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Le 15 mai 2008
Liquidités en embuscade
080515-Liquidit%E9s.jpgIl ne fallait pas être sorcier pour savoir qu’une crise en Amérique serait plus dangereuse pour le monde qu’une crise dans un petit pays. Il ne fallait pas non plus être sorcier pour savoir que la spéculation immobilière, alimentée par un endettement excessif, finirait par une bulle et que cette bulle finirait par éclater. Le tout était de savoir quand. Ceux qui ont vu juste trop tôt ont perdu l’occasion de gagner de l’argent. Mais que pensent-ils maintenant ? Pour simplifier, comparons les produits dérivés complexes à des cageots de fruits. Dans ces cageots, des petits malins avaient placé quelques poires pourries et des gros naïfs avaient acheté les cageots sans être trop regardants. Un jour la panique vint. Tous les cageots, d’un coup, sont devenus suspects. Personne ne voulait plus acheter. Il n’empêche qu’il y a encore de bons fruits. Tôt ou tard, le « marché » estimera que le prix de certains cageots a trop baissé et que c’est le moment pour se remettre à acheter. Resteront à la traîne et à la charge des contribuables les cageots les plus « immangeables ». Il faudra du temps pour les réintroduire dans le circuit. Les pertes accumulées seront considérables mais le capitalisme en a vu d’autres. Des liquidités sont en embuscade. Le bout du tunnel n’est pas proche mais, sauf évènement géopolitique grave, on peut parier qu’il est en vue.
Posté par Marc Ullmann, le 15/05/08 dans Economie - Mondialisation - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 avril 2008
Vaincre la faim
080421-Faim.jpgA considérer le monde dans son ensemble, une réalité tragique apparaît en plein relief : c’est la réalité de la faim. Faute d’une nourriture suffisante, des millions d’hommes meurent ou mènent une vie diminuée.

Sans même tenir compte des guerres et des famines provoquées par les belligérants, on peut estimer à 15 ou 20 % de la population mondiale le nombre de ceux qui souffrent de sous-nutrition. Si, par ailleurs, on évalue cette sous-nutrition à 20 ou 25 % du nécessaire, c’est une insuffisance totale de 3 à 5 % des produits de base qu’il s’agirait de combler. Or : 

-                      La superficie des terres arables diminue à mesure que des pays comme la Chine étendent des villes et construisent des routes.

-                      L’utilisation des terres arables pour la production de denrées essentielles se réduit à mesure que la production de biocarburants (absurdement subventionnée) augmente.

-                      La disponibilité de protéines végétales pour nourrir les plus nécessiteux est mise à mal par la consommation croissante de viande (il faut 7 protéines végétales pour produire une protéine carnée). 

L’ascension de classes moyennes de plus en plus nombreuses dans les pays émergents est évidemment salutaire. Leur pouvoir d’achat contribue, cependant, à faire bondir les prix des produits agricoles, à commencer par le riz, le blé, le maïs et le soja. Pour les populations qui, avant la hausse, consacraient déjà les ¾ de leurs ressources au poste des dépenses alimentaires, c’est insupportable. D’où la multiplication des révoltes. Selon la Banque Mondiale, 33 pays sont, de ce simple fait, en proie à des troubles sociaux.  

Le problème est aggravé par la spéculation et les bonnes volontés suffisent d’autant moins que l’aide alimentaire est généralement distribuée en nature, que le choix des biens distribués ne correspond pas forcément aux habitudes alimentaires des populations et que ces distributions contribuent à freiner la mise en œuvre d’une production vivrière locale. 

Pour sortir de cet enchaînement maléfique, il faudrait, comme l’aurait dit Monsieur de la Palisse, que les pauvres aient de l’argent. Les mécanismes du marché pourraient alors s’adapter à une demande rendue solvable. Est-ce possible ? Peut-être si, au-delà de l’urgence, l’ensemble des politiques d’aide était repensé dans cette optique. Les aides, telles qu’elles sont conçues actuellement coûtent cher et il y a, comme on dit, beaucoup de « perte en ligne ». Les plus pauvres ne reçoivent que des miettes. Et ces miettes, le plus souvent, ne correspondent pas à leurs besoins les plus pressants. 

