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Il y a quelques dizaines d’années, les femmes avaient peur de « tomber enceinte ». Maintenant, les gens ont surtout peur de « tomber au chômage ». La concordance de vocabulaire est frappante. Dans les deux cas, il y a comme référence à la fatalité. Or, la notion de progrès récuse la fatalité. On ne s’en remet plus à la Providence, l’Homme doit se montrer capable de forger son destin. Aussi, de deux choses l’une : ou bien on ne croit plus au progrès, ou bien tout doit être fait pour que les gens n’aient pas l’impression de « tomber » au chômage. Tout doit être fait pour que la reconversion, la réadaptation prennent la couleur du travail « choisi ».
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La Chine ou la soif d'énergie |
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La Chine est d'ores et déjà un acteur majeur de l'économie mondiale. Ses besoins énergétiques vont aller croissant. Il en est de même pour les pays occidentaux. Leurs chemins vont donc se croiser sur la route de l'or noir, en particulier au Moyen Orient, région symbole de l'instabilité politique.
La croissance économique, à des taux à deux chiffres ou presque (toute statistique chinoise est à considérer avec la plus grande prudence), d’un pays de plus d’un milliard d’habitants ne peut se faire qu’accompagnée par un développement non moins spectaculaire de la demande en énergie. J’emploie à dessein le terme de développement et non de croissance. En effet les années 90 ont connu une croissance extraordinaire du PNB chinois et, fait extraordinaire, des chiffres de demande énergétique qui furent en baisse à la fin de la décennie.
Cette baisse, en termes absolus, que l’on ne peut nier, cachait des phénomènes paradoxaux qui ne sont que la traduction de la coexistence de secteurs économiques séparés en fait par des siècles de développement économique.
D’un côté le 21ème siècle symbolisé par la centrale nucléaire de Daya Bay, les satellites, les plates-formes pétrolières offshore de Nanhai ou le rachat de la division ordinateurs d'IBM, de l’autre une industrie charbonnière souvent digne de l’iconographie du Far West .et qui connaît des accidents majeurs à répétition que l'on ne peut plus cacher, progrès de l'information aidant. Les autorités chinoises se sont enfin décidées à lutter contre cette image calamiteuse de la Chine.
N’oublions pas que le charbon a été l’énergie de la révolution chinoise et qu’il reste de très loin prépondérant dans l’économie énergétique de la RPC. La Chine a les plus grosses réserves mondiales de charbon et le recours à ce combustible se justifiait parfaitement.
Jusqu’à la fin du 2Oeme siècle la production charbonnière chinoise a été le fait, pour une énorme part, d’exploitations minuscules, à flanc de montagnes d’où l’on voyait sortir des wagonnets poussés par des hommes. Les logements individuels étaient (et sont toujours) chauffés grâce à des briquettes de charbon, servant aussi à la cuisine.
Les autorités chinoises, dont le nouveau credo était le développement économique, se trouvèrent face à un gigantesque réservoir d’économies d’énergie potentielles. Naturellement dans un tel contexte les premiers efforts donnent les résultats les plus spectaculaires et c’est ce qui se produisit en Chine grâce à la rationalisation de la production du charbon, à la fermeture d’innombrables petites mines, au développement des GPL et du gaz etc., conduisant au paradoxe apparent cité précédemment.
Si l’on compare la Chine aux économies européennes, il reste pour l’Empire du milieu un très long chemin à parcourir avant d’atteindre les taux d’efficacité énergétique que nous connaissons. Ce long chemin trouvera sa traduction pendant encore plusieurs décennies par des statistiques énergétiques qui pourront paraître surprenantes en première analyse.
Si le charbon a joué un rôle fondamental en Chine et s’il continuera à tenir, dans le court terme, la première place dans le mix énergétique, il n’en reste pas moins vrai que tout modèle de développement économique est actuellement basé sur le recours aux hydrocarbures. Cela tient pour une grande part au développement des transports routiers dont la source d’énergie est soit l’essence soit le gazole.
Qui plus est, le charbon chinois est, en général, de mauvaise qualité, à faible pouvoir calorifique et à forte teneur en soufre donc fortement polluant, ce qui obère considérablement son utilisation directe ou indirecte (transformation en hydrocarbures liquides, voie suivie en leur temps par l’Allemagne et l’Afrique du sud). En outre les gisements sont géographiquement dispersés, loin des centres de consommation et l’infrastructure ferroviaire est dramatiquement insuffisante.
La Chine se voit donc contrainte d’épauler son économie par un recours accru aux hydrocarbures considérés désormais comme un des nerfs du développement économique.
La politique pétrolière chinoise s’est d’abord caractérisée par son caractère autarcique et sa grande concentration géographique. Elle connut lors de son essor de grands succès (en particulier la mise en production de l’énorme gisement de Daqing en Mandchourie), puis des succès plus mitigés (en particulier exploration offshore) et des déceptions non avouées (échec de l’exploration au Tarim, du moins si l’on rapporte les résultats obtenus aux espoirs longtemps clamés comme de quasi certitudes géologiques).
Au début des années 90 est intervenu un fait économique alors peu relevé en Occident : la Chine est devenue importateur net de pétrole. Cette situation va aller en s’accélérant rapidement. En 2005 la Chine importera de l'ordre de 2,8 millions barils/jour (soit 140 millions de tonnes) correspondant à 43% de sa consommation. On estime que les importations chinoises de pétrole pourraient monter à plus de huit millions de b/j en 2015 (équivalent à la production actuelle de l’Arabie Saoudite).
La Chine a longtemps refusé d’admettre que le développement économique risquait de la faire dépendre de l’étranger. Elle a tout d’abord cru et fait croire que sa production intérieure suffirait à approvisionner le pays en pétrole. Il a bien fallu admettre que les réserves de Daqing baissaient de façon inexorable et que les découvertes de nouveaux gisements ne compensaient aucunement le déclin des champs existants. On soutint alors que le salut viendrait de l’Ouest, c’est à dire des réserves "fabuleuses" qu’on allait mettre en évidence au Xinjiang (bassin du Tarim).
S’il y eut quelques découvertes, elles ne furent que de taille modeste. Il est intéressant de noter que cette « ruée » vers l’ouest coïncida avec l’ouverture aux compagnies occidentales. Les différents « rounds » d’offres furent des échecs, les compagnies occidentales s’étant déjà faites leur opinion sur le Tarim. Si du temps des Ming le Xinjiang faisait partie des territoires des barbares, aujourd’hui il rappèle à Pékin qu’une partie de la République Populaire de Chine est en Asie Centrale et dans la sphère d’influence du fondamentalisme musulman. Il est plus que probable que les autorités de Pékin sont satisfaites qu’une partie importante de leur approvisionnement énergétique ne vienne pas de cette région, considérée comme un glacis stratégique et non comme un hinterland ou un lebensraum. On parle désormais d’importer du gaz d’Extrême Orient russe…mais les derniers incidents entre la Russie et l'Ukraine ont certainement refroidi ces ardeurs.
D’où viendra donc le pétrole importé par la Chine ?
Pour l’instant les tonnages en cause sont relativement faibles à l'échelle du commerce international de pétrole mais ils croissent très vite et ont déjà contribué à déstabiliser le marché, où tout se joue à la marge.
Pour des raisons évidentes de sécurité la Chine cherche à diversifier au maximum ses fournisseurs. Cette diversification a des limites : les réserves pétrolières (hydrocarbures liquides) de l’Indonésie, qui fut longtemps un fournisseur régulier de la Chine, sont en chute libre. L’Amérique latine est sous influence américaine et Pékin ne cherchera pas une confrontation directe avec Washington dans cette partie du monde. Quant à l’Afrique de l'Ouest, elle est instable et la Chine n’y a pas de véritable attache.
En ce qui concerne la logistique les importations chinoises se font par des navires de 100.000 tonnes maximum, ou par des 200.000 tonnes en charge partielle, qui conviennent pour des trajets « régionaux » mais sont loin de l’optimum économique sur de très longs trajets (la Chine a pris du retard dans la construction de terminaux capables de recevoir des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 300.000 tonnes). Cette situation peut répondre à la situation présente mais ne peut répondre à un niveau d’importations de 8 millions b/j envisagé pour 2010/2020. Aucune province pétrolière de la zone Asie Pacifique ne peut satisfaire une telle demande. Il faudra donc importer du brut à partir d'autres zones pétrolifères.
Reste donc le Moyen Orient.
La politique de pénétration de Pékin au Moyen Orient est réelle et pragmatique mais discrète et quelque fois maladroite. On peut citer comme exemple l’arrivée des chinois sur la scène pétrolière iraquienne. Malgré l’embargo imposé par l’ONU, la Chine, après avoir été un des principaux fournisseurs d'armements de Saddam Hussein, fut (avec la Russie) le seul pays à signer un contrat pour la mise en développement d’un champ de pétrole déjà découvert mais non exploité (al-Ahdab). Pékin, redécouvrant brutalement (un certain nombre de capitales l'y aidèrent…) l’existence de l’embargo, n’entreprit aucun travail réel sur le champ de pétrole, ce qui lui valut les foudres de Bagdad. Actuellement Pékin fait plutôt "les yeux doux" à Téhéran tant par opportunisme pétrolier que par anti-américanisme mais cela ne l'empêche pas de cultiver des contacts discrets avec les nouvelles autorités de Bagdad et de leur faire de nouvelles offres de service.
De façon plus habile, les Chinois avaient mis le pied très sérieusement au Soudan, jeune nation pétrolière. Le Soudan n’est pas géographiquement au Moyen Orient mais en matière de géopolitique pétrolière, il relève de cette sphère d’intérêts. L'intervention chinoise fut discrète mais fort efficace, jouant de façon très maoïste avec la situation de guerre civile de ce pays. Très récemment, mettant de côté toute idéologie et par pur pragmatisme la société chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation), vient de s'allier au frère ennemi indien ONGC (Oil and Natural Gas Corp.) pour racheter ensemble le plus grand producteur syrien de pétrole. Dans le même temps la Chine multiplie les contacts avec l'OPEC qui lui fournit déjà plus de 40 % de son pétrole tout en essayant de racheter des sociétés américaines, déclenchant des réactions de nationalisme économique.
Pour importer du pétrole du Moyen Orient il faut sécuriser les sources d’approvisionnement et les voies de communication. Les détroits indonésiens, bien connus pour leurs pirates, deviendront vitaux pour Pékin, ce qui ne simplifiera certainement pas les relations entre la Chine et l’Indonésie. Il faut aussi disposer de la logistique nécessaire : flotte pétrolière et terminaux d’importation. Force est de constater qu’actuellement les Chinois sont très en retard pour se doter d’une logistique pétrolière moderne. Le premier projet de construction d’un terminal capable de recevoir des super-pétroliers (VLCC) avait été transformé en projet d’importation de minerai de fer !
