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Le boulet du PS |
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François Hollande est certainement très habile puisqu’aucun éléphant ne s’est échappé du PS. Mais la logique présidentielle a pris un sacré coup. Normalement, chaque concurrent devrait avoir un projet que les militants pourraient jauger avant de faire leur choix. La méthode choisie va à l’encontre d’un tel processus. Bon gré, mal gré, le « projet socialiste » a été adoubé par tous les postulants qui, du coup, doivent faire semblant d’être plus ou moins d’accord.
Ce ne serait pas grave si le projet se contentait de fixer des objectifs, d’énoncer quelques priorités, de se positionner comme une « fin ». Cela laisserait aux concurrents la liberté d’étaler la différence des « moyens » qu’ils proposent. Hélas, le « projet socialiste » est prolixe en « moyens ». Et celui (ou celle) qui sortira gagnant(e) de la course à candidature devra traîner ce boulet.
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Emotions |
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Dans la Cordillère de Vilcabamba, au coeur de l’Amazonie péruvienne, vit encore une peuplade éloignée de toute civilisation. Ce sont de « bons sauvages » comme aurait dit Rousseau. Une Française, depuis vingt ans, est parmi eux. Au départ, quand elle a été acceptée par le groupe, des femmes lui ont offert … quelques poux. Elle les a mis sur sa tête afin que les autres puissent l’épouiller. Symbole de fraternité. Signe de lien social.
Questions : Pour se montrer fraternels, est-il indispensable d’avoir des malheurs en partage ? Doit-on absolument renoncer à tout confort ? Est-on obligé de se fondre dans un groupe et d’abandonner son quant à soi ? Ne peut-on concilier autonomie et lien social ?
Sur un parking au bord d’une route de montagne dans le nord du Japon, sept adolescents ont été retrouvés morts. Ils avaient cherché, via Internet, des compagnons d’infortune et avaient décidé de se suicider ensemble. Tragique moyen d’échapper à la solitude.
Questions : Où trouver de la chaleur humaine ? Comment adhérer à une société privée d’idéal ? Comment aider les autres tout en se faisant plaisir ? Par quel bout commencer ?
Dans une banlieue triste d’Alger, Khaled, un garçon de seize ans, regarde par la fenêtre. Ce n’est pas pour se distraire, c’est pour une rédaction : « Je vois, écrit-il, des ordures partout sur le sol jusqu’au parc public situé près de la place ». Lui et ses condisciples (une quinzaine) laissent, sous de multiples formes, percer leur amertume. Ils rêvent d’un ailleurs en France, en Espagne, en Europe. Ils regrettent de ne pas être nés loin de chez eux.
Questions : Ces jeunes musulmans ont-ils tort de ne pas être « islamistes » ? Ont-ils tort de croire qu’en Europe le futur a encore de l’avenir ? Avons-nous raison de craindre au lieu d’espérer ? Sommes-nous incapables de tirer parti de nos points forts pour corriger nos manques ? Ne peut-on essayer de construire une société harmonieuse ? Devons-nous renoncer à l’ambition de donner consistance à nos rêves ?
Post Scriptum :
Comment sauter une case au jeu de l’oie de la modernité ? Voilà une question que les Vigilants pourraient se poser à propos de la révolte anti-CPE. Vue à l’aulne d’une certaine modernité, cette révolte apparaît rétrograde : ses portes parole appellent précarité ce que la plupart des théoriciens de l’économie de marché nomment flexibilité. Les protestataires véhiculent, cependant, un message novateur : ils aspirent à une société plus humaine où les salariés ne soient pas de simples variables d’ajustement. Tout le problème consiste à savoir si la France, endettée et économiquement en retard par rapport à ses voisins, peut faire l’économie d’un rattrapage. Sans doute faut-il chercher la réponse dans le contenu souhaitable d’une croissance retrouvée. L’assainissement des finances publiques et des comptes sociaux est un passage obligé mais pas un but. Un « Comment » n’a de sens que s’il est mis au service d’un « pourquoi ». Ce « pourquoi » doit servir de boussole. La croissance nécessaire doit donc avoir un contenu innovant.
