Les images qui restaient en mémoire étaient celles des « ghettos » en flamme dans les années 60. La révolte grondait de Chicago à Los Angeles. Un mouvement extrémiste, les « Black Panthers », prônaient la guérilla urbaine. La répression semblait inefficace. L’ « affirmative action » (discrimination positive) était dans les limbes et dans les studios d’Hollywood, il n’était pas encore question de confier des rôles sympa à des Noirs ou même à des métis. On saura le mardi 4 novembre si les Etats-Unis d’aujourd’hui sont prêts à confier la présidence à un « homme de couleur ». Sa campagne, de toute façon, aura inauguré une ère nouvelle. Ses écrits et ses discours préfigurent une Amérique post raciale où les Blancs (non hispaniques) ne seront plus majoritaires mais où les autres partageront, en l’adaptant, le « rêve américain ». Ce rêve, les « Founding Fathers », les Pères fondateurs l’ont à la fois incarné et mis en œuvre. Combinant idéal et pragmatisme, ils ont jeté les bases d’une Constitution qui tient la route depuis 1776 et sert de boussole à la plupart des démocraties. Les « Federalist Papers » qui rassemblent leurs œuvres et leurs débats, témoignent de leur élévation de pensée. Barack Obama a lu et relu. Il s’est imprégné et, sans trahir le rêve, s’efforce de le projeter dans l’avenir. En esquissant ce qu’il appelle une « promesse américaine », il acquiert la stature d’un « Founding Son », d’un Fils fondateur. Cela lui assurera certainement une place dans l’Histoire mais pas nécessairement à la Maison Blanche. Il a beau bénéficier de l’impopularité de Bush et de la gravité de la crise économique, sa personnalité intrigue plus qu’elle ne rassure (voir en date du 18 septembre 2008 « Obama : un trait de caractère »). De plus, la tension internationale mobilise en faveur de Mc Cain les Américains originaires d’Europe de l’Est : ils sont des millions, ont reçu en héritage une détestation de la Russie et peuvent faire la différence dans certains Etats clefs. Surtout, de nombreux faux indécis forment un obstacle de taille. Ces électeurs ne sont séduits ni par Mc Cain, ni par Obama mais savent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils ne sont pas prêts à voter pour un « homme de couleur ». Combien sont-ils ? Les instituts de sondages ne le savent pas. Ils collationnent des opinions déclarées mais ne sondent pas les cœurs. Peut-être devraient-ils corriger leurs « données brutes » de quelques points. Obama est conscient de tous ces obstacles. Sa volonté et son talent peuvent lui permettre de les surmonter. Dure, pourtant, sera la remontée. |