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Le 28 février 2006
Désir de rupture

Sarkozy ou Villepin ? Ségolène ou un « Monsieur » ? Les Français ne parlent que de cela et il n’y a pas de quoi sourire. La France roupille depuis 18 ans et les gens ont compris qu’il était temps que ça bouge. Le deuxième septennat de Mitterrand a été celui d’un homme malade qui se réfugiait dans le « ni-ni ». L’immobilisme a continué sous Chirac dont c’est, sans doute, la nature profonde. Le malaise est, aujourd’hui, si palpable que les candidats ne peuvent plus se permettre de faire campagne sur le thème de la continuité.

Sarkozy l’a compris depuis longtemps puisqu’il a été le premier à employer le mot « rupture ». Il a une longueur d’avance sur Villepin à qui il reste cependant quelques mois pour sortir de l’ombre chiraquienne et convaincre les Français qu’il peut vraiment incarner le changement. Ségolène, quant à elle, est (à la fois par chance et par mérite) l’image même de la rupture. D’abord c’est une femme. Ensuite, malgré sa longue pratique de la politique, son langage n’est pas politicien. Elle parle de « désirs d’avenir », c'est-à-dire de « pourquoi » et fustige les technocrates qui s’enferment dans le « comment ». Peut-être un des candidats potentiels du PS saura-t-il, à son tour, insuffler de l’espoir. On comprend que les Français se passionnent. Ils veulent que quelqu’un, là-haut, sonne le réveil.

Posté par Marc Ullmann, le 28/02/06 dans France - Politique - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 27 février 2006
Faut-il supprimer l'E.N.A. ?

France-Injuste.jpgUn universitaire canadien, Timothy B. Smith, vient de publier aux Editions Autrement un ouvrage dénommé :"La France injuste" (voir à ce sujet Le Point du 16 février). Il y dénonce en particulier, les "castes privilégiées".

Parmi les solutions qu'il suggère figure la suppression de l'ENA, "monastère qui vivrait coupé du mondemais continuerait à penser qu'il détient la vérité". Quant on constate que la très grande majorité du monde politique français, de droite comme de gauche, sort de cette école et que cabinets ministériels et haute administration sont trustés par énarques et polytechniciens, le blocage de la société française est une conséquence parfaitement logique.

Seul un renouvellement des élites par une véritable réforme de l'éducation permettra de faire évoluer les mentalités. Napoléon portait la plus grande admiration au système chinois du mandarinat et à ses concours accès dont il s'inspira fortement. Le monde a changé depuis les Ming et les Qing...

Posté par Michel Chevet, le 27/02/06 dans Education - France - Politique - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 26 février 2006
Questions à Luc Ferry

Ferry.jpgN'ayant pu participer à sa conférence au Club des Vigilants, il est quelques questions que j'aurais aimé poser à Monsieur Luc Ferry.


D'abord, un premier groupe de questions, touchant à la finalité de l'Education Nationale.

Est-ce un système, rémunéré par tous les citoyens du pays, qui vise à être un instrument d'instruction, destiné à donner aux futurs citoyens de la France, les informations et les modes de réflexion nécessaires et suffisants pour qu'ils soient à même de comprendre leur environnement futur et de s'y mouvoir avec intelligence ?

Est-ce un système, rémunéré par tous les citoyens du pays, qui vise, de plus, à être un instrument d'éducation, destiné à conduire les futurs citoyens au milieu du dédale - des conventions sociales, - des usages culturels, - des règles citoyennes, - des savoirs particuliers utiles actuels, qu'ils devront connaître pour leur permettre, comme membres de notre société "civilisée", de pouvoir vivre ensemble dans un niveau d'harmonie suffisant pour éviter les crises sociales, les comportements spontanés agressifs et obtenir, pour tous, une "qualité de vie" suffisante ?

Est-ce, en outre, un système, rémunéré par tous les citoyens du pays, qui vise en outre à être un instrument de formation professionnelle, destiné à rendre utilisables par l'économie les producteurs-citoyens vus comme des moyens économiques, des "ressources humaines" qui soient immédiatement utilisables telles quelles par les entreprises et autres organisations à but économique ?

Ensuite, un second groupe de questions, relatives à l'économie générale du sytème " Education Nationale " .


