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Le 2 mai 2008
Carrefour, un bouc émissaire temporaire
080502-Carrefour.jpgAu-delà des manifestations contre Carrefour, les conséquences sociales d’un ralentissement de l’expansion économique inquiète les autorités chinoises qui considèrent que le pays doit créer dix millions d’emplois nouveaux par an pour répondre à l’augmentation constante de la population urbaine.

Or, pendant les cinq dernières années, chaque point de croissance du PIB a entraîné une création de l’ordre de 850 000 emplois nouveaux. Dès lors, une croissance inférieure à 11% pèse sur le chômage et une croissance de 8% est qualifiée de récession.  Alors qu’un ralentissement sensible était attendu pour le premier trimestre, l’économie chinoise a encore étonné. Elle a bondi de 10,6% pendant cette période. Certes, cette performance est en retrait par rapport au chiffre – récemment révisé à la hausse – de 11,9% d’augmentation du PIB pour l’année 2007, mais encore bien supérieure au taux de croissance de 9,3% prévu par le FMI pour l’année en cours.

Cependant,  le problème le plus urgent pour les autorités chinoises demeure le contrôle de l’inflation qui s’est maintenue à 8,3% en mars après une poussée à 8,7% le mois précédent. Les manifestations anti-françaises accommodent le pouvoir central car elles détournent les préoccupations de l’opinion publique de l’augmentation des prix des carburants ainsi que de la chute de la bourse de Shanghai de 50% depuis octobre dernier. Si la réalité économique devait s’aggraver, il est peu probable que la paix sociale puisse se satisfaire longtemps de ce genre de pansements, même de Carrefour.
Posté par Didier Guérin, le 02/05/08 dans Chine - Economie - Emploi - France | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 26 avril 2008
Le fardeau de l’homme Han
080426-HansChinois.jpgLes Européens ont la mémoire courte. Ils reprochent aux Chinois de faire actuellement au Tibet ce qu’eux-mêmes ont fait pendant des siècles sur tous les continents. Peut-être les Chinois feront-ils preuve de repentance dans une centaine d’années. En attendant, ils emploient les mêmes arguments que les Européens employaient naguère pour justifier le colonialisme. A les croire, ils apportent la modernité, le bien-être, des hôpitaux et des écoles dans un Tibet féodal où les paysans étaient des serfs à la disposition des moines. C’est en quelque sorte une mission civilisatrice. Le fardeau de l’homme Han a remplacé « le fardeau de l’homme blanc ». Quel dommage que les bénéficiaires ne soient pas tous reconnaissants !
Posté par Marc Lanval, le 26/04/08 dans Chine - Citoyenneté - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 10 octobre 2007
Vers un rapprochement sino-russe

071010-Chine-Russie.jpgDeng Xiaoping détestait et même méprisait Mikhaïl Gorbatchev. Il était convaincu que la « Glasnost » (plus de libertés politiques) allait gâcher la « Perestroïka » (plus de libertés économiques) et que le tout aboutirait à une débandade du parti communiste. Lui-même avait fait donner la troupe contre les manifestants de Tian’anmen et pensait que le capitalisme pouvait parfaitement s’accommoder d’un régime autoritaire.

De toute façon, la démocratie, selon lui, devait commencer par être "consultative". Hu Jintao, son lointain successeur, reste fidèle à la ligne tout en cherchant à l’adapter.

Son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas loin de partager ses conceptions et, à défaut de pouvoir ressusciter l’URSS, s’efforce de rétablir l’autorité. Les valeurs morales prônées, tant en Chine qu’en Russie, étant teintées de nationalisme, il n’y a plus d’obstacle à une éventuelle entente si les deux pays y trouvent intérêt. Tel semble être le cas aujourd’hui.

D’abord, la Chine et la Russie ont à faire face à des quasi rebellions musulmanes. La « région autonome » ouïgoure du Xinjiang d’un côté, la Tchétchénie et ses environs de l’autre, sont des repaires à terroristes que Moscou et Pékin regardent d’un même œil. Surtout, la Chine et la Russie ne veulent pas que les Etats-Unis soient maîtres du monde et savent qu’elles se feront d’autant mieux entendre qu’elles agiront de concert. Comme elles commencent à le faire en Asie Centrale.

