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La pandémie du dollar |
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Merci la Chine ! Bon gré mal gré, elle continue - pour l'instant - à acheter des dollars. Si elle ne le faisait pas, la monnaie américaine chuterait, l’euro grimperait, les exportations européennes seraient pénalisées et, dans la course à la reprise, l’ancien continent tiendrait la lanterne rouge.
Le déficit budgétaire américain atteindra, cette année, environ 12 % du PIB et la dette extérieure cumulée est dix fois plus importante. A terme, une baisse du dollar paraît inéluctable. Elle doit être "gérée" autant que possible. Pays créditeurs et pays exportateurs en souffriraient tous de proche en proche (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes, notamment en Asie). Ils cherchent un vaccin contre l’éventuelle pandémie. Ainsi, pour réduire leur dépendance, les Chinois multiplient les transactions libellées en Yuan, accroissent leurs investissements à l’étranger et signent des contrats bilatéraux à long terme pour leurs achats de matières premières. Faute de pouvoir créer rapidement un nouvel ordre monétaire mondial, certains pays tentent de se regrouper pour exercer une pression et poser des jalons. Les derniers en date sont les « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine). Encore un autre "directoire" en ébauche : ni G7, ni G8 ni G20 avec, parmi les points sur l’"agenda", la réflexion sur une nouvelle monnaie de réserve autre que le dollar. Après la livre sterling (or) de la toute puissante Angleterre au 19è siècle, le dollar (or puis papier) a dominé à son tour le monde au 20è, mais la question de son statut international est posée depuis longtemps déjà : l'heure de la réponse se rapproche en ce début du 21è siècle, et la crise actuelle, qui marque un déplacement vers l'Orient du centre géopolitico-économique de la planète, en aura été un accélérateur... A chaque siècle "sa" monnaie de réserve ?
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Chine : le développement entre dans sa 3ème phase |
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Le régime communiste chinois aborde une troisième étape qui, d’après les calculs des dirigeants actuels, devrait s’étaler sur une trentaine d’années. Leur raisonnement est simple. Sous Mao des souffrances ont été infligées mais l’unité et la souveraineté du pays ont été assurées.
Sous Deng les frontières ont été ouvertes aux investissements étrangers et la Chine est devenue « l’usine du monde ». Il s’agit maintenant d’asseoir la puissance de la République populaire en réduisant sa dépendance à l’égard des Etats-Unis et de leur dollar. A cette fin, il faut développer le marché intérieur et transformer progressivement le Yuan en monnaie convertible. La stratégie est à long terme mais sa mise en œuvre a déjà commencé. L’Etat, dont les coffres sont pleins, peut se permettre de conjuguer son plan de relance par les investissements avec le démarrage d’une assurance maladie et l’ébauche d’un système de retraites. Ainsi, les Chinois « fourmis » pourraient-ils commencer à devenir « cigales », c'est-à-dire à consommer et à faire croître le marché intérieur. Pour ce qui est du Yuan, les dirigeants actuels n’oublient pas que, pour amorcer l’industrialisation de la Chine, Deng avait créé des « zones économiques spéciales » qui, comme par hasard, étaient situées juste en face des grandes concentrations de Chinois d’Outre mer. Ce serait dans ces zones là (plus Hong-Kong) que des premières expériences seraient tentées. Peu à peu, Hong-Kong deviendrait la place financière privilégiée pour le commerce inter asiatique lequel finirait par se régler en Yuans plutôt qu’en dollars.
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Oiseaux de bon augure |
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Début avril, des oiseaux de bon augure ont chanté de plus en plus gaiement : le grand ajustement, disaient-ils, est déjà amorcé. Fin avril, le FMI a fait déchanter : la reprise, estimait-il, n’est pas pour demain. Mais après-demain ?
Resteront des problèmes de fond. Ils sont antérieurs à la crise et peu susceptibles d’être résolus rapidement : Ø La croissance mondiale a été longtemps tirée par l’endettement des ménages américains. Or, ceux-ci ne peuvent plus jouer le rôle de « consommateurs de dernier ressort ». Il faudra du temps avant que la Chine, même si elle entraîne tout le sud-est asiatique, puisse vraiment prendre le relais. Ø Les nuisances environnementales sont devenues telles qu’une croissance « à l’ancienne » ne peut être durable. Des innovations de grande ampleur seront nécessaires pour qu’une croissance « verte » puisse advenir. Cela prendra des années. Dans de telles circonstances, le pire serait de croire que l’avenir est bouché. Grâce aux oiseaux de bon augure, la confiance peut renaître et durer. Ce n’est pas seulement utile, c’est indispensable.
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Plan Geithner : complexités voulues et difficiles équilibres |
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Donner de l’argent aux banques est politiquement difficile. Ne pas en donner est économiquement intenable. Trouver le bon dosage et adopter le ton juste nécessite de l’ingéniosité. Les meilleurs procédés ne sont pas toujours les plus simples.
La palme de la complexité revient au « plan Geithner ». Le secrétaire d’Etat au Trésor est parti du principe que pour soulager les banques de leurs actifs « toxiques », il faut d’abord leur fixer un prix. L’Etat est prêt à mobiliser l’argent nécessaire mais ne veut pas agir à l’aveuglette. Il souhaite que des investisseurs privés deviennent acquéreurs et contribuent ainsi à la formation des prix. Pour les y inciter, il est prévu que, pour chaque dollar investi par un privé, le Trésor Public en investira un et en prêtera douze. Si l’opération se solde par une perte, le prêt n’aura pas à être remboursé. Si elle se solde par un gain, celui-ci sera partagé moitié-moitié entre l’investisseur privé et le Trésor Public. Un simple calcul montre que le risque couru par le Trésor Public (c’est-à-dire par les contribuables) est de treize fois supérieur à celui couru par l’investisseur privé. Des économistes « de gauche », dont les prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz, ont crié au scandale. Pour apaiser leur courroux, Tim Geithner a précisé que les investisseurs ne seraient pas nécessairement des institutions financières et que des simples citoyens pourraient se porter acquéreurs. Les critiques ont à nouveau fusé. Quels citoyens ? Les gens aux revenus modestes sont incapables de prendre des gros risques et les investisseurs les mieux disposés à l’égard du plan Geithner sont des « hedge funds » dont le métier consiste précisément à prendre des gros risques mais dont le comportement a fortement contribué au déclenchement de la crise. Quelles que soient les critiques, Obama soutient Geithner. Son raisonnement ressemble à celui qu’a tenu jadis Deng Xiaoping « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, pourvu qu’il attrape des souris ». L’économie mondiale toute entière ne peut que souhaiter que Geithner attrape des souris !
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La consommation pendant et après la crise |
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Depuis une quarantaine d’années, une tendance s’affirme parmi les gens ordinaires : de temps en temps, on s’arrête pour réfléchir sur sa vie, prendre du recul : « est-ce que ce que je fais est utile ? » « Est-ce que le mal que je me donne m’apporte vraiment quelque chose ? ».
Il est des époques où les circonstances sont telles que des centaines de millions de gens se posent en même temps ce genre de questions. Et s’ils apportent le même genre de réponses, il peut en résulter d’immenses vagues d’intelligence collective. Il se produit ainsi une vague de frugalité et de simplicité volontaires qui va se prolonger durablement parce qu’elle est nourrie par trois dynamiques très puissantes et bien installées : le besoin de sens, la capacité croissante des gens ordinaires à savoir ce qui est réellement bon pour soi et les siens et le souci de préserver la planète. Il s’y ajoute une méfiance croissante à l’égard des entreprises (qui cherchent à nous tromper) et du bling-bling. Ø j’étais déraisonnable, ça n’avait pas de sens (de vouloir une 4x4, de rêver d’une Rolex, de m’endetter, …) ; Ø ça ne pouvait pas durer, le système était aberrant, il fallait que ça bascule (à la limite : la crise me fait plutôt plaisir !) ; Ø il faut préserver la planète, consommer durablement ; Ø nous allons nous faire une vie qui nous apporte de vraies satisfactions et qui soit dans nos moyens ; Ø trouvons les produits qui nous apportent de vraies satisfactions ; Ø méfions nous des entreprises. La crise accélère un mouvement déjà ancien et nous fait franchir une étape vers une consommation plus raisonnable.
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Question à 200.000 milliards de dollars |
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Sur le papier, l’ensemble des dettes qui ont été titrisées se monte à plus de 200 trillions de dollars. Tant qu’il n’y a pas d’acheteurs, leur valeur réelle est, cependant, égale à zéro. Si la confiance revenait, une évaluation pourrait être tentée en partant du principe que, derrière tout ce papier, il existe souvent des biens réels.
Le calcul, à vrai dire, s’annonce difficile puisque, dans certains cas, la corrélation entre le papier et le bien réel est relativement directe et que, dans certains autres, des emballages successifs ont superposé des endettements. Pour déterminer un juste prix, il faudra du temps et, comme le temps presse, il est urgent de réamorcer la pompe en favorisant l’éclosion d’un nouveau marché considéré comme fiable.
La Federal Reserve et le Trésor américain se sont ainsi mis d’accord pour créer le « Term Asset-Backed Securities Loan Facility » (TALF) qui pourra fonctionner jusqu’à concurrence d’un trillion de dollars. Si la machine redémarre, il est permis d’espérer qu’après avoir tenu compte des effets de levier et de la chute des cours, le juste prix des titres en circulation aboutira à une somme coquette. Une somme, en tout cas, supérieure au zéro d’aujourd’hui.
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Vers un autre capitalisme qui fasse alliance avec la vie |
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Ce rapport, revu et complété depuis sa première publication le 10 mars 2009, ébauche une analyse systémique et bio-socioculturelle de la crise globale dans laquelle est plongée la planète. Il voudrait contribuer à éclairer la réflexion de SOL France, du Club des Vigilants et de divers réseaux amis sur les opportunités d’influencer le cours des choses...
Lire le rapport complet : http://www.clubdesvigilants.com/mt-static/pdf/Capitalismedurabledef.pdf
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Ressources humaines en temps de crise |
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Sous le titre "Daring and Caring", un sommet européen s’est tenu les 27 et 28 mars autour de la question des ressources humaines et de la formation. Or, avec la crise, gel des embauches et licenciements sont redevenus des leviers d’ajustement. Il s’agit d’en sortir.
Les spécialistes sont formels. Leur conseil ? « N’ayez pas la "tête dans le guidon" des prochaines échéances comptables. » Toutes les crises précédentes ont montré que les entreprises qui émergeaient « en tête de peloton » étaient celles qui, au plus fort de la crise, s’étaient préparés à la reprise de l’activité. En un mot : demain se prépare aujourd’hui. Selon Bruno Lanvin, professeur à l’INSEAD et coordinateur du document de base du sommet "Daring and Caring", penser à l’après-crise, c’est investir au mieux des ressources devenues rares dans ce qui constituera votre avantage comparatif demain. C’est aussi, conserver ses acquis (notamment les ressources humaines qui ont acquis une connaissance unique de l’entreprise, de ses produits, de ses clients et de ses partenaires), tout en continuant d’innover et de s’adapter aux évolutions de la concurrence et des marchés. Une initiative des Pays-Bas est, à cet égard, exemplaire. Dès la fin de 2008, le gouvernement néerlandais a mis en place un plan très original d’aide aux entreprises. Dans le cas d’un entreprise qui s’apprêterait, pour cause de réduction d’activité, à réduire le temps de travail rémunéré, par exemple en passant à une semaine de quatre jours (payés 80 % du salaire temps plein), l’Etat propose l’arrangement suivant : des fonds publics sont mis à la disposition de l 'entreprise pour lui permettre de continuer à payer ses employés intégralement, à condition que la journée de chômage technique (payée par l’Etat) soit consacrée à la formation. Si la formation est adéquate, tout le monde est gagnant : le salarié dont la fiche de paie ne change pas et qui améliore ses compétences, et l’entreprise dont les employés, mieux formés, sera mieux armée lors de la reprise. Une initiative attentivement suivie en Europe.
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Et si l'emblème de l'économie mondiale était... l'Autruche. |
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Aux Etats-Unis, seuls les 5 % des citoyens les plus riches ont vu leurs revenus augmenter lors des 10 dernières années. Les 95 % autres ont vu leurs revenus stagner ou diminuer.
Si la consommation a bien continué d’augmenter, c’est uniquement parce que l’on a poussé les classes moyennes (celles dont les revenus sont essentiellement dus à leur travail) et les pauvres (ceux qui n’ont pas de revenus pour diverses raisons) à s’endetter. A s’endetter de façon insoutenable. Lorsque les revenus stagnent, le choix est donc entre travailler de plus en plus en plus ou bien s'endetter de plus en plus ... pour acheter autant sinon plus. Entre celui qui pousse à la faute et celui qui la commet, qui est le plus coupable ? Il existe une gigantesque incompréhension (ou bien hypocrisie) à comparer une économie basée sur une consommation financée principalement par une épargne déjà réalisée avec une économie basée presque uniquement sur une anticipation de revenus futurs potentiels ! On peut se demander pourquoi des financiers qui se disent des gens ,par nature, responsables ont pu se laisser aller à promouvoir cette funeste incompréhension, si ce n'est parce qu'ils n'étaient soumis, dans leurs appétits, à aucun contrôle ni à aucun « risque de sanction » ? La première économie, traditionnelle, utilise des excédents financiers réalisés a priori par le consommateur augmentés, si nécessaire, d'un usage du crédit uniquement destiné à "acheter des biens durables", ceux dont le prix normal les met naturellement hors d'atteinte immédiate avec les seuls excédents dégagés par l’activité passée. Ces biens, non de luxe, sont caractérisés par le fait que leur usage, autrement dit leur consommation, est "par nature" réparti sur plusieurs années. Le crédit, dans ce cas est presque "sans risques" puisqu'il est facile de comparer la part d'amortissement (i-e d'usure ou d'utilisation) à la capacité de l'acheteur à assurer l'excédent financier nécessaire et suffisant pour en financer le prix, intérêts bancaires compris. Dans cette économie, le socle de consommation immédiate et incompressible doit être tel que les revenus des consommateurs leur permettent de constituer un excédent financier chaque année et de manière pérenne. Cela impose donc une condition "nécessaire" sur le montant desdits revenus ainsi qu'une analyse du budget réel de chaque consommateur. Cette condition n’est pas « suffisante » toutefois pour supprimer totalement le risque mais il le rend prévisibile et contrôlable. La seconde économie, moderne et spéculative, est celle qui pourtant nous donne une impression collective de richesse, celle qui se manifeste par l'indicateur que nous appelons "croissance". Elle s'appuie sur l'idée d'un pari qui est que l'achat anticipé ou immédiat de tout bien de consommation peut être fait par tous, immédiatement, sans effort d’épargne préalable. C'est bien le slogan de la société de consommation. Le crédit dans ce cas est par nature à risques et il est très tentant d'alimenter la "croissance" en se cachant le "risque"... Et si l'emblème de l'économie mondiale était... l'Autruche
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Nouveau langage économique |
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Le protectionnisme, c’est bien connu, est un vilain défaut. Le libre-échange intégral est, cependant, ravageur lorsque les « avantages comparatifs », célébrés par Ricardo, sont biaisés. D’où l’expression désormais à la mode de « régulation commerciale ».
Il s’agit, en pratique, d’affirmer qu’on est contre le protectionnisme mais qu’on serait – Hélas ! - obligé d’y recourir si l’on ne pouvait obtenir par la négociation quelques arrangements volontaires. A Genève, le Bureau International du Travail (BIT), étudie sérieusement la question des « normes sociales » que les principaux pays exportateurs devraient s’imposer. De leur côté, les syndicats américains font pression sur l’Administration Obama pour que certaines concurrences soient officiellement déclarées déloyales. Dans un langage plus feutré, Angela Merkel, la Chancelière allemande parle de « Charte » définissant des droits et des devoirs. Tout cela laisse présager qu’après la réunion à Londres du G20, une vaste négociation s’ouvrira. L’aspect commercial, qu’il soit traité au sein ou à l’extérieur de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), conduirait les pays à très bas salaires à distribuer des avantages sociaux. A en juger par quelques récentes déclarations chinoises, le principe ne serait pas contesté puisque Pékin tient à développer son marché intérieur. Toute la question est de savoir combien de temps cela prendra puisque le temps, en la matière, se compte en millions de chômeurs.
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Le « paradoxe du philosophe » confronté à la crise actuelle : entre vertige et raison… |
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A l’unisson, quoique sous des cieux et à des âges fort différents, Saint-Thomas, Montaigne et Pascal aimaient à rappeler que, dans le rapport dialectique entre la raison et le sentiment, tous les raisonnements du monde n’empêcheront pas le plus grand philosophe de craindre de marcher sur une poutre, pourtant bien plus large que lui, dès lors qu’elle se trouve suspendue au-dessus d’un précipice !
A beaucoup d’égards, la crise actuelle comme les recherches de solutions qu’elle suscite, nous confrontent à nouveau au risque du vertige et, pour n’y pas succomber, au besoin de raison. Risque de vertige avec perte de repères lorsque l’unité de compte des relances et des sauvetages successifs devient le trillion de dollars. Besoin de raison pour construire un nouvel ordre sans que le passage du vieux au neuf trouble les têtes et déchaîne d’irrémédiables conflits.
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Naissance du « Mondio » |
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En préalable au G20, le président de la banque centrale de Chine a fait une suggestion qui peut être considérée comme le prélude de l’avènement d’une monnaie mondiale. La Chine propose la création d’un panier des monnaies mondiales, à taux de change invariables, pour assurer les échanges et les prêts entre états.
La Russie a aussitôt salué cette proposition ; Dominique Strauss Kahn l’a qualifiée de piste à étudier sans tarder. Le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz, ancien conseiller de Clinton, a marqué son accord. Les Européens ne se sont pas prononcés à 27, mais plusieurs d’entre eux déclarent souhaiter une telle réforme. Barack Obama, peut être surpris par cette annonce, a rejeté cette idée et confirme la volonté des USA de garder le rôle actuel du dollar. Prisonnier de son administration, ou Hérault de la domination monétaire de l’Amérique ? Certes Barack Obama ne peut pas désavouer à répétition son administration ; il l’a déjà fait sur la question des paradis fiscaux au cours du G20. Barack Obama ne peut pas non plus choquer son opinion publique en abandonnant d’un seul coup une hégémonie conquise de fait à Bretton Woods en 1945. Mais Barack Obama a déjà démontré qu’il est un véritable homme d’Etat. Comme Lincoln en 1961, comme Roosevelt en 1929. Gageons qu’il saura prendre le recul nécessaire et permettre la mise en place d’une réforme essentielle, qui est aussi bien dans l’intérêt des américains que dans celui du reste du monde.
