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Illusions sur la chaîne d’Information Internationale |
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La composition du capital, comme la répartition du pouvoir au sein du Conseil de surveillance de la Chaîne d’Information Internationale (CII) sont discutées au plus haut niveau de l’Etat. Pourtant elles ne sont pas, et de loin, les question essentielles que posent cette chaîne. L’ensemble l’audiovisuel français souffre d’un sous financement qui est, désormais, reconnu par tous.
Si le Président de la République estime que la création de cette chaîne d’information est prioritaire, pourquoi créer une nouvelle chaîne, alors qu’existent déj? deux chaînes publiques internationales, Euronews et TV5 ? La première a le format idéal, tout en image, pour être diffusée dans toutes les langues (il n’y a que le commentaire et les sous-titres ? adapter) partout dans le monde. La seconde véhicule, en plus de l’information, des contenus diversifiés (fictions, documentaires, magazines, etc.) produits dans la francophonie. Une fraction du budget prévu par la CII aurait pu améliorer sensiblement les performances et la pénétration de ces deux chaînes.
Or, l’une et l’autre sont dirigées par des équipes françaises, sont installées et fabriquées en France, et, de ce fait, véhiculent un point de vue français, ce qui est justement l’objectif proclamé de la CII. Certes : ni l’une ni l’autre, de par leur format même, ne peut être instantanément sur le coup ? chaque événement qui a lieu dans le monde. Mais, face ? BBC world version anglaise et version arabe, face ? CNN ou même Al-Jazirah, que pourra faire la CII avec son budget ? Rappelons que l’on propose au Parlement de voter 60 millions E, auxquels s’ajouteront éventuellement les 30 millions E votés par le budget précédent et non utilisés.
Pourtant les professionnels de l’information télévisuels estiment que le budget minimum pour une chaîne de cette nature est 100 millions E. Un chiffre ? comparer aux 500 millions de BBC world et aux 360 millions E dégagés pour la nouvelle chaîne de BBC World en arabe. Les Britanniques savent que, pour avoir une chance d’être regardée, une chaîne « étrangère » doit avoir un correspondant et des images dans les minutes qui suivent n’importe quel événement qui se passe sur la planète. Donc un réseau de journalistes et de techniciens très coûteux ? entretenir, bien au-del? des moyens prévus pour la CII. Si le volume de notre fiction est le tiers de celui du Royaume-Uni, les moyens de la CII seront le sixième de ceux de BBC World. Qui donc aura le réflexe de regarder la CII ?
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Prisons fourre-tout |
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Envoyer en prison des brûleurs de voitures est une solution de facilité. Ces « racailles » rencontreront d’autres racailles et sortiront endurcis. Mais que faire ? La société a non seulement le droit mais le devoir de se défendre et les « peines de substitution » apparaissent comme insuffisamment dissuasives. Le fait même que l’on parle de peine de substitution tend ? accréditer l’idée que la sanction normale est la prison, tout le reste n’étant que substitut, c’est-? -dire succédané.
D’où la nécessité de passer des parlotes aux actes et de se donner enfin les moyens de mettre en œuvre des peines de réparation qui soient des vraies peines, ? l’exécution effective et contrôlée. Pour mieux se protéger, la société a intérêt ? promouvoir des sanctions différenciées minimisant les risques de récidive. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, il s’agit de sortir de l’uniformité, de préférer le sur mesure ? la confection.
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L’auto-régulation : un impératif pour la société |
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Une société qui ne sait plus s'auto-réguler est sujette ? catastrophes. Dans la note de synthèse de la recherche de terrain de L'Ami Public sur la "société rêvée" (juillet 2005), disponible dans la rubrique « A retenir », il était écrit dans le constat 6 : "Il y a si peu de feed-backs entre la société des gens et celle de la politique professionnelle qu'elles ne se régulent pas mutuellement... Le décalage béant entre les gens et la scène politique officielle et médiatique induit une situation préchaotique, c'est-? -dire une situation désordonnée et instable qui peut prendre soudainement et catastrophiquement des formes inattendues."
Les émeutes de banlieue viennent de nous en apporter un bel exemple. Elles ont pris une forme assez nouvelle et typique de la société moderne en réseaux. Ce n'est pas une organisation centrale ou un leader qui déclenche ou orchestre une révolte. Il s'agit d'une forme beaucoup plus moderne, une auto-organisation spontanée qui, comme en Irak, se développe en résille. La réaction en chaîne est bien visible. Les téléphones mobiles facilitent la communication entre les participants et les télévisons organisent (sans le vouloir) l'émulation entre les bandes de jeunes territorialisées. Les processus pathologiques de rejet qui, ? moins qu'on les contrecarre, se développent spontanément dans une société en réseaux peuvent dépasser des seuils au del? desquels des explosions deviennent possibles.
En bons vigilants ne devrions-nous pas réfléchir aux autres processus de rejet, aux autres accumulations de frustrations qui pourraient déboucher sur d'autres explosions qui pourraient prendre d'autres dimensions ?
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La e-Cité |
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La e-Cité est une toute jeune association qui a pour objet de développer le concept de "laecité".
Au même titre que la laïcité est l'acceptation de toutes les religions et la garantie de leur expression dans le cadre de la République, le concept qui sous-tend La e-Cité est celui de "laecité", son corollaire en termes ethniques, sociaux, politiques et professionnels.
Pourquoi baser exclusivement ses activité sur l'Internet ? Justement parce que ce moyen de communication permet de gommer les différences. Sur l'Internet nous ne sommes ni blancs ni noirs, ni riches ni pauvres, ni élus ni citoyens : nous sommes des internautes. En ce sens La e-Cité n'a pas de frontières, ses statuts, ses quartiers n'imposent aucune limitation géographique. La e-Cité est locale, régionale, nationale et aussi supra-nationale. Il n'en tiendra qu'? ses membres de lui donner la dimension qu'elle doit atteindre.
Sa limite est l'humanité, sa philosophie l'humanisme, son actualité c'est qu'elle vient tout juste de naître. Le passeport laecitéen est ouvert ? toutes les bonnes volontés.
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E-mergences, La fabrique du futur |
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E-Mergences est spécialisée en prospective, innovation, et conception responsables. Sa vocation est :
- D'être un "Exploratoire" du futur qui détecte les signaux faibles et les grandes tendances de fond.
- De traduire ces signes avant-coureurs en pistes réalistes d'innovation.
- D'inventer les produits et services de demain.
- D'aider les entreprises ? intégrer efficacement ces axes nouveaux dans le management et la stratégie de développement.
