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Le 26 juin 2009
L’Iran vue de …

Ceux qui, en Europe, espéraient que la République Islamique d’Iran puisse se muer en une démocratie irréprochable, sont déçus. Que la fraude ait été massive ou qu’elle ait seulement donné un coup de pouce il y a eu, c’est le moins que l’on puisse dire, quelques anomalies. Vues d’Europe ou d’Amérique, la contestation attire la sympathie, la répression suscite l’opprobre ; le régime iranien, considéré comme hostile, est crédité des pires intentions.

Vues d’Arabie, qui est encore sous le joug d’un wahhabisme intransigeant, vues aussi d’Egypte, d’Algérie et autres pays musulmans où les élections sont de pure forme, les choses sont apparues sous un jour différent. Fraude ou pas, il y a eu débat, la vie politique a été trépidante, la société s’est exprimée. Et, comme l’Iran semblait être doté d’institutions assez souples, certains opposants espéraient que son régime pourrait servir de modèle à des pays musulmans même sunnites. Quelques potentats auraient alors eu tout à craindre du réveil de peuples cherchant leur inspiration du côté de Téhéran. Lorsque Khamenei a cautionné la répression et tenté de verrouiller le régime, la déception a été terrible pour tous ceux qui, dans le monde musulman, aspirent à concilier religion et liberté. Quelques optimistes entretiennent la flamme d’un espoir ténu de réconciliation à l’iranienne.

Vu de Turquie, c’est une autre histoire. Les négociations pour entrer dans l’Europe ont permis à un gouvernement « modérément islamique » d’améliorer la démocratie en se débarrassant de la tutelle militaire. Aujourd’hui, religion et liberté sont, au moins partiellement, réconciliées. La Turquie est, mieux que l’Iran, prête à servir de modèle. L’Europe y aurait tout intérêt et l’on peut même imaginer un scénario où la Turquie, après avoir tiré parti de la négociation avec l’UE pour s’aligner sur des structures modernes, n’ait plus envie d’adhérer à un club majoritairement chrétien.

Vu d’Israël, le bilan est contrasté. Ceux qui croyaient qu’Obama pourrait relancer rapidement le processus de paix sont déçus. Les autres sont soulagés tout en craignant qu’Obama se montre naïf et, qu’à long terme, l’Iran sorte vainqueur d’un éventuel rapprochement.

Pour Obama, le jeu est complexe. L’élection en Iran ne change pas la géographie et, puisque Bush a commis l’insanité d’entrer en Irak, il a besoin, lui, de l’Iran pour en sortir. Il ne doit pas pour autant accepter l’engrenage qui aboutisse à une Bombe pour les ayatollahs. Jusqu’où pourra-t-il aller ? Est-il concevable, qu’en bout de course, les Iraniens disposent, comme les Allemands, les Japonais et beaucoup d’autres, de tout le matériel nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire mais que l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) ait les moyens de s’assurer que le stade ultime n’est pas franchi ? Si, tel était le cas, Israël se satisferait-il d’une telle assurance ?

Dans vingt ans, l’approvisionnement énergétique du monde sera largement tributaire du gaz iranien et du pétrole irakien. Les investissements doivent démarrer aussi vite que possible. Les Etats-Unis, l’Europe et l’Iran sont condamnés à s’entendre. Quelles que soient leurs tendances politiques, les Israéliens ne veulent pas que cette entente se fasse sur leur dos.

Les problèmes sont liés, leur corrélation est explosive.

Correspondants du Club

(Informations recueillies entre le 12 et le 21 juin... A suivre)

Posté par Correspondant du Club, le 26/06/09 dans Edito - Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 juin 2009
Paradoxe saoudien
090621-ArabieSaoudite.jpgQuel est l’allié le plus affiché des Etats-Unis au Moyen Orient ? L’Arabie Saoudite ! Qui finance dans le monde entier, les ennemis de l’Amérique ? L’Arabie Saoudite ! L’Islam le plus dur, le plus radical, le plus intransigeant, est incarné par le wahhabisme. Il plonge ses racines en Arabie, y contrôle toutes les institutions religieuses et certains leviers de l’Etat. Une partie de l’argent du pétrole peut ainsi être consacré à la propagation de la foi dans tout l’Islam sunnite.

L’Afghanistan est un cas d’école. Taliban signifie « étudiant ». Ces étudiants sont issus des « madrasas ». Ces madrasas sont financées par l’Arabie. On y anone le Coran et l’on y professe que la Charia est la justice divine.

Quand on pense que l’Empire ottoman, pôle de l’Islam sunnite jusqu’à la Guerre de 14, avait partiellement laïcisé son Droit dès le 19ème siècle, la régression est patente. Et quand on pense que, pendant toute la Guerre froide, la lutte contre le communisme a conduit les Etats-Unis à s’appuyer sur l’Arabie Saoudite et à soutenir ses pires desseins, il y a de quoi rire … et matière à pleurer.

Posté par Marc Lanval, le 21/06/09 dans Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 3 juin 2009
Rêve de paix
090603-MondeMusulman.jpgCoup de prose dans l’eau ou coup de cœur dans le mille ? Le « grand discours au monde arabe » que Barack Hussein Obama doit prononcer au Caire dans quelques heures peut être l’un ou l’autre. Les conséquences positives, ou négatives, seront immenses.

Si l’essentiel du discours est rédigé par des « experts », le mur des ressentiments restera intact ; la brèche ne peut venir que si le souffle est personnel et la parole authentique. Il faut espérer qu’Obama parlera peu de politique et beaucoup de lui-même, de sa vie, des souffrances qu’il a endurées à cause de la brisure du monde, des incompréhensions raciales et des antagonismes religieux. 

L’élément clef est qu’Obama n’est pas seulement président des Etats-Unis, il est une universelle légende qui, pour les Musulmans, constitue une énigme : Comment un « Hussein » a-t-il pu devenir puissant parmi les puissants ? Est-il une menace pour l’Islam ou incarne-t-il un espoir ? 

La question n’est pas anodine mais vitale. Au-delà des gouvernements, elle concerne les peuples avec leurs masses de déshérités et leurs élites frustrées. Elle se pose à un moment qui, lui-même, est crucial : le terrorisme est sur le point de devenir un moment de l’Islam. Ses héros, ses martyrs peuvent enflammer l’imaginaire et balayer les réticences de millions d’hésitants raisonnables. 

Souvenons-nous. Au moment des Croisades, tous les Chrétiens n’étaient sûrement pas des fanatiques. La guerre « Sainte » les a pourtant enthousiasmés. En 1095, le pape Urbain II, a promis aux « hérauts du Christ » qui s’engageraient « dans la bataille contre les païens », la rémission des péchés. En bout de course, dans Jérusalem « délivrée », les « Sarrasins » ont été exterminés. Guillaume de Tyr, chroniqueur de la première Croisade, rapporte que « Nul n’a jamais ouï, nul n’a jamais vu pareil carnage de la gent païenne : des bûchers étaient disposés comme des bornes et nul, si ce n’est Dieu, ne connaissait leur nombre ».  

Des Don Quichotte du « Djihad » rêvent de revanche mondialisée. Les Sancho Pança du bonheur ont besoin qu’un citoyen du monde légitimise leur rêve de paix. Si Obama y parvient, « l’intendance suivra ».

Posté par Marc Ullmann, le 03/06/09 dans Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 29 mai 2009
Une Europe de rêve
090529-Europe.jpgLe 7 juin, les électeurs iront aux urnes en traînant les pieds. L’Europe ne les fait pas rêver. Au mieux, ils sont pour, approuvent un « mariage de raison » mais ne voient pas très bien ce que cette Union apporte. Alors, pourquoi se soucieraient-ils de la couleur politique du Parlement Européen ?

La réponse se situe à plusieurs niveaux : l’Europe agit ; elle agira de plus en plus ; elle devra agir mieux ; le rôle du Parlement sera décisif. 

Ø       L’Europe agit : Malgré la piètre idée que les Européens se font de l’UE, celle-ci existe aux yeux des habitants de Shanghai, d’Osaka ou de Sao Polo. C’est particulièrement vrai dans le domaine des normes qui, chez nous, passe presque inaperçu. L’UE est le plus grand marché du monde et quiconque veut y exporter doit se conformer aux prescriptions imposées. Or, celles-ci, du fait même qu’elles sont valables sur tout le territoire de l’UE, acquièrent une réputation de standard quasi universel. 

Ø       L’Europe agira de plus en plus : La crise a fait ressortir les bienfaits de la mondialisation et le besoin d’en corriger les abus. Les Européens vont devoir se protéger davantage sans tomber dans les excès du protectionnisme qui conduit aux nationalismes puis aux guerres. L’Europe, de ce point de vue, est bien placée puisqu’elle peut s’ériger en faiseuse de normes. Elle l’a déjà fait dans le domaine de la santé. Elle peut le faire dans le domaine social. Elle peut même le faire en matière d’environnement où le juste milieu sera dur à trouver : les Chinois n’ont pas tort lorsqu’ils disent que l’Occident a pollué avant eux ; ce n’est cependant pas une raison pour les laisser polluer sans limites. 

Ø       L’Europe devra agir mieux : Malgré les méfaits de la colonisation et les horreurs de deux guerres mondiales, l’Europe peut encore offrir au monde un modèle d’harmonie. La rapide ascension économique de la Chine fait rêver beaucoup de peuples mais, précisément à cause de la rapidité de ses changements, elle ne donne pas le spectacle d’une société douce. Les Etats-Unis disposent d’incontestables atouts mais Obama aura besoin de plusieurs années pour redonner souffle au « rêve américain ». C’est le moment de l’Europe. L’ancien continent peut émerger, sinon comme une sorte de modèle, du moins comme une tentative originale et enviable de recherche du bonheur. De toutes les zones géographiques, l’Europe est la mieux à même d’exercer « la douce sympathie de son exemple ». 

Ø       Le rôle du Parlement sera décisif : Il l’est déjà dans la mesure où les députés européens votent quantité de textes que les parlements nationaux ont l’obligation de transformer en lois dans leurs pays respectifs. Son importance augmentera forcément puisque le poids de l’Europe sera déterminant dans l’élaboration de règlementations mondiales. 

Selon que la majorité du Parlement Européen sera de telle ou telle couleur, l’inflexion des politiques européennes mettra plus ou moins l’accent sur telles ou telles orientations. C’est l’essence même de la politique. Une politique que les abstentionnistes du 7 juin auront le tort de négliger.

Posté par Marc Ullmann, le 29/05/09 dans Europe - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 25 avril 2009
Iran : la continuité dans le changement
090425-Ahmadinejad.jpgL’irruption de Mir-Hossein Mousavi dans la course à l’élection présidentielle bouleverse la donne. Mahmoud Ahmadinejad qui était favori devient outsider.

Mousavi était Premier ministre pendant la terrible guerre avec l’Irak. Le Guide était alors Khomeiny tandis que Khamenei, l’actuel Guide, était Président.

Khamenei et Mousavi s’entendaient bien, ils sont restés amis. De là à conclure que Khamenei veut pousser Mousavi aux dépens d’Ahmadinejad, il y a un pas qu’il serait dangereux de franchir. Khamenei est retors et veut laisser souffler le vent de l’opinion. Si la fierté nationale dont Ahmadinejad s’est fait le champion récolte la majorité des suffrages, il s’en accommodera. Si l’incurie économique dont a fait preuve Ahmadinejad décourage les électeurs, il s’appuiera sur Mousavi. Pour plus de sûreté, il y a même un troisième homme en la personne de Mehdi Karoubi, un beau parleur particulièrement populaire dans l’Ouest du pays. 

Mousavi ne sait pas haranguer les foules comme Ahmadinejad ni même comme Karoubi. Ce sera pour lui un handicap  qui s’ajoutera au poids de ses 68 ans dans un pays où 60% de la population à moins de 30 ans. Il bénéficie cependant de nombreux avantages. D’abord, il est sérieux et a constamment tenu des propos réalistes. Ensuite, comme il a été compagnon de Khomeiny, le fondateur du régime, il ne peut être accusé faiblesse à l’égard des Américains. Cela lui permettra de répondre à certains arguments de campagne que pourrait proférer Ahmadinejad et de faire néanmoins preuve d’une certaine souplesse dans les relations internationales. Une souplesse dont le peuple iranien a besoin et que les ouvertures d’Obama rendent à la fois possibles et nécessaires.

Posté par Correspondant du Club, le 25/04/09 dans Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 2 mars 2009
Mystères turcs
020309-Erdogan.jpgM. Erdogan et son gouvernement s’efforcent d’adapter la laïcité garantie par la Constitution à un islamisme relativement modéré. Ils s’efforcent aussi de concilier une éventuelle entrée au sein de l’Union Européenne avec une implication croissante dans la politique régionale. Comme s’ils voulaient être héritiers à la fois d’Atatürk et de l’empire Ottoman.

L’avenir, cependant, dépendra moins de ce qu’ils souhaitent que de l’évolution spontanée de la société. Comment les Turcs vivent-ils leur présent ? Comment se modifient leurs comportements ? A quel type de modernité aspirent-ils ? Voilà les facteurs essentiels dont les politiques devront finalement s’inspirer.

Après avoir, en 2007, étudié l’évolution (sur bien des points positive) de la société iranienne (Devenirs Iraniens est consultable sur le site : http://www.clubdesvigilants.com/mt-static/pdf/070913-Iran.pdf) ainsi que les Conséquences d’une intervention militaire américaine en Iran. Risques du statu quo (http://www.clubdesvigilants.com/mt-static/pdf/080630-Iran.pdf), le Club est sur le point de rendre publique une étude sur les devenirs marocains. Ainsi, amorçons-nous une sociologie comparée de plusieurs terres d’Islam dont le destin pèsera sur celui de l’Europe.

Il suffit de regarder une carte et de dénombrer les pays dont la Turquie est limitrophe pour comprendre que nous souhaiterions pouvoir contribuer rapidement au décryptage des mystères turcs.

Posté par Henry Hermand, le 02/03/09 dans Europe - Géopolitique - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 février 2009
Concours de sortie
090224-CarteMonde.jpg« La guerre, a dit Mussolini, est l’examen de passage des nations ». Plus modeste et moins grandiloquent, Braudel a évoqué en historien les crises économiques et financières. « La crise, a-t-il écrit, est une épreuve, les forts la traversent, les faibles y succombent ». Ainsi, est-ce consécutivement à des crises que les « centres du monde » se sont déplacés. Venise, par exemple, a « succombé » tandis qu’Amsterdam a « traversé » plusieurs épreuves avant d’être supplanté par Londres.

A l’issue de la crise actuelle, les Etats-Unis resteront-ils N°1 malgré l’accumulation de leurs déficits et la décrépitude de leur industrie ? Les paris sont ouverts. Personnellement, je crois qu’ils conserveront leur prééminence. 

La Chine n’est, sans doute, pas encore apte à devenir N°1. Peut-être même est-il trop tôt pour dire quelles nations d’Asie sortiront renforcées de la crise et quelles autres en sortiront affaiblies. En revanche, il est presque certain que, globalement, l’Asie accroîtra son poids relatif dans les affaires du monde et que la coopération régionale sera accentuée.

La Chine, le Japon et Taiwan ont besoin de débouchés ; leurs réserves financières sont immenses ; ils ne laisseront pas tomber leurs clients les plus proches.  

En Amérique Latine, pas de suspens : le Brésil y est roi. Ni le Mexique, ni l’Argentine, ni le Chili, ni le Venezuela n’ont, comme lui, la capacité de surfer sur la crise. Cependant, même s’il parvient à catalyser la coopération régionale, la baisse brutale du cours des matières premières le privera des moyens de renflouer tous les éclopés du continent. Les plus démunis, comme la plupart des pays d’Afrique (et comme les Etats qui, tel l’Ukraine, sont assis entre deux zones) n’auront que le FMI pour pleurer. 

En Europe, on se sera aperçu que l’endettement des ménages plombe les nations encore plus sûrement que l’endettement des Etats. La Grande Bretagne qui, de surcroît, a beaucoup misé sur la City, perdra en importance tandis que l’Allemagne accentuera son avance et que la France consolidera sa place de N°2 européen. Place plus ou moins enviable selon que l’Europe, dans son ensemble, pèsera plus ou moins lourd ! 

Pour l’Europe, la crise est bel et bien un examen de passage. Dans le pire des cas, la monnaie unique volera en éclat et l’Union donnera le triste spectacle de la désunion. Dans le meilleur des cas, les institutions européennes gagneront en efficacité et feront germer une solidarité mondiale. L’enjeu est capital car, s’il fallait résumer en une seule phrase le pourquoi de la crise actuelle, on pourrait arguer que la cause profonde réside dans le déséquilibre entre pouvoirs politiques nationaux et structures économiques mondialisées. En ce sens, l’Europe a le devoir de mériter la première place au concours de sortie de crise. Non seulement les pays membres en tireraient bénéfice mais toutes les nations pourraient s’inspirer d’un exemple pour encadrer leur interdépendance de fait dans une interdépendance de droit.

Posté par Marc Ullmann, le 24/02/09 dans Economie - Europe - Géopolitique - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 février 2009
Le test ukrainien
090216-Ukraine.jpgL’Ukraine n’est pas un pays ordinaire. Une partie de sa population louche vers l’Ouest, une autre louche vers l’Est, une troisième, en Crimée, est à peine ukrainienne. Le tout finira par éclater si l’Union Européenne et la Russie ne créent pas un partenariat paneuropéen permettant à l’Ukraine de servir de passerelle au lieu d’alimenter la discorde. Le conflit du gaz ne fait que souligner l’urgence du problème.
Posté par Marc Lanval, le 16/02/09 dans Europe - Géopolitique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 janvier 2009
Israël-Palestine : vingt ans après
090128-Palestine.jpgLa première Intifada a éclaté en 1987. Des jeunes Palestiniens lançaient des cailloux. Les cailloux sont devenus des roquettes. Les roquettes pourraient devenir des missiles. Les donnes de la négociation s’en trouvent changées : le « Processus d’Oslo » a été lancé en 1991, sans doute à contretemps ; aujourd’hui, le concept « Deux Etats » risque d’être dépassé.

En 1967, des occasions avaient été manquées mais en 1991, les « durs » des deux camps se projetaient dans un avenir lointain. Les uns pensaient que les Israéliens finiraient par connaître le sort des Croisés. Les autres estimaient que le découpage de l’empire Ottoman n’était pas terminé et que les Palestiniens trouveraient, un jour ou l’autre, une place à part. Cela aurait pu laisser aux « modérés » des deux camps le temps de procéder par petits pas. Des investissements auraient facilité le développement de ce qu’on appelait la Cisjordanie où les municipalités auraient pu bénéficier de pouvoirs étendus. Le choix a été différent et, en 2001, à Taba, le processus d’Oslo a capoté.

En 2009, on imagine mal que les Palestiniens puissent se contenter de petits pas ou que les Israéliens puissent accepter une Palestine vraiment indépendante qui placerait Jérusalem et Tel-Aviv à portée de tirs. L’affrontement de Gaza marque le début d’une nouvelle phase. Le Moyen Orient tout entier peut s’enflammer et, s’il s’enflamme, il embrasera le monde.

Posté par Marc Ullmann, le 28/01/09 dans Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 26 janvier 2009
From Gettysburg to Normandy : Nicolas tu vas avoir du boulot …
090126-Normandy.jpg Le récent discours d’investiture de Barack Obama a immédiatement donné matière à moult commentaires sur sa forme ou sur son contenu dans les Media ou sur le Net. Parmi les sujets de prédilection : le lapsus du serment, la mise au placard des années Bush, la référence aux Pères Fondateurs, la défense du mode de vie américain, Obama européen ou américain …

Une phrase, parmi d’autres, semble être passée totalement inaperçue, or je pense qu’elle pèsera beaucoup dans nos relations futures avec nos amis américains : « For us, they fought and died, in places like Concord and Gettysburg; Normandy and Khê Sanh. » 

Car dans ce discours, ô combien préparé, ô combien réfléchi et ô combien important, aucun mot n’était dit au hasard. En associant les Pères Fondateurs à 4 grandes batailles clés, Barack Obama s’adressait à ses compatriotes dans ce qu’ils ont de plus fort, de plus profond. Il leur disait qu’ils sont en guerre (et pas en croisade), qu’il faut combattre et qu’il faut se souvenir.  Concord, c’est Washington qui défait les Anglais ; Gettysburg, c’est la bataille qui va changer le cours de la Guerre Civile ;  Normandy, c’est l’Amérique qui sauve le Monde Libre et Khê Sanh, c’est le traumatisme de la guerre du Viet Nam, » encore frais dans les mémoires, que chante Springsteen dans son mythique tube Born in the USA : « I had a brother in Khê Sanh ». 

« Normandy » fait partie du Panthéon américain. «Normandy » fait partie des mythes fondateurs de l’Amérique. 

« Normandy », ce n’est pas bien loin de chez nous, c’est même chez nous. Et nos amis américains, sans ne nous l’avoir jamais trop réclamé, ont toujours pensé que nous avions contracté une petite dette envers eux au passage. Il y a quelques années, au début de l’obscurantisme des années Bush, « notre vieux pays, d’un vieux continent, qui a connu tant de guerres » n’a pas voulu s’associer à la deuxième guerre en Irak. Nous sommes alors passés pour des ingrats, des traîtres, des lâches et de faux alliés, malgré les états de service de la division Daguet lors de la première. Sans doute avions-nous raison au regard de l’Histoire, mais certainement  n’avons-nous pas su trouver les mots pour le dire, ni vraisemblablement n’avons-nous perçu que Normandy rimait avec Khê Sanh, Gettysburg et Concord pour un Américain. 

Demain, Barack Obama va demander des renforts à ses alliés en Afghanistan. Et très certainement il commencera par nous. Il va être difficile de dire « Non » à nos amis Américains. Tout autant que d’expliquer à nos concitoyens pourquoi il faut dire « Oui ». 

Mais peut-être notre Président aura-t-il là une occasion historique de nous réconcilier avec notre premier Allié … qu’il ne faudra pas rater.

Posté par Thierry Grimaux, le 26/01/09 dans France - Géopolitique - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 9 janvier 2009
Barack et Hillary sont sur un bateau
090109-Obama-Hilary.jpgQuand Barack Obama a nommé Hillary Clinton Secrétaire d'Etat, un vieux routier du Sénat s'est plu à citer la phrase prononcée par Lyndon Johnson après qu'il eut confirmé Edgar Hoover dans ses fonctions de chef du FBI. « Je préfère, avait dit le Président, qu'il soit dans le train et qu'il pisse dehors plutôt que dehors et qu'il pisse dans le train ».

