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L'invité du mois d'octobre 2005 |
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Diplômé en sociologie industrielle ? la Sorbonne et du Centre de Perfectionnement aux Affaires (CPA) René-François Ripoll qui a piloté un groupe de travail du Club interviendra, mercredi 12 octobre, sur le thème : "l’islam en France".
Il rend compte, ? cette occasion, de certaines auditions et, face au développement de l’Islam fondamentaliste, propose une approche laïque de responsable d’entreprise.
René-François Ripoll a deux passions : le goût de l’étude et de la transmission et le goût de l’entreprise. La première l’a mené tout naturellement ? l’enseignement. Professeur ? l’Institut National de Formation Professionnelle, de 1968 ? 1970, il devient, ? partir de 1971, chargé de mission ? l’Agence Nationale pour l’Education Permanente. En 1978, il rejoint le Centre d’Etudes Supérieures Industrielles en tant que Directeur général adjoint puis, de 1981 ? 1985, Directeur d’Etudes Entreprises et personnel. En 1985, il est nommé directeur du CPA.
Il entame, en parallèle, une carrière universitaire qui, de 1981 ? 1985, le mène ? l’université Dauphine où il anime un cours sur "Organisations et productivité" et ? Sciences Po avec un cours sur "la gestion prévisionnelle des Ressources humaines".
Il inaugure la seconde, ? partir de 1990, en devenant Directeur général de l’Institut la Boétie, Think Tank qui rassemble industriels et grande distribution. En 1995, il devient Directeur Public & Corporate Affairs chez Nestlé et de, 1999 ? 2005, il rejoint, en tant que Directeur, le groupe Cora.
Globe-trotter, il sillonne, dans le cadre de son travail le monde : Brésil, USA, Canada, Chine, Thaïlande, Corée, Hongrie, Burkina Fasso, Maroc...
René-François Ripoll a été Rapporteur de la Commission du VIIè Plan Emploi Formation.
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Management-Spectacle |
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Je ne sais pas pour vous, mais moi, la couverture médiatique de la succession de Jean-Marc Espalioux ? la tête d'Accor m'a mis mal ? l'aise.
Comme tout le monde, et notamment l'intéressé, j'ai appris la nouvelle par les journaux, en l'occurrence Le Fig Eco et les Echos. Les deux articles se ressemblaient d'ailleurs. On y annonçait une pré-sélection de 8 candidats, tous issus du Gotha patronal ? forte visibilité: Germond, Pélisson, Giscard ... On se demande ce que Christian Streiff venait faire dans cette liste, si ce n'est rajouter le piment du déj? éconduit. En définitive tout cela ressemblait beaucoup ? la lecture estivale d'un autre grand quotidien, l'Equipe, au moment du Mercato d'inter-saison de foot. On fait des gros titres, de grosses annonces, des unes sur le transfert de Untel ou de Telautre. Ca fait partie du jeu, puisque celui-ci est un spectacle, et que le journal susnommé en tire la matière de ses articles.
Mais l? , on ne parle pas de la même chose. Nous ne sommes pas (nous ne devrions pas être) au spectacle. Nous parlons de la Présidence de l'une des plus belles entreprises françaises, porteuse de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, en France et ? travers le monde. Cela se prête mal aux effets de manchette et au tintamarre journalistique. Et cela réveille en moi ce sentiment indicible, mais que semble éprouver un nombre croissant de cadres dirigeants ou supérieurs, d'une caste de plus en plus éloignée de grands patrons médiatiques, véritables acteurs du show-biz, qui tournent de Présidences en Présidences, organisent leur show personnel et leur visibilité dans les médias, interagissent avec ces derniers dans un complexe jeu de renvois d'ascenseur et de promotions croisées.
Ces pratiques sont la règle dans les milieux du show-biz, mais c'est normal, c'est du spectacle. Elles le sont devenues pour le sport. L'idéal de Pierre de Coubertin est révolu depuis suffisamment longtemps pour que personne ne s'en offusque. On sait également ce que cela a donné en ce qui concerne la politique. L'état général de l'opinion publique ? l'égard de nos hommes politiques en dit long sur les erreurs qui ont été commises.
Mais quid de l'entreprise? Peut-on se permettre de prendre le risque de verser dans le Management-Spectacle? N'est-on pas en train de détruire la dernière bribe de respect des Français ? l'égard de notre unique source de création de richesses ?
Votre avis m'intéresse.
PS: je viens de recevoir un message sur mon Blackberry: il parait qu'ils ont trouvé le successeur d'Espalioux: il s'agirait de Zizou! Mais ils hésitent encore avec Beckham...
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Barrage aux terroristes ? |
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Aux dires du Général Azimi, porte parole du ministère de la Défense du gouvernement afghan, vingt talibans ont été arrêtés le 17 septembre alors qu'ils s'apprêtaient ? faire sauter un barrage. D'après cet officier, cité par CBS news, des milliers de morts auraient pu être dénombrés si le barrage avait été détruit.
Ceci montre, au minimum, que des terroristes en général et ceux d'Al Qaïda en particulier peuvent penser ? attaquer des barrages. Pour se faire une idée des moyens ? employer ils peuvent soit consulter Ben Laden, ingénieur de travaux publics, soit s'inspirer sur Internet de la charge utilisée avec succès (photo) par les " briseurs de barrage" britanniques au cours de la deuxième guerre mondiale (2290 kilos d'explosifs ? 9 mètres de profondeur).
Le problème en France vient d'abord du fait qu'aucun barrage occidental n'a été attaqué jusqu'? présent, ce qui conduit ? ne pas prendre le sujet très au sérieux. En outre, il est vrai qu'il est difficile de protéger des barrages sur lesquels les véhicules peuvent rouler. Cette difficulté ne doit pas conduire toutefois ? ne rien faire et ? se voiler la face. Je connais certaines solutions pour, au minimum, gêner d'éventuels terroristes; mais si d'autres ont des idées, je suis très preneur !