E-Mergences est également un portail interactif en libre accès proposant des ressources sur les thèmes de la prospective, de l'innovation, de la conception. Chacun peut y gérer son propre espace grâce ? des fonctions de personnalisation.
L'interactivité du portail permet de participer ? des forums, de proposer ses propres contributions et d'évaluer celles déj? en ligne.
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L'Ami Public |
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L’Ami Public a la vocation de rapprocher
le citoyen ordinaire de la chose publique et politique.
A la fois catalyseur d’initiatives émanant de la base et force de propositions, l’Ami Public veut peser sur le débat public et œuvre pour que ses propositions soient reprises et surtout appliquées par les responsables de la Cité.
La réforme profonde de l’Etat dont est porteur l’Ami Public se situe dans une démarche humaniste et démocratique, où l’action est constamment sous-tendue par le courage.
Des rencontres-débat sont régulièrement organisées par les réseaux régionaux de l’Ami Public sur des thèmes d’actualité.
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A partir de Juillet 2006, je vole de Londres |
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Le Président Chirac persiste et signe. A compter de Juillet prochain, une taxe de €40 sera prélevée sur tous les vols
Internationaux en classe affaires. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour prévoir les conséquences d'une telle mesure: favoriser Londres, au détriment de Paris, et BA ou Cathay, aux dépens d'Air France.
Au moment où notre compagnie dite nationale annonce des résultats convenables pour avoir « hedge » (pris des positions ? long terme) le fuel et le dollar ? des niveaux raisonnables.
Pathétique!
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Si les CRS avaient une autre tête... |
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Les incendies étant provisoirement éteints, ne laissons pas le débat retomber...
Je lisais, hier, dans la presse que le Président de la République était intéressé par la suggestion faite par Claude Bébéar et l'Institut Montaigne, ? savoir le CV anonyme. Bonne nouvelle !
Je pense en effet pour ma part qu'il est important que la première sélection de candidats ? un emploi se fasse de manière objective, sans être faussée par des considérations d'origine, de race ou de religion telles qu'elles peuvent être induites d'une identité ou, j'ajouterais, d'une adresse...
Ensuite, le processus suivra son cours, mais ? moins d'être un raciste/xénophobe patenté, il est plus difficile d'écarter le bon candidat lorsqu'on l'a effectivement rencontré en tant qu'individu.
Je pense en effet que nous avons une chance réelle de commencer ? traiter sur le long terme le problème que nous avons ignoré collectivement pendant des décennies.
Première étape, quantifions et de ce point de vue, refuser au nom des sombres jours de Vichy, de recenser de manière suffisamment précise, mais non discriminatoire l'origine des salariés d'une entreprise me paraît être une erreur.
Ainsi lorsque je me définis aux Etats Unis comme "white male caucasian" ou "African- American female" ? des fins statistiques, je couche sur le papier un fait d'evidence que mon apparence confirme chaque jour et en rien ne rétablis un signe d'opprobre tel que la sinistre étoile jaune.
En outre, le pays qui a institué la parité hommes/femmes sur les listes de candidats aux élections devrait accepter sans problème des mesures dites de discrimination positive destinées a équilibrer les emplois de manière qu'ils reflètent plus ou moins l'image d'une société devenue diverse et non plus culturellement et religieusement homogène.
Alors, gageons que sur le long terme les comportements seront susceptibles de changer, et viendra peut être un temps où les contrôles d'identité répétés sur certaines catégories de personnes seront faits par des représentants de la loi présentant les mêmes caractéristiques physiques.
L'expérience montre que la tension baissa dans certains quartiers chauds aux Etats Unis lorsque des policiers de couleur remplacèrent des Irlandais ou Italiens.. Pour remédier ? un problème, qui peut contester qu'il faut d'abord le quantifier ?
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Du virtuel pour un développement bien réel |
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Dans les couches pauvres des pays du tiers-monde, comme dans les populations du quart-monde des pays développés, le modèle économique imposé ? l’individu est de type médiéval. En effet, faute d’authentification légitime et donc de crédit (au sens étymologique), les individus concernés sont exclus du système bancaire : aucun tiers de confiance ne certifie leur solvabilité et celle de leurs interlocuteurs. Toute transaction financière les impliquant est donc nécessairement limitée au liquide, voire au troc. Or, la globalisation foudroyante des moyens de communication a généré ? l’échelle de la planète une conscience, une audience, des attentes et des besoins nouveaux, ce qui exacerbe le sentiment de frustration, voire d’humiliation délibérée de la part du système occidental et de ceux qui en bénéficient.
De plus, tout revenu excédant la couverture des besoins de survie immédiate se heurte au problème du stockage : sans possibilité d’épargne fiduciaire, on en est réduit, littéralement, ? enterrer sa cassette, dans la crainte, bien réelle dans ces contextes, des pillards. Au risque de vol, s'en ajoutent d'autres : chute de la valeur du peu que l'on accumulé, suite ? une décision politique de dévaluation, risque de destruction sous l'effet d'une catastrophe naturelle, incapacité ? donner la preuve légale de la propriété de cet argent... Aucun investissement, aucune capacité ? encaisser un coup du sort ou protéger ses proches, aucune transmission du patrimoine ne sont, dans ces conditions, sérieusement envisageables. La tentation est alors forte de se placer sous l’égide d’un suzerain féodal, notamment idéologique ou religieux, qui, lui, garantit ? l’individu et aux siens cette authentification (en sus du prestige, de divers avantages matériels et du bien-être psychologique), leur donnant sécurité, sérénité et légitimité. C’est l’un des mécanismes mis en jeu historiquement dans les phénomènes d’organisation mafieuse chez les immigrants aux Etats-Unis de l’entre-deux guerres, dans les mouvements révolutionnaires communistes ou islamiques et, plus récemment, dans l’hyper-terrorisme suicidaire.
Le volet économique du clivage riches/ pauvres repose donc en partie sur une inégalité structurelle vis-? -vis de la sécurité des transactions. Caricaturalement, le « pauvre » est réputé insolvable a priori, ce qui le met ? l’écart des mécanismes de crédit de nature, justement, ? pérenniser sa solvabilité, ne serait-ce que par effet de levier ; de plus, rien ne le garantit contre les escroqueries ou défauts de paiement de ses partenaires. Pourquoi ferait-il confiance ? des partenaires qui sont dans la même situation que lui ? Cela favorise donc, même au cas où ses ressources atteindraient les seuils qui lui permettent d’y prétendre, son exclusion des voies de développement culturel, éducatif et citoyen (ou socio-politique).