Les membres du corps diplomatique ont un point de vue plus amène. La plupart d'entre eux estiment avoir de bonnes raisons de se réjouir :

 Ø       Hillary a suffisamment d'expérience pour savoir que le premier test d'un ministre est budgétaire : les poids lourds obtiennent une rallonge ; les poids plumes subissent une amputation. Elle se battra pour que « Foggy Bottom » ait davantage de moyens et n’hésitera pas à faire valoir que 1.000 postes sont vacants aux Affaires Etrangères alors que le gouffre des dépenses militaires ne cesse de se creuser.

Ø       Si Hillary gagne ce premier combat - et elle le gagnera - sa victoire aura une valeur symbolique. La boîte à outils de Bush était pleine de marteaux. Celle d'Obama doit disposer aussi de porte-voix.

Ø       Il est bon qu’une personnalité politique soit à la tête du Département d’Etat pour examiner la stratégie politico-militaire des Etats-Unis à la lumière de la crise économique. Plus question de donner des leçons au monde entier. Au lieu de dire « qui n’est pas avec nous est contre nous », le moment est venu d’affirmer « qui n’est pas contre nous est avec nous ». Dans cet esprit, pourquoi rejeter la Russie dans un climat de Guerre Froide au lieu de favoriser son rapprochement avec l’Union Européenne ? Et pourquoi réconcilier les Sunnites et les Chiites du monde entier sur le dos de l’Amérique au lieu de pratiquer de subtils distinguos ?   

Barack et Hillary sont sur un bateau qui s’éloigne de l’aventurisme. Il s’appelle « Yes we Can! ». 

Posté par Marc Ullmann, le 09/01/09 dans Géopolitique - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 décembre 2008
Qui a la clef des bombes pakistanaises ?
081221-Bombe.jpgEn mars 2003, voici plus de cinq ans, le Club publiait l’alerte suivante :« Futurs combats : Dans le terrible jeu de l’oie que les experts anti-terroristes appellent déjà « troisième guerre mondiale » l’Irak, par la volonté américaine, est devenue une case de passage obligé. Mais les cases trésor, celles que Ben Laden et ses amis cherchent vraiment à atteindre, sont le Pakistan, avec son arsenal atomique, et l’Arabie Saoudite avec ses robinets de pétrole.

La pression sera d’autant plus forte que, parmi toutes les nations musulmanes, ce sont le Pakistan et l’Arabie Saoudite qui ont les structures familiales les plus éloignées de celles de l’Occident. Ces réalités là sont de si longue durée qu’une adhésion populaire à nos systèmes de valeurs semble hors de portée pendant au moins une ou deux générations. Quoi que puissent faire des gouvernements « amis » ».

Le glas n’est pas loin de sonner. Le nouveau président pakistanais Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, est certes désireux de combattre Al Qaïda, de contrer les talibans et de s’opposer à l’extrémisme sunnite (lui-même est chiite et les chiites pakistanais sont plus souvent victimes que bourreaux) mais ses pouvoirs semblent être essentiellement protocolaires. Malgré les nominations qu’il a pu faire à la tête de l’armée et surtout de la redoutable Inter Service Intelligence (ISI), les ramifications malfaisantes sont à l’œuvre. Elles sont même plus redoutables que jamais puisqu’elles se sont révélées capables d’organiser le terrible attentat de Bombay et de compromettre, du même coup, les perspectives de paix entre l’Inde et le Pakistan.

Dans les circonstances actuelles, il est clair que l’Inde, qui était boudée du temps de la Guerre Froide, est un allié plus sûr que le Pakistan. Ce malheureux pays – si pays il y a ! – est agonisant. Est-il possible de sauver Zardari avant que la clef des bombes pakistanaises tombe entre les mains de Ben Laden et ses amis ? C’est sans doute pour le monde aujourd’hui l’angoisse N°1.
 
Posté par Marc Ullmann, le 21/12/08 dans Asie - Géopolitique - Terrorisme | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 18 décembre 2008
L'Empire du Milieu déclare la guerre des changes !

100-yuan-2000.jpgLa Chine a engagé un processus de  baisse du yuan. Alors que depuis des mois les économies internationales insistent sur le niveau jugé sous-évalué du yuan ...

 Voilà que la Chine est tentée par une dévaluation de sa monnaie afin de favoriser sa propre croissance. Déjà qu'elle possédait un avantage redoutable sur le marché de l'export, la voilà qui laisse filer sa devise par rapport au dollar.
Est-ce une provocation vis-à-vis du nouveau président Obama, signal d’un combat annoncé pour le leadership du monde ou un bien un test de ses concurrents et fournisseurs mondiaux vis-à-vis d'une éventuelle envie de protectionnisme ?

Nous le saurons rapidement…

Rappelons nous le vieil adage chinois : «  Faire du bruit à l’Est mais attaquer à l’Ouest ! »

( Ancien traité chinois de stratégie militaire )

Posté par Henri-Paul Soulodre, le 18/12/08 dans Chine - Economie - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 novembre 2008
Multiplication des « go-between » internationaux

081117-HumanitarianDialogue.jpgLa recherche de compromis qui marchent devient une des grandes affaires de l’époque.

Il y a quelques mois, le Kenya, pays prospère et supposé stable a été sur le bord de l’explosion. A la suite d’élections contestées, deux camps politiques s’entretuaient (le parti dominant accusé de fraude électorale et l’opposition, Orange Democratic Movement). Les négociateurs étaient prêts à s’entrégorger. Koffi Annan, ex-secrétaire général de l’ONU, intervenant comme intermédiaire s’est appuyé sur une petite organisation extrêmement discrète et compétente qui a pacifié la négociation, le Centre for Humanitarian Dialogue. C’est un cabinet suisse de médiation, fondé il y a 9 ans par quatre personnes et qui a maintenant 70 collaborateurs.

Il existe un groupe hollandais de médiation internationale, Kreddha, un groupe britannique, Conflicts Forum, fondé par un ancien agent des services secrets. 

Une étude a montré qu’au cours des 15 dernières années une très petite proportion des conflits ont été tranchés par une victoire militaire. Presque tous l’on été par la négociation. Le défi est moins d’être un guerrier habile qu’un négociateur habile. Et la nature des conflits à changé ; ils impliquent des insurgés, des sécessionnistes, des mercenaires, des partis politiques opposés.

Posté par Alain de Vulpian, le 17/11/08 dans Afrique - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 novembre 2008
La grâce et les tests
081113-Obama.jpgChacun sait maintenant qu’Obama est à la fois un homme symbole et un homme rusé. Que nous réserve cette combinaison pour l’après 20 janvier ?

L’homme symbole incarne le rêve américain à l’heure de la mondialité. Les "Pères Fondateurs" ont fait des Etats-Unis le rêve d’Européens épris de liberté. Deux siècles plus tard, Obama se pose en "Fils Fondateur" : il s’adresse à tous les Terriens et, à l’intérieur des Etats-Unis, donne fierté aux descendants d’esclaves. 

L’homme rusé incarne le savoir faire des initiateurs du "bottom up". Pendant la campagne, des centaines de milliers de volontaires n’ont pas seulement été mobilisés, ils ont été impliqués. L’action, tant sur le web que sur le terrain, a été créative. 

Dans l’exercice du pouvoir, rêve et savoir faire vont être mis à l’épreuve 

Ø       Aux Etats-Unis, le parti Républicain risque de se crisper. Ses militants n’ont pas tous l’élégance de Mc Cain qui, le soir de sa défaite, a tenté, avec panache et sincérité, d’adoucir les rancœurs. Le "Great Old Party", qui a été battu au centre, peut glisser vers l’extrême droite. D’aucuns s’efforceront de transformer Sarah Palin en une sorte de Le Pen américain. La crise économique rendra la tâche d’Obama particulièrement difficile. L’initiateur du "bottom up" devra agir en thérapeute. 

Ø       Dans le monde, Obama, fils de partout et patriote transnational, soulève un immense espoir. Son prédécesseur, encore en fonction, fait figure de Père Fouettard qui avive les conflits. Lui, par contraste, peut devenir le Père Dialogue qui facilite les négociations. Encore faudra-t-il que son doux leadership ne soit pas vu comme un signe de faiblesse. Le futur Vice Président, Joe Biden, ne s’y est pas trompé. "Il y aura des tests" a-t-il prévenu. 

Ø       L’Europe qui partage avec l’Amérique des valeurs universelles sera mise à contribution. Plus elle sera "écoutée", moins elle aura à se plaindre d’unilatéralisme, plus il lui sera difficile de s’opposer.Le "partnership" se paiera en termes de "répartition des charges" financières et militaires. Si l’Union Européenne manque de souffle politique, si elle n’a ni vision spirituelle ni objectifs concrets, elle ne sera rien d’autre que le – plus ou moins – brillant second d’une Amérique rajeunie par un président visionnaire. 

C’est maintenant que se joue l’avenir. Obama n’a pas encore fixé tous ses caps et choisi toutes ses routes. Son équipe est encore en formation et va être en rodage. 

L’Europe a quelques mois pour se faire vraiment entendre ... si elle sait ce qu’elle veut. 

Posté par Marc Ullmann, le 13/11/08 dans Europe - Géopolitique - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 septembre 2008
Réveil ottoman
080913-ReveilOttoman.jpgLa géographie et l’Histoire font de la Turquie un acteur indispensable à la résolution de plusieurs crises sur plusieurs continents. Malgré des freins de politique intérieure, l’équipe au pouvoir avance des pions. 

Ø      L’empire ottoman a beau avoir laissé son empreinte sur le Caucase, la Turquie ne pouvait s’impliquer efficacement tant qu’elle restait l’ennemie déclarée de l’Arménie. D’où l’amorce d’une réconciliation, symbolisée par la présence, le 6 septembre à Erevan, du président Abdullah Gül, à l’occasion du match de foot qui opposait les équipes nationales. La proposition turque d’un « Protocole Caucasien de Stabilité et de Coopération » peut ainsi être relancée. Un tel pacte, s’il était crée avec l’assentiment de la Russie, pourrait servir de cadre pour l’arbitrage et le règlement de conflits locaux.

 

Ø      La Turquie sert d’intermédiaire à des pourparlers entre Israël et la Syrie. C’est important et pourrait, de surcroît, servir de précédent à d’autres rencontres puisque la Turquie a des intérêts communs avec l’Iran, entretient de bonnes relations avec le gouvernement irakien et reste l’alliée des Etats-Unis.

      Ø      La Turquie qui achemine déjà vers l’Europe du pétrole caspien, pourra servir de route aux hydrocarbures en provenance de deux de ses voisins, l’Irak et Iran. 

Indispensable carrefour.

Posté par Marc Lanval, le 13/09/08 dans Europe - Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 août 2008
Défi caucasien
080827-Caucase.jpgAu lieu de s’en plaindre, il faudrait se féliciter que la Russie s’enrichisse grâce au pétrole, au gaz, aux métaux et bientôt aux céréales. Ce pays a vécu la descente aux enfers de l’ex-URSS comme une défaite suivie d’humiliations. L’Allemagne des années 30 nous a montré comment un grand peuple peut réagir lorsqu’il se sent humilié et qu’il est appauvri.

Poutine est coriace mais pas fou. Ses moyens sont contestables, son cynisme évident mais, dans sa Russie, il n’y a plus de goulags et il ne viendrait à l’idée de personne d’y créer des camps d’extermination. Il est normal que cette Russie là joue un rôle éminent sur la scène internationale. Ce n’est pas de la lâcheté de le reconnaître. Ce n’est pas « munichois » de l’accepter. 

 

Les bons ne sont pas tous d’un côté et les méchants de l’autre. Au Caucase, d’ailleurs, tout le monde se comporte méchamment. Les Ossètes et les Abkhazes, soutenus par les Russes, ont persécuté les Georgiens tandis que ceux-ci, soutenus par les Américains, ont tenté d’asservir ces récalcitrants sujets de leur nation désunie. 

 

Poutine voulait la peau de Saakashvili qu’il considère comme un ennemi. Il est légitime et même indispensable que les Etats-Unis et l’Europe l’en empêchent. Le fort ne doit pas écraser le faible même si le faible n’est pas irréprochable. Ami et protégé des néo conservateurs américains, Saakashvili n’est ni un saint, ni un pur démocrate.

  

La difficulté va consister maintenant à créer les conditions d’un bon voisinage. Saakashvili qui, pendant des années, a injurié les Russes et la Russie doit rester en place puisqu’il a été élu. Il importe, cependant,  que la Géorgie, tout comme l’Ukraine, cesse d’être un enjeu pour devenir un lien. C’est, pour l’Europe entière, un véritable défi. 
Posté par Marc Ullmann, le 27/08/08 dans Europe - Géopolitique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 23 août 2008
Europe schizophrène
080823-Europeschizophr%E8ne.jpgLes Russes traînent les pieds pour quitter la Géorgie en attendant que leurs propres agissements de "purification" ethnique soient complétés par le départ volontaire, de désespoir, de tous les Géorgiens de l’Ossétie et de l'Abkhazie, microscopiques entités qui ne vont pas tarder à exiger un jour ou l'autre que la communauté internationale reconnaisse leur "indépendance".

Pauvre Europe dans ce cas précis !

La reconnaissance du Kosovo était à l'évidence la porte ouverte aux événements de Géorgie.
D'autre part comment être schizophrène en ayant simultanément deux grands principes antagonistes à moins d'admettre l'oxymore ?

1) le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

2) l'intangibilité des frontières nées de la fin de la deuxième guerre mondiale ???

Ces mystères nous échappent etc ......

Posté par Serge Fradkoff, le 23/08/08 dans Europe - Géopolitique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 29 juillet 2008
Is the world really flat?
080713-WorldFlat.jpgSelon Thomas L. Friedman, dont le livre « The world is flat » a connu un succès mondial, la transmission accélérée des connaissances est en passe de créer une sorte de méritocratie universelle. Tous les hommes de bonne volonté ne peuvent que le souhaiter. Beaucoup pensent même qu’Obama (qui, par l’usage d’Internet, a bouleversé les techniques électorales) pourrait être le champion de ce nouveau monde.

Il serait cependant dangereux d’oublier qu’une sombre fraternité de combattants de la modernité pourrait nourrir un nouveau nihilisme. Une éventuelle attaque américaine contre l’Iran (voir document « Conséquences d'une intervention américaine en Iran. Risques du statu quo ») pourrait, à cet égard, se révéler tragique. Partout, les vieux réflexes anticoloniaux referaient surface. Partout, la violence des puissants servirait d’alibi à la violence terroriste.

La morgue des fauteurs de guerre avec zéro mort (chez eux) aviverait l’orgueil de ceux qui sont prêts à mourir pour une cause (aussi absurde que puisse être cette cause). Ce serait le trou noir de la raison.

Posté par Marc Lanval, le 29/07/08 dans Géopolitique - Terrorisme - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 juillet 2008
Armées & Défense : vers la fin de la confusion
080713-Arm%E9es.jpgDepuis des lustres, les Français ont pris l’habitude de voir se succéder des Livres blancs sur la Défense ne présentant, au mieux, que peu d’intérêt. En schématisant à peine, ils ne servaient qu’à justifier des décisions déjà prises depuis longtemps.

Ils servaient même souvent à démontrer les vertus de l’immobilisme. De quoi faire se retourner dans sa tombe le général de Gaulle qui a toujours prôné « la seule doctrine qui vaille : celle des circonstances ». 

On peut faire des reproches aux inflexions préconisées par le récent Livre blanc. De nombreux militaires ne s’en privent pas et ont raison de s’exprimer. Ils devraient cependant reconnaître qu’un virage a été pris : dans le cadre d’une stratégie globale, il n’y a plus confusion entre les défenses militaire et civile, entre les armées et la protection des populations. Le danger terroriste est clairement pris en compte. Il s’agit maintenant de passer de la théorie à la pratique en diminuant les vulnérabilités de nos infrastructures et en minimisant les risques de catastrophes susceptibles d’être déclenchées par des amis de M. Ben Laden.

Posté par Etienne Copel, le 21/07/08 dans France - Géopolitique - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 juillet 2008
Is America on the move?
080714-drapeau_americain.jpgPour qu’un pays quel qu’il soit s’engage dans une phase de réformisme profond, trois conditions, au moins, doivent être remplies :

Ø                   l’imaginaire collectif ne doit pas être détourné de l’idéal réformiste par le souhait révolutionnaire de mettre à bas les institutions.

Ø                   le système social doit être considéré comme amendable et aucune minorité importante de la population ne doit chercher le salut dans le tout ou rien.

Ø                   la grande majorité de la population ne doit pas être systématiquement hostile au changement.

Ces trois conditions semblent actuellement réunies aux Etats-Unis et Barack Obama (un « post racial » qui a été à la fois diplômé de Harvard et travailleur social) peut servir de catalyseur. S’il y parvient, la face du monde sera changée. Pour, au moins, deux raisons :

Ø                   le poids des Etats-Unis est tel que toute réforme entreprise là-bas aura des répercutions partout.

Ø                   Barack Hussein Obama, fils d’une Américaine et d’un Kenyan, né à Hawaï et élevé en partie en Indonésie, peut devenir un symbole planétaire de non conflit entre civilisations.

Posté par Marc Ullmann, le 16/07/08 dans Géopolitique - Politique - Société - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 juillet 2008
Europe-Méditerranée-Monde : sortir de l’impasse, servir de modèle
080712-UPM.jpgL’Union Méditerranéenne, telle que l’avait rêvée Nicolas Sarkosy, n’existera pas : les pays de l’Union Européenne non riverains s’y sont opposés. « L’Union pour la Méditerranée » que, faute de mieux, Nicolas Sarkosy lance avec solennité, risque de souffrir à la fois de gigantisme et de paralysie.

Le Président de la République française, pourtant, veut du concret. Au départ, il avait fait référence à ce qu’il avait appelé la « méthode Monnet ». Il avait même explicitement cité la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier qui, en guise de première étape, avait seulement réuni six pays sur un projet commun portant sur seulement deux produits.

Pour la Méditerranée, il y a tellement de choses à faire que plusieurs projets communs peuvent être nécessaires. Il faut cependant reconnaître que tous les projets n’intéressent pas forcément tous les pays en même temps. Il serait donc souhaitable de prévoir plusieurs « coopérations renforcées » au sein de l’Union Européenne. Le même principe s’appliquerait aux pays de l’autre rive et, selon les secteurs, les premiers participants ne seraient pas forcément les mêmes. Ainsi, les pays qui, au Nord comme au Sud se mettraient sur la ligne de départ pourraient fixer entre eux les règles du jeu étant entendu que les autres membres des deux rives seraient invités à adhérer ultérieurement.

Un tel cheminement permettrait d’écarter un risque et de saisir deux chances :

Ø       Le risque écarté serait celui de l’enlisement dans un « machin » dont les structures seraient lourdes et dont les réalisations dépendraient de financements compassionnels.

Ø       La première chance viendrait de l’égalité entre partenaires. Dans les années 1950, la CECA aurait été un échec si l’Allemagne (vaincue) n’avait pas eu les mêmes droits et les mêmes devoirs que la France. En ce qui concerne l’Europe-Méditerranée, l’égalité doit être assurée entre « riches » et « pauvres ». D’où la nécessité que, dans chaque secteur, les ressources financières découlent d’un critère précis et acceptable par tous. Ce critère devrait, bien entendu, être choisi de telle sorte que les riches payent bien davantage que les pauvres.

Ø       La seconde chance serait l’exemplarité. L’Europe a été pionnière de la construction communautaire. Si l’Europe-Méditerranée pouvait, à partir d’une institution nouvelle, devenir un modèle à vocation mondiale, elle gagnerait ses lettres de noblesse car les institutions internationales, conçues pour la plupart à la fin des années 40, sont nécessaires mais insuffisantes. Il devient urgent de planter une nouvelle graine en choisissant, pour commencer, un secteur restreint. L’eau serait un vecteur symbolique : des populations migrent pour fuir la sécheresse ; l’eau polluée tue 15.000 personnes par jour (plus que le sida). Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. Guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.

Quelques pays du Nord et du Sud de la Méditerranée pourraient, sur ce terrain, planter une graine d’où sortirait une institution mondiale d’un genre nouveau.L’institution, dont les contours seraient définis par les premiers partants, serait dotée de réels pouvoirs et disposerait de moyens financiers.

Le Club des Vigilants a travaillé la question depuis presque deux ans et les contacts qu’il a déjà pris montrent que des pays situés très au Sud de la Méditerranée pourraient être intéressés. Les fils du désert connaissent la valeur de l’eau. Et certains ont à se faire pardonner la valeur du pétrole.

Posté par Marc Ullmann, le 12/07/08 dans Développement - Europe - France - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 30 juin 2008
Iran : conséquences d'une guerre, risques du statu quo
080630-Iran.jpgUne étude intitulée "Conséquences d'une intervention américaine en Iran. Risques du statu quo" été réalisée par un groupe de travail du Club des Vigilants, animé par Jacques Andréani.

Etienne Copel, François Nicoullaud et Marc Ullmann sont membres de ce groupe et plusieurs autres personnalités, dont un économiste de renom, ont apporté leur concours. Rappelons que Jacques Andréani a été ambassadeur de France à Washington, que François Nicoullaud a été ambassadeur de France à Téhéran, que le général Etienne Copel est vice-président du Haut comité français pour la Défense civile et que Marc Ullmann dirige les études du Club des Vigilants. 

Pour télécharger Conséquences d'une intervention américaine. Risques du statu quo

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 30/06/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 juin 2008
Téhéran joue la montre
080627-Iran.jpgLes autorités iraniennes craignent que Bush orchestre un « show down » avant de partir. Pour arriver sans encombre jusqu’au deuxième mardi de novembre, elles envoient ou laissent envoyer toutes sortes de signaux :

-          La Syrie a entamé un dialogue avec Israël sous l’ombrelle de la Turquie ; 

-          Le Hezbollah a mis fin au blocage de la politique libanaise ;  

-          Des milices chiites en Irak ont suspendu leurs opérations contre les forces gouvernementales ; 

-          Ali Akbar Hashemi-Rafsanjani, un rival de Mahmoud Amadinedjad, a rendu visite au roi d’Arabie et évoqué la possibilité d’un partenariat durable entre l’Iran et les pays du Golfe dans le secteur du gaz. Rafsanjani a cependant jugé utile de prévenir le roi qu’en cas d’agression américaine, l’Iran effectuerait des représailles à l’encontre des pays qui auraient été complices des « agresseurs » ;

 -          Ali Larijani, un autre rival de Mahmoud Amadinedjad, a été élu Président du Majlis, le parlement iranien. M. Larijani a beau être conservateur, c’est un homme policé, capable de négocier avec l’Occident ; 

-          Nuri Kamal Al-Maliki, premier Ministre irakien, a été invité à Téhéran où on l’a cajolé tout en le mettant en garde contre la signature d’un accord qui permettrait aux Américains de conserver des bases militaires en Irak et de les utiliser comme bon leur semblerait. Cette mise en garde vient précisément au moment où Bush exerce une pression sur Maliki pour qu’un tel accord soit signé avant la fin juillet.  