A court terme de graves accidents sont prévisibles car la correction, même si elle a lieu, prendra du temps. Elle eut été plus facile si, à l’époque de la surproduction agricole dans les pays riches, on avait essayé d’adapter l’offre au lieu de distribuer des « excédents ». Maintenant, c’est plus ardu mais, au fond, le problème est le même. Il s’agit de transformer les besoins réels en demande suffisamment explicite pour que les affamés puissent être vraiment entendus des donateurs. Les femmes africaines savent mieux que les technocrates occidentaux comment elles aimeraient nourrir leur famille. Et elles sont moins gourmandes que leurs gouvernements.

Posté par Marc Ullmann, le 21/04/08 dans Agriculture - Développement - Mondialisation - Pauvreté | Commentaires (6) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 8 avril 2008
Esprit d’œuvre
080408-Capitalisme1.jpgLa vulnérabilité d’un capitalisme centré sur la finance et le court terme éclate au grand jour. La crise risque d’être grave mais aura du bon si, dans le cadre de l’économie de marché, elle incite à repenser la notion d’entreprise, à réhabiliter le concept de « communauté de personnes ». Il s’agit de transformer une « main d’œuvre » démotivée en équipes animées d’esprit d’œuvre. Dans la mesure de ses moyens, le Club s’efforcera de contribuer au nécessaire débat.
Posté par Bernard Esambert, le 08/04/08 dans Economie - Entreprises - Mondialisation | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 31 mars 2008
Devoir de prévention
080331-Kosovo.jpgLes « responsables » tant politiques qu’économiques sont peu enclins à la prévention puisqu’il est difficile de prouver que l’on a évité une crise alors que le public est, en général, reconnaissant si l’on en a résolu une. Et pourtant ! Des millions de vies humaines auraient pu être sauvées et des centaines de milliards d’euros économisés si certains conflits, évitables, avaient effectivement été évités.

La toute récente création d’un Kosovo indépendant fournit une démonstration éclatante. Dans les circonstances actuelles, cette indépendance semble « juste » dans la mesure où la majeure partie de la population a été longtemps martyrisée. Il n’en reste pas moins que cette indépendance, fondée sur une base ethnique, crée un précédent dangereux et que le minuscule territoire, dépourvu de ressources économiques, est difficilement viable.  

Le Club compte élaborer prochainement un document sur la tragédie yougoslave qui a débuté en 1986, précisément au Kosovo, et sur l’inconséquence de l’Union Européenne qui, de 1980 (année de la mort de Tito) à 1986, aurait eu tout le temps de prévenir une crise qui a dégénéré en massacres et autres atrocités. De ces six ans d’inaction, l’Europe n’a pas fini de payer le prix.

Posté par Marc Ullmann, le 31/03/08 dans Europe - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 mars 2008
Du pétrole en général et de l’Iran en particulier
080328-P%E9trole.jpg

La flambée actuelle, en particulier, des cours du pétrole se distingue nettement des hausses que l'on a connues lors des deux chocs pétroliers précédents. L'augmentation continue, depuis 2001, du prix du pétrole marque la fin du pétrole bon marché. Des raisons structurelles sont à l'oeuvre et la soif pour l'or noir est loin de se tarir. L'Iran reste, dans ces conditions, un acteur majeur de la scène énergétique mondiale.

Le monde a connu, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de nombreuses crises pétrolières. Certaines ont fait suite à des tentatives de nationalisation des ressources pétrolières. On peut citer la  nationalisation de Mossadegh en Iran dans les années 50 ou celle de Boumediène en Algérie en 1971. D’autres étaient provoquées par une réduction, volontaire ou involontaire, de l’offre. Dans la plupart des cas, des raisons politiques ont généré, ici ou là, une raréfaction de l’offre. On parlait alors de l’arme du pétrole.  

La première, en 1973-1974, fait suite à la guerre d’octobre 1973. Les pays arabes annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les pays soutenant Israël et décident d’une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu’à l’évacuation complète des territoires occupés et la reconnaissance des droits des Palestiniens. La pénurie suscite une forme de panique ; les prix connaissent une ascension vertigineuse. En outre, l’OPEP augmente les prix officiels : ils quadruplent entre octobre et décembre 1973. C’est le premier choc pétrolier. 

La seconde, en 1979, fait suite à la chute du Shah en Iran, l’arrivée de Khomeini au pouvoir et la longue crise de l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran. L’interruption, pendant quatre mois, des exportations iraniennes de pétrole débouche sur le doublement immédiat du prix du baril. Mais à l’inverse du premier choc pétrolier dont les effets se feront sentir jusqu’en 1978, ce second choc pétrolier fut rapide et sans lendemain. En 1986, c’est le retour de balancier. La chute des cours de pétrole est telle que l’on parle de contre-choc pétrolier. Au regard de l’histoire, les crises de 1973 et de 1979 avaient des causes assez simples et facilement identifiables. 

