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Chine : le développement entre dans sa 3ème phase |
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Le régime communiste chinois aborde une troisième étape qui, d’après les calculs des dirigeants actuels, devrait s’étaler sur une trentaine d’années. Leur raisonnement est simple. Sous Mao des souffrances ont été infligées mais l’unité et la souveraineté du pays ont été assurées.
Sous Deng les frontières ont été ouvertes aux investissements étrangers et la Chine est devenue « l’usine du monde ». Il s’agit maintenant d’asseoir la puissance de la République populaire en réduisant sa dépendance à l’égard des Etats-Unis et de leur dollar. A cette fin, il faut développer le marché intérieur et transformer progressivement le Yuan en monnaie convertible. La stratégie est à long terme mais sa mise en œuvre a déjà commencé. L’Etat, dont les coffres sont pleins, peut se permettre de conjuguer son plan de relance par les investissements avec le démarrage d’une assurance maladie et l’ébauche d’un système de retraites. Ainsi, les Chinois « fourmis » pourraient-ils commencer à devenir « cigales », c'est-à-dire à consommer et à faire croître le marché intérieur. Pour ce qui est du Yuan, les dirigeants actuels n’oublient pas que, pour amorcer l’industrialisation de la Chine, Deng avait créé des « zones économiques spéciales » qui, comme par hasard, étaient situées juste en face des grandes concentrations de Chinois d’Outre mer. Ce serait dans ces zones là (plus Hong-Kong) que des premières expériences seraient tentées. Peu à peu, Hong-Kong deviendrait la place financière privilégiée pour le commerce inter asiatique lequel finirait par se régler en Yuans plutôt qu’en dollars.
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Le monde vu de … |
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L’avion puis Internet ont aboli les distances mais seulement entamé les frontières mentales. Selon que vous habitez Paris, Pékin, Johannesburg ou Téhéran, votre vision du monde est forcément différente. L’Histoire a laissé son empreinte. La géographie est ce qu’elle est.
Plus les relations touristiques, commerciales, financières et politiques s’intensifient, plus le décalage intellectuel et affectif devient dangereux. Les difficultés économiques, la poussée démographique (prévue jusqu’en 2050) et les périls écologiques vont multiplier les sources de conflits ; si l’on ne se comprend pas, ce sera terrible. Pour mieux se comprendre, il faudrait, d’abord – c’est un minimum – disposer de plusieurs planisphères dont les centres seraient situés en différents points du globe. Ils seraient distribués dans les avions, les navires et les trains internationaux en fonction de leur destination. Ils figureraient en tête de tous les guides touristiques. Peut-être même y aurait-il place pour une nouvelle collection qui s’intitulerait « Le monde vu de … » : elle permettrait de voyager, non seulement sur des routes et à travers des rues mais dans les mentalités et les comportements. Les médias, tous les médias, ont un rôle à jouer encore plus important. Prenons la télévision. Une première approche consisterait à assortir, plus systématiquement qu’aujourd’hui, les reportages de cartes adéquates, c’est-à-dire de cartes dont le centre serait situé là où se déroule l’évènement dont on parle. Au-delà de ce minimum, plusieurs démarches complémentaires pourraient nourrir des émissions. Exemple : suivre l’actualité (d’une semaine ?) avec les yeux d’autrui : les images et les commentaires seraient trouvés, au moins en grande partie, dans les télévisions locales. Autre exemple : traiter un évènement particulièrement important sur le plan mondial en montrant ce qu’en disent différentes télés sur différents points du globe. Plus généralement, comment se faire une idée de l’évolution de la crise économique mondiale si l’on n’entend pas divers sons de cloche venant de Hong-Kong, de New York, de Francfort, de Sao Polo, etc. ? « Le poids des mots et le choc des photos » ne sont pas les mêmes partout. Montrer les différences comblerait un vide. Un vide qui, bientôt, pourrait donner le vertige.
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L'Empire du Milieu déclare la guerre des changes ! |
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La Chine a engagé un processus de baisse du yuan. Alors que depuis des mois les économies internationales insistent sur le niveau jugé sous-évalué du yuan ...
Voilà que la Chine est tentée par une dévaluation de sa monnaie afin de favoriser sa propre croissance. Déjà qu'elle possédait un avantage redoutable sur le marché de l'export, la voilà qui laisse filer sa devise par rapport au dollar. Est-ce une provocation vis-à-vis du nouveau président Obama, signal d’un combat annoncé pour le leadership du monde ou un bien un test de ses concurrents et fournisseurs mondiaux vis-à-vis d'une éventuelle envie de protectionnisme ?
Nous le saurons rapidement… Rappelons nous le vieil adage chinois : « Faire du bruit à l’Est mais attaquer à l’Ouest ! » ( Ancien traité chinois de stratégie militaire )
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Une indignation sélective |
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Je ne sais pas si l'on doit s'en réjouir ou s'en attrister, mais je constate que Madame Angela Merkel, Messieurs Bush, Brown, et tant d'autres dirigeants ont reçu le Dalai Lama, dans leur propres pays, et ne se sont attirés que de molles remontrances de la part de la Chine.