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Six questions ouvertes à nos Vigilants... |
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Depuis un certain temps et au fil de plusieurs discussions confraternelles, j'ai eu envie de proposer à nos amis Vigilants et à nos sympatisants lointains de participer à un échange sur quelques sujets matérialisés par six questions ouvertes qui se proposent le lancer les débats...
Question 1 :
Monde marchand et monde spirituel ?
Quels compromis possibles ? Faut-il en revisiter une proposition vieille de 2000 ans et distinguer clairement ce qui revient à " César " et ce qui revient à " Dieu " ?
Question 2 :
Une société d'échanges non marchands peut-elle émerger ?
Lesquels ? Comment les valoriser ?
Question 3 :
Quelles voies pour passer sans heurts d'une société de biens et de services " matériels" vers une société de biens et de services
" immatériels " ?
Question 4 :
La fin du paradigme de la connaissance scientifique absolue du monde ouvre-t-elle une autre voie pour le savoir humain
et la certitude des leaders ?
Question 5 :
La mondialisation conduit vers un choix pour l'organisation du monde :
- par régions économiques spécialisées et donc interdépendantes le long de
la chaîne de valeur ( entreprises étendues au plan mondial )
ou bien,
- par régions économiques intégrées sur une chaîne de valeur régionale donc
- autonomes mais seulement inter communicantes.
Quelles conséquences sur les Etats et sur les pouvoirs politiques ?
Question 6 :
La mondialisation trace-t-elle le rôle futur de nos hommes politiques ?
Leaders politiques représentatifs et éclairés, visionnaires du destin
des peuples ou bien acteurs choisis, gestionnaires efficaces
de toutes les ressources d'un territoire au principal service des
leaders économiques ?
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Droit du travail ou Droit du commerce ? |
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Nos civilisations modernes s'enivrent tous les jours de l'idée d'égalité des Droits.
Il est vrai qu'il s'agit là d'une des notions qui distinguent le plus les peuples civilisés des peuples barbares. .
L'un de mes jeunes neveux, âgé de moins de 26 ans, ingénieur diplômé de bonne origine, vient de s'entendre dire, par une entreprise, que sa candidature est certes jugée intéressante mais que son traitement est momentanément "suspendu" pour raison d'évolution prochaine de la législation du travail...
Il revient vers moi pour me demander conseil. Je dois dire que, dans son cas, je suis un peu perplexe.
ll en profite pour me faire remarquer que, par ailleurs, il est en cours de changement de son contrat actuel auprès d'un grand opérateur de téléphonie qui lui "suggère" de changer de mobile. La proposition lui semble intéressante : acquérir le mobile pour un prix assez raisonnable mais à la condition qu'il souscrive immédiatement un contrat de fidélité dont il ne pourra se libérer qu'au bout de 2 ans.
Son dilemme s'amplifie... et mon questionnement surgit !
D'un côté, il lui est demandé, en application du Droit du Commerce, de s'engager fermement au titre de "personne privée" vis à vis d'une "personne morale" pour une durée de 2 ans en lui assurant un chiffre d'affaires récurrent.
De l'autre, il se trouve face à une autre "personne morale" qui ne veut pas s'engager fermement à assurer un revenu récurrent et stable à lui, "personne privée", en application du futur Droit du Travail, et ce pour une durée de 2 ans.
Je cherche la logique de la situation et je ne sais que lui conseiller... sauf à lui proposer de trouver une source de financement complémentaire autre que son futur travail. En effet, que dirait-on d'une entreprise qui ne tirerait ses recettes que d'un seul client ? Tous les auditeurs diraient qu'elle est... mal gérée. Alors pourquoi ne travailler que pour une seule entreprise ?
Mais je me dis aussi qu'il faudra bien un jour s'entendre sur le terme d'égalité des Droits dans notre beau pays de France et se poser la question de savoir si certains droits en matière de contrat sont différents selon que l'on est une personne "privée" ou une personne dite... "morale".