Posté par Marc Ullmann, le 10/10/07 dans Chine - Géopolitique - Russie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 juillet 2007
Casse tête chinois

070720-OuvriersChine.jpgMalgré la capacité des autorités chinoises à manier les masses, le rythme de la croissance économique commence à poser problème. Les dilemmes s’accumulent comme, par exemple, celui de l’exode rural. S’il est favorisé, il y aura un goulot d’étranglement dans les capacités de construction urbaine ; s’il est freiné, le coût de la main d’œuvre industrielle se mettra à grimper.

Posté par Marc Lanval, le 20/07/07 dans Chine - Economie - Emploi - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 juin 2007
De bouche allemande à oreilles chinoises

070616-LaViedesAutres.jpgLe succès mondial du film « La vie des autres » montre que, même si la conception des droits de l’Homme peut varier d’une culture à l’autre, le besoin de liberté n’en est pas moins universel. C’est une leçon politique plus précieuse que bien des ouvrages savants.

Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, rappelons que l’histoire se déroule en Allemagne de l’Est où la police politique, la Stasi, était toute puissante. Comme par hasard, « La vie des autres » n’a pas (encore ?) trouvé de distributeur en Chine mais les DVD piratés se propagent et suscitent des discussions passionnées sur nombre de sites Web et de Blogs. Le fait que ces débats ne fassent pas l’objet de censure est, d’ailleurs, encourageant.

Posté par Marc Lanval, le 16/06/07 dans Chine - Citoyenneté - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 mai 2007
De Trotski à Guizot

070527-Trotski.jpgAvant d’être assassiné dans son exil mexicain, Trotski a consacré son intelligence à déceler les failles du système stalinien. Il a notamment souligné que les hiérarques du régime jouissaient d’avantages matériels considérables qu’ils ne pouvaient légalement transmettre à leurs enfants. Il en déduisait que, faute d’un idéal vraiment communiste qui réduirait les privilèges, le rétablissement de la propriété privée finirait par s’imposer. La chute de l’URSS s’est produite avant que sa prédiction put s’y réaliser.

Le PC chinois, lui, est allé au bout de la logique. La propriété a désormais droit de cité. Des fortunes se créent. Elles sont transmissibles. Les hiérarques en profitent mais ne sont pas les seuls. Plus de dix millions de Chinois possèdent des actions.
Plusieurs ouvrages et de nombreuses thèses sont consacrés à Guizot, cet homme d’Etat français qui, en 1840, s’est rendu célèbre en lançant la formule : « Eclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France ». Remplacez le mot France par le mot Chine, vous croirez entendre Deng Xiaoping.

Posté par Marc Ullmann, le 28/05/07 dans Asie - Chine - Economie - Société | Commentaires (4) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 2 mai 2007
Chine : le vert et le noir

070502-YinYang.jpgPrise de conscience ou hypocrisie ? Voilà, dit un correspondant chinois, une façon bien occidentale de s’interroger. Au pays du yin et du yang, la vie se charge d’harmoniser les contraires, le mouvement se prouve en marchant. Mieux vaudrait pourtant savoir vers quoi marche la Chine, vers quoi elle entraîne le monde.

Yin, le programme économique défini par le Premier ministre Wen Jiabao qui souligne la nécessité du développement durable et les dangers d’une croissance effrénée. Yang, le rythme continu de cette même croissance.

Yin, la ville nouvelle qui, aux environs de Pékin, sera montrée aux étrangers qui viendront l’année prochaine pour les jeux olympiques. Yang, les grattes ciel qui continuent d’être construits avec air conditionné à tous les étages.

Yin, les immenses projets de liquéfaction du charbon qui devraient permettre de limiter les émissions de Co2. Yang, le maintien en service (et même l’extension) d’anciennes centrales qui sont les plus polluantes du monde.