Or, pour reprendre une phrase récente de Bill Gates, « banking is essential ; bankers are not. » De ce fait, tout organisme qui se dote des outils technologiques appropriés et qui bénéficie d’ores et déj? d’un crédit de confiance auprès d’une communauté peut se poser en tiers de confiance pour cette communauté vis-? -vis du reste du monde. Ce n’est ni une question de fonds propres, ni une question de réseau de distribution : ? ce jour, l’entité qui certifie le plus de transactions par jour aux Etats-Unis est eBay… Qui pourrait endosser ce rôle dans les pays du Tiers Monde ? Les acteurs les mieux placés pour mettre en œuvre ce type de dispositif et jouer le rôle de tiers de confiance sont les diffuseurs de média. En effet, vus de leur public, ils sont des vecteurs incomparables d’informations, de divertissement, presque des complices. Ne négligeons pas non plus le fait que le public est en très grande majorité féminin (le modèle traditionnel laissant les femmes au domicile pendant que les hommes travaillent) et que les femmes sont un bon vecteur de modification progressive des mentalités, notamment en matière de gestion.
Il est, aujourd’hui, techniquement tout ? fait simple de mettre en place des agences bancaires virtuelles. Une telle agence est ouverte ? n’importe quelle heure, accessible de n’importe où, sur n’importe quel terminal raccordé ? Internet, même si l’utilisateur n’en est pas propriétaire, exactement comme tout le monde sait téléphoner d’une cabine publique (rappelons que le taux d’équipement du tiers-monde en téléphones mobiles est très élevé et que les cyber-cafés n’y désemplissent pas). Chaque client peut s’y abonner en ligne en répondant ? des questions. Il va ainsi obtenir une identité numérique sécurisée et peut gérer son compte ? tout moment depuis n’importe quel endroit. Il pourra y placer ses économies sur un compte rémunéré, en achetant des cartes prépayées émises par la banque virtuelle, ? l’instar des cartes permettant de créditer les comptes de téléphone mobile. Il aura la possibilité, par la suite, de payer des biens et services directement depuis le compte, de donner des instructions de transfert de fonds ou de délivrer des mandats. Il pourra ainsi s’abonner ? des contenus média ou ? des services utilitaires (eau, énergie, télécommunications), s’assurer, négocier des micro-crédits… sans aucun transfert physique de fonds susceptibles d’être pillés.
La clé est de savoir attribuer une identité virtuelle unique et infalsifiable ? chaque citoyen, et de disposer d’une architecture de services indépendante des performances des machines et des logiciels utilisés et dont l’utilisation n'exige aucune compétence technique ou informatique significative (de même que l’usage du courant électrique ne nécessite aucun savoir-faire si ce n’est comprendre dans quel sens le bouton allume ou éteint la lumière). Un exemple est l’architecture TAPP proposée par Online & Groupware sur le site www.gotapp.com. En outre une telle identité virtuelle unique permet de dupliquer virtuellement la structure analogique d'une ville : dans le monde réel, toute personne qui emménage quelque part acquiert de fait une adresse postale immédiatement opérationnelle, l'accès ? divers réseaux utilitaires, des droits et devoirs civiques locaux, etc. Ceci ne nécessite ni démarche ni connaissances techniques. On peut de la sorte proposer aux pays en développement qui n'ont pas encore d'infrastructure réelle, une infrastructure virtuelle bien conçue sur laquelle le réel ? venir se calquera.
On offrira ainsi ? tout citoyen planétaire un lieu virtuel qui sera son foyer et sa propriété inaliénable (sauf ? titre de sanction s’il viole les règles communes), caractérisé par cette adresse, cette identité virtuelle, où d’autres peuvent le trouver (tous mes correspondants peuvent me joindre sur mon mobile sans savoir où je suis physiquement). Il y stocke ses contenus, ses finances, sa vie, de façon sécurisée et confidentielle, organisée ? son gré, et y donne accès aux membres de son réseau personnel informel. Ces populations auront ainsi, ? égalité avec n’importe quel autre être humain, accès au système financier, ? l’information et ? la dignité. A condition bien sûr qu’elles soient ? la hauteur de la terrible responsabilité d’être libre.
On n’est pas loin des « smart mobs » chers ? Howard Rheingold…
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L’Evangile selon Chavez |
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Ne nous moquons pas trop vite d’Hugo Chavez. C’est un incorrigible bavard capable de parler pendant des heures sans interruption et d’accumuler les gaffes. Mais il est sincère, adoré par tous les pauvres du Venezuela et persuadé que l’argent du pétrole peut lui permettre d’instaurer un socialisme d’inspiration chrétienne. Selon ce catholique convaincu, Jésus Christ a été le premier socialiste et son enseignement tient beaucoup mieux la route que celui de Karl Marx. Chavez est l’ami de Castro, pas son disciple.
Son expérience est sans précédent. Elle n’a rien de comparable, par exemple, avec celle de Tito qui, dans les années 50, essaya sans succès de fonder l’économie yougoslave sur la cogestion. Rien de comparable non plus avec la malheureuse tentative d’Allende qui voulait introduire de la justice sociale dans le capitalisme chilien. A l’époque d’Allende, au début des années 70, le cours du cuivre était au plus bas et les Etats-Unis n’ont eu aucun mal ? armer le bras de Pinochet pour donner le coup de grâce ? une économie exsangue. Par contraste, le Venezuela d’aujourd’hui regorge de dollars car son pétrole vaut cher. Chavez peut donc se payer le luxe de recycler les bénéfices pour promouvoir l’économie de ses rêves. Le gouvernement américain le considère comme un ennemi dangereux mais les compagnies pétrolières installées au Venezuela (Chevron, Exxon Mobil, Conoco Phillips, etc.) incitent ? le ménager pour préserver leurs contrats. Du coup, les subventions pleuvent sur les coopératives et les banques (qui font l’essentiel de leurs profits en marge du commerce pétrolier) peuvent se permettre de consacrer un tiers de leurs prêts ? des projets dans l’agriculture, la construction, le tourisme, le micro crédit et les petites start-up.
Il n’est pas du tout évident que ces jeunes pousses se révèleront rentables et tiendront le coup dans une économie concurrentielle. Si Chavez est obligé de se réfugier dans le protectionnisme, son expérience ne pourra être un modèle pour l’Amérique latine. Si, au contraire, le « social christianique » débouche sur un vrai développement, le retentissement sera énorme. Il serait bon que des Vigilants aillent voir sur place.
