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Le 31 octobre 2008
Travail et bonheur
081031-TravailetBonheur.jpgBeaucoup de gens en ont marre d’être considérés comme des pions dans beaucoup d’entreprises et cherchent leur bonheur en dehors. Il n’en reste pas moins que d’autres gens aimeraient bien que l’entreprise leur serve de seconde famille. Comment opérer la réconciliation dans la diversité ?
Posté par Marc Ullmann, le 31/10/08 dans Entreprises - Société | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 29 octobre 2008
Un monde différent pourrait s’ouvrir à nous
081029-Mondediff%E9rent.jpgLa crise est beaucoup plus que financière. De puissantes dynamiques de changement que le Club des Vigilants a repérées de longue date en constituent le soubassement. L’impératif de régler rapidement la crise financière et de tenter de limiter son impact économique va donner à ces dynamiques l’occasion de peser sur le cours des choses.

Le modèle actuellement dominant du capitalisme hyper-financier, centré sur le court terme et la recherche d’immenses profits pour les actionnaires, pourrait basculer vers des formes radicalement différentes. De nouveaux modes de gouvernance de la société, de l’économie et de l’entreprise peuvent émerger. L’auto-organisation d’un développement durable et celle de nouvelles formes de régulation mondiale vont sans doute s’accélérer. C’est dire qu’un monde différent pourrait s’ouvrir à nous. 

L’effondrement d’un système financier hyper-libéral et cancéreux ébranle les consensus de l’establishment politico-économique. On nationalise ici et là. On parle d’un retour de l’Etat. Il ne faut pas voir cela comme une nouvelle phase de l’affrontement entre fondamentalistes libéraux et idéologues du dirigisme ni comme une revanche de ces derniers. Une tendance s’affirme depuis plusieurs décennies qui favorise l’émergence (dans les familles, les associations, certaines entreprises, des municipalités) de nouvelles formes de gouvernance plus avisées. Elles intègrent une prise de conscience de la complexité et des effets de système. Elles cherchent à combiner un maximum d’auto-organisation et d’autorégulation (de marché) avec ce qu’il faut d’interventions régulantes, pointues et avisées. Depuis quelques semaines, tout l’establishment a le mot « système » à la bouche : il prend ses distances avec une causalité simpliste. 

La dimension morale prend une importance croissante dans l’intelligence collective des populations du monde. A l’intérieur de chaque pays et sur la planète, les riches paraissent trop riches et les pauvres trop pauvres. Les inégalités sont trop visibles. Les gains exagérés et injustifiés provoquent un sursaut moral. Il pèse déjà sur le cours des choses. 

Depuis des décennies, la préoccupation écologique restait cantonnée dans des milieux de militants. Puis tout a changé. L’intelligence collective des populations de la terre a pris  conscience (au cours des trois ou quatre dernières années) de la gravité de la menace écologique et climatique : les comportements de consommation et de vie ont commencé à bouger ; et les sondages montrent que les menaces environnementales sont devenues la préoccupation dominante de 45 à 66% des Européens de l’Ouest et de 70% des Chinois. La proportion des Américains qui partagent cette opinion a plus que doublé en cinq ans et approche 40% (Pew Research). Cet énorme mouvement va nous faire basculer d'un capitalisme qui exploite la nature vers un capitalisme qui invente une nouvelle alliance avec elle. 

Depuis plus de dix ans, les sociologues nous alertent sur le fossé qui se creuse entre, d’une part, de grandes entreprises (voraces, hiérarchiques, bureaucratiques et stressantes) et, de l’autre, leurs personnels, leurs cadres et plus généralement la société des gens. Les personnels d’entreprises en proportion croissante (notamment parmi les jeunes) supportent de plus en plus difficilement ces formes de management. Les dirigeants se multiplient qui sentent la menace de désenchantement voire de clash et sont à la recherche d’une nouvelle efficacité managériale et stratégique par l’épanouissement humain. 

Depuis le début de ce siècle, le statut politique et moral mondial des Etats-Unis n’a cessé de décliner. Le modèle occidental de gouvernance perd de son prestige. La domination de l’Occident sur le monde touche à sa fin. L’effondrement de la finance américaine accélère ces mouvements. Les instances de régulation qui vont émerger ne pourront pas exclure de nouveaux participants.