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Indicateurs : de performance ou d'esbroufe |
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La Loi Organique sur les Lois de Finances est l'une des composantes de la réforme de l'Etat. Elle prévoit d'allouer les crédits aux administrations sur la base des missions fixées au gouvernement et de suivre la performance des actions entreprises par des tableaux d'indicateurs, pour davantage de
lisibilité, de responsabilisation et de démocratie.
On trouve ainsi sur le site du Ministère des Finances les avants-projets de performance, ministère par ministère, des missions et programmes du gouvernement. Chacun comporte un chapitre "objectifs et indicateurs de résultats". C'est le cadre qui permettra de mesurer l'efficacité et l'efficience de l'action du gouvernement, la feuille de score qui fera que la LOLF se limitera ? une bonne idée abstraite ou deviendra un exemple de gouvernance démocratique.
Hélas, la constitution des indicateurs, la façon dont ils seront mesurés, laisse parfois perplexe. Ainsi, aux Affaires Etrangères, le programme "action de la France en Europe et dans le monde" comporte l'indicateur "Présence de la France et des Français dans les instances de décision et les organes élus des organisations internationales". Voil? qui semble alléchant, mais... il est mesuré comme "Nombre d’élections remportées par la France / Nombre d’élections auxquelles la France était candidate". Il suffit donc de n'être candidat qu'? des élections dont l'on contrôle l'issue pour faire bonne figure. Gageons pourtant que l'idée du législateur était plutôt d'encourager une volonté de représentation ? des instances nouvelles. Et ne parlons pas d'indicateurs sur des programmes plus sensibles, comme l'emploi ou les discriminations...
Espérons que le principe selon lequel "toute variable observée s'améliore" ne se traduira pas ici par une prestidigitation permettant d'afficher de bons chiffres qui ne reflètent rien, avec en plus l'alibi de la rigueur systémique et des "bonnes pratiques" de gestion de l'entreprise privée. Espérons, en somme, que l'honnêteté intellectuelle prévaudra sur la préservation du statu quo confortable.
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Après Katrina : l’Amérique réversible |
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La société américaine est vibrante. Après de grandes émotions, elle est capable de grands retournements. Aujourd’hui, dominée par l’intégrisme de quelques millions d’Evangélistes qui se prennent pour des missionnaires, le choc de Katrina peut les faire changer de cap.
Quiconque a été régulièrement aux Etats-Unis depuis les années 60 a vu se succéder les émeutes dans les ghettos noirs, la révolte des jeunes, la mise en cause de l’industrie par les mouvements écologiques, le déferlement de la drogue, les campagnes pour la libération de la femme, les protestations massives contre la guerre du Vietnam, l’attaque victorieuse contre un président compromis par le scandale du Watergate, la révolte contre les précédentes révoltes, la remontée du patriotisme, la hantise du sida, le retour ? la morale, traditionnelle, les offensives contre l’avortement, etc.
Rien ne permet d’affirmer que Katrina ne va pas conduire les Américains ? approfondir les valeurs de fraternité, d’harmonie et d’écologie. Peut-être même passeront-ils de la boulimie de consommation ? l’éloge de la frugalité. Ils sont adeptes du changement.
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Faire plus que Darwin |
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Toutes les espèces vivantes sur la planète répondent ? la même logique, celle introduite par la théorie de l'évolution de Darwin : les espèces qui survivent le mieux, celles qui ont survécu jusqu'? nos jours, sont celles qui se reproduisent le mieux. L'espace est donc occupé par les espèces qui ont le plus investi dans la reproduction. Chez l'homme, idem.
Du fait de ce surinvestissement en vue de la reproduction, l’évolution a négligé la maintenance après la reproduction. Résultat : ? partir de 50 ans, les ressources pour assurer cette maintenance se raréfient. Aujourd’hui, les recherches sur les cellules souches et le génie génétique permettent de prendre le contre pied de l’évolution. L’homme assurera, de mieux en mieux, sa maintenance au cours du vieillissement et devient ainsi acteur de sa propre évolution. Faut-il aller jusqu’? modifier le patrimoine génétique de notre espèce pour faire face ? ce défi ? Cette question bouleversante sera probablement ? l’ordre du jour dans les prochaines décennies.
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Et si la nouvelle Chine se souvenait de ses démêlés avec le libre-échange ? |
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Il y a 163 ans, le 29 août 1842, le traité de Nankin mettait fin ? la «guerre de l'opium». Le gouvernement chinois renonçait ? interdire l'importation de la drogue en provenance des Indes britanniques. Pourtant la drogue était une fabrication étrangère que les Chinois n’avaient pas envie de voir se répandre au sein de leur population.
Les Anglais, par une politique dite de « la canonnière », avaient enfin réussi ? faire plier les Chinois qui refusaient d’ouvrir leurs frontières ? leur production. Aujourd’hui, l’Europe a tendance ? penser que le textile ? bas coût est une drogue insupportable pour son économie et hésite entre fermeture et quotas. Les Chinois ont compris que pour les Occidentaux la consommation effrénée de biens jetables est une drogue comme une autre et aujourd’hui la drogue provient de Chine. Iront-ils jusqu’? refaire l’Histoire, mais ? l’envers ?
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Inventer une nouvelle alliance entre la grande entreprise et les gens ordinaires |
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Le grand succès de « Bonjour paresse », le livre de Corinne Maier est un symptôme de plus : lorsqu’ils n’arrivent pas ? lui trouver du sens, les Français, comme beaucoup d’autres Occidentaux, prennent leurs distances par rapport au travail dans la grande entreprise et l’administration.