Les Chinois peuvent donner aujourd’hui l’impression qu’ils hésitent (ou rechignent) à se doter d’une véritable industrie pétrolière puissante et moderne. La récente réorganisation de l’industrie a laissé perplexes les observateurs mais force est de constater que les nouvelles entités crées ou réorganisées sont bien parties à la conquête du Monde.
Pékin considère vraisemblablement que sa dépendance en matière de pétrole ne sera que dans la partie basse de la fourchette des estimations, suite à des succès espérés en matière d'exploration de gaz naturel (gros espoirs sur la région de l’Ordos, dans la boucle du Fleuve Jaune), à une relance du nucléaire civil dont on parle de plus en plus et qui donne déjà lieu à une compétition franco américaine et, fait nouveau, à une politique de développement des énergies renouvelables (éolien en particulier) et d'économies d'énergie.
Une telle politique aurait des chances de réussite si les autorités chinoises arrivaient à limiter le développement de l’automobile individuelle et des transports routiers au bénéfice des transports collectifs et ferroviaires. L’économie chinoise ne semble pas aller particulièrement dans cette direction plus collectiviste et qui relèverait plutôt des heures de gloire du maoïsme.
Seule la protection de l’environnement peut donner des arguments réalistes pour contrer le développement des transports routiers mais seront-ils utilisés ? Jusqu’à ce jour la lutte pour la préservation de l’environnement concerne surtout la qualité de l’air, devenue exécrable dans les grandes villes (l’approche des Jeux Olympiques n'est pas étrangère à cette prise de conscience). Il s’agit alors de restaurer un cadre de vie, non d’instaurer un mode de vie "sans voitures" manifestement non désiré par une population qui, tout au moins pour ses conditions d'existence matérielle, fait son credo de l’individualisme calqué sur l'Occident.
Paradoxes, contradictions. Le chemin n’est jamais simple en Chine pour un esprit occidental. Pour la Chine le temps ne compte pas alors que nous sommes les inventeurs du concept d'"actualisation économique" qui ramène le futur au contexte du jour présent. Il y a les gratte-ciel du Pudong mais la Chine reste éternelle de Confucius à Mao Zedong. A cet égard la lecture du livre de Jean Leclerc du Sablon, qui passa trente ans en Chine et y fut correspondant du Figaro, "L'empire de la poudre aux yeux", est fort instructive et bouscule pas mal d'idées actuellement à la mode.
Quoi qu'il en soit force est de constater que les intérêts énergétiques de l'Empire du Milieu et ceux de l'Occident se croiseront de plus en plus dans une région du Monde, le Moyen Orient, devenue un symbole de l'instabilité politique. La concurrence pour l'accès au pétrole est porteuse de tous les dangers. Cette course à l'énergie aura des conséquences autrement plus graves que celles des importations de textiles ou de jouets chinois.
Le gros avantage de la République Populaire de Chine par rapport à nos démocraties occidentales est qu'elle peut jouer simultanément sur deux registres : le marxiste et le capitaliste. Ce n'est que la mise en application de la fameuse maxime de Deng Xiaoping : "peut importe la couleur du chat pourvu qu'il attrape les souris".
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La vie humaine n’a pas de prix mais elle a un coût |
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Sous le titre « Quand les jeunes se vengeront », Vigilances a déjà attiré l’attention sur la « galère » des jeunes qui peinent pour trouver un logement, pour trouver du travail et qui devront payer la facture des déficits publics accumulés par des gouvernements élus par leurs aînés. Nul doute que s’ils avaient leur mot à dire, ces jeunes commenceraient par amender le système de retraite par « répartition ». Le problème de la sécu s’annonce, cependant, encore plus explosif que celui des retraites.
Non seulement les gens vivent de plus en plus vieux mais les soins, étant de plus en plus sophistiqués, coûtent de plus en plus cher. Sous l’effet conjoint de ces deux phénomènes, les dépenses de santé vont continuer à croître. Si donc les vieux ne sont pas appelés, d’une façon ou d’une autre, à payer davantage pour eux-mêmes, les jeunes finiront par se lasser. Surtout, si le droit de « mourir dans la dignité » n’est pas reconnu et encadré éthiquement par la loi, le balancier risque d’aller trop loin dans le sens de l’euthanasie. On peut craindre que des jeunes Rmistes à 500 euros par mois ne supportent pas de voir des hôpitaux dépenser 2000 euros par jour pour maintenir en vie, pendant plusieurs années, une vieille personne hémiplégique et quasi végétative. Mieux vaudrait réformer à temps que risquer une guerre entre générations.
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La vraie menace iranienne |
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Les chasseurs d’actualité courent après l’évènement. Les passionnés de politique se penchent sur les luttes fractionnelles. Les uns comme les autres omettent de regarder le rétroviseur de l’Histoire, le périscope des courants sociétaux, le télescope des rêves. Ceux qui ne voient dans Ahmadinejad qu’un illuminé et misent sur la dislocation imminente du régime, se trompent de registre. L’arbre planté par Khomeini il y a un quart de siècle porte encore quelques fruits. Il s’agit d’Histoire avec un « H » et non de petites histoires.
J’ai aperçu Khomeiny en 1978, lorsqu’il était réfugié à Neauphle-le-Château. Il résidait dans un petit pavillon de banlieue à l’allure minable, il était assis sur un petit tapis au coin d’une pièce minable mais une grande force émanait de sa personne. La profondeur de son regard, la droiture de son maintien, l’économie de son propos étaient impressionnantes. Cet homme, héritier d’un long passé, semblait capable de mener un combat dans le présent tout en nourrissant une vision d’avenir.
Pour s’en convaincre, mieux vaut tourner les yeux vers le « Centre de la Grande Encyclopédie Islamique » que vers les ministères. Dans un immense bâtiment situé aux environs de Téhéran, 50.000 !!!! érudits poursuivent la rédaction d’un ouvrage de référence écrit d’abord en persan, puis en arabe, puis en anglais. Dans l’esprit des théocrates révolutionnaires qui détiennent le pouvoir d’Etat, ces bataillons de scribes constituent l’avant-garde d’une guerre d’un nouveau type. Leur mission, édictée par Khomeiny lui-même peu après son triomphe, est de nature panislamique. Articles et définitions ne doivent en aucun cas s’inspirer d’un chiisme sectaire ; rien ne doit choquer les fidèles sunnites ; tout doit contribuer à la reconstruction d’une « Communauté des Croyants ».
Les diatribes anti-israéliennes d’Ahmadinejad découlent de cette stratégie. Elles n’ont pas été proférées par hasard ni même par simple tactique. En tentant une sorte d’OPA sur la cause palestinienne, chère au cœur des Arabes sunnites, elles visent à dresser des peuples contre des dirigeants qui, bien que musulmans, sont susceptibles de reconnaître la légitimité de l’Etat hébreu.
Déjà, certains résultats ont été atteints. Le guide spirituel de la Confrérie des Frères Musulmans égyptiens ainsi que le chef du Mouvement islamiste palestinien Hamas ont applaudi. Les efforts saoudiens pour isoler l’Iran s’avèrent illusoires. Le Golfe, tardivement nommé arabique, commence à redevenir persique.
La deuxième manche est en train de se jouer en Irak où l’ayatollah Sistani, principal guide des chiites irakiens, tend la main à la minorité sunnite et se dit prêt à bénir un gouvernement de coalition. Dans l’immédiat, c’est commode pour les Américains mais le but, fixé en accord avec Téhéran, n’est pas de leur faciliter la tâche. Il s’agit, au contraire, d’inciter les « résistants » sunnites à réorienter leur « haine » et leur « fureur ». Ceux-ci, pour le moment, n’hésitent pas à massacrer des compatriotes or, il faudrait qu’à l’avenir, ils s’en prennent seulement aux troupes étrangères. La Syrie fait fonction de joker dans ce double jeu : l’Iran lui fournit de l’argent et des armes, elle se chargera d’approvisionner la « résistance ».
L’alliance entre le Hezbollah (chiite libanais) et le Hamas (sunnite palestinien) est la troisième pièce du dispositif. Quand Téhéran jugera l’heure venue, une nouvelle Intifada pourrai être déclenchée contre Israël au nom de la « Communauté des Croyants ». Khamenei, le successeur de Khomeiny a entériné le diagnostic d’Ahmadinejad : Israël est bien, à ses yeux, une « tumeur » dans le corps islamique, tumeur qui, tôt ou tard, devra disparaître.
La conduite graduée de ces différents combats devrait, selon ses concepteurs, pouvoir être étalée sur la durée. Ce n’est pas en huit jours que des peuples arabes viendront à bout de leurs gouvernements, que les Américains se résigneront à voir l’Irak se transformer en « république islamique » et qu’Israël, en tant qu’Etat, sera rayé de la carte. Mais les révolutionnaires théocrates n’en doutent pas : à terme, ils deviendront seuls maîtres du pétrole et des âmes.
Cette vision a sa logique et cette logique induit une pensée nucléaire à deux niveaux. Quand Khamenei proclame : « Notre seule arme atomique est notre bien aimée jeunesse et notre nation de croyants », il faut le prendre au sérieux. Ce « saint homme » veut étrangler lentement ses ennemis et non leur asséner un coup qui provoquerait des représailles massives. Il n’ignore pas cependant que, si ses plans se déroulaient conformément à ses espoirs, un jour viendrait où ses ennemis seraient tentés d’agir. D’où la nécessité de disposer à temps d’une dissuasion crédible, c'est-à-dire de missiles à têtes nucléaires. A cette fin, des trésors d’hypocrisie sont déployés tant pour la fabrication de matière fissile que pour la mise au point de fusées balistiques à longue portée.
Tout cela est cohérent et relève d’une stratégie qui ne peut être combattue à l’aveuglette. D’abord qui est vraiment l’adversaire ? L’adversaire n’est ni l’Iran, ni l’Islam mais le panislamisme révolutionnaire. L’Iran, à terme, peut être une grande puissance stabilisatrice au Moyen Orient et en Asie Centrale. L’Islam peut servir de ressort moral à des populations en quête de dignité. Le panislamisme révolutionnaire, adossé à l’Etat iranien, peut, en revanche, être un danger mortel. Il s’agit donc de dissocier l’Iran de cette idéologie. Cela n’est pas impossible : ni le stalinisme, ni le maoïsme n’ont été éternels ; le khomeynisme ne le sera pas non plus. Il y a une période difficile à gérer pendant laquelle il faut se garder de sous estimer la force de l’adversaire tout en s’efforçant d’accentuer ses faiblesses.