Les enquêtes auprès d’entreprises et de dirigeants que mènent actuellement le Club mettent en lumière une tendance plus récente qui pourrait peser fortement en direction d’un capitalisme moins centré sur le profit à court terme. Des dirigeants d’entreprises prennent conscience que leur champ stratégique de concurrence subit un bouleversement radical et qu’il va falloir se réinventer pour répondre à ce défi. D’autres s’aperçoivent que le développement durable recèle des opportunités majeures de vitalité à terme. Les uns et les autres réalisent que leur défi majeur, dans le contexte actuel, devient de faire en sorte que leur entreprise soit dans dix ans pleine de vitalité.

Posté par Alain de Vulpian, le 29/10/08 dans Economie - Entreprises - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 octobre 2008
Racket numérique
081027-RacketNunerique.jpgLes risques informatiques sont multiformes. La délinquance sur Internet est un aspect dont on parle relativement peu. Pourtant, certaines organisations mafieuses ont, depuis peu, décidé d’appliquer à la toile une des bonnes vieilles ficelles qui leur rapportent tant dans la "vraie" vie : le racket.

De nombreux sites Internet ont une grande faiblesse : l’incapacité à répondre à une forte affluence. Pour faire face à ces situations, des sites miroirs permettant de traiter, exclusivement, les informations "statiques" sont répartis sur la toile. Mais lors d’un achat en ligne par exemple, la communication entre le client et le site Internet doit être directe. Or, en cas de saturation, cette liaison directe ne se fait plus.  

Ce talon d’Achille d’un certain nombre de sites marchands n’a pas échappé aux sociétés du crime. Les sites cibles sont sommés de payer une "contribution" pour prix de leur protection. En cas de refus, ils font l’objet de connexions massives qui les rendent inopérants. Ce chantage sans arme, sauf l’informatique, ni violence, s’avère assez juteux car l’indisponibilité répétée a un coût et peut "plomber" le modèle économique d’un certain nombre de sites marchands.  

Conscients du danger, les opérateurs proposent des solutions qui consistent à rediriger, en cas de pic d’affluence, un certain nombre de connexions vers ce qu’on appelle des sites "poubelles". Solutions que la plupart des sites cibles ignorent puisque qu’elles s’avèrent fréquemment plus onéreuses que le montant exigé par les racketteurs !

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 27/10/08 dans Economie - Société - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 octobre 2008
Découplage ou recouplage ?
081024-Europe-Etats-Unis.jpg A première vue, l’Europe et les Etats-Unis sont dans une situation différente : 

Ø      L’Europe avait une crise bancaire et l’a, plus ou moins, résolue.  Elle n’a pas des millions de gens qui ont perdu leur maison ou vu leur retraite amputée. Cela devrait faciliter un découplage et ipso facto favoriser certaines entreprises européennes. 

Ø      L’Amérique a un double problème : celui des banques et celui des gens. Le premier va sans doute être, comme en Europe, plus ou moins résolu mais le second reste entier et sa solution va prendre beaucoup de temps. En principe, la situation européenne est meilleure mais compte tenu du poids des Etats-Unis, l’embourbement risque d’être contagieux et l’Europe, au lieu d’être découplée subirait un recouplage. Si tel est le cas, la crise sera longue pour le monde entier.

Posté par Marc Lanval, le 24/10/08 dans Europe - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 23 octobre 2008
En hommage à Bertrand de Jouvenel
081023-Jouvenel.jpg Commençant dans les ors et les mondanités, finissant dans l’étude et la sobriété, telle fut la vie de Bertrand de Jouvenel. Avec rigueur et érudition, le professeur Olivier Dard retrace le parcours du « voyageur dans le siècle ». J’ai lu cette biographie (1) avec tant de passion que j’en ai annoté presque chacune des pages.

 

Enfance marquée par la Guerre de 14, jeunesse déçue par l’échec de la Société Des Nations, espérances brisées par la crise des années 30, Jouvenel a espéré (et même cru) que le fascisme pouvait être porteur d’idées neuves. Il a vite déchanté et a consacré l’essentiel de sa vie à s’interroger sur les dérives du « pouvoir », les limites de la « souveraineté », les excès de l’économisme et le pillage de la nature. C’est en 1957 qu’il a employé, pour la première fois, l’expression « écologie politique ». Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, il fut un précurseur.  

