Ce qu’on redoutait a fini par arriver. Petit à petit, le conflit au Darfour est en train de prendre une dimension régionale. Aujourd’hui le chaudron soudanais est en train de déborder de ses limites originelles pour s’étendre à d’autres pays. Le premier à être éclaboussé, c’est le Tchad. Et Paris est, encore une fois, appelée à jouer les pompiers.
Depuis plus d’un an, une kyrielle de rébellions armées ont pris corps à la lisière du Darfour et donnent du fil à retordre à Idriss Deby Itno. N’Djamena a, dès le début, accusé Khartoum d’être derrière ces rebelles et des violations répétées de l’intégrité territoriale du Tchad. C’est dans ce contexte tendu que François Bozizé, l’homme fort de Bangui, est frappé à son tour par une rébellion, curieusement à la frontière avec le Darfour. Comme Deby, Bozizé aussi accuse Khartoum.
Les observateurs avisés, comme Alpha Omar Konaré, le président de la Commission de l’Union africaine, avancent carrément que « ce qui se passe aujourd’hui au Tchad et en République centrafricaine est la conséquence du Darfour ». Dans cette partie de l’Afrique, tout le monde s’accorde à dire que plus que jamais, les risques d’un conflit régional sont réels et que le problème du Darfour peut déstabiliser toute la région.
Les récents affrontements entre communautés arabes et non-arabes au Tchad, semblent lui donner raison. Idriss Deby Itno en est venu à décréter l’état d’urgence dans six régions ainsi que dans la capitale N'Djaména alors que, Bozizé, de son côté, lançait un appel à la France pour un soutien militaire.
Sur ce plan, Bangui vient d’obtenir, en partie, satisfaction puisque Paris s’est engagé, depuis le 13 novembre dernier, à lui fournir à la fois un appui logistique et un appui dans le domaine du renseignement aérien. Aujourd’hui, la France va plus loin avec le déploiement d'une centaine d’hommes supplémentaires pour renforcer le détachement Boali, installation militaire française permanente en RCA (soit 300 hommes en tout).
Paris insiste sur le fait que ses soldats viennent en renfort des forces locales et de celles de la FOMUC, la force multinationale en République centrafricaine sous mandat onusien, pour aider à la stabilisation du pays.
Mais la France, une fois de plus, se trouve, peut-être bien malgré elle, dans une situation délicate dans son pré carré africain : Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique. Sa sollicitude provoque l'ire de certains qui l'accusent de visées néo-colonialistes. Pourtant, si elle ne fait rien et que la situation dégénère, d'autres, ils peuvent être les mêmes, l'accuseraient, en revanche de n’avoir rien entrepris pour arrêter, à temps, les dérives meurtières.