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En hommage à Bertrand de Jouvenel |
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Commençant dans les ors et les mondanités, finissant dans l’étude et la sobriété, telle fut la vie de Bertrand de Jouvenel. Avec rigueur et érudition, le professeur Olivier Dard retrace le parcours du « voyageur dans le siècle ». J’ai lu cette biographie (1) avec tant de passion que j’en ai annoté presque chacune des pages.
Enfance marquée par la Guerre de 14, jeunesse déçue par l’échec de la Société Des Nations, espérances brisées par la crise des années 30, Jouvenel a espéré (et même cru) que le fascisme pouvait être porteur d’idées neuves. Il a vite déchanté et a consacré l’essentiel de sa vie à s’interroger sur les dérives du « pouvoir », les limites de la « souveraineté », les excès de l’économisme et le pillage de la nature. C’est en 1957 qu’il a employé, pour la première fois, l’expression « écologie politique ». Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, il fut un précurseur. Avec scrupules et objectivité, Olivier Dard montre en quoi la pensée de Jouvenel a été profonde et originale et comment, dans certains cas, elle est restée superficielle. Je peux d’autant plus témoigner du sérieux de l’ouvrage que j’ai eu le privilège de bien connaître Jouvenel et de lui rendre parfois visite dans sa propriété d’Anserville au milieu des arbres qu’il aimait tant puis dans le modeste appartement de la rue des Lilas que Pierre Uri lui avait loué. Au début des années 70, nous avons même nourri une ambition commune. Constatant que nous avions eu à peu près le même âge au lendemain des deux guerres mondiales (lui en 1919 et moi en 1945), nous projetions d’écrire un récit à quatre mains « d’après guerre comparée ». Sa maladie et ma paresse ont – hélas ! - eu raison de nos velléités. A l’époque, je travaillais à L’Express et Jouvenel, pour fêter les 80 ans de son ami Emmanuel Berl, a manifesté le désir de se joindre à moi pour l’interviewer. Nous nous sommes rendus dans la maison de campagne de ce « vieillard malicieux au regard de Voltaire ». L’entretien a été publié le 26 février 1973. Il en ressort clairement que la honte et l’absurdité de la Guerre de 14 a marqué les deux hommes, façonné leur esprit, guidé leur conduite. Dix ans plus tard, en 1983, j’accompagnais Raymond Aron au procès qu’intentait Jouvenel à Zeev Sternhell, professeur israélien qui, dans son essai « Ni droite, ni gauche », en faisait l’archétype du « fasciste français ». Aron, qui était de la même génération que Jouvenel, a témoigné en sa faveur et remis les choses dans leur contexte. Ce fut son dernier combat : devant le Palais de Justice, un chauffeur attendait ; Aron est monté dans la voiture ; quelques minutes plus tard, une attaque le frappait. Inutile de préciser que je me souviens de ses derniers propos. Nous sortions du Palais. Aron parlait de Jouvenel. Il espérait que son témoignage avait permis de cerner la personnalité de « cet homme de bonne volonté qui s’est toujours efforcé de regarder le présent en pensant à l’avenir ». C’est sans doute, encore aujourd’hui, l’ambition de son fils Hugues qui dirige Futuribles. C’est, en tout cas, la raison d’être du Club des Vigilants qui, parmi tous les futurs possibles, essaye, dans la modeste mesure de ses moyens, de discerner les voies d’un futur souhaitable. Hommage soit rendu à cet inspirateur. (1) Bertrand de Jouvenel, par Olivier Dard, Editions Perrin 2008
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Les groupes de réflexion et d’influence en Europe |
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Les think-tanks prolifèrent mais ne couvrent pas tous les mêmes domaines et sont d’inégale qualité. Comment s’y retrouver ? Comment faire la différence entre centres de recherche et caisses de résonance de partis politiques ou d’intérêts particuliers ? D’où vient l’argent ? Qui fait quoi ? Comment jauger l’influence réelle de tous ces cercles, clubs, instituts, fondations, observatoires, etc. ?
Ce guide est particulièrement complet et parait objectif. C’est un outil pour décideurs, une mine de renseignement pour citoyens curieux.
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Happiness: Lessons from a new science |
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Depuis 1950, en Occident du moins, le pouvoir d’achat a doublé, la santé a fait des progrès importants, l’espérance de vie s’est allongée, les conditions de travail se sont améliorées... Pourtant, toutes les études le montrent, les gens ne sont pas plus heureux. Le bonheur ! Mais ce n’est pas un sujet pour économiste, direz-vous. Lord Layard, éminent économiste anglais, reconnu mondialement pour ses travaux sur le chômage et l’inégalité, répond que si.
Le bonheur est fondamental ? l’équilibre des individus et des sociétés. Or, selon lui, la loi de la sélection naturelle de Darwin (compétition) et la main invisible (individualisme) d’Adam Smith qui dominent, aujourd’hui, la pensée occidentale dans tous les aspects de la vie, entraînent la disparition de tout sens du bien commun. Avec pour conséquences une criminalité en hausse, une explosion des dépressions, un délitement sans précédent des liens familiaux et sociaux...