Pourquoi, alors que Nicolas Sarkozy n’a pas reçu le Dalai Lama en France mais a passé une demi-heure avec lui en Pologne, la France serait-elle singularisée par la Chine qui la menace de toutes sortes de mesures de rétorsion ???? Parce que nous sommes plus forts ou parceque nous sommes plus vulnérables que les autres ???
Parce que nous nous agitons plus et sommes plus visibles car nous nous sentons investis, plus que d'autres, d'une mission sacrée ???
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L’impuissance et la gloire |
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Dans le monde d’aujourd’hui, les médailles d’or pèsent plus lourd que les prix Nobel. Pour devenir n°1 aux Jeux Olympiques de Pékin, la Chine n’a pas lésiné. 400.000 jeunes ont été testés. 200.000 entraînés pour devenir des athlètes professionnels, plusieurs centaines de millions d’euros dépensés. Il fallait à tout prix que l’Empire du milieu retrouve son rang et affiche sa supériorité.
La machine a été implacable. Nombre de sportifs ont craqué mais le résultat a été conforme aux espoirs : 51 médailles d’or contre 36 pour les Etats-Unis. La puissance et la gloire. Dis-moi qui tu applaudis, je te dirai qui tu es. De ce point de vue, si la Chine est unie, l’Europe ne l’est pas. Les Français n’ont applaudi que les Français, les Anglais n’ont applaudi que les Anglais, etc., etc. … Il suffisait d’observer des téléspectateurs pour s’apercevoir que lorsqu’un compatriote n’était pas en lice, ils ne reportaient pas leurs espoirs sur un autre Européen. Pourtant, si l’on additionne les médailles obtenues par les 27 pays de l’Union Européenne, on arrive à un total de 287 ; soit davantage que la Chine et les Etats-Unis réunis (210). Pour les médailles d’or, le résultat est moins époustouflant mais quand même éblouissant (88 pour l’UE contre 87 pour la Chine et les Etats-Unis). Certes, les chiffres de l’UE sont, en partie, fictifs. Si la sélection des athlètes avait été européenne, certains, qui ont obtenu une médaille, auraient sans doute été écartés. Il n’empêche que, sur le plan sportif comme sur les autres, l’Europe pourrait être fière d’elle-même au lieu de se complaire dans l’impuissance et de se résigner à l’absence de gloire.
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Vers le prochain cyber-conflit |
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Certaines puissances majeures l'avaient annoncé plus ou moins officiellement : leurs armées se préparent à la guerre informatique. La Chine, on le sait, a mené avec succès un certain nombre d'offensives et d'intrusions à l'encontre de systèmes gouvernementaux.
Le mois dernier, le centre de cyber-commandement de l'armée américaine a lancé plusieurs appels d'offres relatifs à la conception d'un terrain de simulation de batailles numériques sur Internet, et à la mise au point d'un botnet militaire, arme capable de prendre le contrôle de centaines de milliers d'ordinateurs pour lancer des attaques ou pour dérober de l'information, selon le principe annoncé des « 5 D » : deceive, deny, disrupt, degrade, destroy. La France prend conscience du problème. Le récent Livre Blanc de la Défense exprime la volonté de doter le pays de capacités défensives et offensives pour faire face aux attaques informatiques. Le terrain virtuel que représente Internet n'est désormais plus seulement l'apanage des organisations publiques ou privées, des internautes et des adolescents férus de téléchargements et de discussions en ligne. Les mafias en ont fait leur zone de non-droit. Surtout, de plus en plus d'États commencent à y percevoir des enjeux réellement stratégiques. Les différents scénarios catastrophe imaginés par certains réalisateurs de films hollywoodiens à grande audience ne font plus seulement sourire les incrédules, mais interpellent les états-majors et dirigeants des différentes nations. Reste à savoir ce qui se passerait en cas de conflit Internet majeur. Quel serait l'impact sur la multitude d'entreprises et d'organismes utilisant Internet sans se douter une seule seconde que cette menace pourrait bien se réaliser ? Il y a fort à parier que la grande majorité de ces entités ne seraient pas en mesure de réagir de manière adéquate en temps voulu.
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De Tchernobyl au Sichuan |
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En 1986, la catastrophe de Tchernobyl a souligné l’incompétence des autorités soviétiques et contribué à la chute du régime. Cette année, le tremblement de terre du Sichuan semble montrer, à l’inverse, que les autorités chinoises savent faire preuve de réactivité.
Au lieu de désinformer l’opinion, elles ont encouragé les médias à couvrir l’évènement sans rien cacher de sa gravité. Un élan populaire en a résulté. Les bonnes volontés et les dons se sont multipliés. La cohésion nationale loin de se disloquer s’est renforcée. Il est prévu que, chauvinisme aidant, elle se renforce encore à l’occasion des Jeux Olympiques. A moins que … un évènement nouveau ou une faute politique provoque un rejet.
