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Le fardeau de l’homme Han |
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Les Européens ont la mémoire courte. Ils reprochent aux Chinois de faire actuellement au Tibet ce qu’eux-mêmes ont fait pendant des siècles sur tous les continents. Peut-être les Chinois feront-ils preuve de repentance dans une centaine d’années.
En attendant, ils emploient les mêmes arguments que les Européens employaient naguère pour justifier le colonialisme. A les croire, ils apportent la modernité, le bien-être, des hôpitaux et des écoles dans un Tibet féodal où les paysans étaient des serfs à la disposition des moines. C’est en quelque sorte une mission civilisatrice. Le fardeau de l’homme Han a remplacé « le fardeau de l’homme blanc ». Quel dommage que les bénéficiaires ne soient pas tous reconnaissants !
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Grand Paris |
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Le projet du « Grand Paris » est maintenant d’actualité. C’est un immense projet qui engloberait le Paris actuel et 78 communes avoisinantes. Cette zone regrouperait près de la moitié de la population de l’Ile de France et plus de la moitié de ses emplois.
On comprend que le président de la République, le maire de Paris et le président de Région aient chacun quelques idées derrière la tête. Il semble donc utile de rappeler ici quelques données essentielles telles que les avaient énoncées Benoît Peaucelle, vice Président de la Société Française des Architectes, à l’occasion d’un débat qu’il avait introduit au Club des Vigilants le 24 avril 2007. L’intervention de M. Peaucelle a été résumée dans un dossier intitulé "Urbanisme et crise des banlieues", réalisé en collaboration avec Meriem Sidhoum Delahaye, publié dans le numéro 52 de Vigilances, daté de mai 2007. Nous nous contenterons ici de quelques extraits.
« La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville … Aujourd’hui, la réalité rejoint le sens étymologique du terme … la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement »… « Vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de la capitale. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques ». « La relégation dans les cités occupées par les minorités ethniques correspond à la mondialisation par le bas. A l’autre extrémité on peut placer certains quartiers des grandes villes où domine la classe émergente de la mondialisation. Entre les deux, s’étend l’espace du périurbain pavillonnaire … Comment "faire société" dans une ville qui se défait selon trois directions aussi divergentes ? ». « Quelle est la grande différence entre un collège de centre ville et un collège de ZEP ? Dans le premier, il est plutôt valorisant d’être premier de la classe, alors que, dans le second, c’est dangereux : celui qui réussit devient la cible de la violence de ses camarades. Je connais tant d’adolescents qui pourraient réussir, mais ne se l’autorisent pas par souci de maintenir leurs liens de camaraderie … La carte scolaire, qui était une excellente mesure lorsqu’il y avait une mixité sociale sur le territoire, est devenue une terrible mesure dans les quartiers où une telle mixité n’existe plus ». Questions : Ne sommes-nous pas arrivés au point où des systèmes de bus devraient conduire certains enfants d’une « périphérie » actuellement ghettoïsée jusqu’à des collèges situés au « centre » ? Et, si tel est le cas, à qui devra appartenir la décision ? « Sans volonté politique et consensus des citoyens pour construire et habiter la ville, la polis, la cita, il ne peut y avoir offrande et expression du sens. L’architecture peut donner du sens, mais elle ne peut seule l’inventer sans consensus de la société. Et en l’absence du sens, l’exercice architectural ne sera, au mieux, qu’un exercice de style glacial et désespérant ». D’où l’intérêt d’étudier le projet d’une façon aussi pluridisciplinaire que possible … et avec la participation de citoyens ordinaires.
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De Bruxelles à Rangoun |
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Le Canada n’a pas éclaté. Le Québec n’a pas fait sécession. De référendum en référendum, anglophones et francophones finissent par se réconcilier. Sans doute en ira-t-il de même en Belgique bien que les francophones répugnent à apprendre le néerlandais.
Le maintien d’une identité nationale commune à des ethnies, des langues ou des religions diverses ne va pas de soi. C’est un test vital pour la démocratie. On s’en apercevra bientôt en Ukraine car l’Ukraine comme la Belgique est coupée en deux avec une capitale, Kiev, qui, comme Bruxelles, fait le lien entre deux communautés. Qui dit démocratie dit compromis et chacun sait que les compromis, comme la bonne cuisine, se mitonnent lentement. Plus un pays est divisé, plus la démocratie met du temps à s’installer. L’exemple de l’Irak est frappant : Saddam Hussein était un dictateur épouvantable mais la société se modernisant, le régime aurait été contraint d’évoluer. L’intervention américaine n’a pas accéléré le processus ; elle a, au contraire, ravivé les antagonismes dormants si bien que le pays finira, sans doute, par éclater. Et la Birmanie ? Il est facile de s’indigner de la répression sanglante exercée par des militaires sans scrupules. Mais si ces brutes étaient éliminées demain, il est vraisemblable que l’état d’appauvrissement dans lequel ils ont mis le pays se révèlerait impropre à toute réconciliation nationale. Les diverses minorités qui peuplent la Birmanie risqueraient même de s’entre-égorger. Dans des cas aussi extrêmes, le plus efficace est de semer des graines de modernité et de s’efforcer discrètement de favoriser l’éclosion de compromis durables.
