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La guerre des Trois n’aura pas lieu |
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« Quel est, aujourd’hui, le pays leader de l’Europe ? ». A cette question, les deux tiers des Américains répondent l’Angleterre et les deux tiers des Européens répondent l’Allemagne. La France vient en troisième position. Les autres sont loin derrière.
Ce sondage, effectué par Harris Interactive pour le compte de l’International Herald Tribune et de France 24, n’apporte rien de surprenant mais met en relief des évidences qu’il serait stupide d’oublier : - Les Anglais jouissent d’une suprématie linguistique. L’Europe ne pourra avoir une ambition mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Anglais. - Les Allemands jouissent d’une suprématie économique. L’Europe ne pourra avoir de politique mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Allemands. - Les Français jouissent d’un « je ne sais quoi » qui tient à leur identité, à leur Histoire, à leur quête d’équilibre entre les contraintes du présent et valeurs de l’avenir. L’Europe ne pourra pas avoir de vocation mondiale qui soit contraire à ce que veulent les Français. En un mot, il ne peut y avoir d’Europe authentique et efficace sans accord entre Allemands, Anglais et Français. Accord qui, allant au-delà des mots, réconcilie les arrières pensées, tienne compte des traditions, efface les préjugés. On en est loin. Hubert Védrine, dans "Géopolitique et volonté", montre comment, de son point de vue, il faudrait progresser. C’est une étape.
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Paradoxe iranien |
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Les sondages réalisés en Iran valent ce qu’ils valent mais ne doivent pas être rejetés d’emblée. Supposons donc que WorldPublicOpinion.org ait de solides raisons d’affirmer que 58 % des Iraniens sont opposés à la production d’armes nucléaires parce que ce serait contraire à l’Islam alors que 23 % seulement pensent que c’est souhaitable et autorisé par la religion.
Admettons et essayons d’offrir une interprétation : - Une majorité d’Iraniens sont déçus par leur gouvernement. Ils n’aiment pas leur Président et craignent son agressivité. Comme ce régime se veut islamique, ils choisissent le prétexte de l’Islam pour affirmer leur défiance sans avoir l’air d’être de mauvais patriotes. - Les Iraniens sont, parmi les peuples de la région, ceux qui sont les moins pratiquants. Dans les autres pays, on va à la Mosquée par opposition au gouvernement. En Iran, c’est le gouvernement qui est à la Mosquée et la plupart des gens y vont le moins possible. - Cela n’empêche pas les Iraniens d’être profondément attachés à leur pays. L’Iran est une vraie nation qui a une longue Histoire. Les gens, même s’ils n’aiment pas le régime, aiment leur pays. Exemple : un Iranien marié à une Française d’origine algérienne vit à Téhéran, ne met jamais les pieds à la Mosquée, passe ses vacances en France mais retourne aussi vite que possible en Iran où il se plait mieux qu’ici. Il « fait avec » le régime bien qu’il le déteste cordialement. Parions que si cet homme avait été parmi les sondés de « World Public Opinion », il aurait dit non à la « Bombe » mais aurait figuré parmi les 81 % souhaitant que l’Iran maîtrise le cycle nucléaire. Question de statut !
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Devoir de prévention |
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Les « responsables » tant politiques qu’économiques sont peu enclins à la prévention puisqu’il est difficile de prouver que l’on a évité une crise alors que le public est, en général, reconnaissant si l’on en a résolu une. Et pourtant ! Des millions de vies humaines auraient pu être sauvées et des centaines de milliards d’euros économisés si certains conflits, évitables, avaient effectivement été évités.
La toute récente création d’un Kosovo indépendant fournit une démonstration éclatante. Dans les circonstances actuelles, cette indépendance semble « juste » dans la mesure où la majeure partie de la population a été longtemps martyrisée. Il n’en reste pas moins que cette indépendance, fondée sur une base ethnique, crée un précédent dangereux et que le minuscule territoire, dépourvu de ressources économiques, est difficilement viable. Le Club compte élaborer prochainement un document sur la tragédie yougoslave qui a débuté en 1986, précisément au Kosovo, et sur l’inconséquence de l’Union Européenne qui, de 1980 (année de la mort de Tito) à 1986, aurait eu tout le temps de prévenir une crise qui a dégénéré en massacres et autres atrocités. De ces six ans d’inaction, l’Europe n’a pas fini de payer le prix.