L’évènement nouveau pourrait être une rupture de barrages, imprudemment construits sur des terrains prédisposés aux secousses sismiques. Aux yeux du peuple, il ne s’agirait plus alors d’une catastrophe « naturelle » mais bel et bien d’incurie.
La faute politique consisterait, pour les autorités, à fermer les yeux sur les défauts de construction qui ont fragilisé des écoles toutes neuves et entraîné la mort de milliers d’enfants. Qui dit défaut de construction dit détournement de fonds et donc corruption. Les familles des victimes, les bénévoles qui ont aidé les secouristes et, plus généralement, les téléspectateurs, émus par le drame, demandent réparation et même crient « vengeance ! ». Le laxisme ferait figure de complicité.
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Carrefour, un bouc émissaire temporaire |
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Au-delà des manifestations contre Carrefour, les conséquences sociales d’un ralentissement de l’expansion économique inquiète les autorités chinoises qui considèrent que le pays doit créer dix millions d’emplois nouveaux par an pour répondre à l’augmentation constante de la population urbaine.
Or, pendant les cinq dernières années, chaque point de croissance du PIB a entraîné une création de l’ordre de 850 000 emplois nouveaux. Dès lors, une croissance inférieure à 11% pèse sur le chômage et une croissance de 8% est qualifiée de récession. Alors qu’un ralentissement sensible était attendu pour le premier trimestre, l’économie chinoise a encore étonné. Elle a bondi de 10,6% pendant cette période. Certes, cette performance est en retrait par rapport au chiffre – récemment révisé à la hausse – de 11,9% d’augmentation du PIB pour l’année 2007, mais encore bien supérieure au taux de croissance de 9,3% prévu par le FMI pour l’année en cours.
Cependant, le problème le plus urgent pour les autorités chinoises demeure le contrôle de l’inflation qui s’est maintenue à 8,3% en mars après une poussée à 8,7% le mois précédent. Les manifestations anti-françaises accommodent le pouvoir central car elles détournent les préoccupations de l’opinion publique de l’augmentation des prix des carburants ainsi que de la chute de la bourse de Shanghai de 50% depuis octobre dernier. Si la réalité économique devait s’aggraver, il est peu probable que la paix sociale puisse se satisfaire longtemps de ce genre de pansements, même de Carrefour.
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Le fardeau de l’homme Han |
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Les Européens ont la mémoire courte. Ils reprochent aux Chinois de faire actuellement au Tibet ce qu’eux-mêmes ont fait pendant des siècles sur tous les continents. Peut-être les Chinois feront-ils preuve de repentance dans une centaine d’années.
En attendant, ils emploient les mêmes arguments que les Européens employaient naguère pour justifier le colonialisme. A les croire, ils apportent la modernité, le bien-être, des hôpitaux et des écoles dans un Tibet féodal où les paysans étaient des serfs à la disposition des moines. C’est en quelque sorte une mission civilisatrice. Le fardeau de l’homme Han a remplacé « le fardeau de l’homme blanc ». Quel dommage que les bénéficiaires ne soient pas tous reconnaissants !
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Vers un rapprochement sino-russe |
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Deng Xiaoping détestait et même méprisait Mikhaïl Gorbatchev. Il était convaincu que la « Glasnost » (plus de libertés politiques) allait gâcher la « Perestroïka » (plus de libertés économiques) et que le tout aboutirait à une débandade du parti communiste. Lui-même avait fait donner la troupe contre les manifestants de Tian’anmen et pensait que le capitalisme pouvait parfaitement s’accommoder d’un régime autoritaire.
De toute façon, la démocratie, selon lui, devait commencer par être "consultative". Hu Jintao, son lointain successeur, reste fidèle à la ligne tout en cherchant à l’adapter.
Son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas loin de partager ses conceptions et, à défaut de pouvoir ressusciter l’URSS, s’efforce de rétablir l’autorité. Les valeurs morales prônées, tant en Chine qu’en Russie, étant teintées de nationalisme, il n’y a plus d’obstacle à une éventuelle entente si les deux pays y trouvent intérêt. Tel semble être le cas aujourd’hui.
D’abord, la Chine et la Russie ont à faire face à des quasi rebellions musulmanes. La « région autonome » ouïgoure du Xinjiang d’un côté, la Tchétchénie et ses environs de l’autre, sont des repaires à terroristes que Moscou et Pékin regardent d’un même œil. Surtout, la Chine et la Russie ne veulent pas que les Etats-Unis soient maîtres du monde et savent qu’elles se feront d’autant mieux entendre qu’elles agiront de concert. Comme elles commencent à le faire en Asie Centrale.
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Casse tête chinois |
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Malgré la capacité des autorités chinoises à manier les masses, le rythme de la croissance économique commence à poser problème. Les dilemmes s’accumulent comme, par exemple, celui de l’exode rural. S’il est favorisé, il y aura un goulot d’étranglement dans les capacités de construction urbaine ; s’il est freiné, le coût de la main d’œuvre industrielle se mettra à grimper.