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Attachez vos ceintures |
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La plupart des responsables économiques et politiques actuellement aux commandes se souviennent des crises pétrolières de 1973 et 1980 qui ont entraîné deux années de décroissance. Ils se souviennent aussi que les affaires ont vite repris leur cours et que les vertes exhortations du « Club des Rome » ont été rapidement oubliées.
Ainsi, en arrivent-ils à croire qu’une simple moralisation des circuits financiers suffira à vaincre la crise qui nous assaille depuis deux ans. C’est oublier qu’entre 1973 et 2007, la population du monde a doublé. Les nuisances environnementales ont même plus que doublé puisqu’en Chine, en Inde et ailleurs, des centaines de millions de pauvres ont pu accroître leur consommation. La baignoire à pollution, qui était presque pleine il y a 25 ans, s’est mise à déborder. « Qu’à cela ne tienne, rétorquent les bien-pensants, la croissance reprendra sur une nouvelle base ; nous aurons une croissance verte ; le risque sera transformé en opportunité ». Il faut évidemment tout faire, et le plus vite possible, pour que cette heureuse prophétie puisse se réaliser. Les milliers de milliards des différents plans de relance ne serviront pas seulement à construire des routes, des immeubles et des ponts. Des innovations fleuriront. Elles modifieront les modes de production. Une nouvelle ère de prospérité est envisageable. Oui mais quand ? Dans un premier temps, il faudra se contenter d’améliorations ponctuelles de procédés existants. Il faudra plus longtemps pour que des découvertes scientifiques permettent une rupture significative. En mettant les choses au mieux, il faudra cinq ans pour que la nouvelle croissance atteigne le rythme de l’ancienne. En attendant, le monde devra subir la récession puis, se satisfaire d’une reprise plus ou moins poussive selon les régions. Ce sera la période tous les dangers. Des masses, à peine sorties de la pauvreté, seront frustrées et aptes à la révolte. Des jeunes ne croiront plus que des lendemains puissent chanter. L’ordre ancien craquera. L’espoir tardera à percer. Les émeutes se multiplieront. Bientôt, les menaces conjuguées de replis identitaires, de tentations totalitaires et de pulsions belliqueuses feront que l’urgence des risques politiques l’emportera sur l’impératif écologique. Les tensions seront telles que l’irréparable n’est pas exclu. Pour éviter le pire, il faudrait être en mesure de jeter les bases d’une nouvelle société, de bricoler les ressorts d’une écologie humaine, de tisser, selon l’expression d’un philosophe, « des liens qui unissent sans trop serrer ». Plus facile à dire qu’à faire. Les grandes tendances sociétales n’avancent pas au même rythme dans le monde entier. A l’intérieur même d’une zone relativement homogène comme l’Europe, rien ne prouve que les bonnes pratiques progresseront partout et simultanément. Aux quatre coins de la planète, on découvre, cependant, des attentes propices à une mutation. Chacun sent qu’un simple retour à « l’avant crise » n’est pas possible ou même souhaitable. Une large majorité de Terriens a envie d’œuvrer pour que la marche vers une société plus humaine commence avant que la fureur l’emporte sur la raison … avant que des bombes atomiques se mettent à voler.
Voir dans le Blog du Club l’analyse de Michel Mabile intitulée "L’innovation : une réponse à la crise ? " sur les différentes phases de l’innovation.
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L’innovation : une réponse à la crise ? |
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La gravité de la crise mondiale laissera des traces profondes, et il est difficile d’imaginer que tout sera comme avant lorsque l’économie mondiale redémarrera.
Au-delà du traumatisme, et des réponses à apporter afin de remédier aux différents faits générateurs de la crise – défaillance des institutions financières, domination de l’ingénierie financière sur l’économie réelle, perte du sens des valeurs et de l’éthique de certains dirigeants… - le monde se trouvera en sortie de crise à nouveau confronté aux différentes interrogations qui prévalaient avant la crise et que les évènements récents ont eu tendance à repousser à l’arrière plan : crise de la consommation, modification de l’équilibre mondial avec la montée en puissance des économies des pays émergeants, crise d’approvisionnement en matières premières énergétiques ou en certains matériaux de base, craintes liées au réchauffement climatique. Il est donc légitime d’imaginer que la sortie de crise pourrait être l’occasion de la poursuite, voir de l’amplification des changements du comportement des acteurs économiques et sociaux, poursuivant les tendances apparues dès avant la crise : montée en puissance des comportements respectueux de l’environnement, développement d’une industrie « verte », changement de certaines habitudes de consommation…. La baisse du marché automobile par exemple était antérieure à la crise, même si la crise a servi de révélateur. Le développement des énergies renouvelables, de l’industrie du recyclage, de la bio-consommation – étaient également en cours avant le démarrage de la crise. Ces changements de comportement sont naturellement portés par des innovations. Dès lors il convient de s’interroger sur le rôle que l’innovation pourrait jouer afin de faciliter la sortie de crise. En d’autres termes, l’innovation peut-elle être un catalyseur de sortie de crise ? Les économies les plus innovantes tireront-elles, avant les autres, les bénéfices de la crise pour décoller plus rapidement que les autres et tirer l’économie mondiale ? La réponse à cette question n’est pas simple. En effet, la crise d’une part est générateur de stress et d’inquiétudes, et n’incitent pas les consommateurs à modifier leurs habitudes. D’autre part, l’innovation est par nature une activité à risque pour les entreprises, et la crise actuelle est d’abord une crise de confiance qui conduit les acteurs de l’économie, et avant tout les investisseurs à fuir le risque et à se replier sur les valeurs sûres. L’innovation incrémentale – l’innovation par petites touches ou par évolutions d’un produit ou d’un service existant – n’est pas réellement concernée par cette question. Le niveau de risque est limité, mais le bénéfice attendu ne répond pas aux interrogations en matière d’évolution des comportements ou de contenu économique du développement évoqués plus haut. Seule l’innovation radicale – ou innovation de rupture – pourrait offrir des réponses adaptées à ces attentes et faciliter ces évolutions. L’innovation radicale a besoin de trois conditions pour se développer : Ø Un environnement propice qui permet aux innovateurs la prise de risque, avec en contrepartie l’assurance de pouvoir bénéficier de sauvegardes en cas d’échec. Force est de constater que la crise économique rend cet environnement moins propice et risque de décourager un grand nombre d’innovateurs. Ø Des clients prêts à consommer des produits ou des services nouveaux, en changeant de comportement, quitte à supporter les conséquences négatives de cette expérimentation : manque de fiabilité des nouveaux produits ou services, changement dans le habitudes, dépendance à l’égard d’un système en cours de mise en place avec toutes les incertitudes qui accompagnent ces développements (voir l’exemple des biocarburants dont le développement dépend largement du nombre de stations service, ou encore les difficultés de la vidéo haute définition avant l’arbitrage sur les standards qui ont conduit les producteurs de contenus pourtant indispensables, à différer leur offre). La situation de crise qui rend les comportements plus frileux, et souvent plus attentistes par aversion au risque ne plaident pas en faveur de l’innovation. Ø Des ressources financières prêtes à s’investir dans des activités dont le niveau de risque est élevé, en proportion du gain potentiel attendu en cas de succès. La situation de crise de liquidités, et surtout de perte de confiance des investisseurs devrait avoir pour conséquence de freiner les investissements sur des secteurs ou des activités à risque et donc innovantes. A l’évidence donc, le contexte de la crise n’est pas propice au développement de l’innovation radicale. Cependant, l’innovation devra constituer une des réponses à la sortie de crise, sinon les économies à peine sorties de la crise financière risquent de replonger dans la crise des approvisionnements, de ne pas apporter les réponses adaptées aux grandes questions environnementales qui préoccupent le monde, ou tout simplement de ralentir le redémarrage de l’économie par inadéquation entre l’offre et la demande. Le soutien à l’innovation passe donc par une action déterminée des pouvoirs politiques avec comme objectif le moteur de la sortie de crise. Le constat de ce point de vue est malheureusement décevant : Ø Le plan Obama de relance de l’économie américaine comporte certes un volet de soutien à l’innovation, notamment pour le développement des énergies propres permettant à terme une réduction de la dépendance de l’Amérique aux approvisionnements pétroliers extérieurs, mais les grandes masses du plan sont consacrées aux investissements traditionnels – routes, isolement des bâtiments, investissement dans les énergies renouvelables et à la relance par la consommation au travers des baisses d’impôts. Ø La France a adopté un plan de relance par l’investissement, sans contenu d’innovation particulier. Il est vrai que l’effort en faveur de l’innovation et de la recherche avait été décidé avant la crise, mais on peut s’interroger sur la nécessité d’amplifier les actions de soutien à l’innovation. Ø La Chine qui a annoncé un plan de relance de près de 1000 Milliards de Dollars, met l’accent avant tout sur les investissements en infrastructures et ne consacre qu’une fraction faible de ce montant à l’innovation. Les politiques ont-ils raison de donner si peu de place à l’innovation dans les plans de relance ? Les politiques sont comme les investisseurs ou les consommateurs : tétanisés par la crise, ils cherchent des réponses de court terme et sans risque. L’innovation est risquée, et ses effets ne seront payés de retour que sur le moyen ou le long terme. Il s’écoule entre 3 et 10 ans entre le moment où une innovation est entreprise et le moment où la maturité de cette innovation la transforme et usine à cash générant des emplois et de la valeur ajoutée. L’innovation est peut-être la bonne réponse à la crise sur le long terme, mais les dépenses d’innovation ne constituent pas la réponse à court terme attendue par les marchés et l’opinion publique. Il est cependant plutôt positif dans ce contexte de constater que les entreprises confrontées à la crise annoncent ne pas couper dans leurs dépenses de R & D – réponse à moyen terme. Mais aucune d’entre elles n’annonce un accroissement important de ces dépenses comme réponse à la crise. Il faudra attendre le début de sortie de crise pour mesurer vraiment les choix politiques de soutien à l’activité et observer, lorsque l’urgence de l’incendie sera passée, si les responsables ont pris en compte les attentes sous-jacentes des citoyens et ajustent leurs mesures de soutien en conséquence afin de mieux ajuster le contenu de l’offre à la demande, seul moyen de relancer durablement l’économie mondiale.
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Productivité philanthropique |
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Quand plusieurs signaux faibles se mettent à converger, il est permis de croire qu’une tendance lourde est en train d’émerger. Ainsi en va-t-il de la culture du résultat dans l’action humanitaire.
En 2006, plutôt que de lancer sa propre fondation, Warren Buffett a consacré la gigantesque somme de trente milliards de dollars à la fondation créée par Bill Gates. Raison invoquée : « Il va être plein temps là-dessus et sera plus efficace que je ne pourrais l’être ». De fait, le fondateur de Microsoft apporte à son nouveau « métier » le professionnalisme dont il a fait preuve dans les systèmes d’exploitation et les logiciels. Sa première « lettre annuelle » se lit comme un compte de résultats et avance, pour le moyen terme, des objectifs chiffrés, en particulier sur la diffusion des vaccins en Afrique et la lutte contre la malaria. Les milieux universitaires adoptent la même approche et multiplient les études de terrain pour mesurer la productivité de différentes techniques d’aide. Une Française, Esther Duflo, est ainsi devenue une vedette tant aux Etats-Unis où elle enseigne qu’au Collège de France dont elle est la dernière recrue. Dans un entretien, récemment accordé au Nouvel Observateur, Mme Duflo donne un exemple illustrant sa méthode. Selon elle, la distribution de médicaments vermifuges pour déparasiter les enfants en Afrique est le moyen le moins cher et le plus efficace pour réduire l’absentéisme à l’école : « Cela coûte 50 centimes par an et par enfant mais augmente d’un quart leur temps de présence à l’école ». La tendance est claire : des « entrepreneurs sociaux » vont orienter et mettre en oeuvre la philanthropie.
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Un pont entre Londres et Prague |
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Quand le G20 se réunira à Londres le 2 avril, définir une politique financière commune pour répondre à la crise sera en tête des préoccupations. Mais les appels deviennent de plus en plus nombreux pour que ces 20 pays avancés et émergeants évoquent aussi le commerce international et en particulier la nécessité de faire tout pour éviter une grande dépression version 2.0.
Or, selon la Banque mondiale, pas moins de 17 des membres du G20 ont déjà violé leur engagement solennel, pris en novembre dernier à Washington, de ne pas "élever de nouveaux obstacles à l'investissement ou le commerce de biens et de services, en imposant de nouvelles restrictions à l'exportation, ou la mise en place de mesures contraires à l’Organisation mondiale du commerce visant à stimuler les exportations." Malgré la crise – ou à cause d’elle - tarifs douaniers, mesures anti-dumping, subventions et autres actions destinées à fermer les marchés restent à la mode.
Les Américains et les Européens ne sont pas innocents à cet égard (voir fromage de Roquefort ou biodiesel). On peut néanmoins estimer que sans leadership transatlantique le G20 et autres pays ne pourront pas résister à la tentation protectionniste. Or, malgré les nouveaux centres de pouvoir économiques tels la Chine ou l’Inde, les États-Unis et l'Union européenne restent l'épine dorsale du système commercial mondial. Ils maintiennent la plus importante relation commerciale du monde, et c'est leur poids combiné qui a permis le succès des négociations au sein de l'OMC.
Le sommet entre Barack Obama et ses 27 homologues européens à Prague le 5 avril offre une occasion unique. Ils devraient proclamer un refus catégorique d’imposer toutes nouvelles mesures protectionnistes et initier deux actions supplémentaires : redoubler d’efforts pour réconcilier leurs positions respectives dans les actuelles négociations de Doha au sein de l’OMC (qui sont dans le marasme) ; et, en cas d’échec de Doha, annoncer le lancement d’une zone de libre échange transatlantique à laquelle d’autres pays du G20 pourraient se joindre au moment opportun.
Tout cela ne serait ni le Printemps de Prague ni la Révolution de Velours, mais, en temps de crise, un "Pacte de Prague" transatlantique pour favoriser le commerce international serait le bienvenu.
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Biais idéologique |
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Nécessité faisant loi, les critères de Maastricht sont mis entre parenthèses. Les Etats européens, pour relancer l’économie, creusent les déficits. Ils ont tous leurs raisons mais les inconvénients ne seront pas les mêmes pour chacun.
Le credo libéral imprégnait les esprits quand ont été conçus les critères de Maastricht. Il stipulait que l’intervention de l’Etat était en général plus nuisible qu’utile et les décisions individuelles plus utiles que nuisibles. Aussi, l’endettement des Etats devrait-il être sévèrement limité tandis que celui des ménages pouvait être considéré comme un moteur nécessaire de la consommation. Raymond Aron, en d’autres temps, a parlé des méfaits de la vulgate marxiste. On peut dire aujourd’hui que la vulgate libérale a provoqué des erreurs de jugement. Certains bons esprits estimaient, par exemple, que la France était « en retard » dans le crédit à la consommation. Heureux retard ! Les cigales anglaises et espagnoles ont maintenant de quoi envier les quasi-fourmis allemandes et françaises ! Voici déjà plusieurs années que Vigilances plaide pour que la définition de l’endettement d’une nation comprenne à la fois l’endettement de l’Etat, celui des collectivités locales et celui des ménages. Comme les critères de Maastricht sont coulés dans le bronze des traités et que, de toute façon, la crise les a rendus provisoirement caducs, personne ne se bousculera pour les changer. En revanche, les recommandations et avertissements prodigués par Bruxelles vont désormais être amenés à prendre en compte la réalité et donc à tenir balance inégale entre les nations qui, grâce à l’épargne des ménages, ont encore de la marge et celles qui en ont moins.
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Vers un autre capitalisme qui fasse alliance avec la vie |
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Réalisé par le groupe de travail "Pour un capitalisme durable", piloté par Alain de Vulpian, ce rapport ébauche une analyse systémique et bio-socio-économique de la crise globale dans laquelle est plongée la planète. Il s’appuie sur deux enquêtes de terrain auprès de dirigeants français (Club des Vigilants) et d’agents de changement opérant dans des entreprises européennes (Sol). Il voudrait contribuer à éclairer la réflexion du Club et de divers réseaux amis sur les opportunités d’influencer le cours des choses.