La situation pétrolière actuelle est tout à fait différente. Le pétrole, qui a connu une hausse continue depuis 2001, passe la barre symbolique de 100 $ le baril. Certains spécialistes anticipent la poursuite de la hausse. D’aucuns annoncent un baril à 150 sinon 200 $. Mais pour tous, ce qui est certain, c’est la fin du pétrole bon marché. Quatre raisons majeures, toutes plus complexes les unes que les autres, sont à l’oeuvre.  

La première tient à l’explosion de la demande. La croissance mondiale soutenue, l’émergence de nouveaux pays "énergétivores", notamment la Chine et l’Inde, et la demande américaine alimentent cette soif pour l’or noir.  

La deuxième est la conséquence d’une diminution relative de l’offre. La guerre, en Irak, le terrorisme au Nigeria,  les sanctions contre l’Iran, l’obsolescence des infrastructures pétrolières par manque d’investissement ou de personnel qualifié, comme au Vénézuela réduisent les capacités de production potentielles.
 

La montée des coûts de production et de raffinage en est une troisième. Plus des 3/4 des hausses des investissements des sociétés pétrolières sont absorbés par ces hausses de coûts.  

Enfin, la quatrième et dernière tient à la financiarisation des marchés pétroliers. A titre d’exemple, sur la plus grande Bourse pétrolière du monde, l’ICE, en 2003, 75 % des volumes de gré à gré étaient échangés électroniquement par les pétroliers eux-mêmes, 22 % par les banques et seulement 0,3 % par les Hedge Funds. En 2006, la part de ces derniers était passée à 33 % !

 

Peut-on, dans ces conditions, se passer du pétrole et du gaz iraniens ? La réponse est non. Avec respectivement les 3èmes et 2èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz, l’Iran reste un acteur incontournable de la scène énergétique. D’autant que la soif mondiale pour l’or noir est loin de se tarir.

Télécharger le PDF

Dossier réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye

Posté par Pierre Terzian, le 28/03/08 dans Energie - Géopolitique - Mondialisation - Moyen Orient | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 10 mars 2008
Gordon Brown et la Bombe
080310-Bombe.jpgGordon Brown, Premier Ministre britannique, a déclaré le 21 janvier à New Delhi que la Grande-Bretagne était prête à prendre la tête d'un processus de vérification et de démantèlement des arsenaux nucléaires destiné à aboutir à un monde sans armes atomiques

Les propos qui suivent peuvent  être retrouvés à l'adresse :

« Laissez-moi vous dire que la Grande-Bretagne est prête à mettre en oeuvre son expertise en vue d'aider à déterminer les moyens nécessaires pour éliminer de façon vérifiable les ogives nucléaires. Et je m'engage à ce que dans le processus de préparation de la conférence d'examen du Traité de non-prolifération de 2010, nous soyons en première ligne de la campagne internationale visant à accélérer le désarmement parmi les Etats possesseurs de l'arme nucléaire, à prévenir la prolifération de la part de nouveaux Etats, et à atteindre en définitive un monde débarrassé d'armes nucléaires ».

Déjà, une semaine auparavant, un groupe d'anciens dirigeants américains, conduits par Henry Kissinger et Georges Schultz, avait pris position dans le Wall Street Journal en faveur de la disparition programmée des arsenaux atomiques. Leur analyse se fondait sur la constatation pragmatique que la présence et le risque de dissémination d'arsenaux nucléaires conduiraient tôt ou tard à un monde finalement  moins contrôlable et plus dangereux qu'un monde sans armes atomiques.
 

La perspective de disparition des arsenaux nucléaires, si lointaine qu'elle paraisse encore, voit donc s'ouvrir une chance de quitter le monde de l'utopie. L'engagement d'un chef de gouvernement en exercice, à la tête d'un Etat doté de l'arme nucléaire, est évidemment décisif à cet égard. Il serait important que la France ne soit pas absente du mouvement : pour la simple raison que s'il était lancé et commençait à prendre corps, nous n'aurions pas d'autre choix que de le rejoindre. Autant donc nous y associer le plus en amont possible.