Entre ces Yin et ces Yang s’engage une course de vitesse. Tous les pays partenaires de la Chine, à l’OMC ou ailleurs, sont concernés.

Posté par Marc Ullmann, le 02/05/07 dans Chine - Développement - Economie - Environnement | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 30 mars 2007
Chinois gourmands mais pas pressés

070330--ChinaBank.jpgDeux chiffres méritent d’être rapprochés. En 2006, l’ensemble des fusions et acquisitions en Europe a mobilisé environ 1.500 milliards de dollars. A la même époque, les réserves de change accumulées par la Banque Nationale de Chine ont franchi le seuil des 1.000 milliards de dollars. Si elle l’avait voulu, la Banque de Chine aurait donc pu acheter les 2/3 de toutes les entreprises qui ont été vendues en Europe.

On calcule de la même façon, que le montant des réserves chinoises correspond à peu près à la capitalisation boursière des trois principales firmes américaines : Exxon Mobil, General Electric et Microsoft. De là à redouter une offensive sur les joyaux de couronne occidentale, il n’y a qu’un pas. A ne pas franchir.

Les Chinois nourrissent des rêves de revanche mais ne peuvent avoir envie d’asséner des coups qui, dans l’état actuel des choses, provoqueraient de sévères représailles. Leur puissance doit avancer masquée et leur emprise s’imposer pas à pas. Pas question, pour l’instant, d’attaquer, en Amérique et en Europe, les plus grosses entreprises. Mieux vaut conquérir des parts de marché en leur achetant des filiales. Mieux vaut surtout, avaler des entreprises moyennes à fort contenu technologique. En économie, comme à table, l’appétit vient en mangeant. Inutile d’être glouton.

Posté par Isabelle Pernot du Breuil, le 30/03/07 dans Asie - Chine - Economie - Entreprises | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 28 mars 2007
L’Histoire passe, la Géographie reste

070328-CarteduMonde.jpgStratèges et économistes d’aujourd’hui découvrent que l’Allemagne est au centre de l’Europe. Quelle découverte ! Elle l’était déjà en 1913. Des ambitions démesurées, deux guerres mondiales et des millions de morts n’ont pas, fondamentalement, changé la géographie.

L’Allemagne retrouve ses marques. Comme avant 1914, elle construit des pipelines en Russie et investit en Tchéquie. La Deutsche Bahn fait rayonner ses trains à l’Ouest comme à l’Est. L’Union Européenne ressemble à un « zollverein » élargi.

De même pour la Chine. On redécouvre aujourd’hui que « l’Empire du Milieu » est au centre le l’Asie. Pendant la colonisation, on avait l’oublié. Pendant le maoïsme, on préférait ne pas y penser. Puis, avec la mondialisation, on a cru que la conquête des marchés américains et européens était l’unique obsession de la nouvelle Chine. On s’aperçoit, enfin, que son pouvoir d’attraction s’exerce (ou, en tout cas veut s’exercer) prioritairement sur les pays qui, naguère, étaient les protégés de l’empire.

Et l’Iran ? Certains ont fait fi de sa position stratégique qui, pourtant, est immuable. La nation perse a connu des éclipses mais le pays a toujours rebondi. Si, demain, le gouvernement américain décidait de détruire son potentiel économique, l’Iran retrouverait, tôt ou tard, son rang de puissance régionale.

Pour comprendre le monde, le plus simple est de dessiner plusieurs cartes avec, pour chacune, un centre différent. Le monde « vu de », voilà la clef de toutes les politiques étrangères.

Posté par Marc Ullmann, le 28/03/07 dans Chine - Europe - Géopolitique - Moyen Orient | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 février 2007
La Chine, grande puissance spatiale

070214-MissileChinois.jpgLe 11 janvier dernier, la Chine a réussi pour la première fois à détruire l’un de ses satellites en utilisant un missile balistique. Cette opération, détectée par les services américains et confirmée par la Chine après un silence de douze jours, a entraîné les protestations des Etats-Unis, du Japon ou de l’Australie, entre autres, mais peu de réactions en Europe.