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De la démocratie |
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Malgré leurs errements, les États Unis restent une vraie démocratie. Outre l'incroyable mouvement de balancier qui s'opère en ce moment sur la question des libertés publiques, la totale indifférence que manifeste le pouvoir judiciaire aux pressions du microcosme est une grande leçon alors que la justice française frémit encore d'avoir osé poser des questions à Jacques Chirac.
Je ne souhaite pas particulièrement que l'ancien président aille en prison (je ne le souhaite à personne) mais l'impunité française est parfois difficile à accepter. L'arrogante prestation d'Alain Juppé à Bordeaux suite à son échec aux législatives montre à quel point les fautifs ont chez nous tendance à estimer qu'ils n'ont de compte à rendre à personne et que leur en demander relève du crime de lèse majesté ! Et tous ces élus condamnés et réélus montrent également qu'ils auraient sans doute tort de raisonner autrement.
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Parlez-moi d’amour ! |
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Comme la plupart des citoyens dans la plupart des démocraties, les Français ont envie « d’autre chose ». Avec Sarkozy, ils ont choisi de rompre avec l’immobilisme. C’est un premier pas, un passage obligé. S’il est bien franchi, on ne pourra que s’en réjouir. Restera à définir « l’autre chose ». Le Parti Socialiste en est aujourd’hui incapable mais ses échecs l’obligent à une remise en cause et la quête française d’un « socialisme nouveau » méritera d’être observée.
La première manche va se jouer, dans les mois qui viennent, entre les tenants de la « social démocratie » (qui savent ce qu’ils veulent) et ceux qui cherchent encore. Le problème avec les socio démocrates est qu’en dépit de leur intelligence et de leur sincérité ils demeurent prisonniers d’un idéal passé. Leur référence de prédilection est le Congrès de Bad Godesberg par lequel le parti socialiste allemand, le SPD, a bien voulu reconnaître la réalité de l’économie de marché. C’était en 1959 !
L’ambition, comme le montrent les discours de l’époque, consistait à distribuer plus équitablement les fruits de la croissance, à mettre sur pied une variante efficace de «l’Etat providence », bref, à traduire en termes politiques les analyses économiques du professeur Keynes. C’était un processus fécond quand chaque pays était plus ou moins autonome et que la mondialisation servait seulement de thème à de savantes réflexions.
Depuis Bad Godesberg, 48 ans ont passé et, pendant ce quasi demi siècle, le communisme s’est effondré, le libéralisme a triomphé, la société a profondément évolué. Les jeunes d’aujourd’hui ne rêvent plus de « lendemains qui chantent » mais sont à nouveau capables de chanter des lendemains. Ils ont soif d’idéal, besoin d’écoute, de participation. De ce point de vue, n’en déplaise à Dominique Strauss Kahn ses propos font « vieux jeu ». Certes, il ne va pas aussi loin qu’Alain Juppé, disant, au début des années 90, que la participation était « un truc utilisé par les gouvernements pour faire passer leurs réformes ». Il n’en considère pas moins – et nous sommes en 2007 ! - que c’est « un moyen et non une fin ».
Dans le monde d’aujourd’hui, pourtant, la connexion est partout. Si l’on veut qu’un progrès puisse éclore, il faut que la société se l’approprie. Au lieu de découler d’une loi (que la complexité va bientôt transformer en usine à gaz) il devra résulter d’une multitude d’initiatives qui, formant réseau, s’enrichiront l’une l’autre tant à l’intérieur des frontières que par le cosmopolite mélange de cultures diverses.
Qu’on le souhaite ou qu’on le regrette, l’aspiration à « autre chose » ne pourra être satisfaite que si, grâce à une croissance plus verte et à une fraternité moins abstraite, émerge une mondialité nouvelle. Les enjeux écologiques et le cumul des menaces sont tels que la nouvelle gauche sera connective ou ne sera pas.
S’il fallait inventer un nouveau slogan, le plus simple serait de reprendre le titre d’une vieille chanson : « Parlez-moi d’amour ! ».
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De bouche allemande à oreilles chinoises |
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Le succès mondial du film « La vie des autres » montre que, même si la conception des droits de l’Homme peut varier d’une culture à l’autre, le besoin de liberté n’en est pas moins universel. C’est une leçon politique plus précieuse que bien des ouvrages savants.
Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, rappelons que l’histoire se déroule en Allemagne de l’Est où la police politique, la Stasi, était toute puissante. Comme par hasard, « La vie des autres » n’a pas (encore ?) trouvé de distributeur en Chine mais les DVD piratés se propagent et suscitent des discussions passionnées sur nombre de sites Web et de Blogs. Le fait que ces débats ne fassent pas l’objet de censure est, d’ailleurs, encourageant.
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Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Intérieur |
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Dans une autre vie, plus précisément en l’année 1962, je fus le commissaire de police d’Oullins, dans la banlieue de Lyon, ville considérée comme difficile à l’époque et qui l’est peut-être toujours aujourd’hui.
Or, à l’occasion de la dernière campagne présidentielle ont ressurgi ces notions de prévention et de police de proximité que nos politiques ressortent pour cacher leur impuissance à rétablir la République dans les quelques quartiers qu’ils ont laissé se transformer en ghettos religieux ou communautaires.
Pire, un rapport décrivant une situation d’antagonisme violent entre la police et la population de la Seine-Saint-Denis, inciterait peut-être à donner l’indépendance à ce département.
Certes, nous avons la police la plus nombreuse d’Europe, mais avec des policiers recrutés à des niveaux tels que le concours de gardien de la paix interdit maintenant aux populations peu instruites d’avoir accès, comme à la Libération, à l’ascenseur social qu’était alors la police.
Comment dialoguer et apaiser des conflits quand les protagonistes ne parlent pas le même langage ou n’ont pas eu un vécu commun ?
Vous voulez rendre la police plus proche de nous et faire respecter la République sans coûts ni recrutements supplémentaires ?
Prenez donc en compte ce qui suit :
1 – L’Omerta dans les quartiers :
Qui parle, ou qui a été vu parlant à un policier est « socialement mort ».
Les seuls visiteurs des Commissariats des quartiers dits sensibles sont les seuls plaignants, et encore, la peur est également présente dans ces cas de figure. Le seul avantage de cet absentéisme est de faire baisser les statistiques de la délinquance.
Alors comment rétablir le contact des citoyens avec la Police ?
Madame la Ministre de l’Intérieur devra négocier avec les syndicats de police le retour dans les commissariats des citoyens qui viendront retirer leurs cartes d’identité ou passeports, leurs convocations que les différentes administrations (finances, sécurité sociale, etc…) auront demandé au Commissariat de faire parvenir à leurs destinataires.
Bien sûr ce sont des tâches qui ont été déclarées « indues » en leur temps, mais comment renouer un dialogue avec la population des exclus sans leur faire courir le risque d’être considérés comme des « balances » ?
2 – La présence visible des policiers pour la prévention :
Il suffit de remettre les gardiens en uniforme sur leurs trajets domicile - commissariat (la plus grande difficulté actuelle dans la construction des locaux de police étant de prévoir de grandes surfaces pour accueillir les vestiaires des policiers).
A la Libération, les agents pouvaient justifier leur dénomination de gardiens de la paix car ils sillonnaient les rues en uniforme pour rentrer chez eux à pied ou dans les transports en commun.
3 – Police de proximité vraiment ?
A condition que les Maires et les bailleurs sociaux acceptent de favoriser l’attribution de logements, éventuellement en co-location, pour les policiers célibataires, auprès ou dans les cités considérées à risques, et pour les autres, des logements pour leur famille, dans la circonscription même de leur affectation.
4 – Et la répression ?
Elle ne peut s’exercer, utilement que grâce à l’adhésion d’une population rassurée, ramenée dans les sentiers de la République et qui pourra désigner sans risques ceux qui la maintienne actuellement dans l’acceptation d’une loi qui n’est pas la nôtre ni la leur.
La répression pourra alors s’appliquer exactement là, où et quand il le faut, par des enquêteurs spécialisés et discrets, évitant ainsi des déploiements de force aussi spectaculaires qu’inefficaces.
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Banlieues : crise de la cité |
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La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville. Or, ce qui fait l’esprit de la ville, selon Jacques Donzelot, spécialiste reconnu de la ville contemporaine, c’est le lien entre l’ouvert et le fermé. Ce qui le ruine, c’est le déséquilibre entre les flux et les lieux : quand les flux s’imposent au détriment des lieux comme avec la périurbanisation ; quand les lieux s’imposent au détriment des flux comme avec la relégation.
Qu’en est-il de nos banlieues ? Aujourd’hui, hélas, la réalité rejoint le sens étymologique du terme, dans notre pays, et la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement. Pour trois raisons.