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Du pétrole en général et de l’Iran en particulier |
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La flambée actuelle, en particulier, des cours du pétrole se distingue nettement des hausses que l'on a connues lors des deux chocs pétroliers précédents. L'augmentation continue, depuis 2001, du prix du pétrole marque la fin du pétrole bon marché. Des raisons structurelles sont à l'oeuvre et la soif pour l'or noir est loin de se tarir. L'Iran reste, dans ces conditions, un acteur majeur de la scène énergétique mondiale.
Le monde a connu, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de nombreuses crises pétrolières. Certaines ont fait suite à des tentatives de nationalisation des ressources pétrolières. On peut citer la nationalisation de Mossadegh en Iran dans les années 50 ou celle de Boumediène en Algérie en 1971. D’autres étaient provoquées par une réduction, volontaire ou involontaire, de l’offre. Dans la plupart des cas, des raisons politiques ont généré, ici ou là, une raréfaction de l’offre. On parlait alors de l’arme du pétrole. La première, en 1973-1974, fait suite à la guerre d’octobre 1973. Les pays arabes annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les pays soutenant Israël et décident d’une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu’à l’évacuation complète des territoires occupés et la reconnaissance des droits des Palestiniens. La pénurie suscite une forme de panique ; les prix connaissent une ascension vertigineuse. En outre, l’OPEP augmente les prix officiels : ils quadruplent entre octobre et décembre 1973. C’est le premier choc pétrolier. La seconde, en 1979, fait suite à la chute du Shah en Iran, l’arrivée de Khomeini au pouvoir et la longue crise de l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran. L’interruption, pendant quatre mois, des exportations iraniennes de pétrole débouche sur le doublement immédiat du prix du baril. Mais à l’inverse du premier choc pétrolier dont les effets se feront sentir jusqu’en 1978, ce second choc pétrolier fut rapide et sans lendemain. En 1986, c’est le retour de balancier. La chute des cours de pétrole est telle que l’on parle de contre-choc pétrolier. Au regard de l’histoire, les crises de 1973 et de 1979 avaient des causes assez simples et facilement identifiables. La situation pétrolière actuelle est tout à fait différente. Le pétrole, qui a connu une hausse continue depuis 2001, passe la barre symbolique de 100 $ le baril. Certains spécialistes anticipent la poursuite de la hausse. D’aucuns annoncent un baril à 150 sinon 200 $. Mais pour tous, ce qui est certain, c’est la fin du pétrole bon marché. Quatre raisons majeures, toutes plus complexes les unes que les autres, sont à l’oeuvre. La première tient à l’explosion de la demande. La croissance mondiale soutenue, l’émergence de nouveaux pays "énergétivores", notamment la Chine et l’Inde, et la demande américaine alimentent cette soif pour l’or noir. La deuxième est la conséquence d’une diminution relative de l’offre. La guerre, en Irak, le terrorisme au Nigeria, les sanctions contre l’Iran, l’obsolescence des infrastructures pétrolières par manque d’investissement ou de personnel qualifié, comme au Vénézuela réduisent les capacités de production potentielles. La montée des coûts de production et de raffinage en est une troisième. Plus des 3/4 des hausses des investissements des sociétés pétrolières sont absorbés par ces hausses de coûts. Enfin, la quatrième et dernière tient à la financiarisation des marchés pétroliers. A titre d’exemple, sur la plus grande Bourse pétrolière du monde, l’ICE, en 2003, 75 % des volumes de gré à gré étaient échangés électroniquement par les pétroliers eux-mêmes, 22 % par les banques et seulement 0,3 % par les Hedge Funds. En 2006, la part de ces derniers était passée à 33 % ! Peut-on, dans ces conditions, se passer du pétrole et du gaz iraniens ? La réponse est non. Avec respectivement les 3èmes et 2èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz, l’Iran reste un acteur incontournable de la scène énergétique. D’autant que la soif mondiale pour l’or noir est loin de se tarir. Télécharger le PDF Dossier réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye
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Le mâle nécessaire |
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Andropov est mort. Gorbatchev a failli. Eltsine a liquidé. L’URRS s’est effondrée. Pour la Russie chancelante, il fallait un homme fort. Poutine est arrivé.