Clic-clac, clic-clac, …,  à l’horloge de l’Histoire, les prochains mois compteront double. 

Par des correspondants au Moyen Orient  

Posté par Marc Ullmann, le 27/06/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 juin 2008
Petites victoires, grande tragédie
080612-Somalie.jpgVictoire ! « En accord avec le gouvernement somalien » un commando français a capturé dans le désert somalien six des pirates qui avaient pris à l’abordage un bateau de plaisance et retenu en otage tout le personnel de bord.

Victoire ! « En accord avec le gouvernement somalien » des missiles américains se sont abattus sur un point précis de la ville de Dhusamareb et ont tué un certain Moalim Aden Hashi Ayro, identifié comme le chef militaire d’Al Qaïda dans le secteur. 

De ces faits d’armes, les médias occidentaux se sont faits l’écho mais la Somalie et ses huit millions de pauvres bougres sont restés dans l’oubli. Le gouvernement, pompeusement dénommé « fédéral », ne reste maître de la capitale que grâce à l’appui de troupes éthiopiennes venues lui porter secours à la demande de l’Administration américaine. Hélas, les Ethiopiens, considérés comme des ennemis héréditaires par la plupart des tribus qui composent la population somalienne, font figure d’occupants. Les rebelles islamistes peuvent ainsi jouer sur le sentiment national.

Situation rêvée pour les Fous de Dieu … et pas seulement en Somalie.

Posté par Marc Ullmann, le 12/06/08 dans Afrique - Développement - Géopolitique - Terrorisme | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 2 juin 2008
Israéliens arabes ou Arabes israéliens ?
080602-ArabesIsraeliens.jpgIsraéliens de droit, Palestiniens de cœur, ils sont écartelés. Les « vrais Israéliens » (ceux d’origine juive) aimeraient en faire des alliés mais sont méfiants. Plus le temps passe, plus le climat s’alourdit.

En 1991, il eut, sans doute, été possible de jouer une autre carte que celle du « processus d’Oslo ». Des investissements dans les « territoires occupés » (Cisjordanie et Gaza), une autonomie plus grande conférée aux municipalités palestiniennes aurait peut-être été préférable à des négociations politiques dont Arafat tenait les clefs. Aujourd’hui, Gaza vit dans la détresse, la Cisjordanie dans la misère et la coopération économique ne peut venir à bout des haines accumulées.  

Le Mur censé garantir la sécurité d’Israël sépare les Palestiniens de leurs « frères », ces Israéliens-arabes en passe de devenir des Arabes-israéliens. Pour l’Etat hébreu, c’est un défi stratégique. Pour la communauté internationale, une pressante obligation d’œuvrer vite et fort en faveur de la Paix.

Posté par Marc Ullmann, le 02/06/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 mai 2008
Rumeurs d’avant guerre
080527-Bush_Cheney.jpgLes signes s’accumulent d’une prochaine attaque américaine sur l’Iran. Le passage à l’acte aurait de telles conséquences que l’on préfère croire à une intox destinée à effrayer Amadinedjad et ses amis. Voici, en tout cas, quelques uns des signes observables :

-          500 millions de dollars ont été officieusement budgétés pour des « opérations spéciales » en territoire iranien. Cela pourrait être le premier échelon d’une escalade programmée ;

 -          La réserve stratégique de pétrole (Strategic Petroleum Reserve) a été portée à un niveau inhabituel. En temps ordinaires, les stocks ne dépassent pas six mois de consommation et il est fréquent, lorsque les prix s’emballent, que des ventes soient effectuées pour peser sur les cours. Pendant plusieurs semaines, l’inverse s’est produit. Malgré les prix élevés, les achats se sont poursuivis. L’équivalent d’au moins sept mois de consommation est actuellement stocké;

 -          Le Vice Président Dick Cheney a tenu des propos belliqueux au cours de son récent voyage au Moyen Orient. Il a même irrité le gouvernement turc en demandant un droit de survol pour les bombardiers lourds américains « au cas où » ;

 -          L’Amiral William Fallon, chef du Central Command (qui regroupe, outre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak, toutes les régions allant du Sud-est asiatique au Moyen Orient) a été poussé à la démission et remplacé par le Général David Petraeus. Ce dernier a la réputation d’être « Eager to Please » alors que son prédécesseur n’hésitait pas à critiquer les postures belliqueuses ; -           

De nouveaux rapports de la CIA font état d’un « accroissement » de l’aide apportée par l’Iran aux mouvements chiites combattant les troupes américaines. Cette aide, quand aide il y a, est acheminée en Irak par des « pasdaran », c'est-à-dire des « Gardiens de la Révolution islamique ». Comme leur mouvement a été labellisé « organisation terroriste » par l’Administration américaine, son implication en Irak pourrait servir de justification à un « droit de suite » prenant la forme de frappes américaines sur des bases de pasdaran situées en Iran. Cela constituerait, après quelques « opérations spéciales », un deuxième échelon d’une escalade conduisant à une « Global Strike » sur l’Iran … 

et à un bouleversement des données géostratégiques, économiques et passionnelles du monde entier.

Par des Correspondants à Washington et dans les pays du Golfe  
Posté par Marc Ullmann, le 27/05/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (4) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 5 mai 2008
La guerre des Trois n’aura pas lieu
080505-Brown_Merkel_Sarkozy.jpg« Quel est, aujourd’hui, le pays leader de l’Europe ? ». A cette question, les deux tiers des Américains répondent l’Angleterre et les deux tiers des Européens répondent l’Allemagne. La France vient en troisième position. Les autres sont loin derrière.

Ce sondage, effectué par Harris Interactive pour le compte de l’International Herald Tribune et de France 24, n’apporte rien de surprenant mais met en relief des évidences qu’il serait stupide d’oublier :  

-                      Les Anglais jouissent d’une suprématie linguistique. L’Europe ne pourra avoir une ambition mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Anglais.

-                      Les Allemands jouissent d’une suprématie économique. L’Europe ne pourra avoir de politique mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Allemands.

-                      Les Français jouissent d’un « je ne sais quoi » qui tient à leur identité, à leur Histoire, à leur quête d’équilibre entre les contraintes du présent et valeurs de l’avenir. L’Europe ne pourra pas avoir de vocation mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Français.  

En un mot, il ne peut y avoir d’Europe authentique et efficace sans accord entre Allemands, Anglais et Français. Accord qui, allant au-delà des mots, réconcilie les arrières pensées, tienne compte des traditions, efface les préjugés. On en est loin. Hubert Védrine, dans "Géopolitique et volonté", montre comment, de son point de vue, il faudrait progresser. C’est une étape.

Posté par Marc Ullmann, le 05/05/08 dans Europe - France - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 30 avril 2008
Paradoxe iranien
080428-Iran.jpgLes sondages réalisés en Iran valent ce qu’ils valent mais ne doivent pas être rejetés d’emblée. Supposons donc que WorldPublicOpinion.org ait de solides raisons d’affirmer que 58 % des Iraniens sont opposés à la production d’armes nucléaires parce que ce serait contraire à l’Islam alors que 23 % seulement pensent que c’est souhaitable et autorisé par la religion.

Admettons et essayons d’offrir une interprétation : 

-                      Une majorité d’Iraniens sont déçus par leur gouvernement. Ils n’aiment pas leur Président et craignent son agressivité. Comme ce régime se veut islamique, ils choisissent le prétexte de l’Islam pour affirmer leur défiance sans avoir l’air d’être de mauvais patriotes. 

-                      Les Iraniens sont, parmi les peuples de la région, ceux qui sont les moins pratiquants. Dans les autres pays, on va à la Mosquée par opposition au gouvernement. En Iran, c’est le gouvernement qui est à la Mosquée et la plupart des gens y vont le moins possible. 

-                      Cela n’empêche pas les Iraniens d’être profondément attachés à leur pays. L’Iran est une vraie nation qui a une longue Histoire. Les gens, même s’ils n’aiment pas le régime, aiment leur pays. Exemple : un Iranien marié à une Française d’origine algérienne vit à Téhéran, ne met jamais les pieds à la Mosquée, passe ses vacances en France mais retourne aussi vite que possible en Iran où il se plait mieux qu’ici. Il « fait avec » le régime bien qu’il le déteste cordialement. Parions que si cet homme avait été parmi les sondés de « World Public Opinion », il aurait dit non à la « Bombe » mais aurait figuré parmi les 81 % souhaitant que l’Iran maîtrise le cycle nucléaire. Question de statut !

Posté par Guillaume Demuth, le 30/04/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 31 mars 2008
Devoir de prévention
080331-Kosovo.jpgLes « responsables » tant politiques qu’économiques sont peu enclins à la prévention puisqu’il est difficile de prouver que l’on a évité une crise alors que le public est, en général, reconnaissant si l’on en a résolu une. Et pourtant ! Des millions de vies humaines auraient pu être sauvées et des centaines de milliards d’euros économisés si certains conflits, évitables, avaient effectivement été évités.

La toute récente création d’un Kosovo indépendant fournit une démonstration éclatante. Dans les circonstances actuelles, cette indépendance semble « juste » dans la mesure où la majeure partie de la population a été longtemps martyrisée. Il n’en reste pas moins que cette indépendance, fondée sur une base ethnique, crée un précédent dangereux et que le minuscule territoire, dépourvu de ressources économiques, est difficilement viable.  

Le Club compte élaborer prochainement un document sur la tragédie yougoslave qui a débuté en 1986, précisément au Kosovo, et sur l’inconséquence de l’Union Européenne qui, de 1980 (année de la mort de Tito) à 1986, aurait eu tout le temps de prévenir une crise qui a dégénéré en massacres et autres atrocités. De ces six ans d’inaction, l’Europe n’a pas fini de payer le prix.

Posté par Marc Ullmann, le 31/03/08 dans Europe - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 mars 2008
Du pétrole en général et de l’Iran en particulier
080328-P%E9trole.jpg

La flambée actuelle, en particulier, des cours du pétrole se distingue nettement des hausses que l'on a connues lors des deux chocs pétroliers précédents. L'augmentation continue, depuis 2001, du prix du pétrole marque la fin du pétrole bon marché. Des raisons structurelles sont à l'oeuvre et la soif pour l'or noir est loin de se tarir. L'Iran reste, dans ces conditions, un acteur majeur de la scène énergétique mondiale.

Le monde a connu, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de nombreuses crises pétrolières. Certaines ont fait suite à des tentatives de nationalisation des ressources pétrolières. On peut citer la  nationalisation de Mossadegh en Iran dans les années 50 ou celle de Boumediène en Algérie en 1971. D’autres étaient provoquées par une réduction, volontaire ou involontaire, de l’offre. Dans la plupart des cas, des raisons politiques ont généré, ici ou là, une raréfaction de l’offre. On parlait alors de l’arme du pétrole.  

La première, en 1973-1974, fait suite à la guerre d’octobre 1973. Les pays arabes annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les pays soutenant Israël et décident d’une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu’à l’évacuation complète des territoires occupés et la reconnaissance des droits des Palestiniens. La pénurie suscite une forme de panique ; les prix connaissent une ascension vertigineuse. En outre, l’OPEP augmente les prix officiels : ils quadruplent entre octobre et décembre 1973. C’est le premier choc pétrolier. 

La seconde, en 1979, fait suite à la chute du Shah en Iran, l’arrivée de Khomeini au pouvoir et la longue crise de l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran. L’interruption, pendant quatre mois, des exportations iraniennes de pétrole débouche sur le doublement immédiat du prix du baril. Mais à l’inverse du premier choc pétrolier dont les effets se feront sentir jusqu’en 1978, ce second choc pétrolier fut rapide et sans lendemain. En 1986, c’est le retour de balancier. La chute des cours de pétrole est telle que l’on parle de contre-choc pétrolier. Au regard de l’histoire, les crises de 1973 et de 1979 avaient des causes assez simples et facilement identifiables. 

La situation pétrolière actuelle est tout à fait différente. Le pétrole, qui a connu une hausse continue depuis 2001, passe la barre symbolique de 100 $ le baril. Certains spécialistes anticipent la poursuite de la hausse. D’aucuns annoncent un baril à 150 sinon 200 $. Mais pour tous, ce qui est certain, c’est la fin du pétrole bon marché. Quatre raisons majeures, toutes plus complexes les unes que les autres, sont à l’oeuvre.  

La première tient à l’explosion de la demande. La croissance mondiale soutenue, l’émergence de nouveaux pays "énergétivores", notamment la Chine et l’Inde, et la demande américaine alimentent cette soif pour l’or noir.  

La deuxième est la conséquence d’une diminution relative de l’offre. La guerre, en Irak, le terrorisme au Nigeria,  les sanctions contre l’Iran, l’obsolescence des infrastructures pétrolières par manque d’investissement ou de personnel qualifié, comme au Vénézuela réduisent les capacités de production potentielles.
 

La montée des coûts de production et de raffinage en est une troisième. Plus des 3/4 des hausses des investissements des sociétés pétrolières sont absorbés par ces hausses de coûts.  

Enfin, la quatrième et dernière tient à la financiarisation des marchés pétroliers. A titre d’exemple, sur la plus grande Bourse pétrolière du monde, l’ICE, en 2003, 75 % des volumes de gré à gré étaient échangés électroniquement par les pétroliers eux-mêmes, 22 % par les banques et seulement 0,3 % par les Hedge Funds. En 2006, la part de ces derniers était passée à 33 % !

 

Peut-on, dans ces conditions, se passer du pétrole et du gaz iraniens ? La réponse est non. Avec respectivement les 3èmes et 2èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz, l’Iran reste un acteur incontournable de la scène énergétique. D’autant que la soif mondiale pour l’or noir est loin de se tarir.

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Dossier réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye

Posté par Pierre Terzian, le 28/03/08 dans Energie - Géopolitique - Mondialisation - Moyen Orient | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 26 mars 2008
Le mâle nécessaire

080326-Poutine.jpgAndropov est mort. Gorbatchev a failli. Eltsine a liquidé. L’URRS s’est effondrée. Pour la Russie chancelante, il fallait un homme fort. Poutine est arrivé.

Huit ans plus tard, l’ordre règne. Le pétrole remplit les caisses. La fierté nationale est de retour. Reste à transformer la Russie en un pays moderne. C’est le rôle que Poutine a dévolu à Medvedev. Economiquement, socialement, politiquement, la tache est immense.

L’économie n’est pas diversifiée. Les matières premières comptent pour 80 % des exportations. Le pétrole et le gaz, à eux seuls, représentent plus de 30 % du PNB. L’industrie locale est déficiente. Les biens de consommation sont, pour la plupart, importés. 

Les services publics sont défectueux. Les routes sont défoncées. Les ordures s’amoncellent. Les hôpitaux sont lamentables. Le déclin démographique se poursuit. L’espérance de vie est dramatiquement courte. L’alcool, la drogue et le sida font des ravages. 

Le pouvoir est confisqué. Des anciens Kgbistes cumulent les fonctions et accumulent des fortunes. Ils truquent des marchés et distribuent des prébendes. Leur « protection » est tentaculaire.  

Que diable peut donc faire Medvedev avec son (faux ?) air de gentil garçon ? Dans l’immédiat, pas grand-chose sans l’aide de Poutine, Le « parrain de toutes les Russies » (voir « Lu » p. 11) est encore (et peut-être pour longtemps) le mâle nécessaire. 

Vladimir Vladimirovitch a su maîtriser les « oligarques ». Dans un premier temps, il a profité de leurs divisions pour s’attaquer à un maillon faible (Goussinski). Il a ensuite fait comprendre aux uns qu’ils pourraient garder leurs milliards s’ils ne se mêlaient pas de politique et conduit les autres sur le chemin de la prison (Khodorkovski) ou de l’exil (Berezovski). Pour réussir cet exploit, Poutine s’est appuyé sur des amis venus de Saint Petersbourg et sur des relations qu’il s’était faites au KGB et autres « organes ».  

Ce sont précisément ces amis et relations que Poutine devra tempérer s’il veut aider Medvedev à moderniser la Russie. Il peut y parvenir sans se montrer déloyal envers eux car la diversification des élites ne passe pas nécessairement par la destitution de l’ancienne couche de dirigeants. Il s’agit seulement de laisser Medvedev recruter des personnalités susceptibles de le seconder dans la construction progressive d’un Etat et d’une économie adaptée au monde moderne.  

Rien n’interdit de penser que tel est le rêve de Poutine. Cet homme, ambitieux et avide de pouvoir, est aussi un patriote qui veut laisser une trace dans l’Histoire millénaire de la « Grande Russie ».

Posté par Marc Ullmann, le 26/03/08 dans Economie - Géopolitique - Russie | Commentaires (5) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 25 mars 2008
Août 14 au Moyen Orient ?
080325-Iran-Irak.jpgL’image du Président Ahmadinejad, accueilli en hôte officiel à Bagdad par le chef du gouvernement mis en place par les occupants américains, est une belle illustration de l’incapacité où sont parfois les acteurs de l’Histoire à maîtriser son cours. En recherchant des objectifs qui lui paraissaient clairs – l’Irak comme modèle démocratique, l’extrémisme islamique stoppé, la perspective de paix avec Israël renforcée - George Bush a abouti au résultat exactement inverse.

Malmenées par Bush, les réalités profondes du Moyen Orient se vengent. Avant de quitter la Maison blanche, le sortant voudra-t-il à son tour se venger de ces réalités ? C’est-à-dire monter une opération de force contre l’Iran ? 

Espérons que ceux qui tiennent une telle perspective comme irréaliste ne se trompent pas. On peut cependant craindre que la tentation subsiste. La publication en décembre du rapport des services de renseignement américain selon lequel les Iraniens avaient mis fin à leur programme nucléaire militaire en 2003 s’apparente plus à un épisode des dissensions entre administrations américaines qu’à un réel tournant de la politique de Washington.  

Quant au gouvernement d’Israël, qui avait critiqué ce rapport, il est sûr qu’il n’a pas cessé de tenir une détention de l’arme nucléaire par l’Iran comme inacceptable et rien ne dit qu’il restera toujours inactif.   

Aujourd’hui, tous les fils sont noués entre eux de façon inextricable. Les conflits se recoupent. L’Iran, qui aide le Hezbollah et le Hamas, est-il tout à fait sûr de contrôler l’un et l’autre ? Si le protecteur et le protégé poursuivent en gros les mêmes buts, le protecteur ferait bien de s’assurer qu’il n’y a pas quelque part un « agenda caché ».  

Ce qui est souvent le plus dangereux, ce sont les conjonctions entre certains acteurs. Ces conjonctions qui rendent la somme des différentes parties plus dangereuse que chacune d’elles. Le phénomène de la plus petite partie d’une alliance entraînant l’autre dans son intransigeance a joué son rôle en août 1914 – la petite et irréconciliable Autriche entraînant l’Allemagne, la Serbie belliciste tirant la Russie derrière elle. Le petit Israël attirera-il la puissante Amérique dans une erreur catastrophique ?

Posté par Jacques Andréani, le 25/03/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 mars 2008
Etats-Unis / Iran : la France entre deux chaises
080320-Bush-Ahmadinejad.jpgLe géopoliticien Gary Sick est l’un des meilleurs observateurs américains du Moyen Orient. Selon lui, les Etats-Unis et l’Iran devront finir par s’entendre et, pour y parvenir, auraient intérêt à recruter un « intermédiaire ». Celui-ci s’adresserait séparément à chacune des parties afin de redéfinir les bases du « grand bargain » qui avait été conçu en 2003 mais qui, finalement, n’a pas abouti.

Logiquement, la France aurait pu être cet intermédiaire mais le fait de s’être mise à l’avant-garde des sanctions contre l’Iran réduit sa marge de manœuvre. La diplomatie française se trouve en position inconfortable. Car de deux choses l’une : ou bien le conflit américano-iranien, loin de se calmer, s’envenime et la France se retrouve en première ligne ; ou bien le « grand bargain » prend corps sans que la France (ou un autre pays membre de l’Union Européenne) y soit pour quelque chose et les entreprises américaines rafleront tous les contrats.

Dans l’immédiat, trois intermédiaires semblent offrir discrètement leurs services : l’Algérie, le Canada et la Suisse.

Posté par Marc Lanval, le 20/03/08 dans France - Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 mars 2008
Russie : humiliation et goût de revanche
080317-Russie.jpg« Quels sont les pires ennemis de la Russie ? ». Selon un sondage réalisé par le « Centre Levada » en août 2007, les cinq pays cités en premier sont l’Estonie, la Géorgie, la Lettonie, les Etats-Unis et la Lituanie. Selon ce même sondage, les cinq « meilleurs amis » sont le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Allemagne, la Chine et l’Arménie.

De toute évidence, le démantèlement de l’URSS est au cœur du problème. Deux enseignements, au moins, peuvent être tirés : 

-          Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une humiliation. Les ex républiques soviétiques qui ont tourné le dos à l’ex mère patrie sont vouées aux gémonies ; celles qui se comportent en alliées sont portées aux nues. 

-          Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une « défaite » administrée à la Russie par les Etats-Unis. Les sévices infligés par l’Allemagne au cours de la seconde Guerre mondiale passent au second plan puisque l’URSS a été victorieuse et qu’ainsi, l’honneur a été sauf. 

La vigueur du sentiment national explique, en partie, la popularité de Vladimir Poutine et a, pour l’Union Européenne, des conséquences pratiques : 

-          Les pays baltes ont de bonnes raisons de s’alarmer de leur dépendance gazière. Il est d’autant plus vital pour eux d’être assurés de la solidarité européenne que le gazoduc Nord Stream, en construction sous la Mer Baltique, permettrait de les contourner. 

-          Les liens traditionnels entre la Russie et l’Allemagne (troisième « meilleure amie ») se renouent. Il en va de même pour la France (huitième « meilleure amie »). Cela peut devenir un atout pour l’Union Européenne tout entière.

Posté par Marc Lanval, le 17/03/08 dans Europe - Géopolitique - Russie | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 mars 2008
Hard, soft or bargaining power?
080313-Clinton-Obama-Mccain-.jpgLes Américains jugent John Mc Cain, Hillary Clinton et Barack Obama en fonction de multiples critères. Pour les Européens, c’est plus simple : la répartition des impôts et des dépenses sociales aux Etats-Unis ne les concerne guère ; leur unique souci tient à la façon dont le prochain Président pèsera sur les affaires du monde. La catégorisation, dès lors, devient assez facile.