Ne pas sous estimer l’adversaire implique d’abord de ne pas trop écouter les émigrés qui prédisent tous les matins l’effondrement d’un système prétendument à bout de souffle. Ce régime a résisté à l’invasion irakienne et survécu à une guerre qui, toutes proportions gardées, a été aussi meurtrière pour l’Iran que la guerre de 1914 l’a été pour la France. Après quoi, ce même système a su créer des équilibres subtils - et mouvants - entre ses différentes factions. Le régime n’est pas démocratique mais a su se doter de soupapes et même de recours. En gros, il y a une sorte de parti unique dont les différentes tendances peuvent entrer en compétition électorale. Les scrutins ont lieu à l’échelon local, législatif et présidentiel. Sous la houlette du théocrate en chef, un « Conseil du Discernement » s’efforce d’aplanir les conflits. De plus, les nominations aux postes les plus élevés sont soumises à des règles assez strictes avec, à chaque fois, des niveaux de décision clairement définis.
Dans ce contexte, l’élection d’Ahmadinejad aurait dû nous faire réfléchir. Rafsandjani, son principal rival, d’abord héritier d’une fortune construite sur la production et le commerce de la pistache puis grand manipulateur de la manne pétrolière, incarnait la ruse et l’habileté. Ahmadinejad, par contraste, se présentait un balai à la main et affichait son dévouement pour les mal lotis. Il ne plaisait ni aux habitants de la riche banlieue nord de Téhéran ni aux étudiants branchés sur Internet et friands de culture occidentale.
Mais il a plu aux pauvres des grandes villes et surtout aux habitants des campagnes reculées dont les conditions de vie n’ont guère évolué depuis l’époque du Shah. Je me souviens être allé en 1973 dans un village situé à une centaine de kilomètres de Téhéran où les maisons étaient en torchis et les femmes vêtues de noir. Venait d’y être édifiée une école de style moderne où les institutrices, sans doute émules de la Princesse Ashraf Pahlavi, étaient habillées à la dernière mode. Ce contraste m’a frappé, il m’a même convaincu de la fragilité du régime impérial.
Le régime khomeyniste, version Ahmadinejad, n’est pas forcément plus solide. Le Président a été élu non pour partir en guerre contre Israël mais parce qu’il promettait du mieux être. Or rien n’indique que le chômage baisse et que le niveau de vie augmente. De plus, le « retour aux sources » ne plait pas à tout le monde : la fréquentation des mosquées était une façon de s’opposer au Shah, elle est aujourd’hui un signe de conformisme qui répugne à beaucoup. Déjà, des blagues circulent sur Ahmadinejad (exemple cité par Navid Kermani : « pourquoi se coiffe-t-il avec la raie au milieu ? Pour séparer les puces mâles des puces femelles ! »). Cela ne fait peut-être rire qu’une minorité d’Iraniens mais exprime un désamour qui, logiquement, devrait aller croissant.
L’Iran n’est pas une île. Internet, la téléphonie mobile, la télévision numérique s’y développent rapidement et le gouvernement n’y peut pas grand-chose bien que le pays reste relativement protégé par sa barrière linguistique. Si l’Occident devait choisir une arme et une seule pour déstabiliser le régime, le mieux serait de créer des stations qui émettent en persan. Plus il y en aurait et plus les programmes seraient variés, plus efficace ce serait. Dans un univers qu’un régime totalitaire cherche à uniformiser, la diversité est, par nature, attrayante.
Les adversaires du panislamisme révolutionnaire ont sans doute intérêt à jouer en équipe dans certains cas et à tirer parti de leurs différences dans certains autres. Dans le domaine nucléaire, il semble évident que les Américains, les Européens et même les Russes devraient agir de concert et tenter de persuader les Chinois de ne pas contrecarrer leurs manœuvres. Les Iraniens essayent de gagner du temps, leurs adversaires doivent leur en faire perdre le plus possible. Lorsque la Perse se sera muée en grande puissance pacifique, elle pourra légitimement réclamer un droit à la parité atomique. On n’en est pas là !
Pour le moment, il s’agit de contrer un fanatisme qui risque de se révéler infiniment plus dangereux que celui, somme toute artisanal, d’Al Quaïda. L’Europe est en première ligne. Le problème de l’Islam est, pour elle, beaucoup plus concret, beaucoup plus charnel qu’il ne l’est pour l’Amérique. Si nous voulons que notre continent soit un creuset de civilisation plutôt qu’un champ de bataille, nous devrons apprivoiser l’Islam. Il serait criminel de baisser les bras puisque, malgré le fanatisme de quelques uns, la majorité des Musulmans vivant sur le sol européen rêve d’un bonheur sur Terre plutôt que d’un paradis au Ciel. D’où l’urgence de mobiliser leur bonne volonté en leur donnant espoir, en brisant les ghettos des murs et des esprits, en jouant la carte de la fraternité.
C’est partiellement en Europe que peut, dans les dix ou les vingt prochaines années, se forger une refondation de l’Islam susceptible de réconcilier les Croyants et la modernité. En Europe mais aussi en Iran où une société actuellement en travail (comme on dit d’une femme qui accouche), devrait finir par inventer un système inédit. A partir de cet Islam nouveau, mais seulement à partir de là, les pays musulmans pourront se libérer du passé tout en restant eux-mêmes.
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La fin des réponses d’évidence |
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Une majorité de Français a voté non au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Une minorité de jeunes s’est révoltée dans les banlieues. Pour beaucoup d’observateurs de tels événements traduisent le décalage qui s’est installé entre le pays et ses institutions, entre le pays et les élites politiques. Les travaux de Sociovision Cofremca montrent que la problématique est internationale et qu’elle ne relève plus de la thématique du décalage. Les citoyens ne sont pas plus en décalage par rapport aux institutions que les consommateurs par rapport aux marques ou que les salariés par rapport à leur entreprise.
En réalité, les Français ne sont pas en décalage par rapport au monde politique, ils sont ailleurs, dans une autre société. Les consommateurs ne sont pas en décalage avec les marques, ils sont sur une autre planète de la consommation qui échappe aux marques. Les salariés ne sont pas en décalage avec leur entreprise, ils réinventent dans le tissu microsocial de l’entreprise un autre rapport au lien social qui échappe aux dirigeants.
Les Français ne sont pas en repli, bloqués sur des positions conservatoires, ils sont en re-programmation et réinventent une vie quotidienne qui prend à revers les décideurs politiques, les décideurs d’entreprises et les représentants des institutions intermédiaires. L’analyse de la relation que les Français entretiennent avec l’Europe est assez illustrative de la fragmentation des attitudes et de la difficulté à rassembler une nation sur un projet commun. Elle est également un excellent exemple de l’inadéquation des méthodes de pilotage de l’action publique face à une société plus complexe et plus diverse.
Les décideurs, quels qu’ils soient et, plus généralement le management, continuent à appliquer des méthodes d’hier à une société spontanée qui s’est profondément transformée. A coup de sondages d’opinions (qui ratent le réel et flattent les décideurs) pour les uns, de CRM (Customer Relation Management) ou d’ERP (Entreprise Ressource Planning) pour les autres, ils ont perdu le contact avec la société, ils sont dans une stratosphère dont les paradigmes dominants relèvent de la société d’hier. Ils s’accrochent à des données quantitatives et abstraites là où il faudrait sentir et toucher les choses pour avoir une chance de les comprendre un peu et d’agir mieux. Ils rêvent à des systèmes d’informations aussi simplificateurs qu’illusoires dans leurs résultats. Ils sont encore dans le paradigme mécanique où il s’agit d’appuyer sur un bouton pour que l’action soit efficace. Ils n’ont pas tiré les conséquences opérationnelles d’une société de gens autonomes, d’une société où la diversité s’accroît, du saut de complexité considérable que l’autodétermination des personnes et la mondialisation des échanges ont engendré.
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Mondialisation schizophrène |
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Les actionnaires bénéficient de la mondialisation puisque les profits des grandes entreprises s’accroissent. Les consommateurs profitent de la mondialisation puisqu’ils achètent bon marché des produits importés. En revanche, les salariés (à l’exception de ceux dont l’expertise est internationalement valable) pâtissent de la mondialisation puisque la concurrence devient féroce sur le marché du travail. L’équation est difficile à résoudre puisque la plupart des gens sont à la fois consommateurs et salariés.
Dans un monde idéal, le consommateur ne devrait pas se ruer sur les produits les moins chers afin de privilégier les productions locales. Mais, pourquoi le ferait-il puisque son emploi à lui ne serait pas directement sauvé par cette démarche altruiste ? Ainsi, s’engage-t-on dans une impasse. La mondialisation, malgré ses avantages, sera en danger si le risque de schizophrénie n’est pas pris en compte. Tôt ou tard, les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce devront être amendées. Peut-être s’orientera-t-on vers une formule à deux vitesses : mondialisation pour tout ce qui relève des grandes entreprises ; subsidiarité pour quelques productions et services locaux qu’il faudrait préserver. 90 % d’un côté et 10 % de l’autre ? Quotas plutôt que droits de douane ? Les discussions seront âpres mais elles seront.
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Saute d’humeur et/ou d’humour |
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De la Mitterrandomania à la Mitterrandolâtrie.
Cette obséquiosité impudente, excessive, maladroite et même parfois obscène à propos d’un "Tartuffe" machiavélique, d’un imposteur qui a trompé tout le monde, tout le temps, y compris ses proches et sa propre famille, est délibérément insupportable !
Sauf pour ses thuriféraires masochistes, et même un peu nécrophages. Et apparemment sans mémoire... ! Sauf les "capteurs d’héritage" et autres « détrousseurs de momies".
Tout ce dévoiement médiatique manque pour le moins de hauteur, de pudeur, d’humilité et surtout d’éthique. Le comparer à De Gaulle ? Et pourquoi pas à Jésus Christ ou à Mahomet ?
Ce dérapage est historiquement délirant. Carrément hors normes. Ridicule. Et même révoltant !
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Des excuses pour une migration chaotique |
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Suite à la migration du Blog chez un nouvel hébergeur, quelques soucis de réglage se sont posés. Le Blog a été, pendant 48 heures, inaccessible ; certains d'entre vous n'ont pu poster ; d'autres ont vu leurs commentaires disparaître... Nous vous assurons de faire en sorte que tout rentre dans l'ordre le plus rapidement possible. Nous prions tous nos lecteurs et amis d'accepter nos excuses les plus sincères pour ces désagréments.