D’abord, on a choisi d’aménager du territoire au-delà de la ville, au lieu d’agrandir la ville. Cette spécificité française se traduit par le nombre très important – 36 000 - de communes et la petite taille de nos villes. Paris compte moins d’habitants que Rome (mais la densité y est plus grande ; Rome compte 2 547 000 habitants sur 1 285 km2 et Paris 2 150 000 habitants sur 105 km2) et quatre fois moins que Londres. Aujourd’hui, vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de Paris. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques et autres voies de contournement. Avec pour conséquence : un double enfermement. Celui de Paris derrière ces "portes" et celui des cités où les murs sont dans les têtes. Ainsi, lorsqu’un journaliste suisse de l’Hebdo de Lausanne, à l’origine du Bondy Blog, donne rendez-vous à un jeune dans un café au Quartier Latin, celui-ci l’interroge : « c’est quelle porte ? Je suis un banlieusard, moi. A Paris, c’est d’après les portes que je m’oriente !».
Ensuite, on n’a pas su non plus créer de vraies villes. Des quartiers de quatre mille logements, comme les 4 000 à La Courneuve, soit de douze à seize mille habitants, auraient pu former une ville. Au lieu de cela, par une politique de zonage irréfléchie, des friches ont été transformées en autant de « cités » d’où le moindre esprit de « cité » au sens de la « polis » grecque ou de la cité romaine est banni. « Qu’est-ce donc qu’une cité, sinon une société de citoyens ayant les mêmes droits ? » écrivait déjà Cicéron (De Republica, I, XXXII, 49). Certes, dans les années 60, il fallait parer au plus pressé : loger les milliers de rapatriés d’Algérie, éradiquer les bidonvilles... Les tours se construisaient à toute vitesse et les cités HLM connaissaient même une part de mixité, favorisée par le relatif confort des logements en comparaison des habitations de centre ville, sans hygiène ni commodités. Depuis, désertées par les derniers « blancs », elles sont devenues le lieu de relégation des minorités ethniques. Les émeutes de l’automne 2005 ont, à cet égard, mis à nu l’aberration "urbanistique" de ces cités. La crise de l’"urbain" dans ces banlieues est telle que l’on peut trouver plus d’urbanité dans certains camps de réfugiés à Gaza. Peut-on, d’ailleurs, parler d’urbain dans le cas de ces quartiers fermés mais non clos, dépourvus de toute image symbolique, où l’espace dit urbain, loin de former un espace interne à la cité, n’est plus que le vide extérieur aux barres ? Comment rêver le monde dans ces conditions ? Quand le lieu où l’on vit n’est pas habitable parce qu’il ne dit rien du monde ?
Enfin, l’aménagement du territoire a été conçu, non pour desservir ces quartiers mais pour les contourner. Ainsi, même si physiquement l’autoroute et le RER desservent Bobigny, ces voies contournent symboliquement les cités de Bobigny. C’est le cas à la périphérie de la plupart de nos villes. On assiste à une véritable logique de séparation. Vaincre cette logique de séparation est, à cet égard, un enjeu social majeur. N’oublions pas que les Romains firent de même aux 2eme et 3eme siècles en enfermant hors des villes les armées de mercenaires dans des camps : ils apprirent à leurs dépens que les mercenaires barbares pouvaient descendre sur Rome et renverser les empereurs. Les murailles d’Aurélien n’y firent rien.
Benoît Peaucelle, Vice président de la Société Française des Architectes
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L’avenir d’une élection |
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L’avenir d’une élection est toujours prévisible… à posteriori. Le choc de 2002, comme la participation record au premier tour de 2007 peuvent s’expliquer par le fait que les Français sont de plus en plus motivés à se prononcer sur la gestion politique… de leurs vies et enjeux quotidiens. Ce phénomène qu’on pourrait taxer un peu rapidement de montée de l’individualisme est en train de définir la clé de la nouvelle citoyenneté.
Une étude sur l’évolution des mentalités des Français datant de 2005 montrait que ceux-ci appréhendent de la même manière ce qu’ils vivent dans leur quartier, dans leur ville, en France et en Europe. A chacun de ces niveaux, c’est le besoin que les choses bougent pour s’agencer ou se « réagencer » autrement qui réunit les Français. La nouvelle citoyenneté trouve probablement ses racines plus dans le quotidien que dans les convictions.
Nos vies ont changé, nous avons intégré l’incertitude dans nos quotidiens. Individuellement, nous savons que nous devons changer, nous adapter. Collectivement, nous comprenons que nous devrons être français différemment pour trouver notre place dans la mondialisation. Nous ne pourrons plus nous appuyer seulement sur nos statuts et nos voleurs phares. C’est difficile mais nous avons fait sur nous-même le travail personnel qui permet de vivre avec, nous avons agencé différemment nos priorités individuelles et nous sommes en train de le faire pour nos priorités collectives.
Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, chacun d’entre nous comme personne, comme citoyen, comme consommateur doit réagir à plus d’informations, de sollicitations, de difficultés et de voies de solutions. De ce fait nous devenons tous à la fois plus vigilants et plus angoissés face à l’avenir. Cela parce que nous avons de plus en plus de moyens et d’occasions de l’être. Plus nous sommes incertains, plus nous sommes impliqués, plus nous sommes exigeants.
Face à ce mouvement qui n’est pas spécifique à la France mais touche progressivement l’ensemble du monde, les deux candidats à la Présidence proposent de rompre avec le passé et de remettre en ordre la société. Toutefois, quel que soit le résultat du second tour, une moitié de la France sera déçue et inquiète, parce que le Président élu n’incarnera pas la posture face à l’avenir dans laquelle ils avaient placé leur espoir. Mais à bien y regarder l’un et l’autre s’attacheront – comme ils l’ont promis - à répondre à la même question : comment faire partager à la France entière le sentiment et la réussite d’une rupture avec ce qui nous empêchait de trouver une place dans l’Europe, dans le Monde et dans l’avenir.
Lors des présidentielles 2007 l’exigence collective s’est manifestée pour la première fois de manière aussi forte et claire. Mais ni les Français dans leur ensemble, ni les dirigeants politiques ne sont encore en mesure de dire vers quelles orientations cette exigence doit être dirigée. Sans répondre à cette question, on peut tout de même dire qu’il nous faudra composer un avenir entre les trois côtés d’un triangle : la France, le Monde, l’Incertitude.
Ce qui frappe dans la vie moderne, c’est que l’avenir apparaît moins lointain qu’auparavant. De l’accélération des changements naissent des inquiétudes plus stressantes et plus complexes, mais naissent aussi des envies de participer différemment. Dans les cent jours qui suivront l’élection nous aurons l’occasion de voir si la rupture souhaitée par les candidats saura répondre à la rupture que nous vivons avec notre futur devenu si incertain.
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Europe : violence juvénile |
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Les Berlinois ont découvert que la délinquance juvénile en réunion a augmenté dans la capitale allemande de plus de 5% en 2006. Plus grave, le recours à des armes a fait un bond de 31%. De leur côté, les Britanniques savent qu'une bonne partie des terroristes impliqués dans les attentats de Londres sont de jeunes citoyens anglais nés en Grande Bretagne mais issus de l'immigration. Et la récente explosion de violence à la gare du nord à Paris rappelle aux Français les émeutes de 2005.
Les politiques de l'immigration en Allemagne, en Angleterre et en France sont inspirées par des paradigmes différents et conduisent à des actions et à des styles juridiques ou policiers parfois opposés. Ici, on encourage le communautarisme, là l'intégration. Ici, on identifie les ethnies, là on interdit de les inclure dans les statistiques. Ici on pratique le droit du sang et là celui du sol. Mais, dans les trois pays, l'échec est patent.
Il semble, dans ces conditions, qu'il faudrait tout reprendre à la base et concevoir une analyse :
- qui serait plurinationale, européenne : repousser la tentation de chaque pays à ne regarder que son cas ; tirer parti des succès et des échecs de chacun des pays européens confrontés à l'immigration.
- qui tenterait de comprendre les microprocessus interpersonnels, sociétaux et économiques qui conduisent à la révolte et au passage à l'acte,
- qui ne limiterait pas son champ d'investigation aux jeunes issus de l'immigration car, en dehors même des « ghettos », nous sommes peut-être en train de fabriquer une jeunesse en révolte contre le système dominant.
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Où sont les visionnaires-négociateurs ? |
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Nous faisons tous comme si l’échéance présidentielle était capitale pour notre avenir et en même temps nous sommes certains que la politique a de moins en moins de prise sur nos destinées personnelles. Comment expliquer ce paradoxe si l’on veut dépasser les explications faciles de la schizophrénie française ou de l’intoxication médiatique ?
Il me semble que ce qui nous pousse à tant investir dans l’élection présidentielle, c’est notre espoir (jusqu’ici toujours déçu) qu’un(e) président(e) peut inverser le cours des choses et rendre sa force à la politique. Nous avons encore en mémoire les mots forts (hélas sans suites) que Jacques Chirac prononçait au soir de son élection de 2002 « pour que la république vive, pour que la nation se rassemble, pour que la politique change ».
