canada et la Suisse.
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Printemps crucial à Téhéran |
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En profitant de sa tournée dans le Golfe pour multiplier les accusations à l’encontre de l’Iran, George W Bush rend un immense service à Mahmoud Ahmadinejad.
Le 5 décembre 2007, le rapport de la communauté américaine du renseignement sur les activités nucléaires de l’Iran (voir Vigilances 56) avait envoyé un signal fort à Téhéran. Il signifiait que la menace d’une attaque préventive, telle que les néo conservateurs la souhaitaient, n’était plus d’actualité. Le 11 janvier 2008, Téhéran envoyait un signal en retour. Ali Khamenei, le Guide, recevait Mohamed El Baradei, le Directeur Général de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique. Dès le lendemain, le gouvernement iranien promettait de répondre dans un délai de quatre semaines à toutes les questions posées par l’A.I.E.A sur son programme nucléaire. Le 13 janvier, Bush, en visite officielle à Abou Dhabi, accusait l’Iran d’être le principal « sponsor » du terrorisme international. Il minimisait la portée de l’accord conclu entre Khamenei et Baradei et exigeait l’arrêt de tous les travaux d’enrichissement d’uranium. Quelles vont être les réactions en Iran ? Avant décembre, lorsque la menace américaine paraissait imminente, Khamenei exhortait les Iraniens à serrer les rangs. Dès que cette menace a semblé moins plausible, les débats internes ont refait surface et le soutien à Ahmadinejad n’a plus été assimilé à du patriotisme. Espérons que, malgré la vindicte de Bush, cette évolution va se poursuivre. Des élections législatives auront lieu en mars. Mieux vaudrait qu’Ahmadinejad en sorte affaibli plutôt que renforcé.
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Iran : une lueur d’espoir |
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Le « National Intelligence Estimate » publié le 3 décembre marque un tournant dans l’histoire tumultueuse des relations américano-iraniennes. C’est sans doute l’évènement le plus important de l’année 2007.
La Constitution des Etats-Unis d’Amérique confère au Président le droit d’intervenir militairement sans autorisation préalable du Congrès en cas de « danger grave et imminent » or le NIE nie que la menace soit imminente. Il juge i) « with high confidence » que les Iraniens ont arrêté, en 2003, la partie spécifiquement militaire de leurs programmes nucléaires et ii) « with moderate confidence » que, malgré les travaux en cours, les quantités produites d’uranium enrichi ne seront pas suffisantes pour alimenter une bombe avant 2010 au plus tôt. La décision de publier les « Key Judgements » du NIE est l’aboutissement d’une longue histoire. Au départ, des membres du Congrès, se souvenant que la guerre d’Irak avait été déclenchée à la suite de fausses informations fournies par l’Administration, ont demandé aux services de renseignement de travailler de concert pour fournir une estimation honnête et consensuelle du degré d’avancement du programme nucléaire iranien. 16 services étaient concernés. Soucieux de ne pas se laisser influencer, ils ont attendu que leur rapport soit terminé pour le soumettre à la Maison Blanche. Le vice Président Dick Cheney a d’abord tenté de l’atténuer puis d’en éviter la publication. Le Secrétaire à la Défense, Robert M. Gates, a alors fait valoir qu’il y aurait, de toute façon, des fuites et que mieux valait ne rien cacher. En réalité, Gates est à la manœuvre depuis le début. Les principaux responsables militaires américains et lui-même sont farouchement hostiles à l’idée d’une intervention en Iran. Ils savent que celle-ci ne pourrait être limitée à la destruction de quelques sites nucléaires et qu’un « Global Strike » aurait des conséquences désastreuses. Ils ont donc ardemment souhaité la publication du NIE. Bush a donné son accord tout en soulignant que le danger, même s’il n’était pas imminent, restait grave. Le Président est, semble-t-il, convaincu que l’Iran est une puissance maléfique. Il craint qu’Ahmadinejad soit réélu en 2009 et que les