|
|
|
Banlieues : crise de la cité |
|
|
La banlieue est, historiquement en France, l’endroit où l’on était mis au ban, à une lieue de la ville. Or, ce qui fait l’esprit de la ville, selon Jacques Donzelot, spécialiste reconnu de la ville contemporaine, c’est le lien entre l’ouvert et le fermé. Ce qui le ruine, c’est le déséquilibre entre les flux et les lieux : quand les flux s’imposent au détriment des lieux comme avec la périurbanisation ; quand les lieux s’imposent au détriment des flux comme avec la relégation.
Qu’en est-il de nos banlieues ? Aujourd’hui, hélas, la réalité rejoint le sens étymologique du terme, dans notre pays, et la plupart des banlieues apparaissent, aux yeux de leurs habitants, surtout les plus jeunes, comme des lieux de bannissement. Pour trois raisons.
D’abord, on a choisi d’aménager du territoire au-delà de la ville, au lieu d’agrandir la ville. Cette spécificité française se traduit par le nombre très important – 36 000 - de communes et la petite taille de nos villes. Paris compte moins d’habitants que Rome (mais la densité y est plus grande ; Rome compte 2 547 000 habitants sur 1 285 km2 et Paris 2 150 000 habitants sur 105 km2) et quatre fois moins que Londres. Aujourd’hui, vivre à Bobigny ou à La Courneuve n’est pas habiter Paris. En Angleterre ou en Italie, Bobigny et La Courneuve seraient des quartiers de Paris. Au lieu d’agrandir les villes, nous les avons protégées par des boulevards périphériques et autres voies de contournement. Avec pour conséquence : un double enfermement. Celui de Paris derrière ces "portes" et celui des cités où les murs sont dans les têtes. Ainsi, lorsqu’un journaliste suisse de l’Hebdo de Lausanne, à l’origine du Bondy Blog, donne rendez-vous à un jeune dans un café au Quartier Latin, celui-ci l’interroge : « c’est quelle porte ? Je suis un banlieusard, moi. A Paris, c’est d’après les portes que je m’oriente !».
Ensuite, on n’a pas su non plus créer de vraies villes. Des quartiers de quatre mille logements, comme les 4 000 à La Courneuve, soit de douze à seize mille habitants, auraient pu former une ville. Au lieu de cela, par une politique de zonage irréfléchie, des friches ont été transformées en autant de « cités » d’où le moindre esprit de « cité » au sens de la « polis » grecque ou de la cité romaine est banni. « Qu’est-ce donc qu’une cité, sinon une société de citoyens ayant les mêmes droits ? » écrivait déjà Cicéron (De Republica, I, XXXII, 49). Certes, dans les années 60, il fallait parer au plus pressé : loger les milliers de rapatriés d’Algérie, éradiquer les bidonvilles... Les tours se construisaient à toute vitesse et les cités HLM connaissaient même une part de mixité, favorisée par le relatif confort des logements en comparaison des habitations de centre ville, sans hygiène ni commodités. Depuis, désertées par les derniers « blancs », elles sont devenues le lieu de relégation des minorités ethniques. Les émeutes de l’automne 2005 ont, à cet égard, mis à nu l’aberration "urbanistique" de ces cités. La crise de l’"urbain" dans ces banlieues est telle que l’on peut trouver plus d’urbanité dans certains camps de réfugiés à Gaza. Peut-on, d’ailleurs, parler d’urbain dans le cas de ces quartiers fermés mais non clos, dépourvus de toute image symbolique, où l’espace dit urbain, loin de former un espace interne à la cité, n’est plus que le vide extérieur aux barres ? Comment rêver le monde dans ces conditions ? Quand le lieu où l’on vit n’est pas habitable parce qu’il ne dit rien du monde ?
Enfin, l’aménagement du territoire a été conçu, non pour desservir ces quartiers mais pour les contourner. Ainsi, même si physiquement l’autoroute et le RER desservent Bobigny, ces voies contournent symboliquement les cités de Bobigny. C’est le cas à la périphérie de la plupart de nos villes. On assiste à une véritable logique de séparation. Vaincre cette logique de séparation est, à cet égard, un enjeu social majeur. N’oublions pas que les Romains firent de même aux 2eme et 3eme siècles en enfermant hors des villes les armées de mercenaires dans des camps : ils apprirent à leurs dépens que les mercenaires barbares pouvaient descendre sur Rome et renverser les empereurs. Les murailles d’Aurélien n’y firent rien.
Benoît Peaucelle, Vice président de la Société Française des Architectes
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
De Trotski à Guizot |
|
|
Avant d’être assassiné dans son exil mexicain, Trotski a consacré son intelligence à déceler les failles du système stalinien. Il a notamment souligné que les hiérarques du régime jouissaient d’avantages matériels considérables qu’ils ne pouvaient légalement transmettre à leurs enfants. Il en déduisait que, faute d’un idéal vraiment communiste qui réduirait les privilèges, le rétablissement de la propriété privée finirait par s’imposer. La chute de l’URSS s’est produite avant que sa prédiction put s’y réaliser.
Le PC chinois, lui, est allé au bout de la logique. La propriété a désormais droit de cité. Des fortunes se créent. Elles sont transmissibles. Les hiérarques en profitent mais ne sont pas les seuls. Plus de dix millions de Chinois possèdent des actions.