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Mondialisation à deux vitesses |
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Un critique de la mondialisation disait récemment : « Le rêve d’un patron français est d’être payé comme un CEO américain et de payer ses salariés comme des ouvriers roumains ». C’est peut-être excessif mais il y a du vrai dans cette remarque ; et ce vrai explique, au moins en partie, pourquoi des salariés français de plus en plus nombreux ont de moins en moins d’ « affectio » pour leur entreprise.
La remarque dépasse, d’ailleurs, largement le cadre français. Même aux Etats-Unis, les grandes entreprises font, de plus en plus, figure d’épouvantail. Hollywood, toujours ? l’affût des tendances, multiplie les films où le rôle de méchant est tenu par des sicaires ? la solde des grandes firmes. La mondialisation y est d’autant plus attaquée qu’aux Etats-Unis l’industrie traditionnelle est en déclin. Le chômage est faible mais les nouveaux emplois (dans les services) sont soit très bien payés (pour quelques rares élus) soit plutôt mal (pour la majorité des salariés). Pendant que les profits gonflent, la classe moyenne, pivot traditionnel de la démocratie, s’étiole. L’Occident tout entier est sur la même pente. Une pente qui, désespérant la classe moyenne, conduire au repli nationalo-identitaire et peut déboucher sur le totalitarisme.
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Des clôtures au cyber-far west ? |
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Le modèle actuel d’Internet est ouvert. Chacun a ainsi la liberté d’accéder ? n’importe quel site public et de s’abonner ? n’importe quel service, quels que soient son matériel, ses logiciels et son opérateur de télécommunications. De ce fait, les opérateurs, ayant la main sur le trafic et non sur le contenu ? valeur ajoutée, sont en mesure de bloquer ou surtaxer ce trafic pour le rendre plus rentable pour eux. Que devient Internet si Google reste gratuit… mais qu’il faut franchir des ponts ? péage pour y accéder ?
Il est assez légitime que les opérateurs qui bâtissent et entretiennent les réseaux haut débit souhaitent conquérir une place sur le marché lucratif des services que ce haut débit permet, comme la télévision ou la téléphonie en ligne. Mais s’ils proposent eux-mêmes ces services, ces fournisseurs d’accès se retrouvent concurrents des fournisseurs de service : eBay, Amazon, Skype, Google, Yahoo… Et leur position ? la fois de transporteur routier et de police de la route biaise quelque peu la libre concurrence.
Rien n’empêche ainsi un opérateur de bloquer purement et simplement l’accès aux services proposés par un concurrent, un peu comme si Orange bloquait les appels vers les mobiles SFR. Plus subtil que ce blocage discriminatoire, la « voie express » : les abonnés de l’opérateur se voient proposer, moyennant un supplément, un accès privilégié aux services délivrés par cet opérateur. Privilégié en ce que les performances du réseau (rapidité, fiabilité…) y sont remarquables, tandis que celles des concurrents sont déplorables. C’est très facile ? réaliser puisque la perception de l’utilisateur est avant tout relative : il suffit de dégrader les performances des services proposés par les concurrents. On donne donc l’image d’offrir un privilège, alors qu’en fait on détériore une prestation.
Les opérateurs répondent que de telles pratiques verraient leurs abonnés les déserter et sont donc impensables. Mais ils ne cachent pas leur frustration de voir les entreprises de services en ligne caracoler en tête des marchés financiers en engorgeant leurs réseaux gratuitement. Une solution plus discrète pourrait se baser sur l’observation que la loi de Pareto s’applique au trafic Internet : une minorité de connectés mobilise une bande passante considérable en échangeant des fichiers multimédia très lourds. Les opérateurs pourraient les facturer au vu de leur trafic, mais les clients ne semblent pas prêts ? l’accepter. La tentation est alors forte de reporter la charge sur le fournisseur de services en lui proposant un partenariat qui le promeut sur la « voie express » de l’opérateur… mais cette fois, c’est lui et non l’utilisateur qui paie pour ce « privilège ».
A l’heure où se multiplient les initiatives de réduction de la fracture numérique en matière de connaissances techniques et d’équipement matériel, tel l’ordinateur portable ? 1 €/jour du Ministère de l’Education Nationale, c’est peut-être l’indice d’une résurgence de la discrimination entre nantis et démunis numériques, sur une pure base économique cette fois. Comme au Moyen-âge, seuls ceux qui peuvent payer les octrois pourront faire circuler leurs marchandises et leurs idées entre fiefs morcelés par des alliances mouvantes.
N’attendons pas une nouvelle Renaissance : le processus de refonte des législations sur le haut débit est en cours dans la plupart des économies développées. Or, les opérateurs historiques ont ? leur disposition plus de moyens, de contacts et d’expérience, bref plus de force de frappe en matière de lobbying que les jeunes pousses rescapées de la nouvelle économie, a fortiori les plus émergents : podcasting (diffusion de contenu sur les lecteurs mp3), vlogging (blogging en vidéo)… qui sont justement ceux qui alimentent la demande du public en haut débit, mais aussi l’innovation en matière de technologies et surtout la découverte d’applications innovantes du web, y compris dans ses aspects culturels et citoyens. L’enjeu est ni plus ni moins que la poursuite du développement actuel d’Internet.
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Ils ont tué Hippocrate |
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« Celui qui maîtrise une technique est un technicien pas un samouraï » affirme le Hagakure, code des samouraïs. A l’image du Hagakure, j’estime que celui qui pratique une technique médicale est un technicien, pas un médecin. En effet, depuis 1969, l’année où j’ai quitté le PSU, je ne me reconnais qu’un seul parti : le « parti révolutionnaire hippocratique ». Le médecin est celui qui, ? mes yeux, pratique une intervention idéologique sur les hommes. Et s’il y a de la technique, la médecine est et reste surtout une manière de considérer l’homme.
En cela, elle est probablement la chose la plus anti naturelle qui soit. Pourquoi anti naturelle ? Il n’y a qu’? observer les mammifères pour voir que l’homme est différent des autres mammifères. Ainsi, quand un mammifère est âgé, malade, il est éliminé. On peut dire, d’ailleurs aujourd’hui, que les journaux cultivent, de plus en plus, le culte du mammifère. On y voit des gens jeunes, beaux, aux formes appétissantes... La maladie, la souffrance, la vieillesse n’y ont pas leur place. Or, que fait la médecine ? Que fait le médecin ? Tout le contraire, justement. Il se mettrait ? bâiller face ? celui qui lui dirait : regardez comme je suis beau, comme je suis en forme, comme je suis jeune. En revanche, ce même médecin « sauterait », littéralement, sur celui qui est cassé de partout, pas bien, pas beau, souffrant...
Il y a ainsi dans la pratique médicale deux aspects. Un aspect naturel puisque cela semble normal, quand on a mal, de trouver quelque chose qui puisse soulager. Et un autre, totalement anti naturel, si l’on se réfère ? l’histoire des mammifères. Pourtant, il ya 2500 ans, Hippocrate a cassé, d’une manière radicale, la tendance anti naturelle. Vivant sur l’île de Kos et descendant de 17 générations de médecins, Hippocrate introduit deux ruptures majeures. Il affirma, d’abord, que les maladies ne sont pas créées par les Dieux, ce qui était la croyance générale ? cette époque, mais qu’elles ont des causes. Un de ses arguments ? Chez les Scythes, l’impuissance était très répandue. Or elle touchait les riches et non les pauvres. Les riches qui, dit-il, sont ceux qui font le plus d’offrandes aux Dieux et devraient donc être protégés des maladies. Pourtant, il n’en est rien. Et ces causes sont diverses. Dès cette époque, Hippocrate cite en particulier le vent. Ce qui est une intuition très forte puisque nos sociétés modernes ont confirmé l’existence de pathologies liées ? la climatologie et ? la pollution...
La deuxième grande rupture est intoduite par le serment qui, ? mon sens, est fondateur d’un certain comportement humain. Que dit Hippocrate, il y a 2 500 ans *? Que le médecin est du côté de la vie pas de la mort. Que lorsqu’on rentre chez les gens, cela vous donne le pouvoir de savoir ce qui se passe et qu’il est interdit de se servir de ce pouvoir formidable. Que si l’on est dans un rapport de force physique vis-? -vis de quelqu’un de désirable, on n’a pas le droit d’en profiter. Et enfin, que c’est la même attitude qui doit prévaloir que ce soit pour un homme ou une femme, qu’ils soient libres ou esclaves.
La médecine, telle que Hippocrate la définit, porte en elle l’obligation de s’impliquer auprès des malades, de répondre ? leurs besoins, mais aussi de s’interdire de se servir de tous les éléments de pouvoir qui sont liés ? cette activité. Le serment est, ? cet égard, d’une radicalité absolue. Il définit les éléments fondamentaux qui déterminent l’attitude de la médecine en tant qu’activité sociale, en tant que lien entre les hommes. Or, depuis une vingtaine d’années le savoir s’est mondialisé et le mode d’exercice de la médecine s’est socialisé. Ces deux phénomènes se sont accompagnés d’une « privatisation » croissante de la recherche clinique par les laboratoires pharmaceutiques. Or, qui dit contrôle de la recherche clinique, dit domination sur l’actualisation même du savoir. Que restera-t-il, alors, du serment si les impératifs financiers de l’industrie devaient l’emporter sur ceux de santé publique ?
Une recherche clinique « privatisée »
Bien entendu, le savoir médical, au 5ème siècle avant JC, n’est pas le même qu’aujourd’hui. L’exercice médical non plus. Cependant, les principes énoncés par Hippocrate sont restés immuables et ont guidé l’exercice de la médecine jusqu’? nos jours. C’est très intéressant de signaler, ? cet égard, que dans le Droit Français, en dehors du « truisme » réaffirmant que pour être médecin il fallait avoir un diplôme en médecine, être membre du conseil de l’ordre et accoler sa plaque quelque part, il n’y avait pas un article sur la médecine. La médecine évoluait, jusqu’? peu, dans le cadre du droit commun pur. Au pénal, c’était assez facile, puisque toutes les peines sont les mêmes mais seraient aggravées dans le cadre de l’exercice médical. Au civil, n’existait que la notion de non assistance ? personne en danger. Que recouvre cette notion ? C’est l’affirmation par le Droit des trois qualités requises pour un médecin : la compétence, la disponibilité et l’indépendance. La compétence l’oblige ? maintenir son savoir au niveau le meilleur. C’est un fondement que l’on retrouve dans toutes les sociétés occidentales, même si certains, notamment de l’école libérale américaine, le regrettent. La disponibilité, quant ? elle, exprime la primauté du patient sur toute autre chose. L’indépendance, enfin, devrait être effective vis-? -vis de toute autre considération qu’elle soit de type idéologique, religieux, politique, économique... Tous ces principes définissaient, jusqu’? récemment, environ une vingtaine d’années, un cadre d’obligations extrêmement fort. Que s’est-il passé depuis ?