La destruction d’un satellite par un missile pose deux problèmes majeurs. Le premier, dans le domaine civil, est celui de la sécurité dans l’espace : le satellite s’est désintégré en plusieurs centaines de débris, dont chacun pourrait entrer en collision avec d’autres objets spatiaux, déclenchant ainsi une réaction en chaîne qui menacerait la sécurité dans l’espace, notamment pour les missions habitées. Le second problème est d’ordre militaire et stratégique, car cette nouvelle capacité de la Chine à détruire satellites et autres objets spatiaux pourrait évidemment être utilisée à des fins militaires et de ce point de vue, ce test s’apparente fort à un essai d’arme anti-satellite. Le risque est celui d’une militarisation de l’espace, comme on pouvait le craindre durant les années 80 lorsque les Etats-Unis et l’URSS procédaient à des tests similaires. La Chine a rejeté les protestations des Etats-Unis et de leurs alliés en indiquant qu’elle excluait toute course aux armements dans l’espace.

Ce test démontre en tout cas la volonté qu’a la Chine de s’affirmer comme grande puissance spatiale tant dans le domaine civil que militaire, du moins potentiellement. Cela permet sans doute de mieux comprendre les raisons qui la conduisent, alors qu’elle est partenaire du programme européen Galileo, à se lancer dans son propre système de navigation par satellites Beidou, dont le premier vient d’être lancé le 10 février.

Posté par Claude Meyer, le 14/02/07 dans Asie - Chine - Géopolitique - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 décembre 2006
Japon : défense du pays et patriotisme

La diète japonaise a voté, le 15 décembre, deux lois qui ont valeur de signal : elles annoncent en effet des évolutions en profondeur de la politique de défense japonaise, et plus largement du rôle international que le Japon entend jouer en Asie et sur la scène internationale.

La première concerne l’Agence de défense qui, à partir du 1er janvier prochain, deviendra un ministère à part entière : ce changement de statut n’aura pas de conséquences pratiques immédiates, mais il indique l’importance accordée par le gouvernement japonais aux questions de défense et préfigure, sans doute, des changements plus importants dans le positionnement stratégique du pays, actuellement bridé par la Constitution pacifiste de 1947.

La seconde est une loi réformant la législation de 1947 sur l’éducation. Une des dispositions votées le 15 décembre demande aux écoles publiques de « cultiver les attitudes... qui aiment la nation et la patrie » et pour ce faire, d’introduire des cours visant à développer « l’esprit civique et le patriotisme ».

Ces deux lois sont liées. Le Japon, traumatisé par la longue crise des années 90, aspire à retrouver sa fierté nationale, d’où cette nouvelle législation sur l’éducation. Par ailleurs, face aux ambitions de la Chine, il souhaite jouer un rôle régional majeur, non seulement sur le plan économique mais aussi politique et stratégique. La loi votée le 15 décembre est un premier pas ; d’autres suivront. Pour l’instant l’option nucléaire est exclue : le Premier ministre Abe vient de le rappeler, le 16 décembre, à son homologue indien, message indirect à Pékin, qui s’inquiète des évolutions en cours au Japon.

Posté par Claude Meyer, le 20/12/06 dans Asie - Chine - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 19 décembre 2006
Chine : après Westinghouse viendra Areva

061219-Areva.jpgLa commande chinoise de 4 réacteurs APWR 1000 à Westinghouse ne constitue pas, à mes yeux, un échec technique et/ou commercial pour Areva. La décision, essentiellement politique, doit être vue dans le contexte d’un marchandage sino-américain dont nous ne connaissons pas les arcanes.

Comment expliquer autrement le choix d’un type de réacteur de conception ancienne (plus de 10 ans), dont la puissance est limitée à 1000 MWe pour des raisons techniques et qui n’a jamais été commandé ni réalisé par qui que ce soit ?