Dès les années 90, Sociovision-Cofremca avait attiré l’attention sur une dangereuse tendance ? la « soviétisation » : comme dans l’URSS de Brejnev, des entreprises bureaucratiques et des administrations voyaient se développer en leur sein des réseaux de connivence. De plus en plus de gens cherchaient ? « en faire le moins possible » et s’ingéniaient ? barrer la route ? certaines décisions de la Direction rendant le travail plus contraint et stressant.
Lors d’un petit déjeuner du Club, en octobre 2001, j’ai apporté des chiffres montrant que, depuis 15 ans, le divorce entre l’entreprise d’une part, ses personnels et la société civile de l’autre, se creusait. Il atteint maintenant une profondeur alarmante.
Les entreprises d’aujourd’hui pourraient répéter l’erreur de leurs devancières au XIXème siècle. Leur traitement inhumain des ouvriers avait nourri le développement d’un prolétariat révolutionnaire que les démocraties ont mis un siècle ? réintégrer dans la société. Maintenant, au XXIème siècle, les collaborateurs sont devenus des vraies personnes qui ne se laissent pas abuser par des mots. Dans les interstices des organigrammes, le tissu de l’entreprise est devenu complexe et vivant ; il a des spontanéités qui refusent la contrainte. Beaucoup de grandes entreprises accroîtraient leur capacité de survie en apprenant ? inventer de nouvelles alliances avec le socio humain.
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Kofi Annan de plus en plus pessimiste |
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Via notre correspondant ? New York : "Le secrétaire général de l’ONU n’est pas la personne au monde la plus mal placée pour percevoir les dangers qui pèsent sur le monde. Il est donc inquiétant de constater que plusieurs de ses interlocuteurs aient récemment été frappés par l’épaisseur de son pessimisme. Selon l’un d’entre eux, « Kofy croit que tout peut péter ? tout moment » ! Le tableau brossé par le secrétaire général est particulièrement sombre.
Non seulement le chaos irakien risque de faire contagion mais de nombreux pays sont au bord de l’explosion.
La stabilité toute relative du Pakistan dépend d’un Président qui a survécu ? 4 attentats et peut succomber ? un 5ème ou ? un 6ème.
L’Arabie Saoudite, pour sa part, repose sur un réseau de 8.000 princes qui, en moyenne, dépensent par an 8 millions de dollars chacun. Cela fait, en tout, 50 milliards dans un pays où la population travailleuse (notamment immigrée) s’appauvrit constamment. Et la litanie de continuer.
Le Caucase, avec sa mosaïque de peuples, de races et de langues est une poudrière en comparaison de laquelle l’ex Yougoslavie pouvait paraître homogène.
Quant ? l’Afrique, elle n’est même plus au bord du gouffre mais en plein dedans. Les massacres s’y succèdent et le Sida tue davantage d’enseignants qu’il est humainement possible d’en former.
Avec ses interlocuteurs européens, le secrétaire général n’a guère voulu évoquer l’avenir de notre continent. Il s’est contenté « d’espérer » que l’Europe ne servira pas de « champ de bataille » dans la guerre entre l’islamisme radical et la volonté de puissance américaine."
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L’Europe levier |
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Nul besoin d’être un esprit puissant pour comprendre que si le Lichtenstein voulait introduire des normes spéciales pour que les moteurs des voitures soient moins polluants, les constructeurs n’hésiteraient pas ? renoncer ? ce minuscule marché. Il n’est pas non plus besoin d’être particulièrement perspicace pour savoir que si l’Union Européenne toute entière imposait des normes, tous les constructeurs du monde s’y conformeraient afin de ne pas s’exclure d’un immense marché.
L’Europe peut, non seulement, être un levier mais tout indique qu’elle va l’être. Tôt ou tard, les Européens voudront peser sur la structure de l’économie mondiale. Sans rejeter la mondialisation, ils auront ? cœur d’en corriger quelques excès. Alors, les gouvernements, conscients de ne pouvoir agir seuls, se tourneront vers L’U.E qui, du coup, incarnera l’espoir.
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Le Choc des malentendus |
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Même le vocabulaire peut créer des malentendus entre les Etats-Unis et l’Europe. Ainsi en va-t-il du mot “diversité”. Pour un Américain moyen, ce mot signifie le pluralisme de sa propre société. “L’Affirmative Action” facilitant l’entrée aux universités des noirs, latinos et autres minorités ethniques et culturelles, renforce la conviction qu’ont les Américains d’être ? l’avant-garde de la tolérance.
En Europe, la fierté inspirée par la diversité est moins liée ? la situation interne d’un pays qu’au projet d’intégration d’Etats européens autrefois antagonistes. Cette acception externe du mot « diversité » se reflète d’ailleurs au niveau mondial quand on entend des voix, notamment en France, parler de multipolarité, c’est-? -dire d’une répartition diversifiée du pouvoir entre Etats. Il est, certes, dans l’esprit même de la diversité de laisser ? chacun sa propre définition. Mais le malentendu peut aussi renforcer la mésentente : les Américains critiquent les difficultés de l’Europe ? intégrer ses immigrants, tandis que les Européens continuent ? percevoir Washington comme la capitale d’un empire ne respectant pas l’autodétermination des autres.
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Rancunes je vous hais |
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Alors qu’un Traité d’amitié devrait être signé, cette année, entre l’Algérie et la France, des esprits malins s’évertuent ? le contrarier. Esprits malins, des deux côtés de la Méditerranée, qui portent un regard univoque sur l’histoire commune. Histoire coloniale certes dont les ravages doivent être reconnus. Mais commune aussi car elle a apporté le sens de l’altérité pour les deux parties. Aujourd’hui, ce Traité risque de capoter prisonnier de ceux, peu nombreux ici et l? bas, qui préfèrent regarder vers le passé, encore et toujours, plutôt que de construire l’avenir.