Plusieurs ouvrages et de nombreuses thèses sont consacrés à Guizot, cet homme d’Etat français qui, en 1840, s’est rendu célèbre en lançant la formule : « Eclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France ». Remplacez le mot France par le mot Chine, vous croirez entendre Deng Xiaoping.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Les jeunes et l’entreprise : inadéquations et remèdes |
|
|
Hervé Serieyx qui tient les deux bouts de la chaîne en tant qu’entrepreneur et ancien délégué interministériel à l’insertion des jeunes, est intervenu mardi 12 juin, sur le thème : « Les jeunes et l’entreprise : inadéquations et remèdes ».
En plus de quarante ans d’un parcours professionnel qui aurait nécessité, à certains plusieurs vies, Hervé Serieyx a été, tour à tour, responsable d'entreprises grandes, moyennes et petites, dans l'Administration, l'Université, le monde associatif, les collectivités locales et les organisations politiques. Plus de quarante années qu’il sillonne aussi les cinq continents, dans la diversité des cultures de la planète.
De cette immense expérience, il tire un constat qu’il qualifie lui-même de « gigantesque » lieu commun mais qu’il revendique fortement : les véritables performances - intellectuelles, économiques, sociales, politiques… - d'une société dépendent de la qualité des personnes, de leur engagement, de leur capacités collectives et donc, finalement, de la force du projet qui les réunit.
Secrétaire Général d'un département de Thomson-Houston (1962-1965), il devient, de 1965 à 1981, consultant du Cabinet Eurequip puis, de 1982 à 1985, Directeur Général Adjoint du Groupe LESIEUR. En 1986, il est nommé Président Directeur Général d'EUREQUIP et de GMV Conseil.
En 1991, c’est l’enseignement qui l’attire. Professeur associé à Paris VIII (1991-1994), Hervé Serieyx est, simultanément et jusqu’en 1997, Vice Président de l'Institut Européen du Leadership. Enseignant à l'Institut Européen des Affaires (Président du Conseil Pédagogique de l'I.E.A.), au collège des Ingénieurs (Professeur depuis 1986), à l'Ecole des Mines, il a été aussi maître de conférences à l'Ecole Nationale d'Administration (E.N.A.) de 1996 à 1999. Il a en outre présidé, de 1987 à 1996, le Conseil d'Administration de l'Institut Régional d'Administration de Lille.
Conseiller du Commerce Extérieur de 1978 à 1998, Hervé Serieyx a été également Délégué Interministériel à l'Insertion des Jeunes (1997-1998).
En 1999, retour au métier de consultant. Président Directeur Général du Groupe Quaternaire et de GMV Conseil (1999-2003), Hervé Serieyx devient membre de la section "Activités productives" du Conseil Economique et Social (2004-2005) et, de 2005 à 2007, Président de la Fédération Française des Groupements d'Employeurs.
Sa vie a tout autant été jalonnée par les livres. Il en a écrit vingt dont Mobiliser l'intelligence de l'entreprise (Entreprise Moderne Edition, 1982), L'entreprise du troisième type (avec G. Archier, Editions du Seuil, 1984), Prix Harvard - l'Expansion et Prix de la Fondation HEC (1984), Changer le travail pour gagner son temps (avec G. Rolland, La Documentation Française, 1996), Quand la Chine va au marché (avec P. Le Corre, Editions Maxima, 1998), Reprenons la Bastille - le modèle de société au cœur de l'emploi (avec A. Renaud-Coulon, Editions Village Mondial, 1999), Est-ce que le Manage…ment ? (Les éditions d'organisation, 2001), Les jeunes et l'entreprise, noces ambiguës (Eyrolles société, 2002) ou encore Coup de gueule en urgence - alerte sur notre contrat social (Eyrolles, 2004).
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Repentance : non ; Humilité : oui |
|
|
Depuis la révolution industrielle, l’Occident a accaparé toutes les richesses du monde. Aujourd’hui, les pays en développement estiment avoir le droit moral et politique de dire : « c’est bien notre tour ! ». C’est compréhensible mais intenable. Comment donc donner envie aux pays en développement de ne pas copier notre modèle ?
Repentance et autocritique ne servent à rien. Si l’on veut que les autres cultures cherchent et trouvent des voies qui leur soient propres, il faut commencer par leur montrer que nous sommes capables de les admirer.
Il y a moins d’une génération, certains Indiens de Bolivie adoraient encore les arbres. Les « Blancs » trouvaient cela idiot. C’est pourtant l’exemple même d’une croyance passée dont il faudrait s’inspirer pour construire l’avenir.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Progrès, où es-tu ? |
|
|
L’automobile, dans sa conception, son évolution et ses usages, est un très bon exemple des déviances qui découlent d’une certaine conception du progrès. L’Ademe vient de publier discrètement une étude qui met à mal le mythe du diesel. Alors même que la croissance faramineuse du parc de voitures équipées de moteurs diesel a été la conséquence d’une politique fiscale aberrante et de campagnes médiatiques pseudo écologiques.
Que dit, si prudemment, l’Ademe ? Que le coût d’entretien des moteurs diesel est nettement supérieur à celui des moteurs à essence et que, de ce fait, le bilan global n’est pas en faveur du gazole. Que le prix de vente de ce dernier est, en France, artificiellement, plus bas que celui de l’essence. Ce qui est une aberration.