Les très grands besoins en énergie de la Chine, associés à la relative difficulté de trouver des sites de préférence côtiers ou sur les grands fleuves, militent pour installer sur chaque site la puissance la plus élevée possible. Avec ses 1 600 MW par tranche, l’EPR est le mieux adapté aux besoins chinois.

Les difficultés rencontrées actuellement par Areva en Finlande pour la construction du premier EPR n’ont, à mon avis, joué aucun rôle dans la décision chinoise. Au contraire, il est préférable et rassurant de construire sur les traces d’une première réalisation qui règle pas à pas les problèmes inhérents à un premier de série.

Et je ne crois pas davantage à une sorte de rétorsion exercée par les Chinois à l’égard d’Areva qui n’a pas accepté de mettre la technologie de l’EPR à leur totale dispositon. Aucune société au monde ne donne gratuitement sa technologie la plus récente et je pense qu’Areva à eu raison d’agir de la sorte. Ceci d’autant plus que les Chinois peuvent disposer librement de la technologie des réacteurs de 1000 MWe que nous leur avons vendu à Daya-Bay et Ling-Ao.

Au total, je serais surpris que les Chinois ne lancent pas à Areva une corde de rappel à une échéance plus ou moins rapprochée. Ils sont trop avisés pour se priver d’un concept aussi moderne et avancé que l’est l’EPR et répondant aussi bien à leurs besoins.

J.-C. Leny, Ancien Président de Framatome

Posté par Jean-Claude Leny, le 19/12/06 dans Asie - Chine - Energie - Entreprises - France | Commentaires (7) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 janvier 2006
La Chine ou la soif d'énergie

petrole-MO.jpgLa Chine est d'ores et déjà un acteur majeur de l'économie mondiale. Ses besoins énergétiques vont aller croissant. Il en est de même pour les pays occidentaux. Leurs chemins vont donc se croiser sur la route de l'or noir, en particulier au Moyen Orient, région symbole de l'instabilité politique.

La croissance économique, à des taux à deux chiffres ou presque (toute statistique chinoise est à considérer avec la plus grande prudence), d’un pays de plus d’un milliard d’habitants ne peut se faire qu’accompagnée par un développement non moins spectaculaire de la demande en énergie. J’emploie à dessein le terme de développement et non de croissance. En effet les années 90 ont connu une croissance extraordinaire du PNB chinois et, fait extraordinaire, des chiffres de demande énergétique qui furent en baisse à la fin de la décennie.

Cette baisse, en termes absolus, que l’on ne peut nier, cachait des phénomènes paradoxaux qui ne sont que la traduction de la coexistence de secteurs économiques séparés en fait par des siècles de développement économique.

D’un côté le 21ème siècle symbolisé par la centrale nucléaire de Daya Bay, les satellites, les plates-formes pétrolières offshore de Nanhai ou le rachat de la division ordinateurs d'IBM, de l’autre une industrie charbonnière souvent digne de l’iconographie du Far West .et qui connaît des accidents majeurs à répétition que l'on ne peut plus cacher, progrès de l'information aidant. Les autorités chinoises se sont enfin décidées à lutter contre cette image calamiteuse de la Chine.

N’oublions pas que le charbon a été l’énergie de la révolution chinoise et qu’il reste de très loin prépondérant dans l’économie énergétique de la RPC. La Chine a les plus grosses réserves mondiales de charbon et le recours à ce combustible se justifiait parfaitement.

Jusqu’à la fin du 2Oeme siècle la production charbonnière chinoise a été le fait, pour une énorme part, d’exploitations minuscules, à flanc de montagnes d’où l’on voyait sortir des wagonnets poussés par des hommes. Les logements individuels étaient (et sont toujours) chauffés grâce à des briquettes de charbon, servant aussi à la cuisine. Les autorités chinoises, dont le nouveau credo était le développement économique, se trouvèrent face à un gigantesque réservoir d’économies d’énergie potentielles. Naturellement dans un tel contexte les premiers efforts donnent les résultats les plus spectaculaires et c’est ce qui se produisit en Chine grâce à la rationalisation de la production du charbon, à la fermeture d’innombrables petites mines, au développement des GPL et du gaz etc., conduisant au paradoxe apparent cité précédemment.