John Mc Cain, le vétéran, incarne le « hard power », la volonté de faire respecter l’Amérique, d’exercer un « leadership » sur des alliés consentants. 

Barack Obama, l’universaliste, personnalise le « soft power ». Il veut réconcilier l’Amérique et le monde, rendre enviables des « partnerships » avec elle. 

Hillary Clinton, l’avocate, est experte en « bargaining power ». Elle est apte à préparer des “deals  afin de servir les intérêts de son pays. 

Echaudés par George W. Bush, la plupart des Européens verraient d’un assez mauvais œil l’élection de John Mc Cain. Entre Barack Obama et Hillary Clinton leur cœur balance mais, au total, ils préfèrent Obama. Ce n’est pas seulement une question de style. C’est aussi parce qu’un « bargaining power », privilégiant les intérêts de l’Amérique, ne servirait pas toujours les intérêts de l’Europe. Notamment parce que la géographie a fait de l’Ancien continent le voisin du monde musulman.

Posté par Marc Ullmann, le 13/03/08 dans Europe - Géopolitique - Politique - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 31 janvier 2008
Printemps crucial à Téhéran
080131-ElBaradei-Teheran.jpgEn profitant de sa tournée dans le Golfe pour multiplier les accusations à l’encontre de l’Iran, George W Bush rend un immense service à Mahmoud Ahmadinejad.

Le 5 décembre 2007, le rapport de la communauté américaine du renseignement sur les activités nucléaires de l’Iran (voir Vigilances 56) avait envoyé un signal fort à Téhéran. Il signifiait que la menace d’une attaque préventive, telle que les néo conservateurs la souhaitaient, n’était plus d’actualité. 

Le 11 janvier 2008, Téhéran envoyait un signal en retour. Ali Khamenei, le Guide, recevait Mohamed El Baradei, le Directeur Général de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique. Dès le lendemain, le gouvernement iranien promettait de répondre dans un délai de quatre semaines à toutes les questions posées par l’A.I.E.A sur son programme nucléaire.  

Le 13 janvier, Bush, en visite officielle à Abou Dhabi, accusait l’Iran d’être le principal « sponsor » du terrorisme international. Il minimisait la portée de l’accord conclu entre Khamenei et Baradei et exigeait l’arrêt de tous les travaux d’enrichissement d’uranium. 

Quelles vont être les réactions en Iran ? Avant décembre, lorsque la menace américaine paraissait imminente, Khamenei exhortait les Iraniens à serrer les rangs. Dès que cette menace a semblé moins plausible, les débats internes ont refait surface et le soutien à Ahmadinejad n’a plus été assimilé à du patriotisme. Espérons que, malgré la vindicte de Bush, cette évolution va se poursuivre. Des élections législatives auront lieu en mars. Mieux vaudrait qu’Ahmadinejad  en sorte affaibli plutôt que renforcé.

Posté par Marc Ullmann, le 31/01/08 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 janvier 2008
Boomerang éthiopien
080114-Somalie.jpg« Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; mieux vaudrait un sage ennemi ». Ainsi s’exprimait La Fontaine dans sa célèbre fable où un très gentil ours lance un pavé pour écraser une mouche sur le nez d’un pauvre homme qui n’en demandait pas tant.

A supposer - ce qui n’est pas sûr - que Bush ait eu comme principal souci de délivrer le peuple irakien, il s’est comporté comme l’ours de la fable. Et à supposer – ce qui est encore moins sûr – que le Président américain ait cru que la population somalienne était terrorisée par les extrémistes musulmans, il a récidivé.

En faisant appel aux troupes éthiopiennes, il a même accumulé les circonstances aggravantes puisque les Ethiopiens ont toujours considéré les Somaliens comme des ennemis. Sous prétexte de débusquer des fanatiques, ils ont bombardé des quartiers entiers. Mogadiscio est devenu un cimetière. Des dizaines de milliers de réfugiés s’entassent près de la route qui relie la petite capitale à la ville d’Afgooye. Au total, Al Qaïda a de quoi se réjouir : dans la corne de l’Afrique, les ressentiments s’accumulent.

Posté par Marc Lanval, le 14/01/08 dans Afrique - Géopolitique - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 novembre 2007
Etats-Unis/Russie : mésentente de moins en moins cordiale
071127-BushPoutine.jpgQuatre anciens ambassadeurs américains à Moscou et cinq anciens ambassadeurs russes à Washington ont jugé nécessaire de lancer un appel en commun. Une telle démarche est extrêmement rare. Elle montre que les signataires jugent la situation grave et estiment que l’actuelle détérioration des relations américano-russes comporte de sérieux dangers.

Il est normal, selon ces diplomates, que des grandes puissances aient, sur certains sujets, des points de vue différents. Il ne faut pas, pour autant, que l’accessoire cache l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité de maintenir un partenariat stratégique.

Les signataires prennent soin de ne pas faire explicitement référence à la polémique concernant les boucliers anti-missiles que les Etats-Unis se proposent d’installer en Pologne et en Tchécoslovaquie. L’oubli est manifestement volontaire car la militarisation de l’espace est un sujet crucial. Poutine a clairement fait savoir que si, dans ce domaine, la Russie se trouvait prise au piège, elle trouverait des moyens de rétorsion. Les anciens ambassadeurs, hommes d’expérience, s’en inquiètent. Ils savent  que, dans le monde actuel, les poudrières ne manquent pas et que les tentations sont grandes d’allumer certaines mèches. Ils craignent l’escalade.

Posté par Marc Lanval, le 27/11/07 dans Géopolitique - Russie - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 10 octobre 2007
Vers un rapprochement sino-russe

071010-Chine-Russie.jpgDeng Xiaoping détestait et même méprisait Mikhaïl Gorbatchev. Il était convaincu que la « Glasnost » (plus de libertés politiques) allait gâcher la « Perestroïka » (plus de libertés économiques) et que le tout aboutirait à une débandade du parti communiste. Lui-même avait fait donner la troupe contre les manifestants de Tian’anmen et pensait que le capitalisme pouvait parfaitement s’accommoder d’un régime autoritaire.

De toute façon, la démocratie, selon lui, devait commencer par être "consultative". Hu Jintao, son lointain successeur, reste fidèle à la ligne tout en cherchant à l’adapter.

Son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas loin de partager ses conceptions et, à défaut de pouvoir ressusciter l’URSS, s’efforce de rétablir l’autorité. Les valeurs morales prônées, tant en Chine qu’en Russie, étant teintées de nationalisme, il n’y a plus d’obstacle à une éventuelle entente si les deux pays y trouvent intérêt. Tel semble être le cas aujourd’hui.

D’abord, la Chine et la Russie ont à faire face à des quasi rebellions musulmanes. La « région autonome » ouïgoure du Xinjiang d’un côté, la Tchétchénie et ses environs de l’autre, sont des repaires à terroristes que Moscou et Pékin regardent d’un même œil. Surtout, la Chine et la Russie ne veulent pas que les Etats-Unis soient maîtres du monde et savent qu’elles se feront d’autant mieux entendre qu’elles agiront de concert. Comme elles commencent à le faire en Asie Centrale.

Posté par Marc Ullmann, le 10/10/07 dans Chine - Géopolitique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 octobre 2007
Nous sommes assis sur un tas d’or

071006-PiecesOr.jpg Voici quelques extraits de l'interview d’un ministre. A vous de découvrir de quel secteur il s’agit :
« La priorité absolue est de préserver l’indépendance nationale et européenne en matière de recherche … » «
Là encore, l’Europe doit faire attention à sa capacité de recherche pour ne pas être totalement dépendante des Américains ou des Chinois

On pense naturellement à la Recherche.

« Il faut en même temps créer des mécanismes de stabilisation, de gestion de crise. »

On s’oriente vers la politique étrangère.

« Pour une fois, ayons un débat politique avant le débat budgétaire. »

S’agit-il de la Sécu, de l’Education nationale ?

« Une volonté clairement exprimée d’appliquer aux produits entrants dans l’Union le même niveau d’exigence sanitaire environnementale voir sociétale que nous demandons à nos propres produits. »

La santé, l’industrie ?

« Une grande politique de souveraineté alimentaire permettant à l’Europe d’être autosuffisante et d’exporter. »

Vous avez trouvé ? Il s’agit du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, par la voix de son ministre Michel Barnier. L’interview fait deux pages et est diffusée dans La Tribune du lundi 1er octobre.

Pourquoi extraire ces citations de son discours ? Pour mettre en avant la vision stratégique de ce ministre sur son secteur. L’agriculture sera demain, encore plus qu’aujourd’hui, au centre de grands enjeux. Michel Barnier le rappelle en début d’interview « Avec 9 milliards d’habitants en 2050, la monde va avoir faim ». Tout est dit.
Quelques conséquences :

- Si aujourd’hui la richesse d’un Etat est en partie corrélée à sa richesse énergétique (pétrole, gaz, …) il se peut que demain ce soit corrélée à sa … richesse agricole ! Car si on peut vivre sans pétrole, on ne peut pas vivre sans manger. La France, actuel second exportateur mondial de produits agricoles aura alors une carte formidable à jouer !

- A ce premier enjeu se calque un second. Il ne suffira pas de produire. Il faudra produire sain, et même bio. Car à quoi servira de grands cheptels s’ils sont contaminés, et doivent être abattus ? A quoi serviront de vastes étendues arables, si les nappes phréatiques pour les arroser son contaminées ?

- Dernier point, la carte géopolitique mondiale s’en trouvera certainement modifiée. Certains Etats, aujourd’hui très riches de leur sous-sol mais composé de terres totalement improductives, se préparent certainement dès maintenant à ce retournement de situation. Mais que faire quand on ne possède ni bonnes terres ni eau ? La technique peut offrir un palliatif (ex : dessalement de l’eau de mer). Acheter ou prendre les terres de son voisin peut en être un autre.

Posté par Jérôme Bondu, le 06/10/07 dans Agriculture - France - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 septembre 2007
Bush, shérif fais-moi peur

070924-Bush.jpgEn prenant la tête de ce qu’il voulait être une croisade, en proclamant que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », Bush a fait peur au lieu de rassurer. L’image des Etats-Unis dans le monde s’est fortement dégradée. Une majorité des Coréens du Sud en est même arrivée à croire que, pour la sécurité de leur pays, Bush était plus dangereux que l’horrible et grotesque dictateur de la Corée du Nord. Un comble !

La tournure – hélas prévisible ! - prise par la guerre d’Irak a renforcé la position de l’Iran. Elle a aussi créé un réservoir d’eau trouble dans lequel Al-Qaïda peut pêcher à sa guise. Ses cerveaux (des extrémistes sunnites qui, encore aujourd’hui, détestent les Mollahs) sont si satisfaits du résultat qu’ils aimeraient que Bush réédite son exploit en bombardant l’Iran. Dans cet esprit, l’organisation terroriste préparerait une série d’attentats aux Etats-Unis. Selon un spécialiste israélien, ces attentats seraient perpétrés au cours du quatrième trimestre de cette année. Ils seraient moins sophistiqués que ceux du 11 septembre. Les endroits visés seraient des lieux où le public afflue ; les attaques seraient rustiques mais simultanées. Bush qui, de toute façon a l’Iran dans le collimateur, pourrait être heureux de tomber dans le piège.

Posté par Marc Lanval, le 24/09/07 dans Géopolitique - Moyen Orient - Terrorisme - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 septembre 2007
Devenirs iraniens

070917-Iran-Resistance.jpgAprès sa rencontre avec George W. Bush, Nicolas Sarkosy semble être convaincu qu’une attaque américaine sur l’Iran est loin d’être exclue. Dimanche 16 septembre, Bernard Kouchner s’exprimant au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro a publiquement exprimé cette crainte, tout en espérant que des nouvelles sanctions contre l’Iran pourraient permettre de calmer le jeu.

Un groupe de travail du Club, piloté par Jacques Andréani, a estimé dès 2006 que, contrairement à ce que pensent la plupart des Européens, une attaque américaine est non seulement possible mais susceptible d’être déclenchée au cours du premier trimestre 2008. Il a en outre estimé que les dangers inhérents à une telle opération sont beaucoup plus grands que les bénéfices qui pourraient en résulter. Il s’est cependant abstenu d’émettre un jugement définitif avant que puisse être étudiée l’évolution de la société iranienne. En effet, de deux choses l’une :

- Ou bien la société iranienne évolue vers plus de modernité et le régime sera, tôt ou tard, conduit à s’adapter.

- Ou bien, la société iranienne, séduite par la rhétorique d’Amadinedjad, se durcit et l’espoir d’un changement du régime s’estompe. Dès lors, l’emploi de la force pour obtenir un changement de régime devra, sinon être approuvée, du moins apparaître comme une alternative possible.

Fort de ce raisonnement, le groupe de travail a pris, le 16 janvier 2007, la décision de lancer une étude sociologique. Il s’agissait d’apprécier l’existence, la nature, le degré et les développements probables des processus de modernisation et d’évolutions socioculturelles en Iran. Dans cet esprit, Guillaume Demuth a défini une méthodologie tenant compte de la nécessité d’agir à distance puisqu’il ne pouvait être question d’envoyer sur le terrain des sociologues déguisés en touristes. Le 18 avril 2007, la méthode d’analyse proposée (observation de la vie courante iranienne via des centaines de photos, de vidéos, de blogs, etc.) a paru adaptée et viable.

L’étude, maintenant terminée, permet de constater une montée de la mobilité mentale et physique de la plupart des Iraniens, une progression des comportements de déconstruction de l’autorité et une capacité croissante à intégrer les mouvements d’évolutions extérieures. De notre point de vue, cette marche vers la modernité serait gravement compromise par une attaque américaine. La société iranienne ferait un bond en arrière qui renforcerait le camp des durs plutôt qu’il ne l’affaiblirait.

L’étude trop longue et contient trop de photos pour être publiée in extenso dans le rapport à venir qui devra, de surcroît, inclure des éléments géopolitiques et tirer des conclusions sur les chances à courir et les risques à éviter.

Nous tenons à mettre dès maintenant sur notre site une version intégrale du document Demuth. Chacun, ainsi, pourra se forger sa propre opinion.

Téléchargez : Devenirs iraniens

Posté par Marc Ullmann, le 17/09/07 dans Géopolitique - Moyen Orient - Société - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 30 août 2007
L’Or bleu : enjeu de rivalités

070830-Eau.jpgL’Or bleu - l’eau - a de tout tempe été l’enjeu de rivalités, luttes, guerres. Le monde d’aujourd’hui ne fait pas exception, avec les dérives que l’on peut imaginer :
- L’eau est essentiel à la vie. Or les ressources en eau sont très inégalement réparties. Et l’augmentation de la population mondiale allant de pair avec une augmentation de la consommation (la consommation de l’eau a été multipliée par 10 depuis 1900) va exacerber cette inégalité.

- L’eau a de tout temps servi d’arme, et ce quelles que soient les époques et les régions du monde. Or la période à venir semble se caractériser par une certaine instabilité.

- Et les guerres conventionnelles (deux armées face à face) sont révolues. Nous allons donc vers des confrontations asymétriques, avec une utilisation d’armes non conventionnelles. La confiscation, privation, pollution d’eau, à des fins de pression contre l’adversaire est donc évident.

Deux réflexions :

- On peut se demander si des tentatives de donner à l’eau un statut particulier, qui la place en dehors des confrontations, ne seraient pas vouées à un échec. Ou du moins, ne tiendrait pas en cas de conflit.

- En matière de politique extérieure, il y a là un chantier que la France ne doit pas laisser en friche.

Posté par Jérôme Bondu, le 30/08/07 dans Environnement - Géopolitique - Société | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 9 juillet 2007
Etats-Unis – Iran : six mois décisifs

070708-USA-Iran.jpg« Les Américains ont déjà l’Irak sur le dos, ils ne vont pas en plus attaquer l’Iran », voilà en gros ce que pensent la plupart des Européens. Rien ne prouve qu’ils aient raison. Des indices concordants donnent même à penser qu’une opération pourrait être déclenchée au premier trimestre de l’année prochaine.

Nous serons alors à la veille des « primaires » pour l’élection présidentielle américaine. Si l’acharnement thérapeutique pratiqué par Bush sur un Irak agonisant débouchait sur le vide, le prochain président, quel qu’il soit, serait tenté de retirer brusquement les Boys. Ce serait pour l’Amérique une cuisante défaite. D’où l’envie, pour l’Administration actuelle, de jouer quitte ou double. Il ne s’agirait pas d’envahir l’Iran mais de détruire son potentiel économique dans l’espoir que le régime s’effondre. Espoir probablement fallacieux car la société iranienne ferait alors un bond en arrière qui renforcerait le camp des durs plutôt qu’il ne l’affaiblirait.

Les six derniers mois de cette année s’annoncent décisifs. Il est urgent qu’à défaut d’un mariage d’amour, les Etats-Unis et l’Iran concluent un mariage de raison. Les éléments d’un « grand bargain » sont connus. Côté américain : acceptation et respect du modèle iranien, acceptation du nucléaire civil, levée de toutes les sanctions, abandon des tentatives de déstabilisation. Côté iranien : acceptation d’un contrôle sur la non utilisation militaire du nucléaire civil, arrêt du soutien accordé au Hezbollah et autres groupes, condamnation de toute utilisation de la force à l’égard d’Israël, garantie de sécurité des approvisionnements pétroliers. Ce mariage de raison ressemblerait, d’une certaine façon, à ce qu’a fait Nixon avec la Chine.

Posté par Marc Ullmann, le 09/07/07 dans Géopolitique - Moyen Orient - Société - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 avril 2007
D'une harmonisation à l'autre

070421-USA-UE.jpgLors du sommet entre l'Union européenne et les Etats-Unis le 30 avril à Washington, les deux partenaires ont l'intention de signer un accord visant à harmoniser leurs réglementations dans des domaines tels que les marchés boursiers, la construction des automobiles, ou bien la propriété intellectuelle.

La Chancelière allemande Angela Merkel, président en rotation de l'UE, est la force motrice derrière cette idée, dont le but est de renforcer les liens transatlantiques qui - malgré un certain adoucissement depuis le second mandat Bush - restent perturbés.

L'initiative est à saluer, mais elle sera une oeuvre de longue haleine et donc ne pourra pas avoir de retombées positives sur les relations politiques à travers l'Atlantique que dans 5 ou 10 ans.

Entretemps, si l'Europe et les Etats-Unis veulent resserrer leurs liens, il y a un défi presque fait sur mesure devant eux - négocier une position commune (et sans contrarier trop les Russes) sur le système anti-missile que les américains veulent établir en Pologne et en République tchèque.

Posté par Peter Rashish, le 21/04/07 dans Géopolitique - USA - Union Européenne | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 avril 2007
Quand l’admiration s’en va …

070406-DrapeauUS.jpgLes Etats-Unis ont assis leur puissance en jouant sur deux registres : ils étaient à la fois forts et admirés. Aujourd’hui, la force subsiste mais l’admiration s’en va. Faute de modèle à admirer ailleurs, le monde se trouve déboussolé.

La science tourne encore à l’heure américaine mais, dans les autres domaines, adieu le soft power ! L’unilatéralisme a fait tellement de ravages à l’international que « l’Oncle Sam » a acquis la réputation d’être sourd, aveugle, quasiment autiste, incapable de comprendre et d’apprécier les ressorts et les motivations de ceux qui ont été nourris par d’autres cultures.

Même les pays amis de l’Amérique se mettent à critiquer ce que jusqu’alors ils se plaisaient à copier. La gouvernance des entreprises ne fait pas exception et le code moral, qui aux Etats-Unis régit les marchés financiers (Sarbanes – Oxley Act, etc.), semble plus lourd que nécessaire et moins efficace que prévu. Les conséquences sont lourdes : en 2000, 50% des introductions en bourse se faisaient en Amérique. Le chiffre est aujourd’hui de l’ordre de 5%.
Il n’y a pas de quoi se réjouir. Le monde a besoin de règles. Pour l’instant, aucune institution n’est à même d’en édicter. Quant à l’Europe, qui devrait être un phare, elle semble, aujourd’hui, en veilleuse.

Posté par Marc Ullmann, le 06/04/07 dans Entreprises - Europe - Géopolitique - Sciences - USA | Commentaires (6) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 mars 2007
L’Histoire passe, la Géographie reste

070328-CarteduMonde.jpgStratèges et économistes d’aujourd’hui découvrent que l’Allemagne est au centre de l’Europe. Quelle découverte ! Elle l’était déjà en 1913. Des ambitions démesurées, deux guerres mondiales et des millions de morts n’ont pas, fondamentalement, changé la géographie.

L’Allemagne retrouve ses marques. Comme avant 1914, elle construit des pipelines en Russie et investit en Tchéquie. La Deutsche Bahn fait rayonner ses trains à l’Ouest comme à l’Est. L’Union Européenne ressemble à un « zollverein » élargi.

De même pour la Chine. On redécouvre aujourd’hui que « l’Empire du Milieu » est au centre le l’Asie. Pendant la colonisation, on avait l’oublié. Pendant le maoïsme, on préférait ne pas y penser. Puis, avec la mondialisation, on a cru que la conquête des marchés américains et européens était l’unique obsession de la nouvelle Chine. On s’aperçoit, enfin, que son pouvoir d’attraction s’exerce (ou, en tout cas veut s’exercer) prioritairement sur les pays qui, naguère, étaient les protégés de l’empire.

Et l’Iran ? Certains ont fait fi de sa position stratégique qui, pourtant, est immuable. La nation perse a connu des éclipses mais le pays a toujours rebondi. Si, demain, le gouvernement américain décidait de détruire son potentiel économique, l’Iran retrouverait, tôt ou tard, son rang de puissance régionale.

Pour comprendre le monde, le plus simple est de dessiner plusieurs cartes avec, pour chacune, un centre différent. Le monde « vu de », voilà la clef de toutes les politiques étrangères.

Posté par Marc Ullmann, le 28/03/07 dans Chine - Europe - Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 19 février 2007
Etats-Unis/Iran : faible lueur

070219-ahmadinejad_bush.jpgQue reste-t-il du plan Baker-Hamilton ? En apparence rien ! Le rapport posait comme postulat que la guerre d’Irak ne pouvait être gagnée par des moyens militaires. Il en déduisait que des contacts devaient être noués avec l’Iran et la Syrie pour calmer le jeu. Depuis, G. W. Bush a choisi d’envoyer de nouvelles troupes et a déclaré ne pas vouloir parler à des régimes considérés comme hostiles.