Posté par François Nicoullaud, le 10/03/08 dans Europe - France - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 22 février 2008
Vers une nouvelle pensée économique
080222-Penseur.jpgLes théories économiques évoluent en fonction des réalités et les réalités les plus prégnantes viennent des pays les plus puissants. Le fait que de plus en plus d’Américains mettent en doute les bienfaits de la mondialisation va faire réfléchir les économistes. C’est le signe précurseur d’une évolution de la pensée dominante.

En 2002, 78 % des Américains pensaient que les Etats-Unis bénéficiaient du libre-échange. En 2007, le pourcentage était de 59 % et, si l’on en juge par la tonalité des débats électoraux actuels, il est sans doute inférieur à 50 % aujourd’hui. D’où le risque d’un retour au protectionnisme et la nécessité d’un ajustement, c’est-à-dire d’un dérapage contrôlé pour éviter la sortie de route. 

La mondialisation, il ne faut pas l’oublier, a sorti de la misère des centaines de millions de gens et a contribué à la croissance dans les pays développés. Le drame est que dans ces pays « riches » il y a de plus en plus de pauvres.  

Les perdants ne sont plus seulement les chômeurs ni même les ouvriers de l’industrie mais tous ceux qui doivent se contenter de bas salaires parce que leur activité pourrait être externalisée. La classe moyenne toute entière est tirée vers le bas. 

Améliorer la formation professionnelle et encourager financièrement la mobilité est unanimement jugé nécessaire mais de plus en plus considéré comme insuffisant. Des économistes américains se mettent à rechercher la légitimation théorique d’un protectionnisme modéré. Certains font ainsi appel à des notions voisines de celle de subsidiarité dont on se sert généralement pour justifier la répartition des responsabilités entre différents échelons institutionnels ou territoriaux.  

Le principe est simple : ce qui peut être réalisé efficacement dans la proximité ne doit pas être traité au loin. Dans la pratique économique, cela peut mener à quelques conclusions.

Exemples : 

-          Les cultures vivrières en Afrique (et autres régions où l’afflux dans les mégalopoles a des effets désastreux) ne devraient pas être sacrifiées sur l’autel de la libération des échanges agricoles. Concrètement, cela se traduirait par une réhabilitation limitée de la technique des quotas. Il en irait de même pour certaines activités industrielles ou artisanales dont la valeur est localement appréciée dans certains pays riches.  

-          Quelques entreprises, considérées comme stratégiques, ne pourraient pas tomber entièrement dans des mains étrangères. Concrètement, cela signifierait l’extension de la pratique des « golden shares » 

De telles entorses au libéralisme seraient conçues comme une sauvegarde de ce que le libéralisme comporte d’essentiel. Elles se présenteraient comme un mode d’emploi pour ne pas glisser sur le funeste toboggan qui conduit du protectionnisme au nationalisme et du nationalisme à la peur des autres, c'est-à-dire au racisme et à la guerre.

Posté par Marc Ullmann, le 22/02/08 dans Economie - Mondialisation - Pauvreté | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 janvier 2008
Haro sur les matheux
080128-Maths.jpgDans les banques, les matheux s’en sont donnés à cœur joie. Des années durant, ils ont conçu des produits dérivés de plus en plus complexes où les risques étaient si bien entremêlés que seuls des investisseurs très avertis pouvaient voir quels étaient les mauvais fruits disséminés dans le cageot. La crise des Subprimes a causé tellement de dégâts collatéraux que la titrisation de produits dérivés est maintenant difficile. Back to basics est devenu la règle. Aux algorithmes compliqués doivent succéder des équations simples, compréhensibles au premier degré.
Posté par Marc Lanval, le 28/01/08 dans Economie - Mondialisation | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 novembre 2007
« Gaïa » et la planète finance
071120-Gaia.jpgEn 2000, lors de la crise boursière, les pessimistes avaient les yeux braqués sur le prix de l’immobilier. Ils craignaient que ceux qui avaient le plus perdu en bourse se mettent à vendre leurs biens et que le cumul des deux baisses déclenche une crise globale.

Symétriquement, les pessimistes redoutent aujourd’hui que la chute de l’immobilier entraîne celle de la bourse. Jusqu’à maintenant tel n’a pas été le cas.

On en arrive à se demander si le système financier mondial n’a pas atteint un tel niveau de sophistication qu’il finit par s’autoréguler. Le nombre des transactions est si élevé, l’arbitrage entre les monnaies si performant que la planète finance trouve à chaque instant des équilibres nouveaux. Elle va de choc en choc mais, comme Gaïa, elle continue de tourner. Jusqu’à quand ?  