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L’intégration en question |
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Le vote aux élections locales des étrangers résidant en France est un éternel serpent de mer. Depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, en 1981, il revient, ? intervalle régulier, sur le devant de la scène. Récemment, c’est le Ministre de l’intérieur, par ailleurs président du parti de la majorité, qui l’a remis sur la table. Il s’est déclaré favorable au vote des étrangers non communautaires après dix ans de résidence.
Tollé général, en particulier ? droite, la plupart refusant de dissocier l’exercice de la citoyenneté et la nationalité. Certains vont jusqu’? déceler dans la démarche d’acquisition de la nationalité française une volonté d’intégration. Cet argument aurait été recevable si tous les étrangers étaient égaux devant le processus de naturalisation. Or, dans les faits, et c’est l’INSEE qui le souligne, la procédure obéit ? une logique de main d’œuvre. La naturalisation est octroyée, plus facilement, aux diplômés de l’enseignement supérieur, aux cadres et professions intermédiaires qu’aux ouvriers et non qualifiés qui constituent la majeure partie des populations étrangères. D’où vient, alors, le refus d’intégration ?
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Pour un brassage d’adolescents |
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En supprimant le service militaire sans instituer un minimum de service civil, la France s’est privée d’un indispensable outil d’intégration. Chirac récupère le vocable mais ne propose qu’un accompagnement pour jeunes en quête de formation. Tout reste ? faire en matière de brassage et, comme les révoltés ont très souvent moins de 18 ans, mieux vaudrait tendre ? faciliter un brassage d’adolescents.
Trois semaines ou un mois de vacances scolaires pourrait, pendant deux ou trois ans d’affilée, représenter une formule d’autant plus adéquate qu’elle assurerait un suivi personnalisé. Les ministres de la Cohésion sociale, de la Défense, de l’Education nationale et de la Jeunesse et des Sports seraient certainement capables de concevoir et d’organiser une sorte de récréation instructive et dynamique. Bernard Kouchner pourrait les y aider.
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L’Empire contre attaque |
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Dans le premier numéro de sa nouvelle formule, le 08 novembre 2005, « Le Monde » a publié un article écrit par Ivan Krastev, un politologue bulgare. Intitulé "les néoconservateurs de Poutine", cet article, qui est disponible sur le site du Monde, mérite d’être lu intégralement. Voici, en attendant, un extrait concernant l’Ukraine et la nouvelle Europe :
« La révolution orange en Ukraine a constitué une sorte de 11 septembre pour la Russie. Elle a révolutionné sa façon de penser la politique étrangère. Jusque l? , la Russie avait tendance ? considérer l’U.E comme un concurrent bienveillant et un allié stratégique désireux de voir émerger un monde multipolaire. Dans la réalité « post-orange », l’U.E est devenue son principal rival. Ce brusque revirement est aisé ? expliquer : l’U.E est la seule grande puissance dont les frontières ne soient pas figées. Plus important encore, l’U.E, auparavant considérée par Moscou comme un instrument de politique étrangère de Paris et Berlin – et donc comme un obstacle ? la présence hégémonique des Etats-Unis sur le continent – est ? présent vu comme un instrument au service des ambitions de Washington et de Varsovie ».
Ivan Krastev en déduit que Poutine essayera de marginaliser la nouvelle Europe en privilégiant les relations bilatérales avec Paris, Berlin, Londres, etc. Surtout, il cherchera ? peser sur le cours de la politique des anciennes républiques soviétiques, tout particulièrement de l’Ukraine. Pour cela, il se servira de l’arme pétro gazière et s’efforcera de mobiliser les populations russes des différents pays. Rappelons que 20 % des Ukrainiens sont russes et que 60 % des habitants de la Crimée sont russophones. Comme nous l’écrivions dans Vigilances 28 (décembre 2004): « Ce serait une illusion de croire que l’Ukraine pourrait rejoindre l’Union Européenne en faisant un pied de nez ? la Russie Il ne pourra y avoir de solution durable que si l’Ukraine sert de pont. Faute de pont, il y aura des murs, des sécessions, des conflits ».
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Vers la société rêvée |
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L’Ami Public est parti d’une ébauche de diagnostic sur l’état des gens et de la société en France qu’il nous paraissait nécessaire de creuser pour alimenter la créativité et la pertinence de quelques groupes de réflexion et d’expérimentation qui proposeraient des actions. Vous trouverez ci-après une synthèse d'un rapport disponible sur le site de l’Ami Public.
Le propos et la méthode
La première phase de notre plan qui vient de se terminer est une recherche ethno-sociologique de terrain centrée sur le vécu d’une population française moderne.
- Population française, parce que la France est le pays où nous opérons. Mais aussi parce que la France est probablement, parmi les pays très développés, l’un de ceux où le divorce est le plus radical entre, d’un côté, une population fortement marquée par le changement socio-culturel des cinquante dernières années et, de l’autre, des élites et des institutions particulièrement figées. Mais nous conservons l’hypothèse que les sociétés rêvées par les populations de la plupart des pays d’Europe ont de nombreux points communs. Il faudra les identifier. Nous tenterons donc de susciter des travaux analogues ailleurs en Europe.
- Population moderne, parce que c’est l? que se cernent et se comprennent le mieux les transformations des gens et de la société des gens au cours des dernières décennies. Mais, nous sommes conscients qu’il faudra conduire d’autres terrains dans des populations plus traditionnelles ou moins embarquées dans la modernité.
21 entretiens étaient de bonne qualité et ont pu être exploités. Cet échantillon n’est évidemment pas représentatif. Mais il englobe une large variété de situations sociales et de types de personnalités. En dépit de cette diversité, l’image qu’il nous donne du vécu de la vie de ces gens, du tissu social dans lequel ils bricolent leur insertion, de leurs façons d’être ou de ne pas être citoyens, de leurs relations au politique et finalement de la société dans laquelle ils se sentiraient bien et qui leur semblerait avoir du sens est, en dépit des variations individuelles, extrêmement cohérente. Et elle débouche sur des pistes stratégiques.
Quelques parcours, quelques voix parmi d’autres
Arnaud, avait sans doute démarré dans la vie sur une ligne conformiste mais il évolue progressivement en épanouissant sa personne, en pénétrant dans son intimité, en portant progressivement plus d’attention ? celle des autres qu’? leur opinion sur lui-même.