Huit ans plus tard, l’ordre règne. Le pétrole remplit les caisses. La fierté nationale est de retour. Reste à transformer la Russie en un pays moderne. C’est le rôle que Poutine a dévolu à Medvedev. Economiquement, socialement, politiquement, la tache est immense.
L’économie n’est pas diversifiée. Les matières premières comptent pour 80 % des exportations. Le pétrole et le gaz, à eux seuls, représentent plus de 30 % du PNB. L’industrie locale est déficiente. Les biens de consommation sont, pour la plupart, importés. Les services publics sont défectueux. Les routes sont défoncées. Les ordures s’amoncellent. Les hôpitaux sont lamentables. Le déclin démographique se poursuit. L’espérance de vie est dramatiquement courte. L’alcool, la drogue et le sida font des ravages. Le pouvoir est confisqué. Des anciens Kgbistes cumulent les fonctions et accumulent des fortunes. Ils truquent des marchés et distribuent des prébendes. Leur « protection » est tentaculaire. Que diable peut donc faire Medvedev avec son (faux ?) air de gentil garçon ? Dans l’immédiat, pas grand-chose sans l’aide de Poutine, Le « parrain de toutes les Russies » (voir « Lu » p. 11) est encore (et peut-être pour longtemps) le mâle nécessaire. Vladimir Vladimirovitch a su maîtriser les « oligarques ». Dans un premier temps, il a profité de leurs divisions pour s’attaquer à un maillon faible (Goussinski). Il a ensuite fait comprendre aux uns qu’ils pourraient garder leurs milliards s’ils ne se mêlaient pas de politique et conduit les autres sur le chemin de la prison (Khodorkovski) ou de l’exil (Berezovski). Pour réussir cet exploit, Poutine s’est appuyé sur des amis venus de Saint Petersbourg et sur des relations qu’il s’était faites au KGB et autres « organes ». Ce sont précisément ces amis et relations que Poutine devra tempérer s’il veut aider Medvedev à moderniser la Russie. Il peut y parvenir sans se montrer déloyal envers eux car la diversification des élites ne passe pas nécessairement par la destitution de l’ancienne couche de dirigeants. Il s’agit seulement de laisser Medvedev recruter des personnalités susceptibles de le seconder dans la construction progressive d’un Etat et d’une économie adaptée au monde moderne. Rien n’interdit de penser que tel est le rêve de Poutine. Cet homme, ambitieux et avide de pouvoir, est aussi un patriote qui veut laisser une trace dans l’Histoire millénaire de la « Grande Russie ».
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Août 14 au Moyen Orient ? |
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L’image du Président Ahmadinejad, accueilli en hôte officiel à Bagdad par le chef du gouvernement mis en place par les occupants américains, est une belle illustration de l’incapacité où sont parfois les acteurs de l’Histoire à maîtriser son cours. En recherchant des objectifs qui lui paraissaient clairs – l’Irak comme modèle démocratique, l’extrémisme islamique stoppé, la perspective de paix avec Israël renforcée - George Bush a abouti au résultat exactement inverse.
Malmenées par Bush, les réalités profondes du Moyen Orient se vengent. Avant de quitter la Maison blanche, le sortant voudra-t-il à son tour se venger de ces réalités ? C’est-à-dire monter une opération de force contre l’Iran ? Espérons que ceux qui tiennent une telle perspective comme irréaliste ne se trompent pas. On peut cependant craindre que la tentation subsiste. La publication en décembre du rapport des services de renseignement américain selon lequel les Iraniens avaient mis fin à leur programme nucléaire militaire en 2003 s’apparente plus à un épisode des dissensions entre administrations américaines qu’à un réel tournant de la politique de Washington. Quant au gouvernement d’Israël, qui avait critiqué ce rapport, il est sûr qu’il n’a pas cessé de tenir une détention de l’arme nucléaire par l’Iran comme inacceptable et rien ne dit qu’il restera toujours inactif. Aujourd’hui, tous les fils sont noués entre eux de façon inextricable. Les conflits se recoupent. L’Iran, qui aide le Hezbollah et le Hamas, est-il tout à fait sûr de contrôler l’un et l’autre ? Si le protecteur et le protégé poursuivent en gros les mêmes buts, le protecteur ferait bien de s’assurer qu’il n’y a pas quelque part un « agenda caché ». Ce qui est souvent le plus dangereux, ce sont les conjonctions entre certains acteurs. Ces conjonctions qui rendent la somme des différentes parties plus dangereuse que chacune d’elles. Le phénomène de la plus petite partie d’une alliance entraînant l’autre dans son intransigeance a joué son rôle en août 1914 – la petite et irréconciliable Autriche entraînant l’Allemagne, la Serbie belliciste tirant la Russie derrière elle. Le petit Israël attirera-il la puissante Amérique dans une erreur catastrophique ?