Fabriquer les quantités de gazole demandées par le marché est devenu, de ce fait, un cauchemar pour les raffineurs qui se voient contraints de recourir à des procédés de conversion des coupes lourdes de raffinage de plus en plus sophistiquées, coûteuses et énergétivores. La conséquence directe, et sans appel, est que le prix ex-raffinerie (c.a.d. hors taxes) du gazole est supérieur au prix de l’essence ! Le gouvernement français s’était engagé à aligner la fiscalité du gazole sur celle de l’essence. Qu’en pensent MM. Fillon et Juppé ?
La lutte contre la pollution atmosphérique est une nécessité de santé publique et de préservation de l’environnement mais elle sert, le plus souvent, de prétexte à se lancer de façon irréfléchie dans de soi-disant solutions d’avenir. Le bioéthanol (E85) en est une très belle illustration. Ce merveilleux « carburant vert » permet peut être de lutter contre l’effet de serre mais on vient de découvrir qu’il libère dans l’atmosphère des produits chimiques destructeurs de la couche d’ozone (chut, il ne faut pas le dire). La grande chance du bioéthanol ? C’est d’avoir derrière lui le lobby agricole. D’un lobby, l’autre…
Quant à l’automobile elle-même, son évolution a été, ces vingt dernières années, en parfaite contradiction avec les objectifs déclarés d’économie d’énergie et de lutte anti-pollution. Une automobile de classe moyenne/supérieure pèse aujourd’hui entre 200 et 300 kgs de plus qu’il y a 20 ans. Cela tient à des tailles plus importantes (pour répondre au désir de confort), à l’ajout des ABS, des airbags, des matériels anti- pollution, d’innombrables dispositifs électroniques (qui ne servent jamais et sont source de pannes coûteuses) et d’une pléthore de gadgets.
A cet effet poids se rajoute le fait que les pots catalytiques et leurs accessoires absorbent près de 10 % de la puissance du moteur. Que s’est-il donc passé ? Pour éviter que les voitures se transforment en « veaux » et conservent les mêmes performances, la puissance des moteurs a fortement augmenté. Conséquence ? Une voiture de 2007, globalement (en incluant son cycle de fabrication et celui de son carburant), pollue plus que sa sœur de 1987.
Que faut-il en conclure ? Certainement pas une négation du progrès mais une grande défiance vis-à-vis des mirages collectifs comme Michel Godet l’a brillamment exposé devant les Vigilants. A défaut d’analyses calmes, réfléchies, approfondies, faisant appel de façon contradictoire à toutes les ressources scientifiques, les politiques menées risquent de plus en plus de marquer l’histoire par leurs effets pervers.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Il est l’or, mon senior ! |
|
|
L’or noir est, depuis longtemps, un enjeu planétaire qui s’arrache au prix de la guerre. L’or bleu, le plus précieux, sera demain la ressource naturelle la plus convoitée.
A une époque où tout se négocie au prix fort la vision d’un monde équitable fait figure d’utopie. Et pourtant ! L’humanité, si elle veut perdurer, devra, bon gré mal gré, faire de cette utopie la réalité de demain, considérer la protection du vivant comme sa priorité absolue. Puisse la mutation se produire volontairement avant qu’une catastrophe majeure ne décide pour nous.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Russie : Medvedev au charbon |
|
|
Malgré la gabegie et la corruption – disons le manque de transparence ! - qui règnent encore en Russie, la population bénéficie des retombées de la manne gazière et pétrolière. Entre 1998 et 2006, les exportations énergétiques sont passées de 28 à 170 milliards de dollars. Quelques favorisés en ont certainement profité mais le niveau de vie des populations a plus que doublé depuis l’élection de Poutine en 2000.
Du temps d’Eltsine, il fallait être un héros pour exercer le métier de professeur et penser à l’avenir des enfants. Maintenant, les salaires des enseignants permettent presque de vivre sans exercer un deuxième emploi et les retraités ne meurent plus de faim. C’est loin d’être l’âge d’or. Les services publics sont encore défectueux et l’eau du robinet n’est pas souvent potable. Dimitri Medvedev, Vice Premier ministre, le sait. Il visite constamment les provinces, recense les lacunes et promet des améliorations. Façon, sans doute, de se positionner en vue des élections présidentielles en mars 2008.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Déni de jeunesse |
|
|
Il était une fois un maître de ballet qui, à 70 ans, s’obstinait à interpréter Roméo. Un impudent ose le lui reprocher. Il rétorque : « Cela fait cinquante ans, Monsieur, que je perfectionne ma jeunesse ! ».
Pierre Bellanger, fondateur et PDG de Skyrock, pense que les bobos d’aujourd’hui, souvent ex soixante-huitards, ressemblent à ce maître de ballet. Ils s’arrogent le monopole de la jeunesse. A leurs oreilles, le rock est « la musique de la jeunesse éternelle ». Ils ne se rendent pas compte qu’une nouvelle jeunesse est en train d’éclore et que le rock peut devenir « la musique des rhumatismes ».