La médecine a connu deux phénomènes concomitants : le savoir s’est mondialisé et le mode d’exercice s’est socialisé. Cent ans auparavant, le savoir était différencié au niveau individuel comme au niveau des pays. Le docteur X traitait comme ci et le docteur Y comme ça alors que cohabitaient l’Ecole américaine, l’Ecole française, l’Ecole allemande... Aujourd’hui, rien de tel. N’existent que des sociétés européennes, des sociétés américaines ou des sociétés mondiales – ce sont souvent les sociétés américaines qui jouent ce rôle -, et, lorsqu’une nouveauté survient, des consensus s’établissent. Ces consensus sont mondiaux au sens où ils sont appliqués partout. Cela donne un savoir identique et partagé par tous.
De même, autrefois, le médecin soignait des riches qui le payaient et, en contrepartie, donnait, gratuitement, des soins aux pauvres. Un certain équilibre s’établissait ainsi. Aujourd’hui, en particulier en France, le mode d’exercice de 99,8 % des médecins est socialisé. Ce mode se retrouve dans toute l’Europe occidentale. Ce n’est pas le malade qui paye, même s’il avance des frais, mais la sécurité sociale qu’elle soit financée, selon les pays, par les cotisations ou les impôts. Le médecin apparaît ainsi comme un élément d’un système social, collectif et non individuel.
La médecine, de son côté, est liée, d’une part, ? un savoir qui est international et, de l’autre, ? un mode d’exercice socialisé. Comment se construit ce savoir ? Comment est-il transmis ? Autrement dit, quel est le mode de fonctionnement de la recherche clinique (recherche fondamentale) et de l’enseignement, en particulier post universitaire ? La recherche fondamentale est en grande partie publique. Elle est, selon les pays, plus ou moins faible. En France, elle est notoirement insuffisante en raison de financements dérisoires et de structures archaïques. Quant ? la recherche clinique, en particulier thérapeutique et pharmacologique, c’est un véritable marécage. Ainsi, dans les années 70, même aux Etats-Unis, rien ne provenait du privé.
Aujourd’hui, 70 % de la recherche thérapeutique médicale est contrôlée par les laboratoires pharmaceutiques. En France, ce pourcentage monte ? 90-95 %. Or, par nature, l’industrie pharmaceutique poursuit deux objectifs majeurs : fabriquer de nouveaux médicaments et engranger des profits. Rien de critiquable dans cela tant que ces deux objectifs « marchaient » du même pas. Ce n’est plus le cas. Les objectifs financiers et l’obligation de présenter des comptes « sexy » aux actionnaires priment, de plus en plus, sur les impératifs de santé publique. Ainsi, l’industrie pharmaceutique peut mener 25 études, en avoir 23 négatives, deux positives, et ne publier que ces deux dernières. Autre exemple, d’actualité, celui du Tamiflu, produit par les laboratoires Roche. Ce médicament est présenté par la presse comme le remède miracle en cas d’épidémie de grippe aviaire. Contrairement ? ce qu’écrivent certains, ce qui est critiquable, ce n’est pas tant le fait que le laboratoire Roche produise ce médicament, mais qu’aucun autre laboratoire n’ait investi contre la grippe. Or, on est face ? une menace de type infectieux et, vouloir la prévenir avec un seul médicament, c’est comme aller ? la guerre avec un fusil ? un coup.
Que reste-il de ce serment ?
Le savoir devient, de ce fait, déterminé et contrôlé par les grandes entreprises pharmaceutiques. La transmission du savoir, elle-même, n’échappe pas ? cette main mise. Il n’est plus possible en France de mener des recherches cliniques sans les laboratoires. Bernard Kouchner a tenté en son temps de faciliter la mise en place des PHRC (Protocoles hospitaliers de Recherche Clinique), pour desserrer l’étau de l’industrie pharmaceutique sur la recherche. Dévoyés en partie de leur but, ils ont périclité. La loi Hurriet, en instituant les CCPPRP (Comités de Protection des Personnes), a fini par tuer toute velléité de recherche en dehors des labos. En effet, en imposant toute une batterie de procédures dont la rémunération des personnes participant aux essais, cette loi interdit de fait ? toute autre personne que les labos de faire de l’investigation clinique. Tout cela au nom de la protection des personnes !
Le médecin est tenu, quant ? lui, d’offrir les meilleures prestations possibles. Ce qui passe par l’amélioration permanente du niveau du savoir de tous. En un mot, de faire de la recherche. Or, la loi pénale impose, avant la mise en place d’un protocole, de passer devant un CCPPRP. Si un médecin veut améliorer son savoir, sans passer par un CCPPRP, il est passible d’une peine. C’est le principe de culpabilité ? priori qui est ainsi posé. Conséquences ?
Il y a eu, d’un point de vue économique, transfert concret aux labos du monopole de l’investigation clinique. Pire. Elle définit, d’une certaine manière, l’activité médicale comme une activité hostile aux personnes. Or, il aurait suffi de rappeler l’obligation hippocratique et de déterminer un certain niveau de qualité. Cette évolution n’est pas neutre. Jusque l? , le médecin avait une obligation de moyens. Moyens définis, admirablement, dans le code hippocratique. Aujourd’hui, il se trouve peu ? peu devoir faire face ? une obligation de résultats.
Qu’en est-il alors de la transmission du savoir ? La loi interdit ? l’industrie pharmaceutique de donner de l’argent aux médecins, sauf pour l’organisation des congrès. Ceci a été fait, dans un souci de moralisation tout ? fait louable. Or, elle eut, et comme quoi le mieux peut être l’ennemi du bien, des effets tout ? fait dommageables. Avant la loi, les labos finançaient, en partie, les congrès et l’enseignement post universitaire. Après la loi, ils ne financent plus que les congrès. Mais ce sont de 95 ? 98 % des congrès européens qui sont passés sous leur coupe. Résultat : c’est la totalité de l’enseignement post universitaire qui est contrôlé par l’industrie. On assiste l? un transfert de pouvoir, absolument néfaste, de la collectivité vers les labos. L’argent de la sécurité sociale, produit des cotisations, est ainsi transféré ? l’industrie pharmaceutique qui contrôle, par ce biais, l’investigation clinique et la mise ? niveau des connaissances. Juge et partie, l’industrie détient l? une position hégémonique sans précédent. Cette situation de monopole ne peut que se révéler ? terme délétère pour l’ensemble des malades.
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Contre la Licence Globale |
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De qui parle-t-on ?
Des droits des artistes, auteurs, compositeurs, interprètes, musiciens, producteurs et éditeurs dans l'univers numérique.
De quoi parle-t-on ?
- Une loi de 1957 : qui protège les droits des auteurs et des compositeurs.
- Une loi de 1985 : (Loi Lang) complément qui vient créer les droits voisins (ceux des artistes interprètes et des producteurs).
L'évolution technologique rend nécessaire une adaptation de ces lois au contexte du numérique. Cette adaptation s'est réalisée en 2001 par le biais d'une directive européenne qui, pour diverses raisons politiques, n'a pas encore été transposée dans le droit français, alors qu'elle l'a été dans 23 pays sur les 25 de l'union européenne.
Du fait de ce retard, la France a été condamnée par les instances européennes, ce qui a conduit le gouvernement ? décider l'urgence de la procédure parlementaire.
Que dit la Directive ?
Elle autorise ? protéger les œuvres dans l’univers numérique par l’utilisation de mesures techniques adéquates.
Ces “mesures techniques” sont des outils communément dénommés “DRM”. Elles permettent de protéger les œuvres contre des usages non autorisés.
Ces outils peuvent être installés sur des supports physiques (DVD, CD…) pour empêcher le piratage ou sur des fichiers numériques pour permettre le commerce électronique et la répartition des droits.
Néanmoins, ces systèmes doivent permettre (comme le précise déj? la loi française) la copie ? titre privé pour un usage personnel.
Le craquage de ces outils donnent lieu ? une sanction pénale.
Transposition de la Directive dans le droit français.
La loi de transposition, telle que discutée avec les différents partenaires et présentée ? l’Assemblée, respecte les termes et l’esprit de la Directive. Le problème posé aujourd’hui vient d’amendements proposés par quelques députés, dont les plus graves concernent la “licence globale”.
Qu'est-ce que la licence globale ?
L'internaute, moyennant un supplément (modique estimé par ceux qui le proposent entre 2 et 6,90 euros) ? son abonnement, obtient le droit de télécharger (download) et de diffuser librement sur Internet (upload) de façon illimitée tout type d’œuvres, notamment les œuvres musicales, cinématographiques, littéraires, graphiques, les jeux etc…
Ce système est optionnel pour l'internaute qui choisit ou non l'option "licence globale" et donc son paiement. Son fournisseur d'accès est chargé de percevoir cette redevance et de la reverser ? une société de gestion collective qui la reverse aux sociétés de gestion collective existantes avant qu'elle ne soit enfin reversée aux ayants droit de la musique, du cinéma, des arts graphiques et littéraires etc ... Je vous rappelle qu’il y a plus de 22 sociétés de gestion des-dits droits en France, et qu’un artiste met en moyenne 18 mois pour toucher son du auprès de la SACEM !!
Les artistes se voient ainsi expropriés de leurs droits sur leurs œuvres contre une rémunération forfaitaire dérisoire, et ce au profit de la liberté de consommation des internautes.
Pourquoi la licence globale menace-t-elle la création ?
I - Une rémunération indécente des créateurs et des producteurs : un système non viable économiquement.
La rémunération générée par la licence globale ne permettra pas de continuer ? produire car elle est sans commune mesure avec l’investissement nécessaire. Un tel système tuera dans l'oeuf la prise de risque et la création.
La licence globale reprend le modèle de la licence légale qui a été conçue spécifiquement pour la radio, dans un cadre extrêmement régulé, limité et en partie promotionnel. La licence légale ne génère que des revenus "résiduels" (environ 54 M€ sur 2005, 1ère source de revenu de la SACEM, aujourd'hui).