Cette politique est conforme à ce que nous redoutions et aux nombreuses alertes publiées par Vigilances. Elle risque de déboucher sur une attaque américaine contre l’Iran et de déclencher des catastrophes en chaîne.

Il existe cependant un espoir, un petit espoir de changement salutaire. Le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates n’a rien de commun avec Donald Rumsfeld et a toujours été proche de Lee Hamilton. On peut donc espérer que lorsqu’il fait ostensiblement état du renforcement de la flotte américaine dans le Golfe persique, il cherche à intimider l’Iran plutôt qu’à le frapper, à montrer le bâton avant de proposer une carotte.

Cette hypothèse se trouve renforcée par le fait que la popularité d’Ahmadinejad en Iran ne cesse de fléchir. Le mécontentement, provoqué par la situation économique et accentué par l’évolution de la société, va croissant. Un sondage interne fait état de 70 % d’opinions défavorables. Si la tendance se confirmait, même M. Bush et ses « neo cons » pourraient comprendre qu’il serait criminel de déclencher une action susceptible d’entraver un mouvement salutaire vers la modernité. C’est dire combien il est important d’apprécier, objectivement, les réalités de la société iranienne. Avec ses modestes moyens, le Club va s’efforcer de rassembler (et faire rassembler) un maximum de données, témoignages et récits de vie. Aussi rapidement que possible.

Posté par Jacques Andréani, le 19/02/07 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 février 2007
La Chine, grande puissance spatiale

070214-MissileChinois.jpgLe 11 janvier dernier, la Chine a réussi pour la première fois à détruire l’un de ses satellites en utilisant un missile balistique. Cette opération, détectée par les services américains et confirmée par la Chine après un silence de douze jours, a entraîné les protestations des Etats-Unis, du Japon ou de l’Australie, entre autres, mais peu de réactions en Europe.

La destruction d’un satellite par un missile pose deux problèmes majeurs. Le premier, dans le domaine civil, est celui de la sécurité dans l’espace : le satellite s’est désintégré en plusieurs centaines de débris, dont chacun pourrait entrer en collision avec d’autres objets spatiaux, déclenchant ainsi une réaction en chaîne qui menacerait la sécurité dans l’espace, notamment pour les missions habitées. Le second problème est d’ordre militaire et stratégique, car cette nouvelle capacité de la Chine à détruire satellites et autres objets spatiaux pourrait évidemment être utilisée à des fins militaires et de ce point de vue, ce test s’apparente fort à un essai d’arme anti-satellite. Le risque est celui d’une militarisation de l’espace, comme on pouvait le craindre durant les années 80 lorsque les Etats-Unis et l’URSS procédaient à des tests similaires. La Chine a rejeté les protestations des Etats-Unis et de leurs alliés en indiquant qu’elle excluait toute course aux armements dans l’espace.

Ce test démontre en tout cas la volonté qu’a la Chine de s’affirmer comme grande puissance spatiale tant dans le domaine civil que militaire, du moins potentiellement. Cela permet sans doute de mieux comprendre les raisons qui la conduisent, alors qu’elle est partenaire du programme européen Galileo, à se lancer dans son propre système de navigation par satellites Beidou, dont le premier vient d’être lancé le 10 février.

Posté par Claude Meyer, le 14/02/07 dans Asie - Chine - Géopolitique - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 23 janvier 2007
L’Europe surmontera son indigestion

L’Europe, paraît-il, est malade : elle n’a pas digéré « l’élargissement » faute d’avoir procédé à temps à son « approfondissement ». Certes, c’eut été idéal mais y a-t-il vraiment de quoi dramatiser ? Les nouveaux pays membres jouent le jeu. Même en Pologne, le gouvernement nationalo-populiste des jumeaux Kaczynski ne peut pas aller loin dans ses rodomontades puisque plus de 80 % de la population se déclare heureuse de faire partie de l’Union.

Quoi qu’on dise, l’Europe reste une formidable machine à favoriser l’homogénéisation tout en tolérant les différences. Son arme secrète est juridique. Avant d’adhérer, chaque aspirant pays membre doit ajuster sa législation et absorber près de 100.000 pages de textes communautaires. Un ordre international inédit se construit. Il est encore permis de s’en réjouir même si les « non » au référendum sur le traité constitutionnel font perdre du temps à l’« approfondissement ».

Posté par Marc Ullmann, le 23/01/07 dans Europe - Géopolitique - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 8 janvier 2007
2007 : le danger Bush

070108-Bush.jpgJ’ai honte de le dire et même de le penser mais, en ce début d’année 2007, G. W. Bush me paraît plus dangereux que Mahmoud Ahmadinejad. Le président iranien est un ennemi qui, dans l’immédiat, ne peut pas faire grand-chose. Le président américain est un ami qui, avant la fin de son mandat, peut provoquer des catastrophes en chaîne. On a vu en Irak ce dont il est capable. On peut voir en Iran l’acte II de cette même tragédie.

Il ne s’agirait pas, cette fois, d’invasion terrestre mais des frappes aériennes massives pourraient anéantir le potentiel économique dans l’espoir que la puissance régionale, aujourd’hui dominante, sombre dans le chaos. L’acte III, alors, ne pourrait être circonscrit au Moyen Orient. Des flots de haine se déverseraient sur le monde et nul ne peut prévoir ce qu’ils engloutiraient.

Cette éventualité paraît d’autant plus absurde que l’Iran pourrait, à terme, être un facteur de paix. Pour Khamenei (ou tout autre « guide suprême » qui lui succèderait), l’essentiel est d’assurer la survie du régime. De ce point de vue, la stratégie de l’actuel président a été provisoirement payante bien qu’allant à l’encontre de l’évolution sociétale : la fierté nationale y a trouvé son compte. Maintenant, le vent tourne car la politique économique a été désastreuse. Tôt ou tard, le « guide » aura intérêt à changer de cheval. Il est même permis de penser que George W Bush a commis une première erreur en ne levant pas, quand Khatami était Président, toutes les sanctions imposées depuis 1980. Si les investissements étrangers avaient pu affluer en Iran, si l'industrie pétrolière avait pu être modernisée, si des raffineries avaient pu être construites, il y aurait eu plus de prospérité et, sans doute, Mahmoud Amadinedjad, n'aurait pas été élu.

Maintenant, nous l'avons sur le dos ; il serait inutile et lâche de flatter cet ennemi mais rien n'empêche de faire miroiter de très belles carottes à un éventuel successeur qui ne tiendrait pas le langage de la confrontation.

Posté par Marc Ullmann, le 08/01/07 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 décembre 2006
L’Allemagne au cœur de l’Europe

Dans les Mémoires qu’il vient de publier, l’ancien chancelier Gerhard Schröder met l’accent sur l’aspect européen de la politique étrangère allemande. Ses prédécesseurs, lui-même (ainsi d’ailleurs que l’actuelle chancelière), n’ont jamais mené de politique exclusivement nationale. Tant mieux mais pourvu que ça dure !

Si la France n’affichait pas rapidement sa volonté de relancer l’Europe ou si L’U.E, sous pression américaine, voulait adopter une attitude intransigeante à l’égard de la Russie (considérée par Schröder comme une alliée naturelle), l’Allemagne pourrait être tentée de jouer en solo. Sa puissance industrielle, sa position de premier exportateur mondial et surtout la place qu’elle a reconquise dans tous les pays d’Europe Centrale et Orientale lui permettrait de jouer dans la cour des grands.

Posté par Marc Ullmann, le 27/12/06 dans Europe - Géopolitique - Russie | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 décembre 2006
Japon : défense du pays et patriotisme

La diète japonaise a voté, le 15 décembre, deux lois qui ont valeur de signal : elles annoncent en effet des évolutions en profondeur de la politique de défense japonaise, et plus largement du rôle international que le Japon entend jouer en Asie et sur la scène internationale.

La première concerne l’Agence de défense qui, à partir du 1er janvier prochain, deviendra un ministère à part entière : ce changement de statut n’aura pas de conséquences pratiques immédiates, mais il indique l’importance accordée par le gouvernement japonais aux questions de défense et préfigure, sans doute, des changements plus importants dans le positionnement stratégique du pays, actuellement bridé par la Constitution pacifiste de 1947.

La seconde est une loi réformant la législation de 1947 sur l’éducation. Une des dispositions votées le 15 décembre demande aux écoles publiques de « cultiver les attitudes... qui aiment la nation et la patrie » et pour ce faire, d’introduire des cours visant à développer « l’esprit civique et le patriotisme ».

Ces deux lois sont liées. Le Japon, traumatisé par la longue crise des années 90, aspire à retrouver sa fierté nationale, d’où cette nouvelle législation sur l’éducation. Par ailleurs, face aux ambitions de la Chine, il souhaite jouer un rôle régional majeur, non seulement sur le plan économique mais aussi politique et stratégique. La loi votée le 15 décembre est un premier pas ; d’autres suivront. Pour l’instant l’option nucléaire est exclue : le Premier ministre Abe vient de le rappeler, le 16 décembre, à son homologue indien, message indirect à Pékin, qui s’inquiète des évolutions en cours au Japon.

Posté par Claude Meyer, le 20/12/06 dans Asie - Chine - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 décembre 2006
Tsar aujourd’hui, demain quoi ?

N’en déplaise aux plus ardents défenseurs des Droits de l’Homme, Vladimir Poutine est populaire en son pays. Il pourrait facilement gagner un référendum s’il voulait modifier la constitution pour avoir le droit de briguer, en 2008, un troisième mandat. « Il n’en est pas question », a-t-il dit. Tous ceux qui l’approchent prennent au sérieux cette affirmation et, selon l’un de ses conseillers, « Il faudrait un risque avéré de guerre mondiale pour qu’il change d’avis ».

Aujourd’hui, en tout cas, les conversations politiques en Russie ne tournent qu’autour de deux sujets. Primo, qui va remplacer Poutine ? Secundo, quel rôle va jouer Poutine après 2008 ? Certains pensent que l’actuel président pourrait prendre la tête de Gazprom et ainsi détenir l’arme la plus puissante dont dispose la Russie. C’est possible mais quand même peu probable !

S’il est vrai que Poutine tiendra à conserver un pouvoir d’influence sur le géant de l’énergie (où il a placé ses hommes de confiance), il aura vraisemblablement envie de garder un œil sur la politique en se taillant un poste sur mesure.

Si tel est vraiment le cas, il n’est pas exclu que l’on assiste, dès 2007, à la création d’une nouvelle « Union » à laquelle pourraient adhérer celles des républiques (ou autres entités) de l’ex Urss qui penseraient avoir intérêt à renouer quelques liens avec la Russie. La Biélorussie, dont les habitants sont de religion orthodoxe, serait la première à se mettre sur la ligne de départ. Après quoi Poutine, en tant que président de la nouvelle Union, pourrait exercer son talent pour laisser miroiter des avantages, planer des menaces voire même monter des sécessions. Faute de pouvoir reconstituer l’URSS, le super tsar s’efforcerait de recréer la Grande Russie.

Posté par Marc Lanval, le 12/12/06 dans Energie - Géopolitique - Politique - Russie | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 9 décembre 2006
Iran : Malgré Baker Bush peut encore frapper

061209-RapportBaker.jpgLe rapport rendu public par la Commission Baker est une preuve de la vitalité de la démocratie américaine mais le danger d’une frappe sur l’Iran n’est pas pour autant écarté :

1. Le fait qu’une commission parlementaire bipartisane ait pu mener une enquête approfondie et arriver à des conclusions unanimes est, en soi, remarquable.

2. Ces conclusions sont largement fondées sur le diagnostic suivant : « Vu la capacité de la Syrie et de l’Iran à peser sur le cours des évènements à l’intérieur de l’Irak et leur intérêt à ne pas voir le chaos s’y installer, etc. ».

3. Le diagnostic est hasardeux car, pour l’instant, tout se passe comme si l’Iran avait intérêt à ce que le chaos s’installe en Irak. Pour que cela change, il faudrait que les carottes proposées par les Etats-Unis soient extrêmement attrayantes. Il ne semble pas que Bush soit prêt à offrir de telles carottes.

4. Il n’est donc pas exclu que, faute d’un dialogue vraiment constructif, le Président et quelques uns des idéologues qui l’entourent, arrivent à la conclusion qu’il faut sortir par le haut de la crise irakienne et donc attaquer l’Iran.

Une telle éventualité entraînerait une catastrophe mondiale.

Posté par Marc Ullmann, le 09/12/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (7) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 décembre 2006
Tchad et Centrafrique dans l'oeil du Darfour

061207-Darfour.jpgCe qu’on redoutait a fini par arriver. Petit à petit, le conflit au Darfour est en train de prendre une dimension régionale. Aujourd’hui le chaudron soudanais est en train de déborder de ses limites originelles pour s’étendre à d’autres pays. Le premier à être éclaboussé, c’est le Tchad. Et Paris est, encore une fois, appelée à jouer les pompiers.

Depuis plus d’un an, une kyrielle de rébellions armées ont pris corps à la lisière du Darfour et donnent du fil à retordre à Idriss Deby Itno. N’Djamena a, dès le début, accusé Khartoum d’être derrière ces rebelles et des violations répétées de l’intégrité territoriale du Tchad. C’est dans ce contexte tendu que François Bozizé, l’homme fort de Bangui, est frappé à son tour par une rébellion, curieusement à la frontière avec le Darfour. Comme Deby, Bozizé aussi accuse Khartoum.

Les observateurs avisés, comme Alpha Omar Konaré, le président de la Commission de l’Union africaine, avancent carrément que « ce qui se passe aujourd’hui au Tchad et en République centrafricaine est la conséquence du Darfour ». Dans cette partie de l’Afrique, tout le monde s’accorde à dire que plus que jamais, les risques d’un conflit régional sont réels et que le problème du Darfour peut déstabiliser toute la région.

Les récents affrontements entre communautés arabes et non-arabes au Tchad, semblent lui donner raison. Idriss Deby Itno en est venu à décréter l’état d’urgence dans six régions ainsi que dans la capitale N'Djaména alors que, Bozizé, de son côté, lançait un appel à la France pour un soutien militaire.

Sur ce plan, Bangui vient d’obtenir, en partie, satisfaction puisque Paris s’est engagé, depuis le 13 novembre dernier, à lui fournir à la fois un appui logistique et un appui dans le domaine du renseignement aérien. Aujourd’hui, la France va plus loin avec le déploiement d'une centaine d’hommes supplémentaires pour renforcer le détachement Boali, installation militaire française permanente en RCA (soit 300 hommes en tout).

Paris insiste sur le fait que ses soldats viennent en renfort des forces locales et de celles de la FOMUC, la force multinationale en République centrafricaine sous mandat onusien, pour aider à la stabilisation du pays.

Mais la France, une fois de plus, se trouve, peut-être bien malgré elle, dans une situation délicate dans son pré carré africain : Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique. Sa sollicitude provoque l'ire de certains qui l'accusent de visées néo-colonialistes. Pourtant, si elle ne fait rien et que la situation dégénère, d'autres, ils peuvent être les mêmes, l'accuseraient, en revanche de n’avoir rien entrepris pour arrêter, à temps, les dérives meurtières.

Posté par Freddy Nze Ekekang, le 07/12/06 dans Afrique - France - Géopolitique | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 4 décembre 2006
Geopolitics will catch you !

En Europe comme aux Etats-Unis, la plupart des dirigeants de grandes entreprises ont été choisis à une époque où il fallait prioritairement serrer les boulons et maximiser les profits. Ils ont bien travaillé, les cours de bourse en témoignent. Mais les temps changent et les chemins tracés manquent de panneaux indicateurs d’avenir.

La signalisation semble avoir été conçue pour répondre à des préoccupations essentiellement professionnelles et traite de l’économie comme s’il s’agissait d’un domaine isolé. Est-ce suffisant à une époque où les conflits internationaux s’exacerbent et où non seulement les technologies mais aussi les mentalités évoluent rapidement ?

Depuis sa création, le Club des Vigilants s’efforce de croiser des préoccupations dans l’espoir d’aider ses membres, et en particulier les entreprises, à accroître leur capacité d’anticipation et de riposte à des risques venant d’horizons différents. Géopolitique, environnement, technologie bouleverseront bien des donnes. Les risques sociétaux s’amplifieront. Il devient urgent de mieux comprendre pour mieux agir.

Posté par Marc Ullmann, le 04/12/06 dans Economie - Entreprises - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 2 novembre 2006
Delenda Téhéran !

061102-teheran.jpg« Delenda Carthago » déclamait Caton. « Il faut détruire Téhéran » chuchotent des idéologues proches de Bush. Ils ne sont pas nombreux mais ils sont influents. Bien qu’appartenant, pour la plupart au Parti Républicain, peu leur importe que le prochain président soit Républicain ou Démocrate. Leur ambition est de créer une situation irréversible.

Lorsqu’ils ont plaidé pour la guerre en Irak, ces « neo cons » pensaient, sans doute sincèrement, que l’instauration d’une démocratie libérale et capitaliste ferait le bonheur des Irakiens. Ils ont dû constater que la greffe ne prenait pas et, faute de mieux, la disparition de l’Irak en tant que puissance régionale leur apparaît comme un « second best ».

C’est en ces termes que, pour eux, se pose le problème de l’Iran. Le chaos aux alentours fait de ce pays la première puissance régionale. Il n’est pas question de l’envahir pour tenter d’y établir une démocratie à l’occidentale. La tentation de le détruire est donc forte. Attaquer les sites nucléaires servirait de prétexte à des frappes massives qui feraient revenir le pays des siècles en arrière.

Cette option militaire extrême serait lourde de conséquences mais est néanmoins étudiée à Washington avec un niveau de sérieux et de détail qui dépasse celui du « contingency planning » ordinaire. Les pragmatiques qui, à la Maison Blanche, préconisent la négociation, laissent faire en partant du principe que l’on obtient plus facilement des concessions si l’on a derrière soi un chien méchant prêt à bondir. Reste à espérer que la laisse est solide.

Posté par Marc Ullmann, le 02/11/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (5) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 octobre 2006
Boum et flop

061027-Coree.jpgKim Jong Il a fait boum et les gouvernements du monde entier font semblant d’avoir peur. Ils savent pourtant que le test atomique de la Corée du Nord a plutôt rassuré les experts. Ceux-ci, se fondant sur des rapports d’espionnage, croyaient que le régime dictatorial de Pyongyang disposait déjà de deux ou trois engins. Il apparaît maintenant que le stade expérimental n’a pas été dépassé et que le récent boum n’a même pas donné les résultats escomptés.

Kim Jong Il devra attendre des mois pour disposer d’une « vraie » bombe et des années pour qu’une miniaturisation adéquate permette de placer sur des fusées des engins performants. Dans ces conditions, pourquoi tout ce tohu-bohu ? Précisément pour mettre le délai à profit en relevant le défi avant qu’il soit trop tard.

Posté par Marc Lanval, le 27/10/06 dans Asie - Géopolitique | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 22 octobre 2006
Enfer irakien

061022-EnferIrakien.jpg Les stratèges ont les yeux fixés sur les Etats-Unis et l’Iran. Pendant ce temps, le spectacle d’horreur continue en Irak. On compte, en moyenne, une centaine de victimes par jour. Des cadres de l’ancien régime et autres extrémistes ont réussi à réveiller la haine de la minorité sunnite contre une majorité chiite qui risquait d’acquérir tous les leviers du pouvoir.

Celle-ci, après s’être tenue relativement tranquille, rivalise en cruauté : les assassinats sont précédés de tortures ; les tortures ne sont même pas destinées à arracher des secrets ; il s’agit simplement de d’infliger des souffrances. Bien installé au Sud (un pied en Irak et un autre en Iran), l’Ayatollah Sistani essaye de prêcher le calme. Selon lui, il faut, pour un temps, composer avec les Américains pour tenter de préserver l’unité du pays. Plus tard, la « fureur des Croyants », pourra s’exercer contre l’occupant. La paix n’est qu’un lointain mirage.

Posté par Marc Ullmann, le 22/10/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 18 octobre 2006
Danger pakistanais

La Guerre froide a, pendant longtemps, obscurci les esprits. Quand l’Union Soviétique était « L’Empire du Mal », tous ses ennemis, même les plus horribles, étaient considérés comme les amis du « Monde Libre ». Aujourd’hui, on déchante. Le péril islamique fait réfléchir. On s’aperçoit notamment qu’au lieu d’armer les « Moudjahidines » pour forcer le départ des Russes d’Afghanistan, il aurait mieux valu laisser les Popoffs s’embourber, ne pas contribuer à faire passer le « Djihad » du stade de la velléité à celui de l’action, ne pas fermer les yeux sur le danger potentiel représenté par le Pakistan.

Sous prétexte que ce pays aidait les « résistants » afghans à combattre les Russes, on n’a pas cherché à ralentir son développement atomique ; on n’a même pas réagi lorsqu’on a appris que le héros national Abdul Qadeer Khan, père de la « Bombe islamique », encourageait la prolifération en vendant des secrets. Aujourd’hui, l’allié pakistanais apparaît peu fiable. Tout repose sur le Président Musharaf dont le pouvoir s’avère fragile. Les mouvements islamistes (sunnites) sont de plus en plus virulents. L’armée joue double jeu : en coulisse, elle aide les Talibans et ne dédaigne pas d’encourager le terrorisme en Inde. Tout cela est d’autant plus dangereux que la société pakistanaise est probablement celle qui, au monde, est la plus éloignée des valeurs occidentales. Pour prendre un seul exemple, elle bat tous les records en matière de mariages endogames (près de 90 %).

Posté par Marc Lanval, le 18/10/06 dans Asie - Géopolitique - Société | Commentaires (4) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 15 octobre 2006
Opération Mamba : source de rayonnement européen pour la France

061015-EuroCorps.jpgLa fin de la Françafrique décrétée solennellement lors du sommet de la Baule en 1990 cachait mal un désengagement et un désintérêt croissant pour un continent considéré comme « inutile ». Le terrain déserté, le rôle de gendarme fut endossé par une kyrielle d’Etats africains ou de groupes armés dont les ingérences antagonistes n’ont fait qu’amplifier les conflits régionaux et les crises infra étatiques. Aujourd’hui, la France est de retour et ce sont les missions de projection de l’Europe qui lui redonnent de l’influence et jouent le rôle de « multiplicateur de rayonnement » pour la France.