Pierre Bellanger s’exprimait ainsi dans le cadre d’un colloque organisé par Laser au théâtre du Rond Point à Paris. De toute évidence, il sait de quoi il parle. Avec 4 millions d’auditeurs par jour, sa radio est la première radio de France pour les 13-14 ans. Sur Internet, elle pèse trois milliards de pages vues par mois, elle est la première plateforme de blogs et la première plateforme de conversation en Europe. Le fossé entre génération y est chaque jour mis en lumière. Aussi bien sous l’angle du sexe que sur ceux de la politique et du travail.
Rappelons qu’un enfant qui avait 10 ans en 1995 en a aujourd’hui 22. Il a grandi avec Internet, s’est émancipé grâce au téléphone mobile. Comme le dit M. Bellanger : « Nous sommes les émigrés de l’analogique, ils sont des natifs du numérique». Mieux vaut donc comprendre leurs préoccupations et leur musique que s’enfermer dans nos certitudes et dans nos rythmes. L’écoute est d’autant plus essentielle que nous vivons « à une époque où la planète se met en réseau et où les premiers acteurs de cette mise en réseau sont les jeunes de la génération numérique ».
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Canada : éloge de la lenteur |
|
|
Le Parti Québécois, partisan de l’indépendance de la « Belle Province », est né en 1970. Il aura fallu 37 ans, une génération, pour que la revendication achève de se dissoudre par la vertu du compromis. Aux élections du 26 mars, le PQ a essuyé la plus lourde défaite de son histoire en ne récoltant que 36 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée nationale.
Le terme « nationale » n’est d’ailleurs pas anodin car le Québec, à défaut d’être « souverain », est maintenant reconnu en tant que « nation » par le gouvernement fédéral. En fait, il s’agit d’une autonomie au sens large et cette autonomie est d’autant plus acceptable qu’elle s’accompagne de copieux transferts budgétaires (1,5 milliard d’euros supplémentaires pour 2007). Comme dit le proverbe, « l’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue ». La prospérité canadienne est telle que le budget fédéral est maintenant excédentaire pour la onzième année consécutive. De plus, les perspectives énergétiques (sables bitumineux de l’Alberta, etc.) laissent présager un avenir doré.
Tous les pays n’ont pas cette chance mais la leçon mérite quand même d’être retenue. Quand, n’importe où au monde, menace une guerre de sécession, le gouvernement central doit savoir perdre du temps pour en gagner. Des négociations rompues peuvent toujours reprendre. Il suffit d’attendre et de penser que le progrès économique peut servir au bien-être commun.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Une opportunité de renouveau pour la gouvernance de la France |
|
|
Depuis plusieurs dizaines d’années, la France se gouverne de travers. Elle reste sans réactions correctrices efficaces devant un niveau de chômage insupportable, le sacrifice d’une partie de sa jeunesse, un effondrement de son potentiel de recherche et d’innovation, l’installation durable de poches de souffrances au sein d’une société où le bonheur personnel et familial devient la valeur suprême, la formation de ghettos, le dépérissement de sa mission de co-organisateur d’une Europe de paix, etc
De façon très schématique, deux obstacles majeurs me semblent barrer la route à l’émergence d’une gouvernance en prise sur les événements et un tant soit peu adaptée à l’époque.
- La classe politique a théâtralisé et transformé en combat une opposition Droite/Gauche restée figée sur un contenu de style 1950. Nos dirigeants politiques et nos influents regardent le monde avec des œillères soit de droite soit de gauche. Nos médias de masse incitent les gens ordinaires à en faire autant. Dans ce contexte il est difficile de se faire une représentation de l’environnement et du cours des choses qui corresponde un tant soit peu à la réalité et nous aide à en tirer le meilleur parti.
- La classe politique vit en circuit fermé entre politiciens, journalistes spécialisés et militants et ses œillères l’empêchent de sentir les mouvements et les évolutions de la société des gens ordinaires. Celle-ci, embarquée dans des changements historiques profonds, ne se sent plus représentée par ses politiciens, ne comprend plus leur langue de bois et les rejette. Il n’y a plus de régulation des politiciens par les gens ni des gens par les politiciens. Une telle absence de feed-backs rend la France incapable de voir venir et de s’orienter de façon avisée.
Il y a plusieurs dizaines d’années que le système de gouvernance de la France est bloqué et que ce blocage résiste à toutes les tentatives de réanimation. Chaban-Delmas et Rocard s’y sont cassé les dents.
Mais, depuis quelques mois, les choses bougent. Il me semble qu’un processus systémique s’est mis en mouvement. Il émane de la société des gens mais a éveillé la complicité consciente ou semi-consciente de plusieurs leaders. Rien n’est gagné. Mais, si ce processus devient plus conscient, si des citoyens et des associatifs plus nombreux se mobilisent pour l’alimenter, il pourrait déboucher rapidement sur une rénovation du système de gouvernance de la France.
Quelques manifestations du processus d’ouverture
La société des gens ordinaires appelle un changement radical. La recherche de terrain qu’a conduit L’Ami Public sur la « société rêvée » avait révélé que des Français modernes de toutes tendances politiques rêvaient de l’émergence d’une même société moins mercantile, centrée sur le bonheur, l’épanouissement de la personne, la paix et l’alliance avec la nature.