Posté par Marc Ullmann, le 20/11/07 dans Economie - Mondialisation | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 novembre 2007
Le capitalisme à l’épreuve
071111-Capitalisme.jpgA la fin des années 60, le philosophe Raymond Ruyer a écrit un « éloge de la société de consommation ». Selon lui, une fracture nouvelle avait remplacé la traditionnelle lutte des classes. D’un côté, disait-il, sont rassemblés tous ceux qui, par leur travail, sont liés aux processus de fabrication et de vente : ouvriers, patrons et employés sont ici du même bord. De l’autre, il y a ceux, fonctionnaires, professeurs, juges, journalistes et observateurs en tout genre dont les activités se déploient dans un secteur que Ruyer qualifiait de « tertiaire non économique ».

L’énoncé de cette dichotomie séparant les « productifs » des « critiques » ne manquait pas de pertinence puisqu’à l’époque des « majorités silencieuses » on rejetait les valeurs de la « contre-culture ». Richard Nixon, aux Etats-Unis, a été porté par cette vague et tous les candidats aux législatives américaines de 1970 ont eu l’œil rivé sur la fameuse « Dame de Dayton » dont l’avantage était d’être moyenne en tout. Connaître la Dame de Dayton (Ohio) équivalait à un certificat de sagesse politique permettant de ne pas glisser sur la pente des idées brillantes mais électoralement vouées à l’échec. Que disait donc l’oracle ? Elle disait simplement qu’elle en avait assez de voir les intellectuels cracher sur ce qu’elle affectionnait. Pour reprendre le langage de Ruyer, elle assimilait les gens du « Tertiaire non économique » à ceux que Proudhon décrivait comme occupant les « charges et sinécures ». Les entrepreneurs, selon Proudhon, contribuaient à la création de richesses alors que la bourgeoisie de robe se contentait d’en vivre.  

Un tiers de siècle est passé et la « majorité silencieuse » ne voit plus les entrepreneurs d’un œil aussi bienveillant. La financiarisation de l’économie, la rapidité des bouleversements technologiques, la peur des délocalisations, le spectre des OPA, l’individualisation des carrières, le stress du travail contraint ont brisé ce qui pouvait faire l’unité des « productifs ». En France, près des trois quarts des salariés pensent que leur intérêt propre et celui de l’entreprise divergent. Aux Etats-Unis, des enquêtes sur l’ « Involvement » des salariés dans un certain nombre de grandes entreprises aboutissent à des résultats moins désastreux mais néanmoins alarmants.  

Dans les circonstances actuelles, est-il possible de recoudre le tissu social ? Les optimistes diront que la montée en puissance des préoccupations écologiques remet à la mode certaines valeurs prônées jadis par les tenants de la « contre-culture » dont les dirigeants d’entreprise devront tôt ou tard tenir compte. Les pessimistes répliqueront que l’hyper concurrence mondialisée ne permet pas aux dirigeants d’entreprise d’accomplir des efforts suffisants pour tirer parti des réservoirs d’énergie de leur personnel. Pourtant, faute d’esprit d’équipe et d’objectifs partagés, les grandes entreprises risquent de perdre toute légitimité. Le défi est grand pour le capitalisme. Sa capacité d’adaptation va être mise à l’épreuve.

Posté par Marc Ullmann, le 11/11/07 dans Economie - Entreprises - Environnement - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 novembre 2007
Mutations et crises des marchés financiers
Prada.jpgLa maîtrise de la globalisation et la recherche d'une gouvernance mondiale sont des sujets brûlants. Michel Prada, président de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF),  est intervenu mercredi 21 novembre, sur le thème : « Mutations et crises des marchés financiers » tentera d’ouvrir des perspectives.

Diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Bordeaux, énarque et Inspecteur Général des Finances, Michel Prada a le profil du parfait haut fonctionnaire. 

Diplômé de l’ENA (promotion Montesquieu), il gravit tous les échelons. Inspecteur adjoint des Finances (1966), il est nommé Chargé de mission au Service de l'Inspection Générale des Finances (1968), puis chargé de mission à la Direction de la Comptabilité Publique (Service des Etudes et de la Coordination (1970) et Chef de Service, adjoint au Directeur de la Comptabilité Publique (1978). La même année, il en prend la direction.  