Tous les principaux candidats ont compris ce désir des Français de changer d’ère politique et ne cessent de marteler qu’ils veulent rompre avec les pratiques antérieures. Fort bien, mais ont-ils compris quelle rupture était nécessaire ? Leur volontarisme est-il adapté à la réalité de la société française ? Plus je les écoute et plus je suis inquiet car, sous les discours, la façon d’envisager la politique ne change pas. On entend beaucoup de « je veux » mais bien peu d’explications sur la manière de faire. Alexandre Jardin avait raison l’autre jour d’insister sur l’importance du « comment ». Il a créé le site :
commentonfait
Pour ma part, n’ayant pas peur des oxymores, je souhaiterais un « volontarisme modeste » : volontarisme, car il y a bien nécessité de rompre avec les habitudes de penser et de faire ; modeste, parce qu’il est impossible, même au sommet de l’Etat, d’agir sans s’appuyer sur les « envies d’agir » de toute la société. Le volontarisme modeste consiste à cesser de croire que la société est bloquée et que la mission du politique est de la débloquer ; il part du postulat inverse que la société en réseau dans laquelle nous sommes entrés est tout à fait apte à régler elle-même ses dysfonctionnements à condition qu’elle capte un signal clair et fort qui l’incite à s’y mettre.
En ce sens, le président dont nous avons besoin est un visionnaire-négociateur : il doit avoir une vision claire des enjeux et des ressorts sociaux sur lesquels s’appuyer afin de pouvoir ouvrir les 10 chantiers qui renouvelleront en profondeur notre pacte social.
Qui aura la capacité à entrer en négociation permanente avec la société pour co-élaborer les réformes nécessaires et mettre en place les plans de mobilisation sociétale qui en découleront ?
Il ne suffit pas d’écouter les Français puis de reprendre la main entre professionnels de la politique et de l’administration, l’enjeu est de diffuser du pouvoir de faire, à toutes les échelles, bien au-delà des fameux corps intermédiaires qui sont souvent porteurs de la même culture, celle du « faire pour » là où on a besoin d’un « faire avec ». Nous avons besoin d’un président de l’Empowerment des Français, mais je crains que cette conception du pouvoir ne soit pas encore celle de la génération qui arrive aux affaires. Devrons-nous attendre un quart de siècle supplémentaire ?
Hervé Chaygneaud-Dupuy est Délégué général des : ateliersdelacitoyennete
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Vers quel genre de démocratie allons-nous ? |
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Nous ne sommes déjà plus dans une démocratie d’opinion. Jusqu’aux années 70 en France, une large majorité des gens avaient des opinions politiques relativement tranchées et fixes. Ils avaient tendance à se rattacher ou à s’opposer à des catégories, des collectivités, des camps.
Ils avaient été républicains, orléanistes ou légitimistes. Ils se sentaient appartenir à la classe ouvrière, à la bourgeoisie, ils se sentaient communistes, bon Français, catholiques ou antisémites… Ils étaient de droite ou de gauche ou d’extrême gauche.
Il en va tout autrement aujourd’hui. Les Français interviewés par l’Ami Public lors de son enquête sur la société rêvée sentent la droite et la gauche comme des tempéraments ou des cultures floues, parfois complémentaires, plutôt que comme des camps clairement opposés. Presque tous ceux qui se sentent de droite ou de gauche ont un pied dans l’autre camp. On est à droite mais on n’aime pas les partis de droite. On est à gauche mais on n’aime pas les partis de gauche.
Les électeurs éprouvent de grandes difficultés à se positionner. D’après la dernière vague de l’enquête 3SC de Sociovision Cofremca (juillet 2006, 2200 enquêtés de 15 ans et plus) 15% se classent à gauche, 12% à droite, 26% se situent plutôt au centre et 47% ne se rangent ni à droite, ni à gauche ni au centre.
La dimension droite/gauche est ainsi vécue sur des modes complètement différents par la plupart des gens ordinaires et par la classe politique qui joue une opposition théâtrale entre deux camps irréconciliables. Et les citoyens aiment de moins en moins qu’il y ait des camps plus centrés sur la guerre qu’ils se font que sur la résolution des problèmes.
Ce combat théâtralisé entre les camps politiques paraît d’autant plus artificiel que les actions que mènent les uns et les autres paraissent peu différentes. Du coup, les luttes politiques sont souvent perçues par les citoyens comme des combats d’appareils ou de vedettes sur des sujets qui ne sont plus essentiels. Elles contribuent à priver la politique politicienne de sens et ouvrent grand la porte au jeu des intérêts particuliers, des corporatismes et des lobbies qui contribuent à diluer la notion de bien commun et à accentuer la perte de sens.
En fait, en 2007, la plupart des électeurs ont des impressions, des sensibilités, des mouvements de sympathie ou d’antipathie, des impulsions plutôt que des opinions politiques. Ils ne s’identifient plus de façon durable et forte à une communauté ou à une autre mais sont impliqués dans une variété de socio-systèmes qui coexistent ou s’enchevêtrent avec des dominantes qui varient selon les circonstances. Telle ou telle facette de leurs sensibilités est éveillée à un moment donné qui les incite à agir d’une façon ou d’une autre. Nous avons quitté une démocratie d’opinions pour une démocratie d’impulsions.