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La nouvelle modernité |
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Les Etats et les entreprises en situation de faiblesse
Nous sommes au cœur de ce que le sociologue allemand Norbert Elias a appelé un « processus de civilisation ». Des enchaînements de transformations cumulatives nous conduit ailleurs. Comme en d’autres temps un processus analogue a conduit l’Occident, de proche en proche, de la société féodale ? celle des Etats nations et de l’économie de marché. Ces enchaînements ne sont ni voulus ni pilotés. Ils s’imposent ? nous. Non pas que nous soyons incapables de les infléchir, mais nous savons rarement le faire délibérément.
Le processus qui aujourd’hui nous transforme peut être appelé processus de modernisation. Il a pris corps ? la fin du XIXème siècle et tend ? gagner la planète entière. Au cours du XXème siècle, il a connu vers 1965 un tournant majeur dont les événements de Mai 1968 seraient un des symptômes et qui, d’après moi, sépare une première d’une deuxième modernité. La première était celle des Etats, des grandes entreprises et des technocrates ; la seconde est celle des gens ordinaires.
En quelques dizaines d’années, les expériences qu’ils vivaient ont transformé les gens et leur ont donné un grand pouvoir. Ils se sont émancipés. D’individus manipulables et noyés dans la masse qu’ils étaient, ils sont devenus des personnes plus complètes, autonomes et avisées. Leurs libres interactions et connexions, s’appuyant sur le foisonnement des technologies de l’information et de la communication, ont nourri la floraison d’une nouvelle socio-économie et l’auto-organisation d’une société vivante et plutôt pacifique.
De tels changements sont relativement lents et ne sont clairement perceptibles que sur 20 ou 30 ans. Mais ils touchent ? des aspects cruciaux de l’équilibre personnel et sociétal. Par exemple, dans tous les pays pénétrés par la modernité, le père de famille perd de son autorité. En 1974, 60% des Français adhéraient ? l’idée que le père de famille devait commander chez lui. Ce pourcentage, mesuré par Cofremca année après année, n’a pas cessé de diminuer. Il n’est plus que 30% aujourd’hui. En Suède ou en Allemagne il est inférieur ? 20% alors qu’aux Etats Unis il est encore de 45%. Cette perte d’autorité du père de famille n’est en fait qu’un des symptômes de deux changements radicaux : l’effondrement du tropisme hiérarchique qui affecte aussi bien le prêtre, le médecin, l’expert, le patron que le Premier ministre ; et l’émancipation des femmes et des enfants qui deviennent des personnes ? part entière.
Autre exemple : la relation entre un parent et son jeune enfant devient plus affective et physique ; moins froide et intellectuelle. En 1979, 27% des Français pensaient qu’il était plus important de maintenir un contact physique avec l’enfant, de le cajoler et le caresser que de lui apprendre avec des mots comment se comporter. Ils étaient 39% en 1990 et 48% en 2000.
La situation actuelle est caractérisée par un décalage dangereux. Les gens et le tissu social ont plus changé que les grandes organisations massives, les puissants, la société institutionnelle, l’Etat et les méthodes de gouvernement. Ce décalage produit des effets pervers, des frottements, des malaises. Il laisse des potentiels sous-utilisés, des gisements de vitalité et d’initiatives inexploités. Il met les grandes entreprises en difficulté et prend les Etats ? contre pied. Il induit une contestation globale des élites et de la société dominante. Il fait planer la menace d’une évolution de nos sociétés vers la violence. Un coup de société (comme on dit un coup de sang) pourrait se produire. En France par exemple où l’Etat reste particulièrement autoritaire, rigide et envahissant. L’organisation d’une gouvernance sociétale avisée devient indispensable.
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Changer les pratiques plutôt que les structures et les lois |
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Agir sur le réel
La campagne électorale indique clairement que la droite et la gauche n’ont pas renoncé ? un mode d’action qui, depuis des décennies, n’a qu’un effet marginal sur le réel. Or il n’est pas raisonnable de continuer ? traiter les difficultés du pays avec des outils aussi peu efficaces.