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Etats-Unis / Iran : la France entre deux chaises |
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Le géopoliticien Gary Sick est l’un des meilleurs observateurs américains du Moyen Orient. Selon lui, les Etats-Unis et l’Iran devront finir par s’entendre et, pour y parvenir, auraient intérêt à recruter un « intermédiaire ». Celui-ci s’adresserait séparément à chacune des parties afin de redéfinir les bases du « grand bargain » qui avait été conçu en 2003 mais qui, finalement, n’a pas abouti.
Logiquement, la France aurait pu être cet intermédiaire mais le fait de s’être mise à l’avant-garde des sanctions contre l’Iran réduit sa marge de manœuvre. La diplomatie française se trouve en position inconfortable. Car de deux choses l’une : ou bien le conflit américano-iranien, loin de se calmer, s’envenime et la France se retrouve en première ligne ; ou bien le « grand bargain » prend corps sans que la France (ou un autre pays membre de l’Union Européenne) y soit pour quelque chose et les entreprises américaines rafleront tous les contrats. Dans l’immédiat, trois intermédiaires semblent offrir discrètement leurs services : l’Algérie, le Canada et la Suisse.
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Russie : humiliation et goût de revanche |
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« Quels sont les pires ennemis de la Russie ? ». Selon un sondage réalisé par le « Centre Levada » en août 2007, les cinq pays cités en premier sont l’Estonie, la Géorgie, la Lettonie, les Etats-Unis et la Lituanie. Selon ce même sondage, les cinq « meilleurs amis » sont le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Allemagne, la Chine et l’Arménie.
De toute évidence, le démantèlement de l’URSS est au cœur du problème. Deux enseignements, au moins, peuvent être tirés : - Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une humiliation. Les ex républiques soviétiques qui ont tourné le dos à l’ex mère patrie sont vouées aux gémonies ; celles qui se comportent en alliées sont portées aux nues. - Le démantèlement de l’URSS a été vécu comme une « défaite » administrée à la Russie par les Etats-Unis. Les sévices infligés par l’Allemagne au cours de la seconde Guerre mondiale passent au second plan puisque l’URSS a été victorieuse et qu’ainsi, l’honneur a été sauf. La vigueur du sentiment national explique, en partie, la popularité de Vladimir Poutine et a, pour l’Union Européenne, des conséquences pratiques : - Les pays baltes ont de bonnes raisons de s’alarmer de leur dépendance gazière. Il est d’autant plus vital pour eux d’être assurés de la solidarité européenne que le gazoduc Nord Stream, en construction sous la Mer Baltique, permettrait de les contourner. - Les liens traditionnels entre la Russie et l’Allemagne (troisième « meilleure amie ») se renouent. Il en va de même pour la France (huitième « meilleure amie »). Cela peut devenir un atout pour l’Union Européenne tout entière.
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Hard, soft or bargaining power? |
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Les Américains jugent John Mc Cain, Hillary Clinton et Barack Obama en fonction de multiples critères. Pour les Européens, c’est plus simple : la répartition des impôts et des dépenses sociales aux Etats-Unis ne les concerne guère ; leur unique souci tient à la façon dont le prochain Président pèsera sur les affaires du monde. La catégorisation, dès lors, devient assez facile.