Jadis, la formation professionnelle était largement financée, au travers de l'apprentissage et du premier emploi des jeunes, par les acteurs économiques eux-mêmes , acteurs qui, en ces temps immémoriaux, cherchaient encore et principalement à s'attacher et à fidéliser leurs employés et pas seulement les "Hauts Potentiels" (sans doute parce que, ayant "investi en eux", ils ne les regardaient pas seulement comme des "ressources"...)


Notre société semble avoir de plus en plus tendance à ne se représenter la personne, qu'au travers d'une seule de ses composantes, celle de sa "valeur économique".
Dans cette hypothèse, Monsieur Luc Ferry ne trouve-t-il pas que nous, les contribuables-citoyens, finançons la création d'une valeur ajoutée importante, celle qui a transformé, par exemple un enfant ignare et immature, dans son état premier, en un brillant ingénieur, gestionnaire, technicien ou bien en un efficace manager, immédiatement "consommable" et utilisable à peu de frais par l'économie ?

Le récent Ministre de l'Education Nationale qu'il a été, pourrait-il dire ou du moins estimer quel est le "prix de revient" complet pour la collectivité, d'un élève au cours de sa scolarité, depuis la maternelle jusqu'à l'obtention de son diplôme de Polytechnique ou de l'ENA, par exemple.

Quel est le prix de revient, pour la collectivité, d'un diplômé de l'Education Nationale sur le pas de la porte de l'entreprise ?

N'est-il pas le résultat d'une véritable "chaîne de valeur ajoutée", d'un "processus" dont le prix de revient est payé par la collectivité mais dont le "prix de vente" aux acteurs et utilisateurs de l'économie est quasi nul ?

Que ferait l'économie malgré son dynamisme cyclothymique sans des "ressources humaines de qualité" ?

En conclusion, comment faire prendre en compte, dans le calcul du prix de revient des produits et services que délivrent les entreprises, la valeur ajoutée créée par le système éducatif national, aujourd'hui très peu financé par les entreprises, du moins sur sa composante professionnelle ?


pétrole gris" par certaines entreprise actuelles ? (Ceci n'est évidemment pas le cas de toutes les entreprises et certaines mettent réellement en pratique leur responsabilité humaine et sociale !)
La rémunération d'un employé par l'entreprise ne doit-elle être analysée que comme de la "location d'énergie d'une ressource humaine" ou bien comprend-t-elle, par nature, une part d'amortissement de la dépense préalable que la collectivité publique a consentie et financée par l'impôt ?

Pourquoi l'Education Nationale ne ferait-elle pas financer, une partie significative de ces dépenses, par les "utilisateurs" que sont les entreprises, dans un cadre contractuel, évidemment ?

Tout ce qui est utilisé a un coût, mais un prix, aussi !

Est-ce donc que la collectivité nationale, donc l'Etat, est devenue le "cultivateur" de bonnes plantes que notre nouvelle économie vient glaner, ici et là, en fonction de ses besoins, sans lien avec la "terre" dans laquelle elles poussent ?

Ce nouveau comportement des entreprises mondiales d'aujour'hui, qui sont de moins en moins "multinationales" mais bien "transnationales", ne présente-t-il pas un risque pour l'avenir d'un "système éducatif collectif" ? La puissance publique,par ailleurs, ne risque-t-elle pas, ainsi, de devenir une sorte de simple D.R.H. au service de l'économie mondiale ?

Une nouvelle forme de guerre entre Etats, n'est-elle pas ainsi en train d'apparaître : celle de la "production de personnel hautement qualifié et à prix compétitif " ?

Mais,... nous revoilà revenus à la "guerre économique et sociale" que se livrent les Etats d'aujourd'hui... parce qu'ils ont choisi de mettre la "vraie guerre, la guerre armée" hors la loi, au nom du progrès, de la civilisation et de l'humanité ! C'estun sujet cher à notre Président, Bernard Esambert...


Posté par Henri-Paul Soulodre, le 26/02/06 dans Education - France - Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 24 février 2006
Pour un « espionnage » sociologique

Deux visions d’ Ahmadinejad s’affrontent parmi les spécialistes de l’Iran. Pour certains, il est un Hitler en herbe qui monopolisera tous les pouvoirs et transformera l’Ayatollah Khamenei en simple figurant. Pour la plupart, Ahmadinejad n’est qu’un Président à la mode iranienne, ses pouvoirs sont limités par la Constitution très spéciale de la République Islamique, laquelle est beaucoup plus solide que ne l’était la République de Weimar.