aspects militaires du programme nucléaire, même s’ils ont vraiment été interrompus en 2003, soient relancés à un moment où lui-même ne serait plus à la Maison Blanche avec le courage de frapper. Le raisonnement ne peut être écarté d’emblée mais il convient de souligner que, depuis son accession à la présidence, Ahmadinejad a déjà perdu les élections municipales et celles pour la formation du « Conseil des Experts ». Les législatives auront lieu en mars. Espérons qu’il les perdra. Les membres du groupe de travail piloté par Jacques Andréani au sein du Club ne peuvent que se réjouir de la publication du NIE. Le groupe, rappelons-le, a mis en relief les catastrophes qu’entraînerait une frappe américaine sur l’Iran. Partant de là, il a commandé une étude sur l’évolution de la société iranienne d’où il ressort que le régime sera vraisemblablement conduit à évoluer vers une certaine forme de modernité. Le temps semble travailler pour le mieux plutôt que pour le pire. Le NIE permet d’en gagner. Vive donc le NIE
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Khomeiny, visionnaire contrarié |
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Une des premières mesures décidée par l’ayatollah Khomeiny, après sa prise de pouvoir en Iran, a été de créer le « Centre de la Grande Encyclopédie Islamique ». Dans un immense bâtiment situé aux environs de Téhéran, des milliers d’érudits poursuivent la rédaction d’un ouvrage de référence écrit d’abord en persan puis en arabe.
Dans l’esprit de Khomeiny, ces bataillons de scribes devaient constituer l’avant-garde d’un combat pour l’unification de tous les musulmans. Leur mission était panislamique. Articles et définitions ne devaient pas s’inspirer d’un chiisme trop sectaire, rien ne devait choquer les fidèles sunnites ; tout devait contribuer à la reconstitution d’une « Communauté des Croyants ». Ainsi, selon le Guide, pourrait graduellement se forger une nouvelle et universelle Oumma. La vision était grandiose mais Khomeiny avait sous estimé le poids du passé;. En Irak, Chiites et Sunnites s’entre-égorgent et certains régimes arabes vont jusqu’à s’en réjouir tant est grande leur méfiance envers l’Iran.
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Bush, shérif fais-moi peur |
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En prenant la tête de ce qu’il voulait être une croisade, en proclamant que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », Bush a fait peur au lieu de rassurer. L’image des Etats-Unis dans le monde s’est fortement dégradée. Une majorité des Coréens du Sud en est même arrivée à croire que, pour la sécurité de leur pays, Bush était plus dangereux que l’horrible et grotesque dictateur de la Corée du Nord. Un comble !
La tournure – hélas prévisible ! - prise par la guerre d’Irak a renforcé la position de l’Iran. Elle a aussi créé un réservoir d’eau trouble dans lequel Al-Qaïda peut pêcher à sa guise. Ses cerveaux (des extrémistes sunnites qui, encore aujourd’hui, détestent les Mollahs) sont si satisfaits du résultat qu’ils aimeraient que Bush réédite son exploit en bombardant l’Iran. Dans cet esprit, l’organisation terroriste préparerait une série d’attentats aux Etats-Unis. Selon un spécialiste israélien, ces attentats seraient perpétrés au cours du quatrième trimestre de cette année. Ils seraient moins sophistiqués que ceux du 11 septembre. Les endroits visés seraient des lieux où le public afflue ; les attaques seraient rustiques mais simultanées. Bush qui, de toute façon a l’Iran dans le collimateur, pourrait être heureux de tomber dans le piège.
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Devenirs iraniens |
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Après sa rencontre avec George W. Bush, Nicolas Sarkosy semble être convaincu qu’une attaque américaine sur l’Iran est loin d’être exclue. Dimanche 16 septembre, Bernard Kouchner s’exprimant au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro a publiquement exprimé cette crainte, tout en espérant que des nouvelles sanctions contre l’Iran pourraient permettre de calmer le jeu.