Dans cet ouvrage saisissant, l’auteur s’attache ? décortiquer les causes et les conséquences du bonheur et, ? contrario, les ravages de son absence. S’inspirant d’études sérieuses et approfondies qui vont de l’économie aux neurosciences, de la génétique ? la psychologie et ? la sociologie, il nous guide, pas ? pas, aux sources du bonheur et fait sienne l’affirmation de Jeremy Bentham, un des plus brillants intellectuels britannique du siècle des lumières pour qui « La meilleure société est celle où les citoyens sont le plus heureux ».
Toute politique publique devrait, conclut, Richard Layard être guidée par son impact sur le bonheur du plus grand nombre. Ce n’est pas surprenant, qu’il ait, en tant que conseiller du gouvernement, inspiré Tony Blair et sa « Life Satisfaction ».
Happiness: Lessons From The New Science - Richard Layard, Editions The Penguin Press, 310 p., New York 2005
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L’homme en état d’urgence |
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De tous les hommes que j’ai rencontrés, Xavier Emmanuelli est, sans doute, l’un de ceux qui ressemble le plus ? l’idée que je me fais d’un Saint. Laver les pieds des malades n’est pas, pour lui, une métaphore. C’est une vocation. Sa vie en témoigne. Médecin des mineurs ? Freyming-Merlebach, médecin des prisonniers ? Fleury-Mérogis, médecin des pauvres tout au long de sa carrière, il est, en tant que co-fondateur de Médecins sans Frontière, l’un des précurseurs de l’aide humanitaire d’urgence. Plus tard, il inventera le concept du SAMU Social. Rétrospectivement, il pourrait être fier de ces accomplissements. Pourtant, une sorte de désespoir perce entre les lignes de son autobiographie. Selon lui, la majorité des hommes et, en premier lieu, les exclus sont privés du bien le plus précieux : la dignité. Il va falloir tenter du nouveau, se lancer sur un terrain quasi vierge, ? la fois civique et spirituel. Ce livre n’est peut-être pas, dans la forme, le meilleur que Xavier Emmanuelli ait écrit. Mais c’est le plus poignant.
L’homme en état d’urgence - Xavier Emmanuelli, Editions Hachette Littératures, 179 p., Paris 2005
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La pensée islamique contemporaine – acteurs et enjeux |
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Islam, islamistes, musulmans, sharî’a, fatwa ..., sont devenus des termes familiers et menaçants. Ils riment pour beaucoup d’entre nous avec obscurantisme, voire fanatisme. Or, les « nouveaux intellectuels musulmans », dont nous parle Alain Roussillon, directeur de recherche au CNRS et Directeur du CEDEJ (Le Caire), veulent précisément lutter contre l’immobilisme et ? la stérilité civilisationnelle qui affecteraient, selon eux, le monde musulman. Ils contestent ainsi le monopole interprétatif des oulémas "officiels" « (...) ce corps d’interprètes autorisés qui maintiendrait la masse des croyants sous la férule d’interprétations obscurantistes (...) des textes religieux » mais aussi celui que s’arrogent les « islamistes », rendus responsables de la radicalisation des manifestations du « réveil de l’islam » et de l’exacerbation de ses rapports avec l’Occident.
Qu’ils soient « modernes » ou « post modernes », souligne Alain Roussillon, ils explorent des pistes pour un renouveau de la pensée musulmane. Pour mener ce combat, ils exhortent les musulmans ? rejeter tout autant la soumission aux fondamentalismes religieux et culturels que l’acceptation sans limite des diktats de la modernité. C’est ? cette condition, estiment-ils, que les sociétés musulmanes pourraient renouer avec la modernité. Le pari est cependant loin d’être gagné, reconnaît l’auteur. D’autant que le littéralisme fondamentaliste apparaît comme la tendance dominante tant dans les sociétés musulmanes que dans les milieux de l’émigration.
Ce livre est paru dans la collection « L’islam en débats » de la toute jeune maison d’édition Téraèdre.
La pensée islamique contemporaine – acteurs et enjeux - Alain Roussillon, Editions Téraèdre, 192 p., Paris 2005
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L’utérus artificiel |
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Dans un avenir peut-être pas très éloigné, l’ectogenèse ou utérus artificiel (UA) deviendrait, selon Henri Atlan, une réalité. Les impossibilités biologiques tombent, en effet, les unes après les autres. Après la pilule contraceptive, l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, la prochaine étape sera l’ectogenèse. Dans un premier temps, assure-t-il, ce sont les visées thérapeutiques de cette technique qui seront mises en avant : maintenir en vie les grands prématurés ou sauver les fœtus issus d’avortements spontanés, non désirés, en les transférant dans un UA.
