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Le 21 mai 2008
 
Court et long terme des entreprises
080521-CTetLT.jpgLa vie des entreprises traverse une mue significative tant elle est désormais influencée par les fonds d’investissements anciens (Pensions Funds, Mutual Funds, …) et nouveaux (innombrables fonds qui se sont créés au cours de ces dernières années en raison de l’afflux de liquidités, fonds souverains …). Les managers, de plus en plus soumis à ces actionnaires inédits et prédominants se focalisent sur le serrage de boulons et la profitabilité à court terme. Certains dirigeants d’entreprises du CAC 40 ont toute la journée les yeux fixés sur un écran qui leur donne l’écume de leur cours de bourse.

Les opérations financières susceptibles de donner de plus belles couleurs à leurs titres (rachat d’actions, effets d’annonce, etc.) deviennent coutumières. La sphère financière, que plus personne ne contrôle réellement, s’emballe périodiquement au rythme de bulles et de crises de plus en plus fréquentes. Celle des subprimes n’est probablement pas la dernière. 

Parallèlement de nouvelles préoccupations apparaissent au travers de vagues d’intelligence collective, la plus structurante étant, bien entendu, la déferlante écologique et climatique. Les recherches de terrain, menées notamment par Alain de Vulpian, indiquent aussi un changement d’orientation de certaines entreprises vers une gouvernance plus participative et vivante, utilisant mieux les énergies latentes. Enfin, le besoin d’une moralisation du libéralisme économique, formidable moyen qui ne peut s’affranchir de garde-fous, se fait sentir un peu partout dans le monde avec un sursaut moral à l’encontre des enrichissements indus et des écarts de connaissance et de richesse. 

Rien de nouveau sous le soleil si l’on se souvient que l’Eglise, avec le recul d’un siècle de pensée sociale, reconnaît le profit à condition qu’il soit la récompense d’un service rendu aux travailleurs ainsi qu’à la communauté dont l’entreprise satisfait les besoins. L’Ancien Testament, se démarquant de l’Egypte ancienne, nous dit également que si la volonté de Dieu permet aux hommes d’asservir la nature, c’est à condition de ne pas traiter leurs semblables comme de simples outils, comme des esclaves. Chaque être humain doit pouvoir acquérir tout le savoir dont il est capable, sans domaine réservé à des élites. Bref, responsabilité et dignité sont les compagnons plus ou moins virtuels de l’Homme depuis près de trois millénaires. 

Aujourd’hui, on oublie trop souvent que, derrière les objectifs économiques et financiers des entreprises, il y a des êtres humains avec leurs ambitions, leurs rêves et leurs problèmes. Comment donc faire en sorte qu’un capitalisme plus humain et une gouvernance plus avisée se mettent en place par confrontation positive des forces et des impératifs en présence ?  

La réponse est simple : il faut impérativement changer d’horizon et passer du court au long terme. C’est à cette condition que la Recherche-développement et l’innovation, essentielles au développement des affaires, retrouveront leurs lettres de noblesse ; que l’on pourra réserver des espaces de liberté au talent et à l’imagination, alimenter la réflexion sur des pilotages plus subtils, créer de la flexibilité et du ressort collectif. 

Le Club des Vigilants est prêt à ouvrir un chantier sur ce thème. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous partagez, au moins partiellement, ce schéma de pensée et aidez-nous à faire en sorte qu’un jour les personnes morales que sont les entreprises méritent davantage ce titre.

Posté par Bernard Esambert, le 21/05/08 dans Economie - Entreprises - Mondialisation

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Voici les sites qui parlent de Court et long terme des entreprises :

Commentaires postés :

La tragique "crise du riz" illustre exactement la nécessité d'agir sur le court terme, le moyen terme mais également - et surtout ! - sur le long terme : patron de l'Adrao(*), Papa Abdoulaye Seck a déclaré que "Dépendre autant du riz importé constitue la recette du désastre pour ce continent"..."Si les gouvernements ne prennent pas immédiatement des mesures fortes, alors le démarrage économique que l'on connait actuellement dans de nombreuses parties de l'Afrique va s'évaporer. Nous avons besoin de solutions à court et long terme pour dynamiser la production locale de riz".