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Géothermie : une énergie d’avenir |
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Le respect, par les pays signataires, du protocole de Kyoto implique la baisse des émissions de gaz ? effet de serre, essentiellement le CO2. Cela suppose une moindre utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, etc.). Or, le modèle économique qui est le nôtre est gros consommateur d’énergie et, pour tenir les objectifs de Kyoto, des solutions alternatives doivent être trouvées.
A court terme, le nucléaire, énergie propre mais dont la gestion des déchets n’est pas sans problème, peut servir de relais. Le développement des énergies dites renouvelables (marée, vent, solaire, etc.) en est un autre. Cependant, ? plus long terme, une voie a été jusqu’ici peu exploitée : la géothermie. Sous nos pieds, quel que soit le lieu au monde, se trouve une énorme quantité de chaleur qui appartient ? tous et ? chaque pays si on utilise l'ancien droit du "tréfonds" : c'est l'énergie thermique du sous-sol et du magma ! Convertir en électricité l'énergie thermique contenue dans notre bonne vieille terre ! Quel beau programme !
L'étude de cette voie intéressante demandera sans doute des recherches importantes au niveau national ou européen. Chercheurs et industriels, ? vos laboratoires et vos bureaux d'études !
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La guerre des trois islams |
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Le problème de l’islam est, pour l’Europe, beaucoup plus concret, beaucoup plus charnel qu’il ne l’est pour l’Amérique. Si nous voulons que notre continent soit un creuset de civilisation plutôt qu’un champ de bataille, nous devrons briser les ghettos des murs et des esprits.
C’est en Europe, et seulement en Europe, que peut, dans les dix ou vingt prochaines années, se forger une refondation de l’islam susceptible de réconcilier les Croyants et la modernité. C’est ? partir de cet islam nouveau, et seulement ? partir de lui, que les pays musulmans pourront inventer une démocratie qui leur soit propre, se libérer du passé tout en restant eux-mêmes.
Pour l’instant, on assiste, dans la plupart des pays musulmans, ? une sorte de guerre entre trois islams. Les premiers protagonistes sont les gouvernements en place. N’ayant aucune légitimité, ni démocratique ni autre, ils ont accaparé l’islam et l’ont instrumentalisé. Comme l’explique le professeur Mohammed Arkoun * : « Nulle part, les régimes issus des indépendances ne sont passés par le verdict des urnes. … Les docteurs de la loi ont été sommés de servir les nouveaux maîtres ». Avec une économie en panne, une paupérisation croissante, une démographie galopante et une corruption écrasante, ces régimes ont été discrédités. Pourtant, ils peuvent résister, l’armée et la police étant de leur côté.
Les seconds protagonistes sont évidemment les fous du Bien qui répandent le Mal. Sous prétexte de revenir ? la pureté des origines, ils rejettent l’islam domestiqué par les puissants sans, pour autant, revenir ? l’islam populaire, fait de savoir vivre ensemble, de tolérance et de sagesse paysanne. Leur popularité tient au fait qu’ils luttent contre des dirigeants pourris et qu’ils combattent un Occident dont la domination technicienne humilie les miséreux. Ce sont eux qui, actuellement, rafleraient la mise en cas d’élections « propres ».
Les troisièmes protagonistes, ceux qui incarnent l’espoir, sont aujourd’hui minoritaires mais le temps travaille pour eux puisque aucun pays n’échappe ? la vague de modernisme introduite par Internet, la téléphonie mobile et la télévision satellitaire. Pour ne parler que du monde arabe, les chaînes les plus regardées sont Al Jazira et Al Arabia mais on compte, au total, plus de 90 stations émettant pour un public qui, du Golfe Persique ? l’Océan Atlantique, compte près de 100 millions de téléspectateurs. Grâce ? cette fenêtre sur le monde, des sujets nouveaux sont abordés dans des débats ? forte audience. Des sujets jusqu’ici tabous tels le rôle des femmes, la place des jeunes ou même la contraception et la sexualité suscitent un grand intérêt. C’est une tendance favorable qui peut être fécondée par un apport européen.
L’Union Européenne, avec ses dix millions de Musulmans, dispose de gros bataillons. A elle de coordonner les politiques des différents pays pour faire en sorte que la formation des imams n’ait pas lieu ? l’étranger mais, qu’au contraire, de prestigieuses écoles d’études islamiques fleurissent sur son sol. A elle de proposer des programmes ambitieux pour que des jeunes Musulmans du monde entier soient formés dans ses universités. A elle de créer, dans des circuits scolaires appropriés, une re-connaissance des valeurs communes et de ce qu’a représenté la Méditerranée dans l’Histoire universelle.
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Quand les jeunes se vengeront |
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Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ? la fête.
Ils galèrent pour trouver un emploi. Ils sont souvent au chômage.
Ils galèrent pour trouver un logement. Ils sont, plus que les autres, pénalisés par la cherté des prix.
Plus tard, il leur faudra payer la facture des déficits publics accumulés par des gouvernements élus par leurs aînés. L’endettement a franchi, cette année, la barre des 1.000 milliards d’euros.
Il leur faudra aussi acquitter des cotisations sociales qui, d’après des statistiques récentes, vont pour les trois quarts aux plus de 60 ans. Or, ces « vieux » ont un niveau de vie supérieur ? la moyenne nationale et détiennent les trois quarts de l’ensemble du patrimoine.
Les jeunes auraient déj? eu motif ? révolte l’année dernière lors de la préparation de la « réforme » sur les retraites. La « concertation » réunissait des ministres, des syndicalistes, des fonctionnaires et autres personnalités qui, en moyenne, avaient plus de 50 ans. Or le sujet de la discussion pouvait se résumer en une phrase : « comment faire payer durablement par les jeunes la retraite de vieux dont le nombre ira croissant ». Nul doute que si les jeunes avaient eu leur mot ? dire, ils auraient amendé notre système par « répartition » en arguant que la « solidarité intergénérationnelle » ne peut pas être ? sens unique.