Un tel modèle ne peut pas être appliqué ? la consommation des œuvres sur Internet qui se substitue ? la consommation des supports physiques.
Pourquoi les industries culturelles seraient-elles contraintes ? être rémunérées par un système de paiement forfaitaire alors que toute autre industrie est libre de fixer le prix de ses produits et de récolter les recettes de son travail.
L'Internet constitue le réseau d'avenir pour la diffusion et la distribution des œuvres. C’est justement pourquoi il faut lui donner un cadre légal qui permet l'expansion et la création de modèles innovants (vente en ligne, P2P monétisé…) qui, eux, maintiennent une rémunération juste et directe des artistes.
II - Le système de licence globale touche ? l'intégrité de l'œuvre.
Créateurs et producteurs perdent le pouvoir de décision quant ? la mise ? disposition ou non d'une œuvre.
La licence globale nie le droit moral des créateurs, ces derniers ne pouvant plus contrôler ni la qualité, ni le format, ni la circulation de leurs œuvres.
III - Un mécanisme irréaliste.
- Il serait impossible de répartir ce prélèvement forfaitaire entre les ayants droit compte tenu des milliards de fichiers (musiques, films, logiciels, jeux vidéos, livres, photos, …) qui seraient échangés sans limite sur les réseaux du monde entier. Comment va-t-on distinguer les fichiers échangés ? La Chine a pourtant démontrée qu’il n’était pas possible de filtrer Internet de manière viable.
- La licence globale est optionnelle : comment vérifier qu'un internaute ayant choisi de ne pas régler son abonnement "licence globale" ne téléchargera pas ? pourquoi payer une option alors que techniquement rien n’empêche de se servir en toute liberté et gratuitement ?
- Un mécanisme de licence globale serait anticonstitutionnel, contraire ? la Directive européenne et aux Traités Internationaux signés par la France en matière de protection des oeuvres littéraires et artistiques.
CONCLUSION
Ces amendements, qui assimilent le téléchargement d’une œuvre depuis Internet ? de la copie privée, autorisent “l’industrialisation” de la copie privée et la mondialisation du pillage légal.
Mais c’est surtout l’arbre qui cache la forêts des lobbys qui se battent afin de se garantir une part toujours croissante sur le dos de la création.
Les contrats d’auteurs sont totalement inadaptés ? la mondialisation découlant d’Internet et obsolète en terme des droits d’utilisation des oeuvres.
Le système de la licence globale ? la Yahoo! Music ou Napster est l’avenir dans la mesure où il est possible d’identifier ce qui est effectivement téléchargé afin d’effectuer une juste rétribution, au téléchargement près, aux véritables ayants droits. Ce qui implique de facto l’utilisation de DRM garant de la juste rétribution de l’auteur en fonction de l’utilisation faite de son oeuvre.
Il est logique et cela va dans le sens de l’évolution liée au nouvelles technologies, que tout comme je m’acquitte chaque mois d’un abonnement forfaitaire et mensuel pour mon téléphone fixe, Internet, le satellite, le câble, mon téléphone portable, mon vidéo club… Je me retrouve avec un abonnement forfaitaire et mensuel me donnant accès ? plus ou moins de contenu en fonction des offres.
L’industrie du disque et du film (ce dernier emboîtant le pas des erreurs du premier) vont devoir se comporter tel le Phénix, mourir pour mieux renaître de ses cendres !
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Le Brésil de Lula : que reste t-il de la vertu proclamée ? |
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Depuis plusieurs mois il ne se passe pas une semaine sans que remonte à la surface, à la manière des bulles nauséabondes, une immoralité de plus commise par le Parti du Président – le PT - dont le fonds de commerce qui fit élire Lula, était précisément la lutte contre la délinquance politique, courante au Brésil, comme en Amérique Latine en général, et l’auto proclamation de la vertu naturelle du Parti et de ses leaders.
A la manière de « nous sommes le gouvernement des gens honnêtes » de Pierre Mauroy en 1981. Cela est très grave pour le moral du pays car la majorité des brésiliens ne croient plus en rien, et beaucoup annoncent qu’ils n’iront plus voter.
Depuis plus de 20 ans je me rends chaque année au Brésil pendant quelques semaines et je trouve que ce pays constitue un formidable lieu d’expérimentation de conflits qui naissent de la confrontation entre une modernité qui prend place rapidement et des valeurs politico-sociales qui forment une vulgate à laquelle, au fond, personne ne croit plus. Il y a des soubresauts idéologiques, bien sûr. Lula en fut un, comme Chavez ou le sous-commandant Marcos, aujourd’hui Evo Morales en Bolivie et peut-être demain quelqu’un d’autre au Pérou : comme pour ne pas définitivement enterrer Che Guevara et Fidel Castro.
Le coup au moral que le PT et ses leaders portent à la nation est à la hauteur de la célébration de leurs vertus faite par les faiseurs d’opinion, artistes et medias en tête, lors des campagnes électorales. L’une des figures emblématiques du PT, Jose Dirceu vient d’être démis de ses mandats par la Chambre des Députés, lors d’une séance de nuit retransmise en direct à la télévision, et des artistes et non des moindres commencent à régler leurs comptes, certains comme Raimundo Fagner, reprochant à d’autres comme Chico Buarque d’avoir louangé des corrompus dont les noms fleurissent jour après jour : Delubrio Soares, Silvinho Pereira, Gilberto Carvalho, Jose Gerroino, etc. cités dans des affaires louches ou criminelles comme l’assassinat du maire (Prefeito) Celso Daniel.
S’agit t-il d’une malédiction qui frappe l’Amérique latine ?
Il y a quelques semaines lors d’une réunion interne au Club, j’avais fait référence à une technique matricielle de catégorisation des individus et de leur tempérament souvent employée par un sociologue peu connu de la fin du 19ème siècle, Edmond Demolens, qui fût l’un des fondateurs de l’Ecole des Roches. Il excelle dans la typologie des caractères et la plus célèbre de ses matrices se rapporte à l’utilisation faite par quelqu’un de son argent ou de l’argent des autres.
L’effondrement de la vertu autoproclamée du Parti des Travailleurs (PT) m’a fait souvenir d’une autre « matrice » proposée par le philosophe français Jean Baechler. Que l’on donne à lire à quelqu’un Machiavel, Hobbes et Rousseau, celui qui se sentira proche des deux premiers devrait ressentir une répulsion profonde pour le troisième et vice-versa. Les premiers regroupent, dit-il, ceux qui sont convaincus sans pouvoir le démontrer que l’homme est méchant. Inversement les seconds pensent d’une façon également irrationnelle que l’homme est bon. Une grande différence existe entre ces deux groupes : ceux qui croient que l’homme est bon pensent que si les sociétés sont imparfaites, cela ne tient pas à une malédiction naturelle (l’homme serait bon et méchant à la fois) mais à des erreurs amendables. Pour cette raison, sa marche vers l’idéal passe par deux étapes insupportables : isoler et, s’il le faut, anéantir ceux que l’on considère comme la source du mal projeté sur certains hommes et groupes : l’impérialiste, les juifs, les riches, les communistes, les américains, le clergé, la démocratie, etc. ; puis mettre en place une répression constante pour éviter les résurgences inévitables du mal. Ainsi quiconque ne reconnaît pas la dualité irréductible de la nature humaine (bien et mal inextricablement mêlés) sera acculé à une forme ou à une autre de tyrannie pesante ou légère soit à une corruption généralisée.
La grandeur d’un système politique moderne vient du fait qu’il a su rompre avec le mécanisme de la projection du mal sur l’autre et que pour la résolution de ses problèmes de société, il admette que les sources du bien et du mal sont non seulement dans l’homme mais dans chaque homme, y compris dans son sein.
De la situation politique au Brésil, on peut donc tirer la leçon que, si le bon et le mauvais cohabitent inévitablement chez chacun, y compris chez Lula, il paraît judicieux de se méfier des hommes politiques dont le programme se garantit vertueux. Il faut se méfier encore plus – mais cela concerne toute l’Amérique latine – de ceux qui ont recours ? ce que l’on pourrait appeler le mécanisme psychologique de la projection de l’échec ou du malheur sur l’étranger, l’ennemi extérieur qui est tellement plus malin que nous qu’il sera vainqueur à tous les coups – sauf à … voici le programme prévu, toujours régressif ou répressif. Y a-t-il donc une malédiction qui frapperait l’Amérique latine à cet égard ?
Plusieurs de mes amis sud américains pensent que le mal profond et peut-être irréparable qui a été fait à la mosaïque d’états souverains mais fragiles qui forment le continent vient de l’adhésion enthousiaste – à l’exception notable de celle de Bolivar – des hommes d’état sud américains de l’époque à la doctrine Monroe qui proclama en 1823, « L’Amérique aux Américains ».
Ce ralliement enthousiaste aurait couvert en réalité une démission et un lâche soulagement : celui de se mettre sous le protectorat nord américain, pour éviter le risque - l’aventure napoléonienne passée - du retour de l’interventionnisme des puissances européennes. D’où l’oubli de l’effort que doit faire toute société qui aspire à survivre, cette absence de politique extérieure sérieuse, cet infantilisme des projets politiques qui caractérisent encore la plupart des pays américano-latins.
Le ressentiment profond d’avoir historiquement perdu son âme lors d’un lâche compromis alimente en continu le mécanisme de projection vers l’extérieur des tares intérieures ; avec un premier lieu, s’il y a échec, c’est connu, c’est à la méchanceté des Etat-Unis qu’on doit l’imputer. A décharge, le difficile et principal problème sérieux de ces pays est celui de la cohésion nationale et d’un sentiment d’appartenance à une communauté difficile à faire exister. Jusqu’ici il n’a été trouvé comme recette que les mouvements de foule du type Nuremberg ou Woodstock, que constituent les meetings de Castro ou de Chavez, en prenant soin pour pouvoir communier dans l’hostilité, de se ménager un ennemi extérieur permanent : les Etats-Unis.
Si cela marche encore pour se faire élire, c’est notoirement insuffisant pour conduire un pays vers le développement qu’il mérite. Même si l’itinéraire Allende-Pinochet n’est plus aujourd’hui imaginable, il y a des sentiers vers le gâchis, que les sud-américains feraient mieux d’éviter ou qui au minimum requiert leur vigilance. Une fois encore le Brésil, et même si son cas est très différent, montre malgré son énorme potentiel et sa vitalité incomparable, qu’il est très difficile d’échapper aux pesanteurs historiques.
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Le Vidéolivre... |
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Peu de temps après avoir perdu l'habitude d'échanger par l' oralité , l'humain a découvert l'échange et le dialogue par l'écrit.