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De bouche allemande à oreilles chinoises |
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Le succès mondial du film « La vie des autres » montre que, même si la conception des droits de l’Homme peut varier d’une culture à l’autre, le besoin de liberté n’en est pas moins universel. C’est une leçon politique plus précieuse que bien des ouvrages savants.
Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, rappelons que l’histoire se déroule en Allemagne de l’Est où la police politique, la Stasi, était toute puissante. Comme par hasard, « La vie des autres » n’a pas (encore ?) trouvé de distributeur en Chine mais les DVD piratés se propagent et suscitent des discussions passionnées sur nombre de sites Web et de Blogs. Le fait que ces débats ne fassent pas l’objet de censure est, d’ailleurs, encourageant.
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De Trotski à Guizot |
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Avant d’être assassiné dans son exil mexicain, Trotski a consacré son intelligence à déceler les failles du système stalinien. Il a notamment souligné que les hiérarques du régime jouissaient d’avantages matériels considérables qu’ils ne pouvaient légalement transmettre à leurs enfants. Il en déduisait que, faute d’un idéal vraiment communiste qui réduirait les privilèges, le rétablissement de la propriété privée finirait par s’imposer. La chute de l’URSS s’est produite avant que sa prédiction put s’y réaliser.
Le PC chinois, lui, est allé au bout de la logique. La propriété a désormais droit de cité. Des fortunes se créent. Elles sont transmissibles. Les hiérarques en profitent mais ne sont pas les seuls. Plus de dix millions de Chinois possèdent des actions.
Plusieurs ouvrages et de nombreuses thèses sont consacrés à Guizot, cet homme d’Etat français qui, en 1840, s’est rendu célèbre en lançant la formule : « Eclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France ». Remplacez le mot France par le mot Chine, vous croirez entendre Deng Xiaoping.
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Chine : le vert et le noir |
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Prise de conscience ou hypocrisie ? Voilà, dit un correspondant chinois, une façon bien occidentale de s’interroger. Au pays du yin et du yang, la vie se charge d’harmoniser les contraires, le mouvement se prouve en marchant. Mieux vaudrait pourtant savoir vers quoi marche la Chine, vers quoi elle entraîne le monde.
Yin, le programme économique défini par le Premier ministre Wen Jiabao qui souligne la nécessité du développement durable et les dangers d’une croissance effrénée. Yang, le rythme continu de cette même croissance.
Yin, la ville nouvelle qui, aux environs de Pékin, sera montrée aux étrangers qui viendront l’année prochaine pour les jeux olympiques. Yang, les grattes ciel qui continuent d’être construits avec air conditionné à tous les étages.
Yin, les immenses projets de liquéfaction du charbon qui devraient permettre de limiter les émissions de Co2. Yang, le maintien en service (et même l’extension) d’anciennes centrales qui sont les plus polluantes du monde.
Entre ces Yin et ces Yang s’engage une course de vitesse. Tous les pays partenaires de la Chine, à l’OMC ou ailleurs, sont concernés.
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Chinois gourmands mais pas pressés |
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Deux chiffres méritent d’être rapprochés. En 2006, l’ensemble des fusions et acquisitions en Europe a mobilisé environ 1.500 milliards de dollars. A la même époque, les réserves de change accumulées par la Banque Nationale de Chine ont franchi le seuil des 1.000 milliards de dollars. Si elle l’avait voulu, la Banque de Chine aurait donc pu acheter les 2/3 de toutes les entreprises qui ont été vendues en Europe.
On calcule de la même façon, que le montant des réserves chinoises correspond à peu près à la capitalisation boursière des trois principales firmes américaines : Exxon Mobil, General Electric et Microsoft. De là à redouter une offensive sur les joyaux de couronne occidentale, il n’y a qu’un pas. A ne pas franchir.
Les Chinois nourrissent des rêves de revanche mais ne peuvent avoir envie d’asséner des coups qui, dans l’état actuel des choses, provoqueraient de sévères représailles. Leur puissance doit avancer masquée et leur emprise s’imposer pas à pas. Pas question, pour l’instant, d’attaquer, en Amérique et en Europe, les plus grosses entreprises. Mieux vaut conquérir des parts de marché en leur achetant des filiales. Mieux vaut surtout, avaler des entreprises moyennes à fort contenu technologique. En économie, comme à table, l’appétit vient en mangeant. Inutile d’être glouton.
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L’Histoire passe, la Géographie reste |
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Stratèges et économistes d’aujourd’hui découvrent que l’Allemagne est au centre de l’Europe. Quelle découverte ! Elle l’était déjà en 1913. Des ambitions démesurées, deux guerres mondiales et des millions de morts n’ont pas, fondamentalement, changé la géographie.
L’Allemagne retrouve ses marques. Comme avant 1914, elle construit des pipelines en Russie et investit en Tchéquie. La Deutsche Bahn fait rayonner ses trains à l’Ouest comme à l’Est. L’Union Européenne ressemble à un « zollverein » élargi.