Mais le plus dur reste ? venir ; le problème de la sécu s’annonce encore plus explosif que celui des retraites. Non seulement les gens vivent de plus en plus vieux mais les soins, étant de plus en plus sophistiqués, coûtent de plus en plus cher.
Nul besoin d’être polytechnicien pour comprendre que, sous l’effet conjoint de ces deux phénomènes, les dépenses de santé vont continuer ? croître. Si donc les vieux ne sont pas appelés, d’une façon ou d’une autre, ? payer davantage pour eux-mêmes, les jeunes finiront par se lasser. Plus on attendra, plus le choc sera rude. En tout cas, les mentalités ne manqueront pas d’évoluer.
Rien ne prouve, par exemple, que les théories économiques actuellement en vigueur resteront ? la mode. Si des générations pauvres arrivent au pouvoir, elles voudront, peut-être, réhabiliter l’inflation qui, comme chacun sait, est l’ennemie des rentiers.
Rien ne prouve, surtout, que les réticences actuelles face ? l’euthanasie ne seront pas purement et simplement balayées. On peut même craindre que le renversement de tendance soit brutal et imaginer qu’une sorte de pression morale s’exerce sur les personnes âgées les plus dépendantes. Comme s’il fallait les persuader que, dans leur cas, le suicide, après tout, serait la solution la plus digne.
Si l’on regarde les courbes démographiques, on peut augurer de tels phénomènes d’ici ? une vingtaine d’années. Cela laisse le temps d’agir. A condition que les aînés actuellement au pouvoir prennent rapidement en compte les besoins de leurs cadets et rendent un peu plus équitables les prélèvements sociaux. A condition aussi que la solidarité soit conçue comme ne devant pas être uniquement matérielle. Des rapports interpersonnels plus chaleureux doivent compléter, quand c’est possible, les allocations anonymes. La guerre des générations ne pourra être évitée que par un plus de fraternité.
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Relance de la croissance, un défi prométhéen pour la France et l’Europe |
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La France, de 1960 ? 1973, était la meilleure élève de la classe en Europe avec une avance d’un point de croissance de PIB par an, avance qui la singularisait par rapport ? sa grande voisine, l’Allemagne.
Entre les deux crises pétrolières, la croissance se ralentit partout mais la France garde encore ? cette époque une avance de ¼ de point. A partir de 1980 la situation s’inverse et la France commence ? accuser ¼ de point de retard par rapport ? la moyenne européenne. De 1980 ? 1997, son poids en Europe régresse de 8%. Une première dans l’histoire de la France contemporaine. Et après une petite embellie de courte durée (1998-2001), la France se trouve de nouveau reléguée en queue de peloton.
Comment pourrait-elle entrer de plain-pied et sans complexe dans l’Europe avec un retard de croissance qui se traduit par des records en terme de chômage et par une insatisfaction générale des Français vis-? -vis d’une classe politique qui perpétue ce comportement économique médiocre ?
D’abord, en réhabilitant l’entreprise. Les richesses se créent pour une large part dans l’industrie ou en tout cas dans le monde des entreprises.
Ensuite, en ajoutant de la croissance ? la croissance, c'est-? -dire en ajoutant une dynamique au « trend » moyen de sa zone économique. La France a su le faire par le passé. D’autres pays, tels que le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et la Finlande, le font. Ce n’est donc pas une utopie.
Nous disposons au sein de l’Europe d’un degré de liberté de l’ordre d’un point de croissance par an.
Ce même point que nous avons su conquérir ? l’époque gaullo-pompidolienne. Ceci passe par la mobilisation de tous les acteurs. Sans aller jusqu’? faire un pari aussi prométhéen aujourd’hui, comment reconquérir ne serait-ce qu’une avance d’1/2 point ? ¾ de point par rapport ? la moyenne européenne, ce qui nous permettrait de basculer dans une zone ? création d’emploi et d’influence ?
Un certain nombre d’études macro-économiques sont particulièrement éclairantes sur l’alchimie ? mettre en œuvre. Celle de l’économiste américain Robert Barro couvre plus d’une centaine de pays sur une période de trente ans. Selon lui, les écarts de revenus entre économies riches et économies pauvres s’expliquent partiellement par des variables extra-économiques : la croissance du revenu réel par habitant reposerait sur un faible niveau de dépenses publiques, un fort niveau d’enseignement secondaire, une amélioration des termes de l’échange, un fort taux d’investissement.
D’autres travaux, Aschauer (1989) et Romer (1990), montrent que l’investissement public est également un des moteurs d’une croissance soutenue.
Enfin de nombreuses études attribuent ? l’innovation un rôle essentiel. La créativité comme le développement scientifique sont des facteurs importants dans la guerre économique. L’innovation entraîne, au moins dans un premier temps, un gain sans commune mesure avec la dépense initiale.
Comment créer un environnement qui favorise l’innovation, la réduction de la dépense publique non créatrice de richesses, un fort niveau d’enseignement jusqu’au niveau du baccalauréat, une meilleure compétitivité, de forts taux d’investissement ? C’est le rôle de la puissance publique.
Cependant, pour que l’intervention publique soit efficace, l’analyse et l’évaluation des modes d’intervention étatiques et de leur pertinence sur la formation, l’innovation, les infrastructures, l’investissement, la fiscalité, les prélèvements obligatoires, les modes de redistribution, l’efficacité des services publics, s’avèrent indispensables.
L’Etat est enfin dans son rôle quand il s’agit de mobiliser toutes les forces. En France, pour retrouver un supplément de croissance par rapport ? la moyenne de l’Union. En Europe, pour retrouver un supplément de croissance par rapport aux Etats-Unis.
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Nouveau monde |
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Notre Club est né de la conviction que le monde dans lequel nous vivons traverse une période de profondes mutations. Le premier numéro de Vigilances paraphrasait Musset en énumérant quelques domaines où « ce qui était n’est plus, ce qui sera n’est pas encore ». Nous voulions être ? l’affût de possibles bifurcations vers le meilleur ou vers le pire. Essayons aujourd’hui d’identifier quelques défis. Juste pour lancer le débat.