La crise financière et économique a éclaté au sein d’une crise beaucoup plus large, crise de la civilisation, crise de la gouvernance planétaire. Le laisser-faire qui inspire l’action de nos gouvernants depuis la fin des années 70 a laissé se faire deux évolutions qui ont fini, au cours des années 1990 et 2000, par devenir radicalement contradictoires. La société des gens s’est librement auto organisée sous la forme d’enchevêtrements de réseaux de personnes relativement autonomes et de socio-systèmes qui s’autorégulent. Ils forment (aux pathologies près) un tissu social qui parvient à fournir à la plupart des personnes les gratifications qu’elles attendent : petits bonheurs, affections, épanouissement, paix, sens… De son côté, la finance s’est librement auto-organisée comme un système clos qui a progressivement pris le pouvoir sur l’économie réelle dont il s’est nourri. Sous son influence, des entreprises, de plus en plus nombreuses, se sont centrées sur le court terme, la maximisation de profits exagérés, le serrage systématique des boulons, l’exploitation jusqu’à la corde des personnels, des consommateurs et de la planète. Les profiteurs de la finance sont devenus de plus en plus riches alors que les classes moyennes et populaires s’appauvrissaient. Alors que la tension entre les deux univers s’exacerbait, la finance, perdant le contrôle de son développement, a explosé et entraîné dans sa chute l’ensemble de l’économie mondiale. Nous ne sortirons de la crise économique qu’en mettant à nouveau la finance au service de l’économie réelle et en facilitant l’émergence d’un capitalisme et d’entreprises apprenant à se décentrer du court terme et à faire alliance avec les gens, la société et la planète. Comment envisager d’intervenir ? Interventions auprès des dirigeants politiques
Même parmi eux, les voies de sortie de crise sont l’objet de discussions de café du commerce plus ou moins teintées de préférences idéologiques. Il n’est pas très intéressant de participer à leur conversation. Les dirigeants manquent, et nous manquons, d’une analyse cohérente et crédible du « système-crise-économique » qui ouvrirait des pistes d’intervention susceptibles de remettre l’économie réelle en état de marche en un ou deux ans. La science micro économique pragmatique qui nourrirait une telle analyse ne s’est pas encore développée. Les palpeurs qui pourraient éclairer les pilotes sur l’état momentané et détaillé des systèmes ne sont pas en place. Si des équipes de recherche-action sont sur la voie, peut-on les repérer, les appuyer, les aider à se connecter et à se faire entendre des dirigeants ? La crise est systémique et planétaire. Or, en dépit de progrès récents, bon nombre de dirigeants conservent des modèles mentaux imprégnés de causalité étroite et de références nationales. Pouvons-nous envisager des interventions qui les aideraient à adopter des postures systémiques et planétaires ? Interventions auprès des entreprises Les conduites effectives des entreprises au cours des prochains mois et des prochaines années seront décisives. Pour qu’elles contribuent au redémarrage de l’économie et émergent de la crise en bonne santé, il faut qu’elles se libèrent de l’obsession du court terme et du serrage des boulons. Il faut qu’elles trouvent leur façon de réveiller leur capacité à anticiper les transformations de leur métier, de leurs techniques, de leurs consommateurs et de leur écosystème et à se construire un futur de vitalité. Il faut qu’elles apprennent les pratiques qui leur permettront de tirer pleinement parti des potentiels humains de leurs équipes pour produire de l’efficacité et des profits raisonnables dans la durée. Le Club veut-il pousser sa réflexion sur les façons dont il pourrait contribuer à ce renouveau ? Interventions au sein de la société des gens La société des gens, avec ses vaguelettes et ses vagues d’intelligence collective, avec ses réseaux et ses manifestations diverses va continuer à peser sur les cours des choses et notamment sur les conduites des autorités politiques et des entreprises. Voulons-nous creuser la réflexion et mener quelques expériences pour comprendre comment faciliter et catalyser les poussées de la société des gens en direction d’une nouvelle harmonie ?
Le rapport complet est consultable à l'adresse suivante :
http://www.clubdesvigilants.com/mt-static/pdf/Vers-un-autre-capitalisme.pdf
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Question de timing |
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« Si j’avais de l’argent, j’achèterais des actions ». Par ces simples paroles, prononcées au moment opportun, Nixon a contribué à la remontée des bourses et à la reprise des investissements. On voit mal Obama prendre aujourd’hui un risque similaire. L’endettement planétaire n’est pas suffisamment résorbé pour qu’un déclic psychologique suffise à inverser la tendance.
Il arrivera, cependant, un moment où l’évocation de la reprise deviendra crédible. Et ce moment peut advenir aux Etats-Unis plus rapidement qu’ailleurs. C’est peut-être injuste mais c’est ainsi : les Etats-Unis sont à l’origine de la crise mais les autres risquent d’en souffrir plus durablement qu’eux.
Primo, quand les riches se rationnent, les pauvres souffrent. Les consommateurs américains ont tellement consommé que la baisse de leurs achats frappe en premier lieu les ouvriers d’Asie. Secundo, l’économie américaine est résiliente. Son écosystème favorise l’innovation. Elle n’est pas bâtie sur le sable de la ressource unique (en particulier pétrolière). Tertio, l’économie américaine est particulièrement réactive. En Europe, les systèmes sociaux servent d’amortisseur mais les réflexes sont lents. Ainsi, le Nouveau Continent détruit les emplois plus rapidement que l’Ancien mais est plus prompt à en recréer.
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Euro : le frein statutaire |
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Les Etats-Unis, après l’adoption d’un plan de sauvetage massif de leurs banques et d’un plan de relance non moins massif de leur économie par la dépense publique, n’ont-ils plus désormais qu’à « attendre et voir », espérer, la sortie de crise, ayant épuisé tous remèdes ? Que non. Il est de plus en plus question Outre-Atlantique de solutions pudiquement dites "non-conventionnelles", si les précédentes ne suffisaient pas !
Ainsi, en matière monétaire, les Etats-Unis pourraient décider – comme la Fed, après avoir ramené à presque zéro ses taux courts, y a fait allusion en indiquant qu’elle pourrait acheter des titres du Trésor US pour abaisser aussi les taux longs – de relancer la "planche à billets". Certes ils en paieraient sans doute tôt ou tard le prix par une défiance internationale à l’égard de leur monnaie. La Chine ne s’y est pas trompée. Récemment devenue, devant même le Japon – l’a-t-on assez relevé… ? – premier détenteur mondial de titres du Trésor US, elle aurait fait savoir à la nouvelle Administration américaine qu’elle riposterait à toute politique de relance ayant pour effet de dévaloriser son portefeuille dollars. Cependant, à la fin des fins, les Etats-Unis peuvent retrouver leur attitude classique d’indifférence ("benign neglect") quant à la valeur externe de leur devise. Ils pallieraient ainsi une insuffisance de la demande internationale de dollars par une demande… de leur propre banque centrale, choisissant alors entre deux maux le moindre, le risque d’inflation, future, plutôt que de déflation durable. L’Europe, elle, n’a pas a priori ce luxe, faute d’une souplesse analogue dans la zone euro. Au sein même de cette zone, et entre partenaires très proches, la "dépensière" France doit payer environ 50 points de base (0,5%) de plus que la "vertueuse" Allemagne sur ses emprunts publics, l’Italie 100 de plus, l’Irlande 300 (sans parler de la Grèce, pour qui le "robinet" s’est quasiment fermé). Ces écarts pourraient s’accentuer. Il est à craindre que les Etats, confrontés à une même crise, mais partant de situations financières très différentes faute de convergence préalable de leurs politiques économiques, n’en sortent de manière très asymétrique. Des pays, comme l’Islande ou la Hongrie - déjà en cessation de paiements hors zone euro -, totalement dépendants de l’aide étrangère risqueraient de plonger encore plus bas. L’Allemagne, de son côté, dont la Chancelière et le Ministre des Finances s’inquiètent de la « course aux milliards » dans les dépenses de relance… des autres, apparaîtrait comme une valeur refuge. Si l’on s’en tient à la lettre des textes, les statuts de la zone euro ne permettent pas à la BCE de se substituer au marché en se portant acquéreur des titres de dette de tel ou tel de ses Etats membres. De sorte que certains économistes évoquent déjà des tensions centrifuges au sein du club euro, par manque de solidarité et de mutualisation, avec à terme un risque de sortie de tel ou tel membre, voire par effet domino, d’éclatement de la zone. Le seul fait que le Président de la BCE ait dû à diverses reprises contester l’existence d’un tel risque montre bien… qu’il existe ! Et, crise ou pas, les arbitragistes sont déjà à l’œuvre dans les salles des marchés pour jouer telle signature souveraine contre telle autre dans le même euro. Reste une échappatoire, qui émanerait d’une volonté politique commune : contourner les statuts de la zone euro pour pouvoir agir comme les Etats-Unis. Est-ce impossible ? Après tout, face à la crise, les critères supposés intangibles de Maastricht viennent bien d’être mis aux oubliettes ! Mais en pratique, là comme ici, c’est essentiellement la puissante Allemagne qui détient la clé de la décision. Jouera-t-elle l’euro… ou solo ?
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Concours de sortie |
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« La guerre, a dit Mussolini, est l’examen de passage des nations ». Plus modeste et moins grandiloquent, Braudel a évoqué en historien les crises économiques et financières. « La crise, a-t-il écrit, est une épreuve, les forts la traversent, les faibles y succombent ». Ainsi, est-ce consécutivement à des crises que les « centres du monde » se sont déplacés. Venise, par exemple, a « succombé » tandis qu’Amsterdam a « traversé » plusieurs épreuves avant d’être supplanté par Londres.
A l’issue de la crise actuelle, les Etats-Unis resteront-ils N°1 malgré l’accumulation de leurs déficits et la décrépitude de leur industrie ? Les paris sont ouverts. Personnellement, je crois qu’ils conserveront leur prééminence. La Chine n’est, sans doute, pas encore apte à devenir N°1. Peut-être même est-il trop tôt pour dire quelles nations d’Asie sortiront renforcées de la crise et quelles autres en sortiront affaiblies. En revanche, il est presque certain que, globalement, l’Asie accroîtra son poids relatif dans les affaires du monde et que la coopération régionale sera accentuée. La Chine, le Japon et Taiwan ont besoin de débouchés ; leurs réserves financières sont immenses ; ils ne laisseront pas tomber leurs clients les plus proches. En Amérique Latine, pas de suspens : le Brésil y est roi. Ni le Mexique, ni l’Argentine, ni le Chili, ni le Venezuela n’ont, comme lui, la capacité de surfer sur la crise. Cependant, même s’il parvient à catalyser la coopération régionale, la baisse brutale du cours des matières premières le privera des moyens de renflouer tous les éclopés du continent. Les plus démunis, comme la plupart des pays d’Afrique (et comme les Etats qui, tel l’Ukraine, sont assis entre deux zones) n’auront que le FMI pour pleurer. En Europe, on se sera aperçu que l’endettement des ménages plombe les nations encore plus sûrement que l’endettement des Etats. La Grande Bretagne qui, de surcroît, a beaucoup misé sur la City, perdra en importance tandis que l’Allemagne accentuera son avance et que la France consolidera sa place de N°2 européen. Place plus ou moins enviable selon que l’Europe, dans son ensemble, pèsera plus ou moins lourd ! Pour l’Europe, la crise est bel et bien un examen de passage. Dans le pire des cas, la monnaie unique volera en éclat et l’Union donnera le triste spectacle de la désunion. Dans le meilleur des cas, les institutions européennes gagneront en efficacité et feront germer une solidarité mondiale. L’enjeu est capital car, s’il fallait résumer en une seule phrase le pourquoi de la crise actuelle, on pourrait arguer que la cause profonde réside dans le déséquilibre entre pouvoirs politiques nationaux et structures économiques mondialisées. En ce sens, l’Europe a le devoir de mériter la première place au concours de sortie de crise. Non seulement les pays membres en tireraient bénéfice mais toutes les nations pourraient s’inspirer d’un exemple pour encadrer leur interdépendance de fait dans une interdépendance de droit.
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Sauvetage du privé…naufrage des Etats ? |
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Venus au secours des banques pour tenter de protéger les déposants et l’accès au crédit, les Gouvernements, plus encore que les Banques Centrales, apparaissent désormais comme le « prêteur en dernier recours », selon la terminologie monétaire consacrée. Il faut souhaiter qu’ils y parviennent… durablement. Car après eux – en est-on assez conscient ? – il n’y a pas d’autre recours !
Or la difficulté va être qu’en reprenant, refinançant ou garantissant tous ensemble les dettes privées via la sphère publique par trillions de dollars, euros, sterlings et autres devises, les Etats vont eux-mêmes inévitablement se trouver en compétition pour se refinancer simultanément sur les marchés, à un moment où, même si les liquidités restent abondantes, l’épargne mondiale va se raréfier un peu partout avec la chute des bourses, de la croissance et, parallèlement, des cours des matières premières et énergétiques. Or, il est vain de croire que les Etats auraient, à l’inverse des autres agents, un accès illimité à la ressource financière.
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Ce seront encore les jeunes qui vont trinquer |
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Le chômage est fortement reparti à la hausse dans le monde entier et notamment en France. Les perspectives 2009 en la matière sont sombres. En France, des entreprises semblent se séparer en priorité des salariés précaires (intérim, CDD) qui sont particulièrement nombreux parmi les jeunes.
Si rien n’est fait pour enrayer ce mouvement naturel ou en atténuer les conséquences, ce sont, une fois de plus, les jeunes qui vont être sacrifiés. Raison de plus pour eux de se désolidariser de cette société qui refuse de façon persistante de leur accorder la place qu’ils méritent. Comment vont-ils chercher à se venger ? Quelles parades correctrices imaginer ? Attention danger !
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Effets d’annonce et temps de latence |
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Comment faire pour que les plans de relance soient efficaces alors que les deux impératifs principaux semblent être contradictoires ?
Il faut, d’une part, que l’argent dépensé soit utile à long terme et il faut, d’autre part, agir aussi vite que possible. Pour le premier impératif, l’environnement et les infrastructures sont des cibles privilégiées. Pour le second, il faut, en priorité, sauver ce qui existe en relançant l’activité des entreprises et, plus particulièrement, des PME, actuellement menacées de faillite.
Chaque pays va devoir effectuer son propre dosage. Sans oublier que les projets pharaoniques sont ceux qui prennent le plus de temps et qu’il vaudrait mieux parfois se montrer humbles que voir grand.
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La crise est aussi sociétale |
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Face à la crise, certains sont aujourd’hui partisans de faire le gros dos ; ils anticipent le « business as usual » dans le meilleur des mondes. D’autres songent avec ravissement au retour d’une économie d’Etat bureaucratique et rêvent par exemple de rétablir l’autorisation administrative de licenciement. Ces deux postures sont dangereuses.
En fait, quatre crises se superposent et risquent si l’on n’y prend garde de s’exacerber mutuellement. La crise financière a déclenché une crise économique. L’une et l’autre se déroulent sur la toile de fond de la crise écologique (notamment énergétique et climatique).
La quatrième dimension de la crise est sociétale. Le modèle particulier de capitalisme qui a influencé les pratiques politiques et économiques de tout l’Occident au cours des trois dernières décennies est ultralibéral et hyper-financier. Il est inspiré par la conviction que le marché s’il est laissé totalement libre résout tous les problèmes dans l’intérêt général. Il installe une primauté du laisser faire sur le volontarisme, du court terme sur le long terme et de la finance sur l’industriel ou le métier. Les acteurs de ce système, plus ou moins obnubilés par la course au profit maximum à court terme, se sont coupés de la société en profonde mutation et, désadaptés, ont suscité des turbulences et un rejet croissant qui pourrait devenir violent.
La sortie de crise ne sera harmonieuse et paisible que si elle débouche sur un capitalisme qui entre en synergie avec l’écologie et la société.
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Et si ! |
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Et si la déflagration financière était derrière nous : environ 1.000 milliards de pertes sur les subprimes, les crédits personnels, certains prêts au PME américaines ; 900 milliards de dollars provisionnés, à ce jour, par le secteur bancaire et financier au niveau mondial.
Et si les difficultés des banques avaient été largement anticipées : entre 1.200 et 1.500 milliards de dollars de garantie des Etats pour faire refonctionner le marché interbancaire, plusieurs centaines de milliards de dollars pour alimenter en fonds propres les banques à secourir. Et si la déprime économique provoquée par la crise financière devait être conjurée par les plans de relance mis en place par les principaux Etats touchés (y compris la Chine) : 100 à 150 milliards de dollars d’aides de toutes natures (Chine non comprise). Et si, en conséquence de tout cela, la confiance renaissait et comblait le trop plein de mauvaises nouvelles qui nous ont assaillis. Et si la remontée de la courbe en « V » s’avérait symétrique de la chute, c’est-à-dire rapide grâce à la très forte et permanente mobilisation des Etats, des Banques centrales, de la Banque Mondiale et du FMI. Et si cette crise n’était qu’un banal avatar de toutes celles que la brutalité du libéralisme engendre régulièrement avec, en moyenne, une explosion tous les dix ans et une détonation tous les cinq ans. Et si la récession actuelle s’avérait moins profonde que celles causées par les crises pétrolières de 1973 et 1980 qui ont entraîné deux années de croissance significativement négative. Et si l’humanité avait fait quelques progrès depuis 1929, 1973, 1980, 1990, 1993 et 2001. Et si nous avions joué à nous faire peur avec la complicité de médias simultanément observateurs et acteurs. Et si Barack Obama, conscient de ses immenses responsabilités, parvenait à faire redémarrer la machine économique américaine. En premier comme d’habitude ! Et si notre pays en profitait pour se positionner sur les métiers en forte croissance sur le long terme pour gagner un point de productivité supplémentaire. Cela lui permettrait de sortir de la croissance médiocre de 2% qu’il a connu au cours de ces vingt dernières années. Et si le vrai problème allait être, une fois de plus, éludé : le libéralisme est un formidable moyen qui doit être doté de solides gardes fous. Seul un code éthique universellement accepté serait capable de l’humaniser, d’en réduire la brutalité et d’éviter les courts-circuits qu’il déclenche.
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Défis d’après crise |
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La crise financière est comme un accès de fièvre symptomatique d’une évolution pernicieuse qui affecte l’économie réelle depuis de longues années.