C’est l'engagement des Britanniques - connus pour leurs conceptions nettement plus atlantistes - en Sierra Leone en 1998 qui a servi de déclic. Il a démontré non seulement que l'interventionnisme en Afrique pouvait être source d’influence en Europe, mais encore que la France, qui venait de s’interdire ce recours par sa doctrine de « ni-ingérence, ni-indifférence », n’était plus la seule à pouvoir jouer le rôle de nation-cadre d’une intervention européenne en Afrique.

Or, la volonté française de participer au renforcement du pilier PESC de l'UE destiné à doter l'Europe d'une consistance politique, diplomatique et militaire propre - dans la lignée de la conception particulière dont la France a fait preuve en se retirant de l'OTAN en 1966 - n'a pas cessé.

Ainsi, l’opération « Mamba noir » - opération militaro-humanitaire en Ituri en juin 2003 -, menée par des commandos-marine du COS - commandement non subordonné à celui d’ « Artémis », européen -, poursuivait un autre objectif. Politique celui là. Par cette opération, la France souhaitait rééquilibrer sa position dans une Union européenne où la perspective d’élargissement à 25 laissait entrevoir la marginalisation des conceptions françaises au profit de celles de son partenaire britannique. Répondant à une demande de Kofi Annan, la France a assigné à l’UE une mission à même de susciter chez ses membres la volonté politique d’exiger que soit reconnue à l’Europe plus d’importance dans les relations internationales (pour preuve, la très neutre Suède déploiera ses forces spéciales tandis que l’Allemagne évoquera l’envoi de soldats de la Bundeswehr) ; elle a, par là même, contredit Robert Kagan pour qui « c’est la faiblesse de l’Europe qui la pousse à s’opposer à la puissance ». De l’Amérique bien sûr.

« Mamba noir » a par ailleurs démontré la nécessité pour l’Europe de se doter d’un outil militaire lui assurant une autonomie d’action à même d’épauler son action politique et économique au service de la communauté internationale. La création d’un « quartier général européen », rejeté par les Américains car concurrençant l’Alliance atlantique et, surtout, le ralliement de Tony Blair à ce projet ont constitué les résultantes d’« Artémis ».

En effet, de leur participation à la première intervention de l’UE en toute autonomie hors d’Europe et malgré quelques réserves initiales, les Britanniques n’ont pu manquer de tirer des enseignements. On notera que le ralliement anglais à la Capacité de planification et de conduite d’opérations européenne, est l’aboutissement d’une réflexion française qui doit elle aussi sa part à l’intervention en Ituri. Cette convergence anglo-française est intervenue alors que ne cessait de se creuser le fossé entre les capacités militaires britanniques et françaises et que certains experts donnaient la Grande-Bretagne comme le nouveau champion de l’Europe de la défense en raison de la maîtrise opérationnelle dont cette dernière avait fait preuve lors de l’offensive en Irak.

Posté par Freddy Nze Ekekang, le 15/10/06 dans Europe - France - Géopolitique | Commentaires (5) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 septembre 2006
Prodi = retour de l’Europe

060914-prodi.jpgLe Président du Conseil italien a, en quatre mois, mené un parcours sans faute. Dans un premier temps, il a pris les mesures économiques que la situation imposait et son effort a été reconnu par les investisseurs du monde entier puisqu’aujourd’hui le gouvernement italien peut émettre des bons du Trésor dans de meilleures conditions qu’à l’époque de Berlusconi.

Dans un deuxième temps, M. Prodi a renforcé la position internationale de son pays en proposant que l’Italie envoie 3.000 hommes au Liban et prenne la tête de la Finul. Dans un troisième temps, il a fait en sorte que cette initiative ne porte pas ombrage à la France (le commandement de la Finul s’effectuera par rotation).

Surtout, l’ancien président de la Commission de Bruxelles s’affirme comme l’homme d’Etat le plus attaché à la cohésion de l’Europe. Il veut, selon ses propres termes, contribuer au « retour de l’Europe unie en tant qu’acteur politique à part entière, capable d’avoir une politique étrangère et une action commune ». « Il professore » mérite un bravo !

Posté par Marc Ullmann, le 14/09/06 dans Europe - Géopolitique - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 septembre 2006
Israël : faux calculs mais vraie démocratie

060911-knesset.jpgLe gouvernement est déconsidéré, l’armée est tombée de son piédestal mais les institutions fonctionnent. Dans un Moyen Orient où les dictatures sont légion et où les juges comme les parlementaires ont surtout le droit d’obéir, Israël ne peut qu’étonner avec sa Cour Suprême qui dit la loi et ses commissions d’enquêtes qui traquent la vérité. Une vérité qui, d’ailleurs, n’est pas toujours belle à voir.

Le Mossad, supposé tout savoir des pays voisins, n’avait pas mesuré la capacité de résistance du Hezbollah. Ces princes de la psychologie s’étaient également trompés sur l’état des opinions publiques tant palestiniennes que libanaises. Ils avaient d’abord cru qu’en aggravant les conditions de vie des Palestiniens ceux-ci se retourneraient contre le Hamas. La même erreur a été commise au Liban où le Hezbollah, au lieu d’être blâmé pour sa provocation, a été admiré pour sa résistance.

Du coup, toutes les politiques passées sont soumises au crible du réexamen. Au lieu d’enclencher le Processus d’Oslo, ne fallait-il pas œuvrer au développement économique des « territoires » afin d’amorcer une réconciliation des esprits ? Après l’échec du processus, fallait-il évacuer le Sud Liban au risque de donner aux télévisions arabes la possibilité de célébrer une prétendue victoire ? Fallait-il, ensuite, considérer l’évacuation de la Bande de Gaza comme un bon débarras ?

En tout cas, la prétention du gouvernement Olmert de fixer arbitrairement les frontières définitives de l’Etat hébreu n’est plus prise au sérieux. Une « révision déchirante » est en gestation ... démocratique.

Posté par Marc Ullmann, le 11/09/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Politique - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 septembre 2006
"L'Iran a droit au nucléaire civil"

060906-BombeIranienne.jpgCette phrase, rapportée par Libération du 4 septembre, a été prononcée par Jack Lang de retour de Téhéran. Personne ne conteste à qui que ce soit le droit d'avoir accès au nucléaire civil, tout au moins en restant dans le cadre des règle de l'AIEA, le super gendarme onusien en matière nucléaire.

Malheureusement une information récente mais passée pratiquement inaperçue, balaie les derniers a priori positifs que l'on pouvait avoir quant au programme nucléaire iranien. Le 26 août 2006 le Président Ahmadinejad a inauguré une unité de production d'eau lourde à proximité du réacteur IR-40 en construction à Arak. Ce réacteur de design iranien est officiellement un "réacteur de recherche" du type uranium naturel/eau lourde. Sa puissance sera faible : de l'ordre de 40 mégawatts alors que les réacteurs électrogènes ont des puissances de 1000 à 1500 MW.

L'intérêt de ce type de réacteur est que c'est une superbe machine pour fabriquer le meilleur plutonium de qualité militaire. IR-40 devrait entrer en service en 2009 et pourra fournir du plutonium pour 1 ou 2 bombes par an. Tout cela signifie que l'Iran, pour se doter de l'armement nucléaire, suit en parallèle, la voie de l'uranium 235 et celle du plutonium. Les États-Unis avaient procédé ainsi avec le projet Manhattan qui déboucha sur "Little Boy", engin à uranium 235 (64 kgs de matière fissile) qui rasa Hiroshima, et "Fat Man", bombe au plutonium (6 kgs) qui anéantit Nagasaki. La France procéda de même.

Que peut-on faire pour contrecarrer ces projets ? La réponse est malheureusement : rien. Comme Jacques Andréani l'a exposé devant Les Vigilants, une intervention militaire des USA donnerait peu de résultats à part de mettre cette partie du Monde (sinon le Monde entier) dans une situation apocalyptique. L'expérience, entre autres, du Pakistan a montré que lorsqu'un pays a décidé d'acquérir une capacité nucléaire, rien ne peut l'en empêcher. Kofi Annan s'est déclaré sceptique quant à l'efficacité de sanctions économiques contre l'Iran. Reste, comme l'a souligné J. Andréani, la diplomatie... On ne peut qu'appeler de nos vœux une évolution à l'Argentine : ce pays avait lancé un programme nucléaire militaire mais, après le changement de régime, le nouveau pouvoir abandonna cet objectif.

Posté par Michel Chevet, le 06/09/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 31 août 2006
Nasrallah nouvelle star

060831-Nasrallah.jpgHassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah (« Parti de Dieu »), est devenu, à 46 ans, le héros des foules du Moyen Orient tout entier. Il est libanais, musulman chiite, leader politique et chef de guerre. Subtil, il se montre parfaitement apte à tenir plusieurs rôles : religieux, il sait enflammer ses auditoires par des prêches éloquents ; organisateur, il s’exprime de façon moderne et claire ; Libanais, il se pose en patriote désireux de défendre son pays face à Israël ; Musulman, il se sert d’Israël comme d’un repoussoir afin d’œuvrer à la réconciliation entre chiites et sunnites et de contribuer ainsi à la reconstruction d’une « Communauté des Croyants ».

Sa stratégie plait à l’Iran qui, en tant que grande puissance régionale, aurait toute chance de prendre la tête de cette « Oumma » d’un nouveau type. C’est largement pour cela que, depuis la première guerre du Liban en 1982, il arme et finance le Hezbollah. Les armes viennent de permettre à Nasrallah et à ses hommes de tenir tête à Olmert et à son armée ; l’argent sert à récompenser les fidèles et à financer des œuvres sociales. En ces temps de reconstruction libanaise, le Hezbollah parvient même à se montrer plus généreux que le gouvernement de Beyrouth. Ce n’est pas demain que la population aidera à son désarmement.

Posté par Marc Ullmann, le 31/08/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 juillet 2006
La loi du « respect »

Y a-t-il un point commun entre le président dictateur de la Corée du Nord et les « sauvageons » qui, chez nous, mettent le feu aux voitures ? Oui, puisqu’ils veulent tous se faire remarquer. Le missile longue portée coréen est du toc. Il faut trois jours pour faire le plein de son combustible. Le détruire au sol, ou même en vol, serait un jeu d’enfant. De plus, les quelques bombes nucléaires coréennes sont beaucoup trop encombrantes pour servir de tête à ce missile. Qu’importe ! Kim Jong-il est content : les grandes puissances parlent de lui. Peut-être un jour, lui témoigneront-elles du « respect ». Après, mais pas avant, il pourra négocier.

Posté par Marc Ullmann, le 21/07/06 dans Asie - Géopolitique - Technologie | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 5 juillet 2006
Défense européenne post-29 mai 2005 : plus de coopération et…moins d’intégration ?

L’a-t-on assez remarqué ? A l’unanimité de ses pairs en Europe, le Chef d’Etat-major des Armées françaises vient d’être élu Président du Comité Militaire de l’Union Européenne. Ainsi, des pays qui ont pourtant connu des lignes de fracture aussi marquées que la participation ou non à l’expédition militaire en Irak récemment et, il y a plus longtemps, au commandement intégré de l’OTAN, ont su réunir leurs voix sur la France, qui s’est pourtant la plus singularisée sur ces deux registres….

Et l’on reparle alors des beaux concepts de coopération et de coordination renforcées des moyens de défense européens : Euro-corps franco-allemand en développement, forces européennes bientôt sous commandement allemand en Afrique (une première), etc…Tout cela est bel et bon, mieux que rien, diront certains, mais qu’on ne s’y trompe pas. S’estompent du même coup les ambitions de la déclaration franco-britannique de Saint-Malo, les enjeux d’une véritable politique commune de défense, d’une autonomie volontariste par rapport au « bouclier » américain, d’une intégration qui rejoindrait les avancées anciennes de l’Europe en matière commerciale, économique et monétaire.

Mais est-ce une surprise ? Alors que dans la foulée du « non » français et néerlandais au projet de constitution européenne, les perspectives d’une Europe politique s’obscurcissent et les tentations d’un repli sur soi reviennent – remontée des nationalismes, thématique de patriotisme industriel – il n’est pas étonnant que le plus régalien des domaines marque lui aussi le pas en matière d’ambition intégrationniste…

Posté par Marc Bradford, le 05/07/06 dans Europe - France - Géopolitique - Union Européenne | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 3 juillet 2006
Géopolitique : brouillard et lignes de force

Des intérêts s’opposent, d’autres se conjuguent. Des rivalités s’estompent, d’autres s’exacerbent. Des alliances se nouent, d’autres se délitent. Difficile de s’y retrouver dans un monde devenu si vaste et si confus. Pourtant, quelques constats s’imposent :

- Les Etats-Unis n’ont sans doute pas cherché à acquérir une suprématie mondiale mais, maintenant qu’ils l’ont, ils cherchent à la maintenir.

- A long terme, leur rival est la Chine. D’où leur volonté de resserrer les liens avec le Japon et d’en créer avec l’Inde. D’où aussi, par contrecoup, une propension de la Chine à se réconcilier avec la Russie.

- Dans l’immédiat, l’Islamisme révolutionnaire représente un défi. Mais le danger ne deviendrait grave pour les Etats-Unis que si les Fous de Dieu mettaient la main sur le pétrole. D’où leur volonté de contrôler le Moyen Orient et de s’opposer aux ambitions iraniennes. D’où aussi, par contrecoup, une probable tension dans l’Alliance atlantique. L’Europe, bordée par la Méditerranée, sera amenée à mobiliser toutes ses énergies pour ne pas se trouver prise en tenaille entre un Islamisme agressif et une Amérique impériale. Dans cette optique, l’Iran, aujourd’hui considéré comme un ennemi, pourrait, s’il évolue, devenir un allié.

Posté par Marc Lanval, le 03/07/06 dans Europe - Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 22 juin 2006
Pour une Communauté Mondiale de l’Eau

eau.jpgDans ma jeunesse, j’ai travaillé à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier et me souviens de la genèse de cette première institution européenne. Jean Monnet est parti de la conviction que l’Europe ne se ferait pas d’un coup mais pas à pas.

Voulant commencer par créer une « solidarité de fait », il a pensé que le charbon et l’acier, qui avaient été utilisés pour faire la guerre, pouvaient être un symbole de reconstruction pacifique et servir de base tant à la réconciliation franco-allemande qu’à l’unité de l’Europe. Il a persuadé Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, de lancer l’idée et s’est assuré qu’elle serait bien reçue par Konrad Adenauer, le chancelier allemand, et fortement appuyée par l’Administration américaine.

L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle dont rêvait Monnet mais la CECA a néanmoins servi de socle à une prise de conscience européenne. Maintenant, les menaces visent l’humanité entière et il s’agit de faire émerger une conscience planétaire. D’où la question : existe-t-il un domaine qui aiderait à cristalliser une « solidarité de fait » à l’échelle mondiale, un domaine où l’urgence et la gravité des problèmes justifieraient la mise en commun de certains pouvoirs et de certaines ressources ?

Après avoir beaucoup consulté et beaucoup réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que la création d’une Communauté Mondiale de l’eau (CME) serait la plus prometteuse des initiatives possibles. Les hommes, après tout, peuvent vivre sans pétrole, ils ne peuvent pas vivre sans eau. Des guerres peuvent éclater pour le contrôle des ressources. Des populations peuvent migrer pour fuir la sécheresse. L’insalubrité peut provoquer des épidémies. Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. De plus, le problème de l’eau est au cœur des préoccupations mondiales. Le forum qui a réuni récemment à Mexico près de 5.000 représentants d’Etats, d’institutions internationales, d’experts et de professionnels l’a amplement démontré : guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.

Le chemin à parcourir avant qu’une CME fonctionne est si périlleux, les problèmes à traiter sont si complexes et les parties prenantes si nombreuses, que l’initiative ne peut être lancée dans le cadre modeste du Club des Vigilants. Nous pouvons seulement réfléchir aux processus qu’il conviendrait d’enclencher. Concrètement, il s’agirait surtout de :

- trouver la ou les personnalités les plus aptes à prendre l’initiative et chercher les moyens de les convaincre ;

- dresser la liste des pays qui accepteraient de se placer sur la ligne de départ et négocieraient un éventuel traité ;

- définir les points qui, dans cet éventuel futur traité, devraient être considérés comme primordiaux.

Une réflexion préliminaire est en route sur ces trois points. Ceux qui voudraient contribuer à cette étude de faisabilité seraient les bienvenus.

Posté par Marc Ullmann, le 22/06/06 dans Développement - Environnement - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (6) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 15 juin 2006
Le désert de Copel

Une attaque américaine sur l’Iran comporterait de tels risques et ces risques ont été tellement soulignés (y compris aux Etats-Unis) que cette éventualité parait peu probable dans les circonstances actuelles. Rien, cependant, n’est sûr : avec Bush, l’improbable peut arriver !

Mieux vaut, dans ces conditions, se prémunir contre un possible « terrorisme de représailles » qui frapperait non seulement au Moyen Orient mais partout où cela s’avèrerait praticable en Occident. Des sites sensibles ont certainement déjà été repérés par des adversaires potentiels. Une protection adéquate, dont les détails ont été étudiés par le Général Etienne Copel et dont le Club s’est maintes fois fait l’écho, devient urgente.

Posté par Marc Ullmann, le 15/06/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Terrorisme - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 31 mai 2006
De l’URSS à l’URPG

En Russie, Gazprom est plus qu’un Etat dans l’Etat, c’est le bras armé de l’Etat pour reconquérir une partie du terrain perdu par l’URSS. Il s’agit de bâtir une sorte d’Union des Républiques Pétro Gazières en devenant non seulement l’indispensable fournisseur mais aussi le principal distributeur de pétrole et de gaz dans celles des anciennes républiques soviétiques qui en sont dépourvues. L’Arménie a déjà cédé l’essentiel de ses actifs énergétiques. La Biélorussie va bientôt faire de même et l’Ukraine ne pourra pas rester longtemps insensible aux pressions de son puissant voisin.

Pour l’Europe Occidentale, le problème de l’indépendance énergétique se pose aussi, bien que différemment. D’une part, l’Union Européenne ne peut plus se passer du gaz russe mais, d’autre part, ses achats représentent l’essentiel des revenus de Gazprom. Du coup, une sorte d’alliance industrielle historique se renoue. L’Allemagne est au centre de ce « partenariat stratégique ». L’ex chancelier Gerhard Schröder préside la société mixte qui va construire un gazoduc direct sous la baltique. Normal ! Un de ses prédécesseurs, Helmut Schmidt avait prévenu Ronald Reagan lorsque celui-ci tentait de s’opposer à la construction d’un autre gazoduc à l’époque de l’URSS : « Cela fait plus de cent ans que nous travaillons en Russie ; c’est nous qui avons construit son premier pipeline ; il est souhaitable que nous recommencions ».

Posté par Marc Lanval, le 31/05/06 dans Energie - Europe - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 mai 2006
Lula entre cœur et portefeuille

Fidel Castro a 79 ans et n’a pas de pétrole. Hugo Chavez a 52 ans et beaucoup de pétrole. Pas besoin d’être extralucide pour savoir lequel des deux fait désormais figure de leader pour toute la gauche d’Amérique Latine. Chrétien, Chavez prêche une sorte de socialisme indépendant de la tradition marxiste.

C’est lui qui, le 29 avril, a nommé: « Sainte Trinité anti-impérialiste » le traité qu’il venait de signer avec Castro et le jeune (47 ans) président de la Bolivie Evo Morales. Celui-ci, dès le lendemain, s’empresse de suivre l’exemple de Chavez en nationalisant les hydrocarbures (pétrole et surtout gaz) dont son pays est assez pourvu. Les compagnies étrangères disposent de 180 jours pour renégocier leurs contrats.

Elles sont 26 dont Exxon et Total mais la plus impliquée est la société brésilienne Petrobras. C’est cette dernière qui, sans doute, donnera le ton. Luiz Inácio Lula se trouve ainsi confronté à un dilemme. Elu par la gauche et défenseur des pauvres, il lui sera difficile de s’opposer à un partage plus équitable des profits dans un pays voisin. Président du Brésil, il devra, cependant, défendre les intérêts d’une grande compagnie nationale. Le choix n’est pas anodin : la carte politique de tout un continent peut s’en trouver affectée.

Posté par Marc Ullmann, le 12/05/06 dans Amérique Latine - Energie - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 avril 2006
Prévenir les dictatures ou convertir les dictateurs

Milosevic est mort avant que le Tribunal Pénal International ait pu condamner le dictateur qui a supervisé « l’épuration ethnique ». Sa culpabilité ne fait pas de doute mais le drame aurait peut-être pu être évité si l’Europe, en amont, s’était montrée plus vigilante.

A la mort de Tito, en 1980, les dirigeants européens craignaient l’embrasement de la Yougoslavie. Pas encore aveugles, ils ont huilé les rouages de la succession en accordant quelques aides économiques. Les choses, en apparence, se passaient bien : une présidence tournante semblait fonctionner et, en 1984, Sarajevo accueillait dans la joie les Jeux Olympiques d’hiver. Nos « responsables » cessèrent alors d’être préoccupés. Quiconque leur rappelait la fragilité balkanique était un importun. Pourtant, le drame se nouait.

En 1985, le communisme était en déliquescence et ses chefs étaient discrédités. Pour se maintenir, ils devaient ou bien se montrer capables d’apporter un peu de prospérité ou bien se rendre populaires en ravivant des passions nationales. Le dirigeant serbe, Milosevic, essaya d’abord la première solution. Il se dit favorable à l’économie de marché et se déplaça dans toute l’Europe pour quémander de l’argent et attirer des investissements. Personne ne daigna l’écouter. Dépité, Milosevic se mit à flatter l’orgueil serbe et a supprimé, en 1986, l’autonomie dont jouissait le Kosovo à l’intérieur de la République. C’était le commencement de la fin. Peu à peu, le pire a succédé au mal et le pire a conduit à l’enfer.

Quel enseignement tirer de cette tragédie ? Non pas que tous les dictateurs ou apprentis dictateurs peuvent être achetés mais que la carotte est parfois aussi utile que le bâton. Dans le cas de l’Irak, il n’était pas question d’argent. La menace américaine était si forte et le bâton si gros que le « Rais », aurait sans doute été prêt à saisir n’importe quelle carotte. Le Staline qu’il était aurait eu intérêt à se muer en Gorbatchev !

Posté par Marc Ullmann, le 16/04/06 dans Europe - Géopolitique - Politique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 mars 2006
Bulle(s)

L’économie mondiale se développe sous une bulle (protectrice). C’est peut-être pour cela qu’elle n’éclate pas comme une bulle (de savon) ! La globalisation agit comme un fusible puisqu’elle réduit l’impact de la plupart des catastrophes considérées comme « locales ».
Pour ne prendre qu’un seul exemple, l’attentat à la gare de Madrid a fait beaucoup de victimes mais n’a eu aucun effet sur la Bourse. Plus généralement, le contraste est frappant entre la géopolitique menaçante et le marché des actions qui continue de grimper. En un sens, c’est logique, puisque les profits des entreprises sont conséquents et qu’il faut bien placer quelque part les « liquidités » qui abondent sur le marché. Logique mais quand même fragile !