• Acceptation ou rejet de la complexité
Il est commode de croire que tout effet vient d’une cause. Hélas, ce raisonnement simple occulte les interactions et ne rend pas compte du vivant. Certains le comprennent et affûtent leur paradigme. D’autres s’inquiètent et peuvent servir de terreau ? des mouvements extrêmes. Comment minimiser les risques de « yaka » ?
• Choc des cultures ou universalisme pluriel
Il s’agit, l? aussi, de combattre le noir et blanc. Il n’y a pas un Islam mais des « islams » ; il n’y a pas un Occident mais un intéressant agrégat de cultures occidentales ; il n’y a pas une Asie mais plusieurs régions dont les racines historiques plongent dans les millénaires. L’inouïe facilité des communications modernes favorise les dialogues mais, pour qu’il y ait dialogues plutôt qu’affrontement, l’universalisme recherché doit être pluriel et non pas uniforme. Comment favoriser une telle évolution ?
• Rénovation des institutions internationales ou règne de la force
La plupart des institutions internationales actuelles ont été créées il y a presque un demi-siècle. Elles ne correspondent que très imparfaitement aux besoins actuels. Les Etats-Unis, unique super puissance, ne pourront ? eux seuls combler tous les vides. S’ils se transforment en gendarme du monde, la tâche, tôt ou tard, sera trop lourde pour eux. Comment les aider ? résister ? la tentation d’abuser de leur force ? Comment inciter ? la rénovation d’institutions vieillies ?
• Réconciliation ou divorce avec les entreprises
L’effondrement du communisme et les progrès de l’économie ont, dans les années 80, donné un coup de vieux ? la traditionnelle « lutte des classes ». Il s’en est alors fallu de peu pour que patrons et salariés se sentent du même bord. Mais la course ? la « création de valeur », la brutalité de certains licenciements, les effets pervers d’une mondialisation par ailleurs bénéfique ont inversé la tendance. Dans tous les pays occidentaux, plus de la moitié, parfois les trois quarts, des citoyens pensent maintenant que les grandes entreprises ne servent pas les intérêts du public. Comment éviter que l’animosité s’accroisse ? Le concept de développement durable peut-il favoriser une réconciliation ?
• Estime de soi ou humiliation
La dignité, écrivait Kant, est ce qui n’a pas de prix, ce qui ne peut ni s’évaluer, ni s’échanger. La nature de ce bien est universelle mais l’intensité du manque varie selon les circonstances. Si l’on n’a pas de quoi mange, ou si l’on est soumis ? l’arbitraire d’une dictature sanguinaire, la satisfaction des besoins les plus essentiels constitue la base indispensable. Mais, même si l’on vit dans une démocratie prospère, comment avoir l’estime de soi si l’on ne peut progresser dans la maîtrise de son propre destin ? Comment mettre cette simple et légitime ambition au cœur des préoccupations économiques et sociales ?
Cette énumération sommaire n’est que pâture pour vos réflexions. Il appartient maintenant ? chaque Membre du Club de faire part des préoccupations qui lui paraissent essentielles. Le moment est venu de nous doter d’une « feuille de route » (expression ? la mode) pour repérer les bifurcations et, dans la mesure de nos faibles moyens, contribuer au bon choix des virages.
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La nouvelle modernité |
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Les Etats et les entreprises en situation de faiblesse
Nous sommes au cœur de ce que le sociologue allemand Norbert Elias a appelé un « processus de civilisation ». Des enchaînements de transformations cumulatives nous conduit ailleurs. Comme en d’autres temps un processus analogue a conduit l’Occident, de proche en proche, de la société féodale ? celle des Etats nations et de l’économie de marché. Ces enchaînements ne sont ni voulus ni pilotés. Ils s’imposent ? nous. Non pas que nous soyons incapables de les infléchir, mais nous savons rarement le faire délibérément.
Le processus qui aujourd’hui nous transforme peut être appelé processus de modernisation. Il a pris corps ? la fin du XIXème siècle et tend ? gagner la planète entière. Au cours du XXème siècle, il a connu vers 1965 un tournant majeur dont les événements de Mai 1968 seraient un des symptômes et qui, d’après moi, sépare une première d’une deuxième modernité. La première était celle des Etats, des grandes entreprises et des technocrates ; la seconde est celle des gens ordinaires.
En quelques dizaines d’années, les expériences qu’ils vivaient ont transformé les gens et leur ont donné un grand pouvoir. Ils se sont émancipés. D’individus manipulables et noyés dans la masse qu’ils étaient, ils sont devenus des personnes plus complètes, autonomes et avisées. Leurs libres interactions et connexions, s’appuyant sur le foisonnement des technologies de l’information et de la communication, ont nourri la floraison d’une nouvelle socio-économie et l’auto-organisation d’une société vivante et plutôt pacifique.
De tels changements sont relativement lents et ne sont clairement perceptibles que sur 20 ou 30 ans. Mais ils touchent ? des aspects cruciaux de l’équilibre personnel et sociétal. Par exemple, dans tous les pays pénétrés par la modernité, le père de famille perd de son autorité. En 1974, 60% des Français adhéraient ? l’idée que le père de famille devait commander chez lui. Ce pourcentage, mesuré par Cofremca année après année, n’a pas cessé de diminuer. Il n’est plus que 30% aujourd’hui. En Suède ou en Allemagne il est inférieur ? 20% alors qu’aux Etats Unis il est encore de 45%. Cette perte d’autorité du père de famille n’est en fait qu’un des symptômes de deux changements radicaux : l’effondrement du tropisme hiérarchique qui affecte aussi bien le prêtre, le médecin, l’expert, le patron que le Premier ministre ; et l’émancipation des femmes et des enfants qui deviennent des personnes ? part entière.