Ce mode d’action, universellement admis, quel est-il ? Il repose sur la croyance qu’en agissant sur l’univers juridique – les lois – et les structures publiques, l’Etat finira par venir en aide ? la population. Cette idée présente plusieurs avantages : elle offre une apparence de logique indéniable, elle permet aux élus de faire de grands effets d’annonce qui entretiennent la fiction sympathique d’une action, et puis elle correspond ? la culture de nos élites. Nous sommes clairement au début des années trente, avec des élites intelligentes qui croyaient paisiblement ? l’infanterie et ? la ligne Maginot.
En réalité, que se passe-t-il ? Toute réforme de structure est bloquée par les corporatismes. Les lois sont soit retoquées par des mouvements sociaux, soit freinées dans leur application par les forces qui leur sont hostiles. En tout cas, elles ne donnent pas d’énergie. Or sans énergie, il ne se passe rien de positif. Jamais. Quand on touche aux structures et aux lois, on divise donc les Français, on provoque les conservatismes ; alors que changer les pratiques pourrait les fédérer.
Pourtant, la société française est, elle, en demande de nouvelles pratiques et de fonctionner autrement. L’écho du « tous les mêmes », la difficulté qu’ont les candidats des partis politiques ? faire comprendre les différences de leurs programmes - qui semblent aux électeurs autant de clones auxquels on ne veut plus croire - montre ? quel point la voie sur laquelle ils sont engagés est sans issue. Une magistrate chargée du contrôle des comptes de campagne des partis politiques nous faisait part récemment de sa stupéfaction de n’avoir jamais vu pour aucun parti des dépenses de «recherche et développement». Comment alors les programmes pourraient-ils être plus que des élucubrations forcément irréalistes car aussi éloignées de la réalité que la planète du Petit Prince de la Terre ? Aucun SDF dans les rues en 2007. Mais comment ? En ouvrant plus de centres d’hébergements qui s’avéreront vite incapables d’accueillir aussi bien les clochards réfractaires ? toute normalité que les nouveaux SDF qui se présenteraient volontairement ? leurs portes ? C’est la logique des tuyaux mais pas celle des contenus. Si les policiers se font caillasser lors de leurs interventions dans certaines banlieues dites difficiles, le seront-ils moins s’ils sont deux fois plus nombreux ? Il faut se poser la question des pratiques et du comment faire pour rétablir des relations normales entre la police et la population.
Mais ne battons pas uniquement notre coulpe, car il ne faut pas penser que le défi qui se présente ? nous soit une spécificité nationale. En France comme ailleurs on assiste ? une accélération de l’évolution de la société. Tous les gouvernements sont confrontés ? des problèmes similaires et dans de nombreux endroits la société civile fait preuve d’une inventivité qui réussit ? triompher de bien des difficultés.
C’est l? aussi l’un des enjeux de cette révolution des pratiques. Être capable de détecter ce qui a fonctionné quelque part et va pouvoir s’adapter dans un tout autre contexte. Cette réalité nouvelle, nous l’avons rencontrée avec Lire et faire lire. Car notre modeste proposition, amener un retraité dans une école pour lire des histoires aux enfants, est en train d’être reprise dans plusieurs pays, confrontés ? des difficultés similaires autour de la lecture et de la transmission intergénérationnelle.
Dans les faits, le besoin est celui d’un nouveau pacte entre des vieilles structures, des lois mal adaptées et une société civile qui chaque jour innove et trouve de nouvelles solutions grâce ? sa formidable capacité d’adaptation. Ce pacte, c’est autour des pratiques qu’il doit être conclu.