Les enquêtes en profondeur et les sondages d’opinion de ces derniers mois nous ont montré que le ras-le-bol, le rejet des politiciens et le rêve de rupture étaient plus forts que jamais et devenus dominants. Les électeurs, lassés du jeu artificiel de la classe politique, sont maintenant près des ¾ à refuser de se classer clairement à droite ou à gauche.
Des leaders politiques ont senti cette désaffection et ont perçu l’opportunité de rompre avec un système vermoulu. Ils ont su jouer une complicité avec les gens ordinaires. Et ceux-ci les ont remerciés en leur apportant des résultats de sondages qui les ont propulsés sur l’avant-scène dans leur parti et dans l’ensemble du public.
Tout au long de la campagne, le nombre d’indécis a surpris les sondeurs. C’est que les électeurs devenaient plus nombreux à penser par eux-mêmes. Ils n’avaient pas une opinion prédéfinie sur un échiquier politique imposé par l’habitude ou les dirigeants. Leur choix n’était plus idéologiquement préorganisé. Ils hésitaient et cherchaient leur bon choix personnel pour qu’en France le cours des choses en devenir ait plus de chances de prendre une orientation qui leur convienne.
Ségolène Royal a spectaculairement réussi, au cours de sa campagne, à mettre sur la touche les éléphants du parti socialiste et à amorcer une démonétisation des anciens dogmes. Elle a ainsi donné un nouvel élan à une reconception sur laquelle d’anciens leaders tels Rocard avaient buté. Il se pourrait qu’elle annonce une métamorphose ou un éclatement du vieux PS qui fût un des principaux obstacles à la modernisation de la France. Mais une reprise du manche par les anciens est également possible.
Nicolas Sarkosy a mis sur la touche la « maison Chirac » et la droite figée et sans idées. Il est apparu comme en rupture avec le passé. Il a peut-être la personnalité qu’il faut pour piloter une réelle modernisation des idées de la droite en les ouvrant partiellement sur la gauche. Mais, écoutera-t-il suffisamment la société vivante pour le faire ?
François Bayrou, sur l’idée qu’il faut faire coopérer des tempéraments de droite et de gauche pour inventer la société de demain, a fait un très bon score dans les sondages et dans les urnes. Pourra-t-il constituer un centre radical capable de peser sur les équilibres à venir ?
Les inscriptions sur les listes électorales et le taux de participation au premier puis au second tour ont montré que la politique avait déjà suffisamment changé pour que les électeurs, notamment les jeunes, s’impliquent à nouveau. Les groupes extrémistes, à droite comme à gauche, qui se complaisent dans des idéologies d’un autre temps, ont été laminés. Les trois candidats arrivés en tête au premier tour se réclament tous d’un changement qui replacerait le pays dans la mouvance de son époque.
Quelques idées décisives me semblent en train de faire leur chemin dans l’intuition collective. Bon nombre d’électeurs et de militants socialistes ont compris que pour gagner le parti devait reconstruire sa théorie de la réalité, son programme d’action et ses alliances. De nombreux Français sentent qu’il est primordial de trouver le moyen de ne pas opposer croissance et écologie afin d’inventer une croissance verte. Ils intuitent de même que le combat entre partisans du dynamisme économique et de l’épanouissement humain est une voie sans issue et qu’il faut apprendre à piloter une croissance de la vitalité économique qui s’appuie sur l’épanouissement humain notamment au travail. Les mêmes ou d’autres prennent conscience que le choix entre plus ou moins d’Etat est une querelle dépassée et que le défi réel est d’inventer un nouveau pouvoir et un nouvel Etat qui soient ouverts au dialogue, intelligents et thérapeutes.
Avons-nous envie de peser sur le cours des choses ?
Chacun dans son domaine d’action peut contribuer à l’accouchement d’une meilleure gouvernance. Think tanks et associations citoyennes peuvent s’attacher à découvrir les leviers sur lesquels prendre appui pour contribuer à l’émergence d’une bonne gouvernance et d’une bonne société. Pour nourrir les prises de conscience que je viens d’évoquer. Pour conforter notre nouveau Président dans son désir affiché d’ouverture et d’écoute de tous les Français. Pour aider le parti socialiste à ne pas retomber dans ses anciennes ornières et à ne pas s’engager sur une piste social-démocrate déjà dépassée mais à entreprendre l’effort créatif indispensable pour donner vie à une gauche moderne. Pour aider Bayrou à installer un centre qui soit vraiment radical.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
L’avenir à contre courant des idées reçues |
|
|
Démographe, économiste, technologue, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), Michel Godet est le type même du vigilant qui refuse de s’enfermer dans une spécialité. Dans un climat qu’il juge anormalement morose, il croit au « courage du bon sens » et aux vertus de la volonté. Il est intervenu, mercredi 16 mai, sur le thème : L’avenir à contre courant des idées reçues.
Titulaire de la Chaire de Prospective Industrielle au CNAM où il dirige aussi le LIPSOR (Laboratoire d’Investigation en Prospective, Stratégie et Organisation), Michel Godet participe activement à la réflexion publique au sein du Conseil d'Analyse Economique (CAE) rattaché au Premier Ministre, du Conseil Economique de la Nation rattaché au Ministre de l’Economie et du Haut Conseil de la Population et de la Famille auprès du Président de la République. Il est, par ailleurs, membre élu de l’Académie des Technologies.