Autre exemple : la relation entre un parent et son jeune enfant devient plus affective et physique ; moins froide et intellectuelle. En 1979, 27% des Français pensaient qu’il était plus important de maintenir un contact physique avec l’enfant, de le cajoler et le caresser que de lui apprendre avec des mots comment se comporter. Ils étaient 39% en 1990 et 48% en 2000.
La situation actuelle est caractérisée par un décalage dangereux. Les gens et le tissu social ont plus changé que les grandes organisations massives, les puissants, la société institutionnelle, l’Etat et les méthodes de gouvernement. Ce décalage produit des effets pervers, des frottements, des malaises. Il laisse des potentiels sous-utilisés, des gisements de vitalité et d’initiatives inexploités. Il met les grandes entreprises en difficulté et prend les Etats ? contre pied. Il induit une contestation globale des élites et de la société dominante. Il fait planer la menace d’une évolution de nos sociétés vers la violence. Un coup de société (comme on dit un coup de sang) pourrait se produire. En France par exemple où l’Etat reste particulièrement autoritaire, rigide et envahissant. L’organisation d’une gouvernance sociétale avisée devient indispensable.
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Changer les pratiques plutôt que les structures et les lois |
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Agir sur le réel
La campagne électorale indique clairement que la droite et la gauche n’ont pas renoncé ? un mode d’action qui, depuis des décennies, n’a qu’un effet marginal sur le réel. Or il n’est pas raisonnable de continuer ? traiter les difficultés du pays avec des outils aussi peu efficaces.
Ce mode d’action, universellement admis, quel est-il ? Il repose sur la croyance qu’en agissant sur l’univers juridique – les lois – et les structures publiques, l’Etat finira par venir en aide ? la population. Cette idée présente plusieurs avantages : elle offre une apparence de logique indéniable, elle permet aux élus de faire de grands effets d’annonce qui entretiennent la fiction sympathique d’une action, et puis elle correspond ? la culture de nos élites. Nous sommes clairement au début des années trente, avec des élites intelligentes qui croyaient paisiblement ? l’infanterie et ? la ligne Maginot.
En réalité, que se passe-t-il ? Toute réforme de structure est bloquée par les corporatismes. Les lois sont soit retoquées par des mouvements sociaux, soit freinées dans leur application par les forces qui leur sont hostiles. En tout cas, elles ne donnent pas d’énergie. Or sans énergie, il ne se passe rien de positif. Jamais. Quand on touche aux structures et aux lois, on divise donc les Français, on provoque les conservatismes ; alors que changer les pratiques pourrait les fédérer.
Pourtant, la société française est, elle, en demande de nouvelles pratiques et de fonctionner autrement. L’écho du « tous les mêmes », la difficulté qu’ont les candidats des partis politiques ? faire comprendre les différences de leurs programmes - qui semblent aux électeurs autant de clones auxquels on ne veut plus croire - montre ? quel point la voie sur laquelle ils sont engagés est sans issue. Une magistrate chargée du contrôle des comptes de campagne des partis politiques nous faisait part récemment de sa stupéfaction de n’avoir jamais vu pour aucun parti des dépenses de «recherche et développement». Comment alors les programmes pourraient-ils être plus que des élucubrations forcément irréalistes car aussi éloignées de la réalité que la planète du Petit Prince de la Terre ? Aucun SDF dans les rues en 2007. Mais comment ? En ouvrant plus de centres d’hébergements qui s’avéreront vite incapables d’accueillir aussi bien les clochards réfractaires ? toute normalité que les nouveaux SDF qui se présenteraient volontairement ? leurs portes ? C’est la logique des tuyaux mais pas celle des contenus. Si les policiers se font caillasser lors de leurs interventions dans certaines banlieues dites difficiles, le seront-ils moins s’ils sont deux fois plus nombreux ? Il faut se poser la question des pratiques et du comment faire pour rétablir des relations normales entre la police et la population.
Mais ne battons pas uniquement notre coulpe, car il ne faut pas penser que le défi qui se présente ? nous soit une spécificité nationale. En France comme ailleurs on assiste ? une accélération de l’évolution de la société. Tous les gouvernements sont confrontés ? des problèmes similaires et dans de nombreux endroits la société civile fait preuve d’une inventivité qui réussit ? triompher de bien des difficultés.
C’est l? aussi l’un des enjeux de cette révolution des pratiques. Être capable de détecter ce qui a fonctionné quelque part et va pouvoir s’adapter dans un tout autre contexte. Cette réalité nouvelle, nous l’avons rencontrée avec Lire et faire lire. Car notre modeste proposition, amener un retraité dans une école pour lire des histoires aux enfants, est en train d’être reprise dans plusieurs pays, confrontés ? des difficultés similaires autour de la lecture et de la transmission intergénérationnelle.
Dans les faits, le besoin est celui d’un nouveau pacte entre des vieilles structures, des lois mal adaptées et une société civile qui chaque jour innove et trouve de nouvelles solutions grâce ? sa formidable capacité d’adaptation. Ce pacte, c’est autour des pratiques qu’il doit être conclu.
Co-écrit avec Pascal Guénée
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Risque terroriste |
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Une menace mondiale
Les attentats du 11 septembre marquent un tournant dans l’histoire du terrorisme islamiste dont on peut faire remonter les origines ? la victoire, en 1994, du « salafisme » en Algérie. La violence terroriste prend alors un nouveau visage. Nul ne conteste aujourd’hui que le terrorisme islamiste est devenu l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Les attentats antioccidentaux en 2002 se multiplient : le 11 avril ? la synagogue Ghriba ? Djerba, le 8 mai ? Karachi (Pakistan) contre un bus transportant des ingénieurs et ouvriers français, le 14 juin contre le consulat américain toujours ? Karachi, le 6 octobre contre le pétrolier français Limburg, le 26 octobre la prise d’otages dans un théâtre ? Moscou ou encore le 28 novembre contre un hôtel ? Mombassa (Kenya). Avec ces opérations, Al Qaeda (la base) et ses affidés indiquent qu’ils sont capables de frapper partout dans le monde. On assiste donc ? l’émergence d’une menace planétaire, protéiforme, où l’adversaire est particulièrement diffus mais déterminé face ? des démocraties qui sont pour la plupart mal préparées ? ce type de combat.