Co-écrit avec Pascal Guénée
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Risque terroriste |
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Une menace mondiale
Les attentats du 11 septembre marquent un tournant dans l’histoire du terrorisme islamiste dont on peut faire remonter les origines ? la victoire, en 1994, du « salafisme » en Algérie. La violence terroriste prend alors un nouveau visage. Nul ne conteste aujourd’hui que le terrorisme islamiste est devenu l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Les attentats antioccidentaux en 2002 se multiplient : le 11 avril ? la synagogue Ghriba ? Djerba, le 8 mai ? Karachi (Pakistan) contre un bus transportant des ingénieurs et ouvriers français, le 14 juin contre le consulat américain toujours ? Karachi, le 6 octobre contre le pétrolier français Limburg, le 26 octobre la prise d’otages dans un théâtre ? Moscou ou encore le 28 novembre contre un hôtel ? Mombassa (Kenya). Avec ces opérations, Al Qaeda (la base) et ses affidés indiquent qu’ils sont capables de frapper partout dans le monde. On assiste donc ? l’émergence d’une menace planétaire, protéiforme, où l’adversaire est particulièrement diffus mais déterminé face ? des démocraties qui sont pour la plupart mal préparées ? ce type de combat.
Les tenants de ce radicalisme idéologique de nature nihiliste, avec les responsables d’Al Qaeda au sommet, prônent le djihad – la « guerre sainte » - contre « les juifs et les croisés », mais également contre « les mécréants et les apostats », c’est-? -dire tous les dirigeants des Etats arabes et musulmans qui, ? leurs yeux, ont renié la « vraie foi ». Adeptes de l’adage « celui qui n’est pas avec moi est contre moi », et l’exemple algérien est l? pour le rappeler, ils ne manquent pas de s’attaquer aux populations civiles coupables de ne pas rejoindre le djihad. Ils n’auront de cesse de créer les conditions propices au « choc des civilisations » annoncée par Samuel Huntington. Ainsi en est-il de l’instrumentalisation et de la récupération du problème israélo-palestinien, du conflit au Cachemire indien ou encore de la situation en Tchétchénie. Actuellement, ils essayent de « capitaliser » sur le problème de l’Irak.
La stratégie opérationnelle d’Al Qaeda est complexe et très souple ? la fois. D’un côté, un noyau dur constitué par Al Qaeda et les organisations qui l’ont rejoint. Cantonnées dans la zone arabo-persique, on peut leur imputer les attentats majeurs de 2002, exclusion faite de celui de Bali. D’un autre côté, une vaste mouvance islamiste aux contours flous constituée de multiples cellules et réseaux sans structure définie, polymorphe et mutante, se développant d’une manière anarchique ? l’échelle planétaire. Ces microstructures, qui ne sont pas directement liées les unes aux autres et qui ne dépendent d’aucun commandement central, partagent la même idéologie, les mêmes objectifs et ont recours aux mêmes méthodes.
On assiste actuellement sur le terrain ? une évolution alarmante tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Sur le plan quantitatif d’abord. La recrudescence du recrutement djihadiste est en évolution constante aux marges des métropoles européennes, dans ces « zones grises » où vivent des populations marginalisées et pour certaines en situation irrégulière. Et la guerre en Irak n'a rien arrangé. Sur le plan qualitatif ensuite. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute qu’Al Qaeda et ses affidés tentent d’utiliser des armes de destruction massive (ADM). Ce phénomène illustre une évolution récente ? savoir l’intrusion du Caucase dans ce jeu de la mort. La prise d’otages dans un théâtre ? Moscou a été en quelque sorte le 11 septembre des Russes. En Tchétchénie, le gouvernement élu n’a plus aucune marge de manœuvre dans son combat contre les Russes. La tendance Bassaïev qui a rejoint le mouvement djihadiste mondial l’a emporté et tente de créer un nouvel Afghanistan. Or, certains Tchétchènes, ne l’oublions pas, faisaient partie de l’Armée Rouge. Ce sont des techniciens de haut niveau dont le savoir-faire peut être efficacement mis au service de la « guerre sainte » et donc du « choc des civilisations ».
Face ? la mondialisation de la menace, seule une réelle mobilisation internationale est susceptible de les contrer et surtout de les démentir.