En 1985, il est nommé Directeur du Budget puis, en 1988, Président du Crédit d'Equipement des Petites et Moyennes Entreprises. Membre du Conseil Economique et Social et du Conseil National du Crédit (1994-1995), Michel Prada devient, en 1995, président de la Commission des Opérations de Bourse  (COB). En novembre 2003, il prend les rênes de la toute nouvelle Autorité des marchés financiers qui a remplacé la COB.  

Président du Conseil d'Administration de l'Orchestre de Paris (1989 - 2001) et du Comité Exécutif de l'Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV) (1996 - 1998), Michel Prada a aussi présidé le Comité Technique de l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV). D’abord de 1998 à 2000 et, de nouveau, depuis le 2 octobre 2005. 

Michel Prada a reçu diverses décorations dont celles de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (20 avril 1995), de Commandeur de la Légion d'Honneur (29 mars 2002) et de Grand Officier de l’Ordre National du Mérite (14 novembre 2005).

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 07/11/07 dans Economie - France - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 septembre 2007
Immigration sans tabous

070928-Immigration.jpgDepuis plus de 40 ans, le discours sur l’immigration en France n’a pas varié d’un iota. Le flou maintenu entre immigration légale et illégale non plus. Une loi chasse l’autre – on en est à la 72ème depuis 1945. Et depuis la fin des années 70, elles vont toujours dans le même sens : durcissement, verrouillage, exclusion.

Depuis près de 20 ans, le discours dominant sur la mondialisation "heureuse" prône toujours plus d’ouverture, de concurrence, de dérégulation. Les capitaux, les marchandises et même les usines jouent à saute-frontière sans freins, ni limites. Un jour en Savoie, le lendemain à Timisoara et le surlendemain à Chengdu. Les hommes, quant à eux, sont sommés de "pourrir sur pied". Mais les humains ne sont pas des plantes. Ils ont des jambes. Ils marcheront toujours vers un ailleurs qu’ils espèrent meilleur.

C’est le cas de tous les "illégaux" du monde. En France, ils seraient entre 300 000 et 500 000. Le 20 août dernier le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale s’inquiétait de ne pas atteindre les 25 000 reconduites prévues pour 2007. Rythme qui, s’il était tenu et à condition que le stock de sans papiers n’augmente pas, permettrait à la France d’être "libérée" de ses illégaux au mieux en 2020, sinon en 2028. Pendant ce temps, la plupart travaille, consomme, aime, fait des enfants... N’est-il pas temps de remettre tout à plat sans a priori ni démagogie ? Des secteurs entiers – BTP, hôtellerie-restauration, agriculture... – souffrent de pénurie de main d’œuvre. Le vieillissement de la population ne va pas arranger les choses. Régulariser tous ceux qui peuvent bénéficier d’un contrat de travail, quitte à définir une période plancher (par exemple 5 ans) de travail effectif avant l’octroi d’une carte de 10 ans, serait un gage d’efficacité économique – des impôts et des cotisations sociales en hausse – et de cohésion sociale par une meilleure intégration.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 28/09/07 dans Développement - France - Mondialisation - Société | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 mars 2007
Naissance d'un métier du futur ?

070306-M%E9tier%E0tisser.jpgLes dirigeants politiques de nos vieilles sociétés occidentales sont à la recherche d'idées pour utiliser la main d'œuvre dite "peu qualifiée" dans nos économies du futur à "haute valeur ajoutée". En France, par exemple, les experts du C.E.S. ont identifié que l'avenir appartiendra aux emplois de "totale proximité" car peu intéressants à délocaliser.

Nos économies développées n'ont plus besoin, en réalité, de l'énorme quantité de main-d'œuvre dont disposent nos sociétés post-industrielles. Les emplois à forte valeur ajoutée, à l'instar des emplois de pure production, sont eux aussi entrés dans une ère d'industrialisation et de mondialisation…

L'avenir, nous dit-on, est à s'occuper des gens, de leur bien-être, de leur petit bonheur et de leur petite santé ou de leurs vastes périodes de temps disponible, de leurs "distractions". Ce n'est pas vraiment le retour du "personnel de maison" mais plutôt l'arrivée du "service sur mesure à la personne".

Pourtant, la mondialisation actuelle a fait naître depuis quelques dizaines d'années, un nouveau secteur économique profitable et déjà largement investi par des entreprises multinationales. Ce secteur bénéficie largement de l'ouverture des frontières et de cette libéralisation des services qui a fait couler beaucoup d'encre en Europe, grâce aux propositions de Monsieur Bolkenstein.