Les politiciens ont une intuition plus ou moins vague de cette mutation. Il me semble que leurs actions combinent dans des dosages différents trois postures :
- Une posture ancienne à forts relents idéologiques. Ils cherchent à réveiller les idéologies usées ou les intérêts particuliers. Ici un coup de clairon socialiste ou anti-riches. Là, un roulement de tambour sécuritaire, fiscal ou libéral. Il est probable que la grande majorité des électeurs sont peu sensibles à ces appels à la droite ou à la gauche et n’attachent pas une grande crédibilité à ces promesses...
- Une posture tactique qui cherche à caresser dans le sens du poil la variété des sensibilités fluctuantes d’aujourd’hui. Un dosage de petites inflexions tente de s’y ajuster à la lumière des sondages. La complexité et l’instabilité des sensibilités rend l’opération délicate et hasardeuse.
- La troisième posture est celle de la recherche d’un bien commun consensuel. Ceux qui la pratiquent sont à l’écoute attentive des douleurs et des malheurs, à l’affût précoce des processus pervers qui aboutissent ou pourraient aboutir à des malheurs, des conflits ou des paralysies. Si cette posture se généralisait elle nous entraînerait vers une démocratie soignante, une démocratie thérapeutique. Celle qui, sans doute, permettrait au pouvoir de retrouver une symbiose avec la société des gens.
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La fin d’un monde sans fin(alité) |
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La leçon théologique de Benoît XVI comportait un passage sur l’Islam qui, comme on l’a vu, a suscité de violentes réactions. Du coup, d’autres passages ont été occultés dont la phrase suivante qui aurait pu donner matière à réflexion à tout un chacun (croyant ou pas). Selon le Pape, « une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion au niveau des sous cultures est incapable de s’insérer dans le dialogue des cultures ». Loin d’être ringarde, une telle phrase colle à l’actualité puisque l’on constate, de toutes parts, un renouveau de l’aspiration au religieux.
Ce renouveau a un aspect positif car « l’homme ne vit pas que de pain » mais peut égarer des êtres faibles (cf. foisonnement des sectes) et nourrir le fanatisme de ceux qui instrumentalisent la foi pour justifier leur ressentiment (cf. attentats terroristes).
Dans l’univers confortable des démocraties occidentales, c’est surtout la déstructuration de la société qui crée un sentiment de vide. Chacun se demande où est sa place. Les « chefs » ne se sentent plus le droit de commander. Les « subalternes » ne se sentent plus le devoir d’obéir. D’ailleurs, qui est vraiment chef et qui est subalterne ? Les forces sont anonymes, les règles sont abstraites et les grandes entreprises, soumises à l’imperium de la finance, n’ont pas d’autre choix que de délocaliser tout ce qui peut l’être. Ainsi, finissent-elles par considérer leurs salariés comme de simples variables d’ajustement tandis que ceux-ci, réduits à l’état de mercenaires, cherchent à trouver ailleurs une raison d’espérer.
Le phénomène ne touche pas que les actifs : la vie professionnelle est courte ; les jeunes peinent à y entrer ; les vieux en sortent vite et souffrent de solitude ; très nombreux sont ceux qui aspirent à trouver refuge dans une « communauté ». Ainsi, même dans les pays riches, se profile la menace de replis identitaires débouchant sur des antagonismes. D’où le besoin urgent d’un dialogue des cultures et des religions.
La difficulté est immense car comment pourrait-il y avoir dialogue des religions si chacune reste assise sur ses dogmes et refuse toute contextualisation de ses préceptes ? Certains intellectuels comme Mahmoud Hussein ont beau être musulmans, ils reconnaissent volontiers que, si certains versets du Coran ont une portée générale, d’autres se rapportent à des problèmes propres aux Arabes du VII ème siècle. De même, parmi les multiples interdits alimentaires que comporte la Loi juive, beaucoup semblent relever de soucis d’hygiène dus à l’époque et au climat.
Qu’il soit donc permis à un profane de pousser l’irrespect jusqu’à contextualiser la Genèse. Ce texte, particulièrement sacré dans les religions monothéistes, fait de l’Homme le maître de l’univers. A lui de domestiquer les animaux. A lui de dompter la nature. Cette mission, si mission il y avait, est maintenant accomplie et sa logique apparaît dépassée. Le gaspillage et l’épuisement de certaines ressources telles que l’eau, les combustibles fossiles et la biodiversité sont tels que l’Homme fait figure de prédateur.