C’est un bel homme de 53 ans, ostéopathe ? Paris et peintre amateur. Il a choisi ce métier sous l’influence d’une combinaison de goûts personnels et d’une image conventionnelle de la réussite bourgeoise. Mais il a déj? beaucoup changé. Ecoutons le : « Le moment de bonheur le plus fort ces derniers temps c’est mon exposition. C’est la première foi que je me suis mis en danger face ? tous ces gens qui disaient qu’ils aimaient ce que je fais. A partir du moment où ils ont mis la main ? la poche – j’ai vendu 18 tableaux – j’ai su que c’était vrai. Ca me conforte dans l’idée que ma production artistique, je peux oser la montrer, la partager… Quand je peins, je ne suis pas stressé, je n’ai pas peur de l’échec. Je sais maintenant que je peux rester dans cette sérénité, que c’est une bonne voie pour moi et que je peux continuer. Peindre m’amène la paix. Je suis en quête de paix… Je vis très bien, y compris ? Paris. J’évite les endroits qui polluent, par exemple les embouteillages. Je circule en 2 roues. Et j’évite les gens qui polluent : j’ai fait une sélection, j’ai moins d’amis. Je ne me conforme plus ? la politesse, aux règles qui voudraient que l’on se voie par convenance. Mais ceux que je voie sont des gens avec lesquels je suis en accord. Je suis de plus en plus intransigeant… et mon épouse va dans le même sens. » Il semble étonné de la force du constat qu’il vient de formuler, cherche une explication qui porte la marque d’un travail d’introspection : « Ca doit aller avec le fait de « grandir » et de « lâcher ». On apprend ? prendre de la distance avec les obligations, les traditions, les préjugés bourgeois, les règles d’éducation qui imposent de se forcer…. Aller trouver ce qu’il y a de bon chez les gens, ne pas s’encombrer. J’avais un ami, mais au fil du temps je me suis rendu compte qu’il ne laisse pas de place ? l’autre s’il exprime un avis différent. J’ai cessé de le voir, et pour moi ce qui est nouveau c’est de m’être affranchi des règles de politesse sans me sentir malheureux de le laisser. …Je ne fais plus d’efforts…J’ai l’impression de changer de niveau de conscience progressivement…. Je rencontre des gens que je ne connais pas (dans son exercice professionnel), je leur apporte du confort et de la santé. Je me rends mieux compte qu’avant, en conscience, de ce que je leur apporte et de ce qu’ils m’apportent. Dans la relation, j’ai fait un progrès important : je me suis rendu compte de l’importance de ne pas attendre de l’autre qu’il te donne quelque chose que tu attends. Mon travail, je l’aime plus qu’avant. J’ai moins de doutes, ma technique de thérapie manuelle et ma réceptivité s’améliorent chaque jour, j’ai confiance en moi. »
Jacqueline, 29 ans, urbaniste, avait eu des engagements partisans mais a été déçue et s’en est éloignée. Elle tâtonne. « Depuis mon retour du Mali, j’ai essayé ? nouveau de m’investir dans quelque chose, mais je n’ai pas trouvé d’endroit qui corresponde ? ce que je recherche….L’été dernier par exemple, j’ai participé au rassemblement altermondialiste dans le Larzac. Je trouve qu’il y avait des trucs très bien mais aussi des trucs pas bien. Je trouve que souvent les structures ou les associations sont trop manichéennes, elles simplifient trop les choses.» Elle prend du recul : « les choses ont du sens quand j’échange vraiment avec les gens, quand il y a un vrai contact, quand j’aide les gens individuellement Par exemple ? l’automne dernier, j’ai aidé un ami malien qui s’était cassé la jambe ? venir se faire opérer en France. Ca a été super. Je me suis sentie beaucoup plus vivante d’avoir fait ça.»
Joëlle, 27 ans, actuellement eu chômage, cherche sa voie. Travaillant dans une association, elle a été très heureuse de participer ? une action collective. Dans ce combat, « j’ai eu le sentiment d’être dans la dynamique des choses ». L’organisation d’un concert en faveur du commerce équitable lui procure la même impression de sens. Et elle nous dit : « Des amis ? moi ont créé leur association. Ils font ce qu’ils ont envie de faire. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui se posent des questions, qui s’engagent, qu’il y a un contexte d’effervescence sociale, de prise de conscience qui arrive. Ca donne envie de participer ? une société dans laquelle on peut trouver une place, même en ayant un parcours un peu différent et sans devenir paria ».
Solange est en train de bricoler sa voie de vie au sein d’une société suffisamment ouverte. A 27 ans, elle a fait des études supérieures (ScPo, DESS). Elle a été trois ans hôtesse de l’air sur long courrier. Elle a travaillé dans l’humanitaire et l’associatif. Elle a pris du recul : « …prendre du recul une fois de temps en temps mais régulièrement…. Se détacher un peu de tout le quotidien qui nous bouffe et réfléchir sur ce qu’il y a derrière de plus large, de plus important, de plus grand. …se concentrer sur ce qui est positif ». Elle a compris qu’elle veut se centrer ? la fois sur la construction de ses micro-bonheurs personnels et sur l’épanouissement des gens, de l’espèce et de la planète. Pour ce faire elle va se trouver un job qui lui laissera beaucoup de temps pour se consacrer aux activités caritatives et civiques qui lui tiennent ? cœur.