Hitler, en tout cas, ne serait pas devenu Hitler si le peuple allemand n’avait pas été subjugué au point de le vouloir pour maître. En ce qui concerne l’Iran d’aujourd’hui, suivre au jour le jour les intrigues de palais et les luttes fractionnelles ne mène pas à grand-chose. Il serait plus intéressant de savoir si la société aspire ou non à la dictature d’un seul homme. Pour cela, l’idéal serait de pouvoir recueillir, dans différents milieux, des « histoires de vie » montrant ce que les uns et les autres ont considéré comme des instants de bonheur ou de malheur. De cette perception naît une aspiration. Cette aspiration forgera l’avenir.

Posté par Marc Ullmann, le 24/02/06 dans Géopolitique - Moyen Orient - Politique | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 23 février 2006
La France est malade de sa gouvernance

Foule.jpgLe débat sur la France malade de son économie est enfin sur la place publique. Malgré les efforts de la classe politique et du gouvernement pour l’étouffer et pour atténuer la gravité des diagnostics que portent les rapports les plus pertinents (Camdessus, Pébereau). Le dernier livre de Christian Blanc, « La croissance ou le chaos » ouvre quelques judicieuses pistes d’espoir. Mais la France n’est pas seulement malade de son économie : la société française est à la fois saine et malade et ses maladies sont si sérieuses qu’elles entravent son développement économique.

Les observations accumulées année après année depuis 1974 par l’Observatoire permanent de la socio-culture française de Sociovision Cofremca (3SC) et les résultats d’une recherche ethno-sociologique de terrain (sur la Société Rêvée) conduite en 2005 par L’Ami Public concourent au même diagnostic.

En France, en une cinquantaine d’années, la société des gens s’est radicalement transformée. Elle fait aujourd’hui partie du peloton qui défriche la modernité. Les individus-dans-la-masse, relativement manipulables des années 50 ou 60 sont devenus des personnes à part entière, autonomes et capables de piloter leur vie de façon avisée et de se fabriquer au moins une partie des bonheurs affectifs et du sens dont ils ont besoin. Chez eux, l’émotion a pris la place de l’idéologie. Une société pyramidale est devenue de plain-pied, une société massive et encasernée est devenue variée, flexible et permissive, une société combative est devenue pacifique, une société mécanique est devenue vivante ou biologique. Malgré une énorme perte d’efficacité du commandement d’en haut, elle s’auto organise et se régule spontanément de façon assez harmonieuse. Elle est saine, tonique, inventive et pleine de vitalité. Comme tout organisme vivant, elle a ses douleurs et ses maladies, mais elle tend à être autocorrective : confrontés à ses pathologies, les Français organisent spontanément, d’en bas, des systèmes immunitaires et réparateurs et renforcent ses orientations vers le bonheur et le sens, la protection des personnes, un certain humanisme, la paix.

Mais, la France est malade de sa gouvernance. Sa classe politique et ses gouvernements sont restés imprégnés d’une conception de l’Etat souverain, autoritaire et tutélaire qui s’était épanouie dans le monde avant et juste après la deuxième guerre mondiale et prolongent de façon caricaturale un affrontement idéologique Droite/Gauche qui était vivant au milieu du siècle précédent. Ils sont englués dans des postures et des systèmes d’interaction d’une autre époque en complète allergie avec ce que sont devenus les gens et la société des gens. Ils ont perdu le contact avec ceux-ci au point que le pays n’est plus capable de prendre les bifurcations ni de s’appliquer les traitements qui, dans un monde en mutation, restaureraient sa vitalité et soigneraient ses pathologies les plus graves. Le divorce entre la société des gens et la classe politique atteint un niveau dangereux qui nous place dans une situation pré-chaotique.

Posté par Alain de Vulpian, le 23/02/06 dans Citoyenneté - France - Société | Commentaires (10) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 21 février 2006
Outreau : Des réformes nécessaires à la réformite aigue

Outreau est décrit depuis plusieurs mois comme « Le Fiasco » de la justice française, mettant en exergue toutes les déficiences de notre système judiciaire et déclenchant, comme après chaque affaire de ce type et dans une atmosphère d’émotion intense, des crises de « réformite » aiguë.

Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que malgré un nombre de carences aussi incroyables que nombreuses, l’essentiel a été préservé : ne pas condamner d’innocents.