Plusieurs auteurs (1) ont établi un constat dont l’essentiel peut être résumé en quelques lignes : Ø Les gains de productivité ont permis de produire puis de distribuer un surcroît de richesses. Ø Malgré les progrès de l’informatique, la productivité des services augmente moins vite que celle de l’industrie. Ø La part des services dans l’économie augmente régulièrement. Ø Au-delà d’un certain seuil, l’accroissement du niveau de vie devient problématique. De ce constat découlait un processus qui, logiquement, devait conduire à la crise : Ø Acte I : Pour conserver leur train de vie, les Etats et les particuliers (des pays riches) prennent l’habitude de s’endetter. Ø Acte II : Pour trouver de nouvelles marges, les entreprises (des pays riches) partent à la conquête de « nouvelles frontières » nationales (déréglementations) et internationales (délocalisations). Le capitalisme financier triomphe. Les inégalités se creusent. Ø Acte III : Faute de « mondialisation heureuse » pour tout un chacun, les consommateurs, et tout spécialement les consommateurs américains, se montrent avides de crédits. Pour déclencher la crise actuelle, il a suffi qu’au cœur même du capitalisme, des financiers imaginatifs (et cupides ?) trouvent des ruses pour consentir des prêts à des clients insolvables, puis pour camoufler et propager les risques encourus. Une débâcle financière s’en est suivie. Elle a des répercussions lourdes en termes d’activité et d’emplois. Plusieurs milliers de milliards de dépenses publiques finiront par faire baisser la fièvre mais les causes profondes de la maladie seront toujours là. C’est d’elles que naîtront les défis d’après crise : Ø Premier défi : Augmenter la productivité dans les services, notamment au sein des entreprises. La marge actuelle est un peu plus grande en Europe qu’aux Etats-Unis qui ont réagi les premiers, mais les limites sont étroites. Ø Deuxième défi : Orienter l’affectation du capital vers la création d’industries nouvelles qui génèreront progressivement des gains de productivité pour satisfaire des besoins essentiels. Le secteur de l’environnement est tout indiqué, mais il coûtera avant de rapporter. Ø Troisième défi : Faire émerger des contre-pouvoirs susceptibles de déboucher sur une forme rénovée du capitalisme et sur un renforcement de la cohésion sociale (2). Moins de biens, plus de liens : c’est facile à dire mais difficile à faire. (1) Voir notamment “Productivité et équité. La fin d’un rêve ? » Jacques Villiers in « « La Jaune et la Rouge », Revue des anciens élèves de l’Ecole polytechnique, janvier 2002. (2) Un groupe de travail piloté par Alain de Vulpian explore les différentes façons dont le Club pourrait contribuer à cette évolution.
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Mauvaises pratiques |
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Certaines entreprises réussissent là où d’autres échouent. Les raisons ? Elles tiennent souvent à des erreurs que les uns arrivent à éviter et les autres pas. D’où l’idée de ces 16 Commandements.
Les 16 Commandements pour planter à coup sûr une Entreprise - Penser d'abord à soi.
- Raisonner pour économiser des impôts
- Pratiquer le Népotisme ou sa variante, « la gouvernance des copains ».
- Faire toute confiance aux Experts.
- Suivre à la lettre la Bourse et les conseils des Analystes Financiers.
- Préférer le développement, même sans marge, pour obtenir plus tard une position forte.
- Développer le chiffre d’affaire et négliger la valeur ajoutée.
- Raisonner en coût marginal.
- Ne suivre les coûts salariaux qu’en BBS.
- Fixer des Bonus Maximum.
- Pratiquer des augmentations de salaires non individualisées.
- Rechercher ou même accepter des subventions publiques.
- Raisonner en BFR (Besoin de Fonds de Roulement).
- Parler de « Partenaires sociaux ».
- Négliger l'Honnêteté intellectuelle et pratiquer la magouille (parfois appelée « creative accounting » ou en en Français « comptabilité flatteuse »).
- Considérer la trésorerie comme une variable subalterne.
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L'Empire du Milieu déclare la guerre des changes ! |
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La Chine a engagé un processus de baisse du yuan. Alors que depuis des mois les économies internationales insistent sur le niveau jugé sous-évalué du yuan ...
Voilà que la Chine est tentée par une dévaluation de sa monnaie afin de favoriser sa propre croissance. Déjà qu'elle possédait un avantage redoutable sur le marché de l'export, la voilà qui laisse filer sa devise par rapport au dollar. Est-ce une provocation vis-à-vis du nouveau président Obama, signal d’un combat annoncé pour le leadership du monde ou un bien un test de ses concurrents et fournisseurs mondiaux vis-à-vis d'une éventuelle envie de protectionnisme ?
Nous le saurons rapidement… Rappelons nous le vieil adage chinois : « Faire du bruit à l’Est mais attaquer à l’Ouest ! » ( Ancien traité chinois de stratégie militaire )
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Oui mais quand ? |
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Suite au post précédent... Tout le monde n’a pas le cran de Warren Buffett … ni sa patience … ni sa fortune. Des millions de gens n’ont donc pas envie de jouer la hausse tant que la baisse continue ou risque de reprendre d’un jour à l’autre. La question du quand est cruciale. Deux raisonnements s’affrontent.
Pour les uns, une hausse durable interviendrait sûrement si la confiance revenait. Comme cette approche est de nature psychologique, l’action (et le verbe) politique pourrait être efficace. Pour les autres, le problème n’est pas psychologique mais statistique. Les institutions surendettées sont prêtes à vendre n’importe quoi à n’importe quel prix. Tant que l’ardoise ne sera pas complètement épongée, le pessimisme restera justifié.
Comme il y a sans doute du vrai dans les deux raisonnements des accès de confiance provoquant des hausses et des accès de désendettement provoquant des baisses risquent d’alterner pendant assez longtemps. Conclusion : les placements à court terme restent dangereux mais le « Buy European » (voir ci-dessous) est valable pour quiconque est raisonnablement sûr que son placement peut rester immobilisé pendant plusieurs années.
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Buy European |
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Warren Buffett, l’homme le plus riche du monde, a accumulé sa fortune en agissant à contre mode et en se méfiant des grandioses théories. C’est pour cela, sans doute, qu’on l’appelle « l’oracle ».
Que dit « l’oracle » ? Il dit qu’il ne sait pas si les cours de bourse vont monter ou baisser dans le proche avenir mais qu’il est certain qu’à long terme les actions, aujourd’hui dépréciées, vaudront beaucoup plus cher. « Les mauvaises nouvelles, écrit-il, sont les meilleures amies de l’investisseur. Elles lui permettent d’acheter au rabais une tranche d’avenir ». Et de préciser qu’il investissait maintenant en actions d’entreprises américaines l’argent qu’il avait mis en bons du Trésor.
Le raisonnement semble impeccable mais s’il est valable pour les Etats-Unis pourquoi ne le serait-il pas pour l’Europe ? La chute des indices boursiers est comparable. A taille égale, les profits des entreprises sont comparables. On pourrait même ajouter que l’Europe n’a pas des millions de gens qui ont perdu leur maison ou vu leur retraite amputée. Et donc qu’à crise bancaire égale, la charge y est moins lourde.
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La drogue et la dette |
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S’il n’y avait pas de clients pour acheter de la drogue, il n’y aurait ni « labos » pour en produire ni « dealers » pour en fournir. De même, les « abus de Wall Street » n’auraient pas eu lieu si l’offre n’avait pas correspondu à une demande.
Les consommateurs américains – et quelques autres dont les anglais – ont cherché à compenser par l’endettement la quasi stagnation de leurs revenus. Les statistiques font ressortir que, pendant ces dix dernières années, les salaires réels aux Etats-Unis ont augmenté d’environ 2% (soit, en moyenne, 0,2 % par an). Elles montrent également que, si les consommateurs ne s’étaient pas massivement endettés, la croissance, sur cette même période, n’aurait pas été de 2,7 % (par an) mais d’à peu près la moitié. A court terme, la purge est inévitable et, à moyen terme, l’allure pourrait devenir « normale ». C’est dire que les Etats-Unis – et pas seulement eux – devront se satisfaire d’un rythme de croissance compatible avec le vrai développement de leur économie. Une économie qui ne pourra plus être « dopée » par la dette.
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Le défi allemand |
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« Le défi américain » écrit par Jean-Jacques Servan-Schreiber a été, en 1967, un immense best seller. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il reposait partiellement sur une idée fausse. Selon J.-J. S.-S., les Etats-Unis, grâce à leurs investissements à l’étranger, étaient en passe de conquérir le monde. Il négligeait le fait que cette conquête avait son envers. Les entreprises américaines créaient des emplois ailleurs que dans leur pays d’origine où des pans entiers de l’industrie tendaient à disparaître.
A l’époque, la Grande Bretagne suivait la mode américaine tandis que la France avait l’insigne bonheur d’avoir des chefs d’entreprise qui, à l’échelle du monde, étaient des provinciaux. Ces « gagne petits » ne voyaient pas où ils pourraient investir hormis dans leurs propres usines. Du coup, la croissance économique française était presque le double de la croissance économique anglaise. Depuis la fin des années 70, les « grands patrons » français, issus, pour la plupart, des « grandes écoles » françaises, ont cru bon de « voir grand » : ils consacrent l’essentiel des profits de leurs entreprises à des investissements à l’étranger. Seuls les Allemands ont résisté à la mode. Leurs entreprises industrielles exportent des produits plutôt que des capitaux. Ils privilégient les délocalisations, notamment en Europe Centrale qui, pour l’essentiel, n’affectent pas leur cœur de métier. Les raisons du décalage sont multiples mais l’une d’entre elles – et sans doute pas la moins importante – tient au recrutement des dirigeants d’entreprises. En Allemagne, ce sont des techniciens plutôt que des financiers. Ils viennent « de l’intérieur de la boîte » au lieu d’être parachutés.
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La valeur de l'euro |
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Peu importe si l'euro monte ou baisse vis-à-vis du dollar, il y a toujours ceux qui y voient un inconvénient. Euro faible - signe d'une Europe impuissante. Euro fort - perte de compétitivité des industries européennes.
Dans le contexte de la crise financière actuelle, le moment est venu de prendre un peu de distance et enfin de saluer la monnaie unique si peu aimée. Car sans l'euro, le monde ferait face non seulement à une crise bancaire, mais au chaos monétaire à l'échelle continentale. Il suffit de regarder la situation en Hongrie pour se convaincre de l'utilité de l'euro. Le déficit croissant du compte courant, un défi gérable en temps normal, se transformait en véritable crise monétaire à cause des événements dans les marchés des crédits. Résultat : la banque centrale hongroise a du relever en urgence les taux d'intérêt de 3 pourcent pour endiguer la chute du Forint, la monnaie nationale. Or, dans la zone euro, le calme règne. Portugal, Italie, Grèce maintiennent un taux d'endettement élevé, mais leur statut de membre de l'euro les met à l'abri de la tempête qui touche la Hongrie. Déjà occupés à trouver une solution à la crise financière, les gouvernements et banques centrales n'ont pas besoin d'ajouter une crise monétaire à travers l'Europe à leur calendrier de travail. Alors, bravo l'euro ou... presque. Quand l'Irlande a décidé de garantir les dépôts bancaires sans coordination avec ses partenaires européens, les autres pays ont craint que leurs clients déplacent leur argent vers l’Irlande. Le message est clair : l'unité dans le domaine monétaire a besoin d'un complément dans le domaine de la politique financière. Cela aurait aussi le mérite de faciliter la coopération internationale de la zone euro - par exemple pour éviter une future crise financière.
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Un monde différent pourrait s’ouvrir à nous |
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La crise est beaucoup plus que financière. De puissantes dynamiques de changement que le Club des Vigilants a repérées de longue date en constituent le soubassement. L’impératif de régler rapidement la crise financière et de tenter de limiter son impact économique va donner à ces dynamiques l’occasion de peser sur le cours des choses.
Le modèle actuellement dominant du capitalisme hyper-financier, centré sur le court terme et la recherche d’immenses profits pour les actionnaires, pourrait basculer vers des formes radicalement différentes. De nouveaux modes de gouvernance de la société, de l’économie et de l’entreprise peuvent émerger. L’auto-organisation d’un développement durable et celle de nouvelles formes de régulation mondiale vont sans doute s’accélérer. C’est dire qu’un monde différent pourrait s’ouvrir à nous. L’effondrement d’un système financier hyper-libéral et cancéreux ébranle les consensus de l’establishment politico-économique. On nationalise ici et là. On parle d’un retour de l’Etat. Il ne faut pas voir cela comme une nouvelle phase de l’affrontement entre fondamentalistes libéraux et idéologues du dirigisme ni comme une revanche de ces derniers. Une tendance s’affirme depuis plusieurs décennies qui favorise l’émergence (dans les familles, les associations, certaines entreprises, des municipalités) de nouvelles formes de gouvernance plus avisées. Elles intègrent une prise de conscience de la complexité et des effets de système. Elles cherchent à combiner un maximum d’auto-organisation et d’autorégulation (de marché) avec ce qu’il faut d’interventions régulantes, pointues et avisées. Depuis quelques semaines, tout l’establishment a le mot « système » à la bouche : il prend ses distances avec une causalité simpliste. La dimension morale prend une importance croissante dans l’intelligence collective des populations du monde. A l’intérieur de chaque pays et sur la planète, les riches paraissent trop riches et les pauvres trop pauvres. Les inégalités sont trop visibles. Les gains exagérés et injustifiés provoquent un sursaut moral. Il pèse déjà sur le cours des choses. Depuis des décennies, la préoccupation écologique restait cantonnée dans des milieux de militants. Puis tout a changé. L’intelligence collective des populations de la terre a pris conscience (au cours des trois ou quatre dernières années) de la gravité de la menace écologique et climatique : les comportements de consommation et de vie ont commencé à bouger ; et les sondages montrent que les menaces environnementales sont devenues la préoccupation dominante de 45 à 66% des Européens de l’Ouest et de 70% des Chinois. La proportion des Américains qui partagent cette opinion a plus que doublé en cinq ans et approche 40% (Pew Research). Cet énorme mouvement va nous faire basculer d'un capitalisme qui exploite la nature vers un capitalisme qui invente une nouvelle alliance avec elle. Depuis plus de dix ans, les sociologues nous alertent sur le fossé qui se creuse entre, d’une part, de grandes entreprises (voraces, hiérarchiques, bureaucratiques et stressantes) et, de l’autre, leurs personnels, leurs cadres et plus généralement la société des gens. Les personnels d’entreprises en proportion croissante (notamment parmi les jeunes) supportent de plus en plus difficilement ces formes de management. Les dirigeants se multiplient qui sentent la menace de désenchantement voire de clash et sont à la recherche d’une nouvelle efficacité managériale et stratégique par l’épanouissement humain. Depuis le début de ce siècle, le statut politique et moral mondial des Etats-Unis n’a cessé de décliner. Le modèle occidental de gouvernance perd de son prestige. La domination de l’Occident sur le monde touche à sa fin. L’effondrement de la finance américaine accélère ces mouvements. Les instances de régulation qui vont émerger ne pourront pas exclure de nouveaux participants. Les enquêtes auprès d’entreprises et de dirigeants que mènent actuellement le Club mettent en lumière une tendance plus récente qui pourrait peser fortement en direction d’un capitalisme moins centré sur le profit à court terme. Des dirigeants d’entreprises prennent conscience que leur champ stratégique de concurrence subit un bouleversement radical et qu’il va falloir se réinventer pour répondre à ce défi. D’autres s’aperçoivent que le développement durable recèle des opportunités majeures de vitalité à terme. Les uns et les autres réalisent que leur défi majeur, dans le contexte actuel, devient de faire en sorte que leur entreprise soit dans dix ans pleine de vitalité.
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Racket numérique |
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Les risques informatiques sont multiformes. La délinquance sur Internet est un aspect dont on parle relativement peu. Pourtant, certaines organisations mafieuses ont, depuis peu, décidé d’appliquer à la toile une des bonnes vieilles ficelles qui leur rapportent tant dans la "vraie" vie : le racket.
De nombreux sites Internet ont une grande faiblesse : l’incapacité à répondre à une forte affluence. Pour faire face à ces situations, des sites miroirs permettant de traiter, exclusivement, les informations "statiques" sont répartis sur la toile. Mais lors d’un achat en ligne par exemple, la communication entre le client et le site Internet doit être directe. Or, en cas de saturation, cette liaison directe ne se fait plus. Ce talon d’Achille d’un certain nombre de sites marchands n’a pas échappé aux sociétés du crime. Les sites cibles sont sommés de payer une "contribution" pour prix de leur protection. En cas de refus, ils font l’objet de connexions massives qui les rendent inopérants. Ce chantage sans arme, sauf l’informatique, ni violence, s’avère assez juteux car l’indisponibilité répétée a un coût et peut "plomber" le modèle économique d’un certain nombre de sites marchands. Conscients du danger, les opérateurs proposent des solutions qui consistent à rediriger, en cas de pic d’affluence, un certain nombre de connexions vers ce qu’on appelle des sites "poubelles". Solutions que la plupart des sites cibles ignorent puisque qu’elles s’avèrent fréquemment plus onéreuses que le montant exigé par les racketteurs !
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Mieux comprendre pour mieux agir |
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Face à la crise actuelle, le moment est venu d’un examen de conscience. Nous devons mesurer notre « vigilance », voir si nous pouvons nous flatter de quelques bons jugements et surtout réfléchir à comment corriger certaines insuffisances.