Michel Godet ne dédaigne pas le monde de l’entreprise. Administrateur du groupe Bongrain, il intervient, depuis des années, comme consultant en prospective et stratégie auprès de nombre d’entre elles comme Aéroport de Paris, AXA, Bongrain, Boulanger, BASF, Société Générale, BIPE, Crédit Mutuel, Décathlon, Presse Régionale ou encore SPIE Trendel. Il met également son savoir faire au service de collectivités locales, d’administrations nationales (Défense, Éducation, Transport aérien, Emploi, Logement, DIACT) et internationales. Il est aussi, depuis 1988, très actif au sein de l’Association Progrès du Management (APM).
Michel Godet a participé à plusieurs missions officielles : en 1986, pour la mission "Education et société pour demain" comme rapporteur auprès de Jacques Lesourne ; en 1993, à la Commission Mattéoli sur les “ Obstacles structurels à l’emploi’’ ; en 1994- 1995 à la Commission Travail et emploi à l’horizon 2015 présidée par Jean Boissonnat au Commissariat Général du Plan ; en 1994-1995 à la mission, présidée par Monsieur Jacques Douffiagues, sur “ La desserte aéroportuaire du grand bassin parisien d’ici à 2030 ”.
En 1996, il a été chargé par le Ministre du travail et des affaires sociales d’animer une mission informelle sur les initiatives locales de développement. Il a remis un rapport intitulé : « De l’activité à l’emploi par l’insertion ». En 2000, suite à ces réflexions, le CNAM a créé le Centre National de l’Entrepreneuriat basé en Lorraine et présent dans douze régions. Son rôle consiste notamment à mettre en synergie, dans le cadre du réseau du CNAM, les initiatives de développement d’activités nouvelles. En 2004-2005, au titre du CAE, il a rédigé avec Evelyne Sullerot, un rapport sur : la Famille, une affaire publique (Rapport CAE n° 57 Documentation française fin 2005). Il vient de publier le rapport DIACT CAE n° 63 sur : Vieillissements, Activités et territoires, Documentation Française Octobre 2006.
Michel Godet est Président d’honneur, co-fondateur de l’ISMER à Vendôme où il a longtemps vécu. Cet institut de développement d’activités nouvelles et d’accompagnement d’entrepreneurs porteurs de projets dormants a permis la création de plusieurs centaines d’emplois depuis 1995 et la réinsertion d’autant de chômeurs.
Depuis 2003 il s’est lancé, avec l’appui de 40 organismes partenaires du Cercle des Entrepreneurs du Futur, dans la mise à disposition mondiale, en trois langues, des méthodes de prospective (Ateliers, jeux d’acteurs, scénarios), organise, dans ce cadre, les Mercredis de l’Initiative et soutient l’entrepreneuriat :
www.laprospective.fr (rubrique Cercle des Entrepreneurs).
Michel Godet a publié une quinzaine d’ouvrages traduits en plusieurs langues. Son livre, "Emploi : le grand mensonge "aux éditions Pocket, a été vendu à plus de 45 000 exemplaires. Ce livre a reçu en 1997 le Grand Prix du livre sur la mutation du travail. Il a aussi publié en 2004 chez Dunod la deuxième édition du Manuel de prospective stratégique en deux tomes “Une indiscipline intellectuelle“ et “L’art et la méthode “. Une version adaptée au monde anglo-saxon : “Creating Futures : Scenario-planning as a strategic management tool “ a été publiée chez Economica-Brookings, deuxième édition 2006. “Le choc de 2006“ publié, en 2006, chez Odile Jacob a obtenu le Prix du livre d'économie. La troisième édition est sortie en poche janvier 2006. En 2007, il publie “Le Courage du bon sens pour construire l’avenir autrement“, toujours chez Odile Jacob.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Les impacts du débat Royal Sarkozy sur l’affectivité publique et l’opinion publique |
|
|
Le débat d'entre les deux tours entre Ségolène Royal et iest passé. Quel en a été le ton et l’impact possible sur les mentalités des Français ? Quels ont été les thèmes abordés et leur impact possible sur l’opinion des Français ?
1- Le ton et l’impact possible sur les mentalités des français
Les deux candidats se sont clairement positionnés sur les axes dominants des mentalités des Français. Nicolas Sarkozy sur le registre de l’effort et de l’autorité, correspondant à des sensibilités plus conservatrices, Ségolène Royal sur le registre de l’émotion et du partage, correspondant à des sensibilités plutôt progressistes. Toutefois dans sa conclusion Sarkozy a impacté sur deux aspirations montantes. Le besoin d’utilité « Tous les Français ont le droit de se sentir utile par leur travail ». Le besoin de pouvoir donner et recevoir « La France m’a tout donné, je veux tout lui rendre » Conforme à son propos Royal a conclut sur une France « paisible, sans brutalité » misant sur l’harmonie des énergies des territoires et des familles et sur les valeurs de la créativité et de l’imagination.
De façon naturelle l’approche de Mme Royal a été plus féminine, à base d’argumentation plus affective et « systémique ». Cela a déstabilisé son concurrent « vous mélangez tous les sujets » mais cette approche a été performante par exemple dans la mise en connexion du problème du Darfour et de l’attitude de la Chine. L’approche de Mr Sarkozy a été plus masculine à base d’argumentation rationnelle et méthodique. Cela a déstabilisé sa concurrente par exemple sur le problème de non transversalité des administrations dans la fonction publique. Royal a revendiqué le droit à la colère légitime, Sarkosy a mis l’accent sur le devoir de pondération.