De même pour la Chine. On redécouvre aujourd’hui que « l’Empire du Milieu » est au centre le l’Asie. Pendant la colonisation, on avait l’oublié. Pendant le maoïsme, on préférait ne pas y penser. Puis, avec la mondialisation, on a cru que la conquête des marchés américains et européens était l’unique obsession de la nouvelle Chine. On s’aperçoit, enfin, que son pouvoir d’attraction s’exerce (ou, en tout cas veut s’exercer) prioritairement sur les pays qui, naguère, étaient les protégés de l’empire.
Et l’Iran ? Certains ont fait fi de sa position stratégique qui, pourtant, est immuable. La nation perse a connu des éclipses mais le pays a toujours rebondi. Si, demain, le gouvernement américain décidait de détruire son potentiel économique, l’Iran retrouverait, tôt ou tard, son rang de puissance régionale.
Pour comprendre le monde, le plus simple est de dessiner plusieurs cartes avec, pour chacune, un centre différent. Le monde « vu de », voilà la clef de toutes les politiques étrangères.
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La Chine, grande puissance spatiale |
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Le 11 janvier dernier, la Chine a réussi pour la première fois à détruire l’un de ses satellites en utilisant un missile balistique. Cette opération, détectée par les services américains et confirmée par la Chine après un silence de douze jours, a entraîné les protestations des Etats-Unis, du Japon ou de l’Australie, entre autres, mais peu de réactions en Europe.
La destruction d’un satellite par un missile pose deux problèmes majeurs. Le premier, dans le domaine civil, est celui de la sécurité dans l’espace : le satellite s’est désintégré en plusieurs centaines de débris, dont chacun pourrait entrer en collision avec d’autres objets spatiaux, déclenchant ainsi une réaction en chaîne qui menacerait la sécurité dans l’espace, notamment pour les missions habitées. Le second problème est d’ordre militaire et stratégique, car cette nouvelle capacité de la Chine à détruire satellites et autres objets spatiaux pourrait évidemment être utilisée à des fins militaires et de ce point de vue, ce test s’apparente fort à un essai d’arme anti-satellite. Le risque est celui d’une militarisation de l’espace, comme on pouvait le craindre durant les années 80 lorsque les Etats-Unis et l’URSS procédaient à des tests similaires. La Chine a rejeté les protestations des Etats-Unis et de leurs alliés en indiquant qu’elle excluait toute course aux armements dans l’espace.
Ce test démontre en tout cas la volonté qu’a la Chine de s’affirmer comme grande puissance spatiale tant dans le domaine civil que militaire, du moins potentiellement. Cela permet sans doute de mieux comprendre les raisons qui la conduisent, alors qu’elle est partenaire du programme européen Galileo, à se lancer dans son propre système de navigation par satellites Beidou, dont le premier vient d’être lancé le 10 février.
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Japon : défense du pays et patriotisme |
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La diète japonaise a voté, le 15 décembre, deux lois qui ont valeur de signal : elles annoncent en effet des évolutions en profondeur de la politique de défense japonaise, et plus largement du rôle international que le Japon entend jouer en Asie et sur la scène internationale.
La première concerne l’Agence de défense qui, à partir du 1er janvier prochain, deviendra un ministère à part entière : ce changement de statut n’aura pas de conséquences pratiques immédiates, mais il indique l’importance accordée par le gouvernement japonais aux questions de défense et préfigure, sans doute, des changements plus importants dans le positionnement stratégique du pays, actuellement bridé par la Constitution pacifiste de 1947.
La seconde est une loi réformant la législation de 1947 sur l’éducation. Une des dispositions votées le 15 décembre demande aux écoles publiques de « cultiver les attitudes... qui aiment la nation et la patrie » et pour ce faire, d’introduire des cours visant à développer « l’esprit civique et le patriotisme ».
Ces deux lois sont liées. Le Japon, traumatisé par la longue crise des années 90, aspire à retrouver sa fierté nationale, d’où cette nouvelle législation sur l’éducation. Par ailleurs, face aux ambitions de la Chine, il souhaite jouer un rôle régional majeur, non seulement sur le plan économique mais aussi politique et stratégique. La loi votée le 15 décembre est un premier pas ; d’autres suivront. Pour l’instant l’option nucléaire est exclue : le Premier ministre Abe vient de le rappeler, le 16 décembre, à son homologue indien, message indirect à Pékin, qui s’inquiète des évolutions en cours au Japon.
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Chine : après Westinghouse viendra Areva |
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La commande chinoise de 4 réacteurs APWR 1000 à Westinghouse ne constitue pas, à mes yeux, un échec technique et/ou commercial pour Areva. La décision, essentiellement politique, doit être vue dans le contexte d’un marchandage sino-américain dont nous ne connaissons pas les arcanes.
Comment expliquer autrement le choix d’un type de réacteur de conception ancienne (plus de 10 ans), dont la puissance est limitée à 1000 MWe pour des raisons techniques et qui n’a jamais été commandé ni réalisé par qui que ce soit ?