Il y a encore peu de temps, la communication électronique a été rendue possible entre les personnes par le support d'Internet au travers de la messagerie et du forum. L? encore il s'agissait d'échanger des documents (textes ou images).
Nous voici entrés sur le chemin de la communication "vivante", de l'échange d'images animées !
Nous sommes donc pratiquement arrivés dans l'époque que nous avait prédite un très grand romancier de science-fiction et qui avait écrit :
" A cette époque, le vidéolivre avait remplacé le livre..."
L'arrivée du Vblog ( pour vidéoblog ) nous montre que nous en sommes bien sur le chemin.
Pour en savoir plus :
http://france.vlog-videoblog.com/index.php/Un-vlog-c-est-quoi
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La France face à son histoire |
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En ces temps de mémoire troublée, un membre du Club des Vigilants, rapelle que l'histoire des nations ne se limite pas à une face noire. Une face lumineuse existe aussi. Il est bon, estime-t-il, de le rappeler. Vous trouverez ci-après son témoignage.
Notre pays a toujours eu beaucoup de difficultés, du moins depuis la Révolution, à se regarder en face. L'évocation de la guerre d'Algérie en est une démonstration flagrante. Récemment la démonstration en fut poussée jusqu'à l'absurde lorsque nous assistâmes à l'écriture de l'Histoire par voie législative. La célébration d'Austerlitz fut pratiquement occultée alors que les Britanniques venaient de célébrer Trafalgar avec faste (avec la participation du Charles de Gaulle…). On nous explique maintenant que nous devons avoir honte de Napoléon, l'esclavagiste, honte de notre politique coloniale, honte de notre passé.
Le politique a en France des relations tendues avec le passé historique même récent. Distorsion, omissions et oublis y sont règle courante.
Une illustration en fut donnée lors des cérémonies, grandioses, de commémoration du 60eme anniversaire du Débarquement en Normandie. et j'y fus d'autant plus sensible que je suis normand, ai connu (bien que très jeune) les bombardements qui précédèrent le Débarquement et suis familier de la Scandinavie.
Quel contraste en effet, le 6 juin 2004, entre Arromanches et Ouistreham !
A Arromanches, après la fort belle cérémonie qui réunissait 17 chefs d'Etats, plus d'un millier de vétérans britanniques, couverts de médailles, bombaient le torse pour défiler impeccablement devant leur souveraine, majestueuse et émue.
Dans le même temps, ? quelques kilomètres d'Arromanches, le Président français s'entretenait familièrement sur la plage de Ouistreham avec la douzaine de survivants du commando Kieffer après avoir inauguré le monument rappelant l’action d’éclat de ces hommes.
Hommage était enfin rendu aux seuls 177 participants français au Débarquement qui s'illustrèrent ? Sword Beach en s'emparant des points fortifiés du littoral, en particulier le casino de Ouistreham.
Pendant soixante ans la République ignora ces soldats français qui, seuls au sein de l’armada anglo-américaine, affirmèrent une présence française lors de la libération du territoire national.
Seuls les habitants de la région de Ouistreham, les visiteurs du musée du pont de Bénouville (" Pegasus Bridge ") et les spectateurs du film "Le jour le plus long " connaissaient le nom de Philippe Kieffer et de son commando dont les survivants durent attendre plus d’un demi-siècle pour recevoir de la République française ne serait-ce qu’une médaille de reconnaissance.
La seule faute de ces hommes fut d’avoir débarqué en Normandie au sein d’une unité britannique. Le commando crée par le commandant Kieffer avait, pour des raisons pratiques, été rattaché ? la Première Brigade Spéciale de Lord Lovat qui deviendra célèbre pour avoir avancé au combat le 6 juin en chandail blanc, accompagné par son joueur de cornemuse s'époumonant sous la mitraille. Quant aux hommes de Kieffer ils avaient troqué leurs casques lourds britanniques pour les bérets verts des commandos.
Aux yeux du général de Gaulle, dont les rapports avec Churchill étaient pour le moins difficiles ( une série télévisée récente l'a remarquablement montré), avoir combattu au sein d'une unité britannique constituait en soi une raison suffisante d’oubli qui fut par la suite perpétué par tous les gouvernements français successifs. Les membres du commando Kieffer en furent les premières victimes, ignorés par la Nation.
Lors de cette journée du 6 juin 2004, hommage fut rendu par le Président français, pour la première fois, aux souffrances subies par les populations civiles de Basse-Normandie qui en juin 1944 endurèrent ce qu’aujourd’hui on qualifie pudiquement de " dommages collatéraux ". Les frappes dites chirurgicales n’existaient pas alors et seuls les tapis de bombes pouvaient neutraliser les moyens ennemis tout en broyant les civils encore présents.
A aucun moment lors de ces journées de commémoration, dans aucun media, ne furent évoqués les événements qui, quatre ans avant le Débarquement, dans la période la plus noire de l’histoire de la France, conduisirent ? la seule victoire de l’armée française contre les nazis : la prise de Narvik. Même la remarquable série télévisée "De Nuremberg ? Nuremberg" n'y fait qu'une très brève allusion alors qu'il s'agit d'une page de gloire de l'armée française. On nous dit que la France d'aujourd'hui déprime, en partie par nostalgie de sa grandeur disparue mais rien n'est fait pour rappeler les pages de gloire.
Fin 1939 Winston Churchill, alors Premier Lord de l’Amirauté britannique, avait eu l’idée géniale en concertation avec certains éléments de l'état-major français, de couper la " route du fer" pour bloquer les avancées de Hitler,. L’Allemagne importait alors 90% de la production de minerai de fer de la mine de Kiruna en Laponie suédoise via le port norvégien de Narvik, ? 200 kilomètres au nord du Cercle polaire. Ce minerai était transformé dans les aciéries de la Ruhr en bon acier pour canons, chars, sous-marins et autres moyens de guerre. Le Premier ministre britannique, Chamberlain, était contre ce plan alors que Daladier, Président du Conseil français le soutenait.
En février 1940 le Conseil Supérieur Interallié autorisa une intervention en Finlande qui était attaquée par l'Union Soviétique alors alliée de l'Allemagne. Toutefois le 13 mars 1940 la guerre finno-soviétique était terminée et la nouvelle tâche fixée au corps expéditionnaire fut le contrôle de Narvik conformément au plan initial de Churchill.
Le 9 avril l'Allemagne envahit la Norvège. Le 14 avril le corps expéditionnaire anglo-français auquel se sont joint des troupes polonaises et norvégiennes commence ? débarquer prés de Narvik et au centre de la Norvège.
Les troupes françaises sont constituées par la Iere division de Chasseurs (qui comprend une unité de la Légion étrangère) commandée par le Général Béthouart, responsable de la phase terrestre de l'opération alliée.
L'approche de Narvik est difficile tant ? cause du terrain montagneux enneigé que de la résistance allemande. Des batailles navales violentes opposent la Royal Navy (accompagnée de quelques bâtiments français dont le contre torpilleur Bison qui sera coulé) ? la marine allemande dans le fjord de Narvik dont aujourd'hui encore les eaux claires ne peuvent cacher les épaves des navires envoyés par le fond.
Finalement le 27 mai ? minuit la Légion étrangère part ? l'assaut de Narvik fortement défendue. Arrivés aux premières maisons, les légionnaires, grands seigneurs, laissent passer devant eux leurs collègues norvégiens, ? la stupéfaction des britanniques. Le 28 mai ? 22 heures Narvik est tombée et les Allemands fuient vers la frontière suédoise qui n'est qu'? quelques dizaines de kilomètres. La Légion peut entreprendre la destruction de ce qu'il reste des installations portuaires au terminus de la ligne de chemin de fer qui amène le minerai de fer de Kiruna.
Malheureusement la campagne de France tourne ? la déroute. Le jour même de la prise de Narvik les forces belges se rendent et les Britanniques commencent le rembarquement de Dunkerque. Devenu Premier Ministre, Churchill avait déclaré le 13 mai : "je n'ai ? offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur".
Alors que les troupes allemandes qui défendaient Narvik détruisent leur matériel avant de passer en Suède (où elles seraient immédiatement internées), le Corps expéditionnaire allié reçoit le 31 mai 1940 l'ordre d'abandonner Narvik et de rembarquer. Le 8 juin plus aucune troupe alliée n'est sur le sol norvégien. Les Allemands, sidérés, reviennent dans Narvik devenue une ville fantôme. Ils n'y rencontrent que des mannequins armés de fusils de bois que les Légionnaires ont laissé derrière eux dans une dernière moquerie tragique.
Les Français prendront la direction de Brest d'où ils étaient venus.
Bientôt la France sera le seul pays envahi ? signer un armistice avec les nazis, ce que les Britanniques et les Américains ne lui pardonneront jamais. Le général Béthouart sera envoyé par Vichy servir au Maroc sous les ordres du général Juin, avant de rejoindre en 1942 les Forces Françaises Libres. Le général de Gaulle s'enfermera dans une politique quasiment anti-anglo-saxonne. L'expédition de Norvège avait été une opération franco-britannique. L? encore tous les gouvernements français "oublièrent".
De cette épopée extraordinaire au-del? du cercle polaire ne reste qu'un petit cimetière où reposent quelques soldats et marins français. Leurs tombes dominent le fjord de Narvik au milieu du silence du Grand Nord illuminé l'hiver par le feu d'artifice des aurores boréales.
Ironie de l'Histoire : la ligne de chemin de fer suédo-norvégienne, par laquelle transite toujours le minerai de fer de Kiruna, est désormais exploitée par la société Connex, filiale du groupe français Veolia. La Suède, paradis socialiste, a, sans état d'âme, concédé l'exploitation d'une ligne de chemin de fer hautement stratégique ? une société privée étrangère…Cela nous ramène aux débats franco-français d'aujourd'hui mais c'est une autre histoire.
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Luc Ferry : L'invité du mois de janvier 2006 |
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Ancien ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche, Luc Ferry interviendra, vendredi 20 janvier sur le thème : "L’éducation rêvée".
Luc ferry, philosophe, n’a pas été seulement ministre. Il a été professeur et a vécu les problèmes de l’éducation ? tous les niveaux. A ce titre, il nous dira ce dont il rêve pour les jeunes de demain et comment, ? son avis, les obstacles peuvent être surmontés.
