Marc Ullmann souléve un problème majeur pour notre avenir. Tous les experts en géopolitique s'accordent sur un point, à savoir : les ressources en eau et leur libre accès seront au cœur des relations entre les nations de notre planète, plus particulièrement au Moyen Orient où ce seront des causes quasiment inévitables de conflits. Cette partie du Monde est en majorité désertique ou semi-aride. L'accès à l'eau est absolument crucial pour nourrir les populations et contribuer au développement économique. Les Emirats du Golfe Arabo-persique, peu peuplés, disposent de leurs pétrodollars pour construire de gigantesques usines de dessalement de l'eau de mer. Ils peuvent ainsi construire des golfs en plein désert, où chaque palmier a son goutte à goutte. Le cas des pays peuplés de la région est fort éloigné de cet exemple d'utilisation très "Disney Land" des technologies modernes. Israël a su résoudre son accès à l'eau tant en utilisant des techniques modernes qu'en maîtrisant les ressources fournies par les cours d'eau descendant des monts du Liban, souvent au préjudice des pays voisins : Jordanie, Liban, Syrie.
L'Irak, quant à lui en grande majorité désertique, dépend exclusivement de deux grands fleuves mythiques : le Tigre et l'Euphrate. Ces deux fleuves encadrant la Mésopotamie, berceau de la civilisation occidentale, fournissent toute l'eau consommée et utilisée en Irak. Leurs sources se situent en Turquie.
Les Turcs ont construits de gigantesques barrages sur le Tigre et l'Euphrate pour produire de l'électricité et irriguer d'énormes surfaces cultivées. Les débits des deux fleuves en ont naturellement fortement souffert, aux dépens de la Syrie et surtout de l'Irak. La Turquie a échafaudé en 1980 un plan (dit plan GAP) qui prévoit sur la période 1980-2010 la construction de 21 barrages dont 7 sur l'Euphrate et 6 sur le Tigre. Si tous ces projets sont menés à terme (et c'est en très bonne voie) le débit de l'Euphrate restant à la disposition de la Syrie sera réduit de 30 à 40 % et, après le passage en Syrie, le débit restant à l'Irak ne serait plus qu'un quart de ce qu'il était en 2000. L'Irak, qui n'a aucune ressource en eau autre que l'Euphrate et le Tigre, ne pourrait plus irriguer qu'à peine 40% de ses surfaces irriguées
Que le problème palestinien soit résolu ou non, l'eau sera probablement la prochaine cause de guerre au Proche Orient. L'eau est vitale et donc particulièrement stratégique ; la course à l'eau remplacera bientôt la course au pétrole.
Imaginons un instant la Turquie membre à part entière de l'Union Européenne. Nul n'est capable de dire quelle va être l'évolution politique de l'Irak mais cette question est relativement secondaire car, malheureusement, l'histoire nous a appris que les guerres peuvent éclater entre deux pays de même structure politique. Seuls comptent les intérêts dits "vitaux" et les réactions passionnelles qu'ils entraînent. Une conflagration peut donc éclater dont la cause sera le quasi assèchement de deux fleuves dont les sources (et les barrages, causes des diminutions des débits), seront officiellement en Europe. L'Union Européenne serait ainsi entraînée dans un conflit aux conséquences incalculables.
L'origine de l'Union Européenne fut dans la volonté commune de la France et de l'Allemagne d'empêcher le renouvellement des guerres qui avaient ensanglanté le continent. Peut-on imaginer qu'elle soit au coeur d'une guerre qui ne serait même pas causée par une atteinte à ses intérêts vitaux historiques ? La Communauté Mondiale de l'Eau est plus qu'une urgence.
Posté par : Michel Chevet le juin 22, 2006 12:00 PM
Merci de votre article sur l’eau qui, si j'ose dire, apporte de l'eau à mon moulin. Cela dit, les difficultés sont énormes. Existent déjà un Conseil Mondial de l’Eau (intergouvernemental) et un Forum Mondial de l’Eau. Ces deux organisations sont actives et beaucoup de gouvernements auront beau jeu de s’abriter derrière elles pour écarter l’idée d’une vraie Communauté mondiale, dotée de vrais pouvoirs. A quoi bon, diront-ils, créer une institution supplémentaire. La priorité consiste donc à trouver « Le » gouvernement qui accepterait d’être le parrain et de s’assurer, au départ, qu’au moins deux ou trois autres répondraient favorablement. A mon avis, c’est possible mais pas gagné d’avance.
Posté par : Marc Ullmann le juin 22, 2006 5:19 PM
L’Histoire de l’humanité ne tient qu’à un fil et le fil de l’eau y est intimement lié. Le développement durable passe inévitablement par une meilleure gestion de nos ressources naturelles.