Ainsi, en dépit d’un juge pour le moins enfermé dans ses certitudes, une hiérarchie totalement inefficace, des avocats en dessous de tout, des policiers bardés d’à priori et un premier jugement incompréhensible, la justice est tout de même parvenue à faire le tri entre les vrais coupables et les innocents. Innocents qui ont passé, certes, de nombreux mois en préventive. De longs mois insupportables pour eux et inexcusables, par leur durée, pour l’institution judiciaire.

Dans ces conditions, si une réforme s’impose, c’est bien celle sur la durée de la détention préventive et la présomption d’innocence. La première ne devrait pas excéder un délai raisonnable. Lanterne rouge en Europe, la France a, à cet égard, souvent été condamnée par la Cour Européenne de Justice pour des durées jugées, excessives, de détention provisoire. La seconde que toute personne non jugée est présumée innocente.

Or, dans notre pays, touché par le syndrome de réformite aigue, chaque ministre veut laisser son nom à une réforme, une loi... Il y eut ainsi pas moins d’une réforme de l’éducation tous les 18 mois, ces trente dernières années. Celles de la justice sont à peine moins nombreuses. Le mot réforme lui-même finit par donner de l’urticaire aux Français qui oscillent entre scepticisme et rejet. Or, les réformes réussies ne sont jamais d’opportunité. Elles sont réfléchies dans la sérénité. Celles ficelées dans l’urgence après un tsunami émotionnel sont vouées à l’échec.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 21/02/06 dans France - Réforme de l'Etat - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 20 février 2006
Grippe aviaire : les risques d’épidémie

GrippeAviaire.jpgAlors que plusieurs cas de grippe aviaire ont été détectés dans plusieurs pays d’Europe, il est bon, je crois d’attirer l’attention sur quelques faits majeurs :

- Les virus n’arrêtent pas de muter mais la plupart des mutants ne sont pas viables. Il est donc impossible de dire quand le H5N1 pourra, sous une forme nouvelle, s’attaquer à l’homme. Il est cependant probable que cela arrivera.

- Trois zones doivent être considérées comme particulièrement dangereuses : i) le Sud Est asiatique où le H5N1 s’est massivement répandu ; ii) l’Afrique où il est en train de se répandre ; iii) la Scandinavie dont on parle peu mais où les oiseaux migrateurs vont revenir au printemps.

- L’Afrique et la Scandinavie ne présentent, évidemment, pas les mêmes types de risques. En Afrique, les moyens manquent pour lutter contre l’épizootie et les populations humaines, déjà fragilisées (sida, etc.), sont particulièrement vulnérables. En Scandinavie, les moyens abondent mais la multitude des petits lacs, propices à la nidification, rend le repérage des oiseaux pratiquement impossible.

- Conclusion : le confinement des volailles sur le territoire de l’U.E est indispensable mais ne garantit pas l’avenir. Le jour (espérons lointain !) où le virus aura muté, les voyageurs risquent d’être aussi dangereux que les oiseaux !

Posté par Jean-Philippe Derenne, le 20/02/06 dans Europe - Santé - Société | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 17 février 2006
Technologie de la relation

Jeunes-SMS.jpgLes parents ont du mal à comprendre pourquoi leurs enfants passent un temps fou à « chatter sur MSN » avec leurs copains. Certains jeunes (à partir de 10 ans) peuvent passer jusqu’à cinq heures par jour (ou par nuit) à envoyer et recevoir des messages, textes, photos, vidéos, MP3, etc. Ces jeunes, une fois devenus adultes, changeront peut-être de préoccupations mais ne perdront certainement pas l’habitude de fonctionner en « tribu-réseau ». On passe ainsi de la Technologie de l’Information et de la Communication à ce que Joël de Rosnay appelle la « Technologie de la Relation ».

Les conséquences, tant sur les modes de consommation que sur le fonctionnement des institutions politiques seront immenses. Pourquoi militer dans un grand parti si l’on peut se tailler un groupe sur mesure ? Pourquoi accepter les oukases venues d’en haut si l’on peut s’impliquer directement dans la définition et dans la mise en œuvre des objectifs souhaités ? La démocratie de masse ne fonctionne plus, la démocratie participative ne fonctionne pas encore, les enfants d’aujourd’hui l’inventeront. Pour cela, cependant, ils devront faire quelques progrès. Pour l’instant, leur réseau est plus « conversationnel » que vraiment « relationnel ». S’ils veulent passer du stade « café du commerce » à un stade susceptible de préfigurer une action, il faudra qu’émerge au cas par cas un élément structurant. Et si la « tribu-réseau » devient grande, il faudra aussi qu’un certain nombre de règles soient adoptées. Tout cela, sans doute, se fera. Spontanément.