Avec scrupules et objectivité, Olivier Dard montre en quoi la pensée de Jouvenel a été profonde et originale et comment, dans certains cas, elle est restée superficielle. Je peux d’autant plus témoigner du sérieux de l’ouvrage que j’ai eu le privilège de bien connaître Jouvenel et de lui rendre parfois visite dans sa propriété d’Anserville au milieu des arbres qu’il aimait tant puis dans le modeste appartement de la rue des Lilas que Pierre Uri lui avait loué. Au début des années 70, nous avons même nourri une ambition commune. Constatant que nous avions eu à peu près le même âge au lendemain des deux guerres mondiales (lui en 1919 et moi en 1945), nous projetions d’écrire un récit à quatre mains « d’après guerre comparée ». Sa maladie et ma paresse ont – hélas ! - eu raison de nos velléités. 

A l’époque, je travaillais à L’Express et Jouvenel, pour fêter les 80 ans de son ami Emmanuel Berl, a manifesté le désir de se joindre à moi pour l’interviewer. Nous nous sommes rendus dans la maison de campagne de ce « vieillard malicieux au regard de Voltaire ». L’entretien a été publié le 26 février 1973. Il en ressort clairement que la honte et l’absurdité de la Guerre de 14 a marqué les deux hommes, façonné leur esprit, guidé leur conduite.  

Dix ans plus tard, en 1983, j’accompagnais Raymond Aron au procès qu’intentait Jouvenel à Zeev Sternhell, professeur israélien qui, dans son essai « Ni droite, ni gauche », en faisait l’archétype du « fasciste français ». Aron, qui était de la même génération que Jouvenel, a témoigné en sa faveur et remis les choses dans leur contexte. Ce fut son dernier combat : devant le Palais de Justice, un chauffeur attendait ; Aron est monté dans la voiture ; quelques minutes plus tard, une attaque le frappait. 

Inutile de préciser que je me souviens de ses derniers propos. Nous sortions du Palais. Aron parlait de Jouvenel. Il espérait que son témoignage avait permis de cerner la personnalité de « cet homme de bonne volonté qui s’est toujours efforcé de regarder le présent en pensant à l’avenir ». C’est sans doute, encore aujourd’hui, l’ambition de son fils Hugues qui dirige Futuribles. C’est, en tout cas, la raison d’être du Club des Vigilants qui, parmi tous les futurs possibles, essaye, dans la modeste mesure de ses moyens, de discerner les voies d’un futur souhaitable. Hommage soit rendu à cet inspirateur. 

(1) Bertrand de Jouvenel, par Olivier Dard, Editions Perrin 2008

Posté par Marc Ullmann, le 23/10/08 dans Livres Recommandés | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 octobre 2008
Notation : comment rétablir la confiance ?
081017-Cazes.JPGLes marchés financiers n’ont plus de boussole. Directeur général de la Coface qui mesure dans le monde entier les risques de 45 millions d’entreprises, et qui vient de se positionner comme agence de notation, face à S&P ou Moody’s, Jérôme Cazes est intervenu, mercredi 5 novembre, sur le thème : « Notation : comment rétablir la confiance ?  ».  Il a notamment expliqué comment la notation, censée cantonner les risques toxiques, a au contraire contribué à les diffuser et comment redresser la barre.

Diplômé de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE) de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), Jérôme Cazes devient, de 1981 à 1985, Administrateur civil dans les services suivant les garanties à l’exportation, puis au Ministère des Affaires Etrangères de 1985 à 1987, sur les problèmes économiques Nord-Sud, enfin à nouveau au Ministère des Finances de 1987 à 1989, comme chef du Bureau de l’Analyse et de la Prévision à la Direction des Relations Economiques Extérieures.  

En 1989, il rejoint la Coface en tant que Secrétaire général, puis Directeur général délégué du Groupe, et enfin, en 1999, Directeur Général. En 1992, il lance CreditAlliance, un réseau d’assureurs crédit et de sociétés d’information d’entreprise, présent dans 99 pays, y compris la plupart des pays émergents. J

érôme Cazes est membre du Comité exécutif de Natixis, actionnaire unique de Coface, dont il dirige le pôle « Poste Clients » qui regroupe Coface et Natixis Factor. Il est aussi Président ou Administrateur de plusieurs compagnies du Pôle, dans ses quatre lignes (information d’entreprise, gestion, assurance et financement des créances commerciales) et dans ses 60 pays de présence. 