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La recherche |
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Enjeu vital pour la France et l’Europe
La situation de la recherche et des sciences ne cesse de se dégrader. C’est le cas en France. C’est plus largement le cas en Europe. L’écart technologique avec les Etats-Unis ne cesse de se creuser. La guerre en Irak l’a, encore une fois, fortement illustré. Il se creuse également avec le Japon qui, malgré le marasme économique qu’il subit depuis le début des années 90, mise résolument sur le développement des sciences et augmente d’une manière significative ses dépenses de recherche et développement (R&D). Or, jusqu’ici ni les politiques nationales de recherche, ni la politique de l’Union ne sont ? la hauteur de l’enjeu. A titre d’exemple, la France se situait, en 1992, au quatrième rang des pays de l'OCDE pour les dépenses de R&D rapportées au PIB. Aujourd’hui, les Etats-Unis consacrent 2,8% de leur PIB ? la recherche contre une moyenne européenne de 1,9%. Avec 2,2%, la France se retrouve reléguée ? la sixième place. Il ne s’agit pas seulement de moyens. Les structures de recherche, trop lourdes, plus pesantes, sont devenues moins efficaces.
Si rien n’est fait, l’écart technologique ira grandissant. Comment en est-on arrivé l? ?
Jeune chercheur, puis directeur d’une équipe de recherche et pour finir Administrateur du Collège de France, j’ai eu, tout au long de ma carrière, trois regards différents sur la recherche en France. Comme jeune chercheur formé ? l’Institut Pasteur, je suis parti très vite aux Etats-Unis dans le plus grand centre de recherche médical américain, le NIH (National Institute for Health). A mon retour, j’ai eu ? l’âge de 30 ans, le privilège de former un groupe de neuropharmacologie au Collège de France. Aujourd’hui, les jeunes chercheurs ont des difficultés immenses ? arriver suffisamment tôt ? des postes de responsabilité, ? développer leur pensée, leur domaine de recherche ... Résultat : une désaffection des jeunes pour la recherche ou le départ vers des laboratoires étrangers, en particulier aux Etats-Unis.
Plus tard, lorsque, ? 35 ans, je deviens directeur d’une équipe de recherche en neuropharmacologie, l’expérience de mon séjour américain (1963-1965) me fut d’une grande utilité. Elle m’apprit que l’environnement humain est déterminant. Elle m’apprit également la rapidité, l'efficacité, la capacité de réactivité. Elle m’apprit surtout que l’abolition des frontières entre les personnes diplômées et celles qui ne le sont pas peut être très féconde. Mon patron de l’époque le docteur Axelrod, devenu prix Nobel en 1972, était encore technicien quatre ans avant mon arrivée dans ce pays. Il n’avait pas de diplôme. Il avait des capacités. On lui a donné les possibilités de s’exprimer.
Dans notre pays de « diplômite » aiguë, c’est impensable. Plus grave encore, le système de castes perdure : trop peu de gens font de la recherche dans nos 144 grandes écoles. La plus grande partie de l’élite de ce pays, qu’elle soit politique ou industrielle ne passe donc pas par la recherche. Le point commun entre plusieurs entreprises de notre pays : leurs centres de décision, leurs directions ne comptent aucun chercheur, ? l’inverse de ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Allemagne. Or, la dévalorisation de la recherche, c’est la dévalorisation de l’avenir, celle de notre pays et celle de nos enfants. La recherche n’a pas besoin de grandes réformes générales. Elle a juste besoin que l’on donne un plus grand degré de liberté aux acteurs, que l’on accepte leurs différences et que l’on sache en tirer parti. Les capacités d’action et d’anticipation, fondements d’une recherche dynamique, sont liées ? la responsabilité accordée aux acteurs.
Les problèmes de la recherche en France se retrouvent, ? des degrés divers, dans les autres pays européens. D’où l’importance, ? côté de politiques nationales fortes, d’une politique volontariste de la recherche européenne. Des investissements considérables sont nécessaires pour réduire l’écart en terme de R&D et faire de l’Union « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010 » comme les Quinze s’y étaient engagés lors du sommet de Lisbonne en 2000.