Mais ne soyons pas dupe, affirme l’auteur, professeur émérite de biologie ? Paris et ? Jérusalem et directeur d’études en philosophie de la biologie ? l’EHESS. L’offre crée le besoin et la demande va déborder largement ces indications strictement thérapeutiques, parie-t-il. Les femmes qui ont bénéficié de la séparation entre procréation et sexualité, pourront, avec l’ectogenèse, dissocier procréation et grossesse, souligne Henri Atlan. Ce qui aura des conséquences anthropologiques majeures. Quelles seront les implications de la fin de l’asymétrie des deux sexes face ? la fonction de procréation ? Qu’adviendra-t-il du sentiment maternel ? Qu’en sera-t-il de la personnalité de l’enfant avec la fin de la symbiose mère-fœtus ? Faisant appel ? la mythologie grecque, ? la bible et ? la science fiction, Henri Atlan, répond ? ces questions et ? bien d’autres, avec une grande érudition, beaucoup d’imagination et une extrême clarté.
L’utérus artificiel - Henri Atlan, Editions Le Seuil, 222 p., Paris 2005
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Le rêve européen |
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Il y a deux lectures possibles de cet ouvrage. Selon que vous choisirez l’une ou l’autre, Jeremy Rifkin vous paraîtra soit naïf et sympathique, soit érudit et perspicace. Les tout premiers chapitres peuvent faire croire ? la première version car celui qui était un jeune contestataire américain dans les années 60 donne parfois l’impression de rechercher en Europe ce qu’il n’a pas trouvé chez lui. Il suffit cependant de poursuivre la lecture pour changer d’avis. Le travail de recherche, la perspective historique, l’étendue des connaissances sont impressionnants. Surtout, l’auteur, loin de verser dans un optimisme facile, montre les obstacles qui se dressent en Europe entre un rêve d’avenir et les frustrations du présent. Il ne cherche même pas ? minimiser les atouts dont dispose la société américaine pour faire reculer l’individualisme et progresser l’harmonie ; il croit simplement que les atouts de l’Europe sont supérieurs. Bref, il rêve d’un rêve européen transformable en réalité. A nous de lui donner raison plutôt que d’accepter de voir notre « vieux continent » se transformer en musée.
Le rêve européen - Jeremy Rifkin, Editions Fayard, 563 p., Paris 2005
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2010 Futur Virtuel |
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Ce que la science-fiction imagine, la science le crée de plus en plus vite. Malo Girod de l’Ain illustre cette accélération. Précurseur de l'Internet, entrepreneur des nouvelles technologies (et membre du Club des Vigilants), il combine un essai sur le futur proche avec un roman d'anticipation, mettant en relief les évolutions technologiques concevables au cours d’un XXIe siècle qui verrait s'écouler l'équivalent de 20 000 ans de « progrès ». Il estime que si la puissance des ordinateurs continue de doubler tous les 18 mois, on verra apparaître dès 2020 des machines ayant la même capacité de traitement que le cerveau humain ! Ce livre, avec son optimisme résolu, esquisse l'homme qui sera (plus ou moins) le maître de cet univers mi-réel, mi-virtuel, et veut nous convaincre d’y pénétrer en colons actifs, alors que "nos corps auront tendance ? devenir de simples relais entre les réseaux et nous". Cette euphorie, incarnée dans de nouvelles philosophies comme le Vexism ("Virtuel existentialism") fait un peu l’impasse sur les angoisses.
2010 Futur Virtuel - Malo Girod de l‘Ain, M2 Editions, 210 p., Paris 2005
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Le secteur bancaire et les marchés financiers en Chine : opportunités et risques |
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Colosse aux pieds d’argile pour les uns, puissance menaçante pour les autres, la Chine ne cesse de faire parler d’elle. Jean-Luc Marteau se livre ? une étude raisonnée des forces et des faiblesses de ce pays. Après une description pleine de rigueur sur l’évolution, notamment économique, de la Chine depuis 1978, l’auteur concentre son analyse sur un secteur qu’il connaît bien : le secteur bancaire et les marchés financiers. Découpé en deux parties, Le secteur bancaire d’un côté et Les marchés financiers de l’autre, qui comprennent chacune deux chapitres, l’un pour la Chine continentale et l’autre pour Hong Kong, le livre, dont la lecture peut sembler parfois aride, décrit, d’une manière précise et extrêmement documentée, les institutions du secteur et leur fonctionnement. On peut ainsi tout savoir sur la loi bancaire, les autorités de tutelle, la structure et les acteurs du système bancaire et des marchés financiers ou encore les règles prudentielles en vigueur en Chine... Mais Jean-Luc Marteau fait plus que donner une photographie factuelle du secteur. Il en dissèque les risques et débusque les opportunités réelles ou latentes. Il en analyse l’évolution probable et ébauche des scénarios, plus ou moins noirs, selon que la réforme du secteur, indispensable ? ses yeux, échoue ou réussit.
Le secteur bancaire et les marchés financiers en Chine : opportunités et risques - Jean-Luc Marteau, Editions Lavoisier, 312 p., Paris 2005
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