Au risque de déplaire à de nombreux adeptes de plusieurs religions mais en espérant qu’ils reconnaîtront ma bonne volonté, j’en arrive à formuler un vœu : le vœu que le dialogue des religions (y compris des quasi religions que sont les philosophies orientales) s’accompagne de l’acceptation d’un devoir commun à tous les Hommes. La survie de l’espèce et la sauvegarde de la Terre sont en jeu. Elles peuvent servir de liens. Avant qu’il soit trop tard.
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Mémoire poubelle |
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« La culture, disait Edouard Herriot, est ce qu’il reste quand on a tout oublié ». Dans cet esprit, la mémoire doit être sélective et l’éducation servir de terrain d’entraînement pour filtrer l’essentiel et éjecter l’accessoire. Or, quelle est la mode aujourd’hui ?
Des jeux comme « Quid », « Trivial pursuit » ou des émissions comme « Qui veut gagner des millions » privilégient la « mémoire attrape tout » au détriment de la « mémoire filtre ». Parallèlement, de plus en plus d’épreuves d’examens se présentent sous forme de « QCM ». Les copies sont faciles à corriger mais les connaissances stériles priment sur les raisonnements féconds.
De même, de plus en plus de musées renoncent à rendre hommage à des œuvres sélectionnées et choisissent de présenter en vrac tout ce qu’ils ont pu rassembler sur tel ou tel sujet, tel ou tel lieu ou même telle ou telle manie. Comment voulez-vous qu’un « Honnête homme » s’y retrouve ? Comment voulez-vous qu’un jeune sache que l’Histoire n’est pas faite uniquement de dates et de noms, qu’il y a de la longue durée, des bifurcations, des occasions manquées, des succès inattendus, bref, matière à réflexion ?
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L’Europe du sport |
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Le golf est un sport moins populaire que le foot mais, pour le bien de l’Europe, la Ryder Cup pourrait servir d’exemple. En Irlande, deux équipes se sont affrontées récemment ; l’une représentait les Etats-Unis, l’autre l’Europe. L’Europe a gagné, elle aurait pu perdre, là n’est pas le sujet. L’important est qu’il y avait une équipe européenne qui incluait des champions de diverses nationalités. Pourquoi pas, pour le foot, une confrontation Europe/Amérique Latine ou Europe/Amérique Latine/Afrique ? De même pour d’autres sports. Un patriotisme sportif européen reste à construire.
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Vous allez voir ce que vous allez voir… |
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Telle était la teneur des propos tenus l’année dernière par E. Leclerc lorsqu’il bataillait pour pouvoir implanter des stations-service d’autoroutes. Il lançait alors des anathèmes contre le « lobby » des pétroliers et promettait, s’il obtenait satisfaction, des baisses de prix spectaculaires. Finalement E. Leclerc parvint à ses fins et put installer des pompes Leclerc sur un certain nombre d’autoroutes.
Le résultat est éloquent. Les stations Leclerc affichent des prix rigoureusement identiques à ceux des stations voisines : Monsieur Leclerc a rejoint ce qu’il appelait le lobby. Quant arrêtera-t-on de prendre les consommateurs pour des gogos ?
La France irait beaucoup mieux si ses « élites » politiques et économiques mettaient leurs actes en ligne avec leurs dires (et inversement). C’est le minimum de l’honnêteté intellectuelle devenue, malheureusement, une vertu passéiste. Le succès de Mme Royal tient pour beaucoup à cette exigence de nos concitoyens.
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On veut un bébé ! |
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Le bébé est tendance. Dans les magazines people, les stars aiment se faire photographier enceintes ou, au moins, afficher un désir d’enfant. Rares sont celles qui se vantent encore d’accumuler les conquêtes. D’aucuns pensent que ce retour de balancier est salutaire. D’autres, comme Elisabeth Badinter, estiment que le regain proclamé de valeurs prétendument féminines traduit une régression.
« Quand je vois, a-t-elle déclaré dans un entretien télévisé, certaines femmes qui ont fait de bonnes études et qui ont un travail intéressant vouloir tout abandonner pour s’adonner à l’éducation de leurs enfants, je suis horrifiée ». Selon elle, il a fallu des décennies pour que les femmes acquièrent leur indépendance financière sans laquelle il n’y a pas d’indépendance tout court.
Mais si de plus en plus de femmes ne veulent plus se « comporter en hommes », il y a aussi de plus en plus d’hommes qui ne veulent plus se « comporter en femmes » et prétendent vouloir lutter contre ce qu’ils considèrent comme un abandon généralisé de toute virilité. Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier, des femmes deviennent présidentes, chancelières ou Premier ministres. Vers quoi nous propulse donc la modernité ? Vers plus d’uniformisation ? Vers davantage de différenciation ? Probablement vers les deux à la fois !
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