Pour atteindre l'objectif de 3% du PIB en 2010 fixé par les chefs d'Etat de l'UE, lors du sommet de Barcelone en 2001, les investissements de recherche doivent croître de 8% en moyenne chaque année. Les gouvernements sont-ils prêts ? sortir de l’incantation et ? relever le défi ?
Il y va de la place et de l’identité de chaque pays. Il y va aussi de la place de l’Europe dans le monde.
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In and Out |
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Le mot favori
Il y a des mots forts qui ont gardé toute leur force et d’autres qui l’ont perdu. Des mots empreints d’une grande douceur qui retrouvent une puissance particulière et redeviennent moteurs. Des mots qui auraient paru incongrus quelques années auparavant font leur apparition. Et des mots qui semblent avoir définitivement perdu leur effet mobilisateur, si ce n’est leur pouvoir d’attraction.
Bien entendu, les résultats du test proposé aux membres du Club ne sont nullement le produit d’un sondage scientifiquement mené. Notre panel n’est certainement pas représentatif de la société française ni par le genre, ni par l’âge, ni par les catégories socio-professionnelles : trop peu de femmes même si leur pourcentage, 24 %, est nettement plus élevé que celui de l’Assemblée Nationale, encore moins de très jeunes ou de catégories non intellectuelles. Pourtant l’analyse des réponses au jeu est intéressante ? plus d’un titre.
Parmi les mots que l’on n’aurait jamais considéré comme mobilisateurs vingt ans auparavant et qui ont le vent en poupe : bonheur, amour, tendresse. « Un besoin urgent de souffle, d'élégance, de civilisation. Et pourquoi pas de tendresse, bordel ! », proclame avec véhémence Tristan Benhaim. D’autres, plus modestement, font l’éloge du " tâtonnement " ou du " bricolage ". « D’abord, si vous cherchez bien, le seul mot qui s’allie spontanément avec "? tâtons", c’est le verbe " avancer " », assure ainsi Béatrice Quasnik.
Il y a également les mots que l’on aurait pensé "dépassés", "ringardisés" et qui font une résistance remarquable. Créer, responsabilité, audace, agir, liberté et courage sont largement cités : ils paraissent porteurs, motivants, susceptibles de valoriser les individus pour le plus grand bien de la collectivité. D’ailleurs créer est plébiscité alors que construire qui apparaît comme une œuvre plus "laborieuse", plus collective est négligé. Si l’on ajoute ? ce tableau Oser et Réussir, c’est une véritable saga chevaleresque que l’on écrirait.
A l’inverse rupture, renaissance et utopie sont considérés par une large majorité comme démotivants ou au mieux hors sujet. A croire que l’on est nombreux ? confondre utopie et idéologie.
Prenons encore ? titre d’exemple notre devise républicaine : Liberté, égalité, fraternité. Seul le premier terme est plébiscité et se place résolument au–dessus de la moyenne. Et si la fraternité sauve les meubles et ne démotive qu’un tiers des « sondés », l’égalité est, quant ? elle, complètement dépassée pour les deux tiers.
Air du temps ou déclassement durable ? On peut se le demander puisque équité, solidarité et justice font un bon score. Ce qui nous incite ? n’y voir qu’un mouvement d’humeur contre l’égalité formelle.
Mais s’il y a des mots qui ont soufferts de l’usage, peut-être abusif, qu’on en a fait, c’est bien moderniser et réforme. Partant du principe que ne s’use que ce dont on abuse, nous sommes une large majorité ? les considérer comme démotivants et dépassés ou au mieux hors sujet.
Il semble que le cocktail individuel et social gagnant aujourd’hui est celui qui, combinant action et affectif, "débridera" le mieux notre vitalité. Il se composera d’une bonne dose de responsabilité, courage, audace..., pour lui donner du corps, d’une grande rasade d’amour et de tendresse, pour en arrondir le goût et, pour l’arôme, un zeste de "bricolage".
Demain, l’urgence sera peut-être dans Vivre, « Vivre sans lequel tous les autres n’existeraient plus !!! », affirme ainsi Serge Fradkoff, et dans Terre, cette irremplaçable Gaia qui conditionne la vie.