Un groupe de travail du Club, piloté par Jacques Andréani, a estimé dès 2006 que, contrairement à ce que pensent la plupart des Européens, une attaque américaine est non seulement possible mais susceptible d’être déclenchée au cours du premier trimestre 2008. Il a en outre estimé que les dangers inhérents à une telle opération sont beaucoup plus grands que les bénéfices qui pourraient en résulter. Il s’est cependant abstenu d’émettre un jugement définitif avant que puisse être étudiée l’évolution de la société iranienne. En effet, de deux choses l’une :
- Ou bien la société iranienne évolue vers plus de modernité et le régime sera, tôt ou tard, conduit à s’adapter.
- Ou bien, la société iranienne, séduite par la rhétorique d’Amadinedjad, se durcit et l’espoir d’un changement du régime s’estompe. Dès lors, l’emploi de la force pour obtenir un changement de régime devra, sinon être approuvée, du moins apparaître comme une alternative possible.
Fort de ce raisonnement, le groupe de travail a pris, le 16 janvier 2007, la décision de lancer une étude sociologique. Il s’agissait d’apprécier l’existence, la nature, le degré et les développements probables des processus de modernisation et d’évolutions socioculturelles en Iran. Dans cet esprit, Guillaume Demuth a défini une méthodologie tenant compte de la nécessité d’agir à distance puisqu’il ne pouvait être question d’envoyer sur le terrain des sociologues déguisés en touristes. Le 18 avril 2007, la méthode d’analyse proposée (observation de la vie courante iranienne via des centaines de photos, de vidéos, de blogs, etc.) a paru adaptée et viable.
L’étude, maintenant terminée, permet de constater une montée de la mobilité mentale et physique de la plupart des Iraniens, une progression des comportements de déconstruction de l’autorité et une capacité croissante à intégrer les mouvements d’évolutions extérieures. De notre point de vue, cette marche vers la modernité serait gravement compromise par une attaque américaine. La société iranienne ferait un bond en arrière qui renforcerait le camp des durs plutôt qu’il ne l’affaiblirait.
L’étude trop longue et contient trop de photos pour être publiée in extenso dans le rapport à venir qui devra, de surcroît, inclure des éléments géopolitiques et tirer des conclusions sur les chances à courir et les risques à éviter.
Nous tenons à mettre dès maintenant sur notre site une version intégrale du document Demuth. Chacun, ainsi, pourra se forger sa propre opinion.
Téléchargez : Devenirs iraniens
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Etats-Unis – Iran : six mois décisifs |
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« Les Américains ont déjà l’Irak sur le dos, ils ne vont pas en plus attaquer l’Iran », voilà en gros ce que pensent la plupart des Européens. Rien ne prouve qu’ils aient raison. Des indices concordants donnent même à penser qu’une opération pourrait être déclenchée au premier trimestre de l’année prochaine.
Nous serons alors à la veille des « primaires » pour l’élection présidentielle américaine. Si l’acharnement thérapeutique pratiqué par Bush sur un Irak agonisant débouchait sur le vide, le prochain président, quel qu’il soit, serait tenté de retirer brusquement les Boys. Ce serait pour l’Amérique une cuisante défaite. D’où l’envie, pour l’Administration actuelle, de jouer quitte ou double. Il ne s’agirait pas d’envahir l’Iran mais de détruire son potentiel économique dans l’espoir que le régime s’effondre. Espoir probablement fallacieux car la société iranienne ferait alors un bond en arrière qui renforcerait le camp des durs plutôt qu’il ne l’affaiblirait.
