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Le 21 avril 2008
Vaincre la faim
080421-Faim.jpgA considérer le monde dans son ensemble, une réalité tragique apparaît en plein relief : c’est la réalité de la faim. Faute d’une nourriture suffisante, des millions d’hommes meurent ou mènent une vie diminuée.

Sans même tenir compte des guerres et des famines provoquées par les belligérants, on peut estimer à 15 ou 20 % de la population mondiale le nombre de ceux qui souffrent de sous-nutrition. Si, par ailleurs, on évalue cette sous-nutrition à 20 ou 25 % du nécessaire, c’est une insuffisance totale de 3 à 5 % des produits de base qu’il s’agirait de combler. Or : 

-                      La superficie des terres arables diminue à mesure que des pays comme la Chine étendent des villes et construisent des routes.

-                      L’utilisation des terres arables pour la production de denrées essentielles se réduit à mesure que la production de biocarburants (absurdement subventionnée) augmente.

-                      La disponibilité de protéines végétales pour nourrir les plus nécessiteux est mise à mal par la consommation croissante de viande (il faut 7 protéines végétales pour produire une protéine carnée). 

L’ascension de classes moyennes de plus en plus nombreuses dans les pays émergents est évidemment salutaire. Leur pouvoir d’achat contribue, cependant, à faire bondir les prix des produits agricoles, à commencer par le riz, le blé, le maïs et le soja. Pour les populations qui, avant la hausse, consacraient déjà les ¾ de leurs ressources au poste des dépenses alimentaires, c’est insupportable. D’où la multiplication des révoltes. Selon la Banque Mondiale, 33 pays sont, de ce simple fait, en proie à des troubles sociaux.  

Le problème est aggravé par la spéculation et les bonnes volontés suffisent d’autant moins que l’aide alimentaire est généralement distribuée en nature, que le choix des biens distribués ne correspond pas forcément aux habitudes alimentaires des populations et que ces distributions contribuent à freiner la mise en œuvre d’une production vivrière locale. 

Pour sortir de cet enchaînement maléfique, il faudrait, comme l’aurait dit Monsieur de la Palisse, que les pauvres aient de l’argent. Les mécanismes du marché pourraient alors s’adapter à une demande rendue solvable. Est-ce possible ? Peut-être si, au-delà de l’urgence, l’ensemble des politiques d’aide était repensé dans cette optique. Les aides, telles qu’elles sont conçues actuellement coûtent cher et il y a, comme on dit, beaucoup de « perte en ligne ». Les plus pauvres ne reçoivent que des miettes. Et ces miettes, le plus souvent, ne correspondent pas à leurs besoins les plus pressants. 

A court terme de graves accidents sont prévisibles car la correction, même si elle a lieu, prendra du temps. Elle eut été plus facile si, à l’époque de la surproduction agricole dans les pays riches, on avait essayé d’adapter l’offre au lieu de distribuer des « excédents ». Maintenant, c’est plus ardu mais, au fond, le problème est le même. Il s’agit de transformer les besoins réels en demande suffisamment explicite pour que les affamés puissent être vraiment entendus des donateurs. Les femmes africaines savent mieux que les technocrates occidentaux comment elles aimeraient nourrir leur famille. Et elles sont moins gourmandes que leurs gouvernements.

Posté par Marc Ullmann, le 21/04/08 dans Agriculture - Développement - Mondialisation - Pauvreté | Commentaires (6) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 mars 2008
L'humanité ne mange que des plantes malades
080306-Knock.jpgCe titre, qui fait froid dans le dos, est une citation de Claude et Lydia Bourguignon, dont Le Monde, daté du 27 février, publie un portrait passionnant.

Ces deux chercheurs ne cessent d’analyser la terre, sur tous les continents, et leurs diagnostics sont de plus en plus alarmistes. Si le titre de ce billet donne un reflet évocateur de leurs positions, ces deux francs-tireurs dressent un tableau sévère de toute la profession. A commencer par l’INRA, leur précédent employeur. Ils ont proposé à l’Institut National de la Recherche Agronomique une méthode de mesure de l’activité microbienne des sols (étalon de la mesure de la « fertilité » d’une terre). L’institut a refusé. Ce qui leur a fait dire « les microbes, contrairement aux engrais, travaillent gratuitement ».

Pour eux la filière agricole est loin du travail de la terre, mais est devenu la science « de la gestion des pathologies végétales ».