Notre approche, systématiquement pluridisciplinaire, a, au total, été positive. Elle nous a évité les ornières où s’embourbent souvent les spécialistes de tel ou tel domaine et les gens issus de tel ou tel milieu. Les intervenants à nos petits déjeuners ont apporté chacun un éclairage spécifique et nos groupes de travail ont examiné les choses dans leur complexité. Ainsi, Jacques Blamont a-t-il piloté une recherche sur le cumul et l’interaction des menaces. Ainsi, Jacques Andréani a-t-il mobilisé des compétences diverses sur le Moyen Orient. Ainsi, Alain de Vulpian a-t-il conduit une enquête pour tenter de dessiner les contours d’une « Société rêvée ». Une telle société implique, de toute évidence, une mutation ou, à tout le moins, un infléchissement du capitalisme tel que nous le connaissons. D’où la constitution d’un autre groupe de travail dont le périmètre a été défini avec Bernard Esambert et qui planche actuellement sur les voies et moyens d’un « Capitalisme durable ». En ce qui concerne la crise financière proprement dite, nous avons tiré plusieurs sonnettes d’alarme sans toutefois prévoir son ampleur, ce qui, disons-le franchement, est une grave lacune. Parmi les prémonitions judicieuses, citons celle de Louis Schweitzer qui, dès 2002, stigmatisait, dans son intervention, le manque de régulations adéquates : « … les athlètes ne fixent pas eux-mêmes les règles du jeu. Il y va de leur intérêt bien compris ». De même, Michel Pébereau tempérait en 2005 son libéralisme de principe en mettant l’accent sur les risques de spéculation et en soulignant les possibles emballements des marchés financiers « qui ont des cycles d’amplitude beaucoup plus forte que les marchés des biens et services ». Citons aussi plusieurs avertissements lancés par Bernard Esambert sur les dérèglements du système monétaire puis sur les dangers inhérents au court termisme des entreprises. J’ajouterai que, dans des « avis de tempête » répétés, j’ai personnellement souligné que « parmi la profusion d’indices de toutes natures, nous devrions avoir l’œil braqué sur un paramètre essentiel : le prix de l’immobilier aux Etats-Unis ». Cette référence à mon propre jugement ne me pousse nullement à l’autosatisfaction. Bien au contraire. En prévoyant les effets macro économiques éventuels de l’éclatement de la bulle immobilière américaine (retournement de « l’effet richesse », baisse de la consommation aux Etats-Unis, conséquences pour le reste du monde), j’ai négligé l’effet multiplicateur des titrisations abusives dont j’ignorais les excès. Ainsi m’a-t-il fallu du temps pour comprendre que l’amoncellement de produits dérivés bâtis les uns sur les autres à partir de créances partiellement douteuses propageaient des risques de plus en plus conséquents et de mieux en mieux dissimulés. De ce constat, j’ai déduit que le système financier mondial prenait l’allure d’un éléphant en équilibre sur une aiguille. Après quoi, j’ai découvert – tardivement ! – la perversité de certains mécanismes annexes comme, par exemple, celui des « CDS » (Credit-Default Swaps). A mes yeux de Candide, il était normal et salutaire que des entreprises puissent s’assurer contre d’éventuels défauts de payement. Je pouvais même comprendre que si telle entreprise voyait ses risques concentrés sur tel pays ou sur tel secteur, elle pouvait avoir intérêt à en échanger une partie contre d’autres risques encourus par d’autres entreprises dans d’autres pays ou d’autres secteurs (c’était, à l’origine, l’idée - et la justification - des « Swaps »). Hélas, l’inventivité de pseudo génies de la finance a conduit à une dérive majeure que seuls les praticiens connaissaient alors même qu’ils n’en mesuraient pas le danger. Des spéculateurs, de plus en plus nombreux, ont choisi de s’assurer contre des risques qu’ils ne couraient en aucune manière et ont cru bon de parier sur la faillite d’autrui. Il en est résulté un écheveau de soupçons qui, quand la brise s’est mise à souffler, a provoqué une flambée de méfiance. C’est une des causes de l’assèchement actuel du crédit interbancaire lequel est d’autant plus menacé que nombre d’établissements ont eu l’imprudence d’abuser de l’« effet levier » leur permettant de travailler essentiellement sur des fonds empruntés représentant, dans certains cas, près de 40 fois leurs fonds propres. Si je me suis étendu sur ce point particulier, ce n’est pas pour le plaisir de faire mon mea culpa mais pour illustrer la double difficulté de l’anticipation des menaces : les spécialistes qui ont le nez sur le guidon ne voient pas les virages ; et les non spécialistes manquent de connaissances suffisantes pour mesurer l’étendue des dangers. C’est le « trou noir » de la connaissance. Pour combler cette faille, il ne suffit pas de croiser les expertises comme le font, en général, les think-tanks (dont le Club). Il faudrait aussi que les différents spécialistes soient tenus de justifier les vérités qu’ils considèrent comme acquises. Cette leçon, valable pour une modeste association comme la nôtre, l’est, à fortiori, pour les « responsables » que des fonctions élevées amènent à prendre des décisions importantes. Ces personnalités, pour la plupart, ont un emploi du temps tellement surchargé qu’elles vivent sur des idées qu’elles ont mises en stock quand elles avaient davantage de loisirs. Ces personnalités sont, d’ailleurs, entourées de conseillers qui eux-mêmes sont débordés et qui, de surcroît, ont rarement le courage de « déconseiller ». D’où l’importance de repérer des esprits libres qui s’efforcent de mettre en cause certaines idées reçues ou prévisions courantes. Dans cet esprit et afin de susciter un débat, j’ai tenté d’établir un « diagnostic prospectif » de la crise financière. C’est une première étape. La crise n’est pas finie. De nombreux facteurs, à commencer par l’élection présidentielle américaine, façonneront l’avenir. C’est le moment ou jamais de se montrer vigilants. Le Club y parviendra d’autant mieux que nous saurons mettre à profit la diversité de nos expériences, de nos compétences et de nos talents.
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De Kerviel à Lehman Brothers… |
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La présente crise financière a son origine immédiate aux Etats-Unis, plus spécifiquement dans le scandale des « subprimes ». Au mépris de toute règle morale et éthique, des établissements financiers avaient prêté des sommes faramineuses à des acquéreurs immobiliers qui devaient se révéler insolvables au moindre retournement de conjoncture.
Que ces organismes subissent les conséquences de leur esprit de lucre ne saurait provoquer nos larmes ; il n’en n’est pas de même pour les malheureuses victimes qui se retrouvent à la rue. Comment ce problème strictement américain est-il devenu une crise mondiale ? La réponse à cette question est fondamentale pour éviter toute récidive. Les plans de sauvetage, les « bailouts », de centaines de milliards de Dollars et d’Euros ne font que soigner les symptômes, sinon conforter le système, sans s’attaquer au mécanisme de propagation de la pandémie. En dehors des Etats-Unis peu de monde s’est penché sur ce phénomène ; aucun responsable politique ou économique n’a vraiment identifié publiquement les causes du mal (hormis les financements immobiliers acrobatiques). Seul Jacques Attali en a fait clairement mention mais fort discrètement. Le sujet est en effet aride, technique et fort complexe. Les établissements financiers américains à l’origine des « subprimes » ont repassé une grande partie des risques (il y a là véritablement escroquerie) en utilisant tout un panel d’outils financiers sophistiqués : titrisation et produits dits dérivés. Ces produits sont basés sur des modèles mathématiques de simulation de transactions à terme. Les marchés à terme ne sont pas une invention récente puisque les premiers virent le jour aux Etats-Unis et en Angleterre à la fin du XIXeme siècle. Leur but, louable, était de protéger contre les fluctuations de cours des matières premières, à l’origine agricoles (pommes de terre, blé) ou minières (cuivre, zinc), commerçants et industriels soumis aux aléas de variations de prix. Le pétrole devint un des marchés à terme les plus importants. Entre le moment où un raffineur achète une cargaison de brut et la vente des produits raffinés il peut s’écouler de nombreuses semaines (transport, raffinage, stockage) pendant lesquelles les cours des produits peuvent varier. Les marchés à terme permettent de bloquer la marge économique au moment de la prise de décision. Tout cela fonctionnait bien (mis à part quelques scandales provoqués par de purs spéculateurs) jusqu’au jour (années 80) où des banques devinrent des intervenants majeurs sur ces marchés, à la grande perplexité des professionnels des matières premières. De « market makers » sur le pétrole ou l’aluminium, les banques se lancèrent dans des transactions à terme sur des produits strictement financiers, non adossés à un produit physique, de plus en plus complexes sinon inintelligibles par les non mathématiciens. Ce fut l’âge d’or des « golden boys » et les salles de marchés se remplirent de polytechniciens et de centraliens (du moins en France…). Des voix s’élevèrent dans les années 90 aux Etats-Unis contre ces dérives, les « derivatives » échappant à tout contrôle. Warren Buffett déclara, dans l’indifférence générale, que les « quants » (pour : quantitatives - concepteurs de produits dérivés) avaient entre leurs mains des armes de destruction massive (à quand un T.N.P. dans la finance ?). Ne dit-on pas qu’il n’y a que 20 personnes au Monde capables de comprendre et maîtriser certains produits dérivés qui véhiculent des milliards de dollars ? Avec le soutien actif d’Alan Greenspan, l’administration Bush torpilla tous les projets de régulation élaborés par certains membres du Congrès. Georges W. Bush ira même jusqu’à signer une loi exonérant les produits dérivés du règlement de la Commodity Futures Trading Commission. On sait malheureusement ce qu’il en advint. Les « quants », à l’admiration béate de leurs directions générales, mirent au point des outils de plus en plus complexes et empochèrent des bonus indécents. Le cours de mathématiques financières de Mme Karoui devint un must (voir le site : www.maths-fi.com/devenirquant.asp). Les rares commentaires, embarrassés, de madame le professeur à l’Ecole Polytechnique sur la crise actuelle sont fort intéressants. Des banques, aveuglées par les « performances » de leurs traders), ne mirent même pas en place les instruments habituels de contrôle des salles de marché. Seul comptait le : Toujours plus ! D’où l’affaire Kerviel, traité par Bouton de « terroriste » (sic). Des produits dérivés, qualifiés aujourd’hui de toxiques, fondamentalement de même nature que ceux manipulés par Kerviel, propagèrent de part le monde les risques inhérents des subprimes. Au début il y a un problème de morale : prêter sciemment de l’argent à des gens potentiellement insolvables, suivi par une absence totale d’éthique et de prudence. Eviter le renouvellement des catastrophes financières que nous vivons nécessite un changement profond de comportement des décideurs, dont le profil, pour nombre d’entre eux, doit être modifié. La financiarisation à outrance ne peut qu’être abandonnée pour revenir à une économie industrielle et commerciale. La finance est un outil et ne doit rester qu’un outil. Ce n’est pas la fin du libéralisme, martelée par certains, qui s’annonce mais le retour au bon sens. Comme Warren Buffett, il ne faut investir que dans ce que l’on comprend. C’est la sagesse. En est-on capable ?
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Eviter le café de commerce |
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Il est urgentissime que plusieurs de ceux de nos hommes politiques écoutés, parce que généralement raisonnables, Woerth, Bertrand, Darcos entre autres, s'expriment, même si c'est en dehors de leur champ de compétences, pour marteler et expliquer aux français que l'on ne va pas leur prendre 360 milliards d'euros dans la poche en augmentant les impôts ou, d'une manière énorme, la dette, déjà bien importante.
J’entends, un peu, et peux surtout imaginer le Français moyen au café du commerce vitupérant nos dirigeants pour les mesures prises ou annoncées (privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes, vol au secours des banquiers voleurs (resic) etc. La Grande Bretagne, l'Allemagne et la France ont, séparément, fait savoir qu'ils mettaient des sommes au secours de la situation actuelle. Ces sommes cumulées correspondent à environ 2100 milliards de dollars, soit trois fois le montant décidé par les USA alors que la population des USA est 50 % plus grande que celle de l'agrégat des trois autres pays. Sommes-nous dans une situation bien pire que celle des USA ou nos gouvernements sont-ils plus enclins à ouvrir bien plus grand les parapluies ???
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Leçon de crise |
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La crise semble connaître un répit. Pour combien de temps ? Nul ne peut le dire mais une première leçon peut, d’ores et déjà, être tirée : les USA n’ont plus les moyens de leurs ambitions. Ils s’efforcent donc de faire supporter les coûts de leur stratégie, souvent fort contestable, en utilisant les privilèges exorbitants du dollar, qui constituent un paramètre très fort de leur domination et qui leur permet de jouer y compris d’une relation ambigüe avec la Chine.
Nous sommes donc bien dans une queue de comète où ce pays, s’appuyant sur des outils hérités des circonstances passées, notamment l’émergence de leur monopole grâce aux deux guerres mondiales, et sur l’absence de challenger depuis 1992 (URSS), s’efforcent de prolonger leur domination. Certes ils détiennent encore une partie des leviers indispensables à la puissance : économie, finances, démographie et la force. Mais des concurrents apparaissent. Leur temps est compté. De nouveaux dominants vont émerger : Chine, Inde, Russie … Dans combien de temps seront-ils à leur tour en mesure de détenir la palette complète des leviers de la puissance ? Il est difficile de faire des pronostics, mais cela semble inéluctable. Dans cet intervalle, il serait souhaitable que l’UE trouve une place et constitue un acteur crédible non seulement pour freiner une stratégie américaine parfois destructrice et dangereuse, mais aussi pour contribuer à réduire le monopole américain aux yeux des puissances émergentes et ainsi, peut être, éviter que ceux-ci confrontés à la seule brutalité US ne précipitent dangereusement leur volonté d’accéder à un rôle de challenger. Malheureusement, il est à redouter que ce souhait reste un vœu pieux car l’UE n’est pas suffisamment cohérente, unie et solidaire pour se doter des leviers précités. L’absence d’existence politique de l’UE, son absence de volonté, les égoïsmes nationaux, la carence de stratégie à moyen terme … sont finalement très dommageables à l’UE mais aussi probablement au reste de la planète.
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Tout va se jouer en quelques mots |
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La journée d’aujourd’hui est décisive. Si la peur ne se transforme pas en espoir, les dégringolades boursières vont s’accélérer, les économies s’effondreront et la paix mondiale finira par être menacée.
Tel sera le cas si les mesures que les gouvernements européens annonceront dès cet après-midi sont interprétées comme des cadeaux faits aux banques avec l’argent des contribuables. Gordon Brown, le Premier Ministre britannique, a montré le chemin : l’Etat ne rachète plus des créances pourries, il entre au capital des banques : c’est un investissement et non plus une dépense. Encore faut-il qu’un choc psychologique se produise c’est-à-dire que le public croie que cet investissement pourra être rentable et qu’en bout de course les contribuables feront une bonne affaire. Au prix où sont tombées les actions bancaires, c’est possible... si la machine se remet à tourner. Pour cela il faut que la confiance revienne et, pour qu’elle revienne, il ne suffira pas que les gouvernements européens prennent la bonne décision. Il ne suffira pas même pas que les autorités américaines fassent de même. Il faudra que les hommes politiques parviennent à persuader les contribuables que l’argent public ne sera dilapidé mais au contraire utilisé pour un placement d’avenir. Le poids des mots peut faire pencher la balance de la crise.
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Une crise singulière |
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La crise à laquelle nous assistons, impuissants ne ressemble pas à celle de 1929. En effet, conséquence d'une absence quasi totale de réglementation, d'une abondance d'argent à bon marché et du laxisme pharamineux de beaucoup d institutions américaines, qui ne se sont pas privés de se défausser partiellement sur des institutions hors des Etats Unis, l'on assiste à un double phénomène :
1) Perte importante et réelle de substance par les organismes prêteurs ; 2) Le point 1 entraîne mécaniquement une perte de confiance des autres banques et des instituts financiers entre eux qui se traduit par une crise extrêmement grave de liquidité. Un des problèmes, hélas pas le seul, est que cette absence de liquidité engendre des conséquences aussi énormes que dramatiques, parfois totalement injustifiées. Imaginons que quelqu’un sorte sans cash et sans carte de crédit mais qu’il ait de l’argent liquide dans son appartement. S’il désire manger par exemple, il ne le pourra pas, non par absence de solvabilité mais par manque de liquidité, tout simplement ! La bourse américaine, exprimée par le Dow Jones a perdu 7 % hier en quelques heures. Cette perte correspond AU DOUBLE des 700 milliards de dollars demandés par le gouvernement US et refusé, dans un premier temps, par la chambre ??? Depuis, le Sénat et la Chambre des représentants ont accepté un plan B, qui ressemble furieusement au premier. En effet un refus, même s'il était moral aux yeux de certains, aurait entraîné pour des décennies, et dans le monde entier, des conséquences auprès desquelles la crise de 1929 apparaitrait comme une multitude de pétales de roses ! L'heure n'est pas au calvinisme effréné et à la juste punition des coupables, mais aux grands maux, les grands remèdes. Les gesticulations de Sarko passé en 24 heures du libéralisme le plus extraordinaire à une posture quasi stalinienne seraient pitoyables à mes yeux..................si je n'avais pas voté pour lui faute d'un meilleur choix.
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Pétrole : à la recherche du juste prix |
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Quand le pétrole monte, l’économie des pays acheteurs souffre mais les transports, les industries et les particuliers s’engagent sur la voie des économies. Quand le pétrole baisse, la croissance retrouve quelque chance mais les bonnes habitudes se perdent. Que faut-il donc espérer ?
Les tenants de l’écologie voudraient que les Etats importateurs ajustent leurs taxes sur les produits pétroliers de telle sorte que les mouvements à la baisse soient limités. Certains proposent un prix plancher correspondant à 100 $ le baril. C’est sans doute excessif mais le raisonnement a du bon. Si l’on tient compte de l’état réel du marché (en faisant abstraction d’une attaque américaine sur l’Iran qui créerait la pénurie), on peut estimer que le prix d’équilibre se situe aux environs de 60 $ le baril. Est-il souhaitable qu’il descende plus bas ? Sans doute pas. Mieux vaudrait que les ajustements amorcés en période de « surprix » ne soient pas remis en cause par des excès de « sous prix ».
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Relocalisations en vue |
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La recherche d’une rentabilité accrue a amené la plupart des entreprises américaines à délocaliser la production des produits de moyenne et même haute technologie, en particulier vers la Chine. Mais, selon une très récente étude de McKinsey, le vent serait en train de tourner. En cause, la hausse des salaires, la baisse du dollar et, flambée du pétrole oblige, l’accroissement du coût des transports.
Pour illustrer ce retournement, l’étude prend l’exemple d’un serveur moyen de gamme. En 2003, le fabriquer en Chine permettait une économie de 60 % sur le coût du travail. Sur une base de 100 $ d’économie en coûts salariaux, et en soustrayant 36 $ de coûts divers (conditionnement, transport, retour de produits défectueux...), le gain net pour l’entreprise était de 64 $. Or, entre 2003 et 2008, souligne l’étude, l’augmentation annuelle moyenne des salaires a été de 19 % en Chine contre 3 % aux Etats-Unis. Conséquence : les gains sur les salaires, 45 $, ont chuté de plus de la moitié. Dans le même temps les autres coûts, 61 $, ont presque doublé. Le fret, à lui seul, est passé de 7 à 28 $. L’avantage comparatif de la Chine a disparu. Il est même négatif : - 16 $. La hausse des salaires et du transport, malgré le repli actuel du prix du pétrole, constituent des tendances lourdes. Ce qui constitue une bonne nouvelle pour les Etats-Unis. La relocalisation de tout ou partie de la production peut donc commencer.
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Crise : vers une troisième phase |
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Les actions menées cette année par les banques centrales eussent largement suffi à maîtriser la crise de 1929. L’effet multiplicateur des titrisations abusives a changé la donne.