Les six derniers mois de cette année s’annoncent décisifs. Il est urgent qu’à défaut d’un mariage d’amour, les Etats-Unis et l’Iran concluent un mariage de raison. Les éléments d’un « grand bargain » sont connus. Côté américain : acceptation et respect du modèle iranien, acceptation du nucléaire civil, levée de toutes les sanctions, abandon des tentatives de déstabilisation. Côté iranien : acceptation d’un contrôle sur la non utilisation militaire du nucléaire civil, arrêt du soutien accordé au Hezbollah et autres groupes, condamnation de toute utilisation de la force à l’égard d’Israël, garantie de sécurité des approvisionnements pétroliers. Ce mariage de raison ressemblerait, d’une certaine façon, à ce qu’a fait Nixon avec la Chine.
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Archives explosives |
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Lorsque le quartier général des forces de sécurité palestiniennes a été pris d’assaut par les troupes du Hamas, leur chef, Mohamed Dahlan, était en Egypte. Désormais persona non grata à Gaza. Les mains vides, il a rejoint les bâtiments gouvernementaux à Ramallah. Archives, fichiers et disques durs sont maintenant aux mains du Hamas. Vengeances et liquidations sont au programme.
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L’Histoire passe, la Géographie reste |
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Stratèges et économistes d’aujourd’hui découvrent que l’Allemagne est au centre de l’Europe. Quelle découverte ! Elle l’était déjà en 1913. Des ambitions démesurées, deux guerres mondiales et des millions de morts n’ont pas, fondamentalement, changé la géographie.
L’Allemagne retrouve ses marques. Comme avant 1914, elle construit des pipelines en Russie et investit en Tchéquie. La Deutsche Bahn fait rayonner ses trains à l’Ouest comme à l’Est. L’Union Européenne ressemble à un « zollverein » élargi.
De même pour la Chine. On redécouvre aujourd’hui que « l’Empire du Milieu » est au centre le l’Asie. Pendant la colonisation, on avait l’oublié. Pendant le maoïsme, on préférait ne pas y penser. Puis, avec la mondialisation, on a cru que la conquête des marchés américains et européens était l’unique obsession de la nouvelle Chine. On s’aperçoit, enfin, que son pouvoir d’attraction s’exerce (ou, en tout cas veut s’exercer) prioritairement sur les pays qui, naguère, étaient les protégés de l’empire.
Et l’Iran ? Certains ont fait fi de sa position stratégique qui, pourtant, est immuable. La nation perse a connu des éclipses mais le pays a toujours rebondi. Si, demain, le gouvernement américain décidait de détruire son potentiel économique, l’Iran retrouverait, tôt ou tard, son rang de puissance régionale.
Pour comprendre le monde, le plus simple est de dessiner plusieurs cartes avec, pour chacune, un centre différent. Le monde « vu de », voilà la clef de toutes les politiques étrangères.
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Etats-Unis/Iran : faible lueur |
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Que reste-t-il du plan Baker-Hamilton ? En apparence rien ! Le rapport posait comme postulat que la guerre d’Irak ne pouvait être gagnée par des moyens militaires. Il en déduisait que des contacts devaient être noués avec l’Iran et la Syrie pour calmer le jeu. Depuis, G. W. Bush a choisi d’envoyer de nouvelles troupes et a déclaré ne pas vouloir parler à des régimes considérés comme hostiles.
Cette politique est conforme à ce que nous redoutions et aux nombreuses alertes publiées par Vigilances. Elle risque de déboucher sur une attaque américaine contre l’Iran et de déclencher des catastrophes en chaîne.
Il existe cependant un espoir, un petit espoir de changement salutaire. Le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates n’a rien de commun avec Donald Rumsfeld et a toujours été proche de Lee Hamilton. On peut donc espérer que lorsqu’il fait ostensiblement état du renforcement de la flotte américaine dans le Golfe persique, il cherche à intimider l’Iran plutôt qu’à le frapper, à montrer le bâton avant de proposer une carotte.