Jérôme Cazes est Chevalier de la Légion d’Honneur.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 21/10/08 dans L'invité du mois | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 octobre 2008
Mieux comprendre pour mieux agir
081020-Comprendre.jpgFace à la crise actuelle, le moment est venu d’un examen de conscience. Nous devons mesurer notre « vigilance », voir si nous pouvons nous flatter de quelques bons jugements et surtout réfléchir à comment corriger certaines insuffisances.

Notre approche, systématiquement pluridisciplinaire, a, au total, été positive. Elle nous a évité les ornières où s’embourbent souvent les spécialistes de tel ou tel domaine et les gens issus de tel ou tel milieu. Les intervenants à nos petits déjeuners ont apporté chacun un éclairage spécifique et nos groupes de travail ont examiné les choses dans leur complexité. Ainsi, Jacques Blamont a-t-il piloté une recherche sur le cumul et l’interaction des menaces. Ainsi, Jacques Andréani a-t-il mobilisé des compétences diverses sur le Moyen Orient. Ainsi, Alain de Vulpian a-t-il conduit une enquête pour tenter de dessiner les contours d’une « Société rêvée ». Une telle société implique, de toute évidence, une mutation ou, à tout le moins, un infléchissement du capitalisme tel que nous le connaissons. D’où la constitution d’un autre groupe de travail dont le périmètre a été défini avec Bernard Esambert et qui planche actuellement sur les voies et moyens d’un « Capitalisme durable ».   

En ce qui concerne la crise financière proprement dite, nous avons tiré plusieurs sonnettes d’alarme sans toutefois prévoir son ampleur, ce qui, disons-le franchement, est une grave lacune 

Parmi les prémonitions judicieuses, citons celle de Louis Schweitzer qui, dès 2002, stigmatisait, dans son intervention, le manque de régulations adéquates : « … les athlètes ne fixent pas eux-mêmes les règles du jeu. Il y va de leur intérêt bien compris ».
De même, Michel Pébereau tempérait en 2005 son libéralisme de principe en mettant l’accent sur les risques de spéculation et en soulignant les possibles emballements des marchés financiers « qui ont des cycles d’amplitude beaucoup plus forte que les marchés des biens et services ».  Citons aussi plusieurs avertissements lancés par Bernard Esambert sur les dérèglements du système monétaire puis sur les dangers inhérents au court termisme des entreprises. J’ajouterai que, dans des « avis de tempête » répétés, j’ai personnellement souligné que « parmi la profusion d’indices de toutes natures, nous devrions avoir l’œil braqué sur un paramètre essentiel : le prix de l’immobilier aux Etats-Unis ».  

Cette référence à mon propre jugement ne me pousse nullement à l’autosatisfaction. Bien au contraire. En prévoyant les effets macro économiques éventuels de l’éclatement de la bulle immobilière américaine (retournement de « l’effet richesse », baisse de la consommation aux Etats-Unis, conséquences pour le reste du monde), j’ai négligé l’effet multiplicateur des titrisations abusives dont j’ignorais les excès. Ainsi m’a-t-il fallu du temps pour comprendre que l’amoncellement de produits dérivés bâtis les uns sur les autres à partir de créances partiellement douteuses propageaient des risques de plus en plus conséquents et de mieux en mieux dissimulés. 

De ce constat, j’ai déduit que le système financier mondial prenait l’allure d’un éléphant en équilibre sur une aiguille. Après quoi, j’ai découvert – tardivement ! – la perversité de certains mécanismes annexes comme, par exemple, celui des « CDS » (Credit-Default Swaps). A mes yeux de Candide, il était normal et salutaire que des entreprises puissent s’assurer contre d’éventuels défauts de payement. Je pouvais même comprendre que si telle entreprise voyait ses risques concentrés sur tel pays ou sur tel secteur, elle pouvait avoir intérêt à en échanger une partie contre d’autres risques encourus par d’autres entreprises dans d’autres pays ou d’autres secteurs (c’était, à l’origine, l’idée - et la justification - des « Swaps »). Hélas, l’inventivité de pseudo génies de la finance a conduit à une dérive majeure que seuls les praticiens connaissaient alors même qu’ils n’en mesuraient pas le danger. Des spéculateurs, de plus en plus nombreux, ont choisi de s’assurer contre des risques qu’ils ne couraient en aucune manière et ont cru bon de parier sur la faillite d’autrui. Il en est résulté un écheveau de soupçons qui, quand la brise s’est mise à souffler, a provoqué une flambée de méfiance. C’est une des causes de l’assèchement actuel du crédit interbancaire lequel est d’autant plus menacé que nombre d’établissements ont eu l’imprudence d’abuser de l’« effet levier » leur permettant de travailler essentiellement sur des fonds empruntés représentant, dans certains cas, près de 40 fois leurs fonds propres. 