Les tenants de ce radicalisme idéologique de nature nihiliste, avec les responsables d’Al Qaeda au sommet, prônent le djihad – la « guerre sainte » - contre « les juifs et les croisés », mais également contre « les mécréants et les apostats », c’est-? -dire tous les dirigeants des Etats arabes et musulmans qui, ? leurs yeux, ont renié la « vraie foi ». Adeptes de l’adage « celui qui n’est pas avec moi est contre moi », et l’exemple algérien est l? pour le rappeler, ils ne manquent pas de s’attaquer aux populations civiles coupables de ne pas rejoindre le djihad. Ils n’auront de cesse de créer les conditions propices au « choc des civilisations » annoncée par Samuel Huntington. Ainsi en est-il de l’instrumentalisation et de la récupération du problème israélo-palestinien, du conflit au Cachemire indien ou encore de la situation en Tchétchénie. Actuellement, ils essayent de « capitaliser » sur le problème de l’Irak.
La stratégie opérationnelle d’Al Qaeda est complexe et très souple ? la fois. D’un côté, un noyau dur constitué par Al Qaeda et les organisations qui l’ont rejoint. Cantonnées dans la zone arabo-persique, on peut leur imputer les attentats majeurs de 2002, exclusion faite de celui de Bali. D’un autre côté, une vaste mouvance islamiste aux contours flous constituée de multiples cellules et réseaux sans structure définie, polymorphe et mutante, se développant d’une manière anarchique ? l’échelle planétaire. Ces microstructures, qui ne sont pas directement liées les unes aux autres et qui ne dépendent d’aucun commandement central, partagent la même idéologie, les mêmes objectifs et ont recours aux mêmes méthodes.
On assiste actuellement sur le terrain ? une évolution alarmante tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Sur le plan quantitatif d’abord. La recrudescence du recrutement djihadiste est en évolution constante aux marges des métropoles européennes, dans ces « zones grises » où vivent des populations marginalisées et pour certaines en situation irrégulière. Et la guerre en Irak n'a rien arrangé. Sur le plan qualitatif ensuite. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute qu’Al Qaeda et ses affidés tentent d’utiliser des armes de destruction massive (ADM). Ce phénomène illustre une évolution récente ? savoir l’intrusion du Caucase dans ce jeu de la mort. La prise d’otages dans un théâtre ? Moscou a été en quelque sorte le 11 septembre des Russes. En Tchétchénie, le gouvernement élu n’a plus aucune marge de manœuvre dans son combat contre les Russes. La tendance Bassaïev qui a rejoint le mouvement djihadiste mondial l’a emporté et tente de créer un nouvel Afghanistan. Or, certains Tchétchènes, ne l’oublions pas, faisaient partie de l’Armée Rouge. Ce sont des techniciens de haut niveau dont le savoir-faire peut être efficacement mis au service de la « guerre sainte » et donc du « choc des civilisations ».
Face ? la mondialisation de la menace, seule une réelle mobilisation internationale est susceptible de les contrer et surtout de les démentir.
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La recherche |
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Enjeu vital pour la France et l’Europe
La situation de la recherche et des sciences ne cesse de se dégrader. C’est le cas en France. C’est plus largement le cas en Europe. L’écart technologique avec les Etats-Unis ne cesse de se creuser. La guerre en Irak l’a, encore une fois, fortement illustré. Il se creuse également avec le Japon qui, malgré le marasme économique qu’il subit depuis le début des années 90, mise résolument sur le développement des sciences et augmente d’une manière significative ses dépenses de recherche et développement (R&D). Or, jusqu’ici ni les politiques nationales de recherche, ni la politique de l’Union ne sont ? la hauteur de l’enjeu. A titre d’exemple, la France se situait, en 1992, au quatrième rang des pays de l'OCDE pour les dépenses de R&D rapportées au PIB. Aujourd’hui, les Etats-Unis consacrent 2,8% de leur PIB ? la recherche contre une moyenne européenne de 1,9%. Avec 2,2%, la France se retrouve reléguée ? la sixième place. Il ne s’agit pas seulement de moyens. Les structures de recherche, trop lourdes, plus pesantes, sont devenues moins efficaces.
Si rien n’est fait, l’écart technologique ira grandissant. Comment en est-on arrivé l? ?
Jeune chercheur, puis directeur d’une équipe de recherche et pour finir Administrateur du Collège de France, j’ai eu, tout au long de ma carrière, trois regards différents sur la recherche en France. Comme jeune chercheur formé ? l’Institut Pasteur, je suis parti très vite aux Etats-Unis dans le plus grand centre de recherche médical américain, le NIH (National Institute for Health). A mon retour, j’ai eu ? l’âge de 30 ans, le privilège de former un groupe de neuropharmacologie au Collège de France. Aujourd’hui, les jeunes chercheurs ont des difficultés immenses ? arriver suffisamment tôt ? des postes de responsabilité, ? développer leur pensée, leur domaine de recherche ... Résultat : une désaffection des jeunes pour la recherche ou le départ vers des laboratoires étrangers, en particulier aux Etats-Unis.
Plus tard, lorsque, ? 35 ans, je deviens directeur d’une équipe de recherche en neuropharmacologie, l’expérience de mon séjour américain (1963-1965) me fut d’une grande utilité. Elle m’apprit que l’environnement humain est déterminant. Elle m’apprit égalemen | | |