Cette hypothèse se trouve renforcée par le fait que la popularité d’Ahmadinejad en Iran ne cesse de fléchir. Le mécontentement, provoqué par la situation économique et accentué par l’évolution de la société, va croissant. Un sondage interne fait état de 70 % d’opinions défavorables. Si la tendance se confirmait, même M. Bush et ses « neo cons » pourraient comprendre qu’il serait criminel de déclencher une action susceptible d’entraver un mouvement salutaire vers la modernité. C’est dire combien il est important d’apprécier, objectivement, les réalités de la société iranienne. Avec ses modestes moyens, le Club va s’efforcer de rassembler (et faire rassembler) un maximum de données, témoignages et récits de vie. Aussi rapidement que possible.
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2007 : le danger Bush |
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J’ai honte de le dire et même de le penser mais, en ce début d’année 2007, G. W. Bush me paraît plus dangereux que Mahmoud Ahmadinejad. Le président iranien est un ennemi qui, dans l’immédiat, ne peut pas faire grand-chose. Le président américain est un ami qui, avant la fin de son mandat, peut provoquer des catastrophes en chaîne. On a vu en Irak ce dont il est capable. On peut voir en Iran l’acte II de cette même tragédie.
Il ne s’agirait pas, cette fois, d’invasion terrestre mais des frappes aériennes massives pourraient anéantir le potentiel économique dans l’espoir que la puissance régionale, aujourd’hui dominante, sombre dans le chaos. L’acte III, alors, ne pourrait être circonscrit au Moyen Orient. Des flots de haine se déverseraient sur le monde et nul ne peut prévoir ce qu’ils engloutiraient.
Cette éventualité paraît d’autant plus absurde que l’Iran pourrait, à terme, être un facteur de paix. Pour Khamenei (ou tout autre « guide suprême » qui lui succèderait), l’essentiel est d’assurer la survie du régime. De ce point de vue, la stratégie de l’actuel président a été provisoirement payante bien qu’allant à l’encontre de l’évolution sociétale : la fierté nationale y a trouvé son compte. Maintenant, le vent tourne car la politique économique a été désastreuse. Tôt ou tard, le « guide » aura intérêt à changer de cheval. Il est même permis de penser que George W Bush a commis une première erreur en ne levant pas, quand Khatami était Président, toutes les sanctions imposées depuis 1980. Si les investissements étrangers avaient pu affluer en Iran, si l'industrie pétrolière avait pu être modernisée, si des raffineries avaient pu être construites, il y aurait eu plus de prospérité et, sans doute, Mahmoud Amadinedjad, n'aurait pas été élu.
Maintenant, nous l'avons sur le dos ; il serait inutile et lâche de flatter cet ennemi mais rien n'empêche de faire miroiter de très belles carottes à un éventuel successeur qui ne tiendrait pas le langage de la confrontation.
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Iran : Malgré Baker Bush peut encore frapper |
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Le rapport rendu public par la Commission Baker est une preuve de la vitalité de la démocratie américaine mais le danger d’une frappe sur l’Iran n’est pas pour autant écarté :
1. Le fait qu’une commission parlementaire bipartisane ait pu mener une enquête approfondie et arriver à des conclusions unanimes est, en soi, remarquable.
2. Ces conclusions sont largement fondées sur le diagnostic suivant : « Vu la capacité de la Syrie et de l’Iran à peser sur le cours des évènements à l’intérieur de l’Irak et leur intérêt à ne pas voir le chaos s’y installer, etc. ».
3. Le diagnostic est hasardeux car, pour l’instant, tout se passe comme si l’Iran avait intérêt à ce que le chaos s’installe en Irak. Pour que cela change, il faudrait que les carottes proposées par les Etats-Unis soient extrêmement attrayantes. Il ne semble pas que Bush soit prêt à offrir de telles carottes.
4. Il n’est donc pas exclu que, faute d’un dialogue vraiment constructif, le Président et quelques uns des idéologues qui l’entourent, arrivent à la conclusion qu’il faut sortir par le haut de la crise irakienne et donc attaquer l’Iran.