Si je me suis étendu sur ce point particulier, ce n’est pas pour le plaisir de faire mon mea culpa mais pour illustrer la double difficulté de l’anticipation des menaces : les spécialistes qui ont le nez sur le guidon ne voient pas les virages ; et les non spécialistes manquent de connaissances suffisantes pour mesurer l’étendue des dangers. C’est le « trou noir » de la connaissance. 

Pour combler cette faille, il ne suffit pas de croiser les expertises comme le font, en général, les think-tanks (dont le Club). Il faudrait aussi que les différents spécialistes soient tenus de justifier les vérités qu’ils considèrent comme acquises. Cette leçon, valable pour une modeste association comme la nôtre, l’est, à fortiori, pour les « responsables » que des fonctions élevées amènent à prendre des décisions importantes. Ces personnalités, pour la plupart, ont un emploi du temps tellement surchargé qu’elles vivent sur des idées qu’elles ont mises en stock quand elles avaient davantage de loisirs. Ces personnalités sont, d’ailleurs, entourées de conseillers qui eux-mêmes sont débordés et qui, de surcroît, ont rarement le courage de « déconseiller ». D’où l’importance de repérer des esprits libres qui s’efforcent de mettre en cause certaines idées reçues ou prévisions courantes. 

Dans cet esprit et afin de susciter un débat, j’ai tenté d’établir un « diagnostic prospectif » de la crise financière. C’est une première étape. La crise n’est pas finie. De nombreux facteurs, à commencer par l’élection présidentielle américaine, façonneront l’avenir. C’est le moment ou jamais de se montrer vigilants. Le Club y parviendra d’autant mieux que nous saurons mettre à profit la diversité de nos expériences, de nos compétences et de nos talents.

Posté par Marc Ullmann, le 20/10/08 dans Débats - Economie - Mondialisation | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 octobre 2008
De Kerviel à Lehman Brothers…
081017-LehmanBrothers.jpgLa présente crise financière a son origine immédiate aux Etats-Unis, plus spécifiquement dans le scandale des « subprimes ».  Au mépris de toute règle morale et éthique, des établissements financiers avaient prêté des sommes faramineuses à des acquéreurs immobiliers qui devaient se révéler insolvables au moindre retournement de conjoncture.

Que ces organismes subissent les conséquences de leur esprit de lucre ne saurait provoquer nos larmes ; il n’en n’est pas de même pour les malheureuses victimes qui se retrouvent à la rue. 

Comment ce problème strictement américain est-il devenu une crise mondiale ? La réponse à cette question est fondamentale pour éviter toute récidive. Les plans de sauvetage, les « bailouts », de centaines de milliards de Dollars et d’Euros ne font que soigner les symptômes, sinon conforter le système, sans s’attaquer au mécanisme de propagation de la pandémie. En dehors des Etats-Unis peu de monde s’est penché sur ce phénomène ; aucun responsable politique ou économique n’a vraiment identifié publiquement les causes du mal (hormis les financements immobiliers acrobatiques). Seul Jacques Attali en a fait clairement mention mais fort discrètement. Le sujet est en effet aride, technique et fort complexe. 

Les établissements financiers américains à l’origine des « subprimes » ont repassé une grande partie des risques (il y a là véritablement escroquerie) en utilisant tout un panel d’outils financiers sophistiqués : titrisation et produits dits dérivés. Ces produits sont basés sur des modèles mathématiques de simulation de transactions à terme.  Les marchés à terme ne sont pas une invention récente puisque les premiers virent le jour aux Etats-Unis et en Angleterre à la fin du XIXeme siècle. Leur but, louable, était de protéger contre les fluctuations de cours des matières premières, à l’origine agricoles (pommes de terre, blé) ou minières (cuivre, zinc), commerçants et industriels soumis aux aléas de variations de prix. Le pétrole devint un des marchés à terme les plus importants. Entre le moment où un raffineur achète une cargaison de brut et la vente des produits raffinés il peut s’écouler de nombreuses semaines (transport, raffinage, stockage) pendant lesquelles les cours des produits peuvent varier. Les marchés à terme permettent de bloquer la marge économique au moment de la prise de décision.  