Ce débat avait été présenté comme le remake des débats Giscard-Mitterrand. On note que Sarkosy a nettement repris l’argument du type « vous n’avez pas le monopole du cœur » alors que Royal n'a que très peu utilisé l’argument du type « vous êtres l’homme du passif ».
2 - Les thèmes et l’impact possible sur l’opinion des français
Chacun des candidats est resté clairement dans son rôle et cohérent avec ses idées. Cependant, au- delà de la vivacité des échanges, une analyse approfondie rend compte d’un débat plus consensuel que frontalement opposé.
En dépit des apparences, on ne peut que remarquer de nombreux points de « préconsensus ». Sur le fonctionnement des institutions, les idées ont été voisines ou identiques mis à part la thématique cinquième ou sixième République. Le fort clivage annoncé sur les 35 heures se réduit à l’alternative : on les garde comme plancher mais on peut travailler plus versus on revient sur les modalités de sa deuxième vague d’application. Sur la pomme de discorde concernant les retraites l’alternative se réduit à : on conserve la loi Fillon telle quelle versus on l’aménage et à cette autre alternative on supprime tout de suite les régimes spéciaux versus on les réduit progressivement. Sur l’école, il s’agit plutôt de nuances que de positions radicalement différentes. Sur le nucléaire les divergences portent davantage sur les chiffres, des distinguos entre centrales de troisième ou quatrième génération et les calendriers qu’ils ne portent sur des options fondamentalement différents. Sur l’écologie les positions sont proches et sur la « valeur travail » il y a unisson. En revanche les clivages sont nettement affirmés sur la fiscalité, les effectifs de la fonction publique, la politique du logement et l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne.
Le 6 mai, l’intelligence citoyenne des électeurs pourrait mobiliser davantage leur cerveau affectif que leur cerveau rationnel. A priori cela ne devrait pas profiter davantage à l’un(e) ou l’autre car il y a une affectivité de droite comme de gauche. Mais cela fournirait une indication à la Présidente ou au Président sur la manière d’exercer son rôle à la tête de l’Etat.
|
|
|
|
|
|
|
|
Two 'reformers' vie for France |
|
|
Who can best reform France? That is the question French voters will answer Sunday when they elect a new president, either front-runner Nicolas Sarkozy of the ruling, center-right UMP party, or Ségolène Royal from the left-of-center Socialist Party.
For once, there is a consensus across three-quarters of the French electorate that something must be done to reinvigorate France's sluggish economy and change the way its aloof and bloated bureaucracy serves its citizens.
Because France is one of Europe's "Big Three" (along with Germany and the United Kingdom), the outcome of this election will help determine whether the United States will have a united and thriving European partnership across the Atlantic.
So what are the two candidates offering the French people, and which of them is more fit to ease social tensions and lift France out of its economic underperformance?
In some ways, what France is facing is a choice between Gallic versions of Margaret Thatcher and Tony Blair, the U.K.'s two most successful postwar prime ministers. Sarkozy, although he has been both finance and interior minister under current President Jacques Chirac, portrays himself as an outsider who will finally enact the break with the status quo that France needs.
Like Thatcher, he openly admires the American can-do spirit and its less regulated economy. He is the radical reformer on the right who says he thinks France needs more of the U.S. work ethic to succeed. But he also has gotten into trouble with the rough language he used to describe youths who rioted in protest against the hopelessness found in many of Paris' suburbs.
Royal, governor of a state in western France and a product of France's finest professional schools, is France's first female presidential candidate. She speaks a new political language, one that emphasizes reconciling French society's differences by improving the way local schools, police, day-care centers and other state agencies interact with French families.
Although she is cautious about doing away with too many of France's cherished - but expensive and probably unsustainable - welfare-state benefits, she has pushed (as Blair did with the Labor Party) for her old-fashioned Socialist Party to move toward the political middle ground.
She has hinted, for example, that as president she would offer cabinet positions to members of the new, centrist Democratic Party led by François Bayrou, the former education minister and horse farmer who came in third during the election's first round two weeks ago.
Both candidacies entail certain risks. Sarkozy has endorsed a number of protectionist trade policies, and Royal has warned about Anglo-American-style capitalism.
One could also ask why Sarkozy will be effective in reforming France's economy when two different prime ministers in 12 years of conservative rule were unsuccessful in their attempts. Another issue is whether Royal's emphasis on broad social change would provide the right kind of spark to create a more dynamic and entrepreneurial economy.
In the foreign policy domain, the bitter aftertaste left by the U.S. decision to go to war in Iraq, despite the deep skepticism of its allies, continues to affect how the French view the United States. While neither Royal nor Sarkozy is likely to antagonize the United States in the way Chirac did in the run-up to the war, they will be independent-minded and at times critical friends.
Royal shies away from the kind of open admiration of the United States that Sarkozy voices, but she has taken a tougher stance on Iran than her opponent by arguing that Tehran should have neither civil nor military nuclear capabilities.
Sarkozy, on the other hand, probably would bring French foreign policy in the Middle East more in line with U.S. policy, and he has taken a more positive approach to Israel, a close U.S. ally, than has been the case in recent years.