Quand certains - presque 1,5 milliard de personnes sont privées d’eau potable dans le monde – doivent se satisfaire de 3 verres d’eau à peine potable par jour, d’autres gaspillent, aux Etats-Unis, jusqu’à 600 litres (par habitant et par jour), en Europe environ 200 litres. L’eau est brune à Atlanta, San Antonio et dégage une « odeur indéfinissable », le débit du Rio Grande a chuté de 75% et la plus grande réserve d’eau au monde montre des signes d’assèchement critiques. L’aquifère d’Olgalala s’épuise quatorze fois plus vite qu’il ne peut se reconstituer. Pour certains experts, ce tarissement correspond à une sorte de fin d’un monde, le commencement d’une ère tragique de pénurie d’eau aux Etats-Unis. Face à sa boulimie maladive (et désormais inassouvissable sur son sol), de pharaoniques projets de transferts d’eau entre le Canada et la grande pomme gourmande ont été entrepris. C’est peut-être le leitmotiv des Etats-Unis : comment dépenser toujours plus, en polluant toujours plus au lieu de repenser les modes de vie ?
Le Canada ne pourra se permettre de troquer le liquide précieux très longtemps. Un jour ou l’autre, elle coupera les vannes, augmentera les prix jusqu’à des flambées boursières historiques. La Chine, qui est également une consommatrice exponentielle d’eau (avec des besoins qui ne feront qu’augmenter à la hauteur de la pollution exponentielle qu’elle génère), se retrouvera certainement aussi sur l'échiquier infernal du contrôle de "L'Or Bleu/Blue Gold". Serons-nous alors face à un recommencement de la guerre (pour l’eau) comme nous assistons, aujourd’hui déjà et impuissants, à la guerre globale (mondiale) pour le pétrole et le contrôle des richesses dans le monde ?
Posté par : Dbo Secrétin le juillet 12, 2006 10:32 AM
Bonjour,
Parler de l'eau? Encore faudrait-il préciser de l'eau douce. L'eau en tant que qu'élément recouvre, comme vous le savez les 4/5 de la planète. Elle est salée, le sel n'est pas bon pour notre santé, admettons!
Le problème le seul réel est donc de déssaler l'eau pour être utilisée dans de bonnes conditions pour nous et la faune terrestre. Second objectif la purifier après usage pour ne pas charger inutilement notre environnement.
Ces deux techniques sont utilisées chaque jour.
Pourquoi chercher une ennième organisations à l'impuissance chronique sinon pour palabrer autour d'une boisson locale dans un luxueux salon.
Sincères salutations. B.T.
Posté par : Thomas le juillet 17, 2006 11:15 AM
Toutes ces remarques sont pleines de réalisme et de bon sens. Elles ont aussi des traces de scepticisme, de cynisme et d'angélisme...
L'Homme n'aime pas partager en général, sauf lorsqu'il y est obligé. Comment l'obliger ?
L'histoire nous montre que les 4 voies les plus efficace sont :
- la peur collective,
- la guerre et la destruction physique,
- la crainte de la mort et de l'au-delà,
- le goût immodéré pour la richesse..
La peur collective vient de ce qu'on ne peut maitriser, les phénomènes naturels autrefois déifiés,
La guerre vient de la puisance militaire, des armes et de la violence physique des uns sur les autres.
La mort et l'au-delà ont été et restent les moteurs les plus puissants car ils se situent hors de l'atteinte et du savoir des hommes.
Quant au goût pour le profit et pour la richesse, il a toujours été en dehors du discours religieux ( sauf pour les grands prêtres en robe de lin...). Il a donc vécu une vie indépendante des religions et même souvent contradictoire.
Les religions ont toutes peu ou prou combattu ces peurs par différents moyens qui sont toujours d'actualité ( fanatisme idéologique, don total personnel pour une cause divine de type sacrifice, martyre ou kamikaze, amour volontariste de l'autre, refus volontairede la violence au profit de la parole, création de conventions : d'une morale, de rites et de tabous, etc. )
Notre monde moderne a tué Dieu au profit de la raison pure et de la seule intelligence humaine. Ce faisant il a crée de fait un clivage permanent, une fracture, parce que :
d'une part il ne tient pas assez compte que le cerveau humain comprend deux parties ( cognitive et affective ) non séparables dans la réalité et que
d'autre part l'absence d'un lien "à forte valeur ajoutée" entre les Hommes les rend tous "concurrents" face aux choses ( religion vient de religare en latin qui signifiait lier par derrière, de manière cachée ).
Si le besoin d'Eau est si fort et bien plus vital que celui du Pétrole, alors il faudrait sans doute "déifier" l'eau, autrement dit la faire sortir du système marchand. Cela est sans doute illusoire car elle risque de devenir en réalité un "enjeu de business" très fort.
Si on doit parier entre l'Argent et Dieu, je pense que le sort en est jeté !
Alors va pour l'Argent et laissons faire le Marché.
On verra alors sans doute les milliards de pétrodollars s'investir dans la technologie de dessalement en s'investissant massivement dans les entreprises spécialisés ( SUEZ, GE, etc ) et petit à petit l'industrie de l'Eau se développera dans le même temps où celle du Pétrole déclinera.
En attendant, il y aura bien évidemment des personnes qui manqueront à la fois d'Eau et de Pétrole.
Les cyniques diront qu'ils devront alors choisir...
Posté par : Gilles Mas le juillet 17, 2006 9:12 PM