Posté par Marc Ullmann, le 17/02/06 dans Citoyenneté - Société - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 16 février 2006
La technique contre l’homme ?

Un article très intéressant de Libération du 11/12 févier portait le titre : " A l’école des magistrats, la technique règne en maître ". Cet article, naturellement inspiré par l'affaire d'Outreau, déplore que l'Ecole Nationale de la Magistrature soit devenue une fabrique de techniciens robotisés, spécialistes du code de procédure pénale, du code civil,et autres héritages napoléoniens. Comme le dit un enseignant de cette école : " c'est d'ailleurs plus facile de noter les connaissances techniques d'un auditeur que son sens critique à la lecture d'une expertise ou son aptitude à peser le poids d'une preuve ".

Cela rejoint parfaitement, dans un domaine très différent les propos tenus par le Professeur Derenne devant les Vigilants. Il dénonçait, entre autre, l'évolution de la médecine où l'on ne forme plus des médecins au sens d'Hippocrate mais des techniciens. Cet abandon d'intérêt, ce quasi mépris pour les aspects proprement humains de l'existence est paradoxal. La science serait-elle plus abordable que l'art, pris dans son acception la plus générale ? On nous explique que les jeunes se détournent de plus en plus des sciences "dures", trop difficiles d'accès ; ils préféreraient la finance, le droit international ou le management, tous parangon d'inhumanité. Dans le même temps notre système éducatif, comme l'a magistralement démontré Luc Ferry, n'a pas bougé d'un iota et l'élitisme français resta basé sur les sciences dites dures.

Notre pays reste dominé par le cartésianisme. Quel dommage que Montaigne n'ait supplanté Descartes dans l'évolution de notre culture !

A-t-on bien pris conscience que Internet, qui pourrait être un merveilleux outil de connaissance et de rapprochement des peuples, est utilisé par Bin Laden pour diriger son mouvement. Cet homme, diplômé en informatique, se sert des techniques les plus sophistiquées (stéganographie en particulier) pour manipuler des foules quasiment incultes. En cela il est le digne héritier de Hassan ibn Sabbah, fondateur au 11eme siècle de la secte dite des Assassins, qui depuis sa forteresse d'Alamut dans le nord de la Perse fit régner la terreur dans tout le Moyen Orient. La lecture du livre "Alamut" de Vladimir Bartol est fascinante et d'une actualité troublante.

Posté par Michel Chevet, le 16/02/06 dans Education - Société | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 14 février 2006
Assemblée générale du Club des Vigilants

Esambert.jpgL'assemblée Générale du Club se tiendra mercredi 22 février 2006. Les membres du Club sont invités à y venir nombreux. Après la présentation du Rapport Moral, du Rapport Financier et les Nominations au Conseil d’Administration, la discussion s'engagera sur les perspectives 2006.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 14/02/06 dans Vie du Club | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 13 février 2006
Révolution technologique et ascenseur social

On peut, aux Etats-Unis, partir de rien et devenir milliardaire. Le cas de Google est exemplaire. Ses jeunes créateurs sont maintenant plus riches que les principaux actionnaires d’IBM. Leur société emploie déjà plus de mille millionnaires et finance des « Start Up » qui, à leur tour, engendreront de nouveaux milliardaires. Ainsi, l’esprit d’entreprise, la proximité entre recherche et développement, la disponibilité du capital-risque se conjuguent pour créer un écosystème favorable à l’éclosion de nouvelles et gigantesques fortunes.

Selon un enquête publiée par le New York Times, et portant sur des statistiques établies en 2004, 37 seulement des Américains les plus riches sont des héritiers. Vingt ans plus tôt, ils étaient presque 200. Preuve que la révolution technologique fournit du carburant à l’ascenseur social. Un carburant encore trop rare en France où les héritiers sont plus nombreux que les créateurs.

Posté par Marc Ullmann, le 13/02/06 dans Société - Technologie - USA | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 11 février 2006
Urbanisme : de la transparence au bunker

Architecture.jpgL’accroissement des tensions internationales se traduit dans nos rues par davantage de contrôle, de vigilance, aux abords des ambassades, des bâtiments publics. D’une manière plus large l’élévation des préoccupations sécuritaires a entraîné dans les aéroports, les institutions, mais aussi dans les sièges des grandes entreprises, la multiplication des espaces de contrôle, et de facto une « bunkérisation » de l’architecture qui se traduit par une moindre transparence.