Marc, 24 ans, se retire de la société ambiante et de la politique qui lui parait dépourvue de sens. Il ne trouve son bonheur que dans son quotidien proche : avec ses copains, avec sa copine, dans l’exercice de son métier de cuisinier et dans la musique techno. Mais il est tenté d’intervenir. « On vit dans l’indifférence. Il y a des gens qui meurent de faim et tout le monde s’en fout… Et partout il y a des guerres comme ça… Moi je suis choqué par ça….Et j’ai l’impression de pas avoir le pouvoir de faire des choses d’où je suis. Je peux voter, c’est tout… Je suis pas dans une assoc’, j’ai pas le temps. Si j’avais le temps, je sais pas si je le ferais. Par exemple, j’irais pas ? la ligue contre le cancer : je vois pas en quoi je serais utile. Je ferais plutôt des trucs pour la réinsertion des gens dans les prisons, où j’irais apprendre mon métier ? des gens des quartiers. Je voudrais pouvoir voir que je fais directement quelque chose, voir l’impact. »
La prise de conscience de sa voie est parfois brutale. Par exemple, Katya, 38 ans, informaticienne, évoque sa mutation sur un ton épique : « un moment très fort d’introspection où je suis devenue consciente de ce que j’étais, de ce que je voulais, de comment organiser ma vie. A 30 ans, j’ai fait un virage, j’ai tout envoyé bouler : parents, mari. L’année de mes trente ans a été révolutionnaire. J’ai pris conscience que je n’étais pas la personne qu’on avait voulu me faire croire. Cela maturait depuis deux ans… Cela m’a amenée ? l’action et ? de grandes avancées professionnelles. C’était un bonheur intense : me sentir bien avec moi-même…. Le moment où cela sort est l’aboutissement d’une maturation, c’est l’alliance d’échanges avec d’autres et d’un processus intime. Tous ces moments sont extrêmement intenses, j’avait mal au ventre tout le temps…. J’avait l’impression de faire d’énormes pas en avant, de voir la vie s’ouvrir devant moi, de voir s’ouvrir des murailles alors qu’avant tout avait l’air bouché. » Et, plus tard dans l’entretien, elle raconte : « Un jour j’ai pris la voiture et je me suis perdue dans Paris sans paniquer. J’ai fait la preuve que je pouvais retrouver mon chemin sans avoir peur. J’ai su ? partir de ce jour que mes limites pouvaient être dépassées. Et j’ai décidé que c’était moi et moi seule qui fixerai mes limites. »
Danièle se sent enfermée dans la condition de mère célibataire au budget serré et au travail dépourvu de sens. Très jolie jeune femme de 40 ans, divorcée, en charge d’une fille de 10 ans et sans compagnon. Titulaire d’une maîtrise de lettres, elle n’est que supervendeuse dans un commerce de haut luxe et considère ce job comme très éloigné de ses ambitions et dépourvu de sens. Elle voudrait pouvoir piloter sa vie. « L’idéal, c’est de se sentir avancer, d’avoir des projets, de les mener ? bien. » Mais elle se sent complètement prisonnière de sa situation de jeune femme divorcée avec enfant et peu argentée ; elle en est profondément frustrée et stressée. Elle analyse (rationalise) sa situation :
- avec un enfant ? charge, elle ne peut pas prendre le risque de quitter son job et de tenter l’aventure. Elle ne peut pas non plus profiter d’opportunités de changement qu’offre son employeur et qui l’intéresseraient. « commercial, je ne peux pas compte tenu de ma situation familiale. Divorcée avec un enfant, je ne peux pas me permettre de partir trois jours sur les routes pour faire le tour de la France. Même si ce type de job m’aurait intéressée. C’est ma fille que j’ai privilégiée depuis le départ… »
- son niveau de vie est un peu étriqué.
- la pression temporelle sur sa vie quotidienne est très forte. « travail,…m’occuper de ma fille, les baby sitters coûtent cher et sont difficiles ? trouver ».
- le manque de temps et d’argent ne lui permettent pas de nourrir autant qu’elle le voudrait son réseau d’amis ce qui ne lui facilite pas les rencontres qui lui permettraient de trouver ? refaire couple.
La condition de mère célibataire ? revenus modestes reste certainement difficile ? vivre dans la société française d’aujourd’hui et peut provoquer d’intenses frustrations...
L’interview de Danièle illustre un autre blocage de l’ajustement personne/société : elle est introvertie, réservée. « Je ne vais peut-être pas assez vers les gens… C’est ce que dit Maman. Dés que quelqu’un s’approche de trop près, je fais marche arrière. Et Internet, ce n’est pas formidable. J’ai une copine qui a eu toutes les peines du monde ? se débarrasser d’un type. Elle a du changer son adresse mail. ».
La personnalité de cette jeune femme semble rendre les choses encore plus difficiles pour elle. Elle ne sait pas très bien s’ajuster opportunément aux autres, faire réseau, tirer parti des ouvertures. Son parcours éducatif ne l’a pas dotée d’un radar social performant ni peut-être de la flexibilité qu’exige la société moderne. Comme beaucoup d’autres dans la France d’aujourd’hui, elle est aidée par des médicaments de type prozac, mais insuffisamment. Elle aurait été sans doute psychologiquement mieux adaptée ? la société d’avant, moins complexe, plus stable, aux parcours et aux rôles plus clairement définis.
Observations pour agir
Constat 1 : Emergence d’une société radicalement nouvelle
L’histoire de la vie des gens que nous avons interviewés et leur vécu quotidien de leurs relations aux autres, ? la société, au travail, ? la politique dessinent les traits d’une société intensément vivante et assez épanouissante mais très différente de l’image d’une société « normale » que la plupart d’entre nous conservent en tête. Mais une société qui n’a pas encore trouvé toutes ses bonnes formes ni ses équilibres et qui, notamment, est en divorce profond avec ceux qui pensent la gouverner et qui, du coup, n’est pas gouvernée.
L’ébauche d’analyse de la physiologie de cette société ? laquelle aboutit l’enquête devrait permettre d’imaginer des actions facilitant un accouchement harmonieux.
Constat 2 : En cherchant ? piloter leur vie chacun ? sa façon, les gens font émerger une société hypercomplexe et vivante.
L’essentiel, pour chacun de nos interviewés est de parvenir ? se faire ou ? préserver une vie qui lui convient. Concernant la conduite de leur vie, la plupart ne savent pas clairement où ils vont et ne planifient pas. Ils sentent venir les opportunités et les menaces, cherchent ? tirer parti des premières et ? éviter ou ? transformer les secondes. Ils ne se sentent ni soumis ? des fatalités ni tout puissants. Ils ne sont pas centrés sur soi ni sur les autres/la société mais sur l’ajustement entre soi et les autres/la société.
Tous nos interlocuteurs travaillent ? la fois sur eux-mêmes et sur la société. Celle-ci est suffisamment floue et malléable pour accueillir certaines de leurs initiatives ; ils la transforment ne serait-ce que très localement. Mais parfois elles résiste avec suffisamment de force pour que ce soit ? eux de s’adapter.
La société ? l’émergence de laquelle participent nos interlocuteurs est ainsi tissée d’interdépendances qui nourrissent des auto-organisations c’est-? -dire des prises de vie et des autorégulations. Il en résulte une société extrêmement complexe, de plain-pied, qui a une vie propre et résiste aux commandements qui viennent d’en haut.
Dans une telle société, ceux qui (puissants en perte de pouvoir ou citoyens soucieux d’intérêt général) veulent orienter, accompagner ou infléchir le changement ont moins de chances d’y parvenir par autorité, en forçant les choses, et plus en épousant les dynamiques du vivant. Pour ce faire, ils doivent apprendre ? penser système et ? percevoir le sous-jacent. Il va falloir comprendre comment aider, dans la France et l’Europe d’aujourd’hui, des dirigeants politiques et économiques, pétris de paradigmes mécanistes, simplificateurs et juridiques ? vivre un tel changement de mentalité.
Constat 3 : Le bonheur des gens et leur capacité personnelle de s’ajuster constituent le carburant primordial de la société moderne.