Whoever wins Sunday, the United States will find a France that acts more like a friend and that will be headed toward some form of economic and social reform. The crucial factors will be whether France's next president will be able to avoid gridlock at home; work with the leaders of the U.K., Germany and other key countries to improve the European Union's capacity to build a common approach to global challenges; and develop a pragmatic relationship with this and - perhaps more important - the next U.S. administration.
BY DONALD BANDLER AND PETER RASHISH
Donald Bandler, former chargé d'affaires to France, is senior director and Peter Rashish, member of the Club des Vigilants, is senior adviser for Europe at Kissinger McLarty Associates, an international strategic advisory.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
L’avenir d’une élection |
|
|
L’avenir d’une élection est toujours prévisible… à posteriori. Le choc de 2002, comme la participation record au premier tour de 2007 peuvent s’expliquer par le fait que les Français sont de plus en plus motivés à se prononcer sur la gestion politique… de leurs vies et enjeux quotidiens. Ce phénomène qu’on pourrait taxer un peu rapidement de montée de l’individualisme est en train de définir la clé de la nouvelle citoyenneté.
Une étude sur l’évolution des mentalités des Français datant de 2005 montrait que ceux-ci appréhendent de la même manière ce qu’ils vivent dans leur quartier, dans leur ville, en France et en Europe. A chacun de ces niveaux, c’est le besoin que les choses bougent pour s’agencer ou se « réagencer » autrement qui réunit les Français. La nouvelle citoyenneté trouve probablement ses racines plus dans le quotidien que dans les convictions.
Nos vies ont changé, nous avons intégré l’incertitude dans nos quotidiens. Individuellement, nous savons que nous devons changer, nous adapter. Collectivement, nous comprenons que nous devrons être français différemment pour trouver notre place dans la mondialisation. Nous ne pourrons plus nous appuyer seulement sur nos statuts et nos voleurs phares. C’est difficile mais nous avons fait sur nous-même le travail personnel qui permet de vivre avec, nous avons agencé différemment nos priorités individuelles et nous sommes en train de le faire pour nos priorités collectives.
Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, chacun d’entre nous comme personne, comme citoyen, comme consommateur doit réagir à plus d’informations, de sollicitations, de difficultés et de voies de solutions. De ce fait nous devenons tous à la fois plus vigilants et plus angoissés face à l’avenir. Cela parce que nous avons de plus en plus de moyens et d’occasions de l’être. Plus nous sommes incertains, plus nous sommes impliqués, plus nous sommes exigeants.
Face à ce mouvement qui n’est pas spécifique à la France mais touche progressivement l’ensemble du monde, les deux candidats à la Présidence proposent de rompre avec le passé et de remettre en ordre la société. Toutefois, quel que soit le résultat du second tour, une moitié de la France sera déçue et inquiète, parce que le Président élu n’incarnera pas la posture face à l’avenir dans laquelle ils avaient placé leur espoir. Mais à bien y regarder l’un et l’autre s’attacheront – comme ils l’ont promis - à répondre à la même question : comment faire partager à la France entière le sentiment et la réussite d’une rupture avec ce qui nous empêchait de trouver une place dans l’Europe, dans le Monde et dans l’avenir.
Lors des présidentielles 2007 l’exigence collective s’est manifestée pour la première fois de manière aussi forte et claire. Mais ni les Français dans leur ensemble, ni les dirigeants politiques ne sont encore en mesure de dire vers quelles orientations cette exigence doit être dirigée. Sans répondre à cette question, on peut tout de même dire qu’il nous faudra composer un avenir entre les trois côtés d’un triangle : la France, le Monde, l’Incertitude.
Ce qui frappe dans la vie moderne, c’est que l’avenir apparaît moins lointain qu’auparavant. De l’accélération des changements naissent des inquiétudes plus stressantes et plus complexes, mais naissent aussi des envies de participer différemment. Dans les cent jours qui suivront l’élection nous aurons l’occasion de voir si la rupture souhaitée par les candidats saura répondre à la rupture que nous vivons avec notre futur devenu si incertain.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
Chine : le vert et le noir |
|
|
Prise de conscience ou hypocrisie ? Voilà, dit un correspondant chinois, une façon bien occidentale de s’interroger. Au pays du yin et du yang, la vie se charge d’harmoniser les contraires, le mouvement se prouve en marchant. Mieux vaudrait pourtant savoir vers quoi marche la Chine, vers quoi elle entraîne le monde.
Yin, le programme économique défini par le Premier ministre Wen Jiabao qui souligne la nécessité du développement durable et les dangers d’une croissance effrénée. Yang, le rythme continu de cette même croissance.
Yin, la ville nouvelle qui, aux environs de Pékin, sera montrée aux étrangers qui viendront l’année prochaine pour les jeux olympiques. Yang, les grattes ciel qui continuent d’être construits avec air conditionné à tous les étages.
Yin, les immenses projets de liquéfaction du charbon qui devraient permettre de limiter les émissions de Co2. Yang, le maintien en service (et même l’extension) d’anciennes centrales qui sont les plus polluantes du monde.
Entre ces Yin et ces Yang s’engage une course de vitesse. Tous les pays partenaires de la Chine, à l’OMC ou ailleurs, sont concernés.
|
|
|
|
|
|
|
 |
|