Posté par Marc Ullmann, le 13/03/06 dans Economie - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 février 2006
Pour un « espionnage » sociologique

Deux visions d’ Ahmadinejad s’affrontent parmi les spécialistes de l’Iran. Pour certains, il est un Hitler en herbe qui monopolisera tous les pouvoirs et transformera l’Ayatollah Khamenei en simple figurant. Pour la plupart, Ahmadinejad n’est qu’un Président à la mode iranienne, ses pouvoirs sont limités par la Constitution très spéciale de la République Islamique, laquelle est beaucoup plus solide que ne l’était la République de Weimar.

Hitler, en tout cas, ne serait pas devenu Hitler si le peuple allemand n’avait pas été subjugué au point de le vouloir pour maître. En ce qui concerne l’Iran d’aujourd’hui, suivre au jour le jour les intrigues de palais et les luttes fractionnelles ne mène pas à grand-chose. Il serait plus intéressant de savoir si la société aspire ou non à la dictature d’un seul homme. Pour cela, l’idéal serait de pouvoir recueillir, dans différents milieux, des « histoires de vie » montrant ce que les uns et les autres ont considéré comme des instants de bonheur ou de malheur. De cette perception naît une aspiration. Cette aspiration forgera l’avenir.

Posté par Marc Ullmann, le 24/02/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 janvier 2006
La Chine ou la soif d'énergie

petrole-MO.jpgLa Chine est d'ores et déjà un acteur majeur de l'économie mondiale. Ses besoins énergétiques vont aller croissant. Il en est de même pour les pays occidentaux. Leurs chemins vont donc se croiser sur la route de l'or noir, en particulier au Moyen Orient, région symbole de l'instabilité politique.

La croissance économique, à des taux à deux chiffres ou presque (toute statistique chinoise est à considérer avec la plus grande prudence), d’un pays de plus d’un milliard d’habitants ne peut se faire qu’accompagnée par un développement non moins spectaculaire de la demande en énergie. J’emploie à dessein le terme de développement et non de croissance. En effet les années 90 ont connu une croissance extraordinaire du PNB chinois et, fait extraordinaire, des chiffres de demande énergétique qui furent en baisse à la fin de la décennie.

Cette baisse, en termes absolus, que l’on ne peut nier, cachait des phénomènes paradoxaux qui ne sont que la traduction de la coexistence de secteurs économiques séparés en fait par des siècles de développement économique.

D’un côté le 21ème siècle symbolisé par la centrale nucléaire de Daya Bay, les satellites, les plates-formes pétrolières offshore de Nanhai ou le rachat de la division ordinateurs d'IBM, de l’autre une industrie charbonnière souvent digne de l’iconographie du Far West .et qui connaît des accidents majeurs à répétition que l'on ne peut plus cacher, progrès de l'information aidant. Les autorités chinoises se sont enfin décidées à lutter contre cette image calamiteuse de la Chine.

N’oublions pas que le charbon a été l’énergie de la révolution chinoise et qu’il reste de très loin prépondérant dans l’économie énergétique de la RPC. La Chine a les plus grosses réserves mondiales de charbon et le recours à ce combustible se justifiait parfaitement.

Jusqu’à la fin du 2Oeme siècle la production charbonnière chinoise a été le fait, pour une énorme part, d’exploitations minuscules, à flanc de montagnes d’où l’on voyait sortir des wagonnets poussés par des hommes. Les logements individuels étaient (et sont toujours) chauffés grâce à des briquettes de charbon, servant aussi à la cuisine. Les autorités chinoises, dont le nouveau credo était le développement économique, se trouvèrent face à un gigantesque réservoir d’économies d’énergie potentielles. Naturellement dans un tel contexte les premiers efforts donnent les résultats les plus spectaculaires et c’est ce qui se produisit en Chine grâce à la rationalisation de la production du charbon, à la fermeture d’innombrables petites mines, au développement des GPL et du gaz etc., conduisant au paradoxe apparent cité précédemment.

Si l’on compare la Chine aux économies européennes, il reste pour l’Empire du milieu un très long chemin à parcourir avant d’atteindre les taux d’efficacité énergétique que nous connaissons. Ce long chemin trouvera sa traduction pendant encore plusieurs décennies par des statistiques énergétiques qui pourront paraître surprenantes en première analyse.

Si le charbon a joué un rôle fondamental en Chine et s’il continuera à tenir, dans le court terme, la première place dans le mix énergétique, il n’en reste pas moins vrai que tout modèle de développement économique est actuellement basé sur le recours aux hydrocarbures. Cela tient pour une grande part au développement des transports routiers dont la source d’énergie est soit l’essence soit le gazole. Qui plus est, le charbon chinois est, en général, de mauvaise qualité, à faible pouvoir calorifique et à forte teneur en soufre donc fortement polluant, ce qui obère considérablement son utilisation directe ou indirecte (transformation en hydrocarbures liquides, voie suivie en leur temps par l’Allemagne et l’Afrique du sud). En outre les gisements sont géographiquement dispersés, loin des centres de consommation et l’infrastructure ferroviaire est dramatiquement insuffisante.

La Chine se voit donc contrainte d’épauler son économie par un recours accru aux hydrocarbures considérés désormais comme un des nerfs du développement économique.

La politique pétrolière chinoise s’est d’abord caractérisée par son caractère autarcique et sa grande concentration géographique. Elle connut lors de son essor de grands succès (en particulier la mise en production de l’énorme gisement de Daqing en Mandchourie), puis des succès plus mitigés (en particulier exploration offshore) et des déceptions non avouées (échec de l’exploration au Tarim, du moins si l’on rapporte les résultats obtenus aux espoirs longtemps clamés comme de quasi certitudes géologiques).

Au début des années 90 est intervenu un fait économique alors peu relevé en Occident : la Chine est devenue importateur net de pétrole. Cette situation va aller en s’accélérant rapidement. En 2005 la Chine importera de l'ordre de 2,8 millions barils/jour (soit 140 millions de tonnes) correspondant à 43% de sa consommation. On estime que les importations chinoises de pétrole pourraient monter à plus de huit millions de b/j en 2015 (équivalent à la production actuelle de l’Arabie Saoudite).

La Chine a longtemps refusé d’admettre que le développement économique risquait de la faire dépendre de l’étranger. Elle a tout d’abord cru et fait croire que sa production intérieure suffirait à approvisionner le pays en pétrole. Il a bien fallu admettre que les réserves de Daqing baissaient de façon inexorable et que les découvertes de nouveaux gisements ne compensaient aucunement le déclin des champs existants. On soutint alors que le salut viendrait de l’Ouest, c’est à dire des réserves "fabuleuses" qu’on allait mettre en évidence au Xinjiang (bassin du Tarim). S’il y eut quelques découvertes, elles ne furent que de taille modeste. Il est intéressant de noter que cette « ruée » vers l’ouest coïncida avec l’ouverture aux compagnies occidentales. Les différents « rounds » d’offres furent des échecs, les compagnies occidentales s’étant déjà faites leur opinion sur le Tarim. Si du temps des Ming le Xinjiang faisait partie des territoires des barbares, aujourd’hui il rappèle à Pékin qu’une partie de la République Populaire de Chine est en Asie Centrale et dans la sphère d’influence du fondamentalisme musulman. Il est plus que probable que les autorités de Pékin sont satisfaites qu’une partie importante de leur approvisionnement énergétique ne vienne pas de cette région, considérée comme un glacis stratégique et non comme un hinterland ou un lebensraum. On parle désormais d’importer du gaz d’Extrême Orient russe…mais les derniers incidents entre la Russie et l'Ukraine ont certainement refroidi ces ardeurs.

D’où viendra donc le pétrole importé par la Chine ?

Pour l’instant les tonnages en cause sont relativement faibles à l'échelle du commerce international de pétrole mais ils croissent très vite et ont déjà contribué à déstabiliser le marché, où tout se joue à la marge. Pour des raisons évidentes de sécurité la Chine cherche à diversifier au maximum ses fournisseurs. Cette diversification a des limites : les réserves pétrolières (hydrocarbures liquides) de l’Indonésie, qui fut longtemps un fournisseur régulier de la Chine, sont en chute libre. L’Amérique latine est sous influence américaine et Pékin ne cherchera pas une confrontation directe avec Washington dans cette partie du monde. Quant à l’Afrique de l'Ouest, elle est instable et la Chine n’y a pas de véritable attache.

En ce qui concerne la logistique les importations chinoises se font par des navires de 100.000 tonnes maximum, ou par des 200.000 tonnes en charge partielle, qui conviennent pour des trajets « régionaux » mais sont loin de l’optimum économique sur de très longs trajets (la Chine a pris du retard dans la construction de terminaux capables de recevoir des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 300.000 tonnes). Cette situation peut répondre à la situation présente mais ne peut répondre à un niveau d’importations de 8 millions b/j envisagé pour 2010/2020. Aucune province pétrolière de la zone Asie Pacifique ne peut satisfaire une telle demande. Il faudra donc importer du brut à partir d'autres zones pétrolifères.

Reste donc le Moyen Orient.

La politique de pénétration de Pékin au Moyen Orient est réelle et pragmatique mais discrète et quelque fois maladroite. On peut citer comme exemple l’arrivée des chinois sur la scène pétrolière iraquienne. Malgré l’embargo imposé par l’ONU, la Chine, après avoir été un des principaux fournisseurs d'armements de Saddam Hussein, fut (avec la Russie) le seul pays à signer un contrat pour la mise en développement d’un champ de pétrole déjà découvert mais non exploité (al-Ahdab). Pékin, redécouvrant brutalement (un certain nombre de capitales l'y aidèrent…) l’existence de l’embargo, n’entreprit aucun travail réel sur le champ de pétrole, ce qui lui valut les foudres de Bagdad. Actuellement Pékin fait plutôt "les yeux doux" à Téhéran tant par opportunisme pétrolier que par anti-américanisme mais cela ne l'empêche pas de cultiver des contacts discrets avec les nouvelles autorités de Bagdad et de leur faire de nouvelles offres de service.

De façon plus habile, les Chinois avaient mis le pied très sérieusement au Soudan, jeune nation pétrolière. Le Soudan n’est pas géographiquement au Moyen Orient mais en matière de géopolitique pétrolière, il relève de cette sphère d’intérêts. L'intervention chinoise fut discrète mais fort efficace, jouant de façon très maoïste avec la situation de guerre civile de ce pays. Très récemment, mettant de côté toute idéologie et par pur pragmatisme la société chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation), vient de s'allier au frère ennemi indien ONGC (Oil and Natural Gas Corp.) pour racheter ensemble le plus grand producteur syrien de pétrole. Dans le même temps la Chine multiplie les contacts avec l'OPEC qui lui fournit déjà plus de 40 % de son pétrole tout en essayant de racheter des sociétés américaines, déclenchant des réactions de nationalisme économique.

Pour importer du pétrole du Moyen Orient il faut sécuriser les sources d’approvisionnement et les voies de communication. Les détroits indonésiens, bien connus pour leurs pirates, deviendront vitaux pour Pékin, ce qui ne simplifiera certainement pas les relations entre la Chine et l’Indonésie. Il faut aussi disposer de la logistique nécessaire : flotte pétrolière et terminaux d’importation. Force est de constater qu’actuellement les Chinois sont très en retard pour se doter d’une logistique pétrolière moderne. Le premier projet de construction d’un terminal capable de recevoir des super-pétroliers (VLCC) avait été transformé en projet d’importation de minerai de fer !

Les Chinois peuvent donner aujourd’hui l’impression qu’ils hésitent (ou rechignent) à se doter d’une véritable industrie pétrolière puissante et moderne. La récente réorganisation de l’industrie a laissé perplexes les observateurs mais force est de constater que les nouvelles entités crées ou réorganisées sont bien parties à la conquête du Monde.

Pékin considère vraisemblablement que sa dépendance en matière de pétrole ne sera que dans la partie basse de la fourchette des estimations, suite à des succès espérés en matière d'exploration de gaz naturel (gros espoirs sur la région de l’Ordos, dans la boucle du Fleuve Jaune), à une relance du nucléaire civil dont on parle de plus en plus et qui donne déjà lieu à une compétition franco américaine et, fait nouveau, à une politique de développement des énergies renouvelables (éolien en particulier) et d'économies d'énergie.

Une telle politique aurait des chances de réussite si les autorités chinoises arrivaient à limiter le développement de l’automobile individuelle et des transports routiers au bénéfice des transports collectifs et ferroviaires. L’économie chinoise ne semble pas aller particulièrement dans cette direction plus collectiviste et qui relèverait plutôt des heures de gloire du maoïsme.

Seule la protection de l’environnement peut donner des arguments réalistes pour contrer le développement des transports routiers mais seront-ils utilisés ? Jusqu’à ce jour la lutte pour la préservation de l’environnement concerne surtout la qualité de l’air, devenue exécrable dans les grandes villes (l’approche des Jeux Olympiques n'est pas étrangère à cette prise de conscience). Il s’agit alors de restaurer un cadre de vie, non d’instaurer un mode de vie "sans voitures" manifestement non désiré par une population qui, tout au moins pour ses conditions d'existence matérielle, fait son credo de l’individualisme calqué sur l'Occident.

Paradoxes, contradictions. Le chemin n’est jamais simple en Chine pour un esprit occidental. Pour la Chine le temps ne compte pas alors que nous sommes les inventeurs du concept d'"actualisation économique" qui ramène le futur au contexte du jour présent. Il y a les gratte-ciel du Pudong mais la Chine reste éternelle de Confucius à Mao Zedong. A cet égard la lecture du livre de Jean Leclerc du Sablon, qui passa trente ans en Chine et y fut correspondant du Figaro, "L'empire de la poudre aux yeux", est fort instructive et bouscule pas mal d'idées actuellement à la mode.

Quoi qu'il en soit force est de constater que les intérêts énergétiques de l'Empire du Milieu et ceux de l'Occident se croiseront de plus en plus dans une région du Monde, le Moyen Orient, devenue un symbole de l'instabilité politique. La concurrence pour l'accès au pétrole est porteuse de tous les dangers. Cette course à l'énergie aura des conséquences autrement plus graves que celles des importations de textiles ou de jouets chinois.

Le gros avantage de la République Populaire de Chine par rapport à nos démocraties occidentales est qu'elle peut jouer simultanément sur deux registres : le marxiste et le capitaliste. Ce n'est que la mise en application de la fameuse maxime de Deng Xiaoping : "peut importe la couleur du chat pourvu qu'il attrape les souris".

Posté par Michel Chevet, le 27/01/06 dans Chine - Energie - Europe - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 janvier 2006
La vraie menace iranienne

Bombe-Iran.jpgLes chasseurs d’actualité courent après l’évènement. Les passionnés de politique se penchent sur les luttes fractionnelles. Les uns comme les autres omettent de regarder le rétroviseur de l’Histoire, le périscope des courants sociétaux, le télescope des rêves. Ceux qui ne voient dans Ahmadinejad qu’un illuminé et misent sur la dislocation imminente du régime, se trompent de registre. L’arbre planté par Khomeini il y a un quart de siècle porte encore quelques fruits. Il s’agit d’Histoire avec un « H » et non de petites histoires.

J’ai aperçu Khomeiny en 1978, lorsqu’il était réfugié à Neauphle-le-Château. Il résidait dans un petit pavillon de banlieue à l’allure minable, il était assis sur un petit tapis au coin d’une pièce minable mais une grande force émanait de sa personne. La profondeur de son regard, la droiture de son maintien, l’économie de son propos étaient impressionnantes. Cet homme, héritier d’un long passé, semblait capable de mener un combat dans le présent tout en nourrissant une vision d’avenir.

Pour s’en convaincre, mieux vaut tourner les yeux vers le « Centre de la Grande Encyclopédie Islamique » que vers les ministères. Dans un immense bâtiment situé aux environs de Téhéran, 50.000 !!!! érudits poursuivent la rédaction d’un ouvrage de référence écrit d’abord en persan, puis en arabe, puis en anglais. Dans l’esprit des théocrates révolutionnaires qui détiennent le pouvoir d’Etat, ces bataillons de scribes constituent l’avant-garde d’une guerre d’un nouveau type. Leur mission, édictée par Khomeiny lui-même peu après son triomphe, est de nature panislamique. Articles et définitions ne doivent en aucun cas s’inspirer d’un chiisme sectaire ; rien ne doit choquer les fidèles sunnites ; tout doit contribuer à la reconstruction d’une « Communauté des Croyants ».

Les diatribes anti-israéliennes d’Ahmadinejad découlent de cette stratégie. Elles n’ont pas été proférées par hasard ni même par simple tactique. En tentant une sorte d’OPA sur la cause palestinienne, chère au cœur des Arabes sunnites, elles visent à dresser des peuples contre des dirigeants qui, bien que musulmans, sont susceptibles de reconnaître la légitimité de l’Etat hébreu.

Déjà, certains résultats ont été atteints. Le guide spirituel de la Confrérie des Frères Musulmans égyptiens ainsi que le chef du Mouvement islamiste palestinien Hamas ont applaudi. Les efforts saoudiens pour isoler l’Iran s’avèrent illusoires. Le Golfe, tardivement nommé arabique, commence à redevenir persique.

La deuxième manche est en train de se jouer en Irak où l’ayatollah Sistani, principal guide des chiites irakiens, tend la main à la minorité sunnite et se dit prêt à bénir un gouvernement de coalition. Dans l’immédiat, c’est commode pour les Américains mais le but, fixé en accord avec Téhéran, n’est pas de leur faciliter la tâche. Il s’agit, au contraire, d’inciter les « résistants » sunnites à réorienter leur « haine » et leur « fureur ». Ceux-ci, pour le moment, n’hésitent pas à massacrer des compatriotes or, il faudrait qu’à l’avenir, ils s’en prennent seulement aux troupes étrangères. La Syrie fait fonction de joker dans ce double jeu : l’Iran lui fournit de l’argent et des armes, elle se chargera d’approvisionner la « résistance ».

L’alliance entre le Hezbollah (chiite libanais) et le Hamas (sunnite palestinien) est la troisième pièce du dispositif. Quand Téhéran jugera l’heure venue, une nouvelle Intifada pourrai être déclenchée contre Israël au nom de la « Communauté des Croyants ». Khamenei, le successeur de Khomeiny a entériné le diagnostic d’Ahmadinejad : Israël est bien, à ses yeux, une « tumeur » dans le corps islamique, tumeur qui, tôt ou tard, devra disparaître.

La conduite graduée de ces différents combats devrait, selon ses concepteurs, pouvoir être étalée sur la durée. Ce n’est pas en huit jours que des peuples arabes viendront à bout de leurs gouvernements, que les Américains se résigneront à voir l’Irak se transformer en « république islamique » et qu’Israël, en tant qu’Etat, sera rayé de la carte. Mais les révolutionnaires théocrates n’en doutent pas : à terme, ils deviendront seuls maîtres du pétrole et des âmes.

Cette vision a sa logique et cette logique induit une pensée nucléaire à deux niveaux. Quand Khamenei proclame : « Notre seule arme atomique est notre bien aimée jeunesse et notre nation de croyants », il faut le prendre au sérieux. Ce « saint homme » veut étrangler lentement ses ennemis et non leur asséner un coup qui provoquerait des représailles massives. Il n’ignore pas cependant que, si ses plans se déroulaient conformément à ses espoirs, un jour viendrait où ses ennemis seraient tentés d’agir. D’où la nécessité de disposer à temps d’une dissuasion crédible, c'est-à-dire de missiles à têtes nucléaires. A cette fin, des trésors d’hypocrisie sont déployés tant pour la fabrication de matière fissile que pour la mise au point de fusées balistiques à longue portée.

Tout cela est cohérent et relève d’une stratégie qui ne peut être combattue à l’aveuglette. D’abord qui est vraiment l’adversaire ? L’adversaire n’est ni l’Iran, ni l’Islam mais le panislamisme révolutionnaire. L’Iran, à terme, peut être une grande puissance stabilisatrice au Moyen Orient et en Asie Centrale. L’Islam peut servir de ressort moral à des populations en quête de dignité. Le panislamisme révolutionnaire, adossé à l’Etat iranien, peut, en revanche, être un danger mortel. Il s’agit donc de dissocier l’Iran de cette idéologie. Cela n’est pas impossible : ni le stalinisme, ni le maoïsme n’ont été éternels ; le khomeynisme ne le sera pas non plus. Il y a une période difficile à gérer pendant laquelle il faut se garder de sous estimer la force de l’adversaire tout en s’efforçant d’accentuer ses faiblesses.

Ne pas sous estimer l’adversaire implique d’abord de ne pas trop écouter les émigrés qui prédisent tous les matins l’effondrement d’un système prétendument à bout de souffle. Ce régime a résisté à l’invasion irakienne et survécu à une guerre qui, toutes proportions gardées, a été aussi meurtrière pour l’Iran que la guerre de 1914 l’a été pour la France. Après quoi, ce même système a su créer des équilibres subtils - et mouvants - entre ses différentes factions. Le régime n’est pas démocratique mais a su se doter de soupapes et même de recours. En gros, il y a une sorte de parti unique dont les différentes tendances peuvent entrer en compétition électorale. Les scrutins ont lieu à l’échelon local, législatif et présidentiel. Sous la houlette du théocrate en chef, un « Conseil du Discernement » s’efforce d’aplanir les conflits. De plus, les nominations aux postes les plus élevés sont soumises à des règles assez strictes avec, à chaque fois, des niveaux de décision clairement définis.

Dans ce contexte, l’élection d’Ahmadinejad aurait dû nous faire réfléchir. Rafsandjani, son principal rival, d’abord héritier d’une fortune construite sur la production et le commerce de la pistache puis grand manipulateur de la manne pétrolière, incarnait la ruse et l’habileté. Ahmadinejad, par contraste, se présentait un balai à la main et affichait son dévouement pour les mal lotis. Il ne plaisait ni aux habitants de la riche banlieue nord de Téhéran ni aux étudiants branchés sur Internet et friands de culture occidentale.