Les très grands besoins en énergie de la Chine, associés à la relative difficulté de trouver des sites de préférence côtiers ou sur les grands fleuves, militent pour installer sur chaque site la puissance la plus élevée possible. Avec ses 1 600 MW par tranche, l’EPR est le mieux adapté aux besoins chinois.
Les difficultés rencontrées actuellement par Areva en Finlande pour la construction du premier EPR n’ont, à mon avis, joué aucun rôle dans la décision chinoise. Au contraire, il est préférable et rassurant de construire sur les traces d’une première réalisation qui règle pas à pas les problèmes inhérents à un premier de série.
Et je ne crois pas davantage à une sorte de rétorsion exercée par les Chinois à l’égard d’Areva qui n’a pas accepté de mettre la technologie de l’EPR à leur totale dispositon. Aucune société au monde ne donne gratuitement sa technologie la plus récente et je pense qu’Areva à eu raison d’agir de la sorte. Ceci d’autant plus que les Chinois peuvent disposer librement de la technologie des réacteurs de 1000 MWe que nous leur avons vendu à Daya-Bay et Ling-Ao.
Au total, je serais surpris que les Chinois ne lancent pas à Areva une corde de rappel à une échéance plus ou moins rapprochée. Ils sont trop avisés pour se priver d’un concept aussi moderne et avancé que l’est l’EPR et répondant aussi bien à leurs besoins.
J.-C. Leny, Ancien Président de Framatome
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La Chine ou la soif d'énergie |
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La Chine est d'ores et déjà un acteur majeur de l'économie mondiale. Ses besoins énergétiques vont aller croissant. Il en est de même pour les pays occidentaux. Leurs chemins vont donc se croiser sur la route de l'or noir, en particulier au Moyen Orient, région symbole de l'instabilité politique.
La croissance économique, à des taux à deux chiffres ou presque (toute statistique chinoise est à considérer avec la plus grande prudence), d’un pays de plus d’un milliard d’habitants ne peut se faire qu’accompagnée par un développement non moins spectaculaire de la demande en énergie. J’emploie à dessein le terme de développement et non de croissance. En effet les années 90 ont connu une croissance extraordinaire du PNB chinois et, fait extraordinaire, des chiffres de demande énergétique qui furent en baisse à la fin de la décennie.
Cette baisse, en termes absolus, que l’on ne peut nier, cachait des phénomènes paradoxaux qui ne sont que la traduction de la coexistence de secteurs économiques séparés en fait par des siècles de développement économique.
D’un côté le 21ème siècle symbolisé par la centrale nucléaire de Daya Bay, les satellites, les plates-formes pétrolières offshore de Nanhai ou le rachat de la division ordinateurs d'IBM, de l’autre une industrie charbonnière souvent digne de l’iconographie du Far West .et qui connaît des accidents majeurs à répétition que l'on ne peut plus cacher, progrès de l'information aidant. Les autorités chinoises se sont enfin décidées à lutter contre cette image calamiteuse de la Chine.
N’oublions pas que le charbon a été l’énergie de la révolution chinoise et qu’il reste de très loin prépondérant dans l’économie énergétique de la RPC. La Chine a les plus grosses réserves mondiales de charbon et le recours à ce combustible se justifiait parfaitement.
Jusqu’à la fin du 2Oeme siècle la production charbonnière chinoise a été le fait, pour une énorme part, d’exploitations minuscules, à flanc de montagnes d’où l’on voyait sortir des wagonnets poussés par des hommes. Les logements individuels étaient (et sont toujours) chauffés grâce à des briquettes de charbon, servant aussi à la cuisine.
Les autorités chinoises, dont le nouveau credo était le développement économique, se trouvèrent face à un gigantesque réservoir d’économies d’énergie potentielles. Naturellement dans un tel contexte les premiers efforts donnent les résultats les plus spectaculaires et c’est ce qui se produisit en Chine grâce à la rationalisation de la production du charbon, à la fermeture d’innombrables petites mines, au développement des GPL et du gaz etc., conduisant au paradoxe apparent cité précédemment.
Si l’on compare la Chine aux économies européennes, il reste pour l’Empire du milieu un très long chemin à parcourir avant d’atteindre les taux d’efficacité énergétique que nous connaissons. Ce long chemin trouvera sa traduction pendant encore plusieurs décennies par des statistiques énergétiques qui pourront paraître surprenantes en première analyse.
Si le charbon a joué un rôle fondamental en Chine et s’il continuera à tenir, dans le court terme, la première place dans le mix énergétique, il n’en reste pas moins vrai que tout modèle de développement économique est actuellement basé sur le recours aux hydrocarbures. Cela tient pour une grande part au développement des transports routiers dont la source d’énergie est soit l’essence soit le gazole.
Qui plus est, le charbon chinois est, en général, de mauvaise qualité, à faible pouvoir calorifique et à forte teneur en soufre donc fortement polluant, ce qui obère considérablement son utilisation directe ou indirecte (transformation en hydrocarbures liquides, voie suivie en leur temps par l’Allemagne et l’Afrique du sud). En outre les gisements sont géographiquement dispersés, loin des centres de consommation et l’infrastructure ferroviaire est dramatiquement insuffisante.