La première ligne de défense a été monétaire. Des liquidités ont été mises à disposition. Cela n’a pas suffi. La deuxième ligne de défense est fiscale. Le gouvernement américain rachète des mauvaises créances. Cela risque de ne pas suffire. Que restera-t-il à négocier sinon la souveraineté ? Nous ne sommes plus en 1945. Le Dollar a perdu sa puissance. L’Asie et le Moyen Orient détiennent les clés du coffre. Le pouvoir devra être partagé. Un système mondial sera, finalement, mis en place. L’Europe jouera un grand rôle dans cette "perestroïka" du capitalisme. Ce sera son heure de vérité.
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L’Empire en haillons |
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Google est emblématique de l’Amérique qui gagne. Nulle part ailleurs le goût d’entreprendre, le système universitaire, le capital risque ne forment un écosystème aussi favorable à l’éclosion d’entreprises innovantes. Par contraste, les vieilles structures craquellent.
Transiter dans un aéroport américain est une épreuve : on se croirait dans un pays sous-développé. Plus généralement, presque toutes les infrastructures devraient être rénovées. La crise financière rend le problème aigu. Le budget fédéral est constamment en déficit et, compte tenu des politiques menées, le poids des dépenses militaires ne fait que s’alourdir. Le gouvernement aura d’autant plus de mal à dégager des crédits pour des investissements civils qu’il a dû sauver d’urgence les géants Fannie Mae et Freddie Mac. Ces deux entreprises semi publiques, aujourd’hui sous tutelle, ont des encours d’environ 5. 200 milliards de dollars et leurs coffres sont pleins de titres immobiliers en perdition. Si l’on ajoute à cela que des secteurs industriels entiers sont aux abois, que le commerce extérieur est dans le rouge depuis des décennies et que les immenses dettes américaines (en augmentation d’environ 1.700 milliards de dollars depuis l’arrivée de Bush) sont entre les mains de créanciers d’Asie et du Golfe Persique, on arrive à la conclusion que, malgré la remontée de la croissance au deuxième trimestre, n’importe quelle étincelle peut déclencher un incendie.
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Le mistigri de la relance |
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Dans un monde aux frontières ouvertes, la croissance des uns favorise les exportations des autres. Cette année, les pays d’Europe subissent une panne de croissance. Les gouvernements sont donc tentés d’appliquer une politique de relance. Compte tenu des règles édictées au sein de l’Union Européenne, seuls les pays qui sont dans les clous des règles budgétaires auront droit de le faire.
La France, ayant un déficit budgétaire supérieur à 3% du PNB et une dette cumulée supérieure à 60 %, sera priée de s’abstenir. Elle devra se contenter de bénéficier de la relance des pays supposés vertueux, notamment l’Allemagne, l’Espagne et la Grande Bretagne. L’amalgame est pour le moins étrange car si l’économie allemande peut effectivement être considérée comme vertueuse, il n’en va pas de même des économies anglaise et espagnole où l’endettement des ménages est de l’ordre de 130 % du PNB, c’est-à-dire plus du double du ratio français. Peut-être faudra-t-il un jour tirer la leçon que suggèrent les chiffres et se défaire du préjugé que seuls les déficits publics sont condamnables. La vertu, si vertu il y a, devrait être appréciée de toute autre manière. D'abord globalement, en cumulant la dette publique des états et de leurs collectivités territoriales avec l'endettement privé des ménages et des entreprises (même si, pour ces dernières, l'exercice peut apparaître plus complexe compte tenu de leur internationalisation). Ensuite, en faisant la nécessaire distinction entre l'endettement destiné à l'investissement productif et celui qui sert à couvrir des frais de fonctionnement. A cet égard, il est utile de rappeler que les collectivités territoriales ont l'obligation de voter des budgets en équilibre (discipline que ne s'impose pas l'Etat !). En attendant, les Français pourraient dire merci aux Anglais et aux Espagnols. Grâce à leur vertu supposée (et probablement provisoire) la situation économique de la France se dégradera, peut-être, un peu moins que prévu.
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Rémunération des patrons : le logiciel est implacable |
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Il y longtemps que l’on n’a pas parlé des altitudes atteintes par les responsables du CAC 40. Que l’on se rassure, cela reviendra et l’on constatera que hors Stock options, Golden parachutes,... de nouveaux sommets seront franchis de façon inéluctable. Pourquoi ?
Le phénomène est d’une grande simplicité. Un nouveau patron est nommé à la tête d’un grand groupe. Le Comité des rémunérations (ou des mandataires) s’adresse à un cabinet de Conseil (il y en a cinq ou six dans ce domaine) qui comme des confrères tiennent à jour la grille des salaires des responsables du CAC 40. Le nouveau patron, prometteur par définition, ne peut entrer dans le bas du tableau. On le situera dans le "first tier" du haut. Mais ce faisant il va décaler toute la grille vers le haut : point moyen, médiane, centre du first tier, du last tier (peu fréquenté) ce qui, lors du prochain examen annuel de la rémunération des autres dirigeants, va entraîner une augmentation générale des salaires jusqu’au moment où un nouvel arrivant va à son tour provoquer l’ascension de la grille. Et ceci quelle que soit la santé de ces grandes entreprises, les fondamentaux, la conjoncture mondiale... Et c’est ainsi que votre fille est muette...
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France frileuse |
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De nombreuses entreprises françaises ont adhéré au concept de l’Intelligence Economique mais la plupart d’entre elles privilégient l’aspect sécuritaire de cette discipline au détriment de son aspect offensif.
Il est, certes, important de protéger ses actifs, et plus particulièrement son patrimoine de connaissances et de compétences mais il est tout aussi important (et peut-être plus) d’accroître ses capacités concurrentielles afin de gagner des parts de marché au niveau mondial. Les spécialistes en I.E savent comment des entreprises américaines et asiatiques se servent de l’outil pour améliorer leurs performances. Ils regrettent que beaucoup d’entreprises européennes, et spécialement françaises, fassent preuve de frilosité.
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"Mismanagement" à la française |
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« Dès mon jour d’embauche, j’aurais dû me méfier. Dans le hall, un énorme tableau avec un non moins gigantesque sourire. Devant, trois hôtesses d’accueil qui faisaient la gueule. Un premier signe.
S’ensuit le traditionnel parcours du nouvel embauché. Jusqu’à la remise du badge qui ouvre les portes et la cantine. Et là, deuxième choc : inscrit dessus les trois commandements de la filiale française de cette grande entreprise américaine : Tu n’es pas arrogant ; tu n’es pas le nombril du monde ; tu dois sourire en permanence. Un autre signe. Premier client. Rendez-vous à 10h. J’arrive un quart d’heure en avance. Mes collègues, plus anciens, trois quarts d’heure après. Règle n°1 : toujours arriver en retard. Explication de texte : quand on est leader, on ne doit surtout pas montrer au client que l’on a besoin de lui. Premier marché conclu : champagne, petits fours, félicitations du chef. Le paradis. Règle n° 2 : le paradis est un mirage ; l’enfer une réalité. Insidieusement, tout commence à dériver. Les marchés remportés se fêtent moins. On vous fait comprendre qu’on aurait pu obtenir plus. Lors des déplacements, les hôtels se font moins agréables et les chambres individuelles passent à la trappe. En raison du décalage horaire, on organise, de plus en plus, des conférences téléphoniques à 1 h du matin et, preuve d’abnégation, le travail doit se poursuivre le week-end... Arrive un drame personnel : le décès de ma mère. Le jour des obsèques, je suis appelée 17 fois pour des détails. Je craque. Démission. » Cette jeune "ingénieure d’affaires" exerce, depuis, ses compétences ailleurs. Quelque temps plus tard, un grand groupe du CAC 40, las de l’arrogance de cette filiale française d’un groupe américain, exige de traiter directement avec la maison mère et obtient gain de cause. Cette perte de confiance n’a pas échappé au siège aux Etats-Unis. Et la sanction de tomber : c’est le management qui a du plier bagage pour cause de "mismanagement".
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Nouveau capitalisme |
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La plupart des grandes entreprises américaines et européennes souffrent de « court termisme ». Des actionnaires volatiles, en quête de profit rapide, répugnent à approuver des stratégies susceptibles d’être juteuses dans l’avenir mais coûteuses dans l’immédiat. Les entreprises à dominante familiale résistent mieux à la pression et leurs résultats sur la durée s’avèrent, en général, meilleurs.
En Occident, les grandes entreprises familiales sont relativement peu nombreuses. Il n’en va pas de même au Moyen Orient ni, surtout, en Asie où les fondateurs d’entreprises rêvent de créer un empire transmissible de génération en génération. Dans cette optique, ils considèrent que toute stratégie digne de ce nom doit avoir la vue longue. Or, nous assistons, en ce début de XXème siècle, à un immense transfert de richesses en direction de l’Asie et des pays pétroliers. Tôt ou tard, des nouveaux capitalistes absorberont des anciens. Lakshmi Mittal est un exemple. Bon ou mauvais ? En tout cas à méditer !
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La goutte de pétrole qui ... |
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« La guerre, disait Mussolini, est l’examen de passage des nations ». L’Italie fasciste et l’Allemagne nazie ont été recalées. Deux tiers de siècle plus tard, d’autres défis surgissent. La cohésion sociale de nombreuses nations est mise à l’épreuve. De nouveaux « examens » obscurcissent l’horizon.
La croissance a masqué les difficultés. C’est une potion magique qui permet de donner aux uns sans prendre aux autres. Maintenant qu’elle ralentit, des tensions peuvent surgir. La crise des subprimes, née en Amérique, a brisé l’élan. La vertigineuse montée des cours du pétrole réduit le pouvoir d’achat dans les pays importateurs et donne un coup de frein supplémentaire.
C’est en ce sens que l’on peut parler d’« examen des nations ». Là où les tensions sociales sont les plus vives, la diminution de la croissance sera la plus douloureuse. A cet égard, la Chine sera peut-être plus vulnérable que l’Inde car l’industrialisation y a été plus rapide et les migrations plus massives. De même, l’Allemagne et la France sont peut-être moins vulnérables que l’Angleterre, l’Espagne ou les Etats-Unis car plus l’endettement des ménages est élevé, plus les pertes de pouvoir d’achat paraissent insupportables.
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Vers une nouvelle politique économique (bis) |
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Un récent numéro de Vigilances (V58) a mis en relief la résurgence de courants protectionnistes, notamment aux Etats-Unis ainsi que la prise en compte de ces courants par des économistes désireux de sauver ce que le libéralisme comporte d’essentiel. Pour conserver les bienfaits de la mondialisation tout en limitant ses excès, les écrits des Pères Fondateurs du libre échange sont mis à contribution.
L’œuvre de David Ricardo, inventeur de la notion d’« avantage comparatif », est épluchée de telle sorte qu’on y trouve la légitimation d’un patriotisme économique éclairé. De même, quelques pages de John Stuart Mill et de Frédéric Bastiat permettent d’induire qu’une concurrence « excessive » peut causer des ravages. Parallèlement, certains éléments de la crise actuelle fournissent des arguments à ceux qui dénoncent « l’hyper-capitalisme financier » et créent les conditions d’un d’ajustement progressif : - Le renchérissement des produits agricoles redore le blason des cultures vivrières qui ont, jadis, été abandonnées faute de pouvoir faire vivre les producteurs locaux. - La flambée du pétrole conduit à s’interroger sur le rôle joué par la spéculation dans la montée des cours. D’où la tentation d’imposer à certains acteurs des appels de marges plus élevés et de les obliger à tenir leur position dans des limites définies. - L’opprobre frappant les bonus, jugés excessifs, de certains « magiciens de la finance » incite à revoir les grilles de rémunération au profit des acteurs de « l’économie réelle ». L’Histoire montre que la force du capitalisme réside dans sa capacité d’adaptation. Elle montre aussi que les processus peuvent venir à point ou être tardifs et douloureux.
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Avant les signaux faibles, les savoirs principaux |
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L’Intelligence Economique (IE) doit être capable de sélectionner et de valoriser pour les promouvoir et les faire accepter, des savoirs principaux que certains ont tort de confondre avec des lapalissades.
Un bon exemple nous est fourni actuellement à propos de l’automobile et des réponses à faire au choc pétrolier. Ainsi une étude réalisée il y a quelques mois par les experts du Fonds Monétaire International (FMI) indique qu’en 2050 le parc mondial de voitures particulières aura grossi de 5 fois par rapport à ce qu’il est aujourd’hui (on passerait de 600 millions de véhicules à 3 milliards au milieu du siècle !). Le but de cette étude était d’évaluer les conséquences de cet énorme accroissement sur le changement climatique. Mais le savoir principal sur lequel cette prévision repose provient d’un constat simple « l’histoire économique suggère qu’au fur et à mesure que les gens s’enrichissent, ils recourent de plus en plus à des transports privés ». Et, de fait, on peut constater que dans les pays émergents, en particulier chez les 4 champions (Chine, Inde, Russie, Brésil), les particuliers décident dans leur majorité d’acquérir une voiture à partir du moment où leur revenu annuel atteint et dépasse 5000 US dollars. S’il est avéré, la seule la prise en compte de ce principe et de ses conséquences suffit à modifier la pertinence de stratégies établies. Par exemple, à défaut d’appauvrissement des populations (y compris de celles des pays développés), l’option « plus de transports collectifs » ne s’imposera pas naturellement avec le soutien des individus. Une façon d’ « appauvrir les populations » serait d’accroître la fiscalité. Des pays taxent déjà fortement l’essence à la pompe – c’est le cas des pays producteurs de l’Europe du Nord qui se constituent avec cet argent des réserves financières pour les générations futures ; d’autres, au contraire, bradent le carburant en le vendant au consommateur à des prix subventionnés inférieurs au coût du pétrole lui-même (Venezuela, Arabie Saoudite, Iran) On avance que l’Iran pourrait réduire de 50% ses émissions de CO² en supprimant ses subventions ! Mais même un accroissement de la fiscalité ne suffirait pas à faire oublier ce savoir principal, cette loi de l’enrichissement des populations : si les pays émergents s’enrichissent comme prévu, il y aura 3 milliards de véhicules et non plus 600 millions. Cela signifie que le CO² produit par ces pots d’échappement, qui représente aujourd’hui 6,1% des émissions polluant l’atmosphère, grimperait alors à 8,1% du total en 2050, contribuant pour une bonne part au doublement des émissions de toutes origines. Pour résoudre le problème de la pollution automobile, il va donc falloir garder à l’esprit que le nombre de véhicules privés est condamné à croître, puis arbitrer entre plusieurs orientations politiques d’ores et déjà bien identifiées : quel type de véhicule privé favoriser (vélo, moto, hybride…), comment stimuler l’innovation dans les technologies « propres », comment rendre les automobilistes « économes » notamment par un relèvement progressif de la fiscalité, etc. Ces choix découlent d’un savoir principal qui peut apparaître comme une évidence. Mais s’exprimerait-elle avec la même clarté s’il n’y avait pas de temps à autre le rappel d’une donnée qui s’impose ? On parle souvent de signaux faibles, il y a des tendances lourdes à ne pas oublier.
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Libérer la croissance |
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Jacques Attali, qui est intervenu, le 11 juin 2008, lors du petit-déjeuner débat du Club des Vigilants, n’a pas manié la langue de bois. Satisfait que le rapport de la Commission pour la libération de la croissance qu’il préside n’a pas été remisé dans un tiroir, il n’en reconnaît pas moins qu’un certain nombre de propositions est loin d’emporter l’adhésion.
Toutes les propositions ont été, assure-t-il, prises à l'unanimité des membres de la Commission. Ce qui révèle, à sons sens, que tous les membres, pourtant de sensibilité très diverse, ont admis la gravité de la situation et pesé, en conscience, les remèdes les mieux appropriés. Jacques Attali reconnait que les propositions ont une cohérence qui, si elle est mise à mal, peut déboucher sur des solutions bancales. Mais il nie fermement les propos - tout le rapport ou rien - qui lui ont été attribués. Aujourd'hui, 180 des 316 propositions sont soit déjà mises en oeuvre soit sur le point de l'être, affirme-t-il. Certaines sont reprises telles que préconisées par la Commission. Il cite, à cet égard, tout le volet concernant l'industrie du savoir comme la modernisation de gestion des universités, les conditions d'organisation des stages, les réformes des échanges universitaires... D'autres, déplore-t-il, ont été modifiées. Ainsi en est-il de la proposition visant à instaurer une plus grande concurrence dans la grande distribution. Le maintien de la loi Raffarin et la suppression de la loi Galland, loin d'amplifier la concurrence et de faire baisser les prix pour les consommateurs, risquent, selon lui, de déboucher sur le transfert des profits aux actionnaires des quatre grands groupes de distribution en France. Autre motif de déception : tout ce qui a trait à la gouvernance. Des propositions très fermes et très précises ont été faites notamment pour la réduction des niches fiscales et des échelons administratifs - sept en tout entre la commune et l'Etat. Or, reconnaît-il, elles rencontrent une grande réticence. Comme si, estime-t-il, l'Etat était capable de tout réformer sauf lui-même. Il conclut que, de toute évidence, ce qui ne sera pas lancé avant le 1er juillet 2008, date à laquelle la France prend, la présidence de l'Union européenne, aura du mal à l'être plus tard. La présidence de l'Europe, très prenante, sera en effet suivie, en 2009, par les élections européennes. A croire que les réformes, même nécessaires, sont incompatibles avec une année d'élections.
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Court et long terme des entreprises |
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La vie des entreprises traverse une mue significative tant elle est désormais influencée par les fonds d’investissements anciens (Pensions Funds, Mutual Funds, …) et nouveaux (innombrables fonds qui se sont créés au cours de ces dernières années en raison de l’afflux de liquidités, fonds souverains …). Les managers, de plus en plus soumis à ces actionnaires inédits et prédominants se focalisent sur le serrage de boulons et la profitabilité à court terme. Certains dirigeants d’entreprises du CAC 40 ont toute la journée les yeux fixés sur un écran qui leur donne l’écume de leur cours de bourse.