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Nouveaux dangers, vieilles doctrines |
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Plaidoyer pour une défense civile.
Tout le monde le sait bien : aujourd’hui nous risquons beaucoup plus de subir des attaques terroristes de grande ampleur que des déferlements de divisions blindées ou des bordées de missiles venant de l’Est. Et que fait-on face ? cette menace d’un nouveau type ? L’on continue ? se gargariser de vieilles doctrines et ? agiter de vieilles recettes. Dans notre monde ultra médiatisé, le terroriste veut marquer les esprits. D’où les attaques ciblées dans les grandes villes : Paris en 1995, New York en 2001 ou plus récemment Madrid en 2004. Mais au del? , l’objectif du terroriste est d’instiller la peur, de paralyser, de désorganiser... Une rupture de barrage et les victimes se compteront par milliers, sinon par dizaine de milliers. Un attentat contre certains dépôts de produits chimiques et c’est un nouveau « Bhopal » assuré. Dans ce contexte, une vingtaine de sites sont en France particulièrement vulnérables. Ce sont quelques barrages, la seule centrale nucléaire sans enceinte de confinement sérieuse..., de nombreux dépôts de produits chimiques qui dispensent les terroristes d’apporter leurs produits mortels puisqu’ils sont disponibles, massivement, sur place ! Il suffit alors d’une poignée de terroristes déterminés... pour des conséquences humaines et économiques catastrophiques.
Mon rôle consiste ? analyser et ? définir ce que les Ben Laden et tous ceux qui sont proches de son univers mental pensent faire, peuvent faire. En un mot : prévenir autant que faire se peut les risques terroristes. Et ? défaut de pouvoir les en empêcher, en réduire l’impact.
Car, les Ben Laden et consorts savent que l’on ne peut détruire le World Trade Center qu’une fois. En revanche, comme ils ne sont pas idiots, la résultante de la facilité et l’efficacité peut les inciter ? choisir des cibles moins centrales mais plus meurtrières. Des cibles qui ne demandent pas des moyens très complexes mais où les morts pourront se compter par milliers, sinon dizaine de milliers. Mon souci est donc d’empêcher que ce scénario noir ne se réalise.
Certains s’inquiètent ? cet égard d’attentats d’origine nucléaire ou d’attaques bioterroristes, capables de laisser des milliers ou des dizaines de milliers de victimes sur le carreau. Pour ma part, je n’y crois pas beaucoup. Le premier est trop difficile. Trouver ou produire assez de matière fissile pour fabriquer une bombe capable de créer une hécatombe me semble extrêmement difficile. La « miniaturiser » pour qu’elle tienne dans une mallette afin qu’elle passe inaperçue demande des moyens impossibles ? mobiliser par des terroristes voués ? la clandestinité. Et la bombe « sale », quoiqu’on dise, est une nuisance limitée.
Quant au danger bioterroriste il ne faut pas non plus dramatiser grâce aux antibiotiques et aux vaccins. Ils sont efficaces même contre l’anthrax, la variole ... La toxine botulique elle-même, dont on parle tant, ne résiste pas ? un bon traitement de l’eau, ? base de chlore.
Il ne faut bien évidemment pas rêver : on ne pourra certainement pas éviter tous les attentats terroristes. Mais c’est en sortant du cadre des vieilles doctrines et des pensées routinières que l’on pourra prévenir ces grandes catastrophes et protéger, au mieux, la population. Alors que les attaques terroristes sont devenues la principale menace mondiale sur la sécurité des populations civiles, une défense civile forte s’avère incontestablement primordiale.
Il s’agit notamment d’établir une carte, la plus exhaustive possible, de tous les sites qui constitueraient de trop belles cibles pour les terroristes et de les sécuriser. Il s’agit également, ? rebours du principe paralysant de la « peur de faire peur », de mettre en place des moyens d’alerte et d’information du public plus complets, plus simples et plus clairs sur les risques encourus et des meilleurs moyens de s’en protéger.
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