En ira-t-il de même pour nos villes qui comportent moins d’espaces publics ouverts, de nos immeubles, de moins en moins accessibles, de nos maisons, de nos voitures ? Comment une société inquiète pourra-t-elle produire un design plus rassurant (rond, chaud, protecteur, enveloppant) sans paraître défensif, inamical, angoissant ?

Posté par Jérôme de Vulpian, le 11/02/06 dans Société | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 9 février 2006
Grandeur et gaspillage

Pierre-Gilles de Gennes a beau être prix Nobel, il peut se tromper. Espérons le car, s’il ne se trompe pas, le réacteur expérimental ITER, censé ouvrir la voie de la fusion nucléaire, ne serait rien d’autre qu’un immense gaspillage. Dans une interview au journal Les Echos (12 janvier 2006), Pierre-Gilles de Gennes met en cause aussi bien la méthode que la finalité du projet.

La méthode : « Avant de construire un réacteur chimique de cinq tonnes, on doit avoir entièrement compris le fonctionnement d’un réacteur de 500 litres et avoir évalué tous les risques qu’il recèle. Or, … on n’est pas capable d’expliquer complètement l’instabilité des plasmas ni les fuites thermiques des systèmes actuels. On se lance dans quelque chose qui, du point de vue d’un ingénieur en génie chimique, est une hérésie. Et puis … croire que des bobinages supraconducteurs, servant à confiner le plasma, soumis à des flux de neutrons rapides comparables à une bombe H, auront la capacité de résister, pendant toute la durée de vie d’un tel réacteur (10 à 20 ans) me paraît fou ».

La finalité paraît tout aussi absurde à Pierre-Gilles de Gennes : « Un réacteur de fusion c’est à la fois Super Phénix et La Hague au même endroit. Si, avec Super Phénix on a réussi à gérer un réacteur à neutrons rapides, ce serait difficile à reproduire sur 100 réacteurs en France – ce qu’exigeraient les besoins électriques nationaux – car ces installations réclament les meilleurs techniciens pour obtenir un résultat très raffiné dans des conditions de sécurité optimale. Et ce serait littéralement impossible dans le Tiers Monde ... Sans compter qu’il faudrait construire une usine du type de La Hague pour pouvoir traiter sur site les matières fissibles extrêmement chaudes qu’on n’a pas le droit de transporter par voie routière ou ferroviaire. Vous rendez-vous compte ! ».

Le gouvernement français était à la pointe du combat en faveur du projet. L’Union Européenne a suivi avec beaucoup plus d’enthousiasme que les Etats-Unis et autres participants. Les pays membres et, plus particulièrement la France vont, pendant 30 ans, consacrer à ITER au moins 10 % des fonds alloués à la Recherche.

Posté par Marc Ullmann, le 09/02/06 dans Europe - France - Technologie | Commentaires (0) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 7 février 2006
Les caricatures de la discorde

Caricature.jpgLe monde musulman s'enflamme contre les occidentaux suite à la publication de caricatures de Mahomet. Que cette poussée de fièvre intervienne 4 mois après la publication des dessins au Danemark peut paraître étrange et fait penser à une opération orchestrée. Indépendamment du caractère caricatural des dessins, l'argument des islamistes qui se déchaînent contre certains pays en allant même jusqu'à incendier des ambassades, est que le Coran interdit toute représentation humaine et en particulier de Mahomet.

Cela est totalement faux et ressort clairement d'une remarquable exposition virtuelle organisée sur Internet par la Bibliothèque Nationale de France. Cette exposition est intitulée : "Torah, Bible, Coran Livres de Parole". Je recommande d'aller particulièrement au chapitre : Arrêt sur...La représentation. Il y est expliqué que certains théologiens musulmans ont condamné la représentation des êtres animés mais que l'art perse, turc, afghan et indien regorge de représentations explicites de Mahomet. Cette scène est, à cet égard, particulièrement intéressante et significative.

L'Eglise catholique a été l'objet d'innombrables caricatures et a même donné lieu à des films pour le moins controversés mais, comme l'a déclaré un dessinateur de renom peu suspect de sympathie pour les religions, elle a été en général plutôt "bonne fille".
N'oublions pas qu'au 11ème siècle le grand poète perse (et musulman affiché) Omar Khayyâm faisait l'éloge du vin. L'Islam était alors tolérant. Les choses ont bien changé.