Tout cela fonctionnait bien (mis à part quelques scandales provoqués par de purs spéculateurs) jusqu’au jour (années 80) où des banques devinrent des intervenants majeurs sur ces marchés, à la grande perplexité des professionnels des matières premières.  De « market makers » sur le pétrole ou l’aluminium, les banques se lancèrent dans des transactions à terme sur des produits strictement financiers, non adossés à un produit physique, de plus en plus complexes sinon inintelligibles par les non mathématiciens. Ce fut l’âge d’or des « golden boys » et les salles de marchés se remplirent de polytechniciens et de centraliens (du moins en France…).  

Des voix s’élevèrent dans les années 90 aux Etats-Unis contre ces dérives, les « derivatives » échappant à tout contrôle. Warren Buffett déclara, dans l’indifférence générale, que les « quants » (pour : quantitatives - concepteurs de produits dérivés) avaient entre leurs mains des armes de destruction massive (à quand un T.N.P. dans la finance ?). Ne dit-on pas qu’il n’y a que 20 personnes au Monde capables de comprendre et maîtriser certains produits dérivés qui véhiculent des milliards de dollars ? 

Avec le soutien actif d’Alan Greenspan, l’administration Bush torpilla tous les projets de régulation élaborés par certains membres du Congrès. Georges W. Bush ira même jusqu’à signer une loi exonérant les produits dérivés du règlement de la Commodity Futures Trading Commission. On sait malheureusement ce qu’il en advint. 

Les « quants », à l’admiration béate de leurs directions générales, mirent au point des outils de plus en plus complexes et empochèrent des bonus indécents. Le cours de mathématiques financières de Mme Karoui devint un must (voir le site : www.maths-fi.com/devenirquant.asp). Les rares commentaires, embarrassés, de madame le professeur à l’Ecole Polytechnique sur la crise actuelle sont fort intéressants. 

Des banques, aveuglées par les « performances » de leurs traders), ne mirent même pas en place les instruments habituels de contrôle des salles de marché. Seul comptait le : Toujours plus ! D’où l’affaire Kerviel, traité par Bouton de « terroriste » (sic). Des produits dérivés, qualifiés aujourd’hui de toxiques, fondamentalement de même nature que ceux manipulés par Kerviel, propagèrent de part le monde les risques inhérents des subprimes. 

Au début il y a un problème de morale : prêter sciemment de l’argent à des gens potentiellement insolvables, suivi par une absence totale d’éthique et de prudence. 

Eviter le renouvellement des catastrophes financières que nous vivons nécessite un changement profond de comportement des décideurs, dont le profil, pour nombre d’entre eux, doit être modifié. La financiarisation à outrance ne peut qu’être abandonnée pour revenir à une économie industrielle et commerciale. La finance est un outil et ne doit rester qu’un outil. Ce n’est pas la fin du libéralisme, martelée par certains, qui s’annonce mais le retour au bon sens. 

Comme Warren Buffett, il ne faut investir que dans ce que l’on comprend. C’est la sagesse. En est-on capable ?

Posté par Michel Chevet, le 17/10/08 dans Economie - Mondialisation - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 octobre 2008
Eviter le café de commerce
081014-CafeduCommerce.jpgIl est urgentissime que plusieurs de ceux de nos hommes politiques écoutés, parce que généralement raisonnables, Woerth, Bertrand, Darcos entre autres, s'expriment, même si c'est en dehors de leur champ de compétences, pour marteler et expliquer aux français que l'on ne va pas leur prendre 360 milliards d'euros dans la poche en augmentant les impôts ou, d'une manière énorme, la dette, déjà bien importante.

J’entends, un peu, et peux surtout imaginer le Français moyen au café du commerce vitupérant nos dirigeants pour les mesures prises ou annoncées (privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes, vol au secours des banquiers voleurs (resic) etc.