John Mc Cain, le vétéran, incarne le « hard power », la volonté de faire respecter l’Amérique, d’exercer un « leadership » sur des alliés consentants. Barack Obama, l’universaliste, personnalise le « soft power ». Il veut réconcilier l’Amérique et le monde, rendre enviables des « partnerships » avec elle. Hillary Clinton, l’avocate, est experte en « bargaining power ». Elle est apte à préparer des “deals” afin de servir les intérêts de son pays. Echaudés par George W. Bush, la plupart des Européens verraient d’un assez mauvais œil l’élection de John Mc Cain. Entre Barack Obama et Hillary Clinton leur cœur balance mais, au total, ils préfèrent Obama. Ce n’est pas seulement une question de style. C’est aussi parce qu’un « bargaining power », privilégiant les intérêts de l’Amérique, ne servirait pas toujours les intérêts de l’Europe. Notamment parce que la géographie a fait de l’Ancien continent le voisin du monde musulman.
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Printemps crucial à Téhéran |
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En profitant de sa tournée dans le Golfe pour multiplier les accusations à l’encontre de l’Iran, George W Bush rend un immense service à Mahmoud Ahmadinejad.
Le 5 décembre 2007, le rapport de la communauté américaine du renseignement sur les activités nucléaires de l’Iran (voir Vigilances 56) avait envoyé un signal fort à Téhéran. Il signifiait que la menace d’une attaque préventive, telle que les néo conservateurs la souhaitaient, n’était plus d’actualité. Le 11 janvier 2008, Téhéran envoyait un signal en retour. Ali Khamenei, le Guide, recevait Mohamed El Baradei, le Directeur Général de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique. Dès le lendemain, le gouvernement iranien promettait de répondre dans un délai de quatre semaines à toutes les questions posées par l’A.I.E.A sur son programme nucléaire. Le 13 janvier, Bush, en visite officielle à Abou Dhabi, accusait l’Iran d’être le principal « sponsor » du terrorisme international. Il minimisait la portée de l’accord conclu entre Khamenei et Baradei et exigeait l’arrêt de tous les travaux d’enrichissement d’uranium. Quelles vont être les réactions en Iran ? Avant décembre, lorsque la menace américaine paraissait imminente, Khamenei exhortait les Iraniens à serrer les rangs. Dès que cette menace a semblé moins plausible, les débats internes ont refait surface et le soutien à Ahmadinejad n’a plus été assimilé à du patriotisme. Espérons que, malgré la vindicte de Bush, cette évolution va se poursuivre. Des élections législatives auront lieu en mars. Mieux vaudrait qu’Ahmadinejad en sorte affaibli plutôt que renforcé.
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Boomerang éthiopien |
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« Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; mieux vaudrait un sage ennemi ». Ainsi s’exprimait La Fontaine dans sa célèbre fable où un très gentil ours lance un pavé pour écraser une mouche sur le nez d’un pauvre homme qui n’en demandait pas tant.
A supposer - ce qui n’est pas sûr - que Bush ait eu comme principal souci de délivrer le peuple irakien, il s’est comporté comme l’ours de la fable. Et à supposer – ce qui est encore moins sûr – que le Président américain ait cru que la population somalienne était terrorisée par les extrémistes musulmans, il a récidivé. En faisant appel aux troupes éthiopiennes, il a même accumulé les circonstances aggravantes puisque les Ethiopiens ont toujours considéré les Somaliens comme des ennemis. Sous prétexte de débusquer des fanatiques, ils ont bombardé des quartiers entiers. Mogadiscio est devenu un cimetière. Des dizaines de milliers de réfugiés s’entassent près de la route qui relie la petite capitale à la ville d’Afgooye. Au total, Al Qaïda a de quoi se réjouir : dans la corne de l’Afrique, les ressentiments s’accumulent.
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Etats-Unis/Russie : mésentente de moins en moins cordiale |
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Quatre anciens ambassadeurs américains à Moscou et cinq anciens ambassadeurs russes à Washington ont jugé nécessaire de lancer un appel en commun. Une telle démarche est extrêmement rare. Elle montre que les signataires jugent la situation grave et estiment que l’actuelle détérioration des relations américano-russes comporte de sérieux dangers.