Si l’on compare la Chine aux économies européennes, il reste pour l’Empire du milieu un très long chemin à parcourir avant d’atteindre les taux d’efficacité énergétique que nous connaissons. Ce long chemin trouvera sa traduction pendant encore plusieurs décennies par des statistiques énergétiques qui pourront paraître surprenantes en première analyse.

Si le charbon a joué un rôle fondamental en Chine et s’il continuera à tenir, dans le court terme, la première place dans le mix énergétique, il n’en reste pas moins vrai que tout modèle de développement économique est actuellement basé sur le recours aux hydrocarbures. Cela tient pour une grande part au développement des transports routiers dont la source d’énergie est soit l’essence soit le gazole. Qui plus est, le charbon chinois est, en général, de mauvaise qualité, à faible pouvoir calorifique et à forte teneur en soufre donc fortement polluant, ce qui obère considérablement son utilisation directe ou indirecte (transformation en hydrocarbures liquides, voie suivie en leur temps par l’Allemagne et l’Afrique du sud). En outre les gisements sont géographiquement dispersés, loin des centres de consommation et l’infrastructure ferroviaire est dramatiquement insuffisante.

La Chine se voit donc contrainte d’épauler son économie par un recours accru aux hydrocarbures considérés désormais comme un des nerfs du développement économique.

La politique pétrolière chinoise s’est d’abord caractérisée par son caractère autarcique et sa grande concentration géographique. Elle connut lors de son essor de grands succès (en particulier la mise en production de l’énorme gisement de Daqing en Mandchourie), puis des succès plus mitigés (en particulier exploration offshore) et des déceptions non avouées (échec de l’exploration au Tarim, du moins si l’on rapporte les résultats obtenus aux espoirs longtemps clamés comme de quasi certitudes géologiques).

Au début des années 90 est intervenu un fait économique alors peu relevé en Occident : la Chine est devenue importateur net de pétrole. Cette situation va aller en s’accélérant rapidement. En 2005 la Chine importera de l'ordre de 2,8 millions barils/jour (soit 140 millions de tonnes) correspondant à 43% de sa consommation. On estime que les importations chinoises de pétrole pourraient monter à plus de huit millions de b/j en 2015 (équivalent à la production actuelle de l’Arabie Saoudite).

La Chine a longtemps refusé d’admettre que le développement économique risquait de la faire dépendre de l’étranger. Elle a tout d’abord cru et fait croire que sa production intérieure suffirait à approvisionner le pays en pétrole. Il a bien fallu admettre que les réserves de Daqing baissaient de façon inexorable et que les découvertes de nouveaux gisements ne compensaient aucunement le déclin des champs existants. On soutint alors que le salut viendrait de l’Ouest, c’est à dire des réserves "fabuleuses" qu’on allait mettre en évidence au Xinjiang (bassin du Tarim). S’il y eut quelques découvertes, elles ne furent que de taille modeste. Il est intéressant de noter que cette « ruée » vers l’ouest coïncida avec l’ouverture aux compagnies occidentales. Les différents « rounds » d’offres furent des échecs, les compagnies occidentales s’étant déjà faites leur opinion sur le Tarim. Si du temps des Ming le Xinjiang faisait partie des territoires des barbares, aujourd’hui il rappèle à Pékin qu’une partie de la République Populaire de Chine est en Asie Centrale et dans la sphère d’influence du fondamentalisme musulman. Il est plus que probable que les autorités de Pékin sont satisfaites qu’une partie importante de leur approvisionnement énergétique ne vienne pas de cette région, considérée comme un glacis stratégique et non comme un hinterland ou un lebensraum. On parle désormais d’importer du gaz d’Extrême Orient russe…mais les derniers incidents entre la Russie et l'Ukraine ont certainement refroidi ces ardeurs.