Double agrégé de philosophie et de sciences politiques, Luc Ferry, 54 ans, est un spécialiste de Kant. Sa carrière d’intellectuel et d’enseignant l’a amené ? occuper des postes en vue. A la tête du Conseil national des programmes (CNP) de 1994 ? 2002, M. Ferry a piloté la refonte et l’écriture des programmes, de la maternelle au brevet. Il a esquissé, ? cette occasion, les contours de ce que devra être la "culture générale" de l’honnête homme du 21ème siècle. En 1997, il participe ? la "Commission pour la réforme de la justice" installée par Jacques Chirac sous la présidence du premier Président de la cour de cassation de l’époque Pierre Truche. En 2002, il est nommé ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement Raffarin, poste qu’il occupa jusqu’en 2004.
Luc Ferry a écrit une série impressionnante d’essais. L’un des plus connus, écrit en collaboration avec Alian Renaut en 1985, fut "La Pensée 68. Essai sur l'antihumanisme contemporain". Il y remet en cause la pensée de la génération des Foucault ou Bourdieu. Suivirent de nombreux autres dont en 1992 "Le Nouvel ordre écologique, l'arbre, l'animal et l'homme", prix Médicis essai, en 2000 "Qu'est-ce que l'homme ?", en collaboration avec Jean-Didier Vincent ou encore en 2005 "Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties".
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Le marché de l’émotion |
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Le Pakistan n’est pas « sexy ». L’image que les Occidentaux s’en font est celle d’un pays crasseux où la misère s’étale, où l’islamisme radical fleurit, où les services secrets vendent des secrets atomiques. Qui pâtit de cette image ? Pas Musharaf et ses ministres qui, géopolitique oblige, sont soutenus par les Américains.
Les perdants sont les 3 millions de sans abri et les dizaines de milliers de blessés sur le point de mourir de faim, de froid et d’absence de soins après les tremblements de terre dans les montagnes du Cachemire. Ces malheureux n’ont pas vraiment ému nos opinions publiques. Et nos gouvernements, toujours ? la remorque des émotions télévisuelles, se contentent d’accomplir un service minimum. Comment s’étonner, après cela, que Ben Laden fasse des recrues.
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Fini l' ANPE ? Vive l' ANSE ! |
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Ayant passé la majeure partie de mon activité professionnelle dans le service aux entreprises au sein d'une grande SSII, j'ai souvent eu l'impression que le" business model" de ce secteur avait quelque chose de nouveau, voire en anticipation des besoins futurs de nos sociétés post-industrielles.
En effet, il permet aux entreprises de répartir leur risque d'emploi par l'appel ? des compétences particulières voire ? des équipes de professionnels qui prennent en charge tout ou partie d'un projet voire d'une fonction d'entreprise. Cela n'a rien ? voir avec de l'intérim, car les salariés des entreprises de service sont des salariés ? temps complet, qui ont des contrats ? durée indéterminée( CDI ) et souvent pendant de nombreuses années au sein de l'entreprise de service. Leur employeur est donc bien la société de service. Le client de la société devient leur client personnel pour la mission qu'ils ont ? assurer. Les collaborateurs changent d'environnement, de clients, régulièrement en tenant compte des souhaits exprimés et des contraintes réelles observées. Ils sont formés de manière complémentaire par la société de service pour être en mesure de s'adapter ? l'évolution rapide des besoins des entreprises, ils commencent par une phase d'apprentissage auprès de collaborateurs plus anciens et plus expérimentés. Chaque collaborateur, en début de mission chez un client, est assisté voire "coaché" par un manager qui a pour objectif de l'aider ? prendre rapidement en charge et seul toute la mesure du poste prévu.
Que se passe-t-il lorsque la mission se termine ?
Soit le "manager" qui suit leur mission régulièrement a prévu de leur procurer une autre mission qui est immédiatement et directement en rapport avec leurs capacités et leurs savoir-faire. Soit, si un période dite d'inter chantier ou d'inter contrat s'annonce, leur manager se sent personnellement et financièrement responsable de leur trouver un nouveau "job".
Si l'évolution du marché ou de la conjoncture ne permet pas de trouver rapidement un contrat adéquat, la personne n'est évidemment pas licenciée. Elle continue ? être payée et ? être employée par la société de service : Rupture de contrat ne signifie donc pas chômage !
En fonction des prévisions de charge et de l'évolution de la demande des entreprises clientes, le collaborateur concerné est injecté dans un processus interne de formation plus ou moins lourd. Pendant ce temps, son manager est payé pour lui trouver un "job" qui tienne compte non seulement de son passé mais aussi de sa capacité personnelle. C'est lui qui se porte personnellement garant de la qualité du collaborateur qu'il détache donc de la société de service vers l'entreprise cliente ; collaborateur qu'il doit donc "supporter" et qu'il doit remplacer dans le cas où une difficulté, technique ou comportementale par exemple, pourrait rendre la mission impossible !
Tout ceci est-il financé dans le modèle ? Oui. Tous les risques normaux et prévisibles, y compris le chômage technique qu'est l'inter chantier sont provisionnés dans les prix de vente. Donc, le prix de la prestation assurée par un collaborateur auprès de l'entreprise client est nettement supérieur au salaire de la personne qui l'assure, bien entendu. Le prix du service n'a qu'un lointain rapport avec la fiche de paie du salarié. C'est donc en fait le "client entreprise" lui-même qui finance la totalité du service qu'il reçoit et non pas la collectivité nationale ou celle des autres entreprises. Dans le cas où la mission comprend de plus un engagement de résultat, la prime de risque pour la société de service, associée ? cette contrainte supplémentaire, majore encore le prix de vente.
Le système est donc économiquement bien équilibré et le chômage technique qui est nécessairement lié ? la variabilité de l'activité économique n'existe donc pas. En fait, il est rémunéré par un péréquation au sein du fond de roulement dégagé par la facturation des services.
M'est ainsi venue l'idée que ce même modèle, qui a semble-t-il bien fonctionné en France puisque, uniquement dans le secteur de l'informatique, il concerne plusieurs centaines de milliers de personnes, pourrait être étendu ? d'autres secteurs de services. Certes cela existe pour certains, mais pas pour la majeure partie car l'intérim en a pris la place et ne correspond pas toujours ? la même finalité et le processus n'est pas le même.
On peut donc faire appel ? l'initiative privée pour faire de nouvelles sociétés de services en tous genres mais hélas, tous les secteurs économiques ne sont pas aussi dynamiques et demandeurs de ressources humaines.
Alors pourquoi ne pas étudier l'intérêt de transformer notre vénérable ANPE en une ANSE ?
La différence étant qu'au lieu d'agir en "placier" pur et simple et comme simple agent de transaction, de broker, sur le marché du travail, elle pourrait alors "salarier tous les chômeurs de France", leur donner un statut avec une convention collective ad hoc et proposer ? toutes nos belles entreprises de France, de Navarre et d'ailleurs, des prestations de service sous forme de contrat de détachement analogue.
Comme le prix facturé des personnes en recherche d'emploi serait nettement supérieur au salaire que la personne gagnerait, l'entreprise cliente, aurait, souvent intérêt ? embaucher en CDI pour le long terme ledit "chômeur salarié" sauf, si elle pense que le jeu économique n'en vaut pas la chandelle. Financièrement, pour le salarié, les choses seraient au pire transparentes financièrement, au mieux momentanément avantageuses.
On voit quelles seraient les charges d'une telle ANSE. Les salaires ? temps complet des chômeurs, leurs charges sociales de salariés, les coûts direct des formations et, bien sûr, les charges fixes dites de structure telles que le personnel de l'Agence (managers et administratifs, formateurs, ..) et les coûts de fonctionnement immobilier, de bureaux et d'informatique.
Du côté des recettes, l'Agence pourrait disposer de la facturation de ses services aux entreprises ( voire au particuliers ) et de l'équivalent des paiements de droits d'ASSEDIC qui ne seraient donc plus versés directement aux personnes mais directement ? l'ANSE de laquelle ils deviendraient automatiquement salariés ? temps complets. Mais des salariés "encadrés" par des responsables de l'ANSE et non plus des "électrons libres" en désérance promis ? toutes les tentations "malsaines".
Un des avantages de cette solution pour le chômeur et non des moindres serait qu'il ne serait plus seul pour trouver son "job" et "se vendre" mais il aurait un "commercial" de l'ANSE, rémunéré sur objectifs pour défendre son dossier auprès de l'entreprise cliente de l'Agence.
On serait certains, de cette manière, que le coût du chômage serait objectivé, rationalisé, contrôlé, et piloté et que les clients de l'ANSE paieraient un prix complet et réel du travail fourni…
Autre avantage non négligeable : ce " business model ", celui "business du retour ? l'emploi" pourrait rapidement dégager une certaine marge bénéficiaire. Le but de l'Agence publique ne serait pas de rémunérer des actionnaires privés indépendants mais plutôt les contribuables et les entreprises elles-mêmes qui participeraient ? son financement, au travers des cotisations sociales abondant le budget de l'Agence.
Il serait alors possible de rêver : on pourrait avec l'excédent dégagé par ce modèle entrer dans un cercle vertueux et, enfin, diminuer les charges sociales qui pèsent sur les entreprises et, peut-être aussi, les impôts !
Au-del? du rêve, il y a les réalités. Il ne s'agit pas d'être naïf au point d'en ignorer tous les obstacles.
Encore faudrait-il en discuter…
Pour information : Le texte ci-dessus est paru dans le journal LES ECHOS en rubrique IDEES le 29 décembre 2005. Il est possible de le voir ICI
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Patriotisme(s) économiques(s) |
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Le gouvernement anglais est-il économiquement moins « patriote » que le gouvernement français ? On peut le croire puisque, les unes après les autres, les grandes entreprises britanniques sont absorbées par des entreprises étrangères sans que Tony Blair s’en offusque. Etrange contraste avec l’émoi suscité en France par la simple rumeur d’une OPA sur Danone dont les yaourts faisaient alors quasiment figure de matériel stratégique. Y a-t-il de la naïveté de la part des Anglais et du cocorico de la part des Français ?
Pas seulement car, en caricaturant ? peine, on peut soutenir que les situations sont très différentes. En France, on craint que, compte tenu des impôts, des charges et des lourdeurs administratives, une mainmise étrangère finisse par se traduire par des délocalisations non seulement de telle ou telle usine mais même, in fine, du siège social et des centres de recherche. En Angleterre, de telles craintes sont peu répandues et l’opinion prévaut que les entreprises étrangères apportent du savoir-faire qui, tous comptes faits, enrichit le pays. Vivement que l’Europe harmonise les points de vue. Vivement qu’elle permette de faire le tri entre les bons et les mauvais aspects de la mondialisation.
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