Posté par Michel Chevet, le 07/02/06 dans Culture - Religions - Société | Commentaires (12) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 6 février 2006
Droit du travail ou Droit du commerce ?
Nos civilisations modernes s'enivrent tous les jours de l'idée d'égalité des Droits.
Il est vrai qu'il s'agit là d'une des notions qui distinguent le plus les peuples civilisés des peuples barbares.
. L'un de mes jeunes neveux, âgé de moins de 26 ans, ingénieur diplômé de bonne origine, vient de s'entendre dire, par une entreprise, que sa candidature est certes jugée intéressante mais que son traitement est momentanément "suspendu" pour raison d'évolution prochaine de la législation du travail...
Il revient vers moi pour me demander conseil. Je dois dire que, dans son cas, je suis un peu perplexe. ll en profite pour me faire remarquer que, par ailleurs, il est en cours de changement de son contrat actuel auprès d'un grand opérateur de téléphonie qui lui "suggère" de changer de mobile. La proposition lui semble intéressante : acquérir le mobile pour un prix assez raisonnable mais à la condition qu'il souscrive immédiatement un contrat de fidélité dont il ne pourra se libérer qu'au bout de 2 ans.
Son dilemme s'amplifie... et mon questionnement surgit !
D'un côté, il lui est demandé, en application du Droit du Commerce, de s'engager fermement au titre de "personne privée" vis à vis d'une "personne morale" pour une durée de 2 ans en lui assurant un chiffre d'affaires récurrent.
De l'autre, il se trouve face à une autre "personne morale" qui ne veut pas s'engager fermement à assurer un revenu récurrent et stable à lui, "personne privée", en application du futur Droit du Travail, et ce pour une durée de 2 ans.
Je cherche la logique de la situation et je ne sais que lui conseiller... sauf à lui proposer de trouver une source de financement complémentaire autre que son futur travail. En effet, que dirait-on d'une entreprise qui ne tirerait ses recettes que d'un seul client ? Tous les auditeurs diraient qu'elle est... mal gérée. Alors pourquoi ne travailler que pour une seule entreprise ? Mais je me dis aussi qu'il faudra bien un jour s'entendre sur le terme d'égalité des Droits dans notre beau pays de France et se poser la question de savoir si certains droits en matière de contrat sont différents selon que l'on est une personne "privée" ou une personne dite... "morale".
Posté par Henri-Paul Soulodre, le 06/02/06 dans Débats - Economie - Education - Emploi - Energie - Entreprises - Politique | Commentaires (4) | Lien permanent | TrackBack (0)

Combien valent vraiment les actions Mittal ?

Mittal-Arcelor.jpgDe qui dépend le sort d’Arcelor ? D’une poignée d’analystes financiers. Pourquoi ? Parce que l’actionnariat est très dispersé, que les actions détenues par des particuliers sont, pour l’essentiel, gérées par des fonds (et autres Sicav) et que les responsables de ces fonds ont tendance à suivre les conseils prodigués par des analystes financiers.

Ces analystes ne baseront leur jugement ni sur les discours des gouvernements belge, espagnol, français et luxembourgeois, ni sur les promesses verbales de M. Mittal. Ils se baseront uniquement sur l’idée qu’ils se feront de la valeur réelle des actions Mittal. Le problème se pose ainsi parce que la famille Mittal ne propose pas de payer entièrement an cash les actions Arcelor. Elle veut, au contraire, procéder essentiellement par échange d’actions. Or, qui dit échange dit évaluation et qui dit évaluation incite à des manœuvres en Bourse. Il est donc vain de parler de « patriotisme » si les sous ne suivent pas.

Posté par Marc Ullmann, le 06/02/06 dans Economie - Entreprises - Mondialisation | Commentaires (2) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 4 février 2006
Google, de l’idéalisme au réalisme

Google.jpgA quelques jours d’intervalle, Google, principal moteur de recherche sur Internet et véritable success story depuis des années, a envoyé deux signaux à priori totalement contradictoires. Le premier a été son refus de communiquer au ministère américain de la Justice des listes de résultats des recherches lancées sur son site, dans le cadre de la lutte contre la pornographie et la protection des enfants en ligne. Alors que ses concurrents, MSN de Microsoft, AOL et Yahoo !, ont répondu favorablement à la demande du Département de la justice, Google s’érige en défenseur des libertés civiles. Ce qui n’a pas été du goût de Wall Street puisque, malgré d’excellents résultats financiers en 2005 – en hausse de 86 % par rapport à 2004 -, l’action a dérouillé de près de 10%.