La crise du riz pourrait paradoxalement devenir, à terme, une chance pour l'Afrique : "Nous avons en Afrique, au Sud du Sahara, 130 millions d'hectares de bas fonds dont 3,9 millions seulement sont en culture"...."Pour éviter d'être otage des cours mondiaux, il n'y a pas de secret, on construit une agriculture compétitive et durable grâce à une combinaison intelligente de trois facteurs: technologies performantes, infrastructure de base et environnement assaini. Oui c'est possible d'inverser les tendances mais à moyen terme" a conclu M. Seck.

(*) l'Adrao a créé une variété de riz très résistante. Baptisée Nerica. Non OGM, issu d’un croisement (classique) entre un riz asiatique et une variété locale.


Posté par : Déborah Secretin le mai 23, 2008 1:07 PM

Il est une réponse, partielle, sans doute, mais intéressante qui serait d'utiliser le "moteur économique" qu'est le capitalisme pour équiper un "véhicule social" qui le soit un peu plus.

J'apprécie toujours autant la comparaison entre l'Automobile et l'Economie moderne.

Sans moteur, une voiture ne sert qu'à peu de choses, c'est comme çà !
Sans le capitalisme l'économie sociale a du mal a progresser, c'est comme ça !

A quoi servirait un moteur seul sans voiture ? A peu de choses sauf pour les amateurs de moteurs et les marchands d'essence.

A quoi servirait le capitalisme seul sans une véritable économie sociale ? A peu de choses sauf pour quelques aventuriers rêvant d'être les maîtres du monde et les marchands de la finance.

Mais,
une voiture sans pilote et sans vision, où donc pourrait-elle bien aller ?
une économie sans pilote et sans vision, à qui donc pourrait-elle servir ?

En économie comme en voiture, il est toujours dangereux d'être trop myope et cela d'autant plus que la vitesse de progression que l'on recherche est forte .

Penser et agir à court-terme, c'est souffrir de myopie et, au volant d'une voiture comme de celle d'une économie, cela peut être très dangereux ...

Un homme de bien et de pensée, Muhammad Yunus , a reçu le prix Nobel pour avoir imaginé équiper de moteurs capitaliste, des véhicules sociaux dont les pilotes ne s'intéresseraient pas seulement à leurs moteurs mais plutôt à l'attente et aux besoins de leurs passagers pour les faire avancer sur les chemins qui vont de la pauvreté totale à la simple dignité.

p>Il appelle cela le " social business " et il appuie ce système sur le micro-crédit. C'est aussi la voie que propose Monsieur Jacques Attali ...



Posté par : Henri-Paul Soulodre le mai 26, 2008 7:50 PM

1) Il est vain d'opposer performance boursière et perfornance globale de l'entreprise (pour ses employes, sa perennité, sa capacité d'attirer des talents...). De nombreaux papiers d'universitaires économistes ont prouvé cette corrélation.

2) Il est exact que beaucoup de CEO (le plus souvent européens) ont malheureusement une méconnaissance manifeste de la réalité actionnariale de leur entreprise.
Ce ne sont pas les actionnaires les plus vocaux qui sont le plus important. Du reste, il est vital pour le management de passer moins de temps avec les analystes et actionnaires pour se focaliser sur les "intrinic investors" ceux qui bougent le cours de l'action.

Ces derniers sont sensibles à la performance de l'entreprise à long terme, à sa performance, à ses perspectives à long terme. Bref ils ont une logique patrimoniale de leur entreprise et attendent du management qu'il se proccupe du management de l'entreprise...

L'analogie est juste : regarder constamment son cours de bourse ne sert à rien. Comprendre par contre les messages manageriaux que cela vous donne est important. Je dis souvent à mes clients : "you don't win a ball game by staring constantly at the score board... you win it by blocking and tackling".

Il est vrai que seules les entreprises (le plus souvent américaines) qui pratiquent ces approches suppose un degré de sophistication de la fonction Investor Relation qui va au delà de l'anecdote et des propos que leurs banquiers leur racontent à propos de leurs investisseurs.

Sur ce point je suggère un récent article publié, au printemps 2008, dans McK on Finance n° 27 et intitulé "Perspectives on Corporate Finance and Strategy".


Posté par : Jean-Hugues Monnier le mai 27, 2008 3:17 PM

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