Il est normal, selon ces diplomates, que des grandes puissances aient, sur certains sujets, des points de vue différents. Il ne faut pas, pour autant, que l’accessoire cache l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité de maintenir un partenariat stratégique. Les signataires prennent soin de ne pas faire explicitement référence à la polémique concernant les boucliers anti-missiles que les Etats-Unis se proposent d’installer en Pologne et en Tchécoslovaquie. L’oubli est manifestement volontaire car la militarisation de l’espace est un sujet crucial. Poutine a clairement fait savoir que si, dans ce domaine, la Russie se trouvait prise au piège, elle trouverait des moyens de rétorsion. Les anciens ambassadeurs, hommes d’expérience, s’en inquiètent. Ils savent que, dans le monde actuel, les poudrières ne manquent pas et que les tentations sont grandes d’allumer certaines mèches. Ils craignent l’escalade.
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Vers un rapprochement sino-russe |
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Deng Xiaoping détestait et même méprisait Mikhaïl Gorbatchev. Il était convaincu que la « Glasnost » (plus de libertés politiques) allait gâcher la « Perestroïka » (plus de libertés économiques) et que le tout aboutirait à une débandade du parti communiste. Lui-même avait fait donner la troupe contre les manifestants de Tian’anmen et pensait que le capitalisme pouvait parfaitement s’accommoder d’un régime autoritaire.
De toute façon, la démocratie, selon lui, devait commencer par être "consultative". Hu Jintao, son lointain successeur, reste fidèle à la ligne tout en cherchant à l’adapter.
Son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas loin de partager ses conceptions et, à défaut de pouvoir ressusciter l’URSS, s’efforce de rétablir l’autorité. Les valeurs morales prônées, tant en Chine qu’en Russie, étant teintées de nationalisme, il n’y a plus d’obstacle à une éventuelle entente si les deux pays y trouvent intérêt. Tel semble être le cas aujourd’hui.
D’abord, la Chine et la Russie ont à faire face à des quasi rebellions musulmanes. La « région autonome » ouïgoure du Xinjiang d’un côté, la Tchétchénie et ses environs de l’autre, sont des repaires à terroristes que Moscou et Pékin regardent d’un même œil. Surtout, la Chine et la Russie ne veulent pas que les Etats-Unis soient maîtres du monde et savent qu’elles se feront d’autant mieux entendre qu’elles agiront de concert. Comme elles commencent à le faire en Asie Centrale.
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Nous sommes assis sur un tas d’or |
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Voici quelques extraits de l'interview d’un ministre. A vous de découvrir de quel secteur il s’agit :
« La priorité absolue est de préserver l’indépendance nationale et européenne en matière de recherche … » « Là encore, l’Europe doit faire attention à sa capacité de recherche pour ne pas être totalement dépendante des Américains ou des Chinois .»
On pense naturellement à la Recherche.
« Il faut en même temps créer des mécanismes de stabilisation, de gestion de crise. »
On s’oriente vers la politique étrangère.
« Pour une fois, ayons un débat politique avant le débat budgétaire. »
S’agit-il de la Sécu, de l’Education nationale ?
« Une volonté clairement exprimée d’appliquer aux produits entrants dans l’Union le même niveau d’exigence sanitaire environnementale voir sociétale que nous demandons à nos propres produits. »
La santé, l’industrie ?
« Une grande politique de souveraineté alimentaire permettant à l’Europe d’être autosuffisante et d’exporter. »
Vous avez trouvé ? Il s’agit du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, par la voix de son ministre Michel Barnier. L’interview fait deux pages et est diffusée dans La Tribune du lundi 1er octobre.
Pourquoi extraire ces citations de son discours ? Pour mettre en avant la vision stratégique de ce ministre sur son secteur. L’agriculture sera demain, encore plus qu’aujourd’hui, au centre de grands enjeux. Michel Barnier le rappelle en début d’interview « Avec 9 milliards d’habitants en 2050, la monde va avoir faim ». Tout est dit. Quelques conséquences :
- Si aujourd’hui la richesse d’un Etat est en partie corrélée à sa richesse énergétique (pétrole, gaz, …) il se peut que demain ce soit corrélée à sa … richesse agricole ! Car si on peut vivre sans pétrole, on ne peut pas vivre sans manger. La France, actuel second exportateur mondial de produits agricoles aura alors une carte formidable à jouer !