Quand ils évoquent les jeunes générations, c’est pour dire qu’ils n’auront pas la chance de manger soin, et parlent d’une perte de « capital ».

Visiblement, ils ont dans le collimateur les industriels de la terre, qui font de manière intégrée, les analyses des sols, vendent les engrais, les pesticides puis les médicaments …

Je ne sais pas pourquoi, cela m’a fait penser à Knock de Jules Romain. Je me suis dit que c’est comme si Knock avait réussi dans le business et faisait les diagnostics de ses clients (n’oublions pas que « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent »), et administrait les médicaments produits par « Knock et Companies ». Médicaments qui rendraient réellement malade le client (au départ bien portant), … induisant le recours à ses services devenus … incontournables.

Bien évidemment, il ne peut en être ainsi. Il existe nécessairement des garde-fous que je ne connais pas. Mais le fait même que je formule cette comparaison est révélateur d’une perte de confiance !

Posté par Jérôme Bondu, le 06/03/08 dans Agriculture - Entreprises - Santé | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 janvier 2008
Remake de la vache folle
08011-VacheFolle.jpgInvoquant la flambée actuelle des cours des céréales et du soja, les éleveurs de porcs et de poulets réclament le retour des farines de viande et d’os (FOV) rebaptisées protéines animales transformées (PAT). Un tour de passe-passe pour ne pas effrayer le consommateur. Oubliés la crise de la vache folle, la montée de la défiance, la chute des cours qui a suivi la désaffection des consommateurs inquiets...

En juin dernier, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments et l’Inra ont, dans un rapport consacré à la vache folle, mis en garde « sur le risque de réémergence de la maladie en cas de réintroduction des farines animales dans l’alimentation des espèces monogastriques ».

Pourtant, notre ministre de l’agriculture s’est empressé de saisir les instances de Bruxelles qui ont débloqué, sans coup férir, 1,7 millions d’euros et chargé l’Autorité européenne de sécurité des aliments de plancher sur le sujet. On voudrait faire passer les intérêts économiques avant les enjeux de santé publique tout en se réfugiant derrière une décision qui serait prise par les méchants de Bruxelles que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 11/01/08 dans Agriculture - Europe - France | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 octobre 2007
Nous sommes assis sur un tas d’or

071006-PiecesOr.jpg Voici quelques extraits de l'interview d’un ministre. A vous de découvrir de quel secteur il s’agit :
« La priorité absolue est de préserver l’indépendance nationale et européenne en matière de recherche … » «
Là encore, l’Europe doit faire attention à sa capacité de recherche pour ne pas être totalement dépendante des Américains ou des Chinois

On pense naturellement à la Recherche.

« Il faut en même temps créer des mécanismes de stabilisation, de gestion de crise. »

On s’oriente vers la politique étrangère.

« Pour une fois, ayons un débat politique avant le débat budgétaire. »

S’agit-il de la Sécu, de l’Education nationale ?

« Une volonté clairement exprimée d’appliquer aux produits entrants dans l’Union le même niveau d’exigence sanitaire environnementale voir sociétale que nous demandons à nos propres produits. »

La santé, l’industrie ?

« Une grande politique de souveraineté alimentaire permettant à l’Europe d’être autosuffisante et d’exporter. »

Vous avez trouvé ? Il s’agit du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, par la voix de son ministre Michel Barnier. L’interview fait deux pages et est diffusée dans La Tribune du lundi 1er octobre.

Pourquoi extraire ces citations de son discours ? Pour mettre en avant la vision stratégique de ce ministre sur son secteur. L’agriculture sera demain, encore plus qu’aujourd’hui, au centre de grands enjeux. Michel Barnier le rappelle en début d’interview « Avec 9 milliards d’habitants en 2050, la monde va avoir faim ». Tout est dit.
Quelques conséquences :

- Si aujourd’hui la richesse d’un Etat est en partie corrélée à sa richesse énergétique (pétrole, gaz, …) il se peut que demain ce soit corrélée à sa … richesse agricole ! Car si on peut vivre sans pétrole, on ne peut pas vivre sans manger. La France, actuel second exportateur mondial de produits agricoles aura alors une carte formidable à jouer !

- A ce premier enjeu se calque un second. Il ne suffira pas de produire. Il faudra produire sain, et même bio. Car à quoi servira de grands cheptels s’ils sont contaminés, et doivent être abattus ? A quoi serviront de vastes étendues arables, si les nappes phréatiques pour les arroser son contaminées ?