Le "business model" de ce secteur est parfaitement au point et le savoir-faire requis est vieux comme le monde… Ce qui est favorable à son essor c'est précisément ce qui fait la spécificité de la mondialisation libérale actuelle : la suppression de l'éthique du champ de l'économie marchande, la liberté totale de penser et de faire au mépris de toute forme de règle commune, la résurgence d'un très ancien principe de réalité du monde qui sépare les humains entre les "loups" et les "agneaux", l'existence de moyens techniques incroyables aux yeux de nos pères qui font que nous ne sommes pas loin d'atteindre à l'ubiquité, du fait de la facilité et de la modicité du coût des transports ainsi que de l'explosion des moyens audiovisuels et de télécommunications à notre disposition.

Le secteur d'avenir qui pourra employer beaucoup de personnes, femmes, hommes et enfants indifféremment, et pour lequel le "marché potentiel" est immense et loin d'être saturé ?

C'est celui de la "traite des êtres humains" !

Nous croyons tous que l'esclavage est mort, aboli depuis longtemps. De temps en temps l'actualité nous plonge dans des faits divers que notre vieille morale occidentale, encore imprégnée de respect de l'être humain, a tendance, pour quelques temps encore, à réprouver.

Nos sociétés, qui se disent évoluées en terme de civilisation, ont mis des freins à l'avidité et à la cupidité naturelle des hommes en introduisant de "beaux concepts" comme le principe de l'existence de droits naturels de la personne humaine ou le mécanisme d'encadrement des relations du travail qui est un contrat entre un employeur (celui qui propose quelque chose à faire) et un employé (celui qui est prêt à faire et, souvent, sait faire)….

Asseyons-nous par la pensée et par commodité sur ces deux "beaux concepts" et pensons uniquement à gagner de l'argent. Il suffira de monter une "affaire" dans le secteur de la traite des êtres humains, le must étant le marché du sexe !

Ce secteur économique, dont les mécanismes assez secrets ne sont pas très connus du grand public ni des politiques, est en pleine expansion et utilise déjà toutes les ficelles que rend possibles l'économie mondialisée, libérale et "débridée".

Le processus international d'acceptation et de normalisation de cette activité est bien décrit dans l'ouvrage de Claudine Legardinier (Les trafics du sexe - Femmes et enfants marchandises) :

- 1995 : La conférence de Pékin sur les femmes introduit dans un texte international la notion acceptée de "prostitution forcée". Elle ouvre la voie à la libéralisation du système prostitutionnel, légitime le proxénétisme qui devient l'expression du "droit de vivre de ce commerce".

- 1998 : L'Organisation Internationale du Travail (O.I.T. ), instance de l'O.N.U., appelle à la reconnaissance de" l'industrie du sexe" et à l'élargissement du "bouclier fiscal" de cette activité au nom de la création d'emplois, du fait que ce "métier" est des plus lucratifs pour ceux qui le pratiquent ainsi que pour les gouvernements qui y trouvent un moyen facile d'accroître leur P.N.B. et de faciliter le respect de leurs engagements F.M.I. et Banque Mondiale,

- 2000 : La Commission des Droits de l'Homme de l'O.N.U. à Genève précise que la définition internationale du trafic des êtres humains doit exclure les "femmes professionnelles du sexe migrantes illégales", les mettant ainsi hors du champ d'application de tout droit international possible,

- 2001 : La Cour européenne de Justice accorde aux femmes originaires de l'Europe de l'Est le droit de "migrer pour travailler aux Pays-Bas dans "le métier de la prostitution" pour rejoindre "le secteur économique du sexe".

- 2002 : Une Chambre de Commerce en Allemagne autorise l'immigration d'une prostituée colombienne pour la seule raison de la "pénurie de main d'œuvre" dans ce secteur, instaurant une forme nouvelle d'immigration choisie.

Les institutions internationales ont fait ainsi le nid de ce business plein d'avenir.

Il existe d'ailleurs des preuves incontestables du succès financier des entreprises qui investissent dans ce secteur :

- En 2003, le Daily Planet, société de bordel de Melbourne en Australie, entre en bourse de manière éclatante.

- En 2005, l'Artémis, complexe commercial en grande surface équipé d'un bordel à "prix cassés", ouvre à Berlin. Nouvelle forme de "Mac Do" où les femmes sont les nouvelles marchandises en rayon acquises par des acheteurs spécialisés,

- Etc.…

Dans ce contexte, on peut penser que la Convention de 1949 pour " la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation commerciale de la prostitution d'autrui " qui considérait que " la traite organisée des êtres humains en vue de leur prostitution est incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine " est passée aux oubliettes !