Les opérations financières susceptibles de donner de plus belles couleurs à leurs titres (rachat d’actions, effets d’annonce, etc.) deviennent coutumières. La sphère financière, que plus personne ne contrôle réellement, s’emballe périodiquement au rythme de bulles et de crises de plus en plus fréquentes. Celle des subprimes n’est probablement pas la dernière. Parallèlement de nouvelles préoccupations apparaissent au travers de vagues d’intelligence collective, la plus structurante étant, bien entendu, la déferlante écologique et climatique. Les recherches de terrain, menées notamment par Alain de Vulpian, indiquent aussi un changement d’orientation de certaines entreprises vers une gouvernance plus participative et vivante, utilisant mieux les énergies latentes. Enfin, le besoin d’une moralisation du libéralisme économique, formidable moyen qui ne peut s’affranchir de garde-fous, se fait sentir un peu partout dans le monde avec un sursaut moral à l’encontre des enrichissements indus et des écarts de connaissance et de richesse. Rien de nouveau sous le soleil si l’on se souvient que l’Eglise, avec le recul d’un siècle de pensée sociale, reconnaît le profit à condition qu’il soit la récompense d’un service rendu aux travailleurs ainsi qu’à la communauté dont l’entreprise satisfait les besoins. L’Ancien Testament, se démarquant de l’Egypte ancienne, nous dit également que si la volonté de Dieu permet aux hommes d’asservir la nature, c’est à condition de ne pas traiter leurs semblables comme de simples outils, comme des esclaves. Chaque être humain doit pouvoir acquérir tout le savoir dont il est capable, sans domaine réservé à des élites. Bref, responsabilité et dignité sont les compagnons plus ou moins virtuels de l’Homme depuis près de trois millénaires. Aujourd’hui, on oublie trop souvent que, derrière les objectifs économiques et financiers des entreprises, il y a des êtres humains avec leurs ambitions, leurs rêves et leurs problèmes. Comment donc faire en sorte qu’un capitalisme plus humain et une gouvernance plus avisée se mettent en place par confrontation positive des forces et des impératifs en présence ? La réponse est simple : il faut impérativement changer d’horizon et passer du court au long terme. C’est à cette condition que la Recherche-développement et l’innovation, essentielles au développement des affaires, retrouveront leurs lettres de noblesse ; que l’on pourra réserver des espaces de liberté au talent et à l’imagination, alimenter la réflexion sur des pilotages plus subtils, créer de la flexibilité et du ressort collectif. Le Club des Vigilants est prêt à ouvrir un chantier sur ce thème. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous partagez, au moins partiellement, ce schéma de pensée et aidez-nous à faire en sorte qu’un jour les personnes morales que sont les entreprises méritent davantage ce titre.
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Caisses vides et porte-monnaie plats |
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Quand les économistes parlent de l’endettement d’un pays, ils font toujours référence à l’endettement de l’Etat et ignorent superbement l’endettement des particuliers. Or quels sont, parmi les grands pays européens, ceux qui, actuellement, résistent le mieux à la crise ?
N°1 l’Allemagne, N°2 la France. Et quels sont les pays qui souffrent le plus ? N°1 l’Espagne, N°2 l’Angleterre. Ce n’est peut-être pas un hasard si, dans ces deux pays, les ménages sont endettés à hauteur de 120 ou 130 % de leurs revenus annuels disponibles. Soit plus du double qu’en Allemagne et en France. Des porte-monnaie plats peuvent être plus dangereux que des caisses vides.
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Liquidités en embuscade |
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Il ne fallait pas être sorcier pour savoir qu’une crise en Amérique serait plus dangereuse pour le monde qu’une crise dans un petit pays. Il ne fallait pas non plus être sorcier pour savoir que la spéculation immobilière, alimentée par un endettement excessif, finirait par une bulle et que cette bulle finirait par éclater. Le tout était de savoir quand. Ceux qui ont vu juste trop tôt ont perdu l’occasion de gagner de l’argent. Mais que pensent-ils maintenant ?
Pour simplifier, comparons les produits dérivés complexes à des cageots de fruits. Dans ces cageots, des petits malins avaient placé quelques poires pourries et des gros naïfs avaient acheté les cageots sans être trop regardants. Un jour la panique vint. Tous les cageots, d’un coup, sont devenus suspects. Personne ne voulait plus acheter. Il n’empêche qu’il y a encore de bons fruits. Tôt ou tard, le « marché » estimera que le prix de certains cageots a trop baissé et que c’est le moment pour se remettre à acheter. Resteront à la traîne et à la charge des contribuables les cageots les plus « immangeables ». Il faudra du temps pour les réintroduire dans le circuit. Les pertes accumulées seront considérables mais le capitalisme en a vu d’autres. Des liquidités sont en embuscade. Le bout du tunnel n’est pas proche mais, sauf évènement géopolitique grave, on peut parier qu’il est en vue.
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La prétendue double peine |
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L’institution judiciaire s’est toujours méfiée des autorités administratives ayant un pouvoir de sanction comme l’A.M.F. (Autorité des Marchés Financiers) et la Commission de la Concurrence. Ainsi, de nombreuses sanctions de la COB (Commission des Opérations de Bourse) ont été cassées en appel, d’ailleurs souvent pour de bonnes raisons : le « contradictoire » (par lequel tout mis en cause a droit à une procédure transparente qui lui permet, dès le début, de se défendre face à un système qui instruit ni à charge, ni à décharge) n’était pas toujours respecté.
La COB sur le tard puis l’A.M.F y ont mis bon ordre et les décisions sont désormais le plus souvent confirmées par les cours d’appel. Reste qu’en théorie le justiciable de l’A.M.F. encourt un risque de double peine, le procureur pouvant d’autant plus déclencher une procédure judiciaire que le secrétaire général de l’A.M.F. lui adresse copie de son dossier.
Le rapport Coulon, du nom de l’ancien Premier Président de la cour d’appel, remis récemment à la garde des Sceaux, stigmatise ce danger. Qu’en est-il en réalité ? Dans la plupart des cas, le juge d’instruction saisi par le procureur s’en remet aux conclusions de l’A.M.F. Et, dans les rares dossiers où tel n’est pas le cas, le montant de la sanction de l’A.M.F. peut s’imputer et s’impute, en réalité, sur le contenu financier de la décision judiciaire.
Bref, la pratique de la double peine paraît sagement encadrée.
Tirer prétexte de cette locution fortement connotée pour faire rentrer dans le rang une A.M.F. réduite à la portion congrue serait, une fois de plus, céder à ce penchant français qui consiste à faire battre le pendule jusqu’à son extrémité plutôt que d’en saisir le point moyen.
Que les services d’enquête de l’A.M.F, plus étoffés et professionnels que ceux des tribunaux, soient mis à leur disposition, que les deux procédures se conjuguent plus étroitement, voilà ce que l’on peut souhaiter. Aller plus loin ferait de la France l’un des rares pays développés à ne bénéficier que d’une régulation des marchés financiers au rabais à une époque où ces marchés financiers n’ont jamais tant mérités d’être régulés.
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Carrefour, un bouc émissaire temporaire |
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Au-delà des manifestations contre Carrefour, les conséquences sociales d’un ralentissement de l’expansion économique inquiète les autorités chinoises qui considèrent que le pays doit créer dix millions d’emplois nouveaux par an pour répondre à l’augmentation constante de la population urbaine.
Or, pendant les cinq dernières années, chaque point de croissance du PIB a entraîné une création de l’ordre de 850 000 emplois nouveaux. Dès lors, une croissance inférieure à 11% pèse sur le chômage et une croissance de 8% est qualifiée de récession. Alors qu’un ralentissement sensible était attendu pour le premier trimestre, l’économie chinoise a encore étonné. Elle a bondi de 10,6% pendant cette période. Certes, cette performance est en retrait par rapport au chiffre – récemment révisé à la hausse – de 11,9% d’augmentation du PIB pour l’année 2007, mais encore bien supérieure au taux de croissance de 9,3% prévu par le FMI pour l’année en cours.
Cependant, le problème le plus urgent pour les autorités chinoises demeure le contrôle de l’inflation qui s’est maintenue à 8,3% en mars après une poussée à 8,7% le mois précédent. Les manifestations anti-françaises accommodent le pouvoir central car elles détournent les préoccupations de l’opinion publique de l’augmentation des prix des carburants ainsi que de la chute de la bourse de Shanghai de 50% depuis octobre dernier. Si la réalité économique devait s’aggraver, il est peu probable que la paix sociale puisse se satisfaire longtemps de ce genre de pansements, même de Carrefour.
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Insupportables saisies |
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Quand les dettes d’un ménage dépassent la valeur de la maison qu’ils ont achetée et que cette maison représente l’essentiel de leurs biens, les propriétaires, s’ils ne deviennent pas SDF, sont obligés de réduire leur consommation. C’est une évidence que l’on a tendance à oublier tant les risques de crise bancaire emplissent les colonnes des journaux financiers. Pourtant les conséquences, à la fois sociales et économiques, des saisies immobilières dominent et domineront de plus en plus la campagne électorale américaine.
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Esprit d’œuvre |
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La vulnérabilité d’un capitalisme centré sur la finance et le court terme éclate au grand jour. La crise risque d’être grave mais aura du bon si, dans le cadre de l’économie de marché, elle incite à repenser la notion d’entreprise, à réhabiliter le concept de « communauté de personnes ». Il s’agit de transformer une « main d’œuvre » démotivée en équipes animées d’esprit d’œuvre. Dans la mesure de ses moyens, le Club s’efforcera de contribuer au nécessaire débat.
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Le mâle nécessaire |
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Andropov est mort. Gorbatchev a failli. Eltsine a liquidé. L’URRS s’est effondrée. Pour la Russie chancelante, il fallait un homme fort. Poutine est arrivé.
Huit ans plus tard, l’ordre règne. Le pétrole remplit les caisses. La fierté nationale est de retour. Reste à transformer la Russie en un pays moderne. C’est le rôle que Poutine a dévolu à Medvedev. Economiquement, socialement, politiquement, la tache est immense.
L’économie n’est pas diversifiée. Les matières premières comptent pour 80 % des exportations. Le pétrole et le gaz, à eux seuls, représentent plus de 30 % du PNB. L’industrie locale est déficiente. Les biens de consommation sont, pour la plupart, importés. Les services publics sont défectueux. Les routes sont défoncées. Les ordures s’amoncellent. Les hôpitaux sont lamentables. Le déclin démographique se poursuit. L’espérance de vie est dramatiquement courte. L’alcool, la drogue et le sida font des ravages. Le pouvoir est confisqué. Des anciens Kgbistes cumulent les fonctions et accumulent des fortunes. Ils truquent des marchés et distribuent des prébendes. Leur « protection » est tentaculaire. Que diable peut donc faire Medvedev avec son (faux ?) air de gentil garçon ? Dans l’immédiat, pas grand-chose sans l’aide de Poutine, Le « parrain de toutes les Russies » (voir « Lu » p. 11) est encore (et peut-être pour longtemps) le mâle nécessaire. Vladimir Vladimirovitch a su maîtriser les « oligarques ». Dans un premier temps, il a profité de leurs divisions pour s’attaquer à un maillon faible (Goussinski). Il a ensuite fait comprendre aux uns qu’ils pourraient garder leurs milliards s’ils ne se mêlaient pas de politique et conduit les autres sur le chemin de la prison (Khodorkovski) ou de l’exil (Berezovski). Pour réussir cet exploit, Poutine s’est appuyé sur des amis venus de Saint Petersbourg et sur des relations qu’il s’était faites au KGB et autres « organes ». Ce sont précisément ces amis et relations que Poutine devra tempérer s’il veut aider Medvedev à moderniser la Russie. Il peut y parvenir sans se montrer déloyal envers eux car la diversification des élites ne passe pas nécessairement par la destitution de l’ancienne couche de dirigeants. Il s’agit seulement de laisser Medvedev recruter des personnalités susceptibles de le seconder dans la construction progressive d’un Etat et d’une économie adaptée au monde moderne. Rien n’interdit de penser que tel est le rêve de Poutine. Cet homme, ambitieux et avide de pouvoir, est aussi un patriote qui veut laisser une trace dans l’Histoire millénaire de la « Grande Russie ».
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Emploi versus violence |
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« Des études américaines sur les poussées de violence aux Etats-Unis montrent que l’on ne se révolte pas parce qu’on est pauvre mais parce qu’on n’a pas de travail. » Pour Hervé Azoulay, président d’Invest Banlieues et vice-président de l’Observatoire Economique des Banlieues qui s’exprimait lors d’un récent colloque au Sénat, la question de l’emploi est primordiale.
Loin des velléités politiques, les acteurs économiques semblent avoir reçu le message. Des grands patrons accompagnent et conseillent de jeunes créateurs d’entreprises dans les quartiers. Des fonds d’investissement en direction des territoires enclavés, en ville comme à la campagne, soutiennent des entreprises en quête de développement mais qui trouvent portes closes dans les banques. Le Medef, dans le cadre de Nos quartiers ont des talents, parraine 1 500 jeunes diplômés des cités difficiles en Ile de France et compte généraliser l’expérience à toute la France...
De l’altruisme ? Non une nécessité économique, soutiennent-ils. A l’heure où la pénurie de talents guette la France, il devient urgent de vaincre les "a priori" et de puiser dans le vivier que constituent les jeunes des cités.
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Vers une nouvelle pensée économique |
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Les théories économiques évoluent en fonction des réalités et les réalités les plus prégnantes viennent des pays les plus puissants. Le fait que de plus en plus d’Américains mettent en doute les bienfaits de la mondialisation va faire réfléchir les économistes. C’est le signe précurseur d’une évolution de la pensée dominante.
En 2002, 78 % des Américains pensaient que les Etats-Unis bénéficiaient du libre-échange. En 2007, le pourcentage était de 59 % et, si l’on en juge par la tonalité des débats électoraux actuels, il est sans doute inférieur à 50 % aujourd’hui. D’où le risque d’un retour au protectionnisme et la nécessité d’un ajustement, c’est-à-dire d’un dérapage contrôlé pour éviter la sortie de route. La mondialisation, il ne faut pas l’oublier, a sorti de la misère des centaines de millions de gens et a contribué à la croissance dans les pays développés. Le drame est que dans ces pays « riches » il y a de plus en plus de pauvres. Les perdants ne sont plus seulement les chômeurs ni même les ouvriers de l’industrie mais tous ceux qui doivent se contenter de bas salaires parce que leur activité pourrait être externalisée. La classe moyenne toute entière est tirée vers le bas. Améliorer la formation professionnelle et encourager financièrement la mobilité est unanimement jugé nécessaire mais de plus en plus considéré comme insuffisant. Des économistes américains se mettent à rechercher la légitimation théorique d’un protectionnisme modéré. Certains font ainsi appel à des notions voisines de celle de subsidiarité dont on se sert généralement pour justifier la répartition des responsabilités entre différents échelons institutionnels ou territoriaux. Le principe est simple : ce qui peut être réalisé efficacement dans la proximité ne doit pas être traité au loin. Dans la pratique économique, cela peut mener à quelques conclusions. Exemples : - Les cultures vivrières en Afrique (et autres régions où l’afflux dans les mégalopoles a des effets désastreux) ne devraient pas être sacrifiées sur l’autel de la libération des échanges agricoles. Concrètement, cela se traduirait par une réhabilitation limitée de la technique des quotas. Il en irait de même pour certaines activités industrielles ou artisanales dont la valeur est localement appréciée dans certains pays riches. - Quelques entreprises, considérées comme stratégiques, ne pourraient pas tomber entièrement dans des mains étrangères. Concrètement, cela signifierait l’extension de la pratique des « golden shares ». De telles entorses au libéralisme seraient conçues comme une sauvegarde de ce que le libéralisme comporte d’essentiel. Elles se présenteraient comme un mode d’emploi pour ne pas glisser sur le funeste toboggan qui conduit du protectionnisme au nationalisme et du nationalisme à la peur des autres, c'est-à-dire au racisme et à la guerre.
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Haro sur les matheux |
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Dans les banques, les matheux s’en sont donnés à cœur joie. Des années durant, ils ont conçu des produits dérivés de plus en plus complexes où les risques étaient si bien entremêlés que seuls des investisseurs très avertis pouvaient voir quels étaient les mauvais fruits disséminés dans le cageot.
La crise des Subprimes a causé tellement de dégâts collatéraux que la titrisation de produits dérivés est maintenant difficile. Back to basics est devenu la règle. Aux algorithmes compliqués doivent succéder des équations simples, compréhensibles au premier degré.
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Inde : vers un boom du BTP |
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La voiture, c’est bien ; encore faut-il qu’il y ait des routes. Le paradoxe indien est que de nombreux constructeurs prévoient de fabriquer en masse des voitures populaires à des prix imbattables alors que les infrastructures sont lamentables et que la bureaucratie a des semelles de plomb.
Les élites dirigeantes commencent à se rendre compte que le « high-tech » a des limites. Dans un pays d’un milliard d’habitants où 14 millions de jeunes affluent chaque année sur le marché du travail, ce secteur haut de gamme emploie à peine plus de deux millions de personnes. L’industrie, jadis décriée, a le vent en poupe et les investisseurs, attirés par l’immensité du marché, sortent de leurs cartons d’innombrables projets. Le développement et la modernisation des infrastructures deviennent prioritaires. Les entreprises du BTP gagneront sans doute beaucoup d’argent avant que l’industrie automobile accumule des profits.
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« Gaïa » et la planète finance |
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En 2000, lors de la crise boursière, les pessimistes avaient les yeux braqués sur le prix de l’immobilier. Ils craignaient que ceux qui avaient le plus perdu en bourse se mettent à vendre leurs biens et que le cumul des deux baisses déclenche une crise globale.
Symétriquement, les pessimistes redoutent aujourd’hui que la chute de l’immobilier entraîne celle de la bourse. Jusqu’à maintenant tel n’a pas été le cas. On en arrive à se demander si le système financier mondial n’a pas atteint un tel niveau de sophistication qu’il finit par s’autoréguler. Le nombre des transactions est si élevé, l’arbitrage entre les monnaies si performant que la planète finance trouve à chaque instant des équilibres nouveaux. Elle va de choc en choc mais, comme Gaïa, elle continue de tourner. Jusqu’à quand ?