L’un et l’autre y naissent principalement de relations affectives chaleureuses ; dans la vie quotidienne en ce qui concerne le bonheur et dans le parcours éducatif en ce qui concerne la formation de la personnalité.
Pour que cette société se régule harmonieusement et épanouisse sa vitalité, il semble nécessaire que la plupart de ses membres y trouvent suffisamment de bonheur personnel. Nos interviewés ont compris qu’il est vain de poursuivre le Grand Bonheur (grand amour, grand soir, grand destin) mais qu’ils ont besoin d’une accumulation de petits bonheurs quotidiens, de tendresse, de bien-êtres physiques et mentaux, d’impressions même fugitives d’épanouissement et de sens. L’immense majorité d’entre eux trouvent le bonheur dans leurs relations affectives proches : couple, enfants, réseaux d’amis… La construction et l’entretien de ces relations appellent de grands soins de la part de nos interviewés qui se comportent souvent comme des expérimentateurs sociaux.
Nous avons besoin d’une politique du bonheur. Une politique qui veille ? ce que rien de majeur ne vienne empêcher nos concitoyens de se fabriquer les petits bonheurs affectifs dont ils ont besoin. Le rapport d’enquête ouvre en la matière quelques pistes.
Les personnalités flexibles et apprenantes réussissent mieux dans cette société, sont plus heureuses et contribuent plus ? son équilibre vital que les personnalités fixées.
Quelles pourraient être les modifications des parcours éducatifs qui favoriseraient le développement de personnalités apprenantes ? Et comment faire évoluer dans la même direction l’ambiance générale afin que la personnalité apprenante devienne un idéal ?
Constat 4 : Le travail apparaît ambivalent et pose problème.
Selon les cas, il contribue ? enrichir la vie ou la mine. Le travail est une composante importante de la voie de vie de nos interlocuteurs. La plupart d’entre eux s’investissent dans la construction ou la modulation d’un travail qui convienne ? leur personnalité et ? leur itinéraire de vie, qui, ? la fois, les enrichisse et soit marqué par leur personnalité ou qui, pour le moins, n’empiète pas trop sur leur vie personnelle. Ce faisant, ils inventent ou diffusent de nouvelles formes de travail. Si le travail ne convient pas, s’il est contraint, déshumanisant, ce qui n’est pas rare, il peut faire bifurquer la vie dans une direction profondément dépressive ou radicalement contestataire.
En beaucoup de ses secteurs notre société a besoin de refaçonner son offre de travail pour l’adapter ? des personnels qui deviennent des vraies personnes attachées ? se construire une vie qui leur convienne. Et pour que la plupart des entreprises et des administrations contribuent ? l’équilibre et ? la vitalité de la société. Comment s’y prendre ?
Constat 5 : Cette société est vivante. Comme tous les vivants, elle est sujette ? des maladies, des accidents, des blocages et des déchirures, en bref ? des pathologies variées
L’enquête en ébauche le répertoire :fonctionnement des couples et des foyers, parcours éducatif des jeunes, insertion des esseulés, vie au travail, processus de rejet et d’auto-organisation de ghettos, chômage désinsérant, accumulation de stress insurmontables, dépressions, etc.
Le malheur des autres (non seulement les proches mais « les humains comme nous ») et les drames sociaux font souffrir viscéralement. Dans certaines situations, les modernes éprouvent le besoin de prendre soin des autres. Un tiers de nos interviewés sont des sortes d’entrepreneurs civiques qui se lancent spontanément dans des interventions curatives ou préventives. Leurs initiatives en se combinant donnent naissance ? une sorte de système immunitaire ou réparateur qui porte remède ? une partie des pathologies. Mais, peu aidés voire entravés par les institutions et les bureaucraties en place, leur action reste insuffisante.
Pour trouver son équilibre et entretenir sa santé et sa vitalité, la société moderne doit trouver les moyens :
- de faciliter la tâche des entrepreneurs civiques et
- d’installer une gouvernance participative qui soit plus thérapeutique que technocratique ou partisane. Une gouvernance qui, notamment, soit capable de détecter précocement les processus destructeurs du bonheur des gens et leur fasse la chasse.
Nos observations peuvent aider ? préciser les contours et le contenu de telles actions.
Constat 6 : Rejet de la politique politicienne. La démocratie représentative a perdu une grande partie de sa signification.
Ce rejet est explicite et affirmé avec force par la plupart de nos interlocuteurs. Il englobe souvent l’action des gouvernements et des partis et parfois celle des syndicats. Il concerne aussi les médias et notamment l’information télévisée.
La droite et la gauche sont vécues par nos interlocuteurs comme des cultures floues, parfois complémentaires, plutôt que comme des camps opposés. Ceci les met en décalage flagrant par rapport ? la classe politique.
Presque tous ceux qui se sentent de droite ou de gauche ont un pied dans l’autre camp. On est ? droite mais on n’aime pas les partis de droite. On est ? gauche mais on n’aime pas les partis de gauche. Et, surtout, on n’aime pas qu’il y ait des camps plus centrés sur la guerre qu’ils se font que sur la résolution des problèmes.
Il apparaît ainsi que la presque totalité de nos interlocuteurs ne parvient pas ? se rattacher ? une organisation politique ayant pignon sur rue et ne se reconnaît ni dans le jeu des partis politiques ni dans l’action de ses « représentants » ou des gouvernements au pouvoir. Il y a si peu de feed-backs entre la société des gens et celle de la politique professionnelle qu’ils ne se régulent pas mutuellement.
Le décalage béant entre les gens et la scène politique officielle et médiatisée induit une situation préchaotique, c’est-? -dire une situation désordonnée et instable qui peut prendre soudainement et catastrophiquement des formes inattendues.
Un gouvernement semblant émaner de la classe politique est mal placé pour demander des réformes douloureuses.
Que serait un gouvernement qui ne semblerait pas émaner de la classe politique et incarnerait l’intérêt général ? Que serait une politique qui se mettrait ? la hauteur des gens ?
Constat 7 : Une citoyenneté radicalement nouvelle.
Presque tous nos interlocuteurs placent leurs investissements affectifs les plus forts dans leurs relations proches. Mais beaucoup sont également impliqués dans des préoccupations et des connexions qui les relient ? la grande société et contribuent ? sa construction et ? son fonctionnement. Il s’agit sans doute bien d’une citoyenneté mais très différente de celle qui a dominé aux siècles précédents.