La France, dont la position officielle est clairement abolitionniste ne cherche pas vraiment à se faire entendre au niveau international. Les efforts "à la base" sont pourtant là mais les politiques pensent sans doute qu'il faut "laisser faire, laisser aller", qu'il faut être libéral, donc large d'esprit, et que, puisque cela est bon pour l'économie, cela est bon pour la société des gens.

Pourtant, un couple d'industriels français a voulu semer une graine de réflexion en créant la Fondation Scelles qui cherche à initier et piloter un processus européen et mondial de prise de conscience en nouant, en France, des liens avec les responsables de la Justice, de la Police, de l'Action Sociale et de l'Office des Migrations.

Le plus vieux métier du monde, passé de l'artisanat traditionnel à l'industrie capitaliste, deviendra-t-il l'un des métiers du futur et sera-t-il l'un de ceux qui auront un avenir florissant dans nos sociétés post-industrielles ?

Posté par Henri-Paul Soulodre, le 07/03/07 dans Economie - Entreprises - Mondialisation - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 février 2007
Jusqu’au ciel ?

070224-bourse_hausse.jpgQuand tous les spécialistes, tant en Europe qu’au Etats-Unis, estiment que la Bourse va continuer à monter en 2007, il faut peut-être commencer à se méfier.

Pour l’instant, les banquiers et autres gestionnaires de fortunes « surpondèrent » les actions dans l’éventail des placements. Leurs arguments ne manquent pas de poids : la croissance mondiale est au rendez-vous, les liquidités sont abondantes et les profits des entreprises n’ont jamais été aussi élevés. Dans de nombreux secteurs, les carnets de commandes sont pleins et, à en croire un sondage réalisé dans 50 pays, 93 % des responsables de grandes entreprises tablent sur un accroissement du chiffre d’affaires.

L’opinion des experts résiste à la plupart des objections. La crise de l’immobilier américain ? Elle semble maîtrisable puisque les taux d’intérêt devraient rester relativement bas en raison des gains de productivité qui limitent l’inflation. Le déficit extérieur américain ? Ce n’est pas demain que les Asiatiques voudront pousser les Etats-Unis à devenir protectionnistes. Et puis, si le dollar baisse ce ne sera pas un drame pour les Américains vu que leurs actifs à l’étranger sont exprimés dans d’autres monnaies. La possibilité d’un embrasement au Moyen Orient ? La résilience de l’économie mondiale a fait ses preuves en ce qui concerne le prix du pétrole. Quant aux attentats terroristes, ils n’ont eu sur les Bourses aucun effet durable.

Tout cela est vrai mais nous vivons à une époque où l’émotivité publique peut se retourner brusquement. Bien malin celui qui peut prétendre savoir quand une peur en déclenchera d’autres.

Posté par Marc Lanval, le 24/02/07 dans Economie - Entreprises - Europe - Mondialisation - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 février 2007
Il reste d'importantes réserves de profitabilité…

070216-Profitabilit%E9.jpgEn France, depuis la seconde guerre mondiale, l'effort des entreprises a tout d'abord été axé sur la rationalisation des activités et sur la professionnalisation des employés. C'était l'époque où l'accent a été mis sur la manière de travailler et sur la manière de faire monter en compétences tous les acteurs. Des associations loi 1901, comme la Cégos, par exemple, on participé à cet effort national.

C'était l'époque triomphante des directions de l'organisation toutes puissantes.

Puis l'accent a été mis, sur l'apport de l'informatisation de ces nouvelles organisations optimisées en particulier pour toutes les tâches répétitives demandant un personnel affecté nombreux. Cela a nécessité de forts investissements en capital pour développer les grands systèmes informatiques comprenant une partie dure (le hardware ou matériel) et une partie molle (le software ou logiciel). Le R.O. I. ou taux de rentabilité interne de ces investissements était assez peu souvent calculé dans les faits étant donné l'évidence de l'économie de frais généraux que ces investissements apportaient.

Ce fut aussi l'époque du début de ce que les statisticiens appellent le chômage touchant des employés organisationellement optimisés mais structurellement trop nombreux. La vérité oblige à dire que l'efficacité en terme de dégraissage pour cette époque n'a pas été aussi grande que prévu car bien souvent les postes analysés comme étant à supprimer ne l'ont pas été en réalité, du fait de convenances particulières et de résist