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La France vaut tout juste « 1 euro symbolique » |
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Il est frustrant de voir la place des pays mesurée à l’unique aune de leurs performances économiques. Selon ces critères, et notamment celui de la croissance du PIB, on peut avoir l’impression que la France fait du surplace voir recule. Or, à l’image des actions dans le monde de la finance, quelque soit la valeur intrinsèque d’une entreprise, quand il n’y a pas de progression, on a envie de vendre. Parfois de vendre à tout prix. La France ne vaudra-elle plus bientôt qu’« 1 euro symbolique » ?
Souvenons nous que sur des critères purement comptables, Alain Juppé voulait il y a 11 ans se défaire du fardeau de Thomson, alors entreprise publique, «pour 1 franc symbolique». L’opération n’a pas réussie, notamment grâce au travail de valorisation du capital immatériel de Thomson. Thomson c’était une histoire, des brevets, des savoir-faire, des experts et des ingénieurs, des capacités d’innovation, … Depuis, Thomson est devenu Thales, un acteur majeur de la Défense, de l'Aéronautique et de la Sécurité. N'oublions pas que Thales est le dieu de la guerre chez le Grecs anciens. La France ne serait-elle pas aujourd’hui, comme Thomson à l’époque, complètement sous valorisée ? Et ne suffirait-il pas d'un sursaut de « valorisation », pour rappeler que son histoire, sa culture, ses élites, son position géographique, la qualité de vie que l’on y trouve, … sont inestimables ! Ce qui n’empêche pas de réformer ce qui doit l’être ! Il y aurait là, pour la France, une bataille importante à mener.
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Le capitalisme à l’épreuve |
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A la fin des années 60, le philosophe Raymond Ruyer a écrit un « éloge de la société de consommation ». Selon lui, une fracture nouvelle avait remplacé la traditionnelle lutte des classes. D’un côté, disait-il, sont rassemblés tous ceux qui, par leur travail, sont liés aux processus de fabrication et de vente : ouvriers, patrons et employés sont ici du même bord. De l’autre, il y a ceux, fonctionnaires, professeurs, juges, journalistes et observateurs en tout genre dont les activités se déploient dans un secteur que Ruyer qualifiait de « tertiaire non économique ».
L’énoncé de cette dichotomie séparant les « productifs » des « critiques » ne manquait pas de pertinence puisqu’à l’époque des « majorités silencieuses » on rejetait les valeurs de la « contre-culture ». Richard Nixon, aux Etats-Unis, a été porté par cette vague et tous les candidats aux législatives américaines de 1970 ont eu l’œil rivé sur la fameuse « Dame de Dayton » dont l’avantage était d’être moyenne en tout. Connaître la Dame de Dayton (Ohio) équivalait à un certificat de sagesse politique permettant de ne pas glisser sur la pente des idées brillantes mais électoralement vouées à l’échec. Que disait donc l’oracle ? Elle disait simplement qu’elle en avait assez de voir les intellectuels cracher sur ce qu’elle affectionnait. Pour reprendre le langage de Ruyer, elle assimilait les gens du « Tertiaire non économique » à ceux que Proudhon décrivait comme occupant les « charges et sinécures ». Les entrepreneurs, selon Proudhon, contribuaient à la création de richesses alors que la bourgeoisie de robe se contentait d’en vivre. Un tiers de siècle est passé et la « majorité silencieuse » ne voit plus les entrepreneurs d’un œil aussi bienveillant. La financiarisation de l’économie, la rapidité des bouleversements technologiques, la peur des délocalisations, le spectre des OPA, l’individualisation des carrières, le stress du travail contraint ont brisé ce qui pouvait faire l’unité des « productifs ». En France, près des trois quarts des salariés pensent que leur intérêt propre et celui de l’entreprise divergent. Aux Etats-Unis, des enquêtes sur l’ « Involvement » des salariés dans un certain nombre de grandes entreprises aboutissent à des résultats moins désastreux mais néanmoins alarmants. Dans les circonstances actuelles, est-il possible de recoudre le tissu social ? Les optimistes diront que la montée en puissance des préoccupations écologiques remet à la mode certaines valeurs prônées jadis par les tenants de la « contre-culture » dont les dirigeants d’entreprise devront tôt ou tard tenir compte. Les pessimistes répliqueront que l’hyper concurrence mondialisée ne permet pas aux dirigeants d’entreprise d’accomplir des efforts suffisants pour tirer parti des réservoirs d’énergie de leur personnel. Pourtant, faute d’esprit d’équipe et d’objectifs partagés, les grandes entreprises risquent de perdre toute légitimité. Le défi est grand pour le capitalisme. Sa capacité d’adaptation va être mise à l’épreuve.
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Mutations et crises des marchés financiers |
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La maîtrise de la globalisation et la recherche d'une gouvernance mondiale sont des sujets brûlants. Michel Prada, président de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), est intervenu mercredi 21 novembre, sur le thème : « Mutations et crises des marchés financiers » tentera d’ouvrir des perspectives.
Diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Bordeaux, énarque et Inspecteur Général des Finances, Michel Prada a le profil du parfait haut fonctionnaire. Diplômé de l’ENA (promotion Montesquieu), il gravit tous les échelons. Inspecteur adjoint des Finances (1966), il est nommé Chargé de mission au Service de l'Inspection Générale des Finances (1968), puis chargé de mission à la Direction de la Comptabilité Publique (Service des Etudes et de la Coordination (1970) et Chef de Service, adjoint au Directeur de la Comptabilité Publique (1978). La même année, il en prend la direction. En 1985, il est nommé Directeur du Budget puis, en 1988, Président du Crédit d'Equipement des Petites et Moyennes Entreprises. Membre du Conseil Economique et Social et du Conseil National du Crédit (1994-1995), Michel Prada devient, en 1995, président de la Commission des Opérations de Bourse (COB). En novembre 2003, il prend les rênes de la toute nouvelle Autorité des marchés financiers qui a remplacé la COB. Président du Conseil d'Administration de l'Orchestre de Paris (1989 - 2001) et du Comité Exécutif de l'Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV) (1996 - 1998), Michel Prada a aussi présidé le Comité Technique de l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs Mobilières (OICV). D’abord de 1998 à 2000 et, de nouveau, depuis le 2 octobre 2005. Michel Prada a reçu diverses décorations dont celles de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (20 avril 1995), de Commandeur de la Légion d'Honneur (29 mars 2002) et de Grand Officier de l’Ordre National du Mérite (14 novembre 2005).
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Sauras-tu garder un secret ?... |
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L'annonce du partenariat entre le géant de l'information Google et Cap Gemini pour proposer à toute entreprise de bénéficier d'outils bureautiques et de messagerie collaborative pour 50 dollars par utilisateur et par an a surpris. Avec les solutions classiques, le coût informatique par poste utilisateur est généralement de 6 à 10 fois plus élevé, car il est nécessaire d'acquérir des outils antivirus et antispam, des licences bureautiques, des solutions de sauvegarde et de couvrir des coûts annexes.
Attention ! Toutes les données de l'entreprise transitent et sont stockées sur les serveurs de Google, hors du territoire. Le géant de l'information a une politique incertaine concernant sa capacité à analyser les données qui lui sont confiées, et une durée de rétention des informations (même après effacement officiel) indéfinie. Ce qui est plutôt inquiétant lorsque l’on traite des informations sensibles. Les cabinets d'analyse tels que Gartner sont formels : d'ici à une dizaine d'années, la notion de vie privée et de secret sera très atténuée. En cause ? L’existence de gigantesques bases d'informations personnelles et sensibles que l’on peut croiser entre elles. L'introduction massive de traceurs radio (RFID) dans nos biens de consommation courante, vêtements et cartes de fidélité ou bancaires est d'ores et déjà effective, souvent à l'insu du consommateur. La centralisation de toutes ces données est préoccupante notamment en cas de vol et d’utilisation malveillante des données. Il ne se passe pas de semaine sans qu’un tel fait advienne. Compte tenu des enjeux et de la forte valeur ajoutée de toutes ces informations, l'attrait du gain augmente et les attaques sont désormais effectuées par des professionnels organisés. Il convient donc d'être extrêmement prudent lorsque l'on accepte de confier ses données personnelles ou d'entreprise à un tiers. Une fois qu'elles ont été dérobées ou divulguées, le mal est fait.
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Les incorruptibles n’existent pas |
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Selon la dernière enquête de PwC, parue dans la Tribune du 17 octobre, 43% des 5400 entreprises interrogées dans 40 pays se disent victime de fraude. Au total, la criminalité économique déclarée aurait engendré 3,1 milliards d’euros de pertes. Le coût moyen de la fraude par entreprise est de 1,6 millions d’euros. La perte est sèche dans 62% des cas. La fraude est constituée de détournement d’actifs (33%), contrefaçon (15%), et corruption (13%).
La France est mauvais élève. Pour l'ONG Transparency International, notre pays stagne dans sa lutte contre la corruption, et siège à la 19ème place sur 90 pays dans son classement de perception de la corruption. Ainsi, selon Roger Lenglet (1), auteur de « Profession Corrupteur », la corruption coûterait 30 milliards d’euros à la France, soit ¾ du déficit annuel de l’Etat.
Qui en sont les auteurs ? Parmi les métiers qui usent sans vergogne de ces pratiques illégales, il place au premier rang le lobbying - « le lobbying sans la corruption, ce n’est plus rien » affirme-t-il -, les agences de renseignements ou de sécurité privées.
Respecté et admis aux Etats-Unis, le lobbying n’a cessé de renvoyer une image pour le moins sulfureuse en particulier en France. L’activisme des cabinets de lobbying, dans les années 80 et 90, pour minimiser des scandales sanitaires comme celui de l’amiante n’y est sans aucun doute pas étranger. Mais les dérives de certains ne doivent en aucun cas occulter l’importance d’un lobbying plus "positif" notamment à Bruxelles où la France est nettement sous représentée. Car la corruption ne plonge pas ses racines dans une profession (lobbying ou autre) mais bien dans un état d’esprit. Et c’est cet état d’esprit qui doit être modifié avec des moyens appropriés.
Que faire contre la corruption ? Roger Lenglet explore quelques pistes :
- Promouvoir le rôle des militants associatifs qui mettent leur nez partout et fouillent avec opiniâtreté jusqu’à dénicher des « affaires ». - Renforcer la loi, avec par exemple la proposition de l’association Anticor (2) consistant à rendre inéligible à vie tout décideur politique qui aurait été jugé coupable de corruption, et d’interdire, pendant une certaine durée, tout marché public à toute entreprise corruptrice. - Accélérer l’adoption par la France de la Convention de Mérida (2005) qui s’attaque à la corruption des agents publics étrangers et comporte tout un arsenal préventif et répressif à l’échelle internationale.
Ces solutions, concrètes et raisonnables, sont entre les mains des législateurs ! Sans doute ceux-là mêmes qui sont la cible des corrupteurs !
Mais ce n’est pas si simple. Eva Joly, ancien juge d’instruction au pôle financier, rappelle, dans Télérama du 26 octobre 2007, les liaisons dangereuses que la France entretient avec certains pays africains dont elle soutient les dirigeants corrompus au nom des intérêts économiques de ses entreprises. Elle déplore plus généralement la complaisance "française" avec les malversations financières.
Rue89 confirme et renchérit : « les moyens consacrés à la grande délinquance financière n'ont cessé de diminuer. Baisse d'effectifs dans les brigades spécialisées, pressions diverses sur les juges du pôle financier et enfin cette déclaration étonnante du président de la République devant les patrons du Medef, le 30 août dernier: "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme". »
Comme le dit Roger Lenglet « les incorruptibles seraient exceptionnels » !
Sources :
(1) On pourra lire avec intérêt la biographie de Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation. Son parcours est très intéressant. http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Lenglet
(2) Anticor, association à laquelle appartient Roger Lenglet et le juge Eric Halphen, et présidé par Séverine Tessier http://anticor.wordpress.com/
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Improductif malaise |
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Les Français aiment le travail. Toutes les enquêtes internationales le montrent. Il compte même plus dans leur vie que dans la plupart des autres pays développés. Paradoxalement, c’est en France que le taux de satisfaction au travail est le plus faible. Plus alarmant encore, à la question des entreprises où il est agréable de travailler, dans la plupart des pays, les premières places sont largement occupées par des firmes nationales.
Pas en France, où le haut du tableau du "bon vivre" affiche surtout des filiales d'entreprises étrangères. Pourtant, le lien entre satisfaction au travail, productivité et innovation est avéré. A contrario, l’insatisfaction débouche sur une moindre implication au travail, un manque d’initiative, un déficit d’innovation et... in fine un faible dynamisme économique et une croissance en berne.
Pour Edmund Phelps, professeur d'économie à l'université Columbia, Prix Nobel d'économie en 2006, la performance économique ne se résume pas à la productivité. Elle s'apprécie aussi et peut-être même surtout, à ses yeux, par les taux de participation et d'emploi et la satisfaction au travail ainsi que par le degré d'engagement des salariés dans leur emploi. Or, le marasme économique européen, français en particulier, proviendrait, selon lui, d'une relation déplorable au travail et à l'innovation.
Aux Etats-Unis, le bien-être au travail est devenu une des préoccupations centrales des entreprises. Certes, la peur des procès pour harcèlement moral tout autant que le coût du mal être – ce sont les entreprises qui payent la couverture santé de leurs employés – y est pour quelque chose. Mais pas seulement. La reconnaissance de la satisfaction au travail comme facteur de productivité, d’innovation et d'attachement à l'entreprise est maintenant largement admise. Il en est de même au Canada et dans les pays nordiques. Mais rien de tel ne semble s’esquisser en France. En cause ? Un management d’entreprise marqué par des hiérarchies pesantes qui musèlent l’initiative, entravent la coopération, brident l’innovation et qui... lorsque le malaise devient trop fort fait appel à un sous-traitant : la sécurité sociale.
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Droits de l’animal et devoirs de l’Homme |
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La compassion à la Brigitte Bardot a du bon mais n’est absolument pas à l’échelle des problèmes posés par l’évolution de nos sociétés.
Se préoccuper de la souffrance d’un bœuf tué suivant les rites juifs ou musulmans est compréhensible mais revient à vanter les mérites des abattoirs modernes. C’est oublier que les bêtes arrivent dans un univers qui sent la mort. Cette odeur putride se répand au loin et les bêtes, pas si bêtes, souffrent à l’avance de la fin qui leur est réservée.
Triste fin pour une triste vie où l’animal est traité en objet, où des veaux sont « en batterie », c’est à dire en cage et où, jusqu’à 23 poulets peuvent être entassés dans un seul mètre carré.
Un documentaire autrichien (« Notre pain quotidien » de Nikolaus Gerhalter) mérite d’être vu. Il montre ce qu’est aujourd’hui une ferme industrielle. Les atrocités commises dans l’élevage au nom de l’économie font douter de la conscience de l’Homme.
L’indignation ne suffit pas car le changement de modèle prendra nécessairement beaucoup de temps. Elle est cependant nécessaire. Le but est que nos enfants jugent nos comportements actuels envers les animaux aussi scandaleux et aussi aberrants que nous jugeons nous-mêmes l’esclavage. Si nous échouons et que nous laissons la roue de l’Histoire tourner dans l’autre sens, nos enfants seront pires que nous et, les progrès de la génétique aidant, peut-être jugeront-ils bon de créer des hybrides de singes et d’hommes pour les travaux pénibles. Après tout ce serait commode !
Ce n’est pas une plaisanterie. Si nous manquons de respect pour la vie en général, nous ne serons pas capables de nous arrêter sur une voie qui est, à proprement parler, diabolique.
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Maléfices agricoles |
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La France, premier producteur européen de denrées agricoles est importatrice nette de produits bio. Si l’on recherche l’origine du mal, on tombe, semble-t-il, sur deux causes principales. D’une part, les prix garantis par la PAC ont longtemps permis aux plus grands exploitants de gagner beaucoup d’argent avec des cultures de base. D’autre part, les fermages traditionnels sont trop petits pour inciter leurs cultivateurs à se lancer dans de nouvelles aventures.
Ainsi, les produits bio se sont-ils développés sur relativement peu d’espace. Le lobbying exercé par la FNSEA en faveur de l’éthanol, risque encore d’aggraver les choses. La France a beau être grande à l’échelle européenne, elle ne dispose pas de superficies comparables à celles du Brésil ou des Etats-Unis. Les cultures de niche et de haute qualité lui conviendraient mieux que la production de masse.
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La crise Galileo |
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L’UE a décidé en 2002 d’entreprendre le projet de localisation par satellite Galileo pour assurer son indépendance dans un domaine sensible. Elle a, cependant, eu l’idée absurde de prévoir le financement par un consortium privé dépourvu de maître d’oeuvre. Il était impossible que cela fonctionne.
La Commission, ayant finalement compris où réside le fond des choses, a proposé que l’U.E, en tant que telle, finance l’affaire dont la facture est estimée à 3,5 milliards d’euros pour 5 ans. L’Agence spatiale européenne agirait alors en tant que maître d’œuvre.
Le Conseil européen des ministres des transports du 7 juin 2007 a accepté le principe mais décidé de reporter la décision en octobre. En réalité, il existe deux obstacles :
- Certains Etats qui, au fond, sont opposés au projet, comme le Royaume-Uni, rejettent le financement communautaire.
- D’autres, comme l’Allemagne, ne veulent pas du mode de financement habituel à l’U.E reposant sur le choix du moins-disant, mais exigent une clé de répartition dite « juste retour » où chaque Etat reçoit exactement pour ses contrats industriels la somme qu’il a versée au programme (par exemple, proportionnelle au PIB).
Sous ces apparences financières se cache un fait majeur : l’Europe n’a pas de gouvernement digne de ce nom et les nations tirent à hue et à dia.
Les personnes qui s’occupent du dossier sont néanmoins assez optimistes pour espérer une décision d’ici la fin de l’année.
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Casse tête chinois |
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Malgré la capacité des autorités chinoises à manier les masses, le rythme de la croissance économique commence à poser problème. Les dilemmes s’accumulent comme, par exemple, celui de l’exode rural. S’il est favorisé, il y aura un goulot d’étranglement dans les capacités de construction urbaine ; s’il est freiné, le coût de la main d’œuvre industrielle se mettra à grimper.<
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