Le second signal fut sa décision d’accepter le diktat de Pékin et de s’autocensurer sur son site chinois notamment pour toutes les recherches portant sur les droits de l’homme, ce qui fut soulève un tollé parmi l’ensemble des observateurs pour qui Google a toujours représenté un symbole de la liberté d’expression. Google soutient que l’accès restreint à l’information vaut mieux que pas d’accès du tout. Les puristes y voient un bradage de la liberté d’expression sur l’autel d’un marché de 111 millions d’internautes chinois.

On imagine pourtant que ces deux décisions, qui viennent brouiller l’image de rebelle du Net que Google s’est forgée, ont dû être difficiles à prendre et sujettes à d’âpres discussions en interne. Tout porte à croire que le moteur de recherche est en train de traverser sa première sérieuse crise de croissance : entre l’idéalisme du début et la réalité purement économique, ce type de choix risque de se multiplier. Et l’opportunité de ménager en quelques jours les deux ne se représentera pas à chaque fois. Google paierait ainsi sa boulimie de croissance au prix - de plus en plus élevé ? - de la normalité.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 04/02/06 dans Economie - Entreprises - Technologie | Commentaires (3) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 2 février 2006
De l’importance d’être prévisible

Plus le changement est rapide, plus les gens agissent en fonction de l’idée qu’ils se font du lendemain. Le monde moderne ne vit pas au présent, il se nourrit d’anticipations. D’où l’importance d’être prévisible. C’est évident lorsqu’il s’agit d’investissement. Ainsi, des coûts de production élevés mais dont l’évolution est quasi programmée - comme c’est le cas en Allemagne - découragent moins les investisseurs potentiels que la crainte de mauvaises surprises. De même, la stabilité politique attire alors que l’incertitude effraye.

De ce point de vue, il n’y a pas que les pays « en développement » qui aient des problèmes. L’UE, elle-même, donne une impression de flou. Elle a beau agir et ses actions ont beau être efficaces dans de nombreux domaines, elle manque d’un cadre susceptible d’indiquer clairement de quoi son lendemain sera fait. C’est essentiellement pour cela qu’une « Constitution » était nécessaire et que le « non » a été destructeur. D’une façon ou d’une autre, il faudra réinventer une formule qui apprivoise l’avenir.

Posté par Marc Ullmann, le 02/02/06 dans Politique - Société - Union Européenne | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

Le 1 février 2006
Galileo, un succès de l’Europe ?

galileo-sat.jpgGalileo, système de radionavigation européen, dont le premier satellite a été mis sur orbite le 28 décembre dernier, nous a été présenté comme « l’Europe qui gagne », expression à peine appuyée pour sous-entendre « pas comme le 29 mai », date du non français au référendum sur la constitution européenne. En effet, on peut facilement se flatter que l’Europe soit capable, dans un domaine de haute technologie et stratégiquement capital, de concurrencer les USA et leur système GPS, en proposant un système bien meilleur notamment en terme de précision. Ce serait toutefois oublier plusieurs détails.

Tout d’abord, le retard accumulé par les européens sera difficile à combler : les premiers concepts du GPS datent des années soixante et leur première application opérationnelle civile débutent dès 1993. Douze ans après, l’Europe lance seulement le premier des 30 satellites prévus, pour lesquels aucune date n’est avancé. Et pour cause, le financement n’est pas encore totalement assuré. Il faudra vraisemblablement attendre la fin des tests prévus au mieux en 2008 pour qu’un calendrier définitif soit avancé. A l’image d’ITER, ce projet est budgétivore. Un certain nombre de domaines de recherche innovants pourraient en faire les frais. Pendant ce temps, les américains travaillent déjà à une nouvelle génération de GPS afin de corriger les défauts du système actuel. Elle est annoncée pour 2013.

Et en attendant, dans le monde entier le terme « GPS » restera le synonyme de radionavigation. En cela, l’Europe a déjà perdu la bataille des mots.

Posté par Meriem Sidhoum-Delahaye, le 01/02/06 dans Europe - Technologie | Commentaires (1) | Lien permanent | TrackBack (0)

 
Jean-Pierre Dupuy
 
Professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique et Stanford University, Jean Pierre Dupuy est intervenu, mercredi 14 mai, sur le thème : « Les nanotechnologies ».  
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