Une telle éventualité entraînerait une catastrophe mondiale.
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Delenda Téhéran ! |
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« Delenda Carthago » déclamait Caton. « Il faut détruire Téhéran » chuchotent des idéologues proches de Bush. Ils ne sont pas nombreux mais ils sont influents. Bien qu’appartenant, pour la plupart au Parti Républicain, peu leur importe que le prochain président soit Républicain ou Démocrate. Leur ambition est de créer une situation irréversible.
Lorsqu’ils ont plaidé pour la guerre en Irak, ces « neo cons » pensaient, sans doute sincèrement, que l’instauration d’une démocratie libérale et capitaliste ferait le bonheur des Irakiens. Ils ont dû constater que la greffe ne prenait pas et, faute de mieux, la disparition de l’Irak en tant que puissance régionale leur apparaît comme un « second best ».
C’est en ces termes que, pour eux, se pose le problème de l’Iran. Le chaos aux alentours fait de ce pays la première puissance régionale. Il n’est pas question de l’envahir pour tenter d’y établir une démocratie à l’occidentale. La tentation de le détruire est donc forte. Attaquer les sites nucléaires servirait de prétexte à des frappes massives qui feraient revenir le pays des siècles en arrière.
Cette option militaire extrême serait lourde de conséquences mais est néanmoins étudiée à Washington avec un niveau de sérieux et de détail qui dépasse celui du « contingency planning » ordinaire. Les pragmatiques qui, à la Maison Blanche, préconisent la négociation, laissent faire en partant du principe que l’on obtient plus facilement des concessions si l’on a derrière soi un chien méchant prêt à bondir. Reste à espérer que la laisse est solide.
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Enfer irakien |
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Les stratèges ont les yeux fixés sur les Etats-Unis et l’Iran. Pendant ce temps, le spectacle d’horreur continue en Irak. On compte, en moyenne, une centaine de victimes par jour. Des cadres de l’ancien régime et autres extrémistes ont réussi à réveiller la haine de la minorité sunnite contre une majorité chiite qui risquait d’acquérir tous les leviers du pouvoir.
Celle-ci, après s’être tenue relativement tranquille, rivalise en cruauté : les assassinats sont précédés de tortures ; les tortures ne sont même pas destinées à arracher des secrets ; il s’agit simplement de d’infliger des souffrances. Bien installé au Sud (un pied en Irak et un autre en Iran), l’Ayatollah Sistani essaye de prêcher le calme. Selon lui, il faut, pour un temps, composer avec les Américains pour tenter de préserver l’unité du pays. Plus tard, la « fureur des Croyants », pourra s’exercer contre l’occupant. La paix n’est qu’un lointain mirage.
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Israël : faux calculs mais vraie démocratie |
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Le gouvernement est déconsidéré, l’armée est tombée de son piédestal mais les institutions fonctionnent. Dans un Moyen Orient où les dictatures sont légion et où les juges comme les parlementaires ont surtout le droit d’obéir, Israël ne peut qu’étonner avec sa Cour Suprême qui dit la loi et ses commissions d’enquêtes qui traquent la vérité. Une vérité qui, d’ailleurs, n’est pas toujours belle à voir.
Le Mossad, supposé tout savoir des pays voisins, n’avait pas mesuré la capacité de résistance du Hezbollah. Ces princes de la psychologie s’étaient également trompés sur l’état des opinions publiques tant palestiniennes que libanaises. Ils avaient d’abord cru qu’en aggravant les conditions de vie des Palestiniens ceux-ci se retourneraient contre le Hamas. La même erreur a été commise au Liban où le Hezbollah, au lieu d’être blâmé pour sa provocation, a été admiré pour sa résistance.
Du coup, toutes les politiques passées sont soumises au crible du réexamen. Au lieu d’enclencher le Processus d’Oslo, ne fallait-il pas œuvrer au développement économique des | | |