Elle a plusieurs aspects :
1. La relation minimale ? la globalité passe parfois par une communion physique et mentale avec la Nature et le grand Tout.. La fusion du corps et du mental avec la nature et le cosmos est un des chemins de connexion au méga. Il ne coupe pas du micro et ouvre diverses voies de spiritualité.:
2. Certains ont conscience qu’en développant et en enrichissant leur personne, leurs réseaux affectifs et leur cheminement de vie, ils contribuent ? l’émergence d’une société meilleure. Il y a chez eux le sentiment que tout se tient. Il y a aussi, très précisément, l’idée que nous retrouverons chez les « entrepreneurs civiques » qu’en traitant les cellules de base dans leur vie la plus concrète et la plus quotidienne on a peut-être l’action constructive et réparatrice la plus efficace. Ils se sentent des « fourmis » qui contribuent ? l’édification de la fourmilière et ? l’intensité de sa vie.:
3. L’enquête éclaire l’émergence et la nature d’une citoyenneté nouvelle très active dont le monde politique est coupé. Une citoyenneté participative, moins nationale que micro-locale ou planétaire. Une citoyenneté presque corporelle qui s’enracine dans la vie personnelle de chacun et dont chacun peut toucher du doigt les effets. Une citoyenneté motivée par l’envie viscérale de prendre soin des gens, de réparer les déchirures de la société et d’enrichir sa vitalité. Sept de nos interlocuteurs tout en étant très centrés sur le développement de leur personne, de leurs microsociosystèmes et de leur trajectoire de vie, développent une activité citoyenne ? leur façon. Elle est dans le prolongement de leur vie personnelle et contribue ? leur bonheur et ? leur épanouissement. Cette activité jaillit d’eux-mêmes ; ce sont de vrais entrepreneurs civiques.:
Les itinéraires des différents entrepreneurs civiques ont de nombreuses parentés qui nous aident ? mieux comprendre les citoyennetés émergentes. Ils critiquent la société régnante : non inclusive, trop compétitive, inégalitaire, autoritaire, contraignante, polluante, destructrice de la planète, court-termiste, perméable aux communautarismes, productrice d’effets pervers, politisée, etc. Ils ont l’intuition des dynamiques qu’ils tentent d’accompagner ou de dévier.
Ils cherchent ? agir sur le proche, le concret et tiennent ? pouvoir toucher du doigt les effets de leurs actions. Chacun décide du moment et de la nature de son action. Il se méfie d’être embarqué au del? de ce qu’il veut et sent. Ils craignent la politisation. Enfin, ils recherchent les alliances et évitent les conflits.
Les actions des uns s’enchaînent ? celles des autres. Mais ces systèmes ne sont encore qu’embryonnaires.
On voit que les différents aspects de cette citoyenneté nouvelle rattachent nos interlocuteurs moins ? la France, ? ses débats politiques et ? ses lois et plus au local, ? la société des gens, ? la vitalité de la socio-économie, au monde, ? l’ONU, ? l’esprit…
Comment nourrir ce mouvement ? Comment faciliter le tissage de liens entre ses composantes ? Comment aider les entrepreneurs civiques ? irriguer les politiques, voire ? forcer leur porte ? Comment contribuer ? ce que les politiques trouvent le contact avec cette citoyenneté émergeante ? Comment faire évoluer notre démocratie de la représentation ? la participation ?
Constat 8 : Le rêve d’une autre société ne motive pas l’action collective mais pourrait le faire.
L’enquête n’a pas établi l’existence d’un rêve structuré qui aurait débouché sur un mythe moteur, l’idée d’un progrès accessible. Mais, les sentiments personnels qui jaillissent chez la plupart de nos interlocuteurs de leur vécu quotidien du sens et du non-sens se recoupent fortement, qu’ils se sentent plutôt de droite ou de gauche. Les directions dans lesquelles s’orientent les rêveries des altermondialistes ne sont pas fondamentalement différentes de celles de jeunes bourgeois ? la fois humanistes et réalistes.
La plupart des souhaits se portent vers une société laissant une plus large autonomie et de plus grandes opportunités d’épanouissement aux personnes, soucieuse de développement durable, réduisant le pouvoir des puissants mais produisant de la vitalité et faisant régner l’harmonie et la paix. Cependant, et ceci est déterminant, ce rêve paraît ? tous inaccessible car les puissants qui règnent sur le monde leur semblent avoir ni la capacité ni la volonté de le réaliser.
A quelles conditions ces souhaits vécus comme des sentiments personnels pourraient-ils devenir mobilisateurs pour un grand nombre ? Comment pourrait-on faire sentir cette communauté de rêve ? Comment faire percevoir qu’au moins une partie de ces progrès sont accessibles ? Peut-on bâtir des scénarios qui aideraient ? faire percevoir les bifurcations ? prendre et ? ne pas prendre ?
Nous envisageons d’organiser dès le mois d’octobre, au sein de L’Ami Public ou en collaboration avec des associations amies, quelques groupes de réflexion ou d’expérimentation qui chercheront ? tirer parti de ces constats.
Le rapport Vers la société rêvée est accessible sur le site de l’Ami Public.
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Islamisme et banditisme, même combat |
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Les derniers bidonvilles ont disparu dans les années 70. Celles que l’on appelle banlieues sensibles et dont on pointe l’urbanisme calamiteux, aujourd’hui, accueillaient une population diversifiée où les pères allaient au travail et les enfants ? l’école. On vivait encore les trente glorieuses et le futur était plein de promesses.
Avec le début de la crise, au milieu des années 70, les pères, non qualifiés, se retrouvent au chômage. Il leur restait cependant l’espoir que les enfants, grâce aux études, puissent s’en sortir. Las, la crise s’intensifie ? partir des années 80 et, études ou pas, les jeunes se trouvent relégués aux marges de la société. Les années 80, avec la vague de libéralisation économique et financière, accentuent, jusqu’? la caricature, le clivage entre les « in » et les « out ». L’on assista ? la montée de la génération « Yuppies » et ? la descente aux enfers de la génération « No Future ».
Depuis bientôt trente ans, les maux des banlieues n’ont fait que s’amplifier : habitat dégradé, échec scolaire, chômage, pauvreté... Désertées par ceux qui le pouvaient, elles se sont refermées comme un piège sur les populations, le plus souvent d’origine maghrébine ou africaine, les plus fragiles. La République, elle-même, a reculé et ses valeurs « liberté, égalité, fraternité » disparues. Ce fut pain bénit pour les mafias et les islamistes. Véritables ghettos, elles sont devenues, en une forme d’alliance objective, l’espace d’une économie souterraine sous la coupe de mafias diverses, mais aussi terre d | | |