- A ce premier enjeu se calque un second. Il ne suffira pas de produire. Il faudra produire sain, et même bio. Car à quoi servira de grands cheptels s’ils sont contaminés, et doivent être abattus ? A quoi serviront de vastes étendues arables, si les nappes phréatiques pour les arroser son contaminées ?
- Dernier point, la carte géopolitique mondiale s’en trouvera certainement modifiée. Certains Etats, aujourd’hui très riches de leur sous-sol mais composé de terres totalement improductives, se préparent certainement dès maintenant à ce retournement de situation. Mais que faire quand on ne possède ni bonnes terres ni eau ? La technique peut offrir un palliatif (ex : dessalement de l’eau de mer). Acheter ou prendre les terres de son voisin peut en être un autre.
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Bush, shérif fais-moi peur |
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En prenant la tête de ce qu’il voulait être une croisade, en proclamant que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », Bush a fait peur au lieu de rassurer. L’image des Etats-Unis dans le monde s’est fortement dégradée. Une majorité des Coréens du Sud en est même arrivée à croire que, pour la sécurité de leur pays, Bush était plus dangereux que l’horrible et grotesque dictateur de la Corée du Nord. Un comble !
La tournure – hélas prévisible ! - prise par la guerre d’Irak a renforcé la position de l’Iran. Elle a aussi créé un réservoir d’eau trouble dans lequel Al-Qaïda peut pêcher à sa guise. Ses cerveaux (des extrémistes sunnites qui, encore aujourd’hui, détestent les Mollahs) sont si satisfaits du résultat qu’ils aimeraient que Bush réédite son exploit en bombardant l’Iran. Dans cet esprit, l’organisation terroriste préparerait une série d’attentats aux Etats-Unis. Selon un spécialiste israélien, ces attentats seraient perpétrés au cours du quatrième trimestre de cette année. Ils seraient moins sophistiqués que ceux du 11 septembre. Les endroits visés seraient des lieux où le public afflue ; les attaques seraient rustiques mais simultanées. Bush qui, de toute façon a l’Iran dans le collimateur, pourrait être heureux de tomber dans le piège.
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Devenirs iraniens |
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Après sa rencontre avec George W. Bush, Nicolas Sarkosy semble être convaincu qu’une attaque américaine sur l’Iran est loin d’être exclue. Dimanche 16 septembre, Bernard Kouchner s’exprimant au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro a publiquement exprimé cette crainte, tout en espérant que des nouvelles sanctions contre l’Iran pourraient permettre de calmer le jeu.
Un groupe de travail du Club, piloté par Jacques Andréani, a estimé dès 2006 que, contrairement à ce que pensent la plupart des Européens, une attaque américaine est non seulement possible mais susceptible d’être déclenchée au cours du premier trimestre 2008. Il a en outre estimé que les dangers inhérents à une telle opération sont beaucoup plus grands que les bénéfices qui pourraient en résulter. Il s’est cependant abstenu d’émettre un jugement définitif avant que puisse être étudiée l’évolution de la société iranienne. En effet, de deux choses l’une :
- Ou bien la société iranienne évolue vers plus de modernité et le régime sera, tôt ou tard, conduit à s’adapter.
- Ou bien, la société iranienne, séduite par la rhétorique d’Amadinedjad, se durcit et l’espoir d’un changement du régime s’estompe. Dès lors, l’emploi de la force pour obtenir un changement de régime devra, sinon être approuvée, du moins apparaître comme une alternative possible.
Fort de ce raisonnement, le groupe de travail a pris, le 16 janvier 2007, la décision de lancer une étude sociologique. Il s’agissait d’apprécier l’existence, la nature, le degré et les développements probables des processus de modernisation et d’évolutions socioculturelles en Iran. Dans cet esprit, Guillaume Demuth a défini une méthodologie tenant compte de la nécessité d’agir à distance puisqu’il ne pouvait être question d’envoyer sur le terrain des sociologues déguisés en touristes. Le 18 avril 2007, la méthode d’analyse proposée (observation de la vie courante iranienne via des centaines de photos, de vidéos, de blogs, etc.) a paru adaptée et viable.
L’étude, maintenant terminée, permet de constater une montée de la mobilité mentale | | |