La Grande Bretagne, l'Allemagne et la France ont, séparément, fait savoir qu'ils mettaient des sommes au secours de la situation actuelle.

Ces sommes cumulées correspondent à environ 2100 milliards de dollars, soit trois fois le montant décidé par les USA alors que la population des USA est 50 % plus grande que celle de l'agrégat des trois autres pays.

Sommes-nous dans une situation bien pire que celle des USA ou nos gouvernements sont-ils plus enclins à ouvrir bien plus grand les parapluies ???

Posté par Serge Fradkoff, le 14/10/08 dans Economie - Europe - France - USA | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Leçon de crise
081014-DominationAmericaine.jpgLa crise semble connaître un répit. Pour combien de temps ? Nul ne peut le dire mais une première leçon peut, d’ores et déjà, être tirée : les USA n’ont plus les moyens de leurs ambitions. Ils s’efforcent donc de faire supporter les coûts de leur stratégie, souvent fort contestable, en utilisant les privilèges exorbitants du dollar, qui constituent  un paramètre très fort de leur domination et qui leur permet de jouer y compris d’une relation ambigüe avec la Chine.

Nous sommes donc bien dans une queue de comète où ce pays, s’appuyant sur des outils hérités des circonstances passées, notamment l’émergence de leur monopole grâce aux deux guerres mondiales, et sur l’absence de challenger depuis 1992 (URSS), s’efforcent de prolonger leur domination. Certes ils détiennent encore une partie des leviers indispensables à la puissance : économie, finances, démographie et la force.  Mais des concurrents apparaissent. Leur temps est compté.

 

De nouveaux dominants vont émerger : Chine, Inde, Russie … Dans combien de temps seront-ils à leur tour en mesure de détenir la palette complète des leviers de la puissance ?  Il est difficile de faire des pronostics, mais cela semble inéluctable.

 

Dans cet intervalle, il serait souhaitable que l’UE trouve une place et constitue un acteur crédible non seulement  pour freiner une stratégie américaine parfois destructrice et dangereuse, mais aussi pour contribuer à  réduire le monopole américain aux yeux des puissances émergentes et ainsi, peut être, éviter que ceux-ci confrontés à la seule brutalité US ne précipitent dangereusement leur volonté d’accéder à  un rôle de challenger.

 

Malheureusement, il est à redouter que ce souhait reste un vœu pieux car l’UE n’est pas suffisamment cohérente, unie et solidaire pour se doter des leviers précités.

 L’absence d’existence politique de l’UE, son absence de volonté, les égoïsmes nationaux, la carence de stratégie à moyen terme … sont finalement très dommageables à l’UE mais aussi probablement au reste de la planète
Posté par Jean-François Coustillière, le 14/10/08 dans Economie - Europe - USA | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 12 octobre 2008
Tout va se jouer en quelques mots
081012-Confiance.jpgLa journée d’aujourd’hui est décisive. Si la peur ne se transforme pas en espoir, les dégringolades boursières vont s’accélérer, les économies s’effondreront et la paix mondiale finira par être menacée.

Tel sera le cas si les mesures que les gouvernements européens annonceront dès cet après-midi sont interprétées comme des cadeaux faits aux banques avec l’argent des contribuables. 

Gordon Brown, le Premier Ministre britannique, a montré le chemin : l’Etat ne rachète plus des créances pourries, il entre au capital des banques : c’est un investissement et non plus une dépense. 

Encore faut-il qu’un choc psychologique se produise c’est-à-dire que le public croie que cet investissement pourra être rentable et qu’en bout de course les contribuables feront une bonne affaire. Au prix où sont tombées les actions bancaires, c’est possible... si la machine se remet à tourner.

Pour cela il faut que la confiance revienne et, pour qu’elle revienne, il ne suffira pas que les gouvernements européens prennent la bonne décision. Il ne suffira pas même pas que les autorités américaines fassent de même. Il faudra que les hommes politiques parviennent à persuader les contribuables que l’argent public ne sera dilapidé mais au contraire utilisé pour un placement d’avenir. 

Le poids des mots peut faire pencher la balance de la crise.