D’où viendra donc le pétrole importé par la Chine ?

Pour l’instant les tonnages en cause sont relativement faibles à l'échelle du commerce international de pétrole mais ils croissent très vite et ont déjà contribué à déstabiliser le marché, où tout se joue à la marge. Pour des raisons évidentes de sécurité la Chine cherche à diversifier au maximum ses fournisseurs. Cette diversification a des limites : les réserves pétrolières (hydrocarbures liquides) de l’Indonésie, qui fut longtemps un fournisseur régulier de la Chine, sont en chute libre. L’Amérique latine est sous influence américaine et Pékin ne cherchera pas une confrontation directe avec Washington dans cette partie du monde. Quant à l’Afrique de l'Ouest, elle est instable et la Chine n’y a pas de véritable attache.

En ce qui concerne la logistique les importations chinoises se font par des navires de 100.000 tonnes maximum, ou par des 200.000 tonnes en charge partielle, qui conviennent pour des trajets « régionaux » mais sont loin de l’optimum économique sur de très longs trajets (la Chine a pris du retard dans la construction de terminaux capables de recevoir des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 300.000 tonnes). Cette situation peut répondre à la situation présente mais ne peut répondre à un niveau d’importations de 8 millions b/j envisagé pour 2010/2020. Aucune province pétrolière de la zone Asie Pacifique ne peut satisfaire une telle demande. Il faudra donc importer du brut à partir d'autres zones pétrolifères.

Reste donc le Moyen Orient.

La politique de pénétration de Pékin au Moyen Orient est réelle et pragmatique mais discrète et quelque fois maladroite. On peut citer comme exemple l’arrivée des chinois sur la scène pétrolière iraquienne. Malgré l’embargo imposé par l’ONU, la Chine, après avoir été un des principaux fournisseurs d'armements de Saddam Hussein, fut (avec la Russie) le seul pays à signer un contrat pour la mise en développement d’un champ de pétrole déjà découvert mais non exploité (al-Ahdab). Pékin, redécouvrant brutalement (un certain nombre de capitales l'y aidèrent…) l’existence de l’embargo, n’entreprit aucun travail réel sur le champ de pétrole, ce qui lui valut les foudres de Bagdad. Actuellement Pékin fait plutôt "les yeux doux" à Téhéran tant par opportunisme pétrolier que par anti-américanisme mais cela ne l'empêche pas de cultiver des contacts discrets avec les nouvelles autorités de Bagdad et de leur faire de nouvelles offres de service.

De façon plus habile, les Chinois avaient mis le pied très sérieusement au Soudan, jeune nation pétrolière. Le Soudan n’est pas géographiquement au Moyen Orient mais en matière de géopolitique pétrolière, il relève de cette sphère d’intérêts. L'intervention chinoise fut discrète mais fort efficace, jouant de façon très maoïste avec la situation de guerre civile de ce pays. Très récemment, mettant de côté toute idéologie et par pur pragmatisme la société chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation), vient de s'allier au frère ennemi indien ONGC (Oil and Natural Gas Corp.) pour racheter ensemble le plus grand producteur syrien de pétrole. Dans le même temps la Chine multiplie les contacts avec l'OPEC qui lui fournit déjà plus de 40 % de son pétrole tout en essayant de racheter des sociétés américaines, déclenchant des réactions de nationalisme économique.

Pour importer du pétrole du Moyen Orient il faut sécuriser les sources d’approvisionnement et les voies de communication. Les détroits indonésiens, bien connus pour leurs pirates, deviendront vitaux pour Pékin, ce qui ne simplifiera certainement pas les relations entre la Chine et l’Indonésie. Il faut aussi disposer de la logistique nécessaire : flotte pétrolière et terminaux d’importation. Force est de constater qu’actuellement les Chinois sont très en retard pour se doter d’une logistique pétrolière moderne. Le premier projet de construction d’un terminal capable de recevoir des super-pétroliers (VLCC) avait été transformé en projet d’importation de minerai de fer !