La Chine se voit donc contrainte d’épauler son économie par un recours accru aux hydrocarbures considérés désormais comme un des nerfs du développement économique.
La politique pétrolière chinoise s’est d’abord caractérisée par son caractère autarcique et sa grande concentration géographique. Elle connut lors de son essor de grands succès (en particulier la mise en production de l’énorme gisement de Daqing en Mandchourie), puis des succès plus mitigés (en particulier exploration offshore) et des déceptions non avouées (échec de l’exploration au Tarim, du moins si l’on rapporte les résultats obtenus aux espoirs longtemps clamés comme de quasi certitudes géologiques).
Au début des années 90 est intervenu un fait économique alors peu relevé en Occident : la Chine est devenue importateur net de pétrole. Cette situation va aller en s’accélérant rapidement. En 2005 la Chine importera de l'ordre de 2,8 millions barils/jour (soit 140 millions de tonnes) correspondant à 43% de sa consommation. On estime que les importations chinoises de pétrole pourraient monter à plus de huit millions de b/j en 2015 (équivalent à la production actuelle de l’Arabie Saoudite).
La Chine a longtemps refusé d’admettre que le développement économique risquait de la faire dépendre de l’étranger. Elle a tout d’abord cru et fait croire que sa production intérieure suffirait à approvisionner le pays en pétrole. Il a bien fallu admettre que les réserves de Daqing baissaient de façon inexorable et que les découvertes de nouveaux gisements ne compensaient aucunement le déclin des champs existants. On soutint alors que le salut viendrait de l’Ouest, c’est à dire des réserves "fabuleuses" qu’on allait mettre en évidence au Xinjiang (bassin du Tarim).
S’il y eut quelques découvertes, elles ne furent que de taille modeste. Il est intéressant de noter que cette « ruée » vers l’ouest coïncida avec l’ouverture aux compagnies occidentales. Les différents « rounds » d’offres furent des échecs, les compagnies occidentales s’étant déjà faites leur opinion sur le Tarim. Si du temps des Ming le Xinjiang faisait partie des territoires des barbares, aujourd’hui il rappèle à Pékin qu’une partie de la République Populaire de Chine est en Asie Centrale et dans la sphère d’influence du fondamentalisme musulman. Il est plus que probable que les autorités de Pékin sont satisfaites qu’une partie importante de leur approvisionnement énergétique ne vienne pas de cette région, considérée comme un glacis stratégique et non comme un hinterland ou un lebensraum. On parle désormais d’importer du gaz d’Extrême Orient russe…mais les derniers incidents entre la Russie et l'Ukraine ont certainement refroidi ces ardeurs.
D’où viendra donc le pétrole importé par la Chine ?
Pour l’instant les tonnages en cause sont relativement faibles à l'échelle du commerce international de pétrole mais ils croissent très vite et ont déjà contribué à déstabiliser le marché, où tout se joue à la marge.
Pour des raisons évidentes de sécurité la Chine cherche à diversifier au maximum ses fournisseurs. Cette diversification a des limites : les réserves pétrolières (hydrocarbures liquides) de l’Indonésie, qui fut longtemps un fournisseur régulier de la Chine, sont en chute libre. L’Amérique latine est sous influence américaine et Pékin ne cherchera pas une confrontation directe avec Washington dans cette partie du monde. Quant à l’Afrique de l'Ouest, elle est instable et la Chine n’y a pas de véritable attache.
En ce qui concerne la logistique les importations chinoises se font par des navires de 100.000 tonnes maximum, ou par des 200.000 tonnes en charge partielle, qui conviennent pour des trajets « régionaux » mais sont loin de l’optimum économique sur de très longs trajets (la Chine a pris du retard dans la construction de terminaux capables de recevoir des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 300.000 tonnes). Cette situation peut répondre à la situation présente mais ne peut répondre à un niveau d’importations de 8 millions b/j envisagé pour 2010/2020. Aucune province pétrolière de la zone Asie Pacifique ne peut satisfaire une telle demande. Il faudra donc importer du brut à partir d'autres zones pétrolifères.
Reste donc le Moyen Orient.
La politique de pénétration de Pékin au Moyen Orient est réelle et pragmatique mais discrète et quelque fois maladroite. On peut citer comme exemple l’arrivée des chinois sur la scène pétrolière iraquienne. Malgré l’embargo imposé par l’ONU, la Chine, après avoir été un des principaux fournisseurs d'armements de Saddam Hussein, fut (avec la Russie) le seul pays à signer un contrat pour la mise en développement d’un champ de pétrole déjà découvert mais non exploité (al-Ahdab). Pékin, redécouvrant brutalement (un certain nombre de capitales l'y aidèrent…) l’existence de l’embargo, n’entreprit aucun travail réel sur le champ de pétrole, ce qui lui valut les foudres de Bagdad. Actuellement Pékin fait plutôt "les yeux doux" à Téhéran tant par opportunisme pétrolier que par anti-américanisme mais cela ne l'empêche pas de cultiver des contacts discrets avec les nouvelles autorités de Bagdad et de leur faire de nouvelles offres de service.