Mais il a plu aux pauvres des grandes villes et surtout aux habitants des campagnes reculées dont les conditions de vie n’ont guère évolué depuis l’époque du Shah. Je me souviens être allé en 1973 dans un village situé à une centaine de kilomètres de Téhéran où les maisons étaient en torchis et les femmes vêtues de noir. Venait d’y être édifiée une école de style moderne où les institutrices, sans doute émules de la Princesse Ashraf Pahlavi, étaient habillées à la dernière mode. Ce contraste m’a frappé, il m’a même convaincu de la fragilité du régime impérial.

Le régime khomeyniste, version Ahmadinejad, n’est pas forcément plus solide. Le Président a été élu non pour partir en guerre contre Israël mais parce qu’il promettait du mieux être. Or rien n’indique que le chômage baisse et que le niveau de vie augmente. De plus, le « retour aux sources » ne plait pas à tout le monde : la fréquentation des mosquées était une façon de s’opposer au Shah, elle est aujourd’hui un signe de conformisme qui répugne à beaucoup. Déjà, des blagues circulent sur Ahmadinejad (exemple cité par Navid Kermani : « pourquoi se coiffe-t-il avec la raie au milieu ? Pour séparer les puces mâles des puces femelles ! »). Cela ne fait peut-être rire qu’une minorité d’Iraniens mais exprime un désamour qui, logiquement, devrait aller croissant.

L’Iran n’est pas une île. Internet, la téléphonie mobile, la télévision numérique s’y développent rapidement et le gouvernement n’y peut pas grand-chose bien que le pays reste relativement protégé par sa barrière linguistique. Si l’Occident devait choisir une arme et une seule pour déstabiliser le régime, le mieux serait de créer des stations qui émettent en persan. Plus il y en aurait et plus les programmes seraient variés, plus efficace ce serait. Dans un univers qu’un régime totalitaire cherche à uniformiser, la diversité est, par nature, attrayante.

Les adversaires du panislamisme révolutionnaire ont sans doute intérêt à jouer en équipe dans certains cas et à tirer parti de leurs différences dans certains autres. Dans le domaine nucléaire, il semble évident que les Américains, les Européens et même les Russes devraient agir de concert et tenter de persuader les Chinois de ne pas contrecarrer leurs manœuvres. Les Iraniens essayent de gagner du temps, leurs adversaires doivent leur en faire perdre le plus possible. Lorsque la Perse se sera muée en grande puissance pacifique, elle pourra légitimement réclamer un droit à la parité atomique. On n’en est pas là !

Pour le moment, il s’agit de contrer un fanatisme qui risque de se révéler infiniment plus dangereux que celui, somme toute artisanal, d’Al Quaïda. L’Europe est en première ligne. Le problème de l’Islam est, pour elle, beaucoup plus concret, beaucoup plus charnel qu’il ne l’est pour l’Amérique. Si nous voulons que notre continent soit un creuset de civilisation plutôt qu’un champ de bataille, nous devrons apprivoiser l’Islam. Il serait criminel de baisser les bras puisque, malgré le fanatisme de quelques uns, la majorité des Musulmans vivant sur le sol européen rêve d’un bonheur sur Terre plutôt que d’un paradis au Ciel. D’où l’urgence de mobiliser leur bonne volonté en leur donnant espoir, en brisant les ghettos des murs et des esprits, en jouant la carte de la fraternité.

C’est partiellement en Europe que peut, dans les dix ou les vingt prochaines années, se forger une refondation de l’Islam susceptible de réconcilier les Croyants et la modernité. En Europe mais aussi en Iran où une société actuellement en travail (comme on dit d’une femme qui accouche), devrait finir par inventer un système inédit. A partir de cet Islam nouveau, mais seulement à partir de là, les pays musulmans pourront se libérer du passé tout en restant eux-mêmes.

Posté par Marc Ullmann, le 24/01/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Politique | Commentaires (9) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 décembre 2005
Blair Tout Seul

tony_blair.jpgA la fin de la présidence britannique de l’Union européenne, le Premier Ministre Tony Blair doit se sentir seul dans son projet de relancer la Stratégie de Lisbonne sur la réforme économique. En Allemagne, la plus grande économie de l’Union des 15, Angela Merkel, une libérale dont les idées ont été forgées dans l’opposition au communisme est-allemand, a du se contenter d’une Grande Coalition entre ses propres Démocrates chrétiens et le Parti social-démocrate, ce qui parait la condamner ? poursuivre une politique du plus bas dénominateur commun.

En Pologne, le plus grand des 10 nouveaux membres de l’Union, tout paraissait prêt pour que Donald Tusk, leader du parti libéral Plateforme Civique (PO) gagne la présidence et que son parti soit ? la tête d’une coalition avec les conservateurs du parti Droit et Justice (PiS). En fait, le PiS a surpris les observateurs non seulement en gagnant la présidence mais aussi en ramassant le plus grand nombre de votes lors des élections parlementaires. Le PiS a ensuite décidé de former un gouvernement minoritaire avec le soutien de deux partis populistes, l’un de droite et l’autre de gauche, qui vont bloquer toute tentative de libéralisation économique.

Maintenant que l’héritage de réforme qu’il voulait léguer aux européens est mort avant de naître, ce n’est peut-être pas étonnant que Blair joue le trouble-fête quant au budget européen. Avec la déception provoquée par les nouveaux gouvernements en Allemagne et en Pologne, Blair doit au moins préserver sa popularité parmi les électeurs britanniques – quitte ? ne pas ceder sur le fameux “UK rebate.”

Posté par Peter Rashish, le 12/12/05 dans Europe - Géopolitique - Politique - Union Européenne | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 29 novembre 2005
Illusions sur la chaîne d’Information Internationale

La composition du capital, comme la répartition du pouvoir au sein du Conseil de surveillance de la Chaîne d’Information Internationale (CII) sont discutées au plus haut niveau de l’Etat. Pourtant elles ne sont pas, et de loin, les question essentielles que posent cette chaîne. L’ensemble l’audiovisuel français souffre d’un sous financement qui est, désormais, reconnu par tous.

Si le Président de la République estime que la création de cette chaîne d’information est prioritaire, pourquoi créer une nouvelle chaîne, alors qu’existent déj? deux chaînes publiques internationales, Euronews et TV5 ? La première a le format idéal, tout en image, pour être diffusée dans toutes les langues (il n’y a que le commentaire et les sous-titres ? adapter) partout dans le monde. La seconde véhicule, en plus de l’information, des contenus diversifiés (fictions, documentaires, magazines, etc.) produits dans la francophonie. Une fraction du budget prévu par la CII aurait pu améliorer sensiblement les performances et la pénétration de ces deux chaînes.

Or, l’une et l’autre sont dirigées par des équipes françaises, sont installées et fabriquées en France, et, de ce fait, véhiculent un point de vue français, ce qui est justement l’objectif proclamé de la CII. Certes : ni l’une ni l’autre, de par leur format même, ne peut être instantanément sur le coup ? chaque événement qui a lieu dans le monde. Mais, face ? BBC world version anglaise et version arabe, face ? CNN ou même Al-Jazirah, que pourra faire la CII avec son budget ? Rappelons que l’on propose au Parlement de voter 60 millions E, auxquels s’ajouteront éventuellement les 30 millions E votés par le budget précédent et non utilisés.

Pourtant les professionnels de l’information télévisuels estiment que le budget minimum pour une chaîne de cette nature est 100 millions E. Un chiffre ? comparer aux 500 millions de BBC world et aux 360 millions E dégagés pour la nouvelle chaîne de BBC World en arabe. Les Britanniques savent que, pour avoir une chance d’être regardée, une chaîne « étrangère » doit avoir un correspondant et des images dans les minutes qui suivent n’importe quel événement qui se passe sur la planète. Donc un réseau de journalistes et de techniciens très coûteux ? entretenir, bien au-del? des moyens prévus pour la CII. Si le volume de notre fiction est le tiers de celui du Royaume-Uni, les moyens de la CII seront le sixième de ceux de BBC World. Qui donc aura le réflexe de regarder la CII ?

Posté par Serge Siritsky, le 29/11/05 dans Communication - Europe - France - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 novembre 2005
L’Evangile selon Chavez

Chavez.jpgNe nous moquons pas trop vite d’Hugo Chavez. C’est un incorrigible bavard capable de parler pendant des heures sans interruption et d’accumuler les gaffes. Mais il est sincère, adoré par tous les pauvres du Venezuela et persuadé que l’argent du pétrole peut lui permettre d’instaurer un socialisme d’inspiration chrétienne. Selon ce catholique convaincu, Jésus Christ a été le premier socialiste et son enseignement tient beaucoup mieux la route que celui de Karl Marx. Chavez est l’ami de Castro, pas son disciple.

Son expérience est sans précédent. Elle n’a rien de comparable, par exemple, avec celle de Tito qui, dans les années 50, essaya sans succès de fonder l’économie yougoslave sur la cogestion. Rien de comparable non plus avec la malheureuse tentative d’Allende qui voulait introduire de la justice sociale dans le capitalisme chilien. A l’époque d’Allende, au début des années 70, le cours du cuivre était au plus bas et les Etats-Unis n’ont eu aucun mal ? armer le bras de Pinochet pour donner le coup de grâce ? une économie exsangue. Par contraste, le Venezuela d’aujourd’hui regorge de dollars car son pétrole vaut cher. Chavez peut donc se payer le luxe de recycler les bénéfices pour promouvoir l’économie de ses rêves. Le gouvernement américain le considère comme un ennemi dangereux mais les compagnies pétrolières installées au Venezuela (Chevron, Exxon Mobil, Conoco Phillips, etc.) incitent ? le ménager pour préserver leurs contrats. Du coup, les subventions pleuvent sur les coopératives et les banques (qui font l’essentiel de leurs profits en marge du commerce pétrolier) peuvent se permettre de consacrer un tiers de leurs prêts ? des projets dans l’agriculture, la construction, le tourisme, le micro crédit et les petites start-up.

Il n’est pas du tout évident que ces jeunes pousses se révèleront rentables et tiendront le coup dans une économie concurrentielle. Si Chavez est obligé de se réfugier dans le protectionnisme, son expérience ne pourra être un modèle pour l’Amérique latine. Si, au contraire, le « social christianique » débouche sur un vrai développement, le retentissement sera énorme. Il serait bon que des Vigilants aillent voir sur place.

Posté par Marc Ullmann, le 21/11/05 dans Amérique Latine - Energie - Géopolitique - Mondialisation - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 novembre 2005
L’Empire contre attaque

V-Poutine.jpgDans le premier numéro de sa nouvelle formule, le 08 novembre 2005, « Le Monde » a publié un article écrit par Ivan Krastev, un politologue bulgare. Intitulé "les néoconservateurs de Poutine", cet article, qui est disponible sur le site du Monde, mérite d’être lu intégralement. Voici, en attendant, un extrait concernant l’Ukraine et la nouvelle Europe :

« La révolution orange en Ukraine a constitué une sorte de 11 septembre pour la Russie. Elle a révolutionné sa façon de penser la politique étrangère. Jusque l? , la Russie avait tendance ? considérer l’U.E comme un concurrent bienveillant et un allié stratégique désireux de voir émerger un monde multipolaire. Dans la réalité « post-orange », l’U.E est devenue son principal rival. Ce brusque revirement est aisé ? expliquer : l’U.E est la seule grande puissance dont les frontières ne soient pas figées. Plus important encore, l’U.E, auparavant considérée par Moscou comme un instrument de politique étrangère de Paris et Berlin – et donc comme un obstacle ? la présence hégémonique des Etats-Unis sur le continent – est ? présent vu comme un instrument au service des ambitions de Washington et de Varsovie ».

Ivan Krastev en déduit que Poutine essayera de marginaliser la nouvelle Europe en privilégiant les relations bilatérales avec Paris, Berlin, Londres, etc. Surtout, il cherchera ? peser sur le cours de la politique des anciennes républiques soviétiques, tout particulièrement de l’Ukraine. Pour cela, il se servira de l’arme pétro gazière et s’efforcera de mobiliser les populations russes des différents pays. Rappelons que 20 % des Ukrainiens sont russes et que 60 % des habitants de la Crimée sont russophones. Comme nous l’écrivions dans Vigilances 28 (décembre 2004): « Ce serait une illusion de croire que l’Ukraine pourrait rejoindre l’Union Européenne en faisant un pied de nez ? la Russie Il ne pourra y avoir de solution durable que si l’Ukraine sert de pont. Faute de pont, il y aura des murs, des sécessions, des conflits ».

Posté par Marc Ullmann, le 14/11/05 dans Europe - Géopolitique - Mondialisation - Russie - Union Européenne | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 1 novembre 2005
Iran : OPA sur la Palestine

Pdt-Iranien.jpgRien ne serait plus dangereux que de prendre les dirigeants iraniens pour des illuminés. Ils sont intelligents, calculateurs et, lorsqu’ils prennent des risques, c’est qu’ils espèrent et croient possible d’en tirer avantage. Les propos du président Ahmadinejad selon lesquels « Israël doit être rayé de la carte », ne sont ni le fruit du hasard, ni la manifestation d’une phobie. Il s’agit d’une manœuvre tendant, d’abord et avant tout, à faire de la Perse le leader du monde arabe.

Les Iraniens, chacun le sait, sont des musulmans chiites. En tentant une sorte d’OPA sur la cause palestinienne, chère au cœur de tous les sunnites, ils visent à dresser les peuples des Etats arabes contre leurs dirigeants. Des dirigeants qui, bien que sunnites, sont en retrait plutôt qu’à la pointe du combat. A tous ces rois, princes et présidents, Ahmadinejad va jusqu’à promettre « le feu et la fureur de la communauté des Croyants ».

L’enjeu de cette immense partie n’est rien moins que l’avenir du Moyen Orient et la maîtrise de son pétrole. Déjà , les Mollahs ont réussi un coup de maître en contribuant à faire approuver par les chiites irakiens une constitution qui, bien que voulue par les Américains, peut se retourner contre eux. L’Etat, en principe fédéral, n’aura que des pouvoirs illusoires. La partie la plus importante du pays sera aux mains des chiites qui, à terme, s’entendront avec leurs frères iraniens.

Maintenant, l’Iran double la mise. L’Arabie Saoudite, les Emirats et autres pays, hostiles à Israël mais désireux de ne pas trop déplaire aux Américains, se trouvent débordés. Al Quaïda n’est rien comparé à la menace que représenterait pour eux un régime iranien devenu populaire auprès des foules sunnites.

Si, en bout de course, tout le golfe arabique devenait persique, Téhéran deviendrait l’un des centres du monde. Ce serait exactement l’inverse de ce que souhaitait Bush lorsqu’il est intervenu en Irak. Les conséquences géopolitiques et économiques seraient beaucoup plus lourdes que celles entraînées par la guerre du Vietnam. Le président américain éprouve donc la tentation d’en finir avec le régime des Mollahs. Des projets militaires ressortent des cartons. Des frappes ciblées sur des installations nucléaires et autres points névralgiques sont sérieusement envisagées.

Les dirigeants iraniens sont évidemment conscients du risque mais l’ont pris en toute connaissance de cause. Ils agissent comme s’ils étaient certains que, tôt ou tard, un président américain se rendra à Téhéran comme Nixon s’est rendu à Pékin. Israël, alors, n’aurait pas été physiquement « rayé de la carte » mais les pays arabes auraient un nouveau suzerain.

Posté par Marc Ullmann, le 01/11/05 dans Géopolitique - Moyen Orient - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (1)

Le 17 octobre 2005
Du « Grand Israël » à Israël agrandi

sharon.jpgAriel Sharon est un des derniers survivants de l’épopée sioniste. Il est laïque plutôt que religieux. La référence biblique à la Judée et à la Samarie ne lui a jamais servi de boussole. Mais, de même que les Sionistes n’ont pas hésité, en 1947, à expulser des Palestiniens pour fonder un Etat aussi étendu que possible, Sharon cherche maintenant à arrondir, autour de Jérusalem, les frontières héritées de 1947. L’Intifada va donc continuer. Or les Sionistes sont morts et les jeunes Israéliens les plus motivés pour rester, combattre et affronter le danger risquent d’être les religieux. Ceux là même qui, aujourd’hui, s’opposent à Sharon.

Posté par Marc Ullmann, le 17/10/05 dans Géopolitique - Moyen Orient - Société | Commentaires (4) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 10 octobre 2005
Allemagne : vers une nouvelle vigueur

Merkel.jpgLa plupart des médias français véhiculent, me semble-t-il, une idée fausse de la situation politique en Allemagne. Le fait qu’aucun des deux grands partis n’ait obtenu, ? lui seul, une majorité au Bundestag, est vu comme un prologue ? l’instabilité. Pourtant, dans tous les pays où les élections se déroulent ? la proportionnelle (ou contiennent une forte dose de proportionnelle), les gouvernements de coalition constituent la règle plutôt que l’exception.

Le processus est soigneusement balisé. De longues tractations ont lieu entre les responsables des partis amenés ? gouverner ensemble. En bout de course, un programme est établi ; il servira de boussole ? l’action des dirigeants. Cela n’a rien ? voir avec une cohabitation ? la française où le Président et la majorité parlementaire mènent perpétuellement bataille.

Dans le cas particulier de l’Allemagne d’aujourd’hui, la situation paraît particulièrement propice ? une coalition. Des réformes ont été lancées par le SPD qui n’a pas été désavoué. La CDU veut les accélérer mais son succès a été relatif et son ardeur freinée. Un juste milieu s’impose et la nouvelle chancelière devra en tenir compte. Il sera d’autant plus constructif qu’objectivement la situation s’améliore. Les exportations atteignent un record historique. La perception positive du présent ressort ? son plus haut niveau depuis novembre 2004. Le nombre des faillites d’entreprises recule et, maintenant que le coût de la réunification commence ? s’alléger, le pays fait preuve, malgré un chômage qui ne recule pas encore, d’une étonnante vitalité socioculturelle. Qu’on s’en réjouisse ou non, la République fédérale est sur le point de trouver une nouvelle vigueur.

Posté par Marc Ullmann, le 10/10/05 dans Economie - Europe - Géopolitique - Politique | Commentaires (7) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 5 octobre 2005
La leçon turque des Marx Brothers
La Turquie dans l’Europe ? Un marathon en 35 étapes vient de lui être imposé. Pour l’instant, les Turcs sont demandeurs et la plupart des Européens font la fine bouche. Mais, dans dix ans, rien ne prouve que ce ne sera pas le contraire : l’objectif européen contraint le gouvernement turc ? mener ? bien des réformes qui, de toute façon, seront bénéfiques ; et les données internationales peuvent évoluer de telle sorte qu’une position d’intermédiaire entre l’Europe, l’Asie Centrale et le Moyen Orient devienne attrayante pour la Turquie.
De plus, l’orgueil national peut vouloir une revanche. Comme l’a dit Groucho Marx sur le ton de l’ironie : « I would not join a club who would accept me as a member ! ».
Posté par Marc Ullmann, le 05/10/05 dans Europe - Géopolitique - Politique - Union Européenne | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le déni turc

Turquie-MAE.jpgJe ne suis spécialiste ni de l'Empire Ottoman, ni de l'Islam, ni de tous les événements dans les Balkans au 20eme siècle, ni, ni...

Cependant sur le sujet du début des négociations avec la Turquie pour son entrée dans l'Union Européenne, qui est difficile et complexe, le traitement qui en est fait dans un hebdomadaire ? gros tirage cette semaine m'inquiète passablement : outre un dossier qui relève dans son ton et ses affirmations, plus du publi-rédactionnel que du reportage fouillé, il y figure une interview du Ministre des Affaires Etrangères turc qui nie, en substance, le génocide arménien.

L'effet immédiat et positif de cette négation est qu'on retrouve du même coup, au-del? des analyses et des débats, ce qui paraît un des fondements de l'Europe: la question de la conscience. Elle n'a jamais empêché la barbarie, mais elle a au moins permis de la qualifier, plus encore que de la dénoncer.

Posté par Elizabeth Scheer, le 05/10/05 dans Géopolitique | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 septembre 2005
Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ?

Traite_de_Nankin.jpgIl y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.

Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?

Posté par Henri-Paul Soulodre, le 20/09/05 dans Chine - Chine - Economie - Entreprises - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (10) | Lien permanent | TrackBack (0)

Kofi Annan de plus en plus pessimiste

kofi_annan.jpgVia notre correspondant ? New York : "Le secrétaire général de l’ONU n’est pas la personne au monde la plus mal placée pour percevoir les dangers qui pèsent sur le monde. Il est donc inquiétant de constater que plusieurs de ses interlocuteurs aient récemment été frappés par l’épaisseur de son pessimisme. Selon l’un d’entre eux, « Kofy croit que tout peut péter ? tout moment » ! Le tableau brossé par le secrétaire général est particulièrement sombre.

Non seulement le chaos irakien risque de faire contagion mais de nombreux pays sont au bord de l’explosion.
La stabilité toute relative du Pakistan dépend d’un Président qui a survécu ? 4 attentats et peut succomber ? un 5ème ou ? un 6ème.
L’Arabie Saoudite, pour sa part, repose sur un réseau de 8.000 princes qui, en moyenne, dépensent par an 8 millions de dollars chacun. Cela fait, en tout, 50 milliards dans un pays où la population travailleuse (notamment immigrée) s’appauvrit constamment. Et la litanie de continuer.
Le Caucase, avec sa mosaïque de peuples, de races et de langues est une poudrière en comparaison de laquelle l’ex Yougoslavie pouvait paraître homogène.
Quant ? l’Afrique, elle n’est même plus au bord du gouffre mais en plein dedans. Les massacres s’y succèdent et le Sida tue davantage d’enseignants qu’il est humainement possible d’en former.

Avec ses interlocuteurs européens, le secrétaire général n’a guère voulu évoquer l’avenir de notre continent. Il s’est contenté « d’espérer » que l’Europe ne servira pas de « champ de bataille » dans la guerre entre l’islamisme radical et la volonté de puissance américaine."

Posté par Charles Nouÿrit, le 20/09/05 dans Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Rancunes je vous hais

algerie-france.jpgAlors qu’un Traité d’amitié devrait être signé, cette année, entre l’Algérie et la France, des esprits malins s’évertuent ? le contrarier. Esprits malins, des deux côtés de la Méditerranée, qui portent un regard univoque sur l’histoire commune. Histoire coloniale certes dont les ravages doivent être reconnus. Mais commune aussi car elle a apporté le sens de l’altérité pour les deux parties. Aujourd’hui, ce Traité risque de capoter prisonnier de ceux, peu nombreux ici et l? bas, qui préfèrent regarder vers le passé, encore et toujours, plutôt que de construire l’avenir.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 20/09/05 dans France - Géopolitique | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 19 septembre 2005
Risque terroriste

Une menace mondiale

Les attentats du 11 septembre ma