- Dernier point, la carte géopolitique mondiale s’en trouvera certainement modifiée. Certains Etats, aujourd’hui très riches de leur sous-sol mais composé de terres totalement improductives, se préparent certainement dès maintenant à ce retournement de situation. Mais que faire quand on ne possède ni bonnes terres ni eau ? La technique peut offrir un palliatif (ex : dessalement de l’eau de mer). Acheter ou prendre les terres de son voisin peut en être un autre.

Posté par Jérôme Bondu, le 06/10/07 dans Agriculture - France - Géopolitique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 18 août 2007
Maléfices agricoles

070818produits-bio.jpgLa France, premier producteur européen de denrées agricoles est importatrice nette de produits bio. Si l’on recherche l’origine du mal, on tombe, semble-t-il, sur deux causes principales. D’une part, les prix garantis par la PAC ont longtemps permis aux plus grands exploitants de gagner beaucoup d’argent avec des cultures de base. D’autre part, les fermages traditionnels sont trop petits pour inciter leurs cultivateurs à se lancer dans de nouvelles aventures.

Ainsi, les produits bio se sont-ils développés sur relativement peu d’espace. Le lobbying exercé par la FNSEA en faveur de l’éthanol, risque encore d’aggraver les choses. La France a beau être grande à l’échelle européenne, elle ne dispose pas de superficies comparables à celles du Brésil ou des Etats-Unis. Les cultures de niche et de haute qualité lui conviendraient mieux que la production de masse.

Posté par Marc Lanval, le 18/08/07 dans Agriculture - Economie - France | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 18 mai 2006
Faim, OGM et bonne conscience

OGM.jpgLes adversaires des OGM, en particulier en Europe, mettent en doute leur innocuité sur la santé humaine et animale, s’inquiètent de la contamination des cultures sans OGM et, s’alarment des atteintes qu’elles porteraient à la biodiversité. Ils s’insurgent aussi contre le sort qui sera réservé aux paysans dans le monde, en particulier dans les pays pauvres. Les OGM étant protégés par des brevets, les petits paysans, assurent-ils, n’auront plus le droit de garder des semences d’une récolte pour les replanter l’année suivante, comme ils l’ont toujours fait. Ce qui constituerait un surcoût insupportable pour la plupart d’entre eux.

De leur côté, les pro-OGM, et au premier chef les grands groupes d’agrochimie, tels les américains Monsanto et DuPont ou le suisse Syngenta, rejettent tous ces « anathèmes » par des arguments inverses. Ils insistent sur le caractère inoffensif des OGM que ce soit sur la santé ou les cultures, sur les bienfaits pour l’environnement – moins de pesticides utilisés pour des plantes devenus résistantes à tel ou tel insecte etc. Ils vont jusqu’à taxer les anti-OGM du Nord d’ « égoïsme ». Ils seraient, à leurs yeux, insensibles à la faim qui sévit dans certaines parties du monde alors que les OGM, grâce à des rendements importants, pourraient venir à bout de ce fléau.

Mais las ! Et c’est la FAO qui le souligne dans un rapport sur les biotechnologies agricoles : « Les recherches sur les cultures transgéniques sont, pour la majorité, le fait de sociétés privées transnationales. (...) Les plantes et les caractéristiques présentant un intérêt pour les pays pauvres sont dédaignées. »

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 18/05/06 dans Agriculture - Biologie - Développement - Environnement | Commentaires (12) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 26 octobre 2005
Affreuse promiscuité

Selon certaines informations, le premier foyer de grippe aviaire a éclaté dans un élevage industriel situé en Thaïlande. Les animaux y souffraient de deux handicaps cumulés. D’une part, comme dans tous les élevages industriels de par le monde, ils étaient entassés ? plus de vingt au m², d’autre part, ils ne recevaient pas systématiquement, comme en Europe et ailleurs, des antibiotiques ? titre préventif.

Si cette information est confirmée, on pourra conclure :

i) non seulement l’affreuse promiscuité des élevages industriels fragilise les animaux mais

ii) des foyers de nouvelles maladies finiront par apparaître dans les pays « avancés » puisque les antibiotiques, ? force d’être (sur)utilisés, deviennent moins efficaces.

Posté par Marc Ullmann, le 26/10/05 dans Agriculture - Economie - Environnement - Société | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

 
Jean-Pierre Dupuy
 
Professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique et Stanford University, Jean Pierre Dupuy est intervenu, mercredi 14 mai, sur le thème : « Les nanotechnologies ».  
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