Posté par Marc Ullmann, le 12/10/08 dans Economie - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 10 octobre 2008
Enfin une bonne nouvelle !
081010-Murdelahonte.jpgL'avalanche de catastrophes qui est notre lot quotidien d'informations a complètement occulté une nouvelle importante et certainement quelque peu dérangeante pour nombre de commentateurs et de politiciens, à savoir : les Américains ont commencé la démolition des murs anti-attentats érigés dans Bagdad. La violence a diminué de façon spectaculaire en Irak mais la situation y reste toutefois très dangereuse. Le démantèlement des protections contre le terrorisme est un acte courageux et risqué. Puisse Israël s'en inspirer.
Posté par Michel Chevet, le 10/10/08 dans Moyen Orient - Terrorisme - USA | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 octobre 2008
Une crise singulière
081006-CriseFinanciere.jpgLa crise à laquelle nous assistons, impuissants ne ressemble pas à celle de 1929.
En effet, conséquence d'une absence quasi totale de réglementation, d'une abondance d'argent à bon marché et du laxisme pharamineux de beaucoup d institutions américaines, qui ne se sont pas privés de se défausser partiellement sur des institutions hors des Etats Unis, l'on assiste à un double phénomène :

1) Perte importante et réelle de substance par les organismes prêteurs ;

2) Le point 1 entraîne mécaniquement une perte de confiance des autres banques et  des instituts financiers entre eux qui se traduit par une crise extrêmement grave de liquidité.

Un des problèmes, hélas pas le seul, est que cette absence de liquidité engendre des conséquences aussi énormes que dramatiques, parfois totalement injustifiées.

Imaginons que quelqu’un sorte sans cash et sans carte de crédit mais qu’il ait de l’argent liquide dans son appartement. S’il désire manger par exemple, il ne le pourra pas, non par absence de solvabilité mais par manque de liquidité, tout simplement !

La bourse américaine, exprimée par le Dow Jones a perdu 7 % hier en quelques heures.
Cette perte correspond AU DOUBLE des 700 milliards de dollars demandés par le gouvernement US et refusé, dans un premier temps, par la chambre ??? Depuis, le Sénat et la Chambre des représentants ont accepté un plan B, qui ressemble furieusement au premier.
 

En effet un refus, même s'il était moral aux yeux de certains, aurait entraîné pour des décennies, et dans le monde entier, des conséquences auprès desquelles la crise de 1929 apparaitrait comme une multitude de pétales de roses !

L'heure n'est pas au calvinisme effréné et à la juste punition des coupables, mais aux grands maux, les grands remèdes.

Les gesticulations de Sarko passé en 24 heures du libéralisme le plus extraordinaire à une posture quasi stalinienne seraient pitoyables à mes yeux..................si je n'avais pas voté pour lui faute d'un meilleur choix.

Posté par Serge Fradkoff, le 06/10/08 dans Economie - Mondialisation | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 3 octobre 2008
Le temps des consignes
081003-Consignes.jpgLa deuxième vague de campagne de sensibilisation au geste du tri, lancée par l’Association des maires de France et Eco-Emballage, est à saluer. « Trier, c’est préserver » enfonce le clou sur l’utilité du tri et la nécessaire sauvegarde de notre environnement. «  5000 bouteilles en plastique = 1 baril de pétrole et 40 bouteilles en verre recyclées = 12 kg de sable = 1 m3 de gaz naturel économisés ».

Cela rappelle le bon vieux temps des « bouteilles consignées ». Pourquoi ne pas mettre en place une structure dédiée, récupératrice des « déchets verts », qui calculerait le poids des déchets recyclables collectés et pourrait reverser aux écocitoyens le fruit de leur labeur écologique quotidien. Les impôts locaux pourraient ainsi, en partie, baisser. 

L’élan pourrait se poursuivre en sensibilisant les électeurs sur l’utilité du fleurissement des murs, terrasses, balconnets ou « jardinains » dans les villes de plus de 20.000 habitants où le vert manque cruellement. Récompenser les « mains vertes » par une « prime à l’embellissement floral » (comme on alloue, par exemple, des « primes à l’emploi »), encouragerait d’une jolie façon la Révolution Verte qui est en marche.

Posté par Déborah Secrétin, le 03/10/08 dans Environnement - France | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

 
Luc Ferry
 
Président délégué du Conseil d'Analyse de la Société, Luc Ferry est intervenu, mercredi 1er juillet, sur le thème : « La France de demain doit se réfléchir aujourd’hui ».  
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