Les Chinois peuvent donner aujourd’hui l’impression qu’ils hésitent (ou rechignent) à se doter d’une véritable industrie pétrolière puissante et moderne. La récente réorganisation de l’industrie a laissé perplexes les observateurs mais force est de constater que les nouvelles entités crées ou réorganisées sont bien parties à la conquête du Monde.

Pékin considère vraisemblablement que sa dépendance en matière de pétrole ne sera que dans la partie basse de la fourchette des estimations, suite à des succès espérés en matière d'exploration de gaz naturel (gros espoirs sur la région de l’Ordos, dans la boucle du Fleuve Jaune), à une relance du nucléaire civil dont on parle de plus en plus et qui donne déjà lieu à une compétition franco américaine et, fait nouveau, à une politique de développement des énergies renouvelables (éolien en particulier) et d'économies d'énergie.

Une telle politique aurait des chances de réussite si les autorités chinoises arrivaient à limiter le développement de l’automobile individuelle et des transports routiers au bénéfice des transports collectifs et ferroviaires. L’économie chinoise ne semble pas aller particulièrement dans cette direction plus collectiviste et qui relèverait plutôt des heures de gloire du maoïsme.

Seule la protection de l’environnement peut donner des arguments réalistes pour contrer le développement des transports routiers mais seront-ils utilisés ? Jusqu’à ce jour la lutte pour la préservation de l’environnement concerne surtout la qualité de l’air, devenue exécrable dans les grandes villes (l’approche des Jeux Olympiques n'est pas étrangère à cette prise de conscience). Il s’agit alors de restaurer un cadre de vie, non d’instaurer un mode de vie "sans voitures" manifestement non désiré par une population qui, tout au moins pour ses conditions d'existence matérielle, fait son credo de l’individualisme calqué sur l'Occident.

Paradoxes, contradictions. Le chemin n’est jamais simple en Chine pour un esprit occidental. Pour la Chine le temps ne compte pas alors que nous sommes les inventeurs du concept d'"actualisation économique" qui ramène le futur au contexte du jour présent. Il y a les gratte-ciel du Pudong mais la Chine reste éternelle de Confucius à Mao Zedong. A cet égard la lecture du livre de Jean Leclerc du Sablon, qui passa trente ans en Chine et y fut correspondant du Figaro, "L'empire de la poudre aux yeux", est fort instructive et bouscule pas mal d'idées actuellement à la mode.

Quoi qu'il en soit force est de constater que les intérêts énergétiques de l'Empire du Milieu et ceux de l'Occident se croiseront de plus en plus dans une région du Monde, le Moyen Orient, devenue un symbole de l'instabilité politique. La concurrence pour l'accès au pétrole est porteuse de tous les dangers. Cette course à l'énergie aura des conséquences autrement plus graves que celles des importations de textiles ou de jouets chinois.

Le gros avantage de la République Populaire de Chine par rapport à nos démocraties occidentales est qu'elle peut jouer simultanément sur deux registres : le marxiste et le capitaliste. Ce n'est que la mise en application de la fameuse maxime de Deng Xiaoping : "peut importe la couleur du chat pourvu qu'il attrape les souris".

Posté par Michel Chevet, le 27/01/06 dans Chine - Energie - Europe - Géopolitique | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 septembre 2005
Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ?

Traite_de_Nankin.jpgIl y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.

Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?

Posté par Henri-Paul Soulodre, le 20/09/05 dans Chine - Chine - Economie - Entreprises - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (8) | Lien permanent | TrackBack (0)

Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ?

Traite_de_Nankin.jpgIl y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.

Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?

Posté par Henri-Paul Soulodre, le 20/09/05 dans Chine - Chine - Economie - Entreprises - Géopolitique - Mondialisation | Commentaires (8) | Lien permanent | TrackBack (0)

 
Jean-Pierre Dupuy
 
Professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique et Stanford University, Jean Pierre Dupuy est intervenu, mercredi 14 mai, sur le thème : « Les nanotechnologies ».  
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