De façon plus habile, les Chinois avaient mis le pied très sérieusement au Soudan, jeune nation pétrolière. Le Soudan n’est pas géographiquement au Moyen Orient mais en matière de géopolitique pétrolière, il relève de cette sphère d’intérêts. L'intervention chinoise fut discrète mais fort efficace, jouant de façon très maoïste avec la situation de guerre civile de ce pays. Très récemment, mettant de côté toute idéologie et par pur pragmatisme la société chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation), vient de s'allier au frère ennemi indien ONGC (Oil and Natural Gas Corp.) pour racheter ensemble le plus grand producteur syrien de pétrole. Dans le même temps la Chine multiplie les contacts avec l'OPEC qui lui fournit déjà plus de 40 % de son pétrole tout en essayant de racheter des sociétés américaines, déclenchant des réactions de nationalisme économique.
Pour importer du pétrole du Moyen Orient il faut sécuriser les sources d’approvisionnement et les voies de communication. Les détroits indonésiens, bien connus pour leurs pirates, deviendront vitaux pour Pékin, ce qui ne simplifiera certainement pas les relations entre la Chine et l’Indonésie. Il faut aussi disposer de la logistique nécessaire : flotte pétrolière et terminaux d’importation. Force est de constater qu’actuellement les Chinois sont très en retard pour se doter d’une logistique pétrolière moderne. Le premier projet de construction d’un terminal capable de recevoir des super-pétroliers (VLCC) avait été transformé en projet d’importation de minerai de fer !
Les Chinois peuvent donner aujourd’hui l’impression qu’ils hésitent (ou rechignent) à se doter d’une véritable industrie pétrolière puissante et moderne. La récente réorganisation de l’industrie a laissé perplexes les observateurs mais force est de constater que les nouvelles entités crées ou réorganisées sont bien parties à la conquête du Monde.
Pékin considère vraisemblablement que sa dépendance en matière de pétrole ne sera que dans la partie basse de la fourchette des estimations, suite à des succès espérés en matière d'exploration de gaz naturel (gros espoirs sur la région de l’Ordos, dans la boucle du Fleuve Jaune), à une relance du nucléaire civil dont on parle de plus en plus et qui donne déjà lieu à une compétition franco américaine et, fait nouveau, à une politique de développement des énergies renouvelables (éolien en particulier) et d'économies d'énergie.
Une telle politique aurait des chances de réussite si les autorités chinoises arrivaient à limiter le développement de l’automobile individuelle et des transports routiers au bénéfice des transports collectifs et ferroviaires. L’économie chinoise ne semble pas aller particulièrement dans cette direction plus collectiviste et qui relèverait plutôt des heures de gloire du maoïsme.
Seule la protection de l’environnement peut donner des arguments réalistes pour contrer le développement des transports routiers mais seront-ils utilisés ? Jusqu’à ce jour la lutte pour la préservation de l’environnement concerne surtout la qualité de l’air, devenue exécrable dans les grandes villes (l’approche des Jeux Olympiques n'est pas étrangère à cette prise de conscience). Il s’agit alors de restaurer un cadre de vie, non d’instaurer un mode de vie "sans voitures" manifestement non désiré par une population qui, tout au moins pour ses conditions d'existence matérielle, fait son credo de l’individualisme calqué sur l'Occident.
Paradoxes, contradictions. Le chemin n’est jamais simple en Chine pour un esprit occidental. Pour la Chine le temps ne compte pas alors que nous sommes les inventeurs du concept d'"actualisation économique" qui ramène le futur au contexte du jour présent. Il y a les gratte-ciel du Pudong mais la Chine reste éternelle de Confucius à Mao Zedong. A cet égard la lecture du livre de Jean Leclerc du Sablon, qui passa trente ans en Chine et y fut correspondant du Figaro, "L'empire de la poudre aux yeux", est fort instructive et bouscule pas mal d'idées actuellement à la mode.
Quoi qu'il en soit force est de constater que les intérêts énergétiques de l'Empire du Milieu et ceux de l'Occident se croiseront de plus en plus dans une région du Monde, le Moyen Orient, devenue un symbole de l'instabilité politique. La concurrence pour l'accès au pétrole est porteuse de tous les dangers. Cette course à l'énergie aura des conséquences autrement plus graves que celles des importations de textiles ou de jouets chinois.
Le gros avantage de la République Populaire de Chine par rapport à nos démocraties occidentales est qu'elle peut jouer simultanément sur deux registres : le marxiste et le capitaliste. Ce n'est que la mise en application de la fameuse maxime de Deng Xiaoping : "peut importe la couleur du chat pourvu qu'il attrape les souris".
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Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ? |
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Il y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